Test Blu-ray / Le Sexe fou, réalisé Dino Risi

LE SEXE FOU (Sessomatto) réalisé par Dino Risi, disponible en DVD et Blu-ray le 24 juin 2020 chez LCJ Editions.

Acteurs : Giancarlo Giannini, Laura Antonelli, Alberto Lionello, Duilio Del Prete, Paola Borboni, Carla Mancini…

Scénario : Ruggero Maccari, Dino Risi

Photographie : Alfio Contini

Musique : Armando Trovajoli

Durée : 1h55

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

Un valet amoureux de sa patronne, un jeune homme qui souhaite séduire une femme de 70 ans, un couple qui ne prend du plaisir que dans l’agressivité, un autre qui aime les lieux publics pour faire l’amour, un employé qui remplace sa femme par une prostituée, un donneur de sperme, une veuve qui venge son mari en épuisant sexuellement l’assassin, un paysan trompé par la femme qu’il aime, un couple qui invite un employé du mari pour raviver la flamme qui les unit… Tant d’histoires tournant autour de la question de l’érotisme en Italie.

Après Les Monstres (1963), Une poule, un train… et quelques monstres (1969) et Moi, la femme (1971), Dino Risi réalise un nouveau film à sketches en 1973 intitulé Le Sexe fou – Sessomatto. Il y dirige Giancarlo Giannni et Laura Antonelli dans neuf segments à travers lesquels ce magnifique couple endosse plusieurs personnages drôles, mélancoliques, monstrueux, en changeant d’apparences physiques à chaque fois. Avec son sens unique et acéré de la satire, Dino Risi égratigne dans Le Sexe fou les pratiques sexuelles de ses concitoyens tout en dressant un portrait au vitriol de l’être humain.

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Test Blu-ray / Emanuelle et les derniers cannibales, réalisé par Joe d’Amato

EMANUELLE ET LES DERNIERS CANNIBALES (Emanuelle e gli ultimi cannibali) réalisé par Joe d’Amato, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre le 7 juillet 2020 chez Artus Films.

Acteurs : Laura Gemser, Gabriele Tinti, Nieves Navarro, Donald O’Brien, Percy Hogan, Mónica Zanchi, Annamaria Clementi, Geoffrey Copleston…

Scénario : Romano Scandariato, Joe D’Amato

Photographie : Joe D’Amato

Musique : Nico Fidenco

Durée : 1h29

Année de sortie : 1977

LE FILM

Travaillant dans un hôpital psychiatrique, Emanuelle découvre un étrange signe tribal tatoué sur le ventre d’une jeune fille. Cette dernière pourrait bien avoir été en contact avec une tribu de mangeurs d’hommes, pourtant supposés disparus de la région. Intriguée, Emanuelle décide de se rendre dans la forêt amazonienne pour y percer le mystère. Elle va y découvrir que les cannibales sévissent toujours, avides de chair fraîche et de boyaux fumants…

Aaaaah Emanuelle, à ne pas confondre avec Emmanuelle (avec deux M donc) puisqu’il fallait faire attention au copyright, mais bel et bien Emanuelle ou plus précisément Black Emanuelle pour ceux qui auront entre autres connu, comme l’auteur de ces mots, la troisième partie de soirée du dimanche sur M6 dans les années 1980-1990. Petits coquins. Suite au triomphe international d’Emmanuelle en 1974, réalisé par Just Jaeckin, avec huit millions d’entrées rien qu’en France où le film restera plus de douze ans à l’affiche, certains producteurs ont de la suite dans les idées. Evidemment, le pays que ce succès affole est l’Italie. Si Erika Blanc avait été la première à interpréter le personnage dans Moi, EmmanuelleIo, Emmanuelle (1969), la comédienne l’ayant véritablement immortalisé, au point de devenir une icône érotique, demeure la sublimissime Laura Gemser. L’actrice et costumière – même si on la connaît mieux dévêtue – italienne d’origine indonésienne incarnait déjà une masseuse dans Emmanuelle l’antivierge (ou Emmanuelle 2), avant de se voir confier le rôle-titre la même année, 1975 donc, dans Black EmanuelleEmanuelle nera, ou Black Emanuelle en Afrique, de Bitto Albertini. C’est une explosion. Désormais, Mae Jordan, dite Emanuelle, reporter-photographe devient aussi célèbre que son modèle néerlandais Sylvia Kristel. Née en 1950, Laura Gemser interprétera Emanuelle dans une dizaine de longs-métrages, dont Black Emanuelle en Amérique Emanuelle in America, Black Emanuelle autour du monde Emanuelle, Perché violenza alle donne ? et Viol sous les tropiquesEmanuelle e gli ultimi cannibali, tous les trois réalisés en 1977 par Joe D’Amato. Ce dernier est sans nul doute l’un des épisodes les plus ahurissants, inclassables et étonnants de la saga Black Emanuelle. Mélange d’érotisme, forcément, et de gore avec des séquences bien dégueulasses, Emanuelle et les derniers cannibales reste une grande référence pour les amateurs de cinéma Bis, mais aussi pour certains réalisateurs comme Eli Roth qui n’a cessé de l’évoquer lors de la promotion de son génial Green Inferno (2013).

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Test DVD / Ta gueule, je t’aime !, réalisé par Serge Korber

TA GUEULE, JE T’AIME ! réalisé par Serge Korber, disponible en DVD depuis le 15 juillet 2016 chez LCJ Editions

Acteurs : Brigitte Lahaie, Henri Czarniak, Michèle Perello, Anne Libert, Pierre Danny, Jean-Loup Philippe, Anne Libert, France Lomay…

Scénario : Christian Watton

Photographie : Gérard Loubeau

Musique : Roger Candy

Durée : 1h16

Date de sortie initiale : 1980

LE FILM

À la suite d’un accident lors d’une promenade en voiture, Fanny et Marco se retrouvent dans la luxueuse maison de campagne d’Henry, le garagiste qui les a secourus mais qui est aussi un ancien copain de régiment de Marco. Tous les habitants de la maison, de la femme d’Henry au livreur de yaourt, en passant par le curé, sont obsédés par le sexe et chacun s’en donne à cœur joie.

Serge Korber (né en 1936), c’est avant tout le réalisateur du merveilleux Un idiot à Paris (1967), adapté du roman éponyme de René Fallet et sans doute le plus beau rôle de Jean Lefebvre au cinéma. Il y a aussi les deux collaborations avec Louis de Funès, L’Homme orchestre (1970) et Sur un arbre perché (1971), deux des pires films de Fufu. A la même période, Serge Korber met en scène quelques films pornographiques sous le pseudo de John Thomas, dans lesquels il fera tourner son acteur fétiche, Richard Darbois, devenu l’immense comédien de doublage que l’on connaît depuis plus de quarante ans. S’enchaîneront des œuvres aux titres fleuris tels que Hard Love (1975), A bout de sexe (1975), Dans la chaleur de Julie (1975), L’Essayeuse (1976), L’Odyssée de l’extase (1977) et Pornotissimo (1977). Pour Ta gueule, je t’aime !, John Thomas redevient Serge Korber, même s’il s’agit d’une comédie polissonne dans laquelle jouent les divines Cathy Stewart (Les Gourmandes de sexe, Bouches expertes), Brigitte Lahaie (la même année que Pénétrations méditerranéennes et Six Suédoises à la pompe), Michèle Perello (Prenez la queue comme tout le monde, Les Deux gouines), Anne Libert (Les Expériences érotiques de Frankenstein, Les Confidences érotiques d’un lit trop accueillant) et France Lomay (Vicieuses pour hommes seuls, Je suis une petite cochonne). Un beau programme en perspective ! Sauf que Ta gueule, je t’aime ! est en fait une comédie de boulevard avec quelques touches coquines qui ne vole pas bien haut. Enormément de longueurs, de lourdeurs et surtout un manque d’intérêt plombent constamment le film de Serge Korber. Demeure surtout Brigitte Lahaie, dont les costumes n’ont visiblement pas coûté bien cher, puisqu’en dehors d’une scène de repas la comédienne apparaît dans le plus simple appareil à chaque apparition, arborant seulement une paire de chaussures à talons hauts. C’est déjà ça de pris.

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Test DVD / Le Bijou d’amour, réalisé par Patrice Rhomm

LE BIJOU D’AMOUR réalisé par Patrice Rhomm, disponible en DVD depuis le 9 janvier 2020 chez LCJ Editions

Acteurs : Joëlle Le Quément, Danielle Troger, Carmelo Petix, Thierry de Brem, Brigitte Lahaie, Muriel Vatel, Jacques Manteil…

Scénario : Patrice Rhomm

Photographie : Alain Hardy

Musique : Daniel J. White

Durée : 1h21

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Adrien, un journaliste spécialisé en affaires étranges, chargé de faire un reportage sur un homme supposé tout connaître des succubes, rencontre une femme à l’entrée d’un cimetière. C’est le début d’une aventure extraordinaire. Notre héros est transporté dans un univers étrange au cœur d’une caverne mystérieuse où s’incarnent les sept péchés capitaux les plus érotiques qu’il puisse recevoir.

« Le Bijou d’amour ! La ronde des péchés capitaux…et capiteux » (dixit la bande-annonce).

En 1978, Brigitte Lahaie n’en est qu’à ses débuts dans le cinéma pornographique. Mais Le Bijou d’amour n’est pas un film hard, même si interdit aux moins de 18 ans à sa sortie. Il s’agit d’un film érotique, érotico-fantastique en fait. Qui plus est, la belle Brigitte n’apparaît en tout et pour tout que deux minutes dans Le Bijou d’amour, au tout début du long métrage, à califourchon sur celui qui sera le véritable héros de notre « histoire », Jacques Manteil, la pauvre « victime » qui devra « affronter » quelques demoiselles, sept diablesses lubriques qui vont abuser de son pauvre corps et s’éclater sur son ventre rebondi. Brigitte Lahaie, qui venait d’enchaîner Vibrations sexuelles, Suprêmes jouissances, Sarabande porno, Entrecruisses, Je suis une belle salope, C’est la fête à mon cul, Arrête, tu me déchires, Rentre c’est bon, est donc une « caution ». Outre les nombreuses scènes de cul, les éléments fantastiques sont amusants et l’ensemble se tient assez bien.

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Test Blu-ray / Coffy, la panthère noire de Harlem, réalisé par Jack Hill

COFFY, LA PANTHÈRE NOIRE DE HARLEM (Coffy) réalisé par Jack Hill, disponible en Blu-ray le 9 septembre 2019 chez BQHL Editions

Acteurs : Pam Grier, Booker Bradshaw, Robert DoQui, William Elliott, Allan Arbus, Sid Haig, Barry Cahill, Lee de Broux, Ruben Moreno…

Scénario : Jack Hill

Photographie : Paul Lohmann

Musique : Roy Ayers

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

Coffy, infirmière le jour et justicière la nuit. Lorsqu’elle découvre qu’un dealer a entraîné sa jeune soeur dans l’univers impitoyable de la drogue, elle met non seulement fin à la misérable existence du criminel mais prend également la ferme résolution de suivre sa trace afin de remonter la filière. La soif de vengeance de Coffy n’aura alors plus de cesse, mais elle va se rendre compte que les apparences sont parfois trompeuses…

Aaaaah Pam Grier !!!! La Blaxploitation, les fringues Saint Maclou, les coupes de cheveux hors normes mouillées de brillantine pailletée, les pimps flamboyants, ces bandes-originales exquises et sensuelles…et des héros bad-ass ! Coffy ou Coffy, la panthère noire de Harlem, réalisé par Jack Hill (né en 1933) et sorti en 1973 demeure l’un des fleurons de ce courant d’exploitation qui aura bercé moult cinéphiles. Pam Grier aura également affolé les hormones de nombreux spectateurs et porte littéralement le film sur ses épaules. Symbole de la Blaxploitation, la comédienne âgée de 24 ans était apparue auparavant dans The Big Doll House, déjà réalisé par Jack Hill en 1971 et produit par Roger Corman, film de prison pour femmes, sous-genre dans lequel elle récidivera la même année dans Femmes en cagesWomen in Cages de Gerardo de Leon, toujours produit par le grand Roger. Définitivement lancée, Pam Grier multiplie ses apparitions et les premiers rôles. Elle retrouve Jack Hill pour The Big Bird Cage (1972), avant d’enchaîner avec Coffy, la panthère noire de Harlem. Sur une formidable bande-son signée par le compositeur Roy Ayers, ce titre-phare de la Blaxploitation reste un formidable divertissement, bourré de charme, violent, marqué par un humour noir délicieux (ces punchlines de la mort qui tue, la gratuité des scènes dénudées) et le sex-appeal explosif de son interprète principal.

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Test Blu-ray / Jours tranquilles à Clichy, réalisé par Claude Chabrol

JOURS TRANQUILLES À CLICHY réalisé par Claude Chabrol, disponible en DVD et Blu-ray chez LCJ Editions

Acteurs : Andrew McCarthy, Nigel Havers, Barbara De Rossi, Stéphanie Cotta, Isolde Barth, Eva Grimaldi, Anna Galiena, Giuditta Del Vecchio, Stéphane Audran, Mario Adorf…

Scénario : Claude Chabrol, Ugo Leonzio d’après le roman d’Henry Miller

Photographie : Jean Rabier

Musique : Jean-Michel Bernard, Luigi Ceccarelli, Matthieu Chabrol

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 1990

LE FILM

Au seuil de la mort, l’écrivain Henry Miller se souvient de sa vie parisienne des “Années folles”, de son amitié avec Alfred, de ses conquêtes féminines, de Nys…

Quand le cul le plus chaud de Paris est réduit en cendres…

Jours tranquilles à Clichy, c’est en quelque sorte le vilain petit canard dans la filmographie de Chacha, Claude Chabrol, une œuvre qui aurait plus ou moins été reniée par son auteur, un bide commercial retentissant avec seulement 90.000 spectateurs à sa sortie en mai 1990. Pourtant, si l’on accepte le fait que cette chronique soit hors-série dans l’oeuvre du cinéaste, Jours tranquilles à Clichy n’a rien de déplaisant. Certes, Chabrol a souvent tendance à se prendre ici pour Federico Fellini, d’ailleurs son film est une co-production italienne, mais il y a de bonnes choses dans ce fourmillement de personnages, de fêtes et d’orgies.

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Test DVD / Escalofrío, réalisé par Carlos Puerto

ESCALOFRIO réalisé par Carlos Puerto, disponible en DVD le 20 août 2019 chez Uncut Movies

Acteurs : Ángel Aranda, Sandra Alberti, Mariana Karr, José María Guillén, Manuel Pereiro, Luis Barboo, José Pagán, Isidro Luengo…

Scénario : Carlos Puerto

Photographie : Andrés Berenguer

Musique : Librado Pastor

Durée : 1h19

Année de sortie : 1978

LE FILM

Après s’être fait accoster par un couple avenant affirmant les connaitre, un homme et sa femme acceptent l’invitation chaleureuse à passer un moment dans leur magnifique demeure. Mais les choses se déroulent étrangement et visiblement, le couple a une idée précise en tête, et verse dans les pratiques sombres de la magie noire…

« Le mal et Satan existent ». Ainsi démarre Escalofrío, deuxième long métrage de fiction du réalisateur Carlos Puerto, auparavant l’auteur de deux documentaires, Entre el carbón y el mar (1965) et Recuerdo de Rosalía de Castro (1970), et d’El francotirador (1978), son premier film et thriller avec le légendaire Paul Naschy. Egalement scénariste du Continent fantastiqueViaje al centro de la Tierra (1977) inspiré par le chef d’oeuvre de Jules Vernes, Voyage au centre de la Terre, Carlos Puerto se lance dans l’écriture d’Escalofrío. Ce film érotico d’épouvante produit par Juan Piquer Simón, également connu sous les titres Le Sang de Satan et Satan’s Blood, est pour ainsi dire entré dans les livres d’histoire, puisqu’il s’agit d’un des tous premiers à avoir subi les foudres de la censure post-franquiste et à avoir été classé « S », qui correspondait à l’interdiction formelle aux mineurs, en raison de son contenu jugé hautement érotique et violent. Ça c’était pour le situer dans son contexte historico-politique. Aujourd’hui, Escalofrío demeure un joli tour de force, sulfureux comme il le faut, à la fois intrigant, bandant et inquiétant, bref, belle réussite que cette perle rare emblématique de l’âge d’or du cinéma fantastique espagnol.

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Test Blu-ray / La Revanche des mortes-vivantes, réalisé par Pierre B. Reinhard

LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES réalisé par Pierre B. Reinhard, disponible en combo Blu-ray/DVD chez Le Chat qui fume

Acteurs : Cornélia Wilms, Kathryn Charly, Anthea Wyler, Véronik Catanzaro, Sylvie Novak, Laurence Mercier, Patrick Guillemin, Georges Lucas, Michel Tugot-Doris…

Scénario : Jean-Claude Roy

Photographie : Henry Frogers

Musique : Christopher Ried

Durée : 1h22

Année de sortie : 1987

LE FILM

Sur une route de campagne, en France, un motard suit un camion-citerne transportant du lait et profite de l’arrêt du véhicule pour introduire un produit toxique dans la cuve. Plus tard, dans un village avoisinant, une future mariée s’effondre après avoir bu un verre de lait. Une mort violente que suivent de près celles de deux autres jeunes femmes dans un bar. Point commun reliant les victimes : toutes trois travaillaient dans une usine d’engrais agricoles. Tandis que les soupçons se portent vers son directeur, les trois victimes sortent de leur tombe à la nuit tombée !

« Alors mon beau chimiste ? Qu’est-ce que tu dirais d’une petite expérience ? On pourrait essayer des trucs plus physiques ? »

« Hein ? Qu’est-ce que tu veux ? »

« Ce n’est pas très poli Christian ! N’oublie pas que je suis sa secrétaire ! Et que toi tu n’es rien ! Sinon l’amant de sa femme ! »

« Continue ! Parle plus fort ! Tout le monde entendra ! C’est ce que tu veux ? »

« Je ne veux plaire qu’à toi Casanova ! »

« Elle est folle ! Qu’est-ce que tu fous à moitié à poil ? Y’a beaucoup de gens qui t’ont vu faire prendre l’air à tes nibards ? Ou on t’a embauché pour faire des heures sup’ chez Playtex !? »

Voilà un petit extrait des dialogues épicés de La Revanche des mortes-vivantes réalisé par Pierre B. Reinhard, crédité ici sous le pseudonyme de Peter B. Harsone. Spécialisé dans le porno (également sous le nom de Mike Strong), on lui doit quelques œuvres aux titres romantiques du genre Pénétrations multiples, Le nain assoiffé de perversité, James Bande contre O.S.Sex 69, Outrages transsexuels des petites filles violées et sodomisées ou bien encore Petits Trous déchirés, salopes par-derrière, Pierre B. Reinhard propose un divertissement gratiné entre film d’épouvante et érotisme soft, le tout souligné par des répliques qui semblent tout droit tirées d’un gros boulard des années 1970. Cette récréation éminemment sympathique, très drôle, foncièrement absurde n’en demeure pas moins animée par une véritable envie de cinéma, de faire plaisir aux spectateurs, alors peu dupes quant à la qualité relative du produit qu’on lui propose. La Revanche des mortes-vivantes joue avec les codes du film de zombies, passés à la sauce franchouillarde où le réalisateur ne peut s’empêcher de rajouter quelques boobs et pubis qui se confondent avec les motifs fleuris du papier peint et les partis pris quelque peu douteux de la photographie. En résulte un film fourre-tout, très drôle, gentiment gore (la fausse couche avec bébé apparent fait son effet) et au final nawak, le tout martelé par une bande originale très soignée signée Christopher Reid.

Un conducteur de camion-citerne contenant du lait prend en stop Sonia, une jeune fille peu farouche. Il s’arrête avec elle dans un moulin abandonné et un complice de cette dernière (qui en fait est une prostituée en mission) en profite pour verser dans la citerne un produit toxique. Très vite, trois jeunes femmes qui ont consommé ce lait contaminé meurent instantanément. On apprend que cette manœuvre est orchestrée par Brigitte, la secrétaire d’Alphan, le patron de l’usine de lait O.K.F., afin de le faire chanter. De mèche avec une autre prostituée, elle filme les ébats d’Alphan préalablement drogué. Parallèlement, Alphan confie l’évacuation de ses déchets toxiques à Nimier, un aventurier sans scrupules. Celui-ci déverse le produit dans le cimetière local, le liquide se répand dans le sol et atteint les tombes des trois jeunes victimes qui se transforment en mortes-vivantes. Celles-ci vont s’efforcer d’éliminer les uns après les autres tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué à leur mort.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le scénariste et producteur Jean-Claude Roy, lui-même metteur en scène de films érotiques et pornographiques (La grande enfilade, À pleine bouche, Couple cherche esclave sexuel) se fait plaisir en imaginant les meurtres qui ponctuent cette Revanche des mortes-vivantes. Une femme est énucléée, une autre transpercée par une lame enfoncée dans le vagin, un homme est émasculé avec les dents, un autre est noyé dans sa piscine. Futur réalisateur du mythique Diable rose avec Roger Carel, Pierre Doris et surtout Brigitte Lahaie, Pierre B. Reinhard emballe son film avec les moyens mis à sa disposition (les autocollants sont mal ajustés sur les portières, les noms inscrits sur les tombes sont de travers, le générique contient quelques fautes d’orthographe comme « dialouges » et « concetpion musicale »), dans quelques coins paumés de la Sarthe (à La Ferté Bernard plus exactement), la machine à brouillard turbinant à fond pour instaurer quelques ambiances à la nuit tombée. Les acteurs, tous très mauvais (un certain Georges Lucas est crédité au générique dans le rôle du gardien du cimetière), récitent leurs dialogues (en post-synchronisation souvent décalée avec le mouvement des lèvres des comédiens) sans y croire une seconde et pour la plus grande satisfaction des spectateurs avides de série Z.

Car bien sûr, La Revanche des mortes-vivantes ne cherche pas à se donner des airs de film plus ambitieux, même si le carton final ne peut s’empêcher de citer Les Diaboliques d’Henri-Georges Clouzot, quant au rebondissement final à ne pas dévoiler. Toutefois, le film n’est pas dénué de qualités, comme notamment les maquillages réalisés par un débutant du nom de Benoît Lestang (1964-2008), qui allait devenir l’un des plus grands spécialistes français en la matière en contribuant à des œuvres aussi variées que La Cité des enfants perdus, Martyrs, en passant par Le Pacte des loups et Arsène Lupin. Une chose est sûre, c’est qu’aujourd’hui La Revanche des mortes-vivantes conserve un charme rétro évident, que le film est devenu culte auprès de nombreux spectateurs et que son capital sympathie est total.

LE BLU-RAY

La Revanche des mortes-vivantes proposé en Haute-Définition ! EN BLU-RAY !!! Vous vous rendez compte ? A cette occasion, Le Chat qui fume a déroulé le tapis-rouge au film de Pierre B. Reinhard avec un superbe Digipack 3 volets, le tout glissé dans un étui cartonné liseré rouge. Cette édition comprend le DVD, le Blu-ray, ainsi que le CD de la bande originale de Christopher Reid (42’), éditée par Omega Productions Records. Egalement glissé dans le Digipack, nous trouvons un encart de deux pages écrit par Christophe Lemaire. Edition limitée à 1000 exemplaires.

On commence cette interactivité avec une interview de Pierre B. Reinhard (26’). Le réalisateur de La Revanche des mortes-vivantes revient sur ses études aux Beaux-Arts, puis sur ses débuts au cinéma comme stagiaire auprès de cinéastes tels que René Clair et Henri Verneuil. C’est alors qu’il souhaite apprendre le montage et qu’il rencontre Léon Kikoïne, qui lui présente à son tour son fils Gérard, qui allait lui apprendre les ficelles du métier sur des films pornographiques. Pierre B. Reinhard évoque également sa rencontre avec Claude Mulot, ses premières mises en scène et explique qu’il n’a jamais été friand des films d’horreur. Il revient sur les conditions de tournage du film qui nous intéresse (-18 degrés dans un patelin de la Sarthe), sur les effets spéciaux réalisés par Benoît Lestang, sur la sortie de La Revanche des mortes-vivantes, sur la fin alternative et la transformation des circuits de distribution à la fin des années 1980.

Dans un document d’archives datant de 2005, le scénariste et producteur Jean-Claude Roy et le responsable des effets spéciaux Benoît Lestang partagent leurs souvenirs et anecdotes sur La Revanche des mortes-vivantes (16’30), tout en se remémorant leur rencontre par l’intermédiaire de Jean Rollin. Visiblement très complices, les deux hommes, aujourd’hui décédés, s’attardent sur le casting des comédiennes, la censure, le succès du film avec 50.000 entrées à Paris, 200.000 entrées sur 20 copies distribuées sur toute la France.

Nous retrouvons Benoît Lestang dans un entretien réalisé en 2008 à l’occasion de la sortie dans les bacs du DVD de Martyrs de Pascal Laugier (15’). Recevant deux journalistes dans son atelier, le magicien des effets spéciaux présente quelques-unes de ses réalisations et parle de son travail, de ses débuts, de sa rencontre avec Jean Rollin. Véritable artisan et passionné par son métier, Benoît Lestang évoque également The Thing de John Carpenter, sa visite de l’atelier de Rick Baker à Los Angeles, les effets de Men In Black et clôt cette interview en parlant du rouleau compresseur des images numériques. Il précise avoir été estomaqué par le rendu du personnage de Davy Jones, interprété par Bill Nighy dans Pirates des Caraïbes : Le Secret du coffre maudit. Un très beau document.

Il est encore question de Benoît Lestang à travers une rencontre très émouvante et pudique de Christophe Lemaire (33’). Ce dernier dresse un formidable portrait de celui avec lequel il a visiblement fait les 400 coups. « J’ai été le premier à le connaître dans le métier et le dernier à le voir » dit-il en se rappelant leur rencontre au début des années 1980 dans le quartier des Gobelins à Paris. Les anecdotes personnelles et très touchantes s’enchaînent. Christophe Lemaire parle des rencontres déterminantes de Benoît Lestang (Jean Rollin notamment), bourreau de travail qui travaillait sept jours sur sept dans la cave étriquée de ses parents. De sa proximité avec Mylène Farmer (il avait créé la célèbre poupée du clip de Sans contrefaçon) à l’aboutissement de sa carrière sur Martyrs de Pascal Laugier, en passant par son souhait de devenir réalisateur, jusqu’à son suicide, Christophe Lemaire rend un formidable hommage à son ami.

Dernier segment disponible, nous trouvons une petite séquence bêtisier durant laquelle Jean-Claude Roy et Benoît Lestang présentent (ou tentent de présenter plutôt) La Revanche des mortes-vivantes pour sa diffusion sur Ciné FX (2005-4’).

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

Hormis quelques pompages (on parle ici d’image hein petits coquins), de légers fourmillements et une perte de détails sur les scènes sombres, ce master HD de La Revanche des mortes-vivantes tient ses promesses. Les partis pris sont respectés, à savoir les couleurs fanées et grisâtres, quelques plans luminescents, une texture argentique souvent grumeleuse, tout en profitant réellement d’une élévation en Haute-Définition. La propreté n’est jamais prise en défaut, les noirs sont denses, même le réalisateur n’aurait jamais pu penser un jour voir son film aussi net et aussi beau ! C’est kitsch, ça se voit et pourtant cela ravit les yeux. Allez comprendre…

Film français peut-être, mais il semble que les dialogues aient été repris en post-synchronisation dans leur quasi-globalité. Il n’est donc pas rare que le volume change au cours d’un échange entre les voix enregistrées sur le plateau et les répliques reprises dans un second temps. Mention spéciale à la nullité des acteurs encore une fois, avec une nette préférence pour le scientifique et pour le saboteur qui ne peut s’empêcher de s’exprimer en jouant avec les mains. Les voix sont souvent étouffées. L’éditeur joint également les sous-titres anglais, ainsi qu’une piste sonore dans la langue de Shakespeare. N’hésitez pas à visionner quelques scènes (ou tout le film soyons fous) dans cette langue pour comparer les intonations avec celles de la version française.

Crédits images : © OB FILMS / Le Chat qui fume / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Emmanuelle et Françoise, réalisé par Joe D’Amato

EMMANUELLE ET FRANÇOISE (Emmanuelle e Françoise – Le Sorelline) réalisé par Joe D’Amato, disponible en combo Blu-ray/DVD chez Le Chat qui fume

Acteurs :  George Eastman, Rosemarie Lindt, Annie Carol Edel, Patrizia Gori, Maria Rosaria Riuzzi, Massimo Vanni, Eolo Capritti, Giorgio Fieri…

Scénario : Joe D’Amato, Bruno Mattei

Photographie : Joe D’Amato

Musique : Gianni Marchetti

Durée : 1h37

Année de sortie : 1975

LE FILM

Humiliée jour après jour par son petit ami Carlo, Françoise finit par se suicider. Venue reconnaître le corps de sa sœur, Emmanuelle récupère une lettre dans laquelle Françoise relate toutes les souffrances endurées auprès de l’homme qu’elle aimait. Dès lors, Emmanuelle va tout mettre en œuvre pour retrouver Carlo et se venger de la plus cruelle des façons.

Quel film de cinglé ! Emmanuelle et Françoise aka Le Sorelline en version originale, est réalisé en 1975 par le prolifique Joe D’Amato, l’un des multiples pseudonymes (on lui en prête une bonne cinquantaine) du cinéaste, directeur de la photographie, cadreur et scénariste italien Aristide Massaccesi (1936-1999). Près de deux cent films en 27 ans de carrière (de l’horreur, du porno, du western…), un vrai record. 1975 est une « petite » année pour Joe D’Amato, puisqu’il ne réalise que deux longs métrage, là où il est parfois habitué à en boucler plus de vingt en douze mois ! Bill Cormack le fédéré est le premier et le second est bien évidemment celui qui nous intéresse. Emmanuelle et Françoise est un film d’exploitation, sorte de vigilante movie mâtiné de rape & revenge, d’érotisme et d’une touche de cannibalisme, séquence qu’affectionnait le sous-genre de la nazisploitation. Mais pas de relecture du IIIème Reich ici hein, Le Sorelinne est un film bien contemporain et cette séquence de boustifaille pas très catholique, même si évidemment gratuite, n’est là que pour illustrer la psyché chamboulée par la drogue du prisonnier qui perd alors complètement les pédales. Emmanuelle et Françoise est bien sûr un film réservé à un public savamment averti, devant lequel il n’est pas interdit de prendre son pied devant « l’hénaurmité » de la chose. Joe D’Amato ne recule devant aucune faute de (mauvais) goût pour satisfaire alors une audience venue voir le film pour cette raison.

Emmanuelle est bien décidée à venger sa soeur, qui s’est suicidée après avoir réussi à échapper à Carlo, un admirateur sadique et pervers. Après avoir capturé Carlo, elle l’enferme dans une cave, le drogue, et le force à observer des actes sexuels. Carlo, sous l’emprise des drogues, commence à avoir des hallucinations et à rêver de cannibalisme…

Voilà. Le synopsis permet à Joe D’Amato de s’en donner à coeur joie en nous montrant des viols, des boobs, des fesses rebondies, mais aussi des bites, des torses velus, de la sueur. Non seulement ça, le bougre se permet d’éclairer joliment tout ce bazar avec une photo aussi soignée que le cadre. Si ce qui est montré à l’écran est parfois dégueulasse, on ne peut pas dire que la forme le soit. Chef opérateur avant tout, l’ami Joe s’amuse à nous raconter une fable perverse, dépravée, vicieuse, cynique et malsaine, avec sûrement un grand sourire derrière la caméra. De plus, le récit prend son temps sans ennuyer.

La première partie essentiellement constituée de flashbacks retrace l’existence douloureuse de Françoise (belle et fragile Patrizia Gori) auprès de son amant Carlo (vénéneux et puant George Eastwman), qui ne cesse d’abuser d’elle, de l’humilier, de l’exposer, de la prostituer et de la mettre dans les bras d’autres hommes, en guise de monnaie d’échange ou pour rembourser ses dettes de jeu qui s’accumulent. Jusqu’au jour où Françoise, surprenant Carlo dans les bras d’une nouvelle conquête, arrive au bout du rouleau et décide de se jeter sous un train. Elle laisse alors à sa sœur Emmanuelle (Rosemarie Lindt, vue dans Qui l’a vue mourir ? d’Aldo Lado) une lettre où elle lui explique tout. Emmanuelle prépare alors sa vengeance et décide de séduire Carlo en le menant par le bout de la queue, du nez pardon, jusqu’à son habitation où elle parvient à l’enfermer dans une pièce dissimulée et insonorisée derrière un miroir sans tain. Attaché, drogué, Carlo perd pied, mais arrivera-t-il à s’évader ?

Joe D’Amato installe tranquillement ses personnages, avant de se lâcher dans le deuxième acte qui démarre quand Carlo se retrouve prisonnier. Cette fois, le réalisateur (aidé par son coscénariste Bruno Mattei, d’après un film grec de 1969, The Wild Pussycat) en vient aux choses sérieuses, autrement dit aux nanas qui se mettent à oilp, un trio saphique fait place à une séquence hallucinante (sous hallucinogène pourrait-on dire) où des convives commencent à se masturber mutuellement pendant qu’ils dévorent des organes humains, ainsi que quelques membres comme une main ou un pied, devant un George Eastman qui en fait des caisses, les yeux révulsés, la bave aux lèvres. Osons le dire, Emmanuelle et Françoise, considéré comme l’un des meilleurs films de son auteur, est une bonne série B, parfois limite série Z il est vrai, mais qui remplit aisément le contrat signé avec les spectateurs, qui en ont pour leur argent en ce qui concerne le spectacle peu ragoutant et qui permet en même temps de se rincer l’oeil.

C’est là toute la maestria d’un expert en la matière, qui connaissait son taf, qui le faisait bien, qui savait ce qu’on attendait de lui et qui donnait tout pour ne décevoir personne, afin de passer au projet suivant. Mesdames et messieurs, saluons Joe D’Amato.

LE BLU-RAY

Vous avez entre les mains l’édition limitée à 1000 exemplaires d’Emmanuelle et Françoise, destinée à un « public averti et pervers » comme c’est indiqué sur l’étui cartonné ! Le chat qui fume a de nouveau sorti les griffes avec ce superbe Digipack 3 volets, où sont confortablement logés le Blu-ray et les deux DVDs. Le menu principal est animé sur la scène du repas. Le visuel est quant à lui magnifique.

Plus de 2h45 de suppléments au programme !

On commence par un entretien avec le comédien Luigi Montefiori, véritable nom de George Eastman (24’). Egalement scénariste sur une soixantaine de films et réalisateur, l’intéressé ne mâche pas ses mots sur son complice Joe D’Amato, pour lequel il avait une grande affection, qu’il encense en tant que cadreur et directeur de la photographie, mais dont il regrette l’appât du gain qui a eu raison de sa carrière. George Eastman déclare : «Aristide aurait pu s’élever, mais il a au contraire régressé car il se contentait des miettes et restait finalement toujours en ligue 2. Même en Nationale. Je voyais son potentiel, mais ses projets restaient toujours de bas étage». Leurs multiples associations sont passées au peigne fin, ainsi qu’Emmanuelle et Françoise, film qu’il n’apprécie pas beaucoup en raison de ses scènes trash et pour lequel il a repris une grande partie du scénario. Le casting est aussi abordé.

Place à Maria Rosaria Riuzzi, actrice qui incarne Pamela dans Emmanuelle et Françoise, l’une des trois participantes au threesome. Cette interview (14’30) a peu d’intérêt puisque le personnage est évidemment mineur (au sens propre comme au figuré d’ailleurs), mais l’invitée est sympathique et donne quelques informations sur les conditions de tournage.

Ne manquez pas la géniale intervention de Sébastien Gayraud (49’), auteur de Joe D’Amato : Le réalisateur fantôme (dispo chez Artus Films). C’est ici que vous en apprendrez énormément sur le maître de l’horreur et de l’érotisme à l’italienne. Anthropophagous, Blue holocaust, Horrible, références incontournables du gore, la série des Black Emanuelle, icône des années 70, autant de titres connus dans une filmographie inconnue qui traverse tous les genres : western, péplum, Mondo movie, sous Mad Max, héroïc fantasy et jusqu’au porno hard. Des années 60 aux années 90 (tout le monde ou presque se souvient de ses téléfilms érotiques diffusés en troisième partie de soirée le dimanche sur M6), une œuvre  étrange, excessive, outrancière, traversée de bout en bout par une dose de folie. Sexe, violence, démence macabre sont au rendez-vous de cette présentation exceptionnelle sur l’une des références mondiales, Joe D’Amato. Tout cela ne serait pas complet sans l’analyse d’Emmanuelle et Françoise, où les thèmes récurrents du réalisateur comme la frustration, la castration, le voyeurisme sont analysés.

Last but not least, Le Chat qui fume nous offre 79 minutes en compagnie de monsieur Aristide Massaccesi aka Joe D’Amato ! Dans cette émission ponctuée d’extraits et d’une interview de George Eastman, le réalisateur est visiblement très heureux de revenir sur la partie de son incroyable carrière consacrée aux films d’horreur. Quelques-uns de ses plus grands titres sont abordés, les anecdotes s’enchaînent, tout comme les propos sur les acteurs et ses collaborateurs. Les fans vont être aux anges.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

Joe D’Amato était avant tout directeur de la photographie. Et mine de rien, Emmanuelle et Françoise est un film qui adopte de très beaux partis pris. Le Chat qui fume transcende les volontés artistiques originales à travers un superbe master HD. Rien à redire et nous commençons à manquer d’arguments pour louer la qualité des copies proposées par l’éditeur. La propreté est évidemment au rendez-vous, tout comme la stabilité. Le générique est en langue française. L’aspect est parfois sensiblement voilé, l’éclairage luminescent, tandis que certaines scènes paraissent légèrement grisâtres ou moins définies avec des visages blafards. Les plans flous sont d’origine. C’est au final un ravissement pour les mirettes.

En italien (aux sous-titres imposés) comme en français, le confort acoustique est conséquent avec une excellente restitution des dialogues et de la musique de Gianni Marchetti. Pas de souffle constaté, c’est fluide et dynamique.

Crédits images : © LE CHAT QUI FUME / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Les Possédées du diable, réalisé par Jesus Franco

LES POSSÉDÉES DU DIABLE réalisé par Jesús Franco, disponible en combo Blu-ray/DVD chez Le Chat qui fume

Acteurs :  Pamela Stanford, Guy Delorme, Jacqueline Laurent, Lina Romay, Richard Bigotini, Catherine Lafferière, Howard Vernon, Jesús Franco, Raymond Hardy, Caroline Rivière…

Scénario : Jesús Franco, Nicole Guettard, Robert de Nesle

Photographie : Étienne Rosenfeld

Musique : André Bénichou, Robert de Nesle

Durée : 1h38

Année de sortie : 1974

LE FILM

L’homme d’affaires, Patrick Mariel part en vacances avec sa femme Marianne et sa fille Linda. Une vieille amie de Patrick, Lorna Green, arrive juste à temps pour le 18ème anniversaire de Linda et prend possession du corps et de l’âme de la jeune fille. Elle ne demande à Patrick que de respecter le contrat qu’ils ont passé 18 ans plus tôt : un contrat de sexe et de sang !

Toujours aussi prolifique, Jesús Franco ne se laisse pas aller en 1974 ! Célestine…bonne à tout faire, Plaisir à trois, Maciste contre la reine des Amazones, Un capitaine de quinze ans, Embrasse-moi (Tango au clair de lune), La Comtesse perverse (Les Croqueuses), La Comtesse noire (La Comtesse aux seines nus ou bien encore Les Avaleuses), Exorcisme (Expériences sexuelles au château des jouisseuses), Le Jouisseur (L’Homme le plus sexy du monde) sortent tous la même année sous les noms de Clifford Brown, Roland Marceignac, J.P. Johnson, James P. Johnson. Mais celui qui distingue est incontestablement Les Possédées du diable aka Lorna, l’exorciste. L’ami Jess se fait plaisir à fond ici en filmant ses comédiennes sous tous les angles et en s’attardant sur leur anatomie, pour laisser aux spectateurs le temps d’apprécier le magnifique papier peint orange aux losanges marrons en toile de fond. Les Possédées du diable joue avec la transgression, n’a pas peur de se vautrer dans le mauvais goût et le tabou, en particulier l’inceste, tout en lorgnant sur le mythe de Faust, qui n’aurait pas été rebuté par le mobilier en plastoque de couleur borne d’incendie.

Si l’on fait exception de tout ce qui touche au décor, oui bon c’est sans doute difficile, alors Les Possédées du diable apparaît comme un petit film fantastique qui bouscule pas mal dans ses partis pris et intentions. Etrange tout d’abord de retrouver l’excellent Guy Delorme (1929-2005) en haut de l’affiche. Acteur qui pourrait servir de mètre étalon dans la rubrique « On ne sait jamais comment ils s’appellent », Guy Delorme c’est pourtant un comédien, cascadeur et cavalier émérite, qui a promené son incroyable charisme et son talent dans près de 75 films. Les spectateurs se souviennent surtout de lui dans les films de cape et d’épée comme Le Bossu d’André Hunebelle (1959), Le Capitaine Fracasse de Pierre Gaspard-Huit (1961) et dans le diptyque des Trois Mousquetaires de Bernard Borderie (1961) où il incarnait le perfide Rochefort. Les années 1970 sont plus difficiles. Il n’est donc pas étonnant de le retrouver dans un drame érotico-fantastique comme Les Possédées du diable, dans lequel il n’a d’ailleurs rien perdu de sa classe. C’est donc l’un des rares cas chez Jess Franco où un comédien, qui retrouvera d’ailleurs le metteur en scène en 1977 dans Le Cabaret des filles perverses, se permet de faire de l’ombre à ses partenaires dénudées. Mais de ce point de vue-là nous ne sommes pas déçus.

