Test DVD / Les Braises, réalisé par Thomas Kruithof

LES BRAISES réalisé par Thomas Kruithof, disponible en DVD le 15 mai 2026 chez Wild Side Video.

Acteurs : Virginie Efira, Arieh Worthalter, Mama Prassinos, Loup Pinard, Justine Lacroix, Katia Crivellari, Amandine Partensky…

Scénario : Thomas Kruithof & Jean-Baptiste Delafon

Photographie : Christophe Beaucarne

Musique : Grégoire Auger

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Karine et Jimmy forment un couple uni, toujours très amoureux après vingt ans de vie commune et deux enfants. Elle travaille dans une usine ; lui, chauffeur routier, s’acharne à faire grandir sa petite entreprise. Quand surgit le mouvement des Gilets Jaunes, Karine est emportée par la force du collectif, la colère, l’espoir d’un changement. Mais à mesure que son engagement grandit, l’équilibre du couple vacille.

Il y a toujours de très bonnes, voire d’excellentes intentions chez le réalisateur Thomas Kruithof et ce depuis son premier long-métrage, La Mécanique de l’ombre sorti en 2017 et même depuis son court-métrage Rétention (2012), œuvre tendue, quasi-documentaire et coup de poing, qui montrait le combat d’une femme qui tentait d’empêcher l’expulsion d’un ukrainien sans papiers d’un centre de rétention. Mais le résultat n’est pas forcément, voire rarement à la hauteur de ses ambitions. Toutefois, Les Braises, son troisième film, est sans conteste son meilleur à ce jour. Ce drame social, qui n’a pas peur du romanesque, offre une fois de plus à Virginie Efira un rôle à la hauteur de son talent. L’histoire du cinéma français retiendra cette incroyable chrysalide survenue il y a dix ans avec Caprice d’Emmanuel Mouret. Depuis, l’ancienne animatrice, qui semblait se chercher en tant qu’actrice, est devenue l’une des plus convoitées, voire la plus demandée et ce sont surtout les réalisatrices qui lui ont offert ses plus beaux personnages, Justine Triet (Victoria, Sibyl), Emmanuelle Cuau (Pris de court), Catherine Corsini (Un amour impossible), Anne Fontaine (Police), Alice Winocour (Revoir Paris, César de la meilleure actrice), Rebecca Zlotowski (Les Enfants des autres), Delphine Deloget (Rien à perdre), Valérie Donzelli (L’Amour et les forêts)…Dans Les Braises, elle s’inscrit définitivement parmi les plus grandes et l’on en vient à la comparer à ses illustres aînées comme Romy Schneider, Annie Girardot, Simone Signoret, en raison de sa capacité à se transformer pour chaque film. Elle est ici une femme du peuple, une ouvrière d’usine, qui à l’occasion d’une nouvelle hausse du prix des carburants routiers en France, se découvre une conscience sociale et décide de s’engager dans le mouvement des Gilets jaunes, tout en découvrant la vie en collectif et la conscience de classe. Une situation qui va prendre trop de place au sein de sa vie personnelle, au point qu’elle va se retrouver en opposition avec son compagnon de vie, petit entrepreneur dans le transport routier, qui tente de son côté de maintenir à flot ce qu’il a créé. Si l’ensemble pâtit d’un manque de rythme et croule sous une musique aussi pesante qu’envahissante, Les Braises demeure un joli film qui reste bien en tête après la projection.

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Test Blu-ray / Dreams, réalisé par Michel Franco

DREAMS réalisé par Michel Franco, disponible en DVD & Blu-ray le 5 juin 2026 chez Metropolitan Film & Video.

Acteurs : Jessica Chastain, Isaac Hernández, Rupert Friend, Marshall Bell, Mercedes Hernández, Eligio Meléndez, Lee Braithwaite, Eduardo Gonzalez…

Scénario : Michel Franco

Photographie : Yves Cape

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Fernando, un jeune danseur de ballet originaire du Mexique, rêve de reconnaissance internationale et d’une vie meilleure aux États-Unis. Convaincu que sa maîtresse, Jennifer, une Américaine mondaine et philanthrope influente, l’aidera à réaliser ses ambitions, il quitte clandestinement son pays, échappant de justesse à la mort. Cependant, son arrivée vient bouleverser le monde soigneusement construit de Jennifer. Elle est prête à tout pour protéger leur avenir à tous deux, mais ne veut rien concéder de la vie qu’elle s’est construite.

