Test DVD / Les Amours d’Anaïs, réalisé par Charline Bourgeois-Tacquet

LES AMOURS D’ANAÏS réalisé par Charline Bourgeois-Tacquet, disponible en DVD le 6 janvier 2022 chez France Télévisions Distribution.

Acteurs : Anaïs Demoustier, Valeria Bruni Tedeschi, Denis Podalydès, Jean-Charles Clichet, Xavier Guelfi, Christophe Montenez, Anne Canovas, Bruno Todeschini…

Scénario : Charline Bourgeois-Tacquet

Photographie : Noé Bach

Musique : Nicola Piovani

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

Anaïs a trente ans et pas assez d’argent. Elle a un amoureux qu’elle n’est plus sûre d’aimer. Elle rencontre Daniel, à qui tout de suite elle plaît. Mais Daniel vit avec Émilie… qui plaît aussi à Anaïs. C’est l’histoire d’une jeune femme qui s’agite. Et c’est aussi l’histoire d’un grand désir.

On la découvre au cinéma en 2000 dans Le Monde de Marty de Denis Bardiau, dans lequel elle joue aux côtés de Camille Japy et Michel Serrault. Elle a alors 12 ans. Trois ans plus tard, Michael Haneke lui offre un rôle de choix dans Le Temps du loup, aux côtés d’Isabelle Huppert, Maurice Bénichou et Béatrice Dalle. Puis, en 2006 et 2007, tout s’accélère. On la voit chez Raphaël Jacoulot (Barrage), elle obtient son premier grand rôle chez Isabelle Czajka (L’Année suivante), tâte du divertissement grand public chez James Huth (Hellphone) et Alexandre Leclère (Le Prix à payer), avant de devenir une égérie du cinéma d’auteur hexagonal. En peu de temps, Anaïs Demoustier passera devant la caméra de Christophe Honoré (La Belle personne), Pascal-Alex Vincent (Donne-moi la main), Rebecca Zlotowski (Belle Épine), Robert Guédiguian (Les Neiges du Kilimandjaro), Claude Miller (Thérèse Desqueyroux), Bertrand Tavernier (Quai d’Orsay), Pascale Ferran (Bird People) et bien d’autres. Tout le monde se l’arrache depuis plus de dix ans et elle est devenue l’une de nos comédiennes les plus brillantes et attachantes. Un César de la meilleure actrice viendra la couronner en 2020 pour Alice et le maire de Nicolas Pariser. Les Amours d’Anaïs est une ode à la comédienne née en 1987. Dans le premier long-métrage de Charline Bourgeois-Tacquet (née en 1986), elle est de tous les plans, filmée sous tous les angles, y compris en tenue d’Ève, illumine le cadre comme un rayon de soleil quand elle le traverse de façon fulgurante, la caméra ayant même du mal à la suivre dans sa course folle contre la peur, l’ennui et le réel. Comédie légère et estivale, à la fois burlesque, sentimentale, pour ne pas dire initiatique, Les Amours d’Anaïs est une première œuvre très prometteuse, doublée d’un hommage à l’un des astres du cinéma français hexagonal contemporain.

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Test Blu-ray / La Bête de guerre, réalisé par Kevin Reynolds

LA BÊTE DE GUERRE (The Beast of War) réalisé par Kevin Reynolds, disponible en DVD et Blu-ray le 5 janvier 2022 chez ESC Editions.

Acteurs : George Dzundza, Jason Patric, Steven Bauer, Stephen Baldwin, Don Harvey, Kabir Bedi, Erick Avari, Chaim Jeraffi…

Scénario : William Mastrosimone, d’après sa pièce

Photographie : Douglas Milsone

Musique : Mark Isham

Durée : 1h49

Année de sortie : 1988

LE FILM

En 1981, un détachement soviétique investit un village afghan soupçonné d’abriter des résistants. Après avoir été sommé de parler, un homme est écrasé par un char sous les yeux de sa fille. Les villageois jurent alors de venger leurs morts et se lancent à la poursuite du char. A bord de l’engin, la tension monte entre le commandant Daskal, une véritable brute, et le pilote Koverchenko, en proie au doute.

Attention, film coup de poing ! Juste avant Robin des Bois, prince des voleurs Robin Hood: Prince of Thieves (1991) et bien sûr Waterworld (1995), Kevin Reynolds (né en 1952) signait un coup de maître avec son deuxième long-métrage, La Bête de guerre The Beast of War, réalisé en 1988. Trois ans après son premier coup d’essai, Une bringue d’enfer Fandango, comédie-dramatique dans laquelle il dirigeait pour la première fois Kevin Costner, le cinéaste se penche sur un sujet brûlant, la guerre d’Afghanistan, en se focalisant sur un char russe au début des années 1980. Si l’on oublie le fait que les soviétiques s’expriment dans la langue de Shakespeare, La Bête de guerre est un véritable uppercut, un film de guerre inoubliable, souvent classé dans les hits des plus grands films du genre, qui a pour particularité d’adopter les deux points de vue opposés. Sans doute l’une des chasses à l’homme les plus prenantes et implacables de l’histoire du cinéma.

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Test Blu-ray / Tout s’est bien passé, réalisé par François Ozon

TOUT S’EST BIEN PASSÉ réalisé par François Ozon, disponible en DVD et Blu-ray le 1er février 2022 chez Diaphana.

Acteurs : Sophie Marceau, André Dussollier, Géraldine Pailhas, Charlotte Rampling, Éric Caravaca, Hanna Schygulla, Grégory Gadebois, Judith Magre, Jacques Nolot, Daniel Mesguich, Nathalie Richard

Scénario : François Ozon, d’après le roman d’Emmanuèle Bernheim

Photographie : Hichame Alaouie

Durée : 1h48

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

Emmanuèle, écrivaine épanouie, se précipite à l’hôpital. Son père André vient de faire un AVC. Fantasque, aimant passionnément la vie mais diminué, il demande à sa fille de l’aider à en finir. Avec l’aide de sa sœur Pascale, elle va devoir choisir : accepter la volonté de son père ou le convaincre de changer d’avis.

Vingtième long-métrage du prolifique François Ozon mis en scène depuis 1998, Tout s’est bien passé est l’adaptation du roman éponyme d’Emmanuèle Bernheim (décédée en 2017), inspiré de sa propre histoire, qui avait déjà fait l’objet du documentaire Etre vivant et le savoir, réalisé par Alain Cavalier en 2019. Cette dernière, coscénariste de Sous le sable (2000), Swimming Pool (2003), 5×2 (2004) et Ricky (2009), avait proposé au cinéaste de transposer son livre à sa sortie en 2013, mais le réalisateur avait poliment décliné, ne se sentant pas prêt de s’y confronter, ou n’ayant tout simplement pas envie à ce moment de sa propre existence. Depuis, de l’eau a coulé les ponts sans doute et François Ozon (né en 1967) a décidé d’y revenir. Pour cela, il offre à Sophie Marceau l’un des meilleurs rôles de sa carrière. La comédienne retrouve en effet de sa superbe, d’ailleurs celle-ci n’avait pas été à pareille fête depuis L’Homme de chevet de Alain Monne et Ne te retourne pas de Marina de Van, tous les deux sortis en 2009. Elle est magnifique dans ce rôle complexe, attachant, déchirant et drôle, car contrairement à ce que l’on pourrait penser Tous s’est bien passé a beaucoup d’humour. Mais l’autre grande idée du film est d’avoir associé la star à la sublime Géraldine Pailhas, qui renoue avec François Ozon après 5×2 (2004) et Jeune et Jolie (2013). Les deux actrices sont confondantes de vérité dans le rôle de deux sœurs confrontées à la maladie soudaine de leur père, remarquablement interprété par André Dussollier, dans le rôle le plus complexe du film. Si la mise en scène est volontairement effacée, Tout s’est bien passé est assurément l’un des opus les plus « facile d’accès » du réalisateur, l’un des plus empathiques et simples, même si son sujet principal a pu rebuter une partie des spectateurs. Tout s’est bien passé n’aura attiré finalement que 256.000 spectateurs en septembre 2021, ce qui place le film en 14e position dans la carrière de François Ozon, derrière Le Temps qui reste (2005) et devant Ricky (2009). Espérons que sa sortie en DVD et Blu-ray lui donne une deuxième chance, ce dont nous ne doutons pas.

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Test Blu-ray / La Chasse – Cruising, réalisé par William Friedkin

LA CHASSE (Cruising) réalisé par William Friedkin, disponible en Combo Blu-ray + DVD – Édition Limitée le 19 janvier 2022 chez Colored Films.

Acteurs : Al Pacino, Paul Sorvino, Karen Allen, Richard Cox, Don Scardino, Joe Spinell, Jay Acovone, Randy Jurgensen…

Scénario : William Friedkin, d’après le roman de Gerald Walker

Photographie : James A. Contner

Musique : Jack Nitzche

Durée : 1h42

Année de sortie : 1980

LE FILM

Plusieurs crimes sont perpétrés à New York sur des homosexuels adeptes de pratiques sado-masochistes. Steve Burns, un jeune policier, est chargé de l’enquête et doit, pour ce faire, infiltrer le milieu gay de Greenwich Village…

Après French Connection (1971), récompensé par cinq Oscars, deux BAFTA et trois Golden Globes, puis L’Exorciste (1973), deux Oscars et quatre Golden Globes, William Friedkin peut faire tout ce qu’il souhaite à Hollywood. Cela va être le cas, mais rien ne va se passer comme prévu. Le Convoi de la peur Sorcerer est un échec commercial très grave, qui sort dans l’ombre d’un certain Star Wars. Le temps fera son affaire, mais pour l’heure, le réalisateur doit absolument se refaire une santé au box-office. Pour ce faire, il accepte de prendre les manettes de Têtes vides cherchent coffres pleins The Brink’s Job, comédie policière inspirée par un fait divers réel, avec un casting quatre étoiles, Peter Falk, Peter Boyle, Warren Oates, Gena Rowlands et Paul Sorvino. Mais cette fois encore, le public ne répond pas à l’appel. Le producteur Jerry Weintraub (Nashville de Robert Altman) lui propose alors la transposition du roman Cruising (Piège à hommes en France) de Gerald Walker (journaliste criminel au New York Times), publié en 1970, qui narre l’histoire d’un policier infiltré, à la recherche d’un tueur en série qui sévit dans le milieu gay sado-maso new-yorkais. Mais William Friedkin rechigne, trouvant que le livre a déjà vieilli. Certains éléments récents, quelques histoires sordides de corps ou de membres repêchés, vont toutefois éveiller sa curiosité et le cinéaste décide finalement de lier ces événements à l’intrigue du roman, tout en commençant à se documenter sur le milieu dans lequel se déroulerait le film. La suite, les cinéphiles la connaissent plus ou moins. Le tournage de Cruising La Chasse est marqué par l’omniprésence d’activistes homosexuels, qui manifestent et perturbent les prises de vue, pensant que comme des gays sont tués dans le film, celui-ci ne peut être qu’homophobe. Au coeur de la controverse car acteur principal, Al Pacino est menacé et escorté par des gardes du corps. Il ne participera pas à la promotion de Cruising à sa sortie et gardera un souvenir amer, autant du tournage que du montage final de William Friedkin, qu’il accuse d’avoir trahi son personnage. Quarante ans après, La Chasse est probablement devenu l’un des opus préférés du réalisateur de la part des passionnés de cinéma. Véritable plongée asphyxiante et foncièrement ambiguë dans un monde interlope, complètement méconnu à l’époque, Cruising est un film peu aimable et très dérangeant, il le sera d’ailleurs toujours. Pourtant, thriller admirable, politiquement incorrect, qui malmène constamment le spectateur en l’emmenant sur un territoire où il n’a aucun repère, La Chasse est un film vers lequel on n’a de cesse de revenir, car il s’en dégage un mystère insondable, et lorsque l’on pense en avoir saisi la teneur, le regard face caméra d’Al Pacino réinitialise pour ainsi dire nos analyses et réamorcent nos certitudes. Chef d’oeuvre.

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Test DVD / Les Intranquilles, réalisé par Joachim Lafosse

LES INTRANQUILLES réalisé par Joachim Lafosse, disponible en DVD le 1er février 2022 chez Blaq Out.

Acteurs : Leïla Bekhti, Damien Bonnard, Gabriel Merz Chammah, Patrick Descamps, Jules Waringo, Alexandre Gavras, Joël Delsaut, Colette Kieffer…

Scénario : Juliette Goudot, Anne-Lise Morin, François Pirot, Chloé Léonil, Pablo Guarise, Lou Du Pontavic

Photographie : Jean-François Hensgens

Musique : Olafur Arnalds & Antoine Bodson

Durée : 1h54

Année de sortie : 2021

LE FILM

Leila et Damien s’aiment profondément. Malgré sa fragilité, il tente de poursuivre sa vie avec elle sachant qu’il ne pourra peut-être jamais lui offrir ce qu’elle désire.

Joachim Lafosse fait partie de ces réalisateurs dont chaque film est souvent une expérience douloureuse. Ce qui donne le rythme, le moteur pour ainsi dire de ses histoires, ce sont chaque fois ses personnages, de chair et de sang, animés par l’amour passionnel, aussi bien entre deux êtres que des parents envers leur progéniture, mais où le cocon peut être menacé par un climat affectif irrespirable. Dans Les Intranquilles, son neuvième long-métrage, le cinéaste se focalise sur un couple et leur petit garçon, à un carrefour de leur vie familiale. Contrairement à A perdre la raison, qui conduisait insidieusement les protagonistes vers une issue tragique, mais à l’instar L’Économie du couple, ceux-ci vont vivre le moment le plus difficile de leur existence, pour – peut-être – aller vers l’apaisement, l’inéluctable et l’acceptation. De la première à la dernière image, le Joachim Lafosse happe le spectateur, le prend à la gorge au moment où il s’y attend le moins et resserre son étreinte au fur et à mesure. Récit tragi-comique (les agissements dingues du Damien peuvent faire sourire autant que flipper) sur l’amour parasité par la maladie (ici la bipolarité), entraînant comme un lien pervers, des dysfonctionnements familiaux bien sûr, la question des limites (la femme est ici épuisée et apeurée), thèmes déjà explorés dans Nue propriété, A perdre la raison, ainsi que dans son magnifique moyen-métrage Folie privée (2004), Les Intranquilles cherche à faire partager aux spectateurs la vie de personnages complexes. Ceux-ci sont magistralement incarnés par le duo vedette, Damien Bonnard et Leïla Bekhti, qui devaient alors remplacer Matthias Schoenaerts et Jasmine Trinca. Avec sa mise en scène au cordeau, ses personnages filmés à hauteur d’homme sans fioritures, Joachim Lafosse suscite l’émotion et la réflexion pendant près de deux heures. On en ressort épuisés et bouleversés. Un des plus grands cinéastes de sa génération.

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Test Blu-ray / Le Prêteur sur gages – The Pawnbroker, réalisé par Sidney Lumet

LE PRÊTEUR SUR GAGES (The Pawnbroker) réalisé par Sidney Lumet, disponible en DVD et Blu-ray le 7 décembre 2021 chez Potemkine Films.

Acteurs : Rod Steiger, Geraldine Fitzgerald, Brock Peters, Jaime Sánchez, Thelma Oliver, Marketa Kimbrell, Baruch Lumet, Juano Hernandez…

Scénario : Morton S. Fine & David Friedkin, d’après le roman d’Edward Lewis Wallant

Photographie : Boris Kaufman

Musique : Quincy Jones

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 1964

LE FILM

Un rescapé des camps de concentration nazis devenu propriétaire d’un magasin de prêt sur gage doit à la fois affronter les cauchemars de son passé et l’environnement hostile du ghetto new-yorkais dans lequel il vit.

Quand on évoque Sidney Lumet, on pense immédiatement à Douze Hommes en colère, Serpico, Un après-midi de chien, puis dans un second temps à Point limite, La Colline des hommes perdus, The Offence, Network : Main basse sur la télévision, Le Prince de New York, ou bien encore au Crime de l’Orient-Express, Family Business et peut-être même à 7 h 58 ce samedi-là comme il s’agit de son dernier film. Après, cela devient difficile non ? Pourtant, cette poignée de longs-métrages ne représente même pas la moitié de la carrière cinématographique du réalisateur. Qu’y trouve-t-on alors, notamment dans ses premiers opus ? Pêle-mêle les débuts de Christopher Plummer dans Les Feux du théâtre Stage Struck (1958), une escapade new-yorkaise avec Sophia Loren dans Une espèce de garce That Kind of Woman (1959), Marlon Brando, Anna Magnani et Joanne Woodward pris dans la tourmente d’une pièce de Tennessee Williams (L’Homme à la peau de serpent The Fugitive Kind, 1959), une fabuleuse adaptation d’Arthur Miller avec Raf Vallone (Vu du pont A View from the Bridge, 1961), ainsi qu’une fantastique transposition d’une pièce d’Eugene O’Neill (Long Voyage vers la nuit Long Day’s Journey Into Night, 1962) qui réunissait Katharine Hepburn, Ralph Richardson, Jason Robards et Dean Stockwell. Le septième film de Sidney Lumet est probablement un de ses plus rares, mais également un de ses plus viscéraux. Il s’agit du Prêteur sur gages The Pawnbroker, adapté d’un roman d’Edward Lewis Wallant, auréolé à sa sortie par le Prix FIPRESCI au Festival international du film de Berlin, tandis que sa tête d’affiche, Rod Steiger, se voyait remettre l’Ours d’Argent au même festival, ainsi que le BAFTA du Meilleur Acteur en Angleterre. Disparu des radars durant de longues années, jusqu’à sa résurrection dans les années 2010, Le Prêteur sur gages est un diamant noir dans la prolifique et éclectique filmographie de Sidney Lumet. Difficile d’accès, sombre et désespéré, The Pawnbroker met des mots et surtout des images sur la Shoah, tout en montrant la difficile (ré)adaptation de celles et ceux qui ont pu sortir indemnes des camps de concentration. Rod Steiger, méconnaissable, imprégné par la « méthode », livre une prestation ahurissante (et nommée à l’Oscar, que Lee Marvin obtiendra pour Cat Ballou d’Elliot Silverstein), qui vous prend aux tripes du début à la fin, qui s’imprime définitivement dans votre mémoire et à laquelle vous repenserez souvent avec le même mal de bide. Chef d’oeuvre totalement inconnu du maître Lumet, Le Prêteur sur gages, longtemps dissimulé, peut enfin éclater aux yeux des spectateurs.

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Test Blu-ray / Le Sang à la tête, réalisé par Gilles Grangier

LE SANG À LA TÊTE réalisé par Gilles Grangier, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 19 janvier 2021 chez Pathé.

Acteurs : Jean Gabin, Paul Frankeur, Claude Sylvain, Georgette Anys, José Quaglio, Paul Faivre, Léonce Corne, Florelle…

Scénario : Michel Audiard & Gilles Grangier, d’après le roman de Georges Simenon

Photographie : André Thomas

Musique : Henri Verdun

Durée : 1h23

Année de sortie : 1956

LE FILM

Ancien débardeur, François Cardinaud a mis trente ans pour devenir ce qu’il est : un des hommes les plus importants de La Rochelle. Sa réputation est justifiée, celle d’un type retors, coriace et exigeant. Il a débuté et a grandi sur le port, parmi une faune carnassière, où celui qui ne mord pas est voué à être mordu. En regagnant sa villa, un dimanche au retour de la messe, Cardinaud constate que sa femme Marthe est partie.

C’est un film méconnu dans l’immense carrière de Jean Gabin, un petit trésor caché sans doute, rare et peu diffusé à la télévision. Il s’agit du Sang à la tête, sa troisième collaboration (sur douze) avec Gilles Grangier (1911-1996), situé entre Gas-oil (1955) et Le Rouge est mis (1957). Quand il tourne cette adaptation du roman Le Fils Cardinaud de Georges Simenon, le comédien vient de faire un comeback toni-truand avec Touchez pas au grisbi de Jacques Becker et enchaîne les triomphes au box-office. 1956 le replace définitivement sur le trône du cinéma français, année où sortent successivement Des gens sans importance de Henri Verneuil (2,4 millions d’entrées), Voici le temps des assassins de Julien Duvivier (1,5 million), Le Sang à la tête de Gilles Grangier (2 millions), La Traversée de Paris de Claude Autant-Lara (4,9 millions) et Crime et Châtiment de Georges Lampin (1,8 million). Contrairement à ce que ses détracteurs ont toujours déclaré, Jean Gabin n’a jamais été l’homme d’un seul rôle, aussi à l’aise dans la salopette d’un routier que dans le costume d’un trois-pièces d’un grand industriel, insufflant chaque fois sa personnalité, tout en étant différent, pour ne pas dire aux antipodes d’un film à l’autre. C’est ce qui a toujours fait son génie. Dans Le Sang à la tête, il interprète pour ainsi dire les deux extrêmes, puisque son personnage est un ancien prolétaire qui à force de travail et d’acharnement, est devenu l’un des noms les plus illustres de La Rochelle. Jean Gabin est une fois de plus merveilleux dans la peau de ce grand bourgeois, dont la femme, plus jeune que lui, est partie rejoindre un amour d’enfance, laissant son époux devenir la proie des rumeurs et surtout une cible facile pour les envieux qui ont connu son ascension sociale. Le Sang à la tête est un drame teinté d’humour noir et doublé d’une réflexion psychologique sur la jalousie des êtres humains qui n’a rien perdu de sa force près de soixante-dix ans après sa sortie. A redécouvrir de toute urgence.

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Test Blu-ray / Attention bandits !, réalisé par Claude Lelouch

ATTENTION BANDITS ! réalisé par Claude Lelouch, disponible en DVD et Blu-ray le 6 janvier 2022 chez Metropolitan Video.

Acteurs : Jean Yanne, Marie-Sophie L., Patrick Bruel, Corinne Marchand, Charles Gérard…

Scénario : Claude Lelouch & Patrick Uytterhoeven

Photographie : Jean-Yves Le Mener

Musique : Francis Lai

Durée : 1h49

Année de sortie : 1986

LE FILM

Receleur de son état, Simon Vérini se voit confier, par un jeune truand surnommé « Mozart », le butin d’un hold-up chez Cartier. Mais la transaction tourne mal : sa femme est tuée sous ses yeux et il est accusé du vol. Simon se retrouve en prison pour 10 ans, après avoir toutefois eu le temps de confier sa fille, Marie-Sophie, à un collège suisse. Lorsqu’il sort, il n’a qu’une idée en tête : se venger…

Quand il entame Attention bandits !, Claude Lelouch a déjà plus de 25 ans de carrière, un Oscar du meilleur film étranger, un autre du meilleur scénario original, une Palme d’or et un Golden Globe (pour Un homme et une femme), plusieurs sélections officielles au Festival de Cannes, et bien sûr moult succès au box-office, Vivre pour vivre (1967), Le Voyou (1970), L’Aventure c’est l’aventure (1972) et bien d’autres. Le réalisateur démarre les années 1980 par le triomphe des Uns et les autres, puis le résultat de ses opus suivants sont plus décevants. Edith et Marcel ne franchit pas la barre des 900.000 entrées, même chose pour Partir, revenir, mais c’est surtout Un homme et une femme : Vingt ans déjà qui se plante avec 469.000 entrées, un score dix fois moins performant que celui de son film le plus emblématique, qui sera plus ou moins renié par la suite. Un an plus tard, Claude Lelouch fait néanmoins son comeback sur les écrans avec Attention bandits !, un polar forcément insolite, qui ne ressemble qu’à son auteur, qui joue avec les codes du genre, mais digérés et révisés par le cinéaste, interprété par Jean Yanne, impérial, Patrick Bruel (entre Profs de Patrick Schulmann et La Maison assassinée de Georges Lautner) et la merveilleuse Marie-Sophie L.

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Test Blu-ray / Furia, réalisé par Alexandre Aja

FURIA réalisé par Alexandre Aja, disponible en Combo Blu-ray + DVD – Édition Limitée le 1er décembre 2021 chez ESC Editions.

Acteurs : Stanislas Merhar, Marion Cotillard, Wadeck Stanczak, Pierre Vaneck, Carlo Brandt, Laura del Sol, Jean-Claude de Goros, Etienne Chicot…

Scénario : Alexandre Aja & Grégory Levasseur, d’après la nouvelle Graffiti de Julio Cortazar

Photographie : Gerry Fisher

Musique : Brian May

Durée : 1h39

Année de sortie : 2000

LE FILM

Dans une société dévastée par une guerre engagée par un gouvernement totalitaire, Theo, vingt ans, sort tous les soirs clandestinement afin de dessiner sur les murs son idée de la liberté. Un soir, il rencontre Elia, une jeune fille qui dessine aussi. A travers leurs oeuvres, une étrange histoire d’amour s’instaure.

