Test Blu-ray / Dernier domicile connu, réalisé par José Giovanni

DERNIER DOMICILE CONNU réalisé par José Giovanni, disponible en édition Digibook – Blu-ray + DVD + Livret le 10 septembre 2021 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Lino Ventura, Marlène Jobert, Michel Constantin, Jean Sobieski, Philippe March, Bianca Saury, Paul Crauchet, Alain Mottet, Béatrice Arnac, Guy Héron, Monique Melinand, Marcel Peres…

Scénario :José Giovanni, d’après le roman de Joseph Harrington

Photographie : Étienne Becker

Musique : François de Roubaix

Durée : 1h46

Date de sortie initiale : 1970

LE FILM

Marceau, policier efficace et rude, ne connaît que son métier. Commissaire adjoint à la brigade criminelle de Paris, il est muté dans un commissariat de quartier suite à l’arrestation d’un chauffard ivre, fils d’un grand avocat. On lui assigne une jeune assistante, Jeanne, qui a résolu de se vouer au social et qui croit dans le but réformateur de la Police. Un jour Marceau et Jeanne sont chargés de retrouver un certain Martin dont le témoignage dans une affaire criminelle est primordial pour détruire l’alibi de l’accusé, un caïd de la place. Marceau a vite compris qu’on leur a confié là une tâche impossible…

Deux ans après Le Rapace, Lino Ventura et José Giovanni remettent le couvert avec Dernier domicile connu. Entre les deux, le comédien a le temps de tourner Le Clan des Siciliens de Henri Verneuil, auquel José Giovanni se joint d’ailleurs au scénario, puis L’Armée des ombres de Jean-Pierre Melville. Dernier domicile connu s’inspire du roman – dit de procédure policière – Last Known Address de Joseph Harrington (1903-1980), publié en France en 1966 dans la collection Série Noire. Comme pour Le Rapace, ne trouvant pas de réalisateur pour mettre en scène ce film, c’est sur les conseils de Lino Ventura que José Giovanni revient derrière la caméra pour son troisième long-métrage. L’un des coups de génie de Dernier domicile connu provient de l’alchimie de son couple star, Lino Ventura et Marlène Jobert. Découverte en 1966 dans Masculin féminin de Jean-Luc Godard, cette dernière venait d’exploser dans le merveilleux Alexandre le Bienheureux (1967) d’Yves Robert, tenait le haut de l’affiche dans Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages (1968) de Michel Audiard et de L’Astragale de Guy Casaril, qui s’étaient distingués au box-office. Le tandem fonctionne à plein régime ici, avec d’un côté le vieil ours bourru et expéditif, et de l’autre la jeune pile électrique d’à peine trente ans qui tente de faire sa place dans un monde de mecs, qui détonne avec sa minijupe et sa petite voix. José Giovanni dissèque le boulot souvent fastidieux des flics, obligés d’avancer pas à pas dans une enquête qui paraît irréalisable. Mais l’obstination et la ténacité de notre duo insolite vont porter leurs fruits. Pour beaucoup de spectateurs, Dernier domicile connu demeure le plus grand film de José Giovanni. Si cela est évidemment discutable, surtout quand on a également en tête La Scoumoune (1972) et Deux hommes dans la ville (1973), cet opus s’inscrit indubitablement dans ce top 3. Auréolé d’un beau succès dans les salles à sa sortie avec plus de 2,2 millions de spectateurs, Dernier domicile connu reste une valeur sûre du film policier hexagonal, âpre, désabusé et furieusement mélancolique.

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Test Blu-ray / Train d’enfer, réalisé par Gilles Grangier

TRAIN D’ENFER réalisé par Gilles Grangier, disponible en édition Digibook – Blu-ray + DVD + Livret le 10 septembre 2021 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Jean Marais, Marisa Mell, Howard Vernon, Gérard Tichy, Antonio Casas, Rico Lopez, José Manuel Martin, Carlos Casaravilla, Alvaro de Luna, Jean Lara, André Cagnard, Gamil Rabib, Léon Zitrone…

Scénario : Jacques Robert & Gilles Grangier, d’après le roman de René Cambon

Photographie : Antonio Maccasoli

Musique : André Hossein

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 1965

LE FILM

Agent des services secrets français, Antoine Donadieu infiltre un groupe terroriste, basé sur la Côte d’Azur et dirigé par Matras, qui prépare un attentat contre l’Émir Ali Salem. En compagnie de Frieda, il se rend à Barcelone où il doit aller chercher « le professeur », l’homme chargé de la mise au point technique de l’attentat.

Depuis l’avènement de James Bond au cinéma en 1962, les spectateurs se sont pris de passion pour les histoires d’espionnage et les producteurs l’ont bien compris. Suite au triomphe de James Bond 007 contre Dr. No, Bons baisers de Russie et de Goldfinger, la mode de l’Euro Spy est lancée. De l’autre côté des Alpes, moult fleurons du genre vont voir le jour, à l’instar de Suspense au Caire pour A008 A 008, operazione Sterminio (1965), Super 7 appelle le Sphinx Superseven chiama Cairo (1965) et Des fleurs pour un espion Le Spie amano i fiori d’Umberto Lenzi, Opération Goldman Operazione Goldman (1966) d’Antonio Margueriti et bien d’autres. Mais on oublie souvent que la France a elle aussi été une digne représentante en ersatz de l’agent 007, avec notamment la série des OSS 117, d’après l’oeuvre de Jean Bruce. C’est Jean Marais qui donne l’idée au réalisateur André Hunebelle, avec qui il avait tourné Le Bossu (1959), Le Capitan (1960), Le Miracle des loups (1961) et Les Mystères de Paris, de transposer cette série de livres et de surfer sur le succès des Bond, en espérant bien sûr obtenir le rôle principal. Seulement voilà, cela ne se passe pas comme le comédien l’espérait. Si André Hunebelle obtient les droits pour transposer les aventures de l’agent OSS 117 sur le grand écran, celui-ci engage l’américain Kerwin Mathews (On ne joue pas avec le crime 5 Against the House de Phil Karlson, rôle-titre du Septième Voyage de Sinbad The 7th Voyage of Sinbad de Nathan Juran) pour interpréter Hubert Bonisseur de La Bath. Jean Marais n’oubliera jamais cette « trahison », ce qui ne l’empêchera pas de retravailler avec le réalisateur sur la trilogie Fantômas et surtout de trouver d’autres agents secrets ou aventuriers à incarner. Ce sera le cas dans Pleins feux sur Stanislas (1965) de Jean-Charles Dudrumet, Le Gentleman de Cocody (1965) et Le Saint prend l’affût (1966) de Christian-Jaque. Même chose dans le méconnu Train d’enfer (1965), d’après un roman de René Cambon, mis en scène par le prolifique Gilles Grangier (1911-1996), qui avait déjà dirigé l’acteur en 1952 dans L’Amour, Madame. Dans ce film, Jean Marais peut laisser libre-cours à sa fantaisie, en enchaînant les exploits physiques, les bagarres, les poursuites, tout en séduisant les femmes qu’il rencontre dans sa mission. Forcément vintage, Train d’enfer ne révolutionne pas le genre, mais s’avère un divertissement décontracté, amusant, kitsch et rythmé, où Jean Marais se fait visiblement plaisir et où son énergie est sans cesse contagieuse.

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Test Blu-ray / La Dame rouge tua sept fois, réalisé par Emilio Miraglia

LA DAME ROUGE TUA SEPT FOIS (La Dama rossa uccide sette volte) réalisé par Emilio Biraglia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 7 septembre 2021 chez Artus Films.

Acteurs : Barbara Bouchet, Ugo Pagliai, Marina Malfatti, Marino Masé, Pia Giancaro, Sybil Danning, Nino Korda, Fabrizio Moresco…

Scénario : Fabio Pittorru & Massimo Felisatti

Photographie : Alberto Spagnoli

Musique : Bruno Nicolai

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1972

LE FILM

Au cours d’une dispute dans le jardin du château familial, Kathy Wildenbrück tue sa soeur Evelyne. Peu après, un étrange personnage vêtu de rouge assassine des proches de Kathy. Des témoins affirment avoir reconnu Evelyne qui est pourtant morte. Ceci serait la continuation de la malédiction qui touche la dynastie des Wildenbrück : tous les cent ans, la « Dame rouge » posséderait le corps d’un membre de la famille, l’obligeant ainsi à tuer sept personnes…

Nous parlions dernièrement d’Emilio Miraglia à travers notre chronique de L’Appel de la chair. Cette étoile filante du cinéma italien n’aura réalisé que six longs-métrages de 1967 à 1972. La Dame rouge tua sept fois La dama rossa uccide sette volte est l’ultime long-métrage du cinéaste. Après La Notte che Evelyn uscì dalla tomba, il signe son unique western avec Joe Dakota Spara Joe… e così sia!, dans lequel il dirige Richard Harrison (Scalps). Puis, comme s’ils n’étaient pas satisfaits de leur première mouture rendue de L’Appel de la chair, Emilio Miraglia et son scénariste Fabio Pittorru reprennent quasiment les mêmes motifs et les éléments du récit précédent, pour repousser les limites. Ce sera La Dame rouge tua sept fois, une référence du giallo, considéré comme l’un des fleurons du genre, dans lequel brille l’un de ses astres emblématiques, la divine Barbara Bouchet. Damnation, héritage, faux-semblants, développement kafkaïen, meurtres sanglants, personnages troubles, ambiguïté à tous les étages, psyché perturbée, crypte secrète, château aux pièces sentant le renfermé, couleurs primaires aveuglantes, on en prend plein la vue et le spectacle est garanti.

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Test Blu-ray / Gas-oil, réalisé par Gilles Grangier

GAS-OIL réalisé par Gilles Grangier, disponible en édition Digibook – Blu-ray + DVD + Livret le 10 septembre 2021 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Jean Gabin, Jeanne Moreau, Ginette Leclerc, Gaby Basset, Marcel Bozzuffi, Henri Cremieux, Robert Dalban, Albert Dinan, Roger Hanin, Camille Guerini, Jean-Marie Rivière, Jean Lefèbvre, Jacques Marin…

Scénario : Michel Audiard & Gilles Grangier, d’après le roman de Georges Bayle

Photographie : Pierre Montazel

Musique : Henri Crolla

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

Alors qu’il fait nuit noire et qu’il pleut à verse, le camion de Jean Chappe roule sur un corps étendu sur la chaussée, à côté de sa voiture. Cet homme avait participé quelques heures auparavant à un braquage sanglant. Ses complices retrouvent Jean et tentent de l’intimider, pensant qu’il a récupéré le butin du braquage lors de l’accident.

Comme nous le disions dans la chronique de Chiens perdus sans collier, 1955 est l’année où Jean Gabin redevient le roi du box-office, en cumulant 21 millions de spectateurs avec six films sortis de façon très rapprochée, Napoléon de Sacha Guitry, Razzia sur la chnouf de Henri Decoin, Le Port du désir de Edmond T. Gréville, French Cancan de Jean Renoir, Gas-oil de Gilles Grangier et donc Chiens perdus sans collier de Jean Delannoy. Le comédien est un caméléon, capable d’enfiler le bleu de travail d’un ouvrier ou le costume trois-pièces d’un notable, avec le même talent et la même virtuosité pour se fondre dans le personnage, tout en conservant la même aura. Dans Gas-oil, il interprète un camionneur, profession qu’il retrouvera l’année suivante dans Des gens sans importance de Henri Verneuil, et s’associe à nouveau avec le metteur en scène de La Vierge du Rhin (1953), avec lequel il tournera à douze reprises, dont Archimède le clochard (1959), leur plus gros succès. Gas-oil reste important à plus d’un titre puisqu’il s’agit de la première collaboration cinématographique entre Jean Gabin et Michel Audiard, le scénariste s’inspirant du roman Du raisin dans le gaz-oil, série noire de Georges Bayle. Le « Vieux » trouve ici un rôle taillé sur mesure, aussi à l’aise derrière le volant de son 15 tonnes que face à Roger Hanin et à ses sbires ou se faisant tout petit face à Jeanne Moreau en déshabillé. On admire Jean Gabin, la clope au bec dès 5h du matin, se faisant réchauffer le café préparé la veille au soir, allant vérifier les niveaux et mettre le moteur en route alors que le thermomètre affiche des températures négatives. Ce polar demeure non seulement un excellent divertissement, mais il se voit également aujourd’hui comme le témoignage d’un temps révolu, donnant parfois au film de Gilles Grangier un aspect documentaire. Un très bon cru.

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Test Blu-ray / Flics en jeans, réalisé par Bruno Corbucci

FLICS EN JEANS (Squadra Antiscippo) réalisé par Bruno Corbucci, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 7 septembre 2021 chez Artus Films.

Acteurs : Tomas Milian, Jack Palance, Maria Rosaria Omaggio, Guido Mannari, Jack La Cayenne, Raf Luca, Benito Stefanelli, Toni Ucci…

Scénario : Mario Amendola & Bruno Corbucci

Photographie : Sebastiano Celeste

Musique : Guido & Maurizio De Angelis

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 1976

LE FILM

Mal rasé et mal fringué, l’inspecteur Nico Giraldi, à la tête de son équipe de motards, fait la chasse aux truands de la ville en employant des méthodes peu orthodoxes. Alors qu’il est sur le point d’arrêter un voyou, celui-ci dérobe une mallette pleine d’argent à un gangster américain. Les voyous se font alors éliminer l’un après l’autre, ce qui va mener Giraldi à s’occuper de l’affaire.

Nous avons déjà longuement parlé du mythe Tomás Milián (1933-2017) à travers nos chroniques sur Les Tueurs de l’Ouest El precio de un hombre (1966) d’Eugenio Martín, Tire encore si tu peux Se sei vivo, spara (1967) de Giulio Questi, Liens d’amour et de sang Beatrice Cenci (1969) et La Longue nuit de l’exorcisme Non si sevizia un paperino (1972) de Lucio Fulci, Le Conseiller Il Consigliori (1973) d’Alberto De Martino, Folle à tuer (1975) d’Yves Boisset, Le Cynique, l’Infâme et le Violent Il Cinico, l’infame, il violento (1977) d’Umberto Lenzi et Les Magnats du pouvoir Winter Kills (1979) de William Richert. Un phénomène international, l’acteur se prêtant alors à tous les genres et voyageant dans tous les pays du monde. En 1975, alors qu’il est bien installé en Italie, le comédien interprète pour la première fois le rôle le plus emblématique de toute sa carrière, Nico Giraldi, un ancien voleur devenu flic, plus précisément maréchal des logis de la Brigade anti-fauche (il deviendra inspecteur au début des années 1980), officiant à Rome. Fils d’une prostituée, il décide de se ranger après plusieurs arrestations et d’utiliser ses connaissances du milieu romain et du terrain, qu’il explore avec sa bécane. Très largement inspiré par le Serpico de Sidney Lumet, dont l’affiche et les photos d’exploitation ornent d’ailleurs l’habitation du personnage et qui possède un rat baptisé du même nom, Nico Giraldi arbore un vieux bonnet de laine élimé (aux couleurs du drapeau italien), une barbe pouilleuse, les cheveux longs et gras, plusieurs pulls rongés par les mites, des pantalons crasseux et des chaussettes montantes aux couleurs de l’arc-en-ciel. Cette apparence peut faire rire, mais les résultats sont là, Giraldi est le policier le plus efficace de la capitale transalpine. Au total, Tomás Milián incarnera ce personnage à onze reprises au cours de sa prolifique et éclectique carrière, autrement dit dans Flics en jeans Squadra antiscippo (1976), Un flic très spécial Squadra antifurto (1977), Nico l’arnaqueur Squadra antitruffa (1977), Brigade antimafia Squadra antimafia (1978), Brigade antigang Squadra antigangsters (1979), Meurtre sur le Tibre Assassinio sul Tevere (1979), Crime à Milan Delitto a Porta Romana (1980), Delitto al ristorante cinese (1981), Delitto sull’autostrada (1982), Crime en Formule 1 Delitto in Formula Uno (1984) et Pas folle, le flic Delitto al Blue Gay (1985). Les épisodes de cette saga de néo-polars sont tous mis en scène par Bruno Corbucci (Tire, Django, tire !) et écrits par le scénariste Mario Amendola (Furie au Missouri, Pair & impair, Salut l’ami, adieu le trésor !). Tout ce beau petit monde a donc trouvé une recette qui marche, qu’ils n’auront de cesse d’épuiser au fil des épisodes et durant une dizaine d’années. Dans Flics en jeans, nous faisons connaissance avec ce fameux Nico Giraldi, auquel l’acteur cubain prête ses traits, tandis que Ferruccio Amendola, qui doublait habituellement Tomás Milián, participe également à la création du personnage avec ce dialecte romain si particulier. Rétrospectivement, Squadra antiscippo (ou The Cop in Blue Jeans pour son exploitation internationale) est un opus bien sage de la franchise, mais vaut assurément pour la folie et l’énergie contagieuses de Tomás Milián, qui mine de rien crée un personnage iconique, ainsi que pour la participation inattendue de Jack Palance.

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Test Blu-ray / Le Solitaire de Fort Humboldt, réalisé par Tom Gries

LE SOLITAIRE DE FORT HUMBOLDT (Breakheart Pass) réalisé par Tom Gries, disponible en DVD et Combo Blu-ray + DVD le 19 août 2021 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Charles Bronson, Ben Johnson, Richard Crenna, Jill Ireland, Charles Durning, Ed Lauter, Bill McKinney, David Huddleston…

Scénario : Alistair MacLean, d’après son roman

Photographie : Lucien Ballard

Musique : Jerry Goldsmith

Durée : 1h35

Date de sortie initiale: 1975

LE FILM

Deakin est en apparence un tricheur qui se fait prendre sur le fait et emmener dans un train de soldats qui doit se rendre à Fort Humboldt, pour y renforcer une garnison décimée par une épidémie de diphtérie. Mais les passagers du train sont curieusement éliminés les uns après les autres.

En 1975, Charles Bronson, âgé de 54 ans, est revenu en haut de l’affiche aux Etats-Unis, après le triomphe d’Un justicier dans la ville Death Wish de Michael Winner, sorti l’année précédente. La parenthèse européenne qui a fait de lui une star grâce au succès international d’Il était une fois dans l’Ouest Once Upon a Time in the West de Sergio Leone est refermée et l’ami Charly peut cette fois tenir un film sur ses seules épaules sur le sol de l’oncle Sam. S’ensuivent le formidable Mister Majestyk de Richard Fleischer, puis le burné Bagarreur Hard Times de Walter Hill, qui confirment la nouvelle aura du comédien dans son pays. Il va alors enchaîner coup sur coup deux longs-métrages avec le réalisateur Tom Gries (1922-1977), célèbre pour avoir mis en scène deux westerns étonnants à la fin des années 1960, Will Penny, le solitaire avec Charlton Heston, et Les 100 fusils 100 Rifles avec Jim Brown et la sculpturale Raquel Welch, dont la scène d’amour demeure aussi hot qu’anthologique. Si L’Évadé Breakout était une histoire contemporaine, Le Solitaire de Fort Humboldt Breakheart Pass propose un retour dans les années 1870, dans l’ouest américain. Adapté du roman Le Défilé de Crêve-Cœur, du prolifique Alistair MacLean (Commando pour un seul homme, Les Canons de Navarone, Quand les aigles attaquent), qui transpose d’ailleurs lui-même son propre livre, ce western atypique surfe sur le récent succès rencontré l’année précédente par Le Crime de l’Orient-Express Murder on the Orient Express de Sidney Lumet, puisque Le Solitaire de Fort Humboldt est ni plus ni moins un whodunit dans lequel ce bon vieux Bronson serait comme qui dirait l’ancêtre d’Hercule Poirot, dissimulé sous l’identité d’un ancien professeur de médecine de l’Iowa, recherché pour dettes, incendie criminel, meurtre et vol. L’acteur a l’air plus impliqué que d’habitude et semble prendre beaucoup de plaisir à interpréter ce rôle pour lequel il fait preuve d’élégance et s’avère impliqué dans les scènes physiques, à l’instar de la séquence de baston se déroulant sur un véritable train en marche, dans un décor enneigé et glacé de toute beauté. Assez inattendu et original dans la filmographie de Charles Bronson, Le Solitaire de Fort Humboldt a très bien vieilli et se révèle être un ersatz d’Agatha Christie particulièrement réjouissant, dans lequel le cinéphile reconnaîtra quelques tronches indispensables du cinéma US.

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Test Blu-ray / Un flic aux trousses, réalisé par Jeff Kanew

UN FLIC AUX TROUSSES (Eddie Macon’s Run) réalisé par Jeff Kanew, disponible en DVD et combo Blu-ray + DVD le 6 juillet 2021 chez Elephant Films.

Acteurs : Kirk Douglas, John Schneider, Lee Purcell, Lisa Dunsheath, Leah Ayres, Tom Noonan, J.C. Quinn, Gil Rogers, Jay O. Sanders, Todd Allen…

Scénario : Jeff Kanew, d’après le roman de James McLendon

Photographie : James A. Contner

Musique : Norton Buffalo

Durée : 1h35

Date de sortie initiale: 1983

LE FILM

Eddie Macon, jeune homme condamné très durement alors qu’il n’a commis qu’un délit mineur, s’échappe de la prison de Huntsville au Texas et fuit à Laredo. Son but est simple : franchir la frontière Mexicaine pour enfin retrouver sa femme et son fils. Carl Marzack, le policier taciturne qui l’a arrêté la première fois, se lance à sa poursuite…

Dans les années 1980, Kirk Douglas, la soixantaine déjà bien entamée, commence à se faire rare sur le grand écran. Durant la décennie, il ne tournera que six longs-métrages, dont Saturn 3 de Stanley Donen, Home Movies de Brian De Palma et Nimitz, retour vers l’enfer de Don Taylor. Juste après le western australien L’Homme de la rivière d’argent de George Miller, le comédien revenait sur la terre de l’oncle Sam pour y tourner un film policier intitulé Un flic aux trousses Eddie Macon’s Run, réalisé par Jeff Kanew (né en 1944). Si en VF le flic en question est bien campé par la légende hollywoodienne, le Eddie Macon du titre original est quant à lui interprété par John Schneider, star de la série Shérif, fais-moi peur The Dukes of Hazzard (le cousin blond, Bo Duke, c’était lui !), à l’époque le show le plus regardé aux Etats-Unis après Dallas. C’est dire la popularité de l’acteur alors âgé de 22 ans. La fin de la série se profile et John Schneider commence à s’intéresser au cinéma. Avec Un flic aux trousses, il fait sa première apparition sur le grand écran et s’en sort remarquablement bien dans ce film policier très ancré dans son époque et qui annonce d’ailleurs l’ambiance de quelques films de la Cannon qui fleuriront peu de temps plus tard. Comme son titre anglais l’indique, il s’agit plus d’un « run movie » qu’un road movie, le personnage – très sympathique – d’Eddie Macon, prisonnier passant toute la première partie du film à courir après être parvenu à s’échapper, afin de rejoindre son épouse et leur fils de l’autre côté du Rio Grande. Mais c’était sans compter sur l’acharnement d’un vieux flic retors à qui Kirk Douglas prête volontiers sa fossette et son sourire carnassier. Tout cela pour dire qu’Un flic aux trousses n’est sans doute pas un sommet dans la carrière exceptionnelle du monstre hollywoodien, mais n’en demeure pas moins fort divertissant, bien mené, drôle et très agréable à suivre.

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Test Blu-ray / La Mutinerie, réalisé par Buzz Kulik

LA MUTINERIE (Riot) réalisé par Buzz Kulik, disponible en DVD et Blu-ray, depuis le 15 juin 2021 chez BQHL Éditions.

Acteurs : Jim Brown, Gene Hackman, Mike Kellin, Gerald S. O’Loughlin, Ben Carruthers, Clifford David, Bill Walker, Jerry Thompson…

Scénario : James Poe, d’après le roman de Frank Elli

Photographie : Robert B. Hauser

Musique : Krzysztof Komeda

Durée : 1h36

Date de sortie initiale: 1969

LE FILM

Dans le pénitencier d’Etat de l’Arizona, les prisonniers blancs et noirs se mêlent. En Arizona, deux détenus s’emparent des clés d’un gardien et tentent de prendre le pouvoir sur l’ensemble du pénitencier durant une gigantesque émeute qui mêle la confusion la plus total parmi les gardiens et les prisonniers. En réalité l’émeute doit servir à dissimuler une tentative d’évasion, au cours de laquelle de nombreux détenus et gardiens sont tués.

Complètement méconnu en France, La Mutinerie Riot est basé sur un roman de Frank Elli, lui-même inspiré par une histoire vraie, celle d’une émeute qui a eu lieu dans une prison de l’Arizona, ayant entraîné la mort de plusieurs détenus, de peines endurcies pour ceux qui tentaient de se faire la belle et qui ont été repris avant de pouvoir le faire. Seul un homme, Cully Briston, a pu s’évader. La Mutinerie raconte ce fait divers et a pu être tourné dans le véritable pénitencier d’état de l’Arizona, avec le concours du directeur, des gardiens et même des vrais prisonniers. Le film est réalisé par Buzz Kulik (1922-1999), connu pour avoir écumé les séries télévisées (Climax !, Rawhide, Perry Mason, Gunsmoke, La Quatrième dimension), mais aussi fait tourner quelques stars comme Steve McQueen (Le Chasseur), Yul Brynner, Robert Mitchum et Charles Bronson (Pancho Villa), Burt Reynolds (Le Fauve), sans oublier Pierce Brosnan dans une adaptation en mini-série du Tour du monde en quatre-vingts jours à la fin des années 1980. Dans La Mutinerie, il dirige Jim Brown (né en 1936), joueur professionnel de football américain – considéré comme étant l’un des meilleurs de tous les temps – évoluant au poste de fullback, qui venait de mettre un terme à sa carrière sportive. Son charisme, sa popularité hors normes et son gabarit impressionnant (1m88 pour plus de cent kilos) attirent le monde du cinéma. Avant de tenir le haut de l’affiche de La Mutinerie, on le voit dans Rio Conchos de Gordon Douglas, Les Douze Salopards de Robert Aldrich, Le Crime, c’est notre business de Gordon Flemyng (dans lequel jouait aussi Gene Hackman), Le Dernier train du Katanga de Jack Cardiff, Destination Zebra, station polaire de John Sturge et Les 100 fusils de Tom Gries. Il obtient le rôle principal de Riot, où il donne la réplique à Gene Hackman, révélé deux ans avant dans Bonnie and Clyde d’Arthur Penn. Ne vous attendez pas à voir ce dernier de tous les plans dans La Mutinerie, car la star du film est bel et bien Jim Brown, que Buzz Kulik filme sous tous les angles, presque comme un Dieu, en prenant soin de laisser le temps aux spectatrices d’admirer sa parfaite musculature, notamment lors de la scène d’exposition où son personnage est montré à moitié nu, le corps transpirant à grosses gouttes car travaillant le goudron sous une chaleur torride, suffocante. Riot est un film âpre, violent et souvent passionnant sur les conditions de détention, parfois à la limite du documentaire, mais avant tout un spectacle divertissant qui incite constamment à la réflexion.

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Test Blu-ray / La Manière forte, réalisé par John Badham

LA MANIÈRE FORTE (The Hard Way) réalisé par John Badham, disponible en DVD et Blu-ray le 7 avril 2021 chez Rimini Editions.

Acteurs : Michael J. Fox, James Woods, Stephen Lang, Annabella Sciorra, John Capodice, Luis Guzman, LL Cool J, Mary Mara, Delroy Lindo, Conrad Roberts, Penny Marshall, Christina Ricci…

Scénario : Daniel Pyne & Lem Dobbs

Photographie : Donald McAlpine & Robert Primes

Musique : Arthur B. Rubinstein

Durée : 1h51

Année de sortie : 1991

LE FILM

Nick Lang, dont la célébrité à Hollywood n’est plus à faire, décide de donner un nouvel élan à sa carrière en incarnant dans son prochain film un policier au caractère bien trempé. Pour cela, il part à New-York rejoindre celui dont il sera momentanément le coéquipier attentif : le vrai policier John Moss. L’inexpérience de l’un et les intrépidités de l’autre vont les entraîner dans de nombreuses péripéties…

Aux commandes de La Manière forte – The Hard Way, réalisé en 1990f, on retrouve le britannique John Badham (né en 1939), rendu célèbre à vie pour avoir dirigé La Fièvre du samedi soirSaturday Night Fever (1977), qui a également signé quelques classiques divers et variés comme le Dracula (1979) avec Frank Langella, Tonnerre de feuBlue Thunder (1983), WarGames (1983), Short Circuit (1986) et plus tard Nom de code : NinaPoint of No Return (1993), remake de Nikita (1990) de Luc Besson, ou bien encore Drop Zone (1994) avec Wesley Snipes et Meurtre en suspensNick of Time (1995) avec Johnny Depp. En 1990, débarque Comme un oiseau sur la branche – Bird on a Wire, avec Mel Gibson et Goldie Hawn, comédie explosive qui connaît un tromphe dans les salles. Le réalisateur souhaite continuer sur cette lancée et enchaîne directement avec La Manière forte, une autre comédie policière teintée d’action, d’après un scénario de Daniel Pyne (Fenêtre sur Pacifique de John Schlesinger) et Lem Dobbs (À la poursuite du diamant vert de Robert Zemeckis). The Hard Way repose avant tout sur ses deux têtes d’affiche, diamétralement opposées et donc complémentaires à l’écran, avec d’un côté Michael J. Fox (1m63) et de l’autre James Woods (1m83), le premier étant alors au pic de sa carrière cinématographique (juste après la trilogie Retour vers le futur), le second voulant casser son image en voulant faire preuve d’humour. Véritable buddy-movie, plus proche de 48 Heures – 48 Hrs. (1982) de Walter Hill que de L’Arme fatale – Lethal Weapon (1987) de Richard Donner, La Manière forte est un divertissement succulent, vraiment très drôle, à l’intrigue policière somme toute banale, mais suffisamment solide pour que le spectateur soit pris du début à la fin, marqué par quelques fulgurances comiques encore très réussies même trente ans après. Le final, pensé comme un hommage à celui de La Mort aux trousses – North by Northwest (1959), qui se déroule en hauteur sur une tête géante à l’effigie de Michael J. Fox est aussi génial que marquant. Trente ans après sa sortie, La Manière forte est et demeure une référence du genre.

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Test Blu-ray / Brelan d’as, réalisé par Henri Verneuil

BRELAN D’AS réalisé par Henri Verneuil, disponible en édition Digibook – Blu-ray + DVD + Livret le 9 avril 2021 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Michel Simon, Raymond Rouleau, Van Dreelen, Nathalie Nattier, René Genin, Arlette Merry, Pierre Sergeol, Inge Landgut, Jacqueline Porel, Alexandre Rignault, Christian Fourcade, Maurice Teynac…

Scénario : Jacques Companeez & André Tabet, d’après les oeuvres de Georges Simenon, Stanislas André Steeman & Peter Cheney

Photographie : André Germain

Musique : Henri Rys & Hans May

Durée : 1h52

Date de sortie initiale : 1952

LE FILM

Trois sketches, inspirés de trois auteurs de polars et mettant en scène le célèbre Wens, l’illustre commissaire Maigret, et le détective américain Lemmy Caution.

La Mort dans l’ascenseur : L’inspecteur Wens confond l’assassin de deux femmes en sapant son alibi.

Je suis un tendre : Lemmy Caution doit se mesurer avec de redoutables dames avant de mettre un gangster hors état de nuire.

Les Témoignages d’un enfant de chœur : Maigret sauve l’enfant de choeur qui, témoin d’un crime, courait un grand danger.

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