À peine Memory venait de sortir sur les écrans, que l’on apprenait que Jessica Chastain et Michel Franco avaient d’ores et déjà tourné un autre film, Dreams, dont on ne savait quasiment rien, si ce n’est que les prises de vue remontaient déjà à l’été 2023 et s’étaient déroulées secrètement. Et ce neuvième long-métrage du réalisateur mexicain de débarquer dans les salles françaises en janvier 2026. Une nouvelle grande réussite à inscrire au palmarès d’un des plus grands cinéastes contemporains, dont chaque film fait l’effet d’un uppercut et s’inscrit dans la mémoire des cinéphiles, qui auront la bonne idée de se pencher sur une œuvre dure mais indubitablement humaine. Dreams est donc la seconde collaboration entre le metteur en scène et Jessica Chastain, qui agit également ici comme productrice exécutive, et s’avère diamétralement opposé à Memory, qui était l’une des œuvres les plus accessibles pour le grand public de Franco et qui touchait par la beauté et l’hyper-sensibilité de ses deux têtes d’affiche. Dans Dreams, il est difficile de s’attacher aux protagonistes, dont les rôles sont bien définis et qui jouent plus ou moins à la comédie de l’amour, avant que les masques finissent définitivement par tomber et que chacun reprenne sa place. Porté par des interprétations intenses, qui contrastent avec le caractère clinique de l’ensemble, Dreams est comme qui dirait un huis clos, où les êtres semblent se mélanger, même s’ils n’ont rien à faire ensemble, mais qui demeurent malgré tout renfermés sur eux-mêmes, impitoyables, prêts à écraser l’autre s’il lui barre la route. Le résultat est à nouveau captivant, cohérent avec le reste de la filmographie de Michel Franco. On en ressort exténué, avec un goût de fer dans la bouche asséchée, tandis que résonne encore ce cri de douleur final, qui signifie autant la souffrance physique que psychologique d’un jeune homme dont le rêve vient de se briser en même temps que le tibia. Hypnotique et envoûtant.

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Test Blu-ray / Zoulou, réalisé par Cy Endfield

ZOULOU (Zulu) réalisé par Cy Endfield, disponible en Édition limitée 2 Blu-ray + Livret le 3 juin 2026 chez Rimini Editions.

Acteurs : Michael Caine, Stanley Baker, Jack Hawkins, Ulla Jacobsson, James Booth, Patrick Magee, Nigel Green, Ivor Emmanuel…

Scénario : Cy Endfield, d’après un article de John Prebble

Photographie : Stephen Dade

Musique : John Barry

Durée : 2h18

Année de sortie : 1964

LE FILM

En janvier 1879, au Natal en Afrique du Sud, une petite garnison établie près d’une mission, commandée par les lieutenants John Chard et Broomhead, est attaquée par quelque quatre mille zoulous entrés en guerre contre l’oppresseur britannique. Après deux jours de bataille, alors que tout semblait perdu, les zoulous se retirent et rendent hommage à la vaillance de leurs ennemis.

En Angleterre, c’est un film culte, du genre à être diffusé à la télévision chaque année durant les fêtes de Noël. Zoulou ou Zulu en version originale, est considéré comme étant le chef d’oeuvre entre le réalisateur Cyril R. Endfield (1914-1995), plus communément appelé Cy Endfield, et le comédien Stanley Baker (1928-1976). Pour leur cinquième et avant-dernière collaboration, le second devient producteur et les deux associés cofondent la société Diamond Films. Zoulou est une œuvre pour laquelle les deux hommes se sont battus et ont tout fait pour que leur rêve puisse devenir réalité. Cy Endfield fut entre autres inspiré pour réaliser le film après avoir lu un article de John Prebble sur la bataille de Rorke’s Drift. C’est lui qui soumet le sujet à Stanley Baker, connaissant le souhait de ce dernier de passer à la production. Endfield et Prebble rédigèrent un scénario que Baker montra à Joseph E. Levine pendant le tournage de Sodome et Gomorrhe (1962) en Italie. Levine accepta de financer le film, produit par la société de Baker, Diamond Films. Le film fut tourné en Super Technirama 70 et distribué par Paramount Pictures dans tous les pays, à l’exception des États-Unis, où il fut distribué par Embassy Pictures. Et c’est un triomphe international. Si à sa sortie Zoulou est surtout le film de Cy Endfield et de Stanley Baker, il est surtout aujourd’hui reconnu comme étant le film qui a révélé Michael Caine aux yeux du monde. Tout juste âgé de trente ans, le comédien britannique enchaînait les apparitions au cinéma, la plupart du temps non créditées, ainsi qu’au théâtre. Zoulou allait changer définitivement sa vie et sa carrière, puisque suite à ce « big hit », l’acteur allait enchaîner immédiatement avec Ipcress, danger immédiat The Ipcress File de Sidney J. Furie, dans lequel il endossait pour la première fois le costume d’Harry Palmer, puis Alfie le dragueur Alfie de Lewis Gilbert. L’alchimie à l’écran entre Stanley Baker et Michael Caine participe à la grande réussite de Zoulou, qui s’apparente à un huis clos à ciel ouvert, comme une relecture d’Alamo de John Wayne, sorti quelques années auparavant. Un drame de guerre touchant au western qui a su toucher le public international et dont l’aura ne s’est jamais éteinte aux yeux des cinéphiles. Et la composition mythique de John Barry de rentrer dans toutes les mémoires.

