Test Blu-ray / La Femme la plus riche du monde, réalisé par Thierry Klifa

LA FEMME LA PLUS RICHE DU MONDE réalisé par Thierry Klifa, disponible en DVD, Blu-ray & 4K UHD le 12 mars 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Isabelle Huppert, Marina Foïs, Laurent Lafitte, Raphaël Personnaz, André Marcon, Mathieu Demy, Micha Lescot, Joseph Olivennes…

Scénario : Thierry Klifa, Cédric Anger & Jacques Fieschi

Photographie : Hichame Alaouie

Musique : Alex Beaupain

Durée : 2h02

Année de sortie : 2025

LE FILM

La femme la plus riche du monde : sa beauté, son intelligence, son pouvoir. Un écrivain photographe : son ambition, son insolence, sa folie. Le coup de foudre qui les emporte. Une héritière méfiante qui se bat pour être aimée. Un majordome aux aguets qui en sait plus qu’il ne dit. Des secrets de famille Des donations astronomiques. Une guerre où tous les coups sont permis.

En guise d’introduction, un panneau annonce « Ce film est une œuvre de création très librement inspirée de faits réels. Par respect de la vie privée, de la mémoire des morts et de la réputation des vivants, les auteurs tiennent à préciser qu’à leur vision subjective d’évènements rapportés se mêlent des éléments de pure fiction issus de leur imagination. L’intimité des personnages, leurs échanges et confidences sont inventés ». Et cela fait un bien fou. Porté par une critique élogieuse et un beau succès dans les salles (le million d’entrées n’est pas passé loin), La Femme la plus riche du monde a valu à Laurent Lafitte la récompense suprême, le César du meilleur acteur. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la compression lui revenait de droit cette année, quand bien même Benjamin Voisin était tout aussi exceptionnel dans le rôle de Meursault dans L’Étranger, tout comme Pio Marmaï dans L’Attachement. Mais c’était l’heure pour Laurent Lafitte, qui crève, pulvérise l’écran dans La Femme la plus riche du monde, sixième long-métrage de Thierry Klifa, ancien journaliste au magazine Studio de 1991 à 2002, qui n’avait pas été à pareille fête depuis son premier film (Une vie à t’attendre, 2004) et qui s’est refait une belle santé après le bide atomique des Rois de la piste en 2024. Présenté hors compétition au Festival de Cannes en 2025, La Femme la plus riche du monde s’inspire évidemment de l’affaire Banier-Bettencourt, conflit juridique opposant Françoise Bettencourt-Meyers, fille de Liliane Bettencourt, au photographe François-Marie Banier, aboutissant à la condamnation de ce dernier, ainsi que de son compagnon, Martin d’Orgeval, et de Pascal Wilhelm, avocat, pour abus de faiblesse. Parallèlement au documentaire en trois épisodes diffusé sur Netflix, L’Affaire Bettencourt : Scandale chez la femme la plus riche du monde, carton plein sur la plateforme au N majuscule ayant rameuté plus de quatre millions d’abonnés, Thierry Klifa et ses coscénaristes Cédric Anger (L’Homme qu’on aimait trop, La Prochaine fois je viserai le coeur, Le Petit Lieutenant) et Jacques Fieschi (Illusions perdues, Un balcon sur la mer, L’Adversaire) donnent leur vision sur ce fait divers. Drôle, hilarant même parfois, pathétique, cynique, ironique, La Femme la plus riche du monde joue et jongle avec les ruptures de ton, les genres, l’empathie aussi et malmène les spectateurs…qui en redemandent. Car LFLPRDM (ça va plus vite) n’est pas un film gentil. Les personnages se dévoilent petit à petit dans leur (immense) complexité, tentent de maîtriser leurs pulsions, leurs fêlures, leurs ambitions…Thierry Klifa met à jour un monde insoupçonné de freaks, où chacun essaye de vivre avec le monstre qu’il s’est créé. À ce titre, la prestation d’Isabelle Huppert est peut-être celle qui réserve le moins de surprises et peu d’éléments démarquent ce rôle de certains qu’elle a interprété, surtout depuis une vingtaine d’années. En revanche, c’est la fête pour le reste de la distribution, qui mérite tous les honneurs. Assurément l’un des grands films français de l’année 2025.

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Test Blu-ray / She’s So Lovely, réalisé par Nick Cassavetes

SHE’S SO LOVELY réalisé par Nick Cassavetes, disponible en DVD & Blu-ray le 11 mars 2026 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Sean Penn, Robin Wright, John Travolta, Harry Dean Stanton, James Gandolfini, Susan Traylor, Debi Mazar, Bobby Cooper…

Scénario : John Cassavetes

Photographie : Thierry Arbogast

Musique : Joseph Vitarelli

Durée : 1h40

Date de diffusion initiale : 1997

LE FILM

Quand Maureen, enceinte, se fait violenter par un voisin, Eddie son mari réagit avec violence. À tel point qu’il se fait enfermer dans un hôpital psychiatrique. Il en sort dix ans après. Mais Maureen a refait sa vie, la fille qu’elle a eue d’Eddie a maintenant neuf ans et elle en a deux autres avec son nouveau mari, Joy. L’amour d’Eddie, toujours aussi fort, toujours aussi fou, va bouleverser la vie de Maureen.

John Cassavetes meurt en février 1989 à l’âge de 59 ans, des suites d’une cirrhose. Il avait alors pour projet de diriger Sean Penn, pour lequel il avait écrit She’s So Lovely. Le projet est finalement repris en main, sous l’impulsion de Gérard Depardieu, ami proche de la famille Cassavetes, qui décide de produire le film avec René Cleitman pour le compte d’Hachette, en partenariat avec les frères Weinstein, tandis que Sean Penn se joint aussi au financement. Notre Gégé national parvient aussi à convaincre son pote John Travolta, non seulement de participer à la production, mais aussi de tenir également le haut de l’affiche, en baissant son cachet à un million de dollars, l’acteur revenu bankable depuis Pulp Fiction de Quentin Tarantino. Ainsi, entre les deux opus de John Woo, Broken Arrow et Volte-Face – Face-Off, le comédien prouve qu’on peut aussi le trouver tout aussi convaincant dans le cinéma d’auteur. À la barre, Nick Cassavetes (né en 1959), fils de John et donc de Gena Rowlands, reprend le flambeau, même si Sean Penn avait lui-même envisagé de repasser derrière la caméra pour ce film. Acteur à ses heures, Nick Cassavetes passe à la mise en scène en 1996 avec l’intéressant Décroche les étoiles Unhook the Stars, dans lequel Marisa Tomei donne la réplique à…Gena Rowlands et Gérard Depardieu. Un petit monde. Avec She’s So Lovely, Nick Cassavetes passe à l’échelon supérieur et le film est accueilli en grandes pompes dans tous les festivals, quand bien même la critique ne peut s’empêcher de comparer le talent du fils à celui de son légendaire père. Sean Penn, à qui revient le rôle principal comme le désirait John Cassavetes avant son décès, se voit récompenser par le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes. Si rétrospectivement Kevin Spacey, Russell Crowe et Guy Pearce auraient mérité un prix collectif pour L.A. Confidential de Curtis Hanson, tout comme Kevin Kline pour son intense interprétation dans Ice Storm d’Ang Lee, Sean Penn ne démérite évidemment pas. Mais étrangement (ou pas), son personnage demeure particulièrement antipathique, tout comme celui tenu par Robin Wright (alors Penn) et finalement John Travolta vole la vedette dans la peau de ce brave type, qui ne demandait rien et qui se voit non seulement voler sa compagne, mais aussi la mère de ses enfants. Revoir She’s So Lovely trente ans après sa sortie permet de réhabiliter la prestation de l’ami John, à qui l’on aurait bien décerné aussi un prix d’interprétation.

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Test DVD / Cervantès avant Don Quichotte, réalisé par Alejandro Amenábar

CERVANTÈS AVANT DON QUICHOTTE (El cautivo) réalisé par Alejandro Amenábar, disponible en DVD le 25 mars 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Julio Peña Fernández, Alessandro Borghi, José Manuel Poga, Roberto Álamo, Miguel Rellán, Luis Callejo, Fernando Tejero, Norberto Morán…

Scénario : Alejandro Amenábar & Alejandro Hernández

Photographie : Alex Catalán

Musique : Alejandro Amenábar

Durée : 2h09

Année de sortie : 2025

LE FILM

Alger, 1575. Captif et blessé, Miguel de Cervantes feint d’être noble pour n’être pas tué. Il est détenu avec d’autres nobles chrétiens chez le pacha Hassan. Il se lie avec le père Antonio de Sosa, auteur, qui a été séparé de son neveu, capturé avec lui. Les Maures exigent une forte rançon pour Miguel. Dorador, un détenu, renie sa foi. Il est libéré. Miguel captive ses codétenus en racontant une histoire. Hassan convoque Miguel pour savoir la suite. Conquis, il lui accorde une journée de liberté dans Alger. Miguel rencontre un barbier renégat chez qui se réunissent des “garçons”, jeunes efféminés.

Réalisateur, scénariste, écrivain, monteur, acteur, producteur et compositeur né à Santiago du Chili en 1972, Alejandro Amenábar grandit à Madrid après la fuite de ses parents, réfugiés en Espagne après le coup d’état de Pinochet. Il abandonne ses études scientifiques pour se consacrer à sa grande passion, le cinéma. Véritable autodidacte, fan d’Alfred Hitchcock, Brian de Palma et Stanley Kubrick, Alejandro Amenábar commence par mettre en musique certaines nouvelles qu’il a écrites, avant de saisir une caméra. À 20 ans, il réalise son premier court-métrage Himenóptero, puis Luna en 1995. Sa rencontre avec le grand réalisateur José Luis Cuerda est déterminante. Ce dernier l’encourage à mettre en scène son premier long métrage. Ce sera Tesis, un thriller horrifique qui reflète les inspirations du jeune cinéaste (23 ans) et son genre de prédilection en tant que spectateur. C’est une révélation. Alejandro Amenábar n’aura de cesse de confirmer son immense talent à travers des oeuvres aussi brillantes qu’éclectiques comme Ouvre les yeux Abre los ojos 1997), Les Autres (2001), Mar adentro (2004) et le sous-estimé Agora (2009). L’une des plus belles et grandes carrière du cinéma ibérique, avec une seule fausse note, mais de taille (et qui porte bien son titre), Regression, marqué entre autres par la calamiteuse prestation (habituelle) d’Emma Watson. Le film qui nous intéresse aujourd’hui est le huitième long-métrage du cinéaste, Cervantès avant Don QuichotteEl cautivo, qui s’intègre dans la partie de sa filmographie consacrée aux figures historiques. Ainsi, six ans après Lettre à FrancoMientras dure la guerra, Alejandro Amenábar se penche sur l’un des moments clés de la vie de Miguel de Cervantes, quand celui-ci prend réellement conscience de son talent d’écrivain et surtout de conteur. Contrairement à ce que l’on pouvait penser au premier regard, Cervantès avant Don Quichotte, qui pourrait aussi intituler « Cervantès Begins », est peut-être l’un des films les plus faciles d’accès de son auteur. Nullement poussiéreux, c’était d’ailleurs sans compter la virtuosité du réalisateur pour conduire un récit, ce film historique s’avère étonnamment moderne dans son traitement et ce portrait d’un artiste en herbe reste universel. Une belle et élégante surprise, qui démontre qu’Alejandro Amenábar, même si ses derniers ouvrages ont eu moins d’impacts depuis quinze ans, en a encore sérieusement sous le capot.

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Test Blu-ray / Les Mauvais coups, réalisé par François Leterrier

LES MAUVAIS COUPS réalisé par François Leterrier, disponible en Édition limitée Blu-ray & DVD le 25 mars 2026 chez Pathé.

Acteurs : Simone Signoret, Reginald Kernan, Alexandra Stewart, Marcello Pagliero, Serge Rousseau, Nicole Chollet, Marcelle Ranson-Hervé, José Luis de Vilallonga…

Scénario : François Leterrier & Roger Vailland, d’après le roman Les Mauvais coups de Roger Vailland

Photographie : Jean Badal

Musique : Maurice Leroux

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1961

LE FILM

Milan et Roberte sont mariés depuis dix ans. Depuis que Milan s’est retiré de la course automobile suite au décès de son meilleur ami, rien ne va plus entre eux. Roberte se noie dans l’alcool pendant qu’il va chasser dans la campagne bourguignonne. Dans le village, l’arrivée d’une jeune et jolie institutrice, Hélène, va mettre à bas leur couple.

Célèbre pour ses comédies sorties dans les années 1980, Je vais craquer, Les Babas-cool, Le garde du corps et Tranches de vie, le réalisateur François Leterrier (1929-2020), mythique Lieutenant Fontaine pour Robert Bresson dans Un condamné à mort s’est échappé, ancien assistant de Louis Malle (sur Ascenseur pour l’échafaud et Les Amants), mais aussi de Marc et Yves Allégret, fait ses débuts derrière la caméra dès 1961 avec Les Mauvais coups. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette adaptation du second roman éponyme de Roger Vailland, publié en 1948, s’avère loin des gaudrioles auxquelles il nous habituera plus tard. Ce drame foncièrement sombre et pessimiste est un projet ambitieux pour Simone Signoret, tout juste auréolée du triomphe international des Chemins de la haute villeRoom at the Top de Jack Clayton, qui a valu le National Board of Review, l’Oscar, le BAFTA et le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes. Adua et ses compagnes d’Antonio Pietrangeli n’a pas connu le succès espéré et la comédienne espère bien se refaire en revenant tourner en France, ce qu’elle n’avait pas fait réellement depuis Les Diaboliques en 1955, puisque les prises de vue des Sorcières de Salem de Raymond Rouleau avaient été principalement réalisées en Allemagne. Loin d’être un projet accessible, Les Mauvais coups est la transposition du livre de Roger Vailland, imprégné du vécu de son auteur et plus principalement de sa rupture brutale et violente avec sa première femme Andrée Blayette. Il ne faut assurément pas visionner Les Mauvais coups si l’on est en bad mood, car l’ambiance y est mortifère et pesante, l’humour totalement absent et l’issue tragique inévitable. Simone Signoret règne sur la distribution, même si la jeune et débutante Alexandra Stewart tire son épingle du jeu par sa beauté froide et mystérieuse, qui illumine cette campagne pluvieuse et boueuse. Il s’agit d’une véritable (re)découverte, d’autant plus que le film a nous semble-t-il été très peu diffusé à la télévision.

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Test Blu-ray / The Chronology of Water, réalisé par Kristen Stewart

THE CHRONOLOGY OF WATER réalisé par Kristen Stewart, disponible en DVD & Blu-ray le 3 mars 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Imogen Poots, Thora Birch, James Belushi, Tom Sturridge, Charlie Carrick, Michael Epp, Earl Cave, Jeremy Ang Jones…

Scénario : Kristen Stewart & Andy Mingo, d’après le roman autobiographique « La Mécanique des fluides » (« The Chronology of Water : A Memoir ») de Lidia Yuknavitch

Photographie : Corey C. Waters

Musique : Paris Hurley

Durée : 2h08

Année de sortie : 2025

LE FILM

Ayant grandi dans un environnement ravagé par la violence et l’alcool, la jeune Lidia peine à trouver sa voie. Elle parvient à fuir sa famille et entre à l’université, où elle trouve refuge dans la littérature. Peu à peu, les mots lui offrent une liberté inattendue…

Il fallait bien que ça arrive un jour…On sentait que ça la démangeait d’ailleurs. Kristen Stewart passe derrière la caméra pour réaliser son premier long-métrage. Après quelques clips et divers courts, elle se lance définitivement avec The Chronology of Water, adaptation du livre autobiographique La Mécanique des fluides de Lidia Yuknavitch. Si l’on ne doute pas un seul instant du caractère personnel de ce coup d’essai, force est d’admettre que ce film compile tous les clichés, toutes les tares, tous les poncifs du cinéma indépendant américain. Kristen Stewart a déjà traversé un quart de siècle de cinéma et pioche un peu chez tout le beau monde qu’elle a pu côtoyer. Malheureusement, The Chronology of Water s’avère au final un gloubi-boulga indigeste, qui fait penser à du sous Terrence Malick, plus dans la période soporifique du bonhomme (À la merveille, Knight of Cups) que dans la première partie de la carrière du bonhomme. En partant d’un roman jugé à la base inadaptable, Kristen Stewart se prend les pieds dans le tapis, livre un manifeste bourré de tics formels que l’on croirait provenir d’une exposition vidéo arty destinée aux bobos du Marais. Il faut véritablement s’armer de patience (euphémisme) pour aller au bout de cette exténuante entreprise (d’autant plus que cela dure plus de deux heures) et même l’interprétation pourtant habitée de l’excellente Imogen Poots (même si on a du mal à croire que la donzelle a 17 ans au début du film) tape rapidement sur le système. Faussement punk et rebelle, Kristen Stewart, bien intégrée dans l’industrie du septième art, livre un caillou – et non pas un pavé – dans la mare et se révèle par exemple à mille lieues du Livre de Jérémie d’Asia Argento, auquel on pense souvent. Il s’agit ni plus ni moins de cinéma aseptisé, qui voudrait s’affranchir des conventions et parler d’un sujet grave, mais qui anéantit son message par trop de manières éculées, risibles et surtout insupportables à visionner.

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Test Blu-ray / 30 minutes de sursis, réalisé par Sydney Pollack

30 MINUTES DE SURSIS (The Slender Thread) réalisé par Sydney Pollack, disponible en DVD & Blu-ray le 7 avril 2026 chez Rimini Éditions.

Acteurs : Sidney Poitier, Anne Bancroft, Telly Savalas, Steven Hill, Edward Asner, Paul Newlan, H. M. Wynant, Robert F. Hoy, Greg Jarvis…

Scénario : Stirling Silliphant, d’après un article de Shana Alexander

Photographie : Loyal Griggs

Musique : Quincy Jones

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1965

LE FILM

Étudiant en psychologie, Alan est bénévole dans un centre d’appels d’urgence. Ce jour-là, au bout du fil, il y a Inga, une femme désespérée qui vient de prendre une dose mortelle de comprimés et souhaite parler à quelqu’un avant de mourir. Aidé d’un psychiatre et d’un inspecteur de police, Alan n’a que peu de temps pour localiser et sauver sa correspondante.

Sydney Pollack (1934-2008) doit en quelque sorte les débuts de sa carrière à Burt Lancaster (1913-1994). Ce dernier, ayant décelé le potentiel chez ce jeune réalisateur en herbe lors du tournage du Temps du châtiment de John Frankenheimer (1961), sur lequel Pollack travaillait en tant qu’assistant, l’a encouragé et a recommandé son talent à plusieurs personnes influentes des studios. Son apprentissage débute principalement à la télévision, où il enregistre de nombreux épisodes de diverses séries (Bob Hope Presents the Chrysler Theatre, Haute tension, Ben Casey, The Law and Mr. Jones, Shotgun Slade). Il signe son premier long-métrage en 1965, 30 minutes de sursisThe Slender Thread. Le film s’inspire d’un article de Shana Alexander, « Decision to Die », paru dans le magazine Life et relatant un fait réel. Devant le caractère insolite de ce reportage, la Paramount Pictures avait très vite acquis les droits d’adaptation. Le scénario est écrit par le légendaire Stirling Silliphant (Poursuites dans la nuit – Nightfall de Jacques Tourneur, The Lineup de Don Siegel, Le Village des damnés Village of the Damned de Wolf Rilla). Initialement conçu comme un synopsis de 100 pages pour la Metro-Goldwyn-Mayer, le projet fut refusé par le studio en raison de divergences artistiques. Le président de la production chez Paramount, Howard W. Koch, acquit alors le synopsis et décide de confier le premier rôle à Sidney Poitier (1927-2022). L’acteur auréolé par l’Ours d’argent du meilleur acteur pour La Chaîne The Defiant Ones à la Berlinale de 1958, par le BAFTA du meilleur acteur étranger pour le même film, mais aussi par un autre Ours d’argent pour Le Lys des champs- Lilies of the Field de Ralph Nelson, et enfin par le Golden Globe et l’Oscar du meilleur acteur a le vent en poupe, avec tout ce que cela représente également pour les droits civiques. Ils sont nombreux les réalisateurs à vouloir faire tourner Sidney Poitier et ce même avant que celui-ci soit recouvert de prix. Se sont ainsi succédé Joseph L. Mankiewicz, Budd Boetticher, Richard Brooks, Martin Ritt, Raoul Walsh, Otto Preminger, Jack Cardiff…Pour un début de C.V., il y a pire…Contrairement à la plupart de ses précédents personnages, où la couleur de sa peau était souvent évoquée, rien de tout cela dans 30 minutes de sursis. Il incarne ici un étudiant, intelligent, sensible, qui ne subit aucune remarque raciste, surtout que son interlocutrice principale ne sait rien de son identité. À travers ce personnage, Sydney Pollack et Stirling Silliphant font évidemment passer le message qu’Alan est mis sur un pied d’égalité, sans distinction. Brillant, remarquable exercice de style, The Slender Thread prend aux tripes du début à la fin, ne laisse aucun moment de répit, ni aux protagonistes, ni aux spectateurs, à travers une intrigue menée quasiment en temps réel. Le réalisateur montre ce qu’il a dans le ventre et ce dès l’extraordinaire ouverture, qui dévoile Seattle vue du ciel, la caméra se rapprochant petit à petit du sol, pour se focaliser sur une femme, dont le regard semble perdu. Nous apprendrons qui est cette personne un peu plus tard, par le biais d’une conversation téléphonique et via quelques flashbacks…Alors, amis cinéphiles, arrêtez tout et ruez-vous sur ce coup d’essai et véritable coup de maître signé par l’un des cinéastes les plus importants des années 1970-80 !

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Test Blu-ray / La Petite Dernière, réalisé par Hafsia Herzi

LA PETITE DERNIÈRE réalisé par Hafsia Herzi, disponible en DVD & Blu-ray le 19 février 2026 chez Ad Vitam.

Acteurs : Nadia Melliti, Park Ji-Min, Amina Ben Mohamed, Melissa Guers, Rita Benmannana, Razzak Ridha, Louis Memmi, Waniss Chaouki…

Scénario : Hafsia Herzi, d’après le roman de Fatima Daas

Photographie : Jérémie Attard

Musique : Amine Bouhafa

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Fatima, 17 ans, est la petite dernière. Elle vit en banlieue avec ses sœurs, dans une famille joyeuse et aimante. Bonne élève, elle intègre une fac de philosophie à Paris et découvre un tout nouveau monde. Alors que débute sa vie de jeune femme, elle s’émancipe de sa famille et ses traditions. Fatima se met alors à questionner son identité. Comment concilier sa foi avec ses désirs naissants ?

On avait été emballé par ses précédents longs-métrages comme réalisatrice, Tu mérites un amour et Bonne Mère, on est maintenant subjugué par son dernier film en date, La Petite Dernière. Hafsia Herzi atteint les sommets avec cette adaptation du roman éponyme et autobiographique écrit par Fatima Daas, publié en 2020, pourtant jugé peu transposable au cinéma. La metteuse en scène signe seule le scénario et repasse derrière la caméra. Le résultat dépasse toutes les espérances et s’avère à l’image d’Hafsia Herzi elle-même, fiévreux, sensuel, brut et hyper-sensible. Récompensé par la Queer Palm et le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes en 2025, mais aussi par le Prix Louis-Delluc, le César de la Meilleure révélation féminine et le Prix Lumières 2026 de la Révélation féminine, on peut dire que qu’Hafsia Herzi et Nadia Melliti ont fait le Grand Chelem avec La Petite Dernière ! Ou comment une œuvre dite de commande, puisqu’il s’agit au départ d’une idée des deux productrices Julie Billy (Vous n’aurez pas ma haine, Gagarine) et Naomi Denamur (Une amie désavouée), est devenue une œuvre personnelle, engagée, ambitieuse, audacieuse et qui s’inscrit finalement logiquement dans la filmographie de la réalisatrice. Il est fort à parier qu’Hafsia Herzi elle-même aurait joué le personnage de Fatima si La Petite Dernière était sorti il y a vingt ans. La comédienne révélée en 2007 par La Graine et le Mulet d’Abdellatif Kechiche, récemment récompensée par le César de la meilleure actrice pour Borgo, est définitivement l’une des plus belles et grandes chrysalides du cinéma français depuis très longtemps.

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Test Blu-ray / La Buraliste de Vallecas, réalisé par Eloy de la Iglesia

LA BURALISTE DE VALLECAS (La estanquera de Vallecas) réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 3 mars 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Emma Penella, José Luis Gómez, José Luis Manzano, Maribel Verdú, Fernando Guillén, Jesús Puente, Antonio Gamero, Antonio Iranzo…

Scénario : José Luis Alonso de Santos, Gonzalo Goicoechea & Eloy de la Iglesia, d’après la pièce de théâtre de José Luis Alonso de Santos

Photographie : Manuel Rojas

Musique : Patxi Andión

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 1987

LE FILM

Leandro et Tocho, deux petits voyous sans envergure, et surtout sans expérience, pénètrent dans un bureau de tabac avec l’intention de braquer la caisse. Mme Justa, la gérante, et sa nièce Angeles, parviennent à déjouer les intentions des malfrats. Mais, pendant qu’à l’extérieur, la police – et les habitants du quartier – prépare l’assaut, une complicité inattendue naît entre les voyous et les « victimes ».

El Pico L’Enfer de la drogue et sa suite El Pico 2 ayant été de très grands succès, tout va pour le mieux pour le réalisateur Eloy de la Iglesia durant les années 1980. Cependant, il connaît un revers avec son adaptation de Le Tour d’écrou d’Henry James, intitulé Un autre tour d’écrou Otra vuelta de tuerca. Ce giallo ibérique dit d’épouvante déconcerte quelque peu les spectateurs, mais emballe malgré tout la critique, qui salue son originalité et son ambition. Le cinéaste parviendra à renouer avec les sommets du box-office espagnol deux ans plus tard, avec La Buraliste de VallecasLa estanquera de Vallecas, adaptation de la pièce de théâtre éponyme de José Luis Alonso de Santos. Quand on découvre ce quasi-huis clos, dont l’action se déroule entre le bureau de tabac du titre et la place ensoleillée sur laquelle il se trouve, on ne peut s’empêcher de penser étrangement à deux autres titres d’un autre de la Iglesia (même si les deux auteurs n’ont aucun lien), Álex de son prénom bien sûr : Un jour de chance La chispa de la Vida (2011) et Pris au piège El bar (2017), le premier étant une relecture du Gouffre aux chimèresAce in the Hole (1951) de Billy Wilder , le second se focalisant sur une poignée de personnages disparates, enfermés dans un bar après que celui-ci ait été la cible d’un sniper. Ainsi, bien avant ces deux longs-métrages, Eloy de la Iglesia traitait exactement des mêmes thèmes. Car La Buraliste de Vallecas est certes une comédie, mais c’est aussi un film qui a évidemment des choses à dire sur l’Espagne. Pas étonnant que le film ait rencontré un immense succès dans son pays. Bourré d’humour noir, La estanquera de Vallecas est une comédie brutale, cinglante et grinçante doublée d’une satire politique portant sur le pouvoir médiatique où chaque protagoniste, politicien, policier y voit l’occasion de briller et de servir son intérêt personnel devant la caméra des charognards. Avec sa virtuosité coutumière (malgré un espace confiné) et un montage alerte, Eloy de la Iglesia signe un film extrêmement attachant, virulent, émouvant, drôle, qui rappelle souvent la comédie italienne. Merveilleux directeur d’acteurs, il offre à son quatuor principal de fabuleux numéros et l’on se souviendra longtemps de la confrontation et de l’étrange relation qui s’installe entre leurs personnages. Film culte par excellence, La Buraliste de Vallecas est un vrai bijou d’orfèvre et espérons que sa sortie inespérée en Haute-Définition chez Artus Films contribue à faire de nouveaux adeptes.

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Test Blu-ray / Le Sud, réalisé par Victor Erice

LE SUD (El Sur) réalisé par Victor Erice, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Omero Antonutti, Sonsoles Aranguren, Icíar Bollaín, Lola Cardona, Rafaela Aparicio, Aurore Clément, Maria Caro, Francisco Merino, José Vivó, Germaine Montero…

Scénario : Victor Erice, d’après la nouvelle d’Adelaida García Morales

Photographie : José Luis Alcaine

Musique : Enrique Granados

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

1957, dans une petite ville du nord de l’Espagne. C’est l’histoire d’une relation forte entre un père, Agustín, et sa fille, Estrella. Un jour, cependant, leur complicité s’efface, Estrella découvrant que son père garde un vieux secret au fond de lui, au sujet d’une femme étrange…

Dix ans après L’Esprit de la ruche – El espíritu de la colmena, Victor Erice (né en 1940) revient avec Le SudEl Sur. L’action se déroule en Espagne dans les années 1950. Dans une maison, appelée « La Mouette » et située dans un village du Nord, vivent Agustín, médecin et sourcier, son épouse, institutrice révoquée de l’enseignement après la Guerre civile, et leur petite fille, Estrella. Le réalisateur adopte à nouveau le point de vue d’une enfant, fascinée et en adoration pour son père. Des sentiments malmenés quand celle-ci découvre que celui qui lui a donné la vie a aimé une autre femme qu’il a laissée dans son Sud natal. Ce film, adapté d’une nouvelle d’Adelaida García Morales, alors son épouse, demeure le plus méconnu de son auteur, qui reniera plus ou moins son second long-métrage, car le jugeant inachevé, étant donné qu’il l’avait conçu en deux parties, la deuxième ne parvenant pas à trouver de financements suffisants. Cette expérience éloignera Victor Erice du monde du cinéma pendant une nouvelle décennie. Pourtant, on serait tenté de dire que TOUT Victor Erice est dans El Sur, magistrale leçon de cinéma, film-somme et en même prolongement de sa mythique première œuvre. Si la petite héroïne de L’Esprit de la ruche, Ana, avait cinq ans, Estrella dans El Sur est aux portes de l’adolescence, carrefour existentiel où toutes les cartes sont redistribuées, où ce qu’on espérait ou rêvait se heurte aux portes de la rationalité. C’est aussi l’âge où l’on « étudie » plus sérieusement ceux qui nous ont donné la vie. Comme le chantait Michel Sardou dans Une fille aux yeux clairs, « Et j’avais oublié qu’avant d’être ma mère, Elle avait mis 30 ans… ». Cela s’applique à Estrella pour son père, qui se pose des questions légitimes, qui veut en savoir plus sur celui qui lui a donné le jour, qui veut savoir ce qu’il y a de si mystérieux dans le Sud de l’Espagne…Film puzzle qui renvoie à la pensée d’Estrella, que nous ne quitterons jamais, qui nous guide dans ses souvenirs, dans ses réflexions, dans ses sentiments, El Sur est un miracle comme seul le cinéma est capable de faire apparaître dans notre vie. Immense chef d’oeuvre, ce second long-métrage de Victor Erice a beau avoir été amputé de son troisième acte avant même qu’il puisse être réalisé, il n’en demeure pas moins l’un des plus beaux films au monde.

