Test 4K UHD / Le Règne animal, réalisé par Thomas Cailley

LE RÈGNE ANIMAL, réalisé par Thomas Cailley, disponible en DVD, Blu-ray et Combo Blu-ray/4K UHD le 7 février 2024 chez Studiocanal.

Acteurs : Romain Duris, Paul Kircher, Adèle Exarchopoulos, Tom Mercier, Billie Blain, Xavier Aubert, Saadia Bentaïeb, Gabriel Caballero…

Scénario : Thomas Cailley & Pauline Munier

Photographie : David Cailley

Musique : Andrea Laszlo De Simone

Durée : 2h08

Date de sortie initiale : 2023

LE FILM

Dans un monde en proie à une vague de mutations qui transforment peu à peu certains humains en animaux, François fait tout pour sauver sa femme, touchée par ce phénomène mystérieux. Alors que la région se peuple de créatures d’un nouveau genre, il embarque Émile, leur fils de 16 ans, dans une quête qui bouleversera à jamais leur existence.

En 2014 sortait Les Combattants, coup de coeur de l’année, premier long métrage – et César à la clé – réalisé par Thomas Cailley, qui avait tout d’abord reçu un accueil triomphal et unanime lors de sa présentation à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes où il avait raflé tous les prix : Art Cinema Award de la CICAE, Prix FIPRESCI, Prix SACD, Label Europa Cinemas. Remarqué avec son court-métrage Paris-Shanghai, primé dans de nombreux festivals, Thomas Cailley confirmait avec Les Combattants en signant un véritable coup de maître. Originaire de la région Aquitaine, c’est tout naturellement que le cinéaste pose à nouveau sa caméra au milieu des immenses forêts des Landes pour son retour au cinéma avec Le Règne animal. C’est probablement LE film événement du cinéma français de 2023, dans lequel on retrouve certains motifs des Combattants. C’est encore cette fois la rencontre brutale entre deux éléments contraires, ici les êtres humains et les animaux, les premiers se métamorphosant progressivement en créatures. Malgré leurs différences, une force magnétique attire parfois ces êtres différents, que tout oppose, qui vont apprendre à communiquer, à se reconnaître, à écouter l’autre, à se livrer. Chef d’oeuvre instantané, Le Règne animal est indiscutablement une étape dans le cinéma de genre hexagonal, même si l’on ne saurait réduire ce film ainsi. D’emblée, le fantastique s’inscrit dans un réalisme contemporain, certains êtres humains mutent en animal, c’est ainsi. La moelle, la sève du récit est au coeur des protagonistes. Et c’est un bijou. Tout y est formidable, ambitieux : les comédiens, la mise en scène, le rythme, l’humour, le spleen, sa liberté de ton, sa sensibilité à fleur de peau, la photographie (signée David Cailley, frère du cinéaste), la musique d’Andrea Laszlo De Simone. « Voilà un vrai auteur français à suivre de près » écrivait l’auteur de ces mots il y a dix ans. La durée de la chrysalide pour Thomas Cailley pour prendre définitivement son envol.

Alors que le monde s’est déjà habitué à une épidémie de mutations qui transforment les humains en animaux, François doit déménager dans le sud de la France pour se rapprocher de sa femme Lana, touchée par ce mal mystérieux et envoyée dans un centre spécialisé. Sur place, lui et son fils Émile doivent se réinventer dans un monde qui se peuple de créatures d’un nouveau genre.

Dans Les Combattants, Madeleine, interprétée par Adèle Haenel (récompensée par le César de la meilleure actrice pour sa prestation), bousculait, percutait l’univers d’Arnaud avec son énergie dévouée uniquement à son entraînement physique et mental, dans le but d’intégrer l’armée et de se préparer ainsi à la fin du monde, selon-elle imminente. Elle apparaissait en contradiction complète avec Arnaud puisque Madeleine, sauvage, était sans cesse sur le qui-vive, prête à l’action. