Test DVD / Une affaire d’hommes, réalisé par Nicolas Ribowski

UNE AFFAIRE D’HOMMES réalisé par Nicolas Ribowski, disponible en DVD le 17 février 2021 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Claude Brasseur, Jean-Louis Trintignant, Jean-Paul Roussillon, Patrice Kerbrat, Eva Darlan, Béatrice Camurat, Jean-Pierre Bernard, Peter Bonke, Jean Carmet, Serge Sauvion, Roland Giraud, Jacques Boudet…

Scénario : Georges Conchon

Photographie : Jean-Paul Schwartz

Musique : Vladimir Cosma

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1981

LE FILM

Une histoire policière se déroulant dans un club de cyclistes qui roulent à Longchamp. Un tueur des toits sévit et a tué trois femmes dans Paris. L’épouse de Louis Faguet, riche promoteur et cycliste amateur, est la quatrième victime. L’enquête est confiée au divisionnaire de police Servolle, lui aussi cycliste et ami de peloton de Faguet. Mais ses liens amicaux le poussent à se faire dessaisir au profit de son adjoint Ensor.

Rares sont les films français à prendre le sport, amateur ou professionnel, comme sujet principal ou même comme toile de fond. On peut quand même citer pêle-mêle Soigne ton gauche (1936) de René Clément, Pour le maillot jaune (1939) de Jean Stelli, Coup de tête (1979) de Jean-Jacques Annaud, À mort l’arbitre (1983) de Jean-Pierre Mocky, 3 zéros (2002) de Fabien Onteniente, Michel Vaillant (2003) de Louis-Pascal Couvelaire, Les Seigneurs (2012) d’Olivier Dahan, La Grande boucle (2013) de Laurent Tuel et Une belle équipe (2020) de Mohamed Hamidi. Si le football se distingue nettement dans le septième art, le cyclisme s’est toujours fait un peu plus discret chez nous. Si l’on aurait pu aussi citer Les Cracks (1968) d’Alex Joffé, il existe un polar plutôt méconnu où le vélo tient une place prépondérante dans le récit, même si « ce flim n’est pas un flim sur le cyclimse ». Il s’agit d’Une affaire d’hommes, le premier long-métrage réalisé par Nicolas Ribowski (né en 1939), qui a fait ses classes comme assistant auprès d’Alain Cavalier (Le Combat dans l’île), de Claude Berri (Le Poulet), de Jean-Paul Rappeneau (La Vie de château), de René Allio (La Vieille Dame indigne, L’une et l’autre) et de Jacques Tati (Playtime). Mais c’est à la télévision qu’il fait réellement ses armes derrière la caméra, aussi bien à travers des téléfilms (il signera d’ailleurs plus tard les adaptations de Marcel Pagnol pour Roger Hanin dans les années 2000), que des séries (Médecins de nuit) ou des émissions (Apostrophes). Alors qu’il couvre le Tour de France, Nicolas Ribowski se rend compte à quel point le cyclisme est cinématographique. Il imagine une trame policière autour de ce sujet, à laquelle se grefferait une histoire d’amitié. Le réalisateur en parle à son ami Georges Conchon (1925-1990), écrivain, journaliste et scénariste, que le cinéma s’arrache, de Luchino Visconti (L’Étranger) à Francis Girod (L’État sauvage, La Banquière), en passant par Jacques Rouffio (Sept morts sur ordonnance, Le Sucre), Jean-Jacques Annaud (La Victoire en chantant) et Patrice Chéreau (Judith Therpauve). Georges Conchon ira plus loin en abordant la trahison d’une amitié. Étrangement, l’affiche d’exploitation d’Une affaire d’hommes reste plus célèbre que le film lui-même, avec ce visuel montrant Jean-Louis Trintignant à gauche et Claude Brasseur (qui sortait du triomphe international de La Boum de Claude Pinoteau, et qui coproduit aussi le film) à droite, en train de s’affronter au bras de fer, en se regardant droit dans les yeux. S’il annonce visiblement une opposition, ce dessin n’évoque pas du tout le cyclisme, passion à l’origine de l’osmose des deux protagonistes. Toujours est-il qu’Une affaire d’hommes vaut bien plus pour le duel de ces monstres du cinéma français et son intrigue originale que pour sa mise en scène fonctionnelle voire paresseuse. A sa sortie en novembre 1981, le film de Nicolas Ribowski peine à attirer 600.000 spectateurs dans les salles. Peu diffusé à la télévision, ce coup d’essai, auréolé en 1982 d’une nomination aux Césars pour la compression de la Meilleure première oeuvre, a su néanmoins marquer l’esprit de quelques cinéphiles et demeure aujourd’hui une curiosité.

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Test DVD / C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule !, réalisé par Jacques Besnard

C’EST PAS PARCE QU’ON A RIEN À DIRE QU’IL FAUT FERMER SA GUEULE ! réalisé par Jacques Besnard, disponible en DVD et Blu-ray le 14 avril 2021 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Bernard Blier, Michel Serrault, Jean Lefebvre, Tsilla Chelton, Marion Game, Gérard Jugnot, Popeck, Max Amyl, Christian Clavier…

Scénario : Jacques Besnard & Jean Halain, d’après une idée de Christian Clavier, Gérard Jugnot & Thierry Lhermitte

Photographie : Jean-Pierre Baux

Musique : Gérard Calvi

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 1975

LE FILM

Deux truands minables, Max et Riton travaillent dans le vol de voitures, dirigés par un «cerveau», Phano. Leur maladresse est telle que Phano songe à les renvoyer. Pourtant, il a besoin d’eux pour le «coup du siècle» : le cambriolage de la caisse de retraite de la SNCF, dont le coffre est, au sous-sol de la gare de l’Est, dans une salle mitoyenne des toilettes. Il suffit de percer la cloison d’une cabine. Phano, Max et Riton vont se succéder dans cette cabine en utilisant des déguisements divers pour ne pas se faire remarquer de «Madame Pipi», la préposée aux toilettes.

A part pour les spécialistes de la comédie française, le nom de Jacques Besnard (1929-2013) demeure obscur et pour ne pas dire inconnu. Pourtant, ce réalisateur et ancien assistant d’André Hunebelle sur les deux premiers Fantômas et les OSS 117 possède un hit dans la dizaine de films qu’il signera entre 1966 et 1982, Le Grand restaurant, son premier long-métrage, avec Louis de Funès dans la peau de Monsieur Septime, immense succès populaire avec près de quatre millions d’entrées. Le reste de sa filmographie se compose tout de même de quelques pépites à l’instar du Fou du labo 4 (1967) et La Situation est grave…mais pas désespérée (1975). Mais il y en a une autre qui a toujours fait la quasi-unanimité auprès des spectateurs, il s’agit de C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule !, le troisième plus grand succès du metteur en scène derrière Le Grand restaurant donc et Le Jour de gloire (2 millions d’entrées). Derrière cette comédie au titre « Audiardesque » et vraisemblablement inspirée du PigeonI Soliti Ignoti (1958) de Mario Monicelli, se cachent en réalité Christian Clavier, Gérard Jugnot et Thierry Lhermitte, des jeunes comédiens et auteurs de 22 ans, qui venaient de former leur troupe du Splendid, et qui font d’ailleurs ici l’une de leurs premières apparitions au cinéma. C’est à eux que l’on doit l’idée géniale de ce casse malin et original, qui offre au trio vedette, Bernard Blier – Jean Lefebvre – Michel Serrault, l’occasion d’arborer de multiples déguisements, qui ont fait la renommée du film. Porté par ces merveilleux comédiens, auxquels s’ajoute bien sûr Tsilla Chelton dans le rôle culte de « Madame Pipi », C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule ! demeure une vraie madeleine, une fantaisie dont on ne se lassera jamais.

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Test DVD / The Doorman, réalisé par Ryûhei Kitamura

THE DOORMAN réalisé par Ryûhei Kitamura, disponible en DVD le 27 janvier 2021 chez AB Vidéo.

Acteurs : Ruby Rose, Jean Reno, Aksel Hennie, Rupert Evans, Julian Feder, David Sakurai, Louis Mandylor, Hideaki Ito…

Scénario : Lior Chefetz, Harry Winer & Joe Swanson, d’après une histoire originale de Greg Williams & Matt McAllester

Photographie : Matthias Schubert

Musique : Aldo Shllaku

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 2020

LE FILM

Après un attentat violent et traumatisant, une ex-Marines, est de retour chez elle à New York. Devenue concierge d’un immeuble en rénovation, elle se retrouve confrontée à des mercenaires bien décidés à mettre la main sur une précieuse oeuvre d’art.

Née en 1986, la mannequin et comédienne australienne Ruby Rose est devenue célèbre à la télévision dans la série Orange Is the New Black (saisons 3 et 4) où elle interprétait le rôle de Stella Carlin, ainsi que dans le Arrowverse (du moins ce qu’il en reste), où elle tenait dernièrement le rôle de Kate Kane alias Batwoman, avant de jeter l’éponge au bout d’une saison. Elle se fait aussi remarquer au cinéma dans le genre action, les réalisateurs n’hésitant pas à se servir de son corps sec, musclé et tatoué pour mettre en avant son côté bad-ass. Ainsi, depuis 2016 l’actrice aura enchaîné Resident Evil : Chapitre Final de Paul W.S. Anderson, xXx : Reactivated de D.J. Caruso, John Wick 2 de Chad Stahelski et En eaux troubles – The Meg de Jon Turtletaub. Pour la première fois, Ruby Rose tient le haut de l’affiche dans The Doorman, une toute petite série B, cette fois encore d’action et nerveuse, réalisée par le japonais Ryûhei Kitamura, metteur en scène des acclamés Heat After Dark (1996), Down to Hell (1997) et Versus, l’ultime guerrier (2000). C’est avec The Midnight Meat Train, qu’il entame sa carrière américaine en 2008, en dirigeant Bradley Cooper et Vinnie Jones dans ce film d’épouvante déjà culte. Suivront No One Lives (2013) avec Luke Evans et le survival Downrange (2017). Ceux qui suivent le cinéaste depuis plusieurs années seront peut-être déçus de le voir signer avec The Doorman un film plus classique, pour ne pas dire trop propret. Pourtant ce « Die Hard de chez Wish » est clairement un petit hommage au chef d’oeuvre de John McTiernan, sans prétention, sans beaucoup d’argent non plus, qui parvient sans mal à divertir avec des effets, une recette, des ficelles et des rebondissements ultra-prévisibles, mais toujours aussi efficaces, si le spectateur a pris soin au préalable de laisser son cerveau au vestiaire. Si tel est le cas, The Doorman remplit son contrat et Ruby Rose, dans un rôle improbable où elle est supposée mettre à terre des mecs de plus cent kilos, s’en tire honorablement, surtout face à un Jean Reno complètement endormi et que personne n’a pris soin de réveiller depuis près de quinze ans.

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Test DVD / Au-delà des apparences, réalisé par Colin & James Krisel

AU-DELÀ DES APPARENCES (Last Moment of Clarity) réalisé par Colin & James Krisel, disponible en DVD le 17 février 2021 chez AB Vidéo.

Acteurs : Zach Avery, Brian Cox, Udo Kier, Samara Weaving, Karl E. Landler, Nicole Ansari-Cox, Alex Fernandez, Carly Chaikin…

Scénario : Colin & James Krisel

Photographie : Andrew Wheeler

Musique : Benjamin Patrick

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 2020

LE FILM

Trois ans après avoir été témoin du meurtre de sa fiancée, un homme se retrouve à la dérive, jusqu’au jour où, dans un cinéma parisien, il voit une actrice qui ressemble trait pour trait à son amour mort. Il va alors découvrir une terrible vérité…

Au-delà des apparencesLast Moment of Clarity est un premier long-métrage et cela se voit d’entrée de jeu. Cela se ressentira tout du long. Comment l’expliquer ? Dans la façon de filmer et de vouloir épater les spectateurs en voulant donner une ampleur à un cadre limité, non seulement par un budget restreint, mais aussi par un bagage technique, certes convaincant, mais scolaire. Les frères Krisel, James et Colin, sont les scénaristes et les metteurs en scène d’Au-délà des apparences, thriller néo-noir qui repose sur une esthétique léchée et soignée, ainsi que sur des comédiens bien dirigés. Pour leur coup d’essai, les réalisateurs ont également voulu rendre hommage au cinéma et à la littérature qu’ils aiment, leur film étant sans cesse imprégné par une âme hitchcockienne doublée d’un parfum fané typique d’un Pulp Magazine, sensiblement rétro, mais honnête, sincère et maîtrisée. Certes, le récit a tendance à partir dans toutes les directions, le montage est d’ailleurs le point faible du film, mais les Krisel parviennent à accrocher l’attention de leur audience du début à la fin, sur un rythme lent, mais contrôlé. Au-delà des apparences est une série B, qui ne le dissimule pas, qui transpire d’amour pour le cinéma, avec laquelle les Krisel sont visiblement heureux de s’exprimer et de démontrer ce qu’ils ont sous le capot.

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Test DVD / L’Audition, réalisé par Ina Weisse

L’AUDITION (Das Vorspiel) réalisé par Ina Weisse, disponible en DVD le 26 octobre 2020 chez Doriane Films.

Acteurs : Nina Hoss, Simon Abkarian, Jens Albinus, Ilja Monti, Serafin Mishiev, Winnie Böwe, Sophie Rois, Thomas Thieme…

Scénario : Ina Weisse & Daphne Charizani

Photographie : Judith Kaufmann

Durée : 1h34

Date de diffusion : 2019

LE FILM

Anna Bronsky est professeure de violon au Conservatoire. Contre l’avis de ses collègues, elle impose l’admission d’un élève, en qui elle voit un grand talent. Avec beaucoup d’implication, elle prépare Alexander à l’examen de fin d’année et néglige de ce fait son jeune fils Jonas, lui aussi élève violoniste et passionné de hockey sur glace. Elle s’éloigne de son mari, si aimant à son égard, le luthier français Philippe Bronsky. A l’approche de l’audition, Anna pousse Alexander vers des performances de plus en plus exceptionnelles. Le jour décisif, un accident se produit, lourd de conséquences…

Il y a des acteurs et des actrices qui fascinent dès qu’ils apparaissent à l’écran, qui subjuguent, qui laissent sans voix, même quand justement nous ne les entendons pas, juste par leur présence physique, leur charisme, leur regard, leurs expressions. C’est le cas de l’exceptionnelle Nina Hoss, née à Stuttgart en 1975, muse du réalisateur Christian Petzold avec lequel elle a déjà tourné à six reprises depuis 2001, du téléfilm Dangereuses rencontresToter Mann à Phoenix (2014), en passant par L’Ombre de l’enfantWolfsburg (2003), Yella (2007, Ours d’argent de la meilleure actrice à la Berlinale), Jerichow (2008) et bien sûr l’extraordinaire Barbara (2012). Comme sa compatriote Hanna Schygulla avant elle, Nina Hoss hypnotise le spectateur de son talent gigantesque, aussi bien sur scène que sur le grand écran. Dans L’AuditionDas Vorspiel, le deuxième long-métrage de la réalisatrice (et actrice) Ina Weisse (Der Architekt, 2008), la comédienne est à nouveau épatante dans un rôle foncièrement ambigu, dans lequel elle s’impose et marquera autant l’esprit des cinéphiles que dans Gold (2013) de Thomas Arslan et dernièrement dans Retour à MontaukRückkehr nach Montauk (2017) de Volker Schlöndorff. Si certains penseront inévitablement à l’explosif Whiplash (2014) de Damien Chazelle, L’Audition se rapproche surtout du cinéma de Michael Haneke, de La Pianiste bien sûr, mais en trouvant sa propre singularité, avec une émotion à fleur de peau doublée d’un malaise palpable, qui s’installe et se développe jusqu’à la dernière seconde. Pour son impressionnante prestation, Nina Hoss s’est vue décerner le Prix de la meilleure actrice au Festival International du film de San Sebastián.

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Test DVD / Le Prince des chats, réalisé par Ota Koval

LE PRINCE DES CHATS (Kocicí princ) réalisé par Ota Koval, disponible en DVD le 2 mars 2021 chez Artus Films.

Acteurs : Pavel Hachle, Zaneta Fuchsová, Winfried Glatzeder, Jana Andrsová-Vectomová, Vlastimil Hasek, Bohumil Vávra, Alena Kreuzmannová, Jana Andresíková…

Scénario : Ota Hofman & Ota Koval

Photographie : Andrej Barla

Musique : Lubos Sluka

Durée : 1h18

Date de sortie initiale : 1979

LE FILM

En Bohême, une famille doit emménager dans un vieux château, les parents devant y travailler. Les enfants Raduk et Teresa explorent les longs couloirs avec leur petit chat, en évitant le ténébreux Albert, le maître des lieux qui n’aime pas les chats. Ce dernier blessant leur chatte, les enfants trouvent un passage derrière un tableau, qui les conduira dans un pays merveilleux, duquel ils devront ramener l’élixir de vie, après avoir affronté maints dangers.

Le Prince des chatsKocicí princ est un conte de fées tchécoslovaco-est-allemand, réalisé par Ota Koval, sorti sur les écrans en 1979. Ici, point d’adaptation d’un élément tiré des Mille et Une Nuits, des écrits des frères Grimm, d’Andersen ou de Charles Perrault, puisqu’il s’agit d’une histoire complètement originale coécrite par le cinéaste et l’écrivain Ota Hofman, tous les deux étant spécialisés dans les récits dédiés aux enfants et aux jeunes adultes. Tourné dans de magnifiques décors naturels (Tierpark Berlin, ou dans les environs de Dresde et de Prague) ou reconstitués dans les studios Barrandov de Prague, Le Prince des chats est une sorte d’Histoire dans finThe NeverEnding Story avant l’heure, puisque l’intrigue transforme nos deux très jeunes protagonistes, en héros d’aventures qui devront mener une quête teintée de magie, pour pouvoir rentrer chez eux et sauver celle pour qui ils vont risquer leur existence, leur chatte. Film très court, ramassé sur 78 minutes, Le Prince des chats conserve un charme vintage indéniable, même si l’on ne peut s’empêcher de penser que certains animaux ont été malmené sur le plateau, à l’instar de ce chat tout simplement balancé dans les airs durant le générique, sur lequel les cartons se figent et le montrent effrayé. Évidemment, cela ne va sûrement pas aussi loin que le tournage cruel des Aventures de Chatran, film japonais, remanié aux Etats-Unis, où plusieurs dizaines de félins avaient semblent-ils été sacrifiés, mais il est évident que les chats vus dans le film ont été « forcés » dans quelques scènes. Heureusement, ces séquences sont plutôt limitées et le reste du temps, le spectacle est joliment assuré et bourré d’imagination.

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Test DVD / L’Histoire du Petit Muck, réalisé par Wolfgang Staudte

L’HISTOIRE DU PETIT MUCK (Die Geschichte vom kleinen Muck) réalisé par Wolfgang Staudte, disponible en DVD le 2 mars 2021 chez Artus Films.

Acteurs : Thomas Schmidt, Johannes Maus, Friedrich Richter, Trude Hesterberg, Alwin Lippisch, Silja Lesny, Heinz Kammer, Gerhard Hänsel…

Scénario : Peter Podehl & Wolfgang Staudte, d’après le conte de Wilhelm Hauff

Photographie : Robert Baberske

Musique : Ernst Roters

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1953

LE FILM

Pour faire cesser les moqueries d’enfants turbulents, le vieux potier bossu Muck leur raconte son histoire : orphelin très jeune, Muck partit dans le désert à la recherche du marchand de bonheur. Séquestré par une sorcière, il parvint à lui échapper, emportant au passage un bâton magique et une paire de babouches enchantées. Il s’en alla alors tenter sa chance à la cour du sultan.

Vous n’aviez jamais entendu parler de L’Histoire du Petit Muck ? Nous non plus. Pourtant, sachez que Die Geschichte vom kleinen Muck a fait autant d’entrées dans les salles de la République démocratique allemande que Le Petit Monde de don Camillo (1952) ou que La Grande illusion (1947) de Jean Renoir en France, soit près de 13 millions de spectateurs, pour une population qui en comptait 16 millions. Il restera le plus grand succès de l’histoire du cinéma de la RDA. C’est dire le succès colossal, le triomphe, le phénomène de ce Petit Muck complètement inconnu au bataillon dans nos contrées. Le film est l’adaptation du conte de fées éponyme de l’écrivain et poète Wilhelm Hauff, que l’on trouve dans un recueil intitulé Die KarawaneLa caravane, publié en 1825, qui avait déjà fait l’objet de plusieurs transpositions au cinéma et ce dès 1921 (Der kleine Muk, par Wilhelm Prager), puis en 1938 à travers un court-métrage d’animation soviétique (Malenkiy Muk par Olga Khodatayeva), et enfin en 1944 avec Der kleine Muck de Franz Fiedler. Et l’on arrive au film qui nous intéresse aujourd’hui, un blockbuster de l’époque qui bénéficiait alors d’un budget conséquent (le plus gros jamais alloué à un film par le studio), où l’argent se voit à l’écran du début à la fin. Rempli de couleurs et d’effets spéciaux (par ailleurs très réussis et au charme fou), L’Histoire du Petit Muck est un vrai spectacle pour les petits et les autres.

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Test DVD / Lovecraft Country – Saison 1

LOVECRAFT COUNTRY – SAISON 1, disponible en DVD et Blu-ray le 17 février 2021 chez HBO et Warner Bros.

Acteurs : Jurnee Smollett, Jonathan Majors, Aunjanue Ellis, Wunmi Mosaku, Abbey Lee, Jamie Chung, Jada Harris, Michael Kenneth Williams, Jordan Patrick Smith…

Scénario : Misha Green, Shannon Houston, Kevin Lau, Matt Ruff, Wes Taylor, Ihuoma Ofordire, Jonathan I. Kidd & Sonya Winton, d’après le roman de Matt Ruff.

Musique : Laura Karpman & Raphael Saadiq

Durée : 10 épisodes de 55 minutes

Date de sortie initiale : 2020

LA SAISON 1

Atticus Freeman, un jeune homme de 25 ans, son amie Letitia et son oncle George embarquent dans un road trip, à travers les États-Unis des années 1950 durant les lois Jim Crow (qui introduisaient la ségrégation dans les services publics, les lieux de rassemblement et restreignaient les interactions sociales entre Blancs et gens de couleur au strict minimum), dans l’objectif de retrouver son père disparu. Commence alors une bataille pour survivre et surpasser le racisme de l’Amérique blanche, tout en affrontant des monstres terrifiants qui semblent tout droit sortis des écrits de Lovecraft.

« H.P. Lovecraft était un écrivain d’horreur extrêmement influent, populaire et talentueux, mais aussi un suprémaciste blanc notoire. Les gens de couleur étaient jusqu’à présent privés des fictions populaires dites de genre, réservées au monde des blancs ». Voilà l’extrait d’une interview de la showrunneuse Misha Green, réalisée à l’occasion de la diffusion sur HBO de la série Lovecraft Country dès août 2020. N’y allons pas par quatre chemins, cette adaptation du roman éponyme de Matt Ruff (2016) est un plantage monumental, qui partait pourtant sur de très bonnes bases et un épisode pilote très intéressant et prometteur, par ailleurs mis en scène par le français Yann Demange (‘71). Malheureusement, on déchante dès le deuxième épisode, d’une part parce que la série bifurque brutalement vers le fantastique et le pseudo-épouvante, d’autre part pour son aspect gloubi-boulga, sa morale douteuse (Jordan Peele étant de la partie, il n’y a donc aucune surprise et tous les blancs sont les vrais monstres de la série), l’absence de charisme de l’acteur principal Jonathan Majors, la laideur des effets spéciaux, son scénario qui vire au nawak et qui s’apparente finalement plus à un ersatz de The Mortal Instruments qu’à un hommage aux films de monstres des années 1950-60. Alors oui, on a déjà vu pire, mais allez au bout des dix épisodes de Lovecraft Country est pénible et harassant, surtout que la série ne va sûrement pas en s’améliorant au fil d’une intrigue qui devient incompréhensible, prétentieuse et involontairement comique. Passez votre chemin.

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Test DVD / Miss, réalisé par Ruben Alves

MISS réalisé par Ruben Alves, disponible en DVD et Blu-ray le 17 février 2021 chez Warner Bros. Entertainment France.

Acteurs : Alexandre Wetter, Pascale Arbillot, Isabelle Nanty, Thibault de Montalembert, Stéfi Celma, Quentin Faure, Moussa Mansaly, Hedi Bouchenafa…

Scénario : Elodie Namer, Ruben Alves & Cecilia Rouaud

Photographie : Renaud Chassaing

Musique : Lambert

Durée : 1h43

Année de sortie : 2020

LE FILM

Alex, petit garçon gracieux de 9 ans qui navigue joyeusement entre les genres, a un rêve : être un jour élu Miss France. 15 ans plus tard, Alex a perdu ses parents et sa confiance en lui et stagne dans une vie monotone. Une rencontre imprévue va réveiller ce rêve oublié. Alex décide alors de concourir à Miss France en cachant son identité de garçon. Beauté, excellence, camaraderie… Au gré des étapes d’un concours sans merci, aidé par une famille de cœur haute en couleurs, Alex va partir à la conquête du titre, de sa féminité et surtout, de lui-même…

Chaque année, le cinéma français présente – forcément à un moment ou à un autre – un film qui surfe sur les questions politico-sociales qui font bouillir la marmite des journalistes et des journaleux (ou journal-haineux, c’est selon), en se donnant bonne conscience, en pensant dénoncer les préjugés, les amalgames, les discours extrémistes, etc, dans l’espoir de faire évoluer les mentalités, tout en se défendant d’être militant. Révélé avec son premier long-métrage, La Cage dorée, un « feel-good movie » sans prétention qui avait su attirer plus d’1,2 millions de spectateurs dans les salles en avril 2013, Ruben Alves a pris son temps pour écrire et mettre en scène son deuxième film. Mais là où La Cage dorée faisait passer un bon moment aux spectateurs et les faisait rire avec des personnages simples, très attachants, auxquels ils pouvaient s’identifier, le réalisateur tombe dans le piège du film « à message », en livrant un long-métrage qui contredit constamment ce qu’il souhaite véhiculer, autrement dit énumérer les clichés et les caricatures, tout en s’y vautrant comme des cochons dans la gadoue, à l’instar de la séquence désormais inévitable de la danse en boite de nuit filmée au ralenti, ou celle où le personnage marche sur les trottoirs de Pigalle, avec en fond Clara Luciani (on échappe de peu à Christine and the Queens) qui miaule sa chanson Drôle d’époque. Forcément soutenu par une presse bien pensante ou à côté de la plaque (du style 20 minutes où de toute façon on aime tous les films, du moment que le buffet est bon ou que les comédiens posent pour un selfie avec le/la journaliste), Miss n’est rien d’autre qu’un ramassis d’effets éculés sur le sujet qu’il aborde, mais aussi sur ce qu’il est supposé fustiger (le besoin de genrer et de juger ceux qui échappent à la norme) et de rebondissements improbables, où l’orientation/identité sexuelle est dépeinte de telle manière qu’elle ferait passer le Pédale dure (2004) de Gabriel Aghion pour du Michelangelo Antonioni. Et mention spéciale au comédien Alexandre Wetter, à la base mannequin androgyne, qui campe un personnage aussi neurasthénique qu’agaçant à force de multiplier les mimiques de chaton. Bref, Miss est franchement déconseillé, d’une part aux allergiques habituels du cinéma français (pour une fois, ils sont excusés), d’autre part pour tous les autres. On appelle ça un Almodovar de chez Wish.

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Test DVD / Blackbird, réalisé par Roger Michell

BLACKBIRD réalisé par Roger Michell, disponible en DVD le 12 février 2021 chez Metropolitan Films.

Acteurs : Sam Neill, Susan Sarandon, Anson Boon, Kate Winslet, Rainn Wilson, Lindsay Duncan, Bex Taylor-Klaus & Mia Wasikowska.

Scénario : Christian Torpe

Photographie : Mike Eley

Musique : Peter Gregson

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 2020

LE FILM

Lily et son mari Paul, décident de réunir enfants et petits-enfants pour un week-end dans leur maison de campagne. Trois générations d’une même famille se retrouvent, avec Jennifer, l’aînée, son mari Michael et leur fils de 15 ans, Jonathan, mais aussi Anna, la cadette, venue avec Chris, sa compagne. En fait, cette réunion de famille a un but bien particulier : atteinte d’une maladie dégénérative incurable, Lily refuse de subir une fin de vie avilissante et décide de prendre son destin en main. Mais tout le monde n’accepte pas cette décision. Non-dits et secrets remontent à la surface, mettant à l’épreuve et redessinant tous les liens qui unissent les membres de cette famille, alors que le temps des adieux approche…

Honnête technicien honnête, le réalisateur sud-africain Roger Michell (né en 1956), est surtout connu des spectateurs pour le carton mondial de l’année 1999 au cinéma (placé entre La Momie et Toy Story 2, et même devant Le Monde ne suffit pas), Coup de foudre à Notting Hill Notting Hill. Éclectique, passant allègrement du thriller (Dérapages incontrôlésChanging Lanes) au drame (The Mother, avec Daniel Craig qui faisait déjà la duckface), de la comédie (Morning Glory, avec la sublime Rachel McAdams) à l’évocation historique (Week-end royalHyde Park On Hudson), ou alors le tout combiné (The Duke, qui n’est pas encore sorti et qui relate le vol du tableau Portrait du duc de Wellington de Francisco de Goya à la National Gallery en 1961), Roger Michell ne s’est jamais caché d’être pour ainsi dire un « yes man », s’acquittant de sa tâche du mieux possible et en dirigeant solidement un casting toujours attractif. C’est encore une fois le cas pour son dernier film distribué dans les salles, Blackbird, remake du film danois de Bille August Stille hjerte, récompensé à quatre reprises à la Cérémonie des Bodil, l’équivalent de nos Césars en Danemark. Il n’en fallait pas plus à certains producteurs pour en acquérir les droits et de mettre un remake en route. Avec son sujet qui a tout pour faire pleurer dans les chaumières, et qui rappelle d’ailleurs le Frankie d’Ira Sachs sorti en 2019, Blackbird est donc la version américaine de Stille hjerte mise en scène par Roger Michell, drame familial qui repose en très grande partie sur ses interprètes, huit en tout et pour tout, qui réunit Susan Sarandon, Kate Winslet, Mia Wasikowska, Sam Neill, Rainn Wilson, Bex Taylor-Klaus, Lindsay Duncan et Anson Boon. Si l’on comprend d’emblée qu’on ne va pas se taper sur les cuisses devant ce mélodrame, Blackbird vaut pour le jeu maîtrisé et sans faute de cette distribution haut de gamme, ainsi que pour son approche d’un sujet qui avait tout pour faire peur, mais qui évite de tomber dans le pathos ou les effets souvent repoussants du récit basique sur la maladie.

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