Test Blu-ray / Le Champion, réalisé par Mark Robson

LE CHAMPION (Champion) réalisé par Mark Robson, disponible en DVD et Blu-ray le 25 août 2020 chez Rimini Editions.

Acteurs : Kirk Douglas, Marilyn Maxwell, Arthur Kennedy, Paul Stewart, Ruth Roman, Lola Albright, Luis Van Rooten, Harry Shannon…

Scénario : Carl Foreman, Ring Lardner

Photographie : Franz Planer

Musique : Dimitri Tiomkin

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 1949

LE FILM

Venu avec son frère à Los Angeles pour s’occuper d’un restaurant, Midge Kelly rencontre Tommy Haley, un manager qui va lui apprendre l’art de la boxe. Prêt à tout pour réussir, dénué de scrupules, Midge va devenir un champion. Mais le prix à payer sera très élevé.

Une star est née ! Le Champion, ou tout simplement Champion selon le titre original, est LE film avec lequel l’immense Issur Danielovitch alias Kirk Douglas a véritablement explosé au sein de l’industrie hollywoodienne et aux yeux du monde entier. Réalisé par le canadien Mark Robson (1913-1978), ancien monteur de Jacques Tourneur sur La Féline et Vaudou, mais aussi d’Orson Welles sur La Splendeur des Amberson, Le Champion est un puissant drame sportif, dans lequel le comédien y met toute sa hargne, son talent et ses grandes capacités sportives (il était lui-même ancien lutteur), un rôle pour lequel il s’est battu de toutes ses forces, allant même jusqu’à décliner une superproduction pour le compte de la MGM. Première production en solo de Stanley Kramer (La Chaîne, Jugement à Nuremberg, Devine qui vient dîner…), Le Champion est indiscutablement l’un des meilleurs films de Mark Robson (L’Express du colonel Von Ryan, Les Centurions), dans lequel il démontre une réelle virtuosité, aidé en cela par la magnifique photographie de Franz Planer (Lettre d’une inconnue de Max Ophüls, Vacances romaines de William Wyler, Vingt Mille lieues sous les mers de Richard Fleischer) qui place son personnage principal entre ombre et lumière. Le Champion est aussi et surtout le portrait d’un monstre, d’un homme impitoyable, revanchard, parti de rien et qui est prêt à tout pour arriver au sommet. Un antihéros auquel il est difficile de s’identifier, mais auquel Kirk Douglas donne toutes ses tripes. On ne peut être que fasciné.

Midge Kelly et son frère boiteux Connie sont venus prendre possession d’une part d’associés dans la gérance d’un petit restaurant près de Los Angeles. Mais le fond de commerce, hypothéqué, a été racheté par Lew Bryce qui les engage comme serveur et plongeur. Amoureux d’Emma, la fille de Lew, Midge est contraint par ce dernier de l’épouser. Mais trop épris de liberté, il quitte sa femme le jour du mariage et part retrouver Tommy Haley, un manager en quête de “poulains” pour leur apprendre l’art de la boxe. Sous la direction de Tommy, Midge devient en quelques années un champion. Mais son ambition démesurée et son absence de scrupules l’incitent à quitter son manager pour se vendre à Jerome Harris, grand organisateur de combats.

Forcément, quand on aborde le sujet de la boxe au cinéma, plusieurs titres viennent à l’esprit tels que Rocky (1977) de John G. Avildsen, Raging Bull (1980) de Martin Scorsese, ou bien les opus des années 2000, Ali (2002) de Michael Mann, De l’ombre à la lumière (2005) de Ron Howard, Million Dollar Baby (2005) de Clint Eastwood. Plus loin dans le temps, on retrouve Gentleman Jim (1942) de Raoul Walsh avec Errol Flynn, Nous avons gagné ce soirThe Set-Up (1949) de Robert Wise avec Robert Ryan, ou bien encore Plus dure sera la chuteThe Harder They Fall (1956), dernier long métrage interprété par Humphrey Bogart et mis en scène par Mark Robson ! Si les matchs de ce dernier demeurent toujours aussi violents et d’une rare brutalité, remarquablement filmés caméra à l’épaule et dans un N&B charbonneux, ceux du Champion, tourné sept ans auparavant, n’ont souvent rien à leur envier. Excellent technicien, il signera d’ailleurs l’un des fleurons du genre catastrophe avec Tremblement de terre (1974), Mark Robson prend à bras le corps son sujet, qui avant d’être un film sur le monde de la boxe est une tragédie qui a pour personnage principal un arriviste souvent repoussant et ambigu, n’hésitant pas à piétiner ses proches et même son frère infirme pour se faire un nom et grignoter une part du rêve américain tant convoité. Avec son sourire carnassier, sa belle gueule et sa carrure d’athlète accompli, Kirk Douglas explose l’écran, sur lequel il n’était apparu que trois ans auparavant. Juste avant le film de Mark Robson, le comédien s’était fait remarquer dans L’Emprise du crime The Strange Love of Martha Ivers (1946) de Lewis Milestone et La Griffe du passéOut of the Past (1947) de Jacques Tourneur. L’année 1949 est décisive pour le futur monstre sacré, puisqu’il sera simultanément à l’affiche de Chaînes conjugalesA Letter to Three Wives de Joseph L. Mankiewicz, une première étape vers la notoriété, puis du Champion trois mois après. En 1950, il obtient sa première nomination aux Oscars, la même année où Joseph L. Mankiewicz se voit récompenser par l’Oscar du meilleur réalisateur et par celui du meilleur scénario adapté pour Chaînes conjugales. Une nouvelle décennie s’ouvre pour Kirk Douglas, qui signe alors un contrat avec la Warner et qui enchaînera les collaborations les plus prestigieuses avec Michael Curtiz, Raoul Walsh, Billy Wilder, William Wyler, Howard Hawks, Vincente Minnelli, Edward Dmytryk, Richard Fleischer, Henry Hathaway, King Vidor, André de Toth, Stanley Kubrick et John Sturges. Ou comment devenir immortel.

Outre la qualité de l’interprétation, où se distinguent notamment Arthur Kennedy (Les Affameurs Bend of the River et L’Homme de la plaineThe Man from Laramie d’Anthony Mann), dans le rôle de Connie (le frère de Midge) et pour lequel il sera aussi nommé aux Oscars, et surtout le formidable Paul Stewart (Citizen Kane, Les Ensorcelés, En quatrième vitesse), qui interprète Tommy, celui qui repère les talents de Midge et qui le mettra malgré-lui sur la voie du succès, Le Champion repose sur un bijou de scénario. Avant d’être l’une des plus célèbres victimes du maccarthysme et d’être inscrit sur la liste noire du cinéma, Carl Foreman (1914-1984) signe ici l’un de ses premiers scripts pour le cinéma, co-écrit avec Ring Lardner (1885-1933), un des plus grands journalistes sportifs américains et auteur à ses heures de nouvelles sur le monde du sport.

Le Champion plonge les spectateurs dans les arcanes insoupçonnés de la boxe, où certains écrasent ceux qui se sont placés sur leur chemin, pour accéder au firmament. Entre le réalisme des scènes de combat et le portrait au vitriol de son personnage principal (ainsi que du milieu de la boxe où sévit la corruption), Le Champion, tourné en seulement 20 jours, est une réussite majeure du cinéma américain de la fin des années 1940.

LE BLU-RAY

Il en a fallu du temps pour que Le Champion fasse son apparition en DVD et en Blu-ray dans les bacs français ! Cette fois encore, nous devons cette sortie prestigieuse à Rimini Editions. La jaquette au visuel percutant est glissée dans un boîtier classique de couleur noire, lui-même glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est animé sur la musique de Dimitri Tiomkin.

Le seul supplément disponible sur cette édition est une brillante intervention filmée de Séverine Danflous en juin 2020, écrivain et critique de cinéma (23’), qui a entre autres signé quelques articles dans La Septième Obsession et Culturopoing. Elle revient ici sur le parcours de Mark Robson, et surtout sur l’importance du Champion dans l’extraordinaire carrière de Kirk Douglas, dont il s’agit du premier succès en tête d’affiche. Séverine Danflous aborde et dissèque point par point le personnage principal et dresse un parallèle très pertinent entre le parcours de Midge et celui du comédien lui-même. Puis l’invitée de Rimini Editions analyse plus en détails la forme du film, en le comparant judicieusement à un film noir, avant d’en venir aux personnages féminins.

L’Image et le son

Le Champion est présenté en Blu-ray, au format 1080p (AVC, 1.33, 16/9). Certains risquent de tiquer devant la présence très (trop ?) discrète du grain argentique, qui semble avoir subi un étrange balayage numérique. Les blancs sont lumineux, on serait d’ailleurs tenté de dire “trop” cette fois encore, ce qui occasionne parfois une perte des détails sur les plans larges, ce qui n’est pas le cas des gros plans au piqué impressionnant. Le master HD se rattrape grâce à une propreté indéniable et divers contrastes flatteurs pour les rétines. Hormis quelques fourmillements et une définition aléatoire sur une poignée de plans, bénéficier du Champion en Haute-Définition était inespéré et le confort de visionnage est plus qu’acceptable.

Privilégiez évidemment la version originale, propre, dynamique, aérée, qui fait la part belle à la composition de Dimitri Tiomkin, plutôt que la piste française plus confinée (certains ne supportent plus ce mot, mais ça ne fait rien, on assume) et plate. Les sous-titres ne sont pas imposés.

Crédits images : © Rimini Editions / Paramount Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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