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Test 4K UHD / Marche ou crève, réalisé par Francis Lawrence

MARCHE OU CRÈVE (The Long Walk) réalisé par Francis Lawrence, disponible en DVD, Blu-ray & Édition collector limitée – 4K Ultra HD + Blu-ray – Boîtier SteelBook le 14 février 2026 chez Metropolitan Film & Video.

Acteurs : Cooper Hoffman, David Jonsson, Garrett Wareing, Tut Nyuot, Charlie Plummer, Ben Wang, Jordan Gonzalez, Joshua Odjick…

Scénario : J.T. Mollner, d’après le roman de Stephen King

Photographie : Jo Willems

Musique : Jeremiah Fraites

Durée : 1h48

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Le jeune Garraty va concourir pour  » La Longue Marche « , une compétition qui compte cent participants. Cet événement sera retransmis à la télévision, suivi par des milliers de personnes. Mais ce n’est pas une marche comme les autres, plutôt un jeu sans foi ni loi…

Il aura fallu attendre près d’un demi-siècle pour que Marche ou crève The Long Walk, roman d’anticipation dystopique de Richard Bachman, aka Stephen King bien évidemment, soit adapté au cinéma. Longtemps envisagé par Frank Darabont (et même George A. Romero avant lui dans les années 1980), qui avait déjà signé Les Évadés, La Ligne verte, The Mist et qui avait acheté les droits du livre dans le but de le transposer lui-même (on parle d’une bonne douzaine d’années), Marche ou crève change de crèmerie en 2018, débarque chez New Line où le projet prend enfin forme. James Vanderbilt se penche sur le scénario et commence à donner quelques sérieux signes de fatigue (The Amazing Spider-Man, Total Recall : Mémoires programmées, The Amazing Spider-Man : Le Destin d’un héros), puis son travail est finalement oublié. C’est son confrère JT Mollner (inconnu au bataillon) qui se charge du script. Le nom d’André Øvredal (Le Dernier voyage du Demeter, Scary Stories, The Jane Doe Identity) circule pour réaliser le film, avant que LionsGate ne confie définitivement Marche ou crève à Francis Lawrence, qui vient de connaître à nouveau le succès avec Hunger Games : La Ballade du serpent et de l’oiseau chanteurThe Ballad of Songbirds and Snakes, que personne n’attendait réellement et qui a enthousiasmé à la fois la critique et le public. Changement radical pour le metteur en scène révélé en 2005 avec Constantine, puis qui a signé d’immenses hits (Je suis une légende, De l’eau pour les éléphants, Red Sparrow et quatre opus de la saga Hunger Games donc, bientôt cinq d’ailleurs), sans connaître un seul échec depuis vingt ans. Habitué aux budgets conséquents de cent millions de dollars (au minimum), il se retrouve doté ici de « seulement » 20 millions de billets verts pour restituer la moelle épinière d’un des romans les plus célèbres et emblématiques de la carrière de Stephen King. Un pari qu’il relève une fois de plus haut la main et qui tombe à point nommé, politiquement parlant on va dire, qui démontre que certains écrits du Maître de l’horreur, surtout à la fin des années 1970, s’accompagnaient d’un caractère prophétique, d’un appel à la vigilance quant à l’avenir des États-Unis, de la montée des extrêmes, de la politique-spectacle. Marche ou crève est un huis clos à ciel ouvert, qui respecte le matériel original, mais l’adapte aussi intelligemment pour au final livrer un divertissement malin, qui en a dans la caboche, qui fait appel à la matière grise du spectateur, qui contente à la fois celles et ceux qui sont venus pour avoir des sueurs froides et les autres qui veulent également ce petit truc en plus qui distinguerait ce film du tout-venant. Une grande réussite et assurément un classique en devenir.

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