Test DVD / Les Amours d’Anaïs, réalisé par Charline Bourgeois-Tacquet

LES AMOURS D’ANAÏS réalisé par Charline Bourgeois-Tacquet, disponible en DVD le 6 janvier 2022 chez France Télévisions Distribution.

Acteurs : Anaïs Demoustier, Valeria Bruni Tedeschi, Denis Podalydès, Jean-Charles Clichet, Xavier Guelfi, Christophe Montenez, Anne Canovas, Bruno Todeschini…

Scénario : Charline Bourgeois-Tacquet

Photographie : Noé Bach

Musique : Nicola Piovani

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

Anaïs a trente ans et pas assez d’argent. Elle a un amoureux qu’elle n’est plus sûre d’aimer. Elle rencontre Daniel, à qui tout de suite elle plaît. Mais Daniel vit avec Émilie… qui plaît aussi à Anaïs. C’est l’histoire d’une jeune femme qui s’agite. Et c’est aussi l’histoire d’un grand désir.

On la découvre au cinéma en 2000 dans Le Monde de Marty de Denis Bardiau, dans lequel elle joue aux côtés de Camille Japy et Michel Serrault. Elle a alors 12 ans. Trois ans plus tard, Michael Haneke lui offre un rôle de choix dans Le Temps du loup, aux côtés d’Isabelle Huppert, Maurice Bénichou et Béatrice Dalle. Puis, en 2006 et 2007, tout s’accélère. On la voit chez Raphaël Jacoulot (Barrage), elle obtient son premier grand rôle chez Isabelle Czajka (L’Année suivante), tâte du divertissement grand public chez James Huth (Hellphone) et Alexandre Leclère (Le Prix à payer), avant de devenir une égérie du cinéma d’auteur hexagonal. En peu de temps, Anaïs Demoustier passera devant la caméra de Christophe Honoré (La Belle personne), Pascal-Alex Vincent (Donne-moi la main), Rebecca Zlotowski (Belle Épine), Robert Guédiguian (Les Neiges du Kilimandjaro), Claude Miller (Thérèse Desqueyroux), Bertrand Tavernier (Quai d’Orsay), Pascale Ferran (Bird People) et bien d’autres. Tout le monde se l’arrache depuis plus de dix ans et elle est devenue l’une de nos comédiennes les plus brillantes et attachantes. Un César de la meilleure actrice viendra la couronner en 2020 pour Alice et le maire de Nicolas Pariser. Les Amours d’Anaïs est une ode à la comédienne née en 1987. Dans le premier long-métrage de Charline Bourgeois-Tacquet (née en 1986), elle est de tous les plans, filmée sous tous les angles, y compris en tenue d’Ève, illumine le cadre comme un rayon de soleil quand elle le traverse de façon fulgurante, la caméra ayant même du mal à la suivre dans sa course folle contre la peur, l’ennui et le réel. Comédie légère et estivale, à la fois burlesque, sentimentale, pour ne pas dire initiatique, Les Amours d’Anaïs est une première œuvre très prometteuse, doublée d’un hommage à l’un des astres du cinéma français hexagonal contemporain.

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Test DVD / On l’appelle Catastrophe, réalisé par Richard Balducci

ON L’APPELLE CATASTROPHE réalisé par Richard Balducci, disponible en DVD depuis le 21 août 2016 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Michel Leeb, Michel Galabru, Darry Cowl, Carol Lixon, Ibrahim Seck, Pierre Doris, Billy Kearns…

Scénario : Richard Balducci

Photographie : Marcel Combes

Musique : Cécil Maury

Durée : 1h20

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

Alors qu’il pensait passer une soirée paisible en compagnie de sa fiancée, Antoine Malibran se retrouve malgré lui mis en cause dans un hold-up, et atterrit en prison. Sans le vouloir, il parvient à s’évader. Lorsqu’il retourne dans sa cellule de son propre gré, il fait l’étonnement des gardiens et des autres détenus.

Attention nanar ! Et celui-là il est beau hein ! Réalisation, Richard Balducci. Scénario, Richard Balducci. Dialogues, Richard Balducci. Cela devrait déjà suffire pour attirer votre curiosité et si ce n’est pas le cas, relisez la chronique de N’oublie pas ton père au vestiaire. Alors, quand on sait qu’On l’appelle Catastrophe est interprété par un Michel Leeb, 35 ans ici, livré à lui-même, on fonce tête baissée ou on met le nez dedans immédiatement plutôt. Navrant du début à la fin, donc forcément jubilatoire, mais pas comme le metteur en scène l’attendait, On l’appelle Catastrophe est pour ainsi dire un « véhicule de star » pour son acteur principal, dans le sens où celui-ci n’avait pas encore une grande renommée, puisqu’il ne fera son premier Olympia qu’un an après le film de Richard Balducci. Au moment où ce dernier sort sur les écrans, l’humoriste commence à se produire dans quelques émissions de télévision, où son sketch de l’Africain cartonne. 1983 est comme qui dirait une année matricielle dans la carrière de Michel Leeb, qui avait fait sa première apparition au cinéma dans Godefinger ou certaines chattes n’aiment pas le mou de Jean-Pierre Fougéa (ça ne s’invente pas), et revoir cette comédie quarante ans après sa sortie en dit long sur l’évolution de l’humour au fil des décennies, mais aussi et surtout sur celle des mœurs, car il est évident qu’un film comme On l’appelle Catastrophe compile TOUT ce que l’on ne pourrait plus faire aujourd’hui. Quant à savoir si c’est tant mieux ou dommage, cela serait sans doute trop long à étayer. Toujours est-il qu’on ne peut pas s’empêcher de sourire devant ce spectacle absolument consternant, piteusement emballé, mais ô combien rafraîchissant car complètement régressif.

Antoine Malibran, un jeune projectionniste trop influencé par les héros des films qu’il projette, se trouve entraîné, malgré lui, dans une suite d’aventures rocambolesques, à la suite d’une banale confusion de voiture. Il se trouve impliqué dans l’attaque à main armée de la banque de la Seine. Antoine ne faisait qu’attendre sa petite amie Carole, caissière de la banque, mais les apparences sont contre lui et il est mis en prison avant même d’avoir compris pourquoi. Coincé entre les quatre murs de sa cellule, il en sort, sans le vouloir, en s’endormant dans la voiture du directeur. Réintégrant sagement la prison par honnêteté, il en devient « le caïd ». Plus tard, grâce à un coup d’Etat, il se retrouve Conseiller Principal d’un nouveau Président africain, et son ambassadeur en France. Non sans avoir, sur le chemin du retour, maîtrisé un terroriste tentant vainement de détourner son avion.

Ah ça oui il se donne à fond Michel Leeb dans On l’appelle Catastrophe, probablement conscient de la chance qui lui est donnée de laisser libre cours à sa fantaisie, à ses grimaces et à ses imitations ! Tout y passe, Jean-Paul Belmondo, Jean Gabin, Jean-Pierre Marielle et même E.T. ! Mais la cerise sur le gâteau demeure évidemment sa rapide caricature du chinois (attention, grosse blague sur l’efficacité d’un tailleur asiatique) et surtout de l’Africain, puisque le dernier acte, qui se déroule au Gabon, amène le personnage principal aux côtés d’un dictateur frappadingue (pléonasme) génialement interprété par Ibrahim Seck (le domestique de Louis de Funès dans Le Tatoué), auprès duquel Antoine va se laisser imprégner par ce pays, ses couleurs locales et bien sûr son accent. Devenu le conseilleur du dictateur, Antoine va s’adresser aux responsables politiques, tout d’abord sobrement, avant de rouler des yeux, de montrer les dents et de rrrrouler les r. C’est là que la machine s’emballe, on ne sait pas s’il s’agit d’improvisation (mauvaise si c’est le cas) ou d’une scène réellement écrite (et très mauvaise cette fois encore), mais il faut le (re)voir pour le croire.

Des exemples comme celui-ci il y en a à la pelle dans On l’appelle Catastrophe, comme lorsqu’à deux reprises Antoine, essayant de se défendre déclare à ses adversaires « Je suis blanc comme neige ! », un homme noir apparaît derrière un poteau en déclamant (avec l’accent bien sûr) « Comment ? ». On peut ajouter à cela un casting de tronches avec Darry Cowl en juge d’instruction qui bégaye, comme c’est original, Michel Galabru qui vient toucher son chèque en directeur de la banque, Daniel Darnault qui se prend pour Louis de Funès, Pierre Doris en marchand d’armes, Guy Delorme, Ticky Holgado, Dominique Zardi…sans oublier la mignonne Carole Lixon, vue dans Le Cavaleur de Philippe de Broca, ici dans son avant-dernière apparition au cinéma, ainsi que quelques plans boobs bien gratos et les apparitions de Françoise Blanchard (muse de Jean Rollin et Bruno Mattei) et Alexandra Delli Colli (L’Éventreur de New York, Mieux vaut être riche et bien portant que fauché et mal foutu).

« Comment ??? »

Bref, un Expendables de la comédie franchouillarde, dans laquelle Michel Leeb écarquille les yeux à outrance, incapable d’aligner une ligne de dialogues sans bafouiller, qui promène son absence de charisme en laissant ses camarades faire les débiles autour de lui quand il n’est pas en train de se prendre pour un personnage de cartoon comme le fera Michel Courtemanche dans La Ballade de Titus de Vincent De Brus. Si l’on ajoute aussi la laideur des décors et de la photographie de Marcel Combes (N’oublie pas ton père au vestiaire, La Nuit de la mort et…Le Deuxième souffle de Jean-Pierre Melville), la musique pouet-pouet de Cécil Maury qui nous met les tympans en sang, c’est trop de bonheur.

LE DVD

On l’appelle Catastrophe avait déjà bénéficié d’une édition DVD en 2006 chez Antartic, où le film était couplé avec celui d’Yvan Chiffre, Le Fou du Roi, aussi interprété par Michel Leeb. Première édition « single » donc pour ce grand nanar, désormais disponible chez LCJ Editions. La jaquette reprend le visuel de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est fixe et musical.

Aucun supplément.

L’Image et le son

Sans surprise, On l’appelle Catastrophe est présenté au format 4/3. La copie est stable, mais les couleurs sont ternes, le piqué émoussé, la gestion des contrastes complètement aléatoire. Certaines poussières demeurent, c’est un peu mieux dans la dernière partie africaine aux teintes plus chatoyantes. Dans l’ensemble et d’après nos souvenirs, l’image est conforme à celle que l’on voyait lors des diffusions à la télévision.

Un mixage Stéréo sans esbroufe, propre, aux dialogues nets. Pas de sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants.

« Comment ??? »

Crédits images : © LCJ Editions & Productions / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Les Intranquilles, réalisé par Joachim Lafosse

LES INTRANQUILLES réalisé par Joachim Lafosse, disponible en DVD le 1er février 2022 chez Blaq Out.

Acteurs : Leïla Bekhti, Damien Bonnard, Gabriel Merz Chammah, Patrick Descamps, Jules Waringo, Alexandre Gavras, Joël Delsaut, Colette Kieffer…

Scénario : Juliette Goudot, Anne-Lise Morin, François Pirot, Chloé Léonil, Pablo Guarise, Lou Du Pontavic

Photographie : Jean-François Hensgens

Musique : Olafur Arnalds & Antoine Bodson

Durée : 1h54

Année de sortie : 2021

LE FILM

Leila et Damien s’aiment profondément. Malgré sa fragilité, il tente de poursuivre sa vie avec elle sachant qu’il ne pourra peut-être jamais lui offrir ce qu’elle désire.

Joachim Lafosse fait partie de ces réalisateurs dont chaque film est souvent une expérience douloureuse. Ce qui donne le rythme, le moteur pour ainsi dire de ses histoires, ce sont chaque fois ses personnages, de chair et de sang, animés par l’amour passionnel, aussi bien entre deux êtres que des parents envers leur progéniture, mais où le cocon peut être menacé par un climat affectif irrespirable. Dans Les Intranquilles, son neuvième long-métrage, le cinéaste se focalise sur un couple et leur petit garçon, à un carrefour de leur vie familiale. Contrairement à A perdre la raison, qui conduisait insidieusement les protagonistes vers une issue tragique, mais à l’instar L’Économie du couple, ceux-ci vont vivre le moment le plus difficile de leur existence, pour – peut-être – aller vers l’apaisement, l’inéluctable et l’acceptation. De la première à la dernière image, le Joachim Lafosse happe le spectateur, le prend à la gorge au moment où il s’y attend le moins et resserre son étreinte au fur et à mesure. Récit tragi-comique (les agissements dingues du Damien peuvent faire sourire autant que flipper) sur l’amour parasité par la maladie (ici la bipolarité), entraînant comme un lien pervers, des dysfonctionnements familiaux bien sûr, la question des limites (la femme est ici épuisée et apeurée), thèmes déjà explorés dans Nue propriété, A perdre la raison, ainsi que dans son magnifique moyen-métrage Folie privée (2004), Les Intranquilles cherche à faire partager aux spectateurs la vie de personnages complexes. Ceux-ci sont magistralement incarnés par le duo vedette, Damien Bonnard et Leïla Bekhti, qui devaient alors remplacer Matthias Schoenaerts et Jasmine Trinca. Avec sa mise en scène au cordeau, ses personnages filmés à hauteur d’homme sans fioritures, Joachim Lafosse suscite l’émotion et la réflexion pendant près de deux heures. On en ressort épuisés et bouleversés. Un des plus grands cinéastes de sa génération.

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Test DVD / Les Fantasmes, réalisé par David & Stéphane Foenkinos

LES FANTASMES réalisé par David & Stéphane Foenkinos, disponible en DVD le 18 décembre 2021 chez Gaumont.

Acteurs : Ramzy Bédia, Nicolas Bedos, Monica Bellucci, Carole Bouquet, Suzanne Clément, Joséphine Japy, William Lebghil, Joséphine de Meaux, Denis Podalydès, Jean-Paul Rouve, Céline Sallette, Alice Taglioni, Karin Viard…

Scénario : David & Stéphane Foenkinos

Photographie : Alexis Kavyrchine

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

Face à leurs fantasmes, six couples tentent d’explorer les faces cachées de leur vie intime. Six questionnements sur l’accès au plaisir. Du jeu de rôle à l’abstinence, en passant par l’exhibition, six histoires séparées avec au centre le même questionnement sur le désir aujourd’hui. Le sien mais aussi celui de l’autre…

Avec Les Fantasmes, on dirait que les frères Foenkinos, Stéphane et David, aient décidé de s’octroyer une petite récréation après leurs deux précédents et par ailleurs excellents longs-métrages, La Délicatesse (adapté d’un roman du second), sorti il y a déjà plus de dix ans, et Jalouse (2017), qui avaient rencontré un succès bien mérité. Il s’agit ni plus ni moins du remake d’un film australien sorti en 2014, The Little Death, rebaptisé chez nous If You Love Me… de Josh Lawson (acteur vu Moi, député, Mortal Kombat), passé à la sauce béchamel. Les Foenkinos reprennent ici la structure du film à sketches, certains jugés « sensibles » ayant été écartés (une femme qui rêve de se faire violer par son mari, un homme qui drogue son épouse pour pouvoir se rapprocher d’elle en secret la nuit entre autres), d’autres ayant été créés à cette occasion. En l’état, les six parties sont plus ou moins égales, ce qui est finalement rare dans le genre. Si l’issue de chaque partie se devine assez rapidement, Les Fantasmes est une comédie plutôt sympathique, bien équilibrée, souvent teintée d’un humour noir inhabituel dans le cinéma français, tandis que les comédiens ont l’air de bien s’amuser.

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Test DVD / True Mothers, réalisé par Naomi Kawase

TRUE MOTHERS (Asa ga kuru – 朝が来る) réalisé par Naomi Kawase, disponible en DVD le 1er décembre 2021 chez Blaq Out.

Acteurs : Hiromi Nagasaku, Arata Iura, Aju Makita, Reo Sato, Hiroko Nakajima, Tetsu Hirahara, Ren Komai, Taketo Tanaka…

Scénario : Naomi Kawase & Izumi Takahashi, d’après le roman Mizuki Tsujimura

Photographie : Yûta Tsukinaga

Musique : Akira Kosemura & An Ton That

Durée : 2h14

Année de sortie : 2020

LE FILM

Satoko et son mari sont liés pour toujours à Hikari, la jeune fille de 14 ans qui a donné naissance à Asato, leur fils adoptif. Aujourd’hui, Asato a 6 ans et la famille vit heureuse à Tokyo. Mais Hikari souhaite reprendre le contact avec la famille, elle va alors provoquer une rencontre…

Autant le dire immédiatement, True Mothers est l’un des plus beaux films de l’année 2021. Quand on demande aux cinéphiles spécialisés dans le cinéma asiatique contemporain de citer un ou une cinéaste japonais(e) important(e), ceux-ci vous répondront d’emblée Naomi Kawase. Réalisatrice et scénariste née en 1969, celle-ci se fait tout d’abord remarquer avec ses documentaires autobiographiques au début des années 1990 (Dans ses bras / Étreinte, White Moon). Puis, son premier long-métrage de fiction, Suzaku (1997), est récompensé par la Caméra d’or au Festival de Cannes. C’est le début d’une grande histoire d’amour avec la Croisette, où elle obtiendra également le Grand prix du jury pour La Forêt de Mogari en 2007 et le prix du jury œcuménique pour Vers la lumière en 2017, où elle a aussi été en compétition officielle à cinq reprises à ce jour depuis Shara en 2003. Avec son dernier opus en date, True Mothers, Naomi Kawase se penche – comme son titre l’indique – sur le thème de la maternité et sur celui de l’adoption. Un sujet personnel, puisque la cinéaste avait été abandonnée par ses parents, puis élevée par ses grands-parents, ceux-ci ayant d’ailleurs inspiré plusieurs documentaires, jusqu’à Naissance et Maternité en 2006. True Mothers rappelle beaucoup La Voleuse de Jean Chapot (1966), dans lequel Romy Schneider incarnait une jeune femme, qui avouait à son époux avoir eu un enfant à dix-neuf ans, avant de l’abandonner à un couple stérile, et qui se mettait en tête six ans plus tard de nouer des liens avec le petit garçon, puis de le « récupérer », pour la plus grande douleur de son père nourricier. Avec ce drame psychologique magnifiquement réalisé, Naomi Kawase revient à la source de son cinéma, mais aussi à celle de la vie, souvent représentée par l’omniprésence d’une eau, vitale, qui entoure les personnages comme un liquide amniotique, qui berce, qui reflète les états d’âme, qui apaise, tout comme cette couleur bleue, où le ciel et la mer se (con)fondent comme un éden terrestre. Et c’est sublime.

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Test DVD / Vanquish, réalisé par George Gallo

VANQUISH réalisé par George Gallo, disponible en DVD le 24 novembre 2021 chez AB Vidéo.

Acteurs : Ruby Rose, Morgan Freeman, Patrick Muldoon, Nick Vallalonga, Julie Lott, Hannah Stocking, Miles Doleac…

Scénario : George Gallo & Samuel Bartlett

Photographie : Anastas N. Michos

Musique : Aldo Shllaku

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

Victoria, ancienne transporteuse pour un baron de la drogue russe, essaye de mettre sa vie de criminelle de coté et d’élever sa fille convenablement. Malheureusement, un ancien commissaire de police ripou kidnappe sa fille pour la contraindre à l’aider à doubler ses anciens partenaires. Elle a une nuit pour s’exécuter avant qu’il ne soit trop tard…