Beaucoup de cinéphiles savent qu’avant son formidable remake de La Colline a des yeux The Hills Have Eyes de Wes Craven, sorti en 2006, Alexandre Aja, né en 1978, avait déjà été révélé avec Haute tension, thriller horrifique sorti trois ans auparavant, qui avait d’ailleurs connu un succès international. En revanche, ce que l’on sait moins, c’est que Haute tension était le second long-métrage du réalisateur. En 1999, autrement dit pour ses vingt ans, Alexandre Aja emballait Furia, son premier coup d’essai et petit coup de maître, nourri de ses références en matière de science-fiction, en cinéma, en littérature (1984 de George Orwell n’est jamais bien loin) et en peinture. Il écrit le scénario avec son complice Grégory Levasseur, d’après la nouvelle Graffiti de Julio Cortazar et fait autant preuve d’ambitions que de savoir-faire derrière la caméra. S’il s’était fait la main sur un court-métrage (en N&B), Over the Rainbow (1997), dans lequel Jean Benguigui interprétait un gardien de l’immeuble timide, n’osant pas s’approcher d’une de ses locataires et qui allait trouver de l’aide en la personne d’un fleuriste aveugle, Alexandre Aja compte bien profiter de cette grande chance. Il se livre entièrement dans ce Furia, animé par sa passion dévorante et contagieuse pour le cinéma de genre, tourné avec un budget somme toute limité, mais rempli d’idées, pas forcément abouties (loin de là même), mais extrêmement généreux, divertissant et dont de nombreux éléments restent en tête après.

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Test Blu-ray / Fear and Desire, réalisé par Stanley Kubrick

FEAR AND DESIRE réalisé par Stanley Kubrick, disponible en DVD et combo Blu-ray + DVD le 7 décembre 2021 chez Elephant Films.

Acteurs : Frank Silvera, Paul Mazursky, Kenneth Harp, Stephen Coit, Virginia Leith…

Scénario : Howard Sackler

Photographie : Stanley Kubrick

Musique : Gerald Fried

Durée : 1h02

Date de sortie initiale: 1953

LE FILM

Dans une guerre abstraite en terre inconnue, une patrouille militaire de quatre hommes, le lieutenant Corby, le sergent Mac et deux soldats, Fletcher et Sidney, se retrouvent derrière les lignes ennemies après que leur avion se soit écrasé. Ils avancent dans la forêt, surprennent deux militaires ennemis et les massacrent. Puis ils rencontrent une jeune fille et, craignant qu’elle ne les dénonce, l’attachent à un arbre. Pendant que ses trois camarades vont vers la rivière construire un radeau qui, espèrent-ils, les ramènera chez eux, Sidney garde la jeune femme. Il se révèle alors avoir l’esprit dérangé, autant à cause des violences de la guerre que de son désir naissant envers la prisonnière…

Réalisé en 1953, Fear and Desire, qui avait failli s’intituler The Trap ou The Shape of Fear, est le premier long métrage réalisé par Stanley Kubrick, alors âgé de 25 ans, qui jusqu’à présent gagnait sa vie comme photographe pour le magazine Look. Juste avant, il avait signé deux courts-métrages, Day of the Fight (1951), qui racontait une journée dans la vie du boxeur Walter Cartier, de la messe du matin jusqu’au match du soir, et Flying Padre (1951), qui parlait d’un prêtre catholique du Nouveau-Mexique, qui, trouvant la superficie de sa paroisse trop importante, se déplaçait avec un avion appelé Spirit of St. Joseph. Tourné avec une poignée d’acteurs inconnus venus du théâtre, une équipe technique réduite et peu de moyens (on parle de 60.000 dollars au final), par ailleurs issus de la tirelire de l’oncle pharmacien du réalisateur et de l’assurance-vie de son père, Fear and Desire prend pour cadre les montagnes de San Gabriel près de Los Angeles et a nécessité cinq semaines de tournage. Également directeur de la photographie, ingénieur du son et monteur, Stanley Kubrick a longtemps cherché à acheter, dans le but de les détruire par la suite, toutes les copies de ce premier essai – ce qu’il pensait avoir fait d’ailleurs – qu’il jugeait trop amateur et qu’il comparait à un « dessin d’enfant sur une porte de frigo » doublé d’un « effort prétentieux et inepte ». D’abord tourné dans le but de devenir un film muet (en fait plus dans un souci d’économie qu’artistique), Fear and Desire devient finalement parlant, le réalisateur ayant été obligé de trouver un apport supplémentaire de 20.000 $ pour le doublage de son film en postsynchronisation. Renié par son auteur qui ne l’incluait jamais dans les rétrospectives qui lui étaient consacrées, Fear and Desire, qui a enfin pu être dévoilé au public au début des années 2010, impose pourtant le perfectionnisme de Stanley Kubrick, son sens du cadre, de la composition des plans avec un magnifique N&B et une importance accordée aux gros plans.

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