Test Blu-ray / Stella, réalisé par Laurent Heynemann

STELLA réalisé par Laurent Heynemann, disponible en DVD & Blu-ray depuis le 3 février 2026 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Nicole Garcia, Thierry Lhermitte, Jean-Claude Brialy, Charles Denner, Victor Lanoux, Gérard Desarthe, Djelloul Beghoura, Hubert Saint-Macary, Robin Renucci…

Scénario : Laurent Heynemann & Pierre Fabre

Photographie : Jean-Francis Gondre

Musique : Philippe Sarde

Durée : 1h40

Date de diffusion initiale : 1983

LE FILM

Pour Yvon, peu importe qui détient le pouvoir. Alors, pour sauver de la déportation Stella, la femme de sa vie, il entre au service de la Gestapo. À la fin de la guerre, il sauve sa peau de justesse et la retrouve enfin. Mais il sait qu’il reste à la merci d’une dénonciation… Pour s’en sortir, il continue d’utiliser les méthodes des collabos : trahisons et corruption. Il tente de fuir vers l’Espagne, mettant Stella dans une situation impossible…

Laurent Heynemann. Ce nom ne vous dit peut-être rien, pourtant celui-ci, né en 14948, a dirigé certains monstres du cinéma français (Michel Piccoli, Michel Galabru, Philippe Noiret, Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle, Jeanne Moreau) dans des films, aujourd’hui quelque peu oubliés, mais dont les titres font ressurgir quelques souvenirs fugaces aux cinéphiles, comme Le Mors aux dents (1979), Il faut tuer Birgitt Haas (1981), Les Mois d’avril sont meurtriers (1986) et La Vieille qui marchait dans la mer (1991). Ancien assistant d’Yves Boisset (R.A.S., Folle à tuer) et de Bertrand Tavernier (L’Horloger de Saint-Paul, Que la fête commence), oui et de Philippe Clair aussi hein (Le Grand Fanfaron), Laurent Heynemann détient un sacré bagage technique et passe derrière la caméra en 1977 avec La Question, interdit aux moins de 18 ans à sa sortie, puisque traitant ouvertement et frontalement de l’usage de la torture durant la guerre d’Algérie. Passionné d’histoire, le réalisateur l’est aussi de politique, deux éléments qui deviendront récurrents au fil de son œuvre, au cinéma, comme à la télévision (René Bousquet ou le Grand Arrangement, Accusé Mendès France, Laval, le collaborateur). Après avoir parlé du terrorisme allemand dans Il faut tuer Birgit Haas, il évoque la collaboration – sujet ô combien tabou – dans son quatrième long-métrage, Stella. Le cinéaste, tout d’abord pressenti pour mettre en scène Docteur Petiot avec Michel Serrault (l’acteur refusera de tourner avec Laurent Heynemann et ne fera le film que sept ans plus tard avec Christian de Chalonge), s’investit finalement dans un récit inspiré par un court extrait tiré du livre Tu trahiras sans vergogne (1970) écrit par Philippe Aziz. Ce qui a tapé dans l’oeil (et dans le coeur du metteur en scène), c’est comment un homme, bien sous tous rapports, décide, pour faire libérer la femme qu’il aime et qui arbore l’étoile jaune depuis plusieurs semaines dans le camp de Compiègne, de s’engager dans la Gestapo durant l’été 1944, alors que la Deuxième Guerre mondiale est sur le point de se terminer. Nous en sommes en plein mélodrame romanesque et malgré quelques couacs, notamment le fait de placer l’intrigue en août 1944 alors qu’il est évident que les prises de vues ont été faites en hiver, Stella est un très beau film, magistralement interprété (et quel casting!), une romance parfois au bord de l’emphase, mais qui se retient toujours à temps pour ne pas déborder. Devenu rare et même recherché par beaucoup de cinéphiles, Stella est désormais disponible en DVD et en Blu-ray chez LCJ Éditions & Productions.

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Test Blu-ray / La Main noire, réalisé par Max Pécas

LA MAIN NOIRE réalisé par Max Pécas, disponible en DVD & Blu-ray depuis le 6 janvier 2026 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Giuseppe Mattei, Janine Reynaud, Anny Nelsen, Chantal Nobel, Jean Topart, Pierre Tissot…

Scénario : Max Pécas & Jean-Pierre Bastid

Photographie : Raymond Lemoigne

Musique : Derry Hall

Durée : 1h34

Date de diffusion initiale : 1968

LE FILM

En Europe, l’Institut scientifique de recherches pour une société nouvelle est en réalité le repaire de Zhan Raur, un Albanais à la tête d’une organisation terroriste mafieuse appelée « La Main Noire ». Sous son aspect débonnaire, Zhan Raur, qui souffre d’une maladie de cœur, est atteint d’un délire de puissance. Alors qu’il attend la visite d’un correspondant inconnu porteur de précieux documents, il ignore que le FBI lui a en réalité substitué un de ses agents, Thomas Asher, qui est chargé de percer les secrets et ramifications de La Main Noire.

Ceux qui se moquent (il y en a encore pas mal) ou qui réduisent Max Pécas (1925-2003) à des films du style On se calme et on boit frais à Saint-Tropez, Deux Enfoirés à Saint-Tropez, Les Branchés à Saint-Tropez, On n’est pas sorti de l’auberge, Belles, blondes et bronzées et (le meilleur titre) Mieux vaut être riche et bien portant que fauché et mal foutu devraient revoir leur copie et fouiner un peu plus la filmographie du réalisateur. Ancien régisseur de théâtre, puis assistant (de Jacques Daroy entre autres), passionné par le cinéma d’Alfred Hitchcock, Max Pécas signe quelques exercices de style à ses débuts en s’inspirant du polar américain. Avant de se tourner vers l’érotisme après mai 68 (Je suis une nymphomane, Je suis frigide… pourquoi ?, Sexuellement vôtre), il fait ses armes dans le film policier de série B à l’instar de La Main noire, qui est déjà teinté de sensualité. Ici, les hormones s’affolent avec la présence au générique de la magnifique Janine Reynaud (1930-2018), qui apparaîtra souvent à l’affiche des films de son époux Michel Lemoine (Les Désaxées, Les Chiennes, Les Confidences érotiques d’un lit trop accueillant), qui crève l’écran et marque le film de sa présence. Les spectateurs avides d’action devront aller voir ailleurs, car il ne se passe pas grand-chose dans La Main noire, qui flirte avec l’Eurospy qui déferlait alors dans les cinémas depuis la première aventure de James Bond six ans auparavant. En fait, Max Pécas tente de donner le change, mais l’ambition ne fait pas tout. L’intrigue tourne vite en rond et surtout l’acteur principal, James Harris aka Giuseppe Mattei, acteur sorti d’on ne sait où (on l’a vu dans Les Cracks aux côtés de Bourvil et dans Les Nuits brûlantes de Linda de Jesús Franco), manque cruellement de charisme. On a du mal à comprendre que la belle Janine tombe en pâmoison devant ce type dont le profil ressemble plutôt à celui d’un plombier des années 1960. Mais bon, c’est sans doute ce que recherchait l’ami Max, qui devait penser qu’on ne soupçonnerait jamais un agent du FBI en regardant ce type. Il avait sûrement raison. Mais tort aussi en même temps, tant son personnage n’est jamais crédible. Cela n’empêche pas le spectateur de s’amuser devant ce divertissement d’un autre temps, dépassé, daté, qui a au moins le mérite de montrer que le cinéma français tentait des choses comme chez les anglo-saxons.

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Test Blu-ray / 24 heures d’un américain à Paris, réalisé par José Bénazéraf

24 HEURES D’UN AMÉRICAIN À PARIS réalisé par José Bénazéraf, disponible en DVD & Blu-ray depuis le 11 mars 2026 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Dick Randall, Jessica Rubicon, Cosette Blanche, Agnetta Angelwall, Bonne Campbell, Nancy Holloway, Chantal Delor, Claudine Hogleneel…

Scénario : José Bénazéraf

Photographie : Alain Derobe

Musique : Louiguy

Durée : 1h16

Date de diffusion initiale : 1964

LE FILM

John Smith, homme d’affaires américain myope et maladroit, passe vingt-quatre heures à Paris avec l’intention de dilapider l’héritage laissé par son père dans les plaisirs de la capitale. Entre cabarets, concours de beauté et rencontres ratées, son humour lourd et sa gaucherie ne lui apportent que désillusions. Ivre et désabusé, il termine pourtant la nuit auprès d’une femme élégante, sans savoir que cette mystérieuse rencontre repose sur un profond malentendu.

Aaaaah José Bénazéraf (1922-2012), c’est tout un poème. Réalisateur, scénariste et producteur, parfois distributeur de ses propres longs-métrages quand personne ne les voulait, le bougre pouvait se targuer d’être complètement autodidacte quand il décide de se lancer dans le cinéma. Il connaît son premier succès après avoir acheté les droits de la chanson Les Lavandières du Portugal, grand succès populaire lui rappelant ses racines, sa mère étant portugaise. José Bénazéraf s’accorde avec Pathé pour produire « l’adaptation » du tube de l’année 1955, qui sera mise en scène par Pierre Gaspard-Huit. Résultat des courses, le film attire près de trois millions de spectateurs en 1957. Sa carrière dans le septième art est lancée. Il se retrouve au milieu de la Nouvelle vague, partage son quotidien avec le producteur Georges de Beauregard, fait une apparition dans À bout de souffle (il est même représenté dans Nouvelle vague de Richard Linklater) et prête sa Thunderbird à cette occasion, le véhicule volé par le personnage de Jean-Paul Belmondo. C’est en 1963 qu’il passe lui-même derrière la caméra avec L’Éternité pour tous, dans lequel il joue déjà avec la censure en raison de la présence hot de la sublime Sylvia Sorrente, qui marque sa passion pour les belles femmes et la représentation de la sexualité à l’écran. La même année, il signe 24 heures d’un Américain ou 24 heures d’un Américain à Paris, connu aussi sous le titre Paris Erotika ou Paris Ooh-lala !, dans lequel il mélange les partis-pris de ses deux précédents opus, un exercice de style qui rappelle les polars, le tout saupoudré d’érotisme. En fait, 24 heures d’un Américain à Paris est quasi-expérimental, puisque l’intrigue est réduite au minimum et propose essentiellement une succession de numéros dénudés filmés aux Folies-Pigalle et au Crazy Horse Saloon. Il ne faut donc pas s’attendre à une histoire proprement dite, mais plutôt à un prétexte pour se rincer l’oeil et affoler les hormones durant 75 minutes montre en main. De ce point de vue-là, c’est réussi et l’ensemble demeure en plus un témoignage unique sur le Paris interlope des sixties.

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Test Blu-ray / Ave Maria, réalisé par Jacques Richard

AVE MARIA réalisé par Jacques Richard, disponible en DVD & Blu-ray le 15 janvier 2025 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Anna Karina, Féodor Atkine, Isabelle Pasco, Pascale Ogier, Dora Doll, Bernard Freyd, Philippe Castelli, Balthazar Clémenti…

Scénario : Jacques Richard & Paul Gégauff

Photographie : Dominique Brenguier

Musique : Jorge Arriagada

Durée : 1h44

Date de diffusion initiale : 1984

LE FILM

Ursula, 15 ans, subit dans un petit village de la France profonde, une éducation morale et religieuse fanatique. Dans la vaste demeure, baptisée « Sainte oeuvre » par Adolphe Eloi, un prêtre défroqué, Ursula sera jugée par les membres de la secte villageois.

Soyons honnêtes d’emblée, si Ave Maria avait parlé de lui avant même sa sortie, c’est en raison de son affiche, qui avait déclenché quelques polémiques. Sur celle-ci, Isabelle Pasco, à peine 18 ans (et juste avant Hors-la-loi de Robin Davis), est seulement vêtue d’un pagne et surtout crucifiée, la poitrine découverte, photographie réalisée par Bettina Rheims qui allait entraîner quelques procès pour injure ou diffamation envers une religion. Le réalisateur Jacques Richard sera d’ailleurs poursuivi par la Fraternité Saint-Pie-X et par près d’une dizaine d’autres associations catholiques, qui demandaient l’interdiction pure et simple de l’affiche. La justice donnera finalement raison aux plaignants et l’affiche sera interdite sur la voie publique. Mais au-delà de ce scandale (identique à celui que connaîtra aussi l’affiche de Larry Flynt de Milos Forman en 1996), Ave Maria est un excellent long-métrage, un drame psychologique à la frontière du fantastique, un récit que n’aurait pas renié un certain Stephen King. Car Ave Maria, mis en scène par Jacques Richard (né en 1954), traite du fanatisme religieux, celui qui gangrène les campagnes les plus reculées, qui abuse des âmes sensibles, qui les suce jusqu’à la moelle. En dehors de quelques digressions et diverses baisses de rythme, Ave Maria reste une œuvre OVNI dans le cinéma français et peut encore aujourd’hui perturber et décontenancer une bonne partie du public, plus de quarante ans après sa sortie.

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Test Blu-ray / She’s So Lovely, réalisé par Nick Cassavetes

SHE’S SO LOVELY réalisé par Nick Cassavetes, disponible en DVD & Blu-ray le 11 mars 2026 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Sean Penn, Robin Wright, John Travolta, Harry Dean Stanton, James Gandolfini, Susan Traylor, Debi Mazar, Bobby Cooper…

Scénario : John Cassavetes

Photographie : Thierry Arbogast

Musique : Joseph Vitarelli

Durée : 1h40

Date de diffusion initiale : 1997

LE FILM

Quand Maureen, enceinte, se fait violenter par un voisin, Eddie son mari réagit avec violence. À tel point qu’il se fait enfermer dans un hôpital psychiatrique. Il en sort dix ans après. Mais Maureen a refait sa vie, la fille qu’elle a eue d’Eddie a maintenant neuf ans et elle en a deux autres avec son nouveau mari, Joy. L’amour d’Eddie, toujours aussi fort, toujours aussi fou, va bouleverser la vie de Maureen.

John Cassavetes meurt en février 1989 à l’âge de 59 ans, des suites d’une cirrhose. Il avait alors pour projet de diriger Sean Penn, pour lequel il avait écrit She’s So Lovely. Le projet est finalement repris en main, sous l’impulsion de Gérard Depardieu, ami proche de la famille Cassavetes, qui décide de produire le film avec René Cleitman pour le compte d’Hachette, en partenariat avec les frères Weinstein, tandis que Sean Penn se joint aussi au financement. Notre Gégé national parvient aussi à convaincre son pote John Travolta, non seulement de participer à la production, mais aussi de tenir également le haut de l’affiche, en baissant son cachet à un million de dollars, l’acteur revenu bankable depuis Pulp Fiction de Quentin Tarantino. Ainsi, entre les deux opus de John Woo, Broken Arrow et Volte-Face – Face-Off, le comédien prouve qu’on peut aussi le trouver tout aussi convaincant dans le cinéma d’auteur. À la barre, Nick Cassavetes (né en 1959), fils de John et donc de Gena Rowlands, reprend le flambeau, même si Sean Penn avait lui-même envisagé de repasser derrière la caméra pour ce film. Acteur à ses heures, Nick Cassavetes passe à la mise en scène en 1996 avec l’intéressant Décroche les étoiles Unhook the Stars, dans lequel Marisa Tomei donne la réplique à…Gena Rowlands et Gérard Depardieu. Un petit monde. Avec She’s So Lovely, Nick Cassavetes passe à l’échelon supérieur et le film est accueilli en grandes pompes dans tous les festivals, quand bien même la critique ne peut s’empêcher de comparer le talent du fils à celui de son légendaire père. Sean Penn, à qui revient le rôle principal comme le désirait John Cassavetes avant son décès, se voit récompenser par le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes. Si rétrospectivement Kevin Spacey, Russell Crowe et Guy Pearce auraient mérité un prix collectif pour L.A. Confidential de Curtis Hanson, tout comme Kevin Kline pour son intense interprétation dans Ice Storm d’Ang Lee, Sean Penn ne démérite évidemment pas. Mais étrangement (ou pas), son personnage demeure particulièrement antipathique, tout comme celui tenu par Robin Wright (alors Penn) et finalement John Travolta vole la vedette dans la peau de ce brave type, qui ne demandait rien et qui se voit non seulement voler sa compagne, mais aussi la mère de ses enfants. Revoir She’s So Lovely trente ans après sa sortie permet de réhabiliter la prestation de l’ami John, à qui l’on aurait bien décerné aussi un prix d’interprétation.

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Test Blu-ray / L’Esclave, réalisé par Radley Metzger

L’ESCLAVE (The Image) réalisé par Radley Metzger, disponible en DVD & Blu-ray le 11 février 2026 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Mary Mendum, Carl Parker, Marilyn Roberts, Valerie Marron, Michelle Vence, Estelle McNalley, Nicole Rochambeau…

Scénario : Radley Metzger, d’après le roman L’Image de Catherine Robbe-Grillet

Photographie : Robert Lefebvre

Musique : George Craig

Durée : 1h31

Date de diffusion initiale : 1975

LE FILM

Lors d’une soirée mondaine Jean rencontre Claire, une vieille amie qu’il n’avait pas vue depuis longtemps. Elle est accompagnée d’une belle et jeune femme, Anne, qui ne dit mot, lui obéit au doigt et à l’oeil et qui fait forte impression à Jean. Rapidement Jean va être impliqué dans la relation de domination/soumission qui lie les deux femmes.

Il est parfois bon de se rincer l’oeil. Et quoi de mieux que de se replonger dans le cinéma érotico-porno des années 1970. L’Esclave ou The Image en version originale, connu aussi sous les titres The Punishment of Anne ou The Mistress and the Slave est réalisé par Radley Metzger (1929-2017). Si ce nom ne vous dit rien ou pas grand-chose, nous avions déjà parlé d’un de ses opus les plus célèbres, Le Chat et le canariThe Cat and the Canary (1978), sorti chez Rimini dans sa collection Angoisse. Cette adaptation d’une pièce de théâtre de John Willard, étrange, mais passionnant mélangeait les genres, en combinant à la fois le film d’horreur (plusieurs meurtres y sont commis), l’enquête policière (un assassin se cache dans une demeure) et le whodunit (le meurtrier en question est peut-être dissimulé parmi les personnages principaux). L’Esclave est la transposition de L’Image (éditions de Minuit, 1956) de Catherine Robbe-Grillet, femme de lettres, à ses heures actrice chez son conjoint Alain Robbe-Grillet, connue pour son œuvre abordant frontalement le sujet du BDSM et également comme maîtresse de cérémonie sadomasochiste. Il faut bien arrondir ses fins de mois. Publié sous le pseudonyme de Jean de Berg, L’Image connaît de sérieux problèmes avec la censure, au point d’être refusé à deux reprises. L’ouvrage détonne dans la France de René Coty. 1969, année érotique. 1974, Emmanuelle de Just Jaeckin sort au cinéma. 9 millions d’entrées en France, 4 millions en Allemagne, 3,7 millions en Espagne. Les producteurs s’engouffrent dans la brèche. Sans métaphore. 1975, Radley Metzger met en scène L’Esclave et respecte le roman original en situant son action à Paris. À la production, un certain Max Pécas via sa société Les Films du Griffon, qui avait déjà à son actif Club privé, Sexuellement vôtre, Je suis frigide…pourquoi ?, Les Liaisons particulières…Sa griffe est indéniable dans L’Esclave, où on y retrouve cette esthétique ouatée du film érotique ou film « de charme ». Mais il s’agit en fait d’un deal entre Max Pécas et Radley Metzger, puisque le second assurait en réalité la distribution des films du premier sur le sol américain. Beau à regarder, The Image est le formidable représentant d’un genre éculé, aujourd’hui décrié par les plus « sensibles », qui ravit pourtant les sens, notamment par son esthétique léchée. Non, nous ne ferons pas de jeux de mots.

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Test DVD / Cherchez l’erreur…, réalisé par Serge Korber

CHERCHEZ L’ERREUR… réalisé par Serge Korber, disponible en DVD le 16 septembre 2025 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Roland Magdane, Roland Dubillard, Henri Virlojeux, Micheline Luccioni, Jacques Monod, Tanya Lopert, Marthe Villalonga, Henri Attal…

Scénario : Roland Magdane

Photographie : Georges Barsky

Musique : Jean Bouchéty & Roger Candy

Durée : 1h26

Date de diffusion initiale : 1980

LE FILM

Paul est un chercheur qui travaille à la mise au point d’une nouvelle arme nucléaire. Il a pour compagnon un chien qui s’est imposé à lui. L’animal, assez doué, va faire comprendre à Paul le danger de ses recherches…

C’est un OVNI, un OFNI plutôt, un Objet Filmique Non Identifié, sorti du cerveau fécond de Roland Magdane, sorti sur les écrans français en 1980 et qui a peu rameuté les spectateurs dans les salles…Pourtant ce long-métrage a su marquer les esprits. Non pas en raison de son histoire, il n’y en a pour ainsi dire pas, mais pour son non-sens, sa poésie, son délire assumé, son caractère inclassable. On doit Cherchez l’erreur… à Serge Korber (1936-2022), réalisateur quelque peu touche-à-tout, à qui l’on doit le magnifique Un idiot à Paris (1966), adapté d’un roman de René Fallet, offrant son plus beau rôle à Jean Lefebvre, deux films avec Louis de Funès au début des années 1970 (L’Homme orchestre et Sur un arbre perché), deux autres portés par Annie Girardot (Les Feux de la Chandeleur en 1972 et Ursule et Grelu l’année suivante) et un opus avec Les Charlots (Et vive la liberté !). Parallèlement et cela est sans doute moins connu, Serge Korber, sous le pseudonyme de John Thomas, s’adonne au cinéma pornographique avec des titres aussi explicites que À bout de sexe (ou Un grand coup dans le pare-chocs), Dans la chaleur de Julie, Hurlements de plaisir, L’Odyssée de l’extase et Pornotissimo. La même année que Ta gueule, je t’aime !, aventure érotique avec Brigitte Lahaie, Serge Korber revient au cinéma dit classique (quoique) avec Cherchez l’erreur… Nous sommes ici à mi-chemin entre Le Fou du labo 4 (1967) de Jacques Besnard et Le Distrait (1970) de Pierre Richard. Des influences disparates, des ingrédients repris, mixés, réarrangés par Roland Magdane, en charge du scénario et qui obtient ainsi son premier rôle au cinéma. Irracontable, le film enchaîne les saynètes sur un faux rythme étonnant, parfois lassant, enfile les gags mous comme des perles sur un collier, mais en totale décontraction. L’expérience est là, réelle, mais le résultat ne plaira pas à tout le monde…

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Test Blu-ray / La Vie rêvée des anges, réalisé par Érick Zonca

LA VIE RÊVÉE DES ANGES réalisé par Érick Zonca, disponible en DVD & Blu-ray le 14 mai 2025 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Élodie Bouchez, Natacha Régnier, Grégoire Colin, Jo Prestia, Patrick Mercado, Francine Massenhave…

Scénario : Érick Zonca, Robert Bohbot & Pierre Chosson

Photographie : Agnès Godard

Musique : Yann Tiersen

Durée : 1h28

Date de diffusion initiale : 1985

LE FILM

Isabelle, jeune vadrouilleuse se trouvant par hasard dans la ville de Lille, rencontre Marie, une jeune Nordiste. Elles vont d’aventure en aventure, l’une à la recherche de la vie, l’autre dans une quête difficile du bonheur.

En cette rentrée septembre 1998, l’auteur de ces mots, âgé de 17 ans, débarque devant le cinéma L’Artistic, situé Boulevard Alexandre Martin à Orléans. Nous sommes le 16 septembre et j’ai rendez-vous avec mon pote Greg pour aller voir Godzilla de Roland Emmerich. J’arrive le premier et, si le blockbuster avec Jean Reno monopolise la salle 1 THX, l’affiche du film placé dans la salle 2 annonce fièrement « La Vie rêvée des anges, réalisé par le metteur en scène orléanais Érick Zonca ». Je suis attiré par le contraste entre les deux actrices, que je ne connais absolument pas, la brune au sourire éclatant, et la blonde, qui sourit aussi, mais plus discrètement et au regard triste…Puis mon ami déboule, nous prenons notre place (50 francs, plein tarif, pour la meilleure salle de la ville), le logo THX défonce les enceintes, Godzilla commence et j’oublie le petit film qui joue de l’autre côté du mur insonorisé. Quand je découvre La Vie rêvée des anges quelques années plus tard, c’est un choc et je n’ai jamais oublié ce premier contact déjà magnétique avec le premier long-métrage d’Érick Zonca (né en 1956). Je le revois plusieurs fois, puis les années passent, deux décennies, au bas mot. C’est pour sa sortie en Blu-ray que je décide de revoir La Vie rêvée des anges, avec pas mal d’appréhensions. Le cinéma social a beaucoup évolué, muté, en France comme ailleurs, pas forcément dans le bon sens, parfois en plongeant – involontairement ou non – dans le pathos, en cherchant à émouvoir à tout prix, en oubliant souvent tout réalisme. En fait, La Vie rêvée des anges n’a pas pris une seule ride et demeure même brûlant d’actualité, intemporel, universel, inaltérable. En collant au plus près de ses deux magnifiques comédiennes, en 16mm, Érick Zonca touche parfois au (faux) documentaire et certaines scènes, qui semblent avoir été tournées clandestinement, en caméra cachée, enregistrent la réaction des passants, choqués, outrés par le comportement de ces deux nanas qui « osent » entamer un dialogue avec ceux qui se trouvent à leur portée. C’est cette liberté qui manque cruellement de nos jours dans le cinéma hexagonal et c’est ce qui fait encore la richesse de La Vie rêvée des anges, chef d’oeuvre touché par la grâce, récompensé par le double prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes et par trois Césars du cinéma (meilleur film, meilleure actrice pour Elodie Bouchez et meilleur espoir féminin pour Natacha Régnier) lors de la 24e cérémonie des César en 1999, tandis qu’1,5 million de spectateurs se déplaceront dans les salles.

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Test Blu-ray / Moi vouloir toi, réalisé par Patrick Dewolf

MOI VOULOIR TOI réalisé par Patrick Dewolf, disponible en DVD & Blu-ray le 5 février 2025 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Gérard Lanvin, Jennifer Lanvin, Daniel Russo, Corine Marienneau, Clémentine Célarié, Anna Gaylor, Guy Laporte, Jean-Luc Porraz…

Scénario : Gérard Lanvin, Patrick Dewolf & Patrice Leconte

Photographie : Eduardo Serra

Musique : Éric Demarsan

Durée : 1h28

Date de diffusion initiale : 1985

LE FILM

Patrick Montanet, animateur radio matinal, rencontre Alice Wexler, directrice artistique dans une maison de disques et noctambule née. Ils ne tardent pas à tomber amoureux, et Alice accepte de s’installer chez Patrick. Mais leurs rythmes de vie si différents ne tardent pas à poser de sérieux problèmes…

1984 est un tournant pour Gérard Lanvin. Il se retrouve en haut de l’affiche du plus grand succès de l’année, Marche à l’ombre de Michel Blanc (plus de six millions d’entrées) et côté vie privée, le comédien se marie avec Chantal Benoist, connue comme mannequin, chanteuse et actrice sous le pseudo de Jennifer. Cette dernière avait cartonné en 1976 avec le tube disco Do It For Me, dont la pochette du 45 tours avait su marquer les esprits, dont celui de l’auteur de ces mots quand il devait la découvrir dix ans plus tard à l’âge de cinq ans. C’est bon vous êtes allés voir sur internet de quoi il en retournait, on peut reprendre ? Jennifer sort deux albums, puis son joli minois ne passe pas inaperçu auprès des producteurs de cinéma. Connue en Italie, Jennifer démarre devant la caméra de l’autre côté des Alpes en 1978 dans Geppo il folle d’Adriano Celentano, puis Figlio delle stelle de Carlo Vanzina. Chez nous, c’est Gérard Lauzier qui lui offre un rôle dans Psy. La rencontre avec Gérard Lanvin va bouleverser son existence. Le couple se marie en 1984 et cette histoire perdure plus de quarante ans après. Nous arrivons en 1985 et là encore, Gérard Lanvin connaît le deuxième plus grand hit de sa carrière, Les Spécialistes de Patrice Leconte, qui avec 5,3 millions de spectateurs, se placera sur la troisième marche du podium cette année-là, entre Rambo 2 : La Mission et Retour vers le futur. Neuf mois plus tard, un bébé arrive dans la vie de Gérard Lanvin et de Jennifer. Il s’agit non pas d’un petit bonhomme (pas encore), mais bel et bien d’un film très personnel coécrit par Gérard Lanvin, qui s’agit ni plus ni moins d’une déclaration d’amour pour celle qui partage désormais son quotidien et dont il a d’ailleurs adopté le fils Emmanuel né en 1974. Ce long-métrage c’est Moi vouloir toi que Gérard Lanvin a donc signé en collaboration avec Patrice Leconte et Patrick Dewolf, qui avaient déjà écrit Les Spécialistes. Cette comédie-romantique, qui avait remporté un bel accueil dans les salles à sa sortie avec près d’1,5 million de spectateurs, rend compte de la relation fusionnelle qui unissait déjà Gérard Lanvin et Jennifer. Les deux acteurs débordent de naturel, sont magnifiques à regarder et l’histoire de leurs personnages dans le film possède évidemment un côté méta qui participe à sa belle réussite. Moi vouloir toi est un divertissement totalement ancré dans les années 1980 (ça, on ne peut pas se tromper avec les costumes, les décors, la musique…) et son charme subsiste encore aujourd’hui. Devenu rare avec les années, Moi vouloir toi surprend, car au-delà de son côté kitschouille qui peut faire gentiment sourire de nos jours, l’histoire fonctionne rudement bien.

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Test Blu-ray / Lacenaire, réalisé par Francis Girod

LACENAIRE réalisé par Francis Girod, disponible en DVD et Blu-ray le 12 février 2025 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Daniel Auteuil, Jean Poiret, Jacques Weber, François Périer, Geneviève Casile, Jean Davy, Jacques Duby, Paul Le Person, Maïwenn Le Besco…

Scénario : Francis Girod & Georges Conchon

Photographie : Bruno de Keyzer

Musique : Laurent Petitgirard

Durée : 2h06

Date de diffusion initiale : 1990

LE FILM

Dans sa prison, Lacenaire , condamné à mort, vit ses derniers jours en attendant la guillotine qu’il désire comme une forme de suicide spectaculaire et une immense gifle à l’ordre social. Il reçoit diverses visites – son ami intime et complice Avril, un phrénologue venu étudier le crâne d’un grand criminel, sa tendre maîtresse Ida, l’écrivain et journaliste Arago, le Préfet de police Allard, à qui il décide de conter ses tristes aventures et sa vision personnelle de la vie. Né dans une famille bourgeoise, il a souffert enfant du manque d’amour d’une mère qui préférait son frère. Il découvre peu à peu le chemin du mal comme voie vers le suicide par la guillotine. Parti du simple vol, c’est à l’armée qu’il franchit le pas du meurtre en se vengeant d’un tricheur. Il se fait envoyer en prison pour de petites escroqueries afin d’y recruter des hommes de main dont il serait le cerveau et s’y lie d’amitié avec Avril et le jeune, naïf et maladroit Baton, avec lesquels il monte des coups de plus grande envergure, dont le meurtre d’un receleur qu’ils dépouillent. Trahi par Avril, qui espérait ainsi un allégement de peine et qu’il entraînera dans sa chute, Lacenaire avoue sans difficulté ses crimes au Préfet Allard, fait de son procès une tribune et supplie le jury de le condamner à mort. En prison, il écrit ses mémoires. Il confie à Allard, avec qui il s’est lié d’une amitié fondée sur une estime réciproque, le soin de publier son ouvrage et de s’occuper de sa pupille Hermine, une orpheline qu’il a recueillie et élevée. Après l’exécution, Allard tient ses promesses, même si Arago empiète largement sur sa mission.

Quand il tourne Lacenaire, Daniel Auteuil est tout juste auréolé du César du meilleur acteur pour le diptyque Jean de Florette/Manon des sources de Claude Berri (qui resteront les deux plus grands succès de son illustre carrière), vient d’être encore nommé dans la même catégorie pour Quelques jours avec moi de Claude Sautet, connaît un beau score au box-office avec Romuald et Juliette de Coline Serreau et double Bruce Willis, qui lui-même prête sa voix au bébé (et même à un spermatozoïde avant cela) pour Allô maman, ici bébé. Mais en décembre 1990, c’est un revers pour le comédien, Lacenaire de Francis Girod n’attire guère les foules, ce qui n’est pas étonnant en cette période de fêtes, propice aux triomphes de Pretty Woman et La Petite sirène, sorti depuis déjà un bon mois, tandis que Maman, j’ai raté l’avion et Uranus font le plein, ainsi que Rocky 5, dans une moindre mesure par rapports aux précédents épisodes. Froid comme la glace, ce biopic du plus célèbre dandy criminel du 19e siècle ne franchira pas la barre des 300.000 spectateurs.

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