Tiens, revoilà Ruby Rose dans un film d’action ! Écumant les suites au cinéma, Resident Evil : Chapitre final, xXx: Reactivated, John Wick 2 et Pitch Perfect 3 (cherchez l’erreur), la comédienne n’aura eu de cesse de promener son charisme atypique et bad-ass de film en film, ainsi qu’à la télévision où elle aura entre autres interprété Kate Kane / Batwoman durant une saison dans la série éponyme du ArrowVerse. Cependant, Ruby Rose semble avoir du mal à trouver des rôles « consistants ». Après le ronflant En eaux troubles The Meg de Jon Turteltaub, elle aura tenu le haut de l’affiche pour la première fois dans The Doorman, une toute petite série B réalisée par le japonais Ryûhei Kitamura, metteur en scène des acclamés Heat After Dark (1996), Down to Hell (1997) et The Midnight Meat Train. Si ce Die Hard de chez Wish passait le temps et se montrait efficace dans son genre, c’est une autre paire de manches pour Vanquish, réalisé par George Gallo. Né en 1956, ce dernier demeure connu pour avoir écrit Mafia Salad Wise Guys (1986) de Brian De Palma, Midnight Run (1988) de Matin Brest, Bad Boys (1995) de Michael Bay et emballé une comédie très sympa avec Nicolas Cage, Descente à Paradise Trapped in Paradise (1994). Seulement voilà, George Gallo n’a jamais su évoluer et très vite ses films et scénarios sont devenus has-been et navrants, à l’instar de Mon voisin le tueur 2 The Whole Ten Yards de Howard Deutch (peut-être une des pires suites de tous les temps), Nom de Code : Le Nettoyeur Code Name: The Cleaner de Les Mayfield et Mon espion préféré My Mom’s New Boyfriend. Il y a deux ans, il signait le pathétique The Poison Rose, DTV hideux avec John Tavolta, Brendan Fraser et Morgan Fraser. En 2020, il parvient à réunir un casting de fou pour Arnaque à Hollywood The Comeback Trail, dans lequel il dirige Robert De Niro, Tommy Lee Jones, Zach Braff, Emile Hirsch et cette fois encore Morgan Freeman. Avec ce dernier, c’est une affaire qui marche, car ils se retrouvent pour Vanquish, tourné dans le Mississippi après le premier confinement. On y retrouve les mêmes tares que pour The Poison Rose, un montage aux pâquerettes, des effets de style miteux, une photographie au rabais, une réalisation inexistante et une direction d’acteurs aux fraises. D’ailleurs, Morgan Freeman les sucre dans Vanquish, dans lequel il ne fait absolument rien, à part s’endormir dans son fauteuil roulant, tout en débitant ses dialogues ineptes à sa partenaire. A la fois série B et série Z, un BZ quoi, Vanquish est donc parfait pour faire la sieste.

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Test DVD / La Brune de mes rêves, réalisé par Elliott Nugent

LA BRUNE DE MES RÊVES (My Favorite Brunette) réalisé par Elliott Nugent, disponible en DVD le 7 décembre 2021 chez Artus Films.

Acteurs : Bob Hope, Dorothy Lamour, Lon Chaney Jr., Peter Lorre, John Hoyte, Charles Dingle, Reginald Denny, Alan Ladd…

Scénario : Edmund Beloin & Jack Rose

Photographie : Lionel Lindon

Musique : Robert Emmett Dolan

Durée : 1h24

Date de sortie initiale : 1947

LE FILM

Un photographe pour bambins, Ronnie Jackson, rêve de devenir détective privé comme son voisin de palier. Ce dernier absent, Ronnie prend sa place, et se retrouve engagé sur une affaire d’espionnage concernant une mine d’uranium.

Vous cherchez une comédie vintage hilarante, qui conserve son charme rétro et qui fait toujours son effet (comique) près de 75 ans après sa sortie ? Alors n’hésitez plus et partez à la découverte de La Brune de mes rêves My Favorite Brunette, réalisé par un certain Elliott Nugent. Ce dernier aura commencé sa carrière en tant que comédien à la fin des années 1920, et même s’il continuera de se produire devant la caméra jusqu’à la fin des années 1950, Elliott Nugent (1896-1980) restera surtout connu pour avoir mis en scène une trentaine de longs-métrages de 1932 à 1952, en dirigeant les plus grands comédiens de l’époque, Irene Dunne, Bing Crosby, Cary Grant, Mary Astor, Madeleine Carroll, Harold Lloyd, Paulette Godard, Henry Fonda, Ray Milland et Danny Kaye. Mais l’une de ses plus grandes collaborations demeure celle avec le comédien Bob Hope, avec lequel il s’associera à cinq reprises, Give Me A Sailor (1938), Never Say Die (1939), Le Mystère de la Maison Norman The Cat and the Canary (1939), Rien que la vérité Nothing But the Truth (1941) et enfin La Brune de mes rêves en 1947. Dans cette comédie-policière, merveilleuse parodie de film noir, Bob Hope retrouve sa partenaire Dorothy Lamour, avec laquelle il tournera la saga des « Road to », très célèbre saga outre-Atlantique et qui comptera sept épisodes réalisés entre 1940 et 1962. Les deux complices joueront aussi ensemble dans They Got Me Covered (1943) de David Butler et dans La Brune de mes rêves. Autant dire que la complicité et l’alchimie des deux fonctionnent à plein régime dans My Favorite Brunette, dans lequel Dorothy Lamour s’amuse à incarner la femme fatale pour laquelle notre héros Ronnie prendra tous les risques. Il y a indéniablement du Frank Drebin et du Jacques Clouseau avant l’heure dans la personnalité de Ronnie Jackson, un type bien déjanté et maladroit, formidablement incarné par Bob Hope, au top de sa forme et dont la modernité du jeu laisse encore pantois aujourd’hui.