Maquillée comme une voiture volée, Pamela Stanford (Les Gloutonnes, La Dévoreuse) surjoue chaque scène, mais ravit les yeux avec sa magnifique poitrine, Lina Romay (Les Expériences érotiques de Frankenstein, Les Nuits brûlantes de Linda), future madame Franco, joue bien la jeune fille innocente qui dissimule en réalité un tempérament de feu, tandis que Jacqueline Laurent reste bien sage et promène son visage de Joconde en voyant sa famille se dissoudre.

Cette production Robert de Nesle laisse carte blanche à au maître ibérique, qui fait durer les scènes en se foutant complètement de son scénario dans la première partie. Si le plaisir des sens est intact, il n’est pas interdit de trouver le temps long tant il ne se passe rien d’autre que quelques séquences de masturbation sur fond de musique barbante, avec une ritournelle qui passe en boucle durant des plombes. Mais l’intérêt va heureusement crescendo dès que Patrick et Lorna se confrontent. Le film prend alors tout son sens et Jésus Franco accélère la cadence en montrant carrément une mère dépuceler sa propre fille à l’aide d’un godemiché sacré, afin d’y recueillir le sang de la vierge pour s’en repaître et prendre ainsi possession du corps de sa progéniture. Le film se clôt sur une scène particulièrement angoissante et reposant sur le jeu très convaincant de Lina Romay.

Les Possédées du diable est une œuvre complètement cinglée, mais souvent fascinante dans sa proposition de cinéma. En même temps, Franco s’en balance de savoir ce que le spectateur en pensera, tant que ce dernier arrive à prendre son pied devant de belles poupées qui se déshabillent en exposant leurs toisons épaisses…à la Grande Motte. Ça ne s’invente pas. En 2002, Jésus Franco reviendra à cette histoire avec Incubus, remake à la réputation peu glorieuse, avec cette fois encore Lina Romay au générique.

LE BLU-RAY

Dans la foulée de notre chronique sur Le Journal intime d’une nymphomane, voici celle des Possédées du diable ! Ce combo Blu-ray/DVD possède les mêmes caractéristiques que le premier, à savoir deux disques disposés dans un Digipack trois volets avec un étui cartonné du plus bel effet et au visuel sensuel. Les menus principaux sont animés sur la musique du film. Et puis il faut dire que les titres du Chat qui fume disposés les uns à côtés des autres dans une DVDthèque ont sacrément de la gueule ! Cette édition est limitée à 1500 exemplaires.

Alain Petit is back ! Dans sa présentation de 47 minutes, l’historien du cinéma est décidément très inspiré par Jess Franco, qu’il a côtoyé personnellement et avec lequel il a d’ailleurs collaboré plusieurs fois. Rappelons qu’il lui a d’ailleurs consacré un ouvrage, Jess Franco ou les prospérités du bis, disponible chez Artus Films. Nous en apprenons énormément sur cette seizième association entre le réalisateur et le producteur Robert de Nesle, tournée en même temps que Célestine…bonne à tout faire, avec quasiment le même casting, la même équipe technique et dans les mêmes décors. Alain Petit aborde la censure, les scènes de sexe beaucoup plus explicites que dans les films précédents de Jess Franco, se marre en parlant des décors hideux. Puis, le casting est évidemment passé au peigne fin.

Le Chat est ensuite allé à la rencontre de la comédienne Pamela Stanford (14’). Cette dernière revient sur ses débuts comme danseuse aux Folies-Bergère, puis comme figurante au cinéma, et enfin comme vedette dans différents films de Jess Franco après que le producteur Robert de Nesle l’ait repéré puis présenté au cinéaste. Elle explique entre autres que jouer au cinéma lui a permis de guérir ses troubles du comportement alimentaire et qu’elle aimait parler de paranormal avec Jess Franco, pour lequel elle garde une grande affection.

L’éditeur reprend enfin le même entretien avec Jacqueline Laurent (25’) disponible sur l’édition du Journal intime d’une nymphomane. Fille de l’acteur Jacques Auger, auquel elle rend hommage au cours de son interview, la comédienne évoque ses débuts à l’Ecole nationale du théâtre de Montréal, puis son arrivée en France où elle suit l’enseignement de Françoise Rosay au milieu des années 1960. Puis, Jacqueline Laurent parle de ses premiers pas à la télévision et au cinéma, puis du tournant de sa carrière avec ses apparitions dans des films érotiques, dont Le Journal intime d’une nymphomane et Les Possédées du diable de Jesús Franco, l’un des meilleurs directeurs d’acteurs qu’elle a pu rencontrer dans sa vie. Devenue professeur d’interprétation puis enseignante de l’art dramatique dans un collège réputé de Montréal pendant quinze ans, l’actrice indique avoir été renvoyée en 2014, après avoir été reconnue par l’un de ses élèves dans Le Journal intime d’une nymphomane.

L’interactivité se clôt sur un comparatif avant/après la restauration (4’30), ainsi qu’un lot de bandes-annonces de films bientôt disponibles chez l’éditeur.

L’Image et le son

Un carton indique que la copie présentée provient d’un montage de deux copies 35mm. La première mouture était de bonne qualité, mais incomplète. La seconde était de qualité vraiment médiocre. En dépit d’une forte restauration, tous les défauts n’ont pu être corrigés. L’éditeur indique également que nous avons entre les mains la version plus complète des Possédées du diable, film quasi-disparu. Alors certes, la différence entre les deux copies se voit comme le nez au milieu de la figure, d’autant plus que le moins bon master se retrouve constellé de rayures verticales vertes, de couleurs complètement délavées. Il n’est d’ailleurs pas rare de faire un saut d’une copie à l’autre au cours d’une même séquence. En dehors de ça, malgré quelques fourmillements, cette présentation HD se tient avec une belle luminosité, des couleurs ragaillardies, un piqué parfois même acéré.

La version française est à privilégier, même si la piste reste parfois couverte avec des dialogues chuintants ou grinçants, repris entièrement en postsynchro. La musique s’en tire mieux avec une belle délivrance et quelques pics dynamiques sur les scènes chaudes notamment. Notons également que le son change de la même façon que l’image lors du passage d’une source à l’autre. L’éditeur joint également les sous-titres anglais et une piste audio dans la même langue. C’est propre, mais un souffle demeure.

Crédits images : © Le Chat qui fume / 2018 Mangue Pistache / Captures Blu-ray et DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr