Test Blu-ray / Le Député, réalisé par Eloy de la Iglesia

LE DÉPUTÉ (El Diputado) réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 7 mai 2024 chez Artus Films.

Acteurs : José Sacristán, María Luisa San José, José Luis Alonso, Enrique Vivó, Agustín González, Queta Claver, Ángel Pardo, Juan Antonio Bardem…

Scénario : Eloy de la Iglesia & Gonzalo Goicoechea

Photographie : Antonio Cuevas

Durée : 1h46

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Roberto Orbea est député dans un parti de gauche. Homosexuel, il a épousé une camarade du parti, en espérant rester fidèle. Mais il est emprisonné pour ses activités politiques, et il devient l’amant de Nes, un prostitué. À sa sortie de prison, Orbea est élu député, et mène une politique contre le terrorisme. Un groupe de terroriste tardofranquiste paie Nes pour qu’il piège Orbea, afin de le faire tomber politiquement.

Eloy Germán de la Iglesia (1944-2006) est à un tournant de sa carrière quand il coécrit avec son complice Gonzalo Goicoechea et met en scène Le DéputéEl Deputado à la fin des années 1970. Le cinéaste espagnol n’est pas encore pleinement inscrit dans le sous-genre dit du quinqui, sur lequel nous sommes déjà revenus à plusieurs reprises avec les sorties physiques d’El Pico, Colegas, El Pico 2 et Navajeros chez Artus Films. Néanmoins, quelques éléments commencent à apparaître dans ce remarquable drame politique, à l’instar des personnages de Nes et Juanito, deux jeunes délinquants, obligés de vendre leur cul pour survivre dans l’Espagne post-franquiste. Eloy de la Iglesia parle donc ouvertement de politique, de sexe, d’homosexualité et Le Député a fait l’effet d’une bombe à sa sortie, tandis que le cinéaste allait progressivement adopter pleinement le point de vue des outsiders deux ans plus tard dans Navajeros, tout en conservant un fond engagé. En l’état, Le Député est une étape primordiale dans la filmographie de son auteur, incontestablement un sommet, un coup de poing dans la tronche, un chef d’oeuvre.

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Test Blu-ray / Priscilla, réalisé par Sofia Coppola

PRISCILLA réalisé par Sofia Coppola, disponible en DVD et Blu-ray le 3 mai 2024 chez ARP Sélection.

Avec :  Cailee Spaeny, Jacob Elordi, Ari Cohen, Dagmara Dominczyk, Tim Post, Lynne Griffin, Dan Beirne, Rodrigo Fernandez-Stoll…

Scénario : Sofia Coppola, d’après le livre Elvis et moi de Priscilla Presley

Photographie : Philippe Le Sourd

Musique : Phoenix

Durée : 1h53

Date de sortie initiale : 2023

LE FILM

Quand Priscilla rencontre Elvis, elle est collégienne. Lui, à vingt-quatre ans, est déjà une star mondiale. De leur idylle secrète à leur mariage iconique, Sofia Coppola dresse le portrait de Priscilla, une adolescente effacée qui lentement se réveillera de son conte de fées pour prendre sa vie en main.

C’est une histoire qui revenait de droit à Sofia Coppola et qui s’intègre parfaitement dans sa filmographie. Priscilla est un biopic, celui consacré à Priscilla Presley, compagne (évidemment) du King et mère de sa fille Lisa Marie (décédée en 2023 à l’âge de 54 ans), un nouveau portrait de femme, un autre récit d’émancipation. La critique n’a pas été tendre avec Priscilla, aussi bien de la part des professionnels que des spectateurs. Pourtant, ce drame biographique s’avère bien plus réussi et intéressant que The Bling Ring, le plus mauvais film de son auteure, le vide absolu, qui avait été porté par des avis dithyrambiques. On est ici entre Marie-Antoinette et Somewhere, avec une adolescente de 14 ans (comme Marie-Antoinette quand elle épouse le dauphin Louis) qui se retrouve littéralement prise au piège par un ogre et enfermée dans une maison de poupée où celle-ci doit attendre d’être manipulée avec des épingles par le vaudou qui la retient, la fascine, l’entraîne dans un (faux) conte de fées. Basé sur les mémoires de Priscilla Presley, Elvis and Me, le huitième long-métrage de Sofia Coppola est un film sur l’attente, sur l’emprise, sur la frustration, sur l’ennui, des thèmes (pour ne pas dire des obsessions) déjà abordés et par ailleurs récurrents chez la cinéaste, qui signe une nouvelle grande réussite à son palmarès.

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Test Blu-ray / Race for Glory, réalisé par Stefano Mordini

RACE FOR GLORY (Audi Vs Lancia) réalisé par Stefano Mordini, disponible en DVD & Blu-ray le 7 juin 2024 chez Metropolitan Vidéo.

Acteurs : Riccardo Scamarcio, Daniel Brühl, Katie Clarkson-Hill, Volker Bruch, Esther Garrel, Bruno Gouery, Carlotta Verny, Jacopo Rampini…

Scénario : Filippo Bologna, Stefano Mordini & Riccardo Scamarcio

Photographie : Luigi Martinucci

Durée : 1h48

Date de sortie initiale : 2024

LE FILM

1983, la rivalité est à son paroxysme, entre l’écurie italienne Lancia, dirigée par le charismatique Cesare Fiorio et la puissante équipe allemande Audi, dirigée par le redoutable Roland Gumpert. Mais, c’est sur le terrain, pilotées respectivement par Walter Röhrl et Hannu Mikkola, que leurs voitures : la Lancia Rally 037 et l’Audi Quattro, les départageront durant un championnat du monde des rallyes devenu légendaire.

Entre le sport automobile et le cinéma, ça n’a jamais vraiment été une histoire d’amour et rares sont les films traitant ce sujet qui sont véritablement passés à la postérité. On peut citer en vrac Grand Prix (1966) de John Frankenheimer, Virages (1969) de James Goldstone, Le Mans (1971) de Lee H. Katzin, Gonflés à bloc (1969) de Ken Annakin, Jours de tonnerre (1990) de Tony Scott, Driven (2001) de Renny Harlin, Michel Vaillant (2003) de Louis-Pascal Couvelaire, Speed Racer (2008) des sœurs Wachowski, Rush (2013) de Ron Howard et Gran Turismo (2023) de Neill Blomkamp. Ce ne sont pas les exemples qui manquent, on en oublie évidemment certains. Même l’Italie vient de livrer son opus, Race for Glory, surfant probablement sur le beau succès rencontré par Le Mans 66 (2019) de James Mangold, y compris dans son titre original, Audi Vs Lancia. Projet mené du début à la fin par le comédien Riccardo Scamarcio, qui officie ici comme interprète principal, coscénariste et coproducteur, Race for Glory rappelle parfois le côté opportuniste du cinéma d’exploitation des années 1970-80, qui recopiait les succès étrangers, passés à la sauce pesto. Audi Vs Lancia n’a rien de déshonorant, s’avère même sympathique à plus d’un titre, patine certes au niveau de sa mise en scène, mais repose sur des acteurs attachants et une histoire certes très classique (et essentiellement tirée de faits réels), mais bien menée et divertissante.

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Test Blu-ray / Le Prix du silence, réalisé par Elliott Nugent

LE PRIX DU SILENCE (The Great Gatsby) réalisé par Elliott Nugent, disponible en DVD et Combo Blu-ray+DVD le 26 mars 2024 chez Elephant Films.

Acteurs : Alan Ladd, Betty Field, Macdonald Carey, Ruth Hussey, Barry Sullivan, Howard Da Silva, Shelley Winters, Henry Hull, Ed Begley…

Scénario : Cyril Hume & Richard Maibaum, d’après le roman de F. Scott Fitzgerald

Photographie : John F. Seitz

Musique : Robert Emmett Dolan

Durée : 1h32

Année de sortie : 1949

LE FILM

Pour reconquérir son ancienne fiancée, mariée à un millionnaire, Jay a lui aussi décidé de grimper l’échelle sociale. Pour cela il est prêt à tout, vraiment tout…

On connaissait évidemment Gatsby le Magnifique The Great Gatsby (1974) de Jack Clayton, avec Robert Redford dans le rôle-titre, ainsi que la version de 2013 de Baz Luhrmann avec Leonardo DiCaprio, dont a été tiré un mème incontournable sur internet où celui-ci lève sa coupe de champagne, le sourire en coin. Ce qu’on sait moins, c’est que le roman légendaire de F. Scott Fitzgerald avait déjà connu deux autres adaptations au cinéma, la première – muette, qui a complètement disparu et que Fitzgerald avait détesté – de 1926, transposition signée Herbert Brenon avec Warner Baxter, la seconde de 1949, réalisée par Elliott Nugent (1896-1980), avec Alan Ladd dans la peau du milliardaire. C’est cette dernière qui nous intéresse aujourd’hui, d’autant plus que le film avait longtemps été considéré lui aussi comme perdu. Étonnante mouture que ce Prix du silence, étrange titre français, écrit par Cyril Hume (Derrière le miroir de Nicholas Ray, Planète interdite de Fred McLeod Wilcox, Tokyo Joe de Stuart Heisler et auteur de quelques épisodes de Tarzan avec Johnny Weissmuller) et Richard Maibaum (scénariste lié à la saga 007, de James Bond 007 contre Dr No à Permis de tuer), qui s’inspirent forcément du livre de FSF, mais également de la pièce de théâtre d’Owen Davis, montée à Broadway en 1926. Pas facile de résumer la richesse de l’oeuvre originale en 90 minutes, mais l’essentiel y est et le pari est réussi. Alan Ladd campe un Gatsby impeccable, à la fois lisse et torturé, et le comédien est parfaitement accompagné par une distribution on ne peut plus convaincante. Assurément une découverte, qui demeure souvent très moderne dans son traitement et dans le ton adopté.

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Test Blu-ray / L’Homme qui voulait savoir, réalisé par George Sluizer

L’HOMME QUI VOULAIT SAVOIR (Spoorloos) réalisé par George Sluizer, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livret – Édition limitée chez Sidonis Calysta le 7 juin 2024.

Avec : Bernard-Pierre Donnadieu, Gene Bervoets, Johanna Ter Steege, Gwen Eckhaus, Bernadette Le Saché, Tania Latarjet, Lucille Glenn, Roger Souza…

Scénario : Tim Krabbé & George Sluizer, d’après le roman L’Oeuf d’or de Tim Krabbé

Photographie : Toni Kuhn

Musique : Henny Vrienten

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 1988

LE FILM

Sur la route des vacances, Rex et Saskia s’arrêtent sur une aire d’autoroute. L’homme s’éloigne du véhicule pendant quelques minutes. À son retour, sa compagne a disparu. Fou de douleur, il renonce à sa vie professionnelle et sociale pour se consacrer exclusivement à la recherche de la disparue. Après trois années d’une quête infructueuse, il reçoit une étrange carte postale, dont l’auteur prétend connaître la vérité sur la disparition…

Film culte des années 1980, récompensé dans tous les festivals, L’Homme qui voulait savoir est une oeuvre éprouvante pour les nerfs, qui continue de hanter les mémoires bien longtemps après. Bernard-Pierre Donnadieu livre une admirable prestation tandis que la mise en scène de George Sluizer (1932-2014) dissèque le mécanisme mental et les agissements d’un esprit malade avec originalité, renvoyant à nos peurs les plus primaires et universelles. Vous connaissez peut-être le remake, La Disparue The Vanishing, avec Jeff Bridges, Sandra Bullock et Kiefer Sutherland réalisé par George Sluizer lui-même – à l’instar d’Alfred Hitchcock pour L’Homme qui en savait trop, Ole Bornedal pour Le Veilleur de nuit et Michael Haneke pour Funny Games – en 1993, mais pas forcément le film original sorti cinq ans auparavant. Alors jetez-vous immédiatement dessus, vous ne le regretterez jamais. Le cinéaste néerlandais (mais né à Paris) George Sluizer demeure encore aujourd’hui peu connu du grand public et reste un cas atypique dans le cinéma. À l’origine de L’Homme qui voulait savoir, il y a un roman, Het Gouden Ei L’Œuf d’Or, écrit par Tim Krabbé, néerlandais comme George Sluizer, qui a participé à l’adaptation de son livre avec le réalisateur, avant d’être remercié par ce dernier pour divergences artistiques. Si le remake est étonnamment plus diffusé, L’Homme qui voulait savoir est un thriller dramatique aussi sensationnel qu’insoutenable. Bernard-Pierre Donnadieu trône de façon impériale sur ce film diabolique. Sa présence est de celle qu’on ne peut oublier et qui marque à vie l’esprit des cinéphiles.

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Test Blu-ray / Navajeros, réalisé par Eloy de la Iglesia

NAVAJEROS réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 7 mai 2024 chez Artus Films.

Acteurs : José Luis Manzano, Isela Vega, Verónica Castro, Jaime Garza, Enrique San Francisco, María Martín, José Sacristán, José Manuel Cervino…

Scénario : Eloy de la Iglesia & Gonzalo Goicoechea

Photographie : Antonio Cuevas

Musique : Burning

Durée : 1h32

Date de sortie initiale : 1980

LE FILM

José Manuel alias « El Jaro » vit avec sa bande de délinquants. Un jour, il rencontre Mercedes, une prostituée qui veut le ramener dans le droit chemin.

En septembre 2023, à l’occasion de la sortie du coffret Cinéma Quinqui de Eloy de la Iglesia chez Artus Films, qui comprenait Colegas, El Pico et El Pico 2, nous étions revenus très largement sur la carrière du réalisateur espagnol et plus particulièrement sur le genre quinqui. Vous savez donc ce qui vous reste à faire pour en savoir plus. L’éditeur a eu l’excellente idée de prolonger cette importante découverte, en éditant deux autres longs-métrages emblématiques du cinéaste, Le Député El diputado (1979) et Navajeros (1981). C’est le second que nous aborderons aujourd’hui. Dans le sillage du cinéma de son compatriote José Antonio de la Loma, qui avait comme qui dirait ouvert le bal du cinéma quinqui en 1977 avec Perros callejeros (« chiens errants ») et qui est depuis considéré comme étant le film fondateur du genre, Eloy de la Iglesia entend bien lui aussi dresser le portrait des jeunes délinquants livrés à eux-mêmes dans l’Espagne post-franquiste, où la dope était reine, où le boulot était inexistant, où les parents étaient complètement largués, comme si tout le monde se réveillait d’une immense gueule de bois. Navajeros, s’il n’atteint pas la réussite de Colegas et n’a pas la force implacable d’El Pico, n’en reste pas moins un mètre étalon du quinqui et compile tous les ingrédients de ce qui fait sa particularité. C’est aussi et surtout la première collaboration entre Eloy de la Iglesia et José Luis Manzano, sa muse, son amant et même sa pute, leur rencontre s’étant déroulée dans les milieux de la prostitution masculine du centre de Madrid, que le metteur en scène fréquentait alors assidûment. Ensemble, ils tourneront cinq films jusqu’à La Estanquera de Vallecas en 1987. Navajeros pose les bases de leurs futures associations, les motifs sont clairement exposés, sexe, drogue, violence, sang, et si cet opus s’avère au final plus sage, ou plutôt linéaire et didactique (les apartés d’un journaliste appuient d’ailleurs une dimension documentaire), ce drame à la frontière du thriller psychologique est clairement une étape.

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Test Blu-ray / Dream Scenario, réalisé par Kristoffer Borgli

DREAM SCENARIO réalisé par Kristoffer Borgli, disponible en DVD & Blu-ray le 7 juin 2024 chez Metropolitan Vidéo.

Acteurs : Nicolas Cage, Julianne Nicholson, Michael Cera, Jessica Clement, Lily Bird, Star Slade, David Klein, Kaleb Horn…

Scénario : Kristoffer Borgli

Photographie : Benjamin Loeb

Musique : Owen Pallett

Durée : 1h42

Date de sortie initiale : 2023

LE FILM

Paul Matthews, un banal professeur, voit sa vie bouleversée lorsqu’il commence à apparaître dans les rêves de millions de personnes. Paul devient alors une sorte de phénomène médiatique, mais sa toute nouvelle célébrité va rapidement prendre une tournure inattendue…

De l’avis de Nicolas Cage lui-même, Dream Scenario est aux côtés de Leaving Las Vegas, Adaptation, Arizona Junior et Embrasse-moi vampire, l’un de ses meilleurs films, pour lequel il n’a pas hésité une seconde à s’engager après avoir lu cette histoire dingue. En effet, le second long-métrage écrit et mis en scène par le réalisateur norvégien Kristoffer Borgli (né en 1985), découvert avec Sick of Myself, rappelle l’univers d’un certain Charlie Kaufman, l’auteur culte de Dans la peau de John Malkovich et Adaptation de Spike Jonze, de Confessions d’un homme dangereux de George Clooney, de Human Nature et Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry, mais fait aussi étrangement écho avec un film bien de chez nous, Superstar de Xavier Giannoli, libre transposition du roman L’idole de Serge Joncour, publié en 2004, qui racontait l’étrange histoire d’un homme qui, du jour au lendemain, devenait célèbre, sans savoir pourquoi. Dans Dream Scenario (production Ari Aster, à l’origine prévu aux manettes avec Adam Sandler comme tête d’affiche), un homme dans la foule, n’importe qui, le plus anonyme possible accède à la célébrité via un phénomène paranormal, en apparaissant dans les songes d’individus à travers le monde. Ce type, Paul Matthews, ne refuse pas cette célébrité absurde et soudaine, il peut même en espérer quelques retombées, comme voir son livre être publié, tandis que les gens s’intéressent encore plus à lui. À l’instar d’un fait divers troublant et avec un sens aiguisé de l’observation, Kristoffer Borgli crée un malaise certain, excellemment rendu par un immense Nicolas Cage, qui trouvait à l’aube de ses soixante ans l’un de ses plus beaux et grands rôles. Avec un savoir-faire technique souvent ébouriffant, le cinéaste raconte une histoire qui va bien au-delà de la soudaine notoriété d’un inconnu et des dérives de la société, en s’interrogeant notamment sur le sens du monde contemporain et des icônes. Dream Scenario est un spectacle de qualité, virtuose, énergique, percutant, l’un des films indispensables de l’année 2023.

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Test Blu-ray / Le Mystère d’Edwin Drood, réalisé par Stuart Walker

LE MYSTÈRE D’EDWIN DROOD (The Mystery of Edwin Drood) réalisé par Stuart Walker, disponible en DVD et Combo Blu-ray+DVD le 26 mars 2024 chez Elephant Films.

Acteurs : Claude Rains, Douglass Montgomery, Heather Angel, David Manners, Francis L. Sullivan, Valerie Hobson, Zeffie Tilbury, Ethel Griffies…

Scénario : John L. Balderston, Gladys Unger, Leopold Atlas & Bradley King, d’après le roman de Charles Dickens

Photographie : George Robinson

Musique : Edward Ward

Durée : 1h27

Année de sortie : 1935

LE FILM

Le jeune et affable Edwin Drood, en apparence comblé par la sollicitude de son oncle John Jasper, maître de choeur à la cathédrale de Cloisterham, disparaît mystérieusement sans laisser de trace. Jasper mène tout d’abord l’enquête sur le sort de son neveu et ses soupçons se dirigent vers l’irascible Neville Landless, arrivé récemment à Cloisterham avec sa soeur Helena…

Le cinéma n’a pas tardé pour s’emparer des écrits de Charles Dickens, puisque la première adaptation d’un de ses livres, en l’occurrence Oliver Twist, remonte à 1901. Depuis, près de 500 films se sont inspirés de près ou de loin d’un des ouvrages de l’écrivain britannique. Le Mystère d’Edwin Drood est le quinzième et dernier roman de Charles Dickens, dont la première transposition date de 1909, suivie par une autre de 1914. Celle qui nous intéresse aujourd’hui est donc la troisième, celle à connaître, même si une autre mouture sera à nouveau réalisée soixante ans plus tard, ainsi que des séries télévisées. Si Le Mystère d’Edwin Drood version Stuart Walker n’est indubitablement pas un chef d’oeuvre, il possède quelques atouts non négligeables, à l’instar d’une superbe photographie signée George Robinson (La Montagne jaune, Le Rayon invisible, Tarantula!), dont le savoir-faire fera le bonheur des studios (et des cinéphiles), puisqu’il sera aussi l’un des chefs opérateurs emblématiques des Universal Monsters (Le Fils de Dracula, La Maison de Dracula, Le Fils de Frankenstein, Frankenstein rencontre le loup-garou, La Tombe de la Momie). Mention spéciale également à la prestation de Claude Rains, inquiétant à souhait et qui porte le film sur ses épaules. Un bon cru, rien de transcendant, mais qui demeure encore divertissant près d’un siècle après sa sortie.

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Test 4K UHD / Classe tous risques, réalisé par Claude Sautet

CLASSE TOUS RISQUES réalisé par Claude Sautet, disponible en DVD, Blu-ray & 4K Ultra HD + Blu-ray le 23 mars 2024 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo, Sandra Milo, Jean Servais, Marcel Dalio, Bernard Dheran, Michel Ardan, Michele Meritz, Claude Cerval, Jacques Dacqmine…

Scénario : Claude Sautet, José Giovanni & Pascal Jardin, d’après le roman de José Giovanni

Photographie : Ghislain Cloquet

Musique : Georges Delerue

Durée : 1h49

Date de sortie initiale : 1960

LE FILM

Gangster condamné à mort par contumace et recherché activement par la police, Abel Davos s’est réfugié depuis une douzaine d’années en Italie avec sa femme Thérèse et ses deux enfants, où il poursuit ses coupables activités. Mais après un dernier hold-up réussi avec son ami Raymond, sur le point d’être retrouvé, il doit rentrer clandestinement en France par la mer. En débarquant sur une plage déserte, deux douaniers les surprennent, provoquant une fusillade tuant Thérèse et Raymond. Resté seul avec ses enfants, Abel fait appel à ses amis Riton et Fargier, à Paris pour venir les chercher à Nice, qui ne peuvent venir eux-mêmes mais lui envoient un homme sûr, Éric Stark, avec une ambulance. Davos se lie d’amitié avec le jeune homme, qui le cache dans une chambre de bonne de son immeuble…

À la base de Classe tous risques, il y a un roman de José Giovanni, édité en 1958, qui s’inspirait des dernières années de cavale d’Abel Danos (que l’écrivain avait côtoyé à la prison de la Santé), surnommé le Bel Abel ou le « Mammouth » en raison de sa forte corpulence, malfaiteur, membre du Milieu et membre de la Gestapo française dite La Carlingue, où il était alors connu pour ses méthodes aussi expéditives que brutales. C’est Lino Ventura lui-même qui est venu se « vendre » auprès de l’écrivain et ancien gangster, en lui indiquant qu’il était fait pour le rôle et que son ami Claude Sautet désirait faire de son livre un film. À la fin des années 1950, le comédien commence à faire sa place dans le cinéma français, mais sa silhouette trapue et son charisme de dur à cuire est aussi remarquée qu’appréciée de plus en plus par les cinéastes et surtout par les spectateurs, depuis sa découverte dans Touchez pas au grisbi, triomphe de 1954 qui avait replacé Jean Gabin sur son trône. Lino Ventura apparaît dans autant de films que de succès, de Razzia sur la chnouf à 125 rue Montmartre, en passant par Un témoin dans la ville, Marie-Octobre, Ces dames préfèrent le mambo…petit à petit, le nom de l’acteur se hisse en haut de l’affiche. Le Gorille vous salue bien de Bernard Borderie et Le Fauve est lâché de Maurice Labro (sur lequel Ventura rencontre Sautet) prouvent que des productions peuvent enfin se monter sur son charisme, son talent et sa carrure. Avec Classe tous risques, Lino Ventura passe la vitesse supérieure et son personnage anticipe déjà celui qu’il tiendra dans Le Deuxième souffle de Jean-Pierre Melville, autre transposition d’un ouvrage de José Giovanni. Merveilleusement mis en scène par un Claude Sautet enfin en possession de ses moyens après un premier long-métrage Bonjour sourire, qu’il reniera très rapidement et pour lequel il officiait uniquement comme « technicien » (alors assistant, mais remplaçant surtout au pied levé Robert Dhéry, qui devait le réaliser et s’est finalement désisté au dernier moment), ce polar sombre et brutal est aussi une superbe histoire d’amitié, magnifiquement interprétée par le tandem Ventura-Belmondo.

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Test Blu-ray / Les Boys de la compagnie C, réalisé par Sidney J. Furie

LES BOYS DE LA COMPAGNIE C (The Boys in Company C) réalisé par Sidney J. Furie, disponible en Combo Blu-ray + 2 DVD le 12 avril 2024 chez Rimini Editions.

Acteurs : Stan Shaw, Andrew Stevens, James Canning, Michael Lembeck, Craig Wasson, Scott Hylands, James Whitmore Jr., Noble Willingham, R. Lee Ermey…

Scénario : Rick Natkin & Sidney J. Furie

Photographie : Godfrey A. Godar

Musique : Jaime Mendoza-Nava

Durée : 2h01

Année de sortie : 1978

LE FILM

1967. Cinq jeunes Marines, engagés volontaires, intègrent un camp militaire où ils seront formés, avant d’être envoyés au Vietnam. Ils découvrent alors l’horreur de la guerre et une plongée en enfer à laquelle personne ne les avait préparés…

Quand on parle de la guerre du Vietnam au cinéma, on pense immédiatement à Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, Platoon d’Oliver Stone, Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino, Rambo de Ted Kotcheff, Good Morning, Vietnam de Barry Levinson, Outrages de Brian De Palma et Full Metal Jacket de Stanley Kubrick. Ce ne sont pas les exemples qui manquent. Mais avant cela, le cinéma hollywoodien s’était déjà intéressé à ce conflit, comme média de propagande à l’instar des Bérets verts The Green Berets, co-réalisé en 1968 par Ray Kellogg et John Wayne. Dix ans plus tard, Sidney J. Furie coécrit avec son complice Rick Natkin et réalise Les Boys de la compagnie C The Boys un Company C, film qui n’est sans doute pas passé à la postérité, mais qui demeure néanmoins important rétrospectivement, puisqu’il s’avère être la matrice de l’oeuvre susmentionnée de Stanley Kubrick. En effet, impossible de ne pas penser à Full Metal Jacket, pourtant sorti dix ans plus tard, surtout durant l’entraînement de la future unité de Marines (durant lequel apparaît le même R. Lee Ermey, légendaire sergent-instructeur Hartman, ici quasiment dans le même rôle), destinée à être envoyée au Vietnam où chaque membre servira essentiellement de chair à canon. Mais Sidney J. Furie ne s’intéresse pas seulement à la formation de ces soldats spéciaux, d’ailleurs, contrairement à Full Metal Jacket où cet acte dure quasiment la moitié du métrage celui-ci ne représente qu’un quart dans Les Boys de la compagnie C, le cinéaste désire montrer comment cela se passait réellement sur le terrain. Certes, comparer la virtuosité quasi-chirurgicale et symétrique de Stanley Kubrick au style plus passe-partout de Sidney J. Furie serait inutile. Toutefois, il serait fort dommage de ne pas réévaluer Les Boys de la compagnie C, qui au-delà de son côté précurseur, reste un formidable divertissement mené sans aucun temps mort.

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