Test Blu-ray / Romance, réalisé par Catherine Breillat

ROMANCE réalisé par Catherine Breillat, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Caroline Ducey, Sagamore Stévenin, François Berléand, Rocco Siffredi, Reza Habuhossein, Ashley Wanninger, Emma Colberti, Fabien de Jomaron…

Scénario : Catherine Breillat

Photographie : Giorgos Arvanitis

Musique : Raphäel Tidas & DJ Valentin

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1999

LE FILM

Une jeune femme, Marie, vit avec son compagnon, Paul, une relation frustrante sur les plans émotionnel et sexuel. Elle a une relation sexuelle avec Paolo, un homme rencontré dans un bar. Son désir d’apaiser sa frustration la conduit ensuite à une série de relations, souvent éphémères, jusqu’à entamer un rapport sadomasochiste avec un homme plus âgé.

Avec Romance, Catherine Breillat connaît son plus grand succès public avec près de 350.000 entrées. Aujourd’hui pourtant, le film s’avère l’un des plus critiqués, pour ne pas dire rejetés de la part des spectateurs. Si ce sixième long-métrage de la cinéaste a surtout bénéficié d’un phénomène de curiosité, qui a poussé les spectateurs à découvrir cet opus dans les salles, il est dur de nos jours d’émettre un bon avis, d’autant plus que celui-ci se trouve entaché par la déclaration en 2024 de son actrice principale, Caroline Ducey (par ailleurs très bien), qui accuse la réalisatrice (qui l’a aussi dirigée dans l’excellent Une vieille maîtresse) d’avoir organisé un viol sur le tournage et de l’avoir manipulée. Catherine Breillat a démenti les propos de la comédienne, qui affirmait que son actrice avait été prévenue que les scènes de sexe ne seraient pas simulées. Si l’on reste concentré sur le film proprement dit, difficile de ne pas rire devant Romance avec ses dialogues pompeux que l’on penserait élaborés en intelligence artificielle (les répliques sont idéales pour une partie de Kamoulox entre amis), le jeu embarrassé de Rocco Siffredi, qui se demande quels propos il est en train dé-bite-r, sans oublier les apparitions de François Berléand, dont le personnage entreprend d’éduquer Marie au bondage. La chair est souvent triste chez Catherine Breillat, exposée comme des morceaux barbaque sur l’étalage d’un boucher-charcutier, dans le but d’essayer de comprendre pourquoi on en fait tout un foin, pourquoi c’est bon, pourquoi « on ne pense qu’à ça ». Rétrospectivement, Romance est une fausse route pour son auteure, qui se perd ici dans tous les clichés, dans ses névroses personnelles, au point que ce drame psychologique mute involontairement en comédie…

L’histoire est donc celle de Marie, déchirée entre le sexe et les sentiments, entre celui qu’elle désire et celui qu’elle aime. Ou bien encore une histoire d’amour vue comme une question de pouvoir: « Un mec qu’on aime vraiment assez pour être fidèle, il ne vous baise plus. Quand on les trompe, ils vous baisent, c’est simple. Ce n’est pas qu’ils devinent qu’on les trompe, c’est qu’ils comprennent qu’on leur échappe ». Marie, est institutrice, et Paul, modèle dans la publicité. Ils forment un couple de trentenaires apparemment sans histoire. Mais Paul, narcissique et émotionnellement distant, n’éprouve plus de désir charnel pour sa compagne. Cette dernière en souffre, et sa frustration conduit Marie à tromper son compagnon avec Paolo, rencontré dans un bar.Cette aventure bouleverse la jeune femme et la pousse à enchaîner les relations éphémères, puis à s’adonner à des jeux de domination/soumission avec Robert, le directeur de son école, un homme dans la fleur de l’âge.

« T’es pas obligé d’avoir du plaisir. Tu peux m’en donner. »

Non, la fameuse lettre X qui suit habituellement le mot « Romance », ne fait pas partie du titre, contrairement à ce que pensent certains cinéphiles. Visiblement, Catherine Breillat hésitait entre deux actrices à l’origine, Laure Marsac et Caroline Ducey. La première, magnifique et trop rare actrice vue dans La Reine Margot de Patrice Chéreau, ainsi qu’à la télévision, aurait été parfaite, mais celle-ci aurait refusé le caractère explicite du film. La cinéaste s’est donc projetée sur Caroline Ducey, qui sortait de Trop de bonheur de Cédric Kahn. Si elle n’a assurément pas la même aura à l’écran que Laure Marsac, on ne pourra pas lui reprocher de se donner à fond devant la caméra, au point que le malaise se fait souvent ressentir, surtout au moment des scènes qui la confrontent, non pas à Rocco Siffredi (neurasthé-nique), mais à François Berléand, que l’on a rarement, voire jamais vu ainsi au cinéma. De son côté Sagamore Stévenin campe un personnage aussi repoussant qu’improbable, ou quand ce type reste insensible face à sa petite amie chaude comme la b(r)aise, qui le masturbe et le suce en attendant qu’il se décide à la prendre (ce qui n’arrivera jamais). Pas étonnant que Marie erre à la recherche de celui qui lui mettra un bon coup pour la sortir de cette torpeur qu’elle n’a pas voulue.

Romance s’avère plus intéressant sur la forme, avec notamment une photo toujours soignée et élégante de Giorgos Arvanitis (À ma sœur !, Anatomie de l’enfer). Mais cette fois, c’est trop peu pour retenir l’attention, ou la coupe est pleine plutôt. Romance apparaît comme une œuvre boursouflée, comme si Catherine Breillat, toujours à disséquer le désir féminin, avait voulu trop en faire pour attirer le chaland ou faire grincer la critique, qui d’ailleurs a été positive.

Mais Romance est sans doute l’opus caricatural de la cinéaste, celui qui lui ressemble le moins (À ma sœur ! qui suivra sera l’un de ses meilleurs) et qui à force de trop de lourdeurs finit par ennuyer rapidement. On parle ha-bite-uellement de branlette intellectuelle concernant le cinéma d’auteur français. Cela n’a jamais été aussi approprié ici. D’où la nécessité d’en rire tant Romance ressemble à un précipité de toutes les tares attribuées à cette branche du septième art.

LE BLU-RAY

Le Chat qui fume continue d’explorer la filmographie de Catherine Breillat. Ainsi, après Anatomie de l’enfer, Sex is comedy, 36 fillette et Une vraie jeune fille, À ma sœur !, nous nous penchons aujourd’hui sur Romance. Cette édition se présente sous la forme d’un boîtier Scanavo. Mention spéciale à la jaquette, très élégante, qui distingue ce titre des opus habituels du Chat qui fume. Un cachet « auteur » dirons-nous. Le menu principal est animé et musical. Première mondiale en Blu-ray.

Aux côtés de la bande-annonce, nous trouvons un nouvel entretien de Catherine Breillat, réalisé par Stéphane Bouillet (25’). On apprend que la cinéaste avait écrit un scénario comprenant des scènes très crues, des actes sexuels non simulés, vingt ans auparavant et s’intitulait Romance glacée. Si Daniel Toscan du Plantier lui indiquait que cela ferait un très bon film, il était encore inenvisageable de concrétiser ce projet. Jusqu’à la fin des années 1990. La mise en chantier de Romance, le casting, les conditions de tournage (« Je maintiens qu’il y a eu pénétration ! […] un tournage qui avait la grâce »), son travail avec Rocco Siffredi (« Beaucoup étaient contre lui sur le plateau »), la sortie du film (« Le film a été vendu dans le monde entier, mais peut-être pas pour les bonnes raisons ») sont les points abordés. Enfin, Catherine Breillat, afin de défendre son statut et de répondre aux polémiques, indique qu’« Un auteur a le devoir d’être subversif et de répondre à des questions qui ne sont pas posées ».

L’éditeur propose également un formidable livret de 12 pages, comprenant une analyse très intéressante du film, réalisée par Murielle Joudet, critique de cinéma et auteure en 2023 d’une biographie sur Catherine Breillat.

L’Image et le son

Restauration HD pour Romance. La photo est souvent constituée de blanc (comme la peau nacrée dr Caroline Ducey et la chambre du couple principal) et de noir (dans le repaire du personnage de François Berléand, avec quelques touches de rouge) et la gestion des contrastes s’avère solide, la clarté est de mise, mais le piqué n’est peut-être pas aussi ciselé qu’espéré, ceci en raison de la texture argentique très appuyée, notamment sur les scènes sombres et tamisées. Rien à redire sur la propreté, ni sur la stabilité de l’image. Les détails sont convaincants, aussi bien au niveau des décors que des costumes.

Le spectateur a le choix entre les pistes DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0. Notre préférence va pour la seconde qui instaure un confort acoustique percutant. En ce qui concerne le second mixage, la spatialisation musicale est convaincante et les effets latéraux probants. Les ambiances naturelles sont présentes, la balance frontale est dynamique et équilibrée, et le report des voix solide. Point de sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Le Chat qui fume / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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