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Test DVD / L’Évadée, réalisé par Arthur D. Ripley

L’ÉVADÉE (The Chase) réalisé par Arthur D. Ripley, disponible en DVD le 7 décembre 2021 chez Artus Films.

Acteurs : Robert Cummings, Michèle Morgan, Steve Cochran, Jack Holt, Lloyd Corrigan, Don Wilson…

Scénario : Philip Yordan, d’après le roman de Cornell Woolrich

Photographie : Franz Planer

Musique : Michel Michelet

Durée : 1h21

Date de sortie initiale : 1946

LE FILM

Chuck Scott, vétéran de guerre, tombe amoureux de Lorna, la femme d’un gangster. Ils décident de s’enfuir ensemble, provoquant la colère sadique du truand.

Il arrive parfois, souvent même, qu’un film dont on n’attendait pas forcément grand-chose, vous cueille au point de vous laisser une grande et insoupçonnée impression. C’est le cas de L’Évadée The Chase, réalisé en 1946 par un certain Arthur fD. Ripley, dans lequel Robert Cummings donne la réplique à notre Michèle Morgan nationale. C’est un petit thriller étrange, qui lorgne un peu vers le fantastique, en bifurquant à mi-chemin vers un rêve pour ainsi dire d’opium, le personnage principal, atteint de troubles du stress post-traumatique, se gavant de médicaments l’aidant à aller de l’avant. Mais c’était sans compter sur la propriété des calmants, qui entraînent Chuck Scott dans un cauchemar prémonitoire. Si à l’époque la structure avait pu troubler les spectateurs, au point d’en perdre certains, qui ne comprenaient pas pourquoi le récit prenait une autre dimension à mi-parcours, aujourd’hui les codes sont mieux assimilés par une audience abreuvée d’histoires du même acabit. Toutefois, L’Évadée demeure un film noir particulier et singulier, classique dans sa mise en scène, mais qui reste ponctué par quelques éléments originaux et encore très modernes. Une belle découverte donc.

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Test DVD / Le Livre Noir, réalisé par Anthony Mann

LE LIVRE NOIR (The Black Book) réalisé par Anthony Mann, disponible en DVD le 7 décembre 2021 chez Artus Films.

Acteurs : Robert Cummings, Richard Basehart, Richard Hart, Arlene Dahl, Arnold Moss, Norman Lloyd…

Scénario : Aeneas MacKenzie & Philip Yordan

Photographie : John Alton

Musique : Sol Kaplan

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 1949

LE FILM

A Paris, en 1794, cinq ans après la Révolution française, le règne de la Terreur est instauré. Robespierre use de toutes les ficelles pour éradiquer ses rivaux et conserver les grâces de la Convention. Il consigne, dans un petit livre noir, les noms de ses ennemis, prochaines victimes de la cruauté révolutionnaire. Mais ce livre noir disparaît. Afin de confondre Robespierre et le destituer, Charles d’Aubigny est chargé de le retrouver, par tous les moyens…