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Test Blu-ray / Ave Maria, réalisé par Jacques Richard

AVE MARIA réalisé par Jacques Richard, disponible en DVD & Blu-ray le 15 janvier 2025 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Anna Karina, Féodor Atkine, Isabelle Pasco, Pascale Ogier, Dora Doll, Bernard Freyd, Philippe Castelli, Balthazar Clémenti…

Scénario : Jacques Richard & Paul Gégauff

Photographie : Dominique Brenguier

Musique : Jorge Arriagada

Durée : 1h44

Date de diffusion initiale : 1984

LE FILM

Ursula, 15 ans, subit dans un petit village de la France profonde, une éducation morale et religieuse fanatique. Dans la vaste demeure, baptisée « Sainte oeuvre » par Adolphe Eloi, un prêtre défroqué, Ursula sera jugée par les membres de la secte villageois.

Soyons honnêtes d’emblée, si Ave Maria avait parlé de lui avant même sa sortie, c’est en raison de son affiche, qui avait déclenché quelques polémiques. Sur celle-ci, Isabelle Pasco, à peine 18 ans (et juste avant Hors-la-loi de Robin Davis), est seulement vêtue d’un pagne et surtout crucifiée, la poitrine découverte, photographie réalisée par Bettina Rheims qui allait entraîner quelques procès pour injure ou diffamation envers une religion. Le réalisateur Jacques Richard sera d’ailleurs poursuivi par la Fraternité Saint-Pie-X et par près d’une dizaine d’autres associations catholiques, qui demandaient l’interdiction pure et simple de l’affiche. La justice donnera finalement raison aux plaignants et l’affiche sera interdite sur la voie publique. Mais au-delà de ce scandale (identique à celui que connaîtra aussi l’affiche de Larry Flynt de Milos Forman en 1996), Ave Maria est un excellent long-métrage, un drame psychologique à la frontière du fantastique, un récit que n’aurait pas renié un certain Stephen King. Car Ave Maria, mis en scène par Jacques Richard (né en 1954), traite du fanatisme religieux, celui qui gangrène les campagnes les plus reculées, qui abuse des âmes sensibles, qui les suce jusqu’à la moelle. En dehors de quelques digressions et diverses baisses de rythme, Ave Maria reste une œuvre OVNI dans le cinéma français et peut encore aujourd’hui perturber et décontenancer une bonne partie du public, plus de quarante ans après sa sortie.

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Test 4K UHD / Traqué, réalisé par William Friedkin

TRAQUÉ (The Hunted) réalisé par William Friedkin, disponible en DVD & Combo 4K Ultra HD + Blu-ray le 21 avril 2026 chez L’Atelier d’Images.

Acteurs : Tommy Lee Jones, Benicio Del Toro, Connie Nielsen, Leslie Stefanson, John Finn, José Zúñiga, Ron Canada, Mark Pellegrino…

Scénario : David Griffiths, Peter Griffiths & Art Monterastelli

Photographie : Caleb Deschanel

Musique : Brian Tyler

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 2003

LE FILM

L.T. Bonham, un ex-entraîneur des forces spéciales, vit retiré dans les forêts de l’Oregon. Lorsqu’un agent du FBI vient lui demander de l’aide sur une affaire de meurtres perpétrés sur des chasseurs dans la forêt de l’Oregon, il accepte de se rendre sur les lieux du crime. L.T. a l’intuition que ces assassinats ne peuvent avoir été commis que par un seul homme : Aaron Hallam, un de ses anciens élèves, le meilleur. S’engage bientôt un redoutable jeu du chat et de la souris.

