Test DVD / Coutures, réalisé par Alice Winocour

COUTURES réalisé par Alice Winocour, disponible en DVD le 24 juin 2026 chez Pathé.

Acteurs : Angelina Jolie, Anyier Anei, Ella Rumpf, Louis Garrel, Vincent Lindon, Garance Marillier, Grégoire Colin, Aurore Clément, Nicolas Avinée, Finnegan Oldfield…

Scénario : Alice Winocour & Jean-Stéphane Bron

Photographie : André Chemetoff

Musique : Filip Leyman & Anna von Hausswolff

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 2026

LE FILM

À Paris, dans le tumulte de la Fashion Week, Maxine, une réalisatrice américaine, apprend une nouvelle qui va bouleverser sa vie. Elle croise alors le chemin d’Ada, une jeune mannequin sud‐soudanaise ayant quitté son pays, et Angèle, une maquilleuse française aspirant à une autre vie. Entre ces trois femmes aux horizons pourtant si différents se tisse une solidarité insoupçonnée. Sous le vernis glamour se révèle une forme de révolte silencieuse : celle de femmes qui recousent, chacune à leur manière, les fils de leur propre histoire.

C’est peu dire qu’on attendait avec impatience le cinquième long-métrage d’Alice Winocour, réalisatrice qui avait jusqu’à présent effectué un sans-faute depuis Augustine (2012), un des plus surprenants premiers longs-métrages depuis vingt ans, l’étonnant Maryland (2015), le chef d’oeuvre Proxima (2019, le plus beau rôle d’Eva Green) et le bouleversant Revoir Paris (2022), qui a valu à Virginie Efira le César de la meilleure actrice. Depuis l’annonce de la présence de la star américaine Angelina Jolie comme premier rôle dans Coutures, tous les regards étaient tournés vers le nouveau film de la cinéaste, qui disposait alors d’un budget confortable de près de 12 millions d’euros. Malheureusement, le résultat est loin d’être au niveau des espérances. Certes, on comprend où Alice Winocour veut en venir avec ce récit dispersé et patchwork. En ciblant trois femmes arrivées chacune à un tournant de leur existence, l’une à même pas vingt ans, l’autre à trente et la dernière à 40 ans (quand bien même Angelina Jolie a déjà passé la barre du demi-siècle, mais cela ne se voit pas), l’auteure a tout simplement voulu raconter une part d’elle-même. Quand elle hésitait entre une carrière artistique ou juridique (elle avait fait des études de droit), puis quand elle oscillait entre l’écriture et la mise en scène (avant de se lancer finalement derrière la caméra à 36 ans), puis…C’est là qu’on arrive au sujet de la maladie, qui demeure obscur, mais on sait qu’Alice Winocour a connu un drame, un cancer sans doute, qui a comme qui dirait redistribué les cartes. Et The Show Must Go On. Le problème, c’est que l’histoire de Coutures ne tient pas en raison de personnages pour la plupart inintéressants, qui déambulent dans des décors peu reluisants et surtout dans un univers aussi artificiel qu’antipathique, celui de la mode. Qui plus est, on ne voit pas assez Angelina Jolie (même si investie, jusqu’à coproduire le film) à notre goût et l’attente est bien trop longue entre deux scènes où elle apparaît. C’est donc une étonnante et inattendue première sortie de piste pour l’une des plus grandes réalisatrices françaises d’aujourd’hui. Chacun a le droit à l’erreur évidemment et il est certain qu’Alice Winocour rectifiera le tir au prochain rendez-vous.

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Test DVD / Diamanti, réalisé par Ferzan Özpetek

DIAMANTI réalisé par Ferzan Özpetek, disponible en DVD le 2 juin 2026 chez Destiny Films.

Acteurs : Luisa Ranieri, Jasmine Trinca, Vanessa Scalera, Sara Bosi, Loredana Cannata, Geppi Cucciari, Anna Ferzetti, Aurora Giovinazzo, Nicole Grimaudo, Milena Mancini, Paola Minaccioni, Elena Sofia Ricci, Lunetta Savino, Carla Signoris, Kasia Smutniak, Mara Venier, Giselda Volodi, Milena Vukotic, Stefano Accorsi…

Scénario : Elisa Casseri, Carlotta Corradi & Ferzan Özpetek

Photographie : Gian Filippo Corticelli

Musique : Giuliano Taviani & Carmelo Travia

Durée : 2h10

Date de sortie initiale : 2024

LE FILM

Un réalisateur de renom réunit ses actrices préférées. Il leur propose de réaliser un film sur les femmes. Il les projette alors à Rome, dans les années 1970, dans un magnifique atelier de couture pour le cinéma et le théâtre, dirigé par deux sœurs très différentes. Dans cet univers peuplé de femmes, le bruit des machines à coudre résonne, les passions et la sororité s’entremêlent…

Né à Istanbul en 1959, mais arrivé en Italie quand il avait une dizaine d’années, Ferzan Özpetek est devenu l’un des réalisateurs transalpins les plus célèbres en son pays et l’un de ceux dont les oeuvres s’exportent le mieux dans le monde. Quelques-uns de ses opus ont été exploités en France, parmi les plus connus La Fenêtre d’en face La finestra di fronte (2003, David di Donatello du meilleur film), Saturno contro (2007), Le Premier qui l’a dit Mine vaganti (2010, son plus grand succès chez nous) et Magnifica presenza (2012). Plus discrets dans les salles hexagonales depuis une quinzaine d’années, les films de Ferzan Özpetek ont toujours eu les faveurs du public en Italie (2,5 millions d’entrées pour La Fenêtre d’en face, 1,5 million pour Saturno Contro, 1,4 million pour Le Premier qui l’a dit…) et son dernier en date, Diamanti est devenu le second triomphe de sa carrière avec plus de deux millions de spectateurs, un phénomène qui a su trouver le chemin des cinémas français. Pour son quinzième film, le cinéaste convoque certaines actrices avec lesquelles il avait déjà collaboré, Luisa Ranieri, Jasmine Trinca, Loredana Cannata, Nicole Grimaudo, Paola Minaccioni, Elena Sofia Ricci, Lunetta Savino, Carla Signoris, Kasia Smutniak et Milena Vukotic, pour une ode à la femme, un hommage à leur courage, à leur force, à leur détermination, à leur beauté, à leur grâce. Film choral, Diamanti embarque le public dans un tourbillon d’émotions (on en ressort en miettes), étourdit les sens avec une mise en scène sans cesse en mouvement, une caméra qui capture chaque regard embué, les gestes esquissés. Il se dégage une hyper-sensibilité de Diamanti, assurément un sommet dans l’oeuvre de son auteur.

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Test Blu-ray / Mort de rire, réalisé par Álex de la Iglesia

MORT DE RIRE (Muertos de risa) réalisé par Álex de la Iglesia, disponible en Blu-ray le 24 juin 2026 chez Extralucid Films.

Acteurs : Santiago Segura, El Gran Wyoming, Álex Angulo, Carla Hidalgo, Eduardo Gómez, Jesús Bonilla, José María Íñigo, Uri Geller…

Scénario : Jorge Guerricaechevarría & Álex de la Iglesia

Photographie : Flavio Martínez Labiano

Musique : Roque Baños

Durée : 1h51

Année de sortie : 1999

LE FILM

Nino et Bruno, duo comique adulé, connaissent une ascension fulgurante. Mais plus leur succès grandit, plus la rivalité et la haine s’installent entre eux.

Voilà un résumé rapide, sec, sans fioriture. Et pourtant, là-dessus, Álex de la Iglesia signe l’un de ses films les plus riches, sans doute l’un de ses plus attachants et parallèlement l’un de ses plus politiques. Car à travers le destin et le portrait dressé de ses deux personnages principaux, le réalisateur, alors âgé de près de 35 ans et qui a déjà trois longs-métrages à son actif, livre une radiographie impitoyable de son pays qui porte encore les stigmates des quarante années de franquisme. On se remet difficilement d’un régime dictatorial et malgré la transition démocratique, l’humiliation de l’autre, les relations dominants-dominés et la violence semblent être les seuls moyens « d’expression » et l’unique mode de vie que connaissent les individus. Dans la filmographie du cinéaste, Mort de rire Muertos de risa arrive deux ans après Perdita Durango, l’un des opus les plus dérangeants, brutaux (le film avait été interdit aux moins de 16 ans en France) et extrêmes du metteur en scène, qui n’avait pas rencontré le succès espéré. Suite à cette parenthèse à vocation internationale, Álex de la Iglesia revient en sa terre natale, parle de sa patrie, des siens, ce qu’il a toujours fait le mieux et ce qui lui correspond le plus. Mort de rire est une comédie explosive, adjectif souvent lié à l’univers de son auteur, menée à cent à l’heure, de la première à la dernière seconde. On en ressort lessivé, mais revigoré, heureux, euphorique, aussi bien rassasié au niveau des tripes que de l’esprit. Du grand, du très grand Álex de la Iglesia.

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Test Blu-ray / El lute I : Marche ou crève – El lute II : Demain, je serai libre, réalisés par Vicente Aranda

EL LUTE I: MARCHE OU CRÈVE – EL LUTE II: DEMAIN, JE SERAI LIBRE (El Lute – camina o revienta – El Lute II: mañana seré libre) réalisés par Vicente Aranda, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 16 juin 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Imanol Arias, Victoria Abril, Antonio Valero, Carlos Tristancho, Diana Peñalver, Margarita Calahorra, Raúl Fraire, Manuel de Blas Jorge Sanz, Pastora Vega, Ángel Pardo, Blanca Apilánez, Silvia Rodríguez, Montserrat Tey, Terele Pávez…

Scénario : Joaquim Jordà & Vicente Aranda, d’après les mémoires d’Eleuterio Sánchez

Photographie : José Luis Alcaine

Musique : José Nieto

Durée : 1h58 + 2h

Date de sortie initiale : 1987 – 1988

LES FILMS

Dans les années 60, au sein de sa famille nomade et des mercheros, le jeune Eleuterio apprend la délinquance. Du vol de poulets jusqu’à l’attaque d’une bijouterie, il va finir en prison pour vite s’y évader et devenir la cible de la Guardia Civil. Après une cavale longue et pénible, Eleuterio est rattrapé par la Guardia Civil. Condamné à mort, sa peine est commuée en détention à perpétuité. Il va alors entreprendre la rédaction de ses mémoires.

El Lute : marche ou crève El Lute : Camina o revienta et El Lute II : Demain, je serai libreEl Lute II: mañana seré libre, sortis respectivement en 1987 et 1988, écrits et réalisés par Vicente Aranda (1926-2015), s’inspirent des mémoires d’Eleuterio Sánchez Rodríguez (né en 1942), alias « El Lute », un jeune condamné pour meurtre devenu une figure légendaire en Espagne grâce à son évasion de prison dans les années 1960. Le premier long-métrage retrace les débuts de la carrière criminelle d’El Lute et est adapté du premier tome de ses mémoires, publié en 1977 alors qu’il était encore en prison. Le second volet, qui n’était pas prévu à la base et qui a été écrit, tourné et exploité dans la foulée du triomphe rencontré par le premier épisode (nommé pour quatre prix Goya, meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur et meilleure actrice), poursuit son histoire et s’inspire logiquement du deuxième tome de ses mémoires, paru en 1979. Eleuterio Sánchez devait alors obtenir une libération conditionnelle en 1981. Vicente Aranda délaisse les adaptations d’oeuvres littéraires et donc de fiction, pour aborder le genre autobiographique. Il offre ainsi au comédien Imanol Arias le rôle de sa vie et devient une vedette très convoitée du cinéma ibérique. Révélé en 1982 dans Le Labyrinthe des passions Laberinto de pasiones de Pedro Almodóvar, qu’il retrouvera en 1995 pour La Fleur de mon secret La flor de mi secreto, il deviendra l’acteur fétiche de Vicente Aranda, en tournant avec lui à cinq reprises au cours de son illustre carrière. La réalité dépasse la fiction dans EL Lute, dont on appréciera surtout la première partie de ses aventures, forcément romanesques, mais aussi étonnamment violentes et frontales, et pas à mettre devant tous les yeux, en raison notamment de quelques scènes de torture particulièrement difficiles. On pense au diptyque Mesrine de Jean-François Richet, avec cette approche différente d’un opus à l’autre et même si El Lute II peine à insuffler le même intérêt que la première partie, le cinéphile curieux saura accueillir ce personnage méconnu de ce côté des Pyrénées, charismatique et évidemment cinégénique, comme il se doit grâce au travail éditorial d’Artus Films.

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Test Blu-ray / Amour Apocalypse, réalisé par Anne Émond

AMOUR APOCALYPSE (Peak Everything) réalisé par Anne Émond, disponible en DVD & Blu-ray le 5 mai 2026 chez L’Atelier d’Images.

Acteurs : Patrick Hivon, Piper Perabo, Connor Jessup, Gilles Renaud, Élizabeth Mageren, Leona Son, Eric K. Boulianne, Jude Beny…

Scénario : Anne Émond

Photographie : Olivier Gossot

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Propriétaire d’un chenil, Adam, quarante-cinq ans, est éco-anxieux. Via la ligne de service après-vente de sa toute nouvelle lampe de luminothérapie, il fait la connaissance de Tina. Cette rencontre inattendue dérègle tout : la terre tremble, les cœurs explosent… c’est l’amour !

Tiens, si on allait faire un petit tour du côté du Canada, au Québéc et pourquoi pas même en Ontario ? C’est ce que nous propose la réalisatrice et scénariste Anne Émond (née en 1982), auteure de nombreux courts-métrages et dont il s’agit ici du sixième long, qui nous parvient en France, après avoir été présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2025. Lauréat du Grand Prix au Festival du Film de Cabourg, proposé dans de nombreux autres festivals (en Argentine, en Pologne…), Amour Apocalypse nous dévoile l’hypersensibilité d’une cinéaste, qui s’inspire d’une dépression qui lui est tombée dessus durant le confinement de 2020, plus précisément une éco-anxiété. De là est né le personnage d’Adam, 45 piges, en pleine détresse émotionnelle, mentale et physique, persuadé que le monde est au bord du chaos. En fait, Adam, qui déclare ouvertement être profondément triste, sans pour autant savoir pourquoi, est à un carrefour de son existence. Il va consulter une psy, qui s’amuse à décrypter son prénom (« Anxieux Déprimé Atypique Médication ? », avant de remplacer le D par « Dépressif »), sans pour autant lui donner les clés pour aller mieux. Mais il repart avec beaucoup de médicaments, des anxiolytiques, des somnifères, des anti-dépresseurs…et finalement ce qui lui fait le plus de bien semble être la luminothérapie…Cela tombe bien, car sa lampe défaillante va, ironie du sort, éclairer son existence, quand il va entrer en contact avec le service client…Amour Apocalypse ou Peak Everything est une comédie existentielle qui mute en romance inattendue, qui offre à ses deux formidables têtes d’affiche, le québécois Patrick Himon (qu’on a pu voir dans Le Fils de Jean de Philippe Lioret) et la trop rare Piper Perabo (révélée il y a 25 ans dans Coyote GirlsCoyote Ugly de David McNally), de très beaux rôles, les deux comédiens étant parfaits d’alchimie et de complicité. Une jolie découverte que l’univers de cette metteuse en scène !

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Test Blu-ray / La Créature, réalisé par Eloy de la Iglesia

LA CRÉATURE (La Criatura) réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 16 juin 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Ana Belén, Juan Diego, Claudia Gravy, Ramón Repáraz, Manuel Pereiro, Bárbara Lys, Francisco Melgares, Luis Ciges…

Scénario : Enrique Barreiro

Photographie : Raúl Artigot

Musique : Victor Manuel

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1977

LE FILM

Alors que son couple est en crise, Cristina parvient à tomber enceinte après trois années de tentatives. Mais son agression par un berger allemand provoque une fausse couche. Ayant du mal à s’en remettre, elle adopte un chien, de la même race que son agresseur, lui donnant le prénom de l’enfant qu’elle a perdu. Pendant que Marcos, le mari, s’active pour sa carrière, Cristina entame une relation passionnée pour le moins étrange avec son chien.

Deux ans avec l’incroyable Caniche de Bigas Luna, Eloy de la Iglesia se penchait déjà sur l’étrange relation entre une femme bourgeoise et son chien fidèle, liens très (trop ?) étroits qui ont le don d’irriter l’époux, forcément jaloux, d’autant plus que le couple est sérieusement en crise et que le peu qu’il leur restait de proximité tend à s’épuiser. Qualifié de «bizarre» (euphémisme) et marqué par la controverse à sa sortie, La Créature La Criatura aborde ouvertement la zoophilie dans le cadre d’un mariage empreint de monotonie et de frustration, voué à l’échec. Eloy de la Iglesia et le scénariste Enrique Barreiro (qui signera également le remarquable Il Sacerdote Le Prêtre l’année suivante) se penchent en réalité sur la politique espagnole, en évoquant en parallèle les attentats terroristes post-franquistes commis par des activistes d’extrême droite (à l’instar du massacre d’Atocha) ainsi que les partis du même bord cherchant à perpétuer les idéaux politiques du dictateur après sa mort en 1975. On peut penser au premier abord que La Créature sera une œuvre froide et distante, mais au contraire. Eloy de la Iglesia a beau avoir toujours été frontal et sans concession sur ses sujets les plus difficiles, il n’en demeure pas moins qu’il se dégage systématiquement un humanisme et La Créature ne déroge pas à la règle. On se prend d’affection pour cette jeune femme, qui après l’accident qui a coûté la vie au bébé qu’elle a dans le ventre et qui était sur le point de naître, va trouver l’affection qui lui manque ailleurs, autrement dit auprès d’un chien. Avec sa mise en scène quasi-chirurgicale, Eloy de la Iglesia dissèque à la fois la mort d’un couple, le deuil impossible d’une femme, mais aussi et surtout son émancipation, son désir de vivre pour elle-même, tandis que son compagnon, engoncé dans la tradition (morale, religieuse et bien sûr politique), s’accroche encore et toujours aux miettes dispersées et subsistantes de la désormais ancienne Espagne. Édifiant.

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Test Blu-ray / Le Prêtre, réalisé par Eloy de la Iglesia

LE PRÊTRE (El Sacerdote) réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 16 juin 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Simón Andreu, Emilio Gutiérrez Caba, José Franco, Ramón Repáraz, Ramón Pons, Martín Garrido Ramis, Emilio Soriano, Fabián Conde…

Scénario : Enrique Barreiro

Photographie : Magí Torruella

Musique : Carmelo A. Bernaola

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Espagne, fin des années 60. Miguel, un séduisant jeune prêtre traditionnel, traverse une période de doutes. Ses désirs sexuels refont surface lorsqu’il se souvient de la contrainte par ses parents d’entrer au séminaire. Irène, une belle paroissienne, malheureuse en mariage, vient régulièrement chercher le soutien de son confesseur, faisant peu à peu fragiliser le vœu de chasteté de ce dernier.

Eloy de la Iglesia, c’est reparti ! Si vous êtes un lecteur fidèle, vous savez que l’auteur de ces mots est tombé dingue du cinéma de ce réalisateur espagnol ! Nous ne vous ferons pas l’affront de dire et redire ce qui a déjà été dit sur ce dernier, sur son illustre carrière, sur sa vie, au fil des chroniques consacrées à ses films La Buraliste de Vallecas, Personne n’a entendu crier, Le Député, Navajeros, El Pico (et sa suite) et Colegas. Grâce au travail de l’éditeur Artus Films, nous explorons encore et toujours une filmographie exceptionnelle, riche, variée, engagée, politique, sexuelle. L’opus qui nous intéresse aujourd’hui est considéré comme l’un de ses meilleurs, Le Prêtre El Sacerdote, sorti sur les écrans ibériques en 1978, soit trois ans après la mort de Franco. Habituellement scénariste, le réalisateur s’empare ici d’une histoire signée Enrique Barreiro, qui avait écrit précédemment La Créature La Criatura, sur lequel nous reviendrons prochainement. Le Prêtre offre au comédien Simón Andreu (vu dans Photos interdites d’une bourgeoise, La Mort marche en talons hauts et La mort caresse à minuit de Luciano Ercoli, Chassés-croisés sur une lame de rasoir de Maurizio Pradeaux) l’un de ses plus grands rôles, dans lequel il s’investit totalement. On imagine l’électrochoc que le film a dû entraîner à sa sortie, puisque le cinéaste va loin, très loin dans la représentation des fantasmes, du désir sexuel, de la folie qui s’empare de cet homme d’église rattrapé par l’abstinence, le refoulement et donc la frustration. Un demi-siècle plus tard, Le Prêtre n’a absolument rien perdu de sa force et son sujet demeure brûlant d’actualité. Un chef d’oeuvre de plus sur lequel les cinéphiles devraient se ruer au plus vite.

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Test Blu-ray / À pied d’oeuvre, réalisé par Valérie Donzelli

À PIED D’OEUVRE réalisé par Valérie Donzelli, disponible en DVD et Blu-ray le 2 juin 2026 chez Diaphana.

Acteurs : Bastien Bouillon, André Marcon, Virginie Ledoyen, Valérie Donzelli, Adrien Barazzone, Claude Perron, Marie Rivière…

Scénario : Valérie Donzelli & Gilles Marchand, d’après le roman de Franck Courtès

Photographie : Irina Lubtchansky

Musique : Jean-Michel Bernard

Durée : 1h31

Date de sortie initiale : 2026

LE FILM

Ancien photographe, Paul Marquet a décidé de laisser tomber ce métier lucratif pour se consacrer à l’écriture. Déjà auteur de trois livres, au succès d’estime, le dernier ayant été tiré à moins de 5000 exemplaires, celui-ci a du mal à joindre les deux bouts et est obligé de vendre son scooter. Alors que sa femme est partie à Montréal avec leurs deux enfants, celui-ci tente de faire bonne figure et recherche un travail qui lui laisse du temps écrire. Il s’engage alors dans un système de petits boulots à la demande, via une plateforme, s’enfonçant progressivement dans la pauvreté…

Hormis une erreur de parcours avec le gratiné Marguerite et Julien en 2015, la filmographie de Valérie Donzelli demeure l’une des plus originales, mais aussi l’une des plus sensibles du cinéma français. Si son premier long-métrage, La Reine des pommes (2009) était complètement passé inaperçu dans les salles, la critique saluait déjà son caractère insolite. La consécration devait arriver dès l’année suivante, La Guerre est déclarée (850.000 entrées), triomphe qui avait su réunir tous les publics. La réalisatrice devait continuer son « bonhomme de chemin », avec le sympathique Main dans la main (2012), puis avec des films plus confidentiels, avant de revenir en force avec L’Amour et les Forêts (2023), un beau hit avec 650.000 entrées, accompagné de trois nominations aux César. Après un écart dans le documentaire (Rue du Conservatoire), Valérie Donzelli revient à la fiction avec À pied d’oeuvre. Enfin quand on écrit fiction, c’est relatif, car le film est l’adaptation du roman autobiographique et éponyme de Franck Courtès, ancien photographe de renom de Libération. Dans son ouvrage, celui-ci racontait comment il avait décidé de laisser tomber cette profession qui lui rapportait gros, entre 3000 et 8000 euros par mois, pour devenir écrivain. Touchée, bouleversée par ce livre qui lui parle personnellement (son grand-père et son arrière-grand-père paternels étaient peintres et sculpteurs, ayant vécu chichement toute leur vie), Valérie Donzelli décide de le transposer, avec son complice Gilles Marchand. Résultat, il s’agit sans doute du plus beau film de la cinéaste. On reconnaît son univers, ses partis-pris, le fait d’aborder un drame avec un côté toujours optimiste, en évitant le pathos, en dressant le portrait de personnages avançant coûte que coûte, avec résilience. À pied d’oeuvre est ainsi proche de La Guerre est déclarée. Mais là où celui-ci convainquait moins en raison de l’interprétation passable de Jérémie Elkaïm, Bastien Bouillon – pour la cinquième fois devant la caméra de Donzelli – crève l’écran une fois de plus dans À pied d’oeuvre, dans lequel il est de toutes les scènes, de tous les plans, tandis qu’on ne perd pas le fil de ses pensées, qu’il traduit via son clavier, pour nourrir son nouveau livre. Remarquable de sobriété, porté par un acteur exceptionnel et par l’hypersensibilité de Valérie Donzelli, À pied d’oeuvre est assurément l’un des grands films français de l’année 2026.

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Test Blu-ray / Othello, Double vie (A Double Life), réalisé par George Cukor

OTHELLO, DOUBLE VIE (A Double Life) réalisé par George Cukor, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 5 mai 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Ronald Colman, Signe Hasso, Edmond O’Brien, Shelley Winters, Ray Collins, Philip Loeb, Millard Mitchell, Joe Sawyer…

Scénario : Ruth Gordon & Garson Kanin

Photographie : Milton R. Krasner

Musique : Miklós Rózsa

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 1947

LE FILM

Anthony John est l’un des comédiens les plus réputés de Broadway, à l’aise aussi bien dans la comédie que dans le drame. Mais lorsque son agent lui propose de monter Othello, Tony se montre réticent. Il sait que ses rôles ont tendance à influencer sa vie privée ; c’est d’ailleurs ce qui a causé l’échec de son mariage avec Brita, sa partenaire attitrée. Cependant, poussé par le désir de briller dans un rôle difficile, Tony finit par se laisser convaincre. Avec Brita en Desdémone, le spectacle triomphe mais bientôt le comédien se sent dominé par la jalousie meurtrière de son personnage.

Quelle leçon ! C’est étonnant mais, on a souvent tendance à oublier l’immense George Cukor (1899-1983). Non pas ses films les plus célèbres – Une heure près de toi One Hour with You (1932), What Price Hollywood? (1932), Sylvia Scarlett (1935), Femmes The Women (1939), Indiscrétions The Philadelphia Story (1940), Une étoile est née A Star Is Born (1954), My Fair Lady (1964), pour ne citer qu’une infime partie de son illustre carrière – mais qui était aux manettes de ces monuments. Bien que plusieurs fois nommé à l’Oscar du meilleur réalisateur et ce dès 1934, il faudra attendre 1965 et le triomphe mondial de My Fair Lady pour que George Cukor soit enfin récompensé par cette statuette convoitée. Au mitan des années 1940, le cinéaste enchaîne deux films à la suite, Hantise Gaslight, thriller dramatique et psychologique qui vaut à Ingrid Bergman l’Oscar de la meilleure actrice, et le film de guerre La Victoire des ailes Winged Victory qui sort pour Noël 1944. Ensuite, George Cukor démarre le tournage de La Femme de l’autre Desire Me, mais quitte la production en cours de route en raison de réécritures et de conditions de travail déplorables. C’est là qu’intervient Othello, Double vie A Double Life, l’un des trésors cachés de la filmographie du metteur en scène, coécrit par Ruth Gordon (scénariste de Madame porte la culotte et Mademoiselle Gagne-Tout, actrice vue dans le diptyque Doux, Dur et Dingue/Ça va cogner avec Clint Eastwood) et Garson Kanin (aussi réalisateur de Mademoiselle et son bébé et Mon épouse favorite), époux à la ville. Ce drame sombre et thriller psychologique se penche sur la psyché d’un artiste, un comédien qui va comme qui dirait « ramener le rôle » à la maison et se laisser envahir, bouffer par son personnage, en l’occurrence Othello, qui va finir par prendre le dessus. Furieusement moderne, A Double Life demeure percutant et s’avère désormais considéré comme l’une des inspirations de Black Swan de Darren Aronofsky.

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Test Blu-ray / Croisières sidérales, réalisé par André Zwobada

CROISIÈRES SIDÉRALES, réalisé par André Zwobada, disponible en combo Blu-ray/DVD le 24 juin 2026 chez Studiocanal.

Acteurs : Madeleine Sologne, Jean Marchat, Julien Carette, Robert Arnoux, Simone Allain, Auguste Bovério, Violette Briet, Jean Dasté…

Scénario : Pierre Guerlais & Pierre Bost

Photographie : Jean Isnard

Musique : Georges Van Parys

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 1942

LE FILM

Françoise et son mari Roger sont deux scientifiques de renom qui se préparent pour le premier voyage dans la stratosphère. Mais la veille du départ, Roger est victime d’un accident. C’est alors un technicien qui le remplace au pied levé. Pendant le voyage, ce dernier commet une erreur qui projette la navette dans l’espace. De retour sur Terre, le duo a vieilli de 25 ans.

Vous n’êtes pas prêt pour découvrir Croisières sidérales ! En voyant ce film, certains se diront « ah bah en fait Christopher Nolan n’a rien inventé… » ! Bien sûr que non, car avant Interstellar (2014), il y a eu Event Horizon, le vaisseau de l’au-delà (1997) de Paul W.S. Anderson, avec lequel il possède quelques coïncidences troublantes (y compris une scène copiée/collée liée au trou noir) et même encore plus loin dans le temps, plus d’un demi-siècle en arrière, il y avait donc ces Croisières sidérales, qui parlaient déjà de la relativité du temps, premier long-métrage à évoquer le Paradoxe de Langevin ou paradoxe des Jumeaux. On doit ce film de science-fiction à André Zwobada (1910-1994), inconnu au bataillon, mais qui possède pourtant un bagage impressionnant. Ancien assistant de Jean Renoir ( La Règle du jeu) et d’André Berthomieu (Le Mort en fuite, L’Amant de madame Vidal, Le Secret de Polichinelle), il passe à la mise en scène en 1936 avec La Vie est à nous, film collectif de propagande du Parti Communiste, coréalisé entre autres avec Jacques Becker, Henri Cartier-Bresson, Jean Renoir et Jean-Paul Le Chanois. Six ans plus tard, il se retrouve aux manettes du seul opus de science-fiction français mis en scène sous l’Occupation. Tourné en novembre 1941 aux studios d’Epinay-sur-Seine, Croisières sidérales se fonde, comme un carton l’indique en introduction, sur « une idée scientifique exacte ». Certes, mais les scénaristes Pierre Guerlais (dont l’oeuvre reste plutôt obscure) et Pierre Bost (grand collaborateur de Claude Autant-Lara, Jean Delannoy et de René Clément) brodent des enjeux, des quiproquos, des répliques et des rebondissements bien « français ». Ceci d’autant plus que l’on peut trouver en parallèle quelques éléments rappelant la situation de l’Hexagone sous le joug Allemand. En l’état, Croisières sidérales est un des divertissements les plus étranges, pour ne pas dire bizarroïdes, que vous pourrez voir si vous parvenez à lui accorder 90 minutes de votre temps. Ne serait-ce que pour apprécier le légendaire Julien Carette jeter sa clope par le hublot de son engin volant, créant ainsi une aspiration inattendue et donc un passage dans quelques couloirs du temps, Croisières sidérales vaut assurément le coup d’oeil du cinéphile.

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