Sur Homepopcorn.fr, nous avons déjà longuement parlé d’Anthony Mann, de sa virtuosité, de sa légende, de son éclectisme, de La Charge des Tuniques Bleues, en passant par Les Affameurs, Je suis un aventurier, Marché de brutes et La Brigade du suicide. Le film que nous évoquerons aujourd’hui s’intitule Le Livre Noir The Black Book et se situe entre Raw Deal et La Porte du diable Devil’s Doorway. A la fin des années 1940, le réalisateur se spécialise dans le film noir à petit budget, avec parfois quelques ingrédients issus du documentaire afin de renforcer le réalisme de l’histoire, à l’instar d’Il marchait dans la nuit He Walked by Night sorti en 1948. Le Livre Noir se démarque, car il s’agit d’un drame historique et d’aventures en costume, mais aussi un thriller d’espionnage, le tout teinté d’humour noir. Deux choses concernant ce film. Premièrement, si vous souhaitez faire connaître la période de la Terreur à l’une de vos connaissances ou à l’un de vos bambins, ne lui montrez surtout pas Le Livre Noir, qui arrange à sa sauce cette période spécifique de la Révolution française, avec moult anachronismes et rencontres improbables de personnages historiques. Deuxièmement, si vous cherchez un super divertissement, magistralement mis en scène, interprété et photographié, ponctué de poursuites en calèche, de bagarres, de faux-semblants, de trahisons, de suspense alors précipitez-vous sur The Black Book, aussi connu sous le titre Reign of Terror, merveilleux spectacle qui en met plein la vue, mené sans aucun temps mort, sans un pet de gras durant 85 minutes, une vraie leçon de cinéma et de montage. Le génie d’Anthony Mann explose à chaque plan pour le plus grand bonheur de ses très nombreux aficionados, qui se laisseront facilement emporter par le souffle de ce méconnu Livre Noir.

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Test DVD / La Femme déshonorée, réalisé par Robert Stevenson

LA FEMME DÉSHONORÉE (Dishonored Lady) réalisé par Robert Stevenson, disponible en DVD le 7 décembre 2021 chez Artus Films.

Acteurs : Hedy Lamarr, Dennis O’Keefe, John Loder, William Lundigan, Morris Carnovsky, Natalie Schafer, Paul Cavanagh, Douglass Dumbrille…

Scénario : Edmund H. North, d’après une pièce de Edward Sheldon et Margaret Ayer Barnes

Photographie : Lucien N. Andriot

Musique : Carmen Dragon

Durée : 1h21

Date de sortie initiale : 1947

LE FILM

Directrice de presse, Madeleine Damien fait une tentative de suicide. Le docteur Caleb la prend en charge et la convainc de changer de vie. Elle emménage alors à Greenwich Village et se met à la peinture. Elle rencontre David, un scientifique, qui va lui redonner peu à peu goût à la vie. Un soir, elle retrouve Félix, un ancien amant.

La dernière fois que nous évoquions Hedy Lamarr, c’était pour parler du Démon de la chair The Strange Woman (1946) d’Edgar G. Ulmer, thriller viscéral adapté d’un roman de Ben Ames Williams, produit et interprété par la sublimissime Hedy Lamarr (1914-2000), femme fatale, vénéneuse et à se damner dans un rôle taillé sur mesure, dans lequel elle enflammait l’écran et les sens. Si vous désirez en savoir plus sur la comédienne, ainsi que sur sa vie et son parcours atypiques, vous saurez retrouver notre chronique. Nous reprendrons donc où nous en étions, puisque le film qui nous intéresse aujourd’hui, La Femme déshonoréeDishonored Lady (1947) est le long-métrage tourné dans la continuité par Hedy Lamarr. Également productrice sur cet opus, cette dernière est toujours aussi magnétique et foudroie par la modernité de son jeu, sur lequel le temps semble ne pas avoir d’emprise. Confié au légendaire Robert Stevenson (1905-1986), réalisateur des mythiques productions Disney Un Amour de coccinelle et Un Nouvel amour de coccinelle, L’Apprentie sorcière, Mary Poppins,L’Espion aux pattes de velours, L’Île sur le toit du monde, Le Fantôme de Barbe-Noire et Professeur tête en l’air, La Femme déshonorée est un drame psychologique saupoudré de quelques petites touches de film noir, qui conserve un charme fou. Et c’est encore une fois l’occasion d’admirer l’une des plus belles actrices de l’histoire du cinéma.

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