Au début des années 2000, tout va bien pour le réalisateur William Friedkin (1935-2023). Après la grande déconvenue de Jade (1995) au box-office (10 millions de dollars de recettes, pour un budget 5 fois supérieur), le cinéaste se refait une santé avec L’Enfer du devoir Rules of engagement. Ce grand succès est rapidement suivi par celui de la ressortie de L’Exorciste dans sa version intégrale. William Friedkin revient rapidement derrière la caméra pour Traqué The Hunted, conçu pour le compte de la Paramount Pictures, studio alors tenu par Sherry Lansing, première femme à diriger un studio Hollywoodien et qui n’est autre que l’épouse du metteur en scène. Belle production de 55 millions de dollars, Traqué n’emballe pas le public et le film connaît un échec relatif avec seulement 34 millions de billets verts amassés sur le sol de l’Oncle Sam et à peine onze millions dans le reste du monde. The Hunted sera le dernier film de studio de William Friedkin. Longtemps considéré comme un sous-Rambo, Traqué est pourtant un formidable opus de l’auteur de French Connection, du Convoi de la peur Sorcerer, de La ChasseCruising et de Police fédérale, Los AngelesTo Live and Die in L.A.. S’il n’aura jamais l’aura de ces monuments, The Hunted est un sacré tour de force et démontrait une fois de plus que William Friedkin en avait encore sacrément sous le capot à l’aube de ses soixante printemps.

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Test Blu-ray / Valeur sentimentale, réalisé par Joachim Trier

VALEUR SENTIMENTALE (Affeksjonsverdi) réalisé par Joachim Trier, disponible en DVD et Blu-ray le 3 mars 2026 chez Memento Distribution.

Acteurs : Renate Reinsve, Stellan Skarsgård, Inga Ibsdotter Lilleaas, Elle Fanning, Anders Danielsen Lie, Jesper Christensen, Lena Endre, Cory Michael Smith…

Scénario : Joachim Trier & Eskil Vogt

Photographie : Kasper Tuxen

Musique : Hania Rani

Durée : 2h08

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

À la mort de leur mère, Agnès et Nora voient leur père débarquer après de longues années d’absence. Réalisateur de renom, celui-ci propose à Nora, comédienne de théâtre confirmée, de jouer dans son prochain film, mais celle-ci refuse avec défiance. Il propose alors le rôle à une jeune star hollywoodienne, ravivant des souvenirs de famille douloureux.

En l’espace de cinq longs-métrages, Reprise (Nouvelle donne) (2006), Oslo, 31 août (2011), Back Home (2015), Thelma (2017) et Julie (en 12 chapitres), le dano-norvégien Joachim Trier est devenu l’un des réalisateurs européens (pour ne pas dire internationaux) les plus importants de sa génération. Né en 1974 à Copenhague, le cinéaste, qui avait explosé il y a quinze ans avec son somptueux second opus, foudroie une fois de plus avec son dernier film en date, Valeur sentimentaleSentimental Value, ou bien encore Affeksjonsverdi, pour lequel il retrouve la magnifique Renate Reinsve, précédemment récompensée au Festival de Cannes par le prix d’interprétation féminine pour Julie (en 12 chapitres). Également sélectionné en compétition officielle sur la Croisette, Valeur sentimentale est reparti avec le Grand Prix du Jury, même si on lui aurait remis personnellement la Palme d’or. Car c’est un nouveau sommet dans l’oeuvre magistrale de Joachim Trier, qui se penche sur l’héritage émotionnel et culturel, sur la notion du foyer, avec comme épicentre une maison familiale qui regorge de souvenirs, de rancoeurs, de témoignages, de secrets, où la mémoire des murs subsiste. Joachim Trier fait de la maison un personnage à part entière, une matrice, dans laquelle les générations se sont succédé. C’est dans cette habitation que l’émotion, la sensibilité, les fantasmes, les regrets, la colère, la tristesse se sont transmis. Avec son fidèle coscénariste Eskil Vogt, le metteur en scène multiplie les points de vue et s’éloigne de ses partis-pris habituels, une narration dite chorale, qui peut tout d’abord intriguer, voire déstabiliser les spectateurs habitués à la grammaire de Joachim Trier, qui s’en tire de façon virtuose. Les comédiens sont extraordinaires, à fleur de peau, bouleversants, en premier lieu Renate Reinsve, récompensée à de nombreuses reprises pour sa prestation, qui l’a même portée jusqu’aux Oscars en 2026. Chef d’oeuvre instantané, lauréat (entre autres) du BAFTA du Meilleur film en langue étrangère et par l’Oscar du Meilleur film International.

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Test Blu-ray / Romance, réalisé par Catherine Breillat

ROMANCE réalisé par Catherine Breillat, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Caroline Ducey, Sagamore Stévenin, François Berléand, Rocco Siffredi, Reza Habuhossein, Ashley Wanninger, Emma Colberti, Fabien de Jomaron…

Scénario : Catherine Breillat

Photographie : Giorgos Arvanitis

Musique : Raphäel Tidas & DJ Valentin

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1999

LE FILM

Une jeune femme, Marie, vit avec son compagnon, Paul, une relation frustrante sur les plans émotionnel et sexuel. Elle a une relation sexuelle avec Paolo, un homme rencontré dans un bar. Son désir d’apaiser sa frustration la conduit ensuite à une série de relations, souvent éphémères, jusqu’à entamer un rapport sadomasochiste avec un homme plus âgé.

Avec Romance, Catherine Breillat connaît son plus grand succès public avec près de 350.000 entrées. Aujourd’hui pourtant, le film s’avère l’un des plus critiqués, pour ne pas dire rejetés de la part des spectateurs. Si ce sixième long-métrage de la cinéaste a surtout bénéficié d’un phénomène de curiosité, qui a poussé les spectateurs à découvrir cet opus dans les salles, il est dur de nos jours d’émettre un bon avis, d’autant plus que celui-ci se trouve entaché par la déclaration en 2024 de son actrice principale, Caroline Ducey (par ailleurs très bien), qui accuse la réalisatrice (qui l’a aussi dirigée dans l’excellent Une vieille maîtresse) d’avoir organisé un viol sur le tournage et de l’avoir manipulée. Catherine Breillat a démenti les propos de la comédienne, qui affirmait que son actrice avait été prévenue que les scènes de sexe ne seraient pas simulées. Si l’on reste concentré sur le film proprement dit, difficile de ne pas rire devant Romance avec ses dialogues pompeux que l’on penserait élaborés en intelligence artificielle (les répliques sont idéales pour une partie de Kamoulox entre amis), le jeu embarrassé de Rocco Siffredi, qui se demande quels propos il est en train dé-bite-r, sans oublier les apparitions de François Berléand, dont le personnage entreprend d’éduquer Marie au bondage. La chair est souvent triste chez Catherine Breillat, exposée comme des morceaux barbaque sur l’étalage d’un boucher-charcutier, dans le but d’essayer de comprendre pourquoi on en fait tout un foin, pourquoi c’est bon, pourquoi « on ne pense qu’à ça ». Rétrospectivement, Romance est une fausse route pour son auteure, qui se perd ici dans tous les clichés, dans ses névroses personnelles, au point que ce drame psychologique mute involontairement en comédie…

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Test Blu-ray / La Ragazza, réalisé par Luigi Comencini

LA RAGAZZA (La Ragazza di Bube) réalisé par Luigi Comencini, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 28 avril 2026 chez Tamasa Distribution.

Acteurs : Claudia Cardinale, George Chakiris, Marc Michel, Dany París, Monique Vita, Carla Calò, Emilio Esposito…

Scénario : Luigi Comencini & Marcello Fondato, d’après le roman de Carlo Cassola

Photographie : Gianni Di Venanzo

Musique : Carlo Rustichelli

Durée : 1h47

Date de sortie initiale : 1964

LE FILM

En 1945, en Toscane, Mara fait la connaissance de Bube, un partisan qui vient rendre visite à son père. Ils tombent amoureux et se fiancent mais ne peuvent se voir qu’épisodiquement. Bube qui a tué un brigadier et son fils est contraint de s’enfuir à l’étranger. Le temps passe et Mara rencontre Stefano qui un jour lui demande de l’épouser. Elle hésite puis apprend que Bube vient d’être expulsé de son pays d’accueil et arrêté à la frontière.

Placé entre l’exceptionnel Le CommissaireIl Commissario et plusieurs films à sketches (Pour trois nuits d’amour, Ma femme et Les Poupées), La Ragazza ou La Ragazza du Bube en version originale, rend compte du caractère à la fois romantique et engagé du réalisateur Luigi Comencini (1916-2007). Si l’on devait rapprocher ce film d’un autre opus du cinéaste, ce serait indéniablement Un vrai crime d’amourDelitto d’amore (1974), plus méconnu certes, mais qui contient pour ainsi dire les mêmes éléments. La Ragazza est ni plus ni moins l’un des plus beaux, l’un des plus grands, l’un des films plus personnels de Luigi Comencini. Le réalisateur découvre le roman éponyme de Carlo Cassola, prix Strega en 1960 et en tombe littéralement amoureux, au point d’en acheter lui-même les droits. Forcément éloigné de ses comédies habituelles, y compris de ses « études de moeurs » qui l’ont rendu célèbre (les deux premiers volets de Pain, Amour, Maris en liberté, Les Surprises de l’amour, À cheval sur le tigre), le metteur en scène a également souvent montré un côté sombre, voire désespéré de l’âme humaine (La Traite des blanches), quitte à mélanger humour et gravité pour que le message « passe » auprès du public, comme un autre de ses chefs d’oeuvre, La Grande pagailleTutti a casa (1960). Mais avec La Ragazza, coécrit avec Marcello Fondato (Histoire d’aimer, Attention on va s’fâcher…, Les Complexés) il désire aborder pleinement et au premier degré une histoire d’amour teintée de politique et donc liée à l’Histoire de son pays au moment de la Libération. Raison pour laquelle les financiers ont été quelque peu frileux et ont dans un premier temps rejeté le projet de Luigi Comencini, qui réussira tout de même à monter financièrement son film grâce à Franco Cristaldi. Le producteur de Mario Monicelli (Un héros de notre temps, Le Pigeon, Les Camarades), Luchino Visconti (Nuits blanches), Francesco Rosi (Le Défi, Salvatore Giuliano) permet au maestro de concrétiser La Ragazza, qui connaîtra un immense succès dans le monde entier, avec notamment près de cinq millions d’entrées en Italie et offre à Claudia Cardinale l’un des rôles les plus emblématiques de son illustre carrière. Capolavoro.

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Test Blu-ray / La Condition, réalisé par Jérôme Bonnell

LA CONDITION réalisé par Jérôme Bonnell, disponible en DVD et Blu-ray le 7 avril 2026 chez Diaphana.

Acteurs : Swann Arlaud, Galatea Bellugi, Louise Chevillotte, Emmanuelle Devos, Pierre Philippe, Aymeline Alix, François Chattot, Camille Rutherford, Jonathan Couzinié…

Scénario : Jérôme Bonnell, d’après le roman de Léonor de Récondo

Photographie : Pascal Lagriffoul

Musique : David Sztanke

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Nous sommes au début du vingtième siècle. Céleste est bonne chez un couple de bourgeois à la campagne. Dans cette maison quelque peu étouffante tenue par André, notable respecté et se voulant respectable, se joue un jeu de pouvoir dont les femmes font les frais. Par un biais inattendu, Victoire, la femme d’André, et Céleste, vont être amenées à se rapprocher…

À l’occasion de la sortie de Chère Léa en DVD & Blu-ray en avril 2022, l’auteur de ces mots rédigeait une déclaration d’amour au cinéma de Jérôme Bonnell. Quatre ans plus tard, pour l’arrivée de La Condition dans les bacs, les mots pourraient être les mêmes. Ce huitième long-métrage aura permis au réalisateur de se refaire une petite santé après l’échec de son précédent film, passé inaperçu avec seulement 44.000 entrées. La Condition est l’adaptation libre – une première pour Jérôme Bonnell – du roman Amours de Léonor de Récondo, magnifique manifeste féministe porté par la grâce de ses trois acteurs principaux, Swann Arlaud, Galatéa Bellugi et Louise Chevillotte. Ce drame en costumes, jamais poussiéreux, mais au contraire furieusement moderne, rend compte encore et toujours de l’inspiration sans limite du cinéaste quand celui-ci prend les femmes comme héroïnes de ses histoires. L’auteur du Chignon d’Olga (2002), des Yeux clairs (2010), de La Dame de trèfle (2010), sans oublier les merveilleux Le Temps de l’aventure (2013) et À trois on y va (2015), se penche sur la relation tumultueuse et surtout violente entre les personnages, en mettant en relief la « bonne conscience » masculine qui dissimule en réalité une agressivité permanente, qui se déchaîne sur les femmes, qui quant à elles doivent accepter d’être dominée, d’être au service, soumise aux pulsions, au désir de ces messieurs. Jérôme Bonnell s’intéresse aux rapports de pouvoirs et donc à l’opposition des sexes, en s’attachant ici à deux femmes opposées sur le plan social, qui contre toute attente réussissent à s’unir face au même croque-mitaine, magistralement interprété par l’immense Swann Arlaud, qui signe une fois de plus une prestation digne de tous les éloges. Assurément, La Condition est un sommet dans la carrière de Jérôme Bonnell, et disons-le, un de ses chefs d’oeuvre.

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Test Blu-ray / Les Enfants vont bien, réalisé par Nathan Ambrosioni

LES ENFANTS VONT BIEN, réalisé par Nathan Ambrosioni, disponible en DVD & Blu-ray le 8 avril 2026 chez Studiocanal.

Acteurs : Camille Cottin, Juliette Armanet, Monia Chokri, Guillaume Gouix, Manoã Varvat, Nina Birman, Myriem Akheddiou, Frankie Wallach…

Scénario : Nathan Ambrosioni

Photographie : Victor Seguin

Musique : Alexandre de La Baume

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Un soir d’été, Suzanne, accompagnée de ses deux jeunes enfants, rend une visite impromptue à sa sœur Jeanne. Celle-ci est prise au dépourvu. Non seulement elles ne se sont pas vues depuis plusieurs mois, mais surtout Suzanne semble comme absente à elle-même. Au réveil, Jeanne découvre sidérée le mot laissé par sa sœur. La sidération laisse place à la colère lorsqu’à la gendarmerie, Jeanne comprend qu’aucune procédure de recherche ne pourra être engagée : Suzanne a fait le choix insensé de disparaître…

Bon, cette fois c’est confirmé et si pour être honnête nous n’avions plus aucun doute, Les Enfants vont bien confirme que le réalisateur Nathan Ambrosioni (né en 1999) est l’un des nouveaux génies du cinéma français. Il nous avait déjà subjugué avec Les Drapeaux de papier (2018), ébloui avec Toni en famille (2023), il nous hypnotise et émerveille avec Les Enfants vont bien, son cinquième long-métrage, qui fait preuve d’une maturité confondante. D’ailleurs, au passage, on aimerait vraiment découvrir ses deux premiers films, Hostile (2014) et Therapy (2016), alors, si un éditeur lit ce message…Mais pour en revenir à celui qui nous intéresse aujourd’hui, disons que le jeune metteur en scène touche ici au sublime et offre à Camille Cottin, qu’il avait déjà dirigé dans Toni en famille, le plus beau rôle de sa carrière. Incompréhensible que la comédienne n’ait pas été nommée aux César en 2026, mais peut-être que sa position de présidente de la 51è cérémonie l’en a empêché…En l’état, Les Enfants vont bien renvoie au plus grand cinéma français des années 1970-80. On pense surtout à Claude Sautet, qui n’avait pas son pareil pour écrire pour les femmes, pour les filmer, ne serait-ce que la nuque de Romy Schneider dans Les Choses de la vie, ou plus tard Emmanuelle Béart en violoniste dans Un coeur en hiver. Camille Cottin s’impose définitivement dans le cercle des plus grandes actrices de sa génération. Pas étonnant que celle-ci multiplie les projets, y compris de l’autre côté de l’Atlantique, où la série Dix pour cent lui a apporté une certaine renommée. Ainsi, avant de la retrouver aux côtés de Brad Pitt dans The Riders d’Edward Berger (Conclave), elle retrouve pour la deuxième fois Nathan Ambrosioni pour Les Enfants vont bien, drame familial proche du mélo façon Douglas Sirk (le sommet et la référence d’un genre), qui foudroie en plein coeur par sa pudeur et emporte le spectateur dans une spirale ininterrompue d’émotions. Chef d’oeuvre instantané, futur classique en devenir, ruez-vous dessus.

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