Test Blu-ray / Croisières sidérales, réalisé par André Zwobada

CROISIÈRES SIDÉRALES, réalisé par André Zwobada, disponible en combo Blu-ray/DVD le 24 juin 2026 chez Studiocanal.

Acteurs : Madeleine Sologne, Jean Marchat, Julien Carette, Robert Arnoux, Simone Allain, Auguste Bovério, Violette Briet, Jean Dasté…

Scénario : Pierre Guerlais & Pierre Bost

Photographie : Jean Isnard

Musique : Georges Van Parys

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 1942

LE FILM

Françoise et son mari Roger sont deux scientifiques de renom qui se préparent pour le premier voyage dans la stratosphère. Mais la veille du départ, Roger est victime d’un accident. C’est alors un technicien qui le remplace au pied levé. Pendant le voyage, ce dernier commet une erreur qui projette la navette dans l’espace. De retour sur Terre, le duo a vieilli de 25 ans.

Vous n’êtes pas prêt pour découvrir Croisières sidérales ! En voyant ce film, certains se diront « ah bah en fait Christopher Nolan n’a rien inventé… » ! Bien sûr que non, car avant Interstellar (2014), il y a eu Event Horizon, le vaisseau de l’au-delà (1997) de Paul W.S. Anderson, avec lequel il possède quelques coïncidences troublantes (y compris une scène copiée/collée liée au trou noir) et même encore plus loin dans le temps, plus d’un demi-siècle en arrière, il y avait donc ces Croisières sidérales, qui parlaient déjà de la relativité du temps, premier long-métrage à évoquer le Paradoxe de Langevin ou paradoxe des Jumeaux. On doit ce film de science-fiction à André Zwobada (1910-1994), inconnu au bataillon, mais qui possède pourtant un bagage impressionnant. Ancien assistant de Jean Renoir ( La Règle du jeu) et d’André Berthomieu (Le Mort en fuite, L’Amant de madame Vidal, Le Secret de Polichinelle), il passe à la mise en scène en 1936 avec La Vie est à nous, film collectif de propagande du Parti Communiste, coréalisé entre autres avec Jacques Becker, Henri Cartier-Bresson, Jean Renoir et Jean-Paul Le Chanois. Six ans plus tard, il se retrouve aux manettes du seul opus de science-fiction français mis en scène sous l’Occupation. Tourné en novembre 1941 aux studios d’Epinay-sur-Seine, Croisières sidérales se fonde, comme un carton l’indique en introduction, sur « une idée scientifique exacte ». Certes, mais les scénaristes Pierre Guerlais (dont l’oeuvre reste plutôt obscure) et Pierre Bost (grand collaborateur de Claude Autant-Lara, Jean Delannoy et de René Clément) brodent des enjeux, des quiproquos, des répliques et des rebondissements bien « français ». Ceci d’autant plus que l’on peut trouver en parallèle quelques éléments rappelant la situation de l’Hexagone sous le joug Allemand. En l’état, Croisières sidérales est un des divertissements les plus étranges, pour ne pas dire bizarroïdes, que vous pourrez voir si vous parvenez à lui accorder 90 minutes de votre temps. Ne serait-ce que pour apprécier le légendaire Julien Carette jeter sa clope par le hublot de son engin volant, créant ainsi une aspiration inattendue et donc un passage dans quelques couloirs du temps, Croisières sidérales vaut assurément le coup d’oeil du cinéphile.

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Test Blu-ray / Konga, réalisé par John Lemont

KONGA, réalisé par John Lemont, disponible en combo Blu-ray/DVD le 24 juin 2026 chez Studiocanal.

Acteurs : Michael Gough, Margo Johns, Jess Conrad, Claire Gordon, Austin Trevor, Jack Watson, George Pastell, Vanda Godsell…

Scénario : Aben Kandel & Herman Cohen

Photographie : Desmond Dickinson

Musique : Gerard Schurmann

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 1961

LE FILM

Le Docteur Charles Decker revient à Londres après avoir disparu pendant un an dans la jungle. Il ramène avec lui un petit chimpanzé nommé Konga et un mystérieux sérum. Decker décide d’utiliser Konga pour éliminer ses adversaires.

Fort du succès du précédent film britannique de Herman Cohen, Crimes au musée des horreurs Horrors of the Black Museum (1959) — qui mettait également en vedette Michael Gough —, le producteur Nat Cohen, de la société Anglo-Amalgamated, demande à ce dernier de produire un nouveau film d’exploitation. Admirateur de longue date de King Kong (1933) réalisé par Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, Herman Cohen envisage alors un film mettant en scène un singe géant et tourné en couleurs. En raison du succès rencontré par Cohen avec I Was a Teenage Werewolf (1957), AIP adopte le titre de travail I Was a Teenage Gorilla. Ils sont allés la chercher loin celle-ci. Herman Cohen verse 25 000 dollars à RKO Pictures, rien que pour acquérir les droits d’exploitation du nom « Kong ». Mais il n’était pas au bout de ses peines. Konga allait nécessiter, en raison de ses nombreux effets spéciaux, pas moins de 18 mois de production. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des premiers longs métrages de monstres géants tournés en couleurs (procédé Eastmancolor) et les scènes les plus marquantes demeurent celles où le gorille géant déambule dans les rues de Londres, le tournage ayant eu lieu avec l’accord de la police, en plein milieu de la nuit, afin de profiter des rues désertes. Mais c’était sans compter sur les riverains, réveillés et donc mécontents des bruits de fusillades. Konga est perçu par beaucoup comme un nanar. Ce qui est faux, car le film vaut pour l’excellente interprétation du légendaire Michael Gough. Si ce nom ne vous dit rien, vous connaissez sûrement ce comédien malgré tout, qui interprétait le majordome de Bruce Wayne dans les deux Batman de Tim Burton et dans les deux autres de Joel Schumacher. Longtemps comparé à Vincent Price, il livre une solide prestation dans Konga et impressionne en savant fou suintant de prétention, qui se prend pour Dieu, persuadé d’avoir trouvé le chaînon manquant entre la vie végétale et le monde animal. Évidemment, le docteur Decker sera dépassé par les événements et sa créature lui échappera des mains…avant de terminer littéralement dans la sienne. Série B, parfois à la frontière du Z, mais suffisamment intelligente pour ne pas y sombrer, ce que beaucoup de productions du même acabit n’auraient pas réussi à faire, Konga reste un spectacle sympathique, qui en dépit d’un certain ventre mou à mi-parcours, se révèle être un divertissement au charme indéniable.

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Test Blu-ray / Hold-up, réalisé par Alexandre Arcady

HOLD-UP, réalisé par Alexandre Arcady, disponible en Blu-ray le 3 juin 2026 chez Studiocanal.

Acteurs : Jean-Paul Belmondo, Kim Cattrall, Guy Marchand, Jean-Pierre Marielle, Jacques Villeret, Jean-Claude de Goros, Tex Konig, Raymond Aquilon…

Scénario : Alexandre Arcady, Daniel Saint-Hamont & Francis Veber, d’après le roman Quick Change de Jay Cronley

Photographie : Richard Ciupka

Musique : Serge Franklin

Durée : 1h53

Date de sortie initiale : 1985

LE FILM

Afin de dévaliser une grande banque à Montréal, un voleur professionnel décide de se déguiser en clown. Grâce à deux complices à l’intérieur de la banque, il réussit son coup. Pourtant, alors qu’il croyait que le plus dur était fait, les ennuis vont s’amonceler.

Au début des années 1980, le succès est toujours au rendez-vous pour Jean-Paul Belmondo. Le Guignolo (2,9 millions d’entrées), Le Professionnel (5,2 millions), L’As des as (5,5 millions), Le Marginal (4,9 millions), Les Morfalous (3,6 millions) et Joyeuses Pâques (3,4 millions) confirment encore l’engouement des spectateurs pour Bebel. En 1985, le comédien rompt son association avec René Chateau au moment du tournage de Joyeuses Pâques. C’est un nouveau départ pour la star du cinéma français. C’est là que déboule le scénario de Hold-up, adaptation du roman Quick Change (publié en français sous le titre La Java des loquedus en 1982) de Jay Cronley, co-écrit par Alexandre Arcady et Daniel Saint-Hamont, qui avaient signé Le Grand Pardon (1981) et Le Grand Carnaval (1983). Belmondo se voit proposer Hold-up par Alexandre Mnouchkine, mais l’acteur demande de nombreuses modifications, trouvant que son personnage disparaît quelque peu dans la deuxième partie. C’est là que Francis Veber, qui sort du triomphe de La Chèvre, débarque, remanie le scénario, ajoute quelques mots d’auteur, ainsi qu’une nouvelle dynamique à l’ensemble. Cela n’était pas arrivé depuis 1977 avec L’Animal de Claude Zidi, Jean-Paul Belmondo se voit diriger pour la première fois par un autre metteur en scène que Georges Lautner, Henri Verneuil, Jacques Deray et Gérard Oury qui l’ont tous fait tourner précédemment à plusieurs reprises. Résultat des courses, Hold-up est une comédie policière et d’action rudement menée, dépaysante avec son décor canadien, la présence de la divine Kim Cattrall, tout juste sortie du carton planétaire de Police Academy de Hugh Wilson et avant Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du MandarinBig Trouble in Little China de John Carpenter. L’auteur de ces mots conserve une immense affection pour Hold-up, l’un des films avec Belmondo qui a sûrement tourné le plus dans le magnétoscope quand il était gamin. Aujourd’hui encore, le plus grand succès au box-office d’Alexandre Arcady demeure un savoureux divertissement dans lequel Bebel semble prendre beaucoup de plaisir à se déguiser, à donner la réplique à Guy Marchand, à jouer le gentleman braqueur avec sa belle partenaire canadienne et à s’adonner à quelques cascades, qui seront d’ailleurs parmi les dernières de son illustre carrière.

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Test Blu-ray / Le Criminel aux abois – Nowhere to Go, réalisé par Seth Holt & Basil Dearden

LE CRIMINEL AUX ABOIS (Nowhere to Go), réalisé par Seth Holt & Basil Dearden, disponible en combo Blu-ray/DVD le 29 avril 2026 chez Studiocanal.

Acteurs : George Nader, Maggie Smith, Bernard Lee, Geoffrey Keen, Bessie Love, Harry H. Corbett, Andree Melly, Michael Collins…

Scénario : Donald MacKenzie, d’après son roman

Photographie : Paul Beeson

Musique : Dizzy Reece

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1958

LE FILM

Paul Gregory s’apprête à voler à Harriet Jefferson, la précieuse collection de pièces anciennes et rares de son mari défunt. Par une suite de malentendus, Gregory finit par se croire « doublé » par quelqu’un qu’il croyait son allié. Le temps qu’il réalise son erreur, il est trop tard.

Quand on s’intéresse à Nowhere to Go, plus connu en France sous son titre Le Criminel aux abois, on constate que deux réalisateurs sont crédités. Il y a tout d’abord l’éminent Basil Dearden (1911-1971), sur lequel nous sommes déjà revenus à l’occasion de nos articles consacrés à Khartoum, Au coeur de la nuit, Un si noble tueurThe Gentle Gunman et The Ship that Died of Shame. Le second metteur en scène à la barre est Seth Holt (1923-1971), habituellement monteur (De l’or en barre, Tortillard pour Tietfield, La Loterie de l’amour et La Bataille des sexes) qui signera le formidable Hurler de peurTaste of Fear (1961), thriller dramatico-psychologique, ainsi Confession à un cadavre The Nanny (1965), tous les deux pour le compte de la Hammer. Si Seth Holt est cité en premier, il y a fort à parier que Le Criminel aux abois doit plus au second, dont l’efficacité et la virtuosité, qui ont souvent été prouvées, sont ici évidentes à plusieurs reprises. C’est le cas pour l’incroyable séquence d’ouverture, celle de l’évasion de prison, cinq minutes sans aucun dialogue (ou presque, juste quelques bribes avec les matons), une vraie leçon de cadrage, de montage, de rythme. Si la suite du film n’aura pas la même puissance, il n’en reste pas moins que Nowhere to Go demeure un superbe exercice de style, qui oscille entre le film de casse et de cavale, et qui marque aussi la première apparition au cinéma d’une des plus grandes comédiennes britanniques, Maggie Smith.

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Test Blu-ray / Les Enfants vont bien, réalisé par Nathan Ambrosioni

LES ENFANTS VONT BIEN, réalisé par Nathan Ambrosioni, disponible en DVD & Blu-ray le 8 avril 2026 chez Studiocanal.

Acteurs : Camille Cottin, Juliette Armanet, Monia Chokri, Guillaume Gouix, Manoã Varvat, Nina Birman, Myriem Akheddiou, Frankie Wallach…

Scénario : Nathan Ambrosioni

Photographie : Victor Seguin

Musique : Alexandre de La Baume

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Un soir d’été, Suzanne, accompagnée de ses deux jeunes enfants, rend une visite impromptue à sa sœur Jeanne. Celle-ci est prise au dépourvu. Non seulement elles ne se sont pas vues depuis plusieurs mois, mais surtout Suzanne semble comme absente à elle-même. Au réveil, Jeanne découvre sidérée le mot laissé par sa sœur. La sidération laisse place à la colère lorsqu’à la gendarmerie, Jeanne comprend qu’aucune procédure de recherche ne pourra être engagée : Suzanne a fait le choix insensé de disparaître…

Bon, cette fois c’est confirmé et si pour être honnête nous n’avions plus aucun doute, Les Enfants vont bien confirme que le réalisateur Nathan Ambrosioni (né en 1999) est l’un des nouveaux génies du cinéma français. Il nous avait déjà subjugué avec Les Drapeaux de papier (2018), ébloui avec Toni en famille (2023), il nous hypnotise et émerveille avec Les Enfants vont bien, son cinquième long-métrage, qui fait preuve d’une maturité confondante. D’ailleurs, au passage, on aimerait vraiment découvrir ses deux premiers films, Hostile (2014) et Therapy (2016), alors, si un éditeur lit ce message…Mais pour en revenir à celui qui nous intéresse aujourd’hui, disons que le jeune metteur en scène touche ici au sublime et offre à Camille Cottin, qu’il avait déjà dirigé dans Toni en famille, le plus beau rôle de sa carrière. Incompréhensible que la comédienne n’ait pas été nommée aux César en 2026, mais peut-être que sa position de présidente de la 51è cérémonie l’en a empêché…En l’état, Les Enfants vont bien renvoie au plus grand cinéma français des années 1970-80. On pense surtout à Claude Sautet, qui n’avait pas son pareil pour écrire pour les femmes, pour les filmer, ne serait-ce que la nuque de Romy Schneider dans Les Choses de la vie, ou plus tard Emmanuelle Béart en violoniste dans Un coeur en hiver. Camille Cottin s’impose définitivement dans le cercle des plus grandes actrices de sa génération. Pas étonnant que celle-ci multiplie les projets, y compris de l’autre côté de l’Atlantique, où la série Dix pour cent lui a apporté une certaine renommée. Ainsi, avant de la retrouver aux côtés de Brad Pitt dans The Riders d’Edward Berger (Conclave), elle retrouve pour la deuxième fois Nathan Ambrosioni pour Les Enfants vont bien, drame familial proche du mélo façon Douglas Sirk (le sommet et la référence d’un genre), qui foudroie en plein coeur par sa pudeur et emporte le spectateur dans une spirale ininterrompue d’émotions. Chef d’oeuvre instantané, futur classique en devenir, ruez-vous dessus.

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Test Blu-ray / T’as pas changé, réalisé par Jérôme Commandeur

T’AS PAS CHANGÉ, réalisé par Jérôme Commandeur, disponible en DVD & Blu-ray le 11 mars 2026 chez Studiocanal.

Acteurs : Laurent Lafitte, François Damiens, Vanessa Paradis, Jerôme Commandeur, Zineb Triki, Olivia Côte, Rufus, Catherine Allégret, Michaël Abiteboul, Delphine Baril, Catherine Hiegel…

Scénario : Jérôme Commandeur & Kévin Knepper

Photographie : Antoine Struyf

Musique : Maxime Desprez & Michaël Tordjman

Durée : 1h42

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

D’anciens camarades décident, à la suite d’un décès d’un de leurs amis, de se retrouver avec les anciens du lycée. Mais les retrouvailles programmées vont réveiller des souvenirs pas forcément sympathiques. Les quatre potes, à un tournant de la vie, doivent se remettre en question…

Les films de potes est un genre à part entière. Surtout dans le cinéma français, même si ce n’est pas une spécificité. On peut citer en vrac Les Petits mouchoirs, Le Coeur des hommes, La Vérité si je mens, Les Copains, Quatre garçons pleins d’avenir, Vincent, François, Paul et les autres…, Husbands, Les Sous-Doués, Five, Play, Un éléphant ça trompe énormément (et sa suite bien sûr), Comme des frères, Mes meilleurs copains, Le Péril jeune, Comme t’y es belle, L’Aventure c’est l’aventure et bien d’autres, même si l’on parle ici uniquement d’un minimum de trois amis dans la bande. Il semblerait que l’inspiration de Jérôme Commandeur pour T’as pas changé provienne des Copains d’abord de Lawrence Kasdan et de Peter’s Friends de Kenneth Branagh. Sa troisième comédie comme scénariste, producteur, interprète et metteur en scène est cette fois encore une grande réussite. L’humoriste (on peut le dire, un des meilleurs en France) signe un film « générationnel », qui s’adresse en priorité à la tranche d’âge 40-50 ans, Jérôme Commandeur affichera d’ailleurs très prochainement un demi-siècle au compteur, carrefour existentiel emblématique, l’heure d’un premier bilan, avant de glisser (normalement) vers la maturité. T’as pas changé, titre qui fait évidemment référence à la chanson Place des Grands Hommes de Patrick Bruel est une savoureuse comédie, remplie de gags inspirés, de répliques tordantes, d’émotions aussi, car on ne saurait être un auteur comique sans être sensible, notamment à ce qui nous entoure. Qui plus est, le quatuor d’acteurs principaux est en parfaite osmose et Vanessa Paradis se distingue une fois de plus. Elle trouve l’un de ses meilleurs rôles et la scène de règlements de comptes sous l’emprise de l’alcool restera certainement culte dans sa filmographie. Toujours est-il que lorsque vous écoutez un tube de votre adolescence sur Nostalgie, c’est que la « routourne » a tourné et que vous êtes passés de l’autre côté, celui de vos parents…Certains ne s’en sont pas encore rendu compte et c’est de cela que parle T’as pas changé, à ne manquer sous aucun prétexte.

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Test Blu-ray / Pépé le Moko, réalisé par Julien Duvivier

PÉPÉ LE MOKO, réalisé par Julien Duvivier, disponible en combo Blu-ray/DVD le 16 octobre 2024 chez Studiocanal.

Acteurs : Jean Gabin, Mireille Balin, Gabriel Babrio, Lucas Gridoux, Gilbert Gil, Saturnin Fabre, Marcel Dalio, Charles Granval…

Scénario : Julien Duvivier & Henri La Barthe, d’après le roman de Henri La Barthe

Photographie : Marc Fossard & Jules Kruger

Musique : Mohamed Iguerbouchène & Vincent Scotto

Durée : 1h31

Date de sortie initiale : 1936

LE FILM

Réfugié dans la casbah d’Alger, Pépé le Moko chef d’une bande de malfaiteurs, est émerveillé par la beauté d’une jeune femme, Gaby, dont il tombe amoureux. Hélas, leur idylle est de courte durée car Slimane, un indicateur, tend un piège à Pépé pour le faire quitter son repaire…

Parmi les plus grandes collaborations entre Jean Gabin et des metteurs en scène, il y a celle avec Julien Duvivier (1896-1967), qui s’est déroulée sur sept longs-métrages, de Maria Chapdelaine (1934) à Voici le temps des assassins (1956). Pépé le Moko est non seulement l’une de leurs associations les plus célèbres, mais aussi l’un des films les plus emblématiques de toute la carrière prestigieuse du « Vieux ». En l’espace de deux ou trois ans, ce dernier tournera rien de moins que La Belle Équipe (déjà avec Duvivier, qui ne connaîtra pas le même succès que La Bandera), Les Bas-Fonds, La Grande Illusion et La Bête humaine de Jean Renoir (à qui Pépé le Moko avait tout d’abord été proposé), sans oublier Le Quai des brumes et Le Jour se lève de Marcel Carné. Ça calme. On retrouve donc Jean Gabin dans la peau du « Moko », dérivé du « moco », qui désigne un marin originaire de Toulon et de la Provence, truand qui a débarqué à Alger (ville entièrement reconstituée en studio à Paris) le lendemain de l’attaque d’une bande toulonnaise. Pépé le Moko, d’après le roman de Henri La Barthe, est un huis clos à ciel ouvert, un drame sentimental teinté de thriller, où le monstre du cinéma français, quasiment de tous les plans, ou de toutes les scènes, crève l’écran une fois de plus en créant une nouvelle image de gangster, ou tout du moins héritée du Scarface d’Howard Hawks sorti cinq années auparavant. Passionnant, immersif, à la limite du documentaire quant à la représentation de la Casbah, Pépé le Moko est une étape indispensable et primordiale dans le parcours de tout cinéphile qui se respecte.

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Test Blu-ray / Un si noble tueur – The Gentle Gunman, réalisé par Basil Dearden

UN SI NOBLE TUEUR (The Gentle Gunman), réalisé par Basil Dearden, disponible en combo Blu-ray/DVD le 28 février 2024 chez Studiocanal.

Acteurs : John Mills, Dirk Bogarde, Robert Beatty, Elizabeth Sellars, Barbara Mullen, Eddie Byrne, Joseph Tomelty, Liam Redmond…

Scénario : Roger MacDougall, d’après sa pièce de théâtre

Photographie : Gordon Dines

Musique : John Greenwood

Durée : 1h22

Date de sortie initiale : 1952

LE FILM

En 1941, un petit groupe d’hommes de l’I.R.A. dépose des bombes dans les stations du métro de Londres. Un membre, Terence, a fini par prendre conscience de la stupidité et de l’inutilité de la violence, et il déserte. Son frère Matt vient alors d’Irlande pour prendre sa place. Après l’arrestation de deux des hommes, Matt, croyant que Terence les trahissait, revient en Irlande et fait son rapport au chef de l’I.R.A., Shinto, et à une femme, partisane fanatique. Elle a aimé Terence mais maintenant elle reporte son amour sur son frère. Lorsqu’ils apprennent que deux prisonniers doivent venir à la prison de Belfast, Shinto projette de les faire échapper.

Noblesse oblige, De l’or en barres, Tueurs de dames, Passeport pour Pimlico, L’Homme au complet blanc, Tortillard pour Titfield, fleurons, monuments de la comédie anglaise des années 1940-50 ont toutes un point commun, elles sortent des Ealing Studios. Cependant, on a tendance à oublier que ces derniers ont toujours su se diversifier. C’est le cas des films de guerre (Un contremaître est allé en France, The Next of Kin, The Bells Go Down, Went the Day Well?) ou même fantastico-horreur (le génial Au coeur de la nuit Dead of Night). Avec près d’une vingtaine d’opus à son actif réalisés pour le compte des Ealing Studios, Basil Dearden (1911-1971), le metteur en scène de Pool of London Les Trafiquants du Dumbar, Police sans arme The Blue Lamp, Le Pas de l’oie The Goose Steps out, où d’ailleurs il ne se cantonne pas au registre comique, est l’un des rares cinéastes sous contrat à faire preuve de diversité. À ce titre, Un si noble tueur The Gentle Gunman, adapté d’une pièce de théâtre de Roger MacDougall, sorti au Royaume-Uni en 1952 (et deux ans plus tard dans nos contrées) est un thriller politique sombre furieusement moderne, pour ne pas dire toujours autant d’actualité. Certes, le film contient quelques touches d’humour étonnantes, qui contrastent avec le reste et servent avant tout de soupapes pour permettre aux spectateurs de reprendre leur souffle, mais Un si noble tueur est un vrai film noir qui se déroule dans le milieu encore rarement exploité au cinéma de l’IRA. Ainsi, bien avant Au nom du père et The Boxer de Jim Sheridan, Michael Collins de Neil Jordan, Ennemis rapprochés d’Alan J. Pakula, Bloody Sunday de Paul Greengrass, Le Vent se lève et Secret défense de Ken Loach, Hunger de Steve McQueen, ‘71 de Yann Demange, évidemment plus tardifs et reconnus, Un si noble tueur se penchait déjà avec réalisme sur le bouillonnement de cette lutte armée. Si Basil Dearden s’inspire vraisemblablement de ce que l’immense John Ford avait fait avant lui avec Le Mouchard The Informer (4 Oscars) en 1935 et The Plough and the Stars l’année suivante, il serait temps de (re)découvrir et surtout de réhabiliter The Gentle Gunman.

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Test DVD / Toni en famille, réalisé par Nathan Ambrosioni

TONI EN FAMILLE, réalisé par Nathan Ambrosioni, disponible en DVD le 10 janvier 2024 chez Studiocanal.

Acteurs : Camille Cottin, Léa Lopez, Thomas Gioria, Louise Labèque, Oscar Pauleau, Juliane Lepoureau, Catherine Mouchet, Guillaume Gouix…

Scénario : Nathan Ambrosioni

Photographie : Raphaël Vandenbussche

Durée : 1h32

Date de sortie initiale : 2023

LE FILM

À 42 ans, Toni, de son vrai prénom Antonia, élève seule ses cinq enfants, un véritable travail à temps complet. Ex-vedette de télécrochet dans sa jeunesse, elle chante aussi le soir pour nourrir sa famille. Aujourd’hui, ses deux aînés s’apprêtent à partir à l’université. Toni s’interroge : que deviendra-t-elle quand tous ses enfants auront quitté le nid familial ? Lui est-il encore possible de se réinventer ?

Nathan Ambrosioni n’aura que 25 ans en 2024 et pourtant ce réalisateur autodidacte, devenu le plus jeune metteur en scène à bénéficier de l’avance sur recettes du CNC, a déjà livré deux longs-métrages d’une étonnante maturité. Le premier, Les Drapeaux de papier, sorti en 2018, réunissait Noémie Merlant, Guillaume Gouix, Jérôme Kircher et Alysson Paradis et imposait d’emblée une vraie patte d’auteur. Le second est donc Toni en famille, qui, à l’instar de son film précédent, est mis en scène, écrit et monté par Nathan Ambrosioni. Celui-ci passe la vitesse supérieure et livre une comédie-dramatique aussi drôle que délicate, tendre, percutante et bouleversante, magnifiquement interprétée par Camille Cottin, qui n’en finit plus d’étonner et qui trouve indiscutablement ici l’un de ses plus grands rôles. Elle est par ailleurs excellemment entourée par cinq jeunes acteurs exceptionnels, parmi lesquels se détachent Léa Lopez, également née en 1999, déjà pensionnaire de la Comédie-Française, vue dans les séries Clem et Nina, qui s’impose ici comme une grande révélation. Véritable coup de coeur, Toni en famille, auréolé d’un beau succès critique et public (300.000 entrées) démontre que Nathan Ambrosioni en a sérieusement sous le capot et donne sacrément envie de suivre sa carrière.

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Test 4K UHD / Le Règne animal, réalisé par Thomas Cailley

LE RÈGNE ANIMAL, réalisé par Thomas Cailley, disponible en DVD, Blu-ray et Combo Blu-ray/4K UHD le 7 février 2024 chez Studiocanal.

Acteurs : Romain Duris, Paul Kircher, Adèle Exarchopoulos, Tom Mercier, Billie Blain, Xavier Aubert, Saadia Bentaïeb, Gabriel Caballero…

Scénario : Thomas Cailley & Pauline Munier

Photographie : David Cailley

Musique : Andrea Laszlo De Simone

Durée : 2h08

Date de sortie initiale : 2023

LE FILM

Dans un monde en proie à une vague de mutations qui transforment peu à peu certains humains en animaux, François fait tout pour sauver sa femme, touchée par ce phénomène mystérieux. Alors que la région se peuple de créatures d’un nouveau genre, il embarque Émile, leur fils de 16 ans, dans une quête qui bouleversera à jamais leur existence.

En 2014 sortait Les Combattants, coup de coeur de l’année, premier long métrage – et César à la clé – réalisé par Thomas Cailley, qui avait tout d’abord reçu un accueil triomphal et unanime lors de sa présentation à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes où il avait raflé tous les prix : Art Cinema Award de la CICAE, Prix FIPRESCI, Prix SACD, Label Europa Cinemas. Remarqué avec son court-métrage Paris-Shanghai, primé dans de nombreux festivals, Thomas Cailley confirmait avec Les Combattants en signant un véritable coup de maître. Originaire de la région Aquitaine, c’est tout naturellement que le cinéaste pose à nouveau sa caméra au milieu des immenses forêts des Landes pour son retour au cinéma avec Le Règne animal. C’est probablement LE film événement du cinéma français de 2023, dans lequel on retrouve certains motifs des Combattants. C’est encore cette fois la rencontre brutale entre deux éléments contraires, ici les êtres humains et les animaux, les premiers se métamorphosant progressivement en créatures. Malgré leurs différences, une force magnétique attire parfois ces êtres différents, que tout oppose, qui vont apprendre à communiquer, à se reconnaître, à écouter l’autre, à se livrer. Chef d’oeuvre instantané, Le Règne animal est indiscutablement une étape dans le cinéma de genre hexagonal, même si l’on ne saurait réduire ce film ainsi. D’emblée, le fantastique s’inscrit dans un réalisme contemporain, certains êtres humains mutent en animal, c’est ainsi. La moelle, la sève du récit est au coeur des protagonistes. Et c’est un bijou. Tout y est formidable, ambitieux : les comédiens, la mise en scène, le rythme, l’humour, le spleen, sa liberté de ton, sa sensibilité à fleur de peau, la photographie (signée David Cailley, frère du cinéaste), la musique d’Andrea Laszlo De Simone. « Voilà un vrai auteur français à suivre de près » écrivait l’auteur de ces mots il y a dix ans. La durée de la chrysalide pour Thomas Cailley pour prendre définitivement son envol.

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