Test Blu-ray / Patrick, réalisé par Richard Franklin

PATRICK réalisé par Richard Franklin, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret le 6 mars 2020 chez Rimini Editions.

Acteurs : Susan Penhaligon, Robert Helpmann, Robert Thomson, Julia Blake, Rod Mullinar, Bruce Barry, María Mercedes, Walter Pym…

Scénario : Everett De Roche

Photographie : Donald McAlpine

Musique : Brian May

Durée : 1h52

Année de sortie : 1978

LE FILM

Nouvellement embauchée dans une clinique privée, Kathy fait la rencontre de Patrick, 24 ans, dans le coma depuis plusieurs années. Mais si le jeune homme a perdu l’usage de ses cinq sens, Kathy découvre qu’il en a développé un sixième : la capacité de pouvoir changer l’ordre des choses.

Avant Soif de sang (1979) de Rod Hardy, Harlequin (1980) de Simon Wincer, Le Survivant d’un monde parallèle (1981) de David Hemmings, Les Traqués de l’an 2000 (1982) de Brian Trenchard-Smith, Montclare: Rendez-vous de l’horreurNext of Kin (1982) de Tony Williams et Fair Game (1986) réalisé par Mario Andreacchio, mais juste après La Dernière Vague The Last Wave (1977) de Peter Weir, il y a eu Patrick, mis en scène par Richard Franklin (1948-2007) en 1978, devenu l’un des symboles du cinéma d’exploitation australien destiné au marché international. Passionné par le cinéma d’Alfred Hitchcock, le cinéaste a d’abord fait ses classes à la télévision avec la série Homicide, pour laquelle il réalise onze épisodes. Son premier long métrage The True Story of Eskimo Nell (1975) était une comédie de western où Richard Franklin se faisait plaisir. Son second film, Fantasm, signé sous le nom de Richard Bruce était également une comédie. Amoureux du thriller et du paranormal, le réalisateur décide d’adapter le scénario écrit par Everett De Roche, futur auteur d’Harlequin, qui allait livrer tour à tour Patrick, Long Weekend de Colin Eggleston et Snapshot de Simon Wincer. Cependant, même si le film ne sortira qu’en 1978, Patrick est un projet qui remonte à plusieurs années. Après quelques réécritures, ce thriller de science-fiction centré autour d’un patient muet et paraplégique (un défi donc) qui détient des dons de télékinésie sort enfin dans le monde entier où il obtient un succès colossal, à l’exception de l’Australie, frileuse envers ses productions commerciales. Aujourd’hui, Patrick est et reste une grande référence du genre.

Kathy Jacquard, une jeune infirmière, est embauchée dans une clinique privée australienne. Parmi les malades, il y a Patrick, 24 ans, dans le coma depuis plusieurs années. Bien des employés ont songé à le « débrancher », mais nul n’a osé… Intéressée par son cas, Kathy découvre que, s’il a perdu l’usage de ses cinq sens, Patrick en a développé un sixième, fascinant et redoutable. Du fond de son lit, il est capable de changer le cours des choses. La multiplication d’événements étranges met la clinique sous haute tension…

Juste avant le classique Déviation mortelleRoadgames (1981), Psychose II (1983), Link (1986) et l’excellent (pour l’auteur de ces mots) F/X2, effets très spéciaux (1991), Richard Franklin ouvrait les vannes et montrait enfin ce qu’il avait sous le capot avec Patrick. Si aujourd’hui le film peine à maintenir l’intérêt du début à la fin et pâtit d’un rythme en dents de scie (surtout sur près de deux heures), force est d’admettre que le réalisateur est ici à son affaire et démontre à la fois son savoir-faire technique et son affection pour le genre.

Dans le rôle-titre, Robert Thomson signe une prestation étonnante puisqu’en dehors de la violente introduction et de son épilogue quelque peu attendu, le comédien demeure allongé sur son lit d’hôpital, immobile, les yeux écarquillés et ne « s’exprime » qu’en lançant des crachats à son interlocuteur. Une vraie présence qui a d’ailleurs été immortalisée par les affiches d’exploitation. L’actrice qui tire son épingle du jeu est la jolie Susan Penhaligon, comédienne britannique vue précédemment dans le génial Mortelles confessions de Pete Walker et Le Sixième continent de Kevin Connor. Egalement au générique, les cinéphiles reconnaîtront Robert Helpmann (Les Chaussons rouges et Les Contes d’Hoffmann de Michael Powell), qui se faisait rare sur les écrans dans les années 1970 et qui en fait ici des caisses dans le rôle d’un toubib pas très catholique et qui perdra pied petit à petit à mesure que le pouvoir de Patrick se révèle au grand jour.

A l’instar de Carrie au bal du diable de Brian De Palma, Patrick se sert de l’élément fantastique de la télékinésie, même si le film a été pensé bien avant l’adaptation du roman éponyme de Stephen King, pour bouleverser le quotidien de ses protagonistes. Il faut cependant s’armer de patience, puisque le cinéaste distille au compte-gouttes les séquences agitées, à ce titre le dernier acte est particulièrement réjouissant, et mise avant tout sur une atmosphère étrange et trouble. Plus de quarante ans après sa sortie, l’attente des spectateurs n’est plus la même et le film pâtit de longueurs et de faux rebondissements. Néanmoins, le charme agit toujours, la mise en scène est soignée, le casting est impeccable.

A sa sortie, Patrick obtient la Médaille d’or au Festival de Sitges en 1978, le Grand Prix au Festival international du film fantastique d’Avoriaz en 1979 et engendre même une suite non-autorisée en Italie (un des pays où le film a le plus cartonné) intitulée Patrick vive ancora, réalisé par Mario Landi en 1980. Mais ceci est une autre histoire et nettement moins bonne, comme par ailleurs le remake éponyme de Patrick, réalisé par Mark Hartley, à qui l’on doit le fabuleux documentaire Not Quite Hollywood: The Wild, Untold Story of Ozploitation ! (2008). La boucle était ainsi bouclée.

LE COMBO

Qui pourra arrêter Rimini Editions ?! Personne on espère, car on l’aime cette collection fantastique ! Les sorties s’enchaînent pour notre plus grand plaisir. A peine avons-nous eu le temps de chroniquer les combos de Terror TrainLe Monstre du train et d’Harlequin, que l’éditeur dégaine déjà l’Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret de Patrick de Richard Franklin ! L’objet prend la forme d’un Digipack à trois volets, glissé dans un fourreau cartonné du plus bel effet et au visuel très attractif. Le menu principal est animé et musical.

Le livre de 20 pages écrit par Marc Toullec est bien illustré et donne moult informations sur la production et la sortie du film qui nous intéresse.

La section des suppléments propose des entretiens, touts très enrichissants et souvent passionnants à écouter.

Le premier donne la parole à Richard Franklin (24’30). Décédé en 2007, il s’agit bien sûr d’un document d’archives, où le réalisateur revient sur l’ensemble de sa carrière. Quelques photos de tournage et de longs extraits de films entrecoupent souvent les propos du cinéaste. Il aborde ici son parcours, son admiration pour le cinéma d’Alfred Hitchcock et de John Ford, ses débuts au cinéma et se focalise également sur la genèse, les intentions, ainsi que sur les partis-pris de Patrick et de Déviation mortelle. Richard Franklin étant l’heureux producteur du carton planétaire du Lagon Bleu de Randal Kleiser, il n’est donc pas étonnant de retrouver ici aussi diverses images de tournage de ce film.

Richard Franklin suite, puisque nous trouvons un making of de Patrick (9’) dans lequel on assiste aux répétitions et au tournage d’une scène, avant d’écouter le réalisateur sur les conditions des prises de vue, l’histoire du film, ses intentions (comment créer le suspense et l’attente chez le spectateur), sur le travail avec le scénariste Everett De Roche.

L’autre supplément, uniquement disponible sur le Blu-ray, est une compilation d’interviews (enregistrées en 2007-2008 et provenant du documentaire Not Quite Hollywood) du réalisateur Richard Franklin, du producteur Antony I. Ginnane, du scénariste Everett De Roche (décédé en 2014) et de la comédienne Susan Penhaligon. Les questions posées aux divers intervenants semblent être les mêmes, puisque chacun aborde les mêmes sujets, à savoir leurs parcours respectifs, le casting (avec la même anecdote sur Robert Helpmann et son dos cassé), la situation du cinéma australien à la fin des années 1970, le doublage en « anglais américain » et son remontage pour l’exploitation de Patrick sur le sol de l’Oncle Sam, ainsi que la suite non-autorisée tournée en Italie. Sur une durée totale de 61 minutes, les propos se succèdent sans aucun temps mort.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et un spot T.V.

L’Image et le son

L’éditeur propose un master HD (Blu-ray au format 1080p) qui s’en sort pas trop mal, hormis quelques peaux rosées. Rien de bien méchant. La luminosité est revue à la hausse, les contrastes approfondis (parfois trop diront certains) et la propreté est assurée. Une Haute-Définition évidente qui renforce également le piqué et les détails sur les séquences diurnes (c’est plus brouillon sur les scènes nocturnes et à effets), notamment du point de vue des gros plans et du relief des textures. Bonne gestion de la texture argentique, en dehors de diverses scènes plus grumeleuses.

Evitez la piste française, la plus faible du lot et aux voix sourdes. La version originale est de plus mieux équilibrée, dynamique, sans aucun souffle, avec des dialogues clairs, une solide restitution de la musique de Brian May. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Rimini Editions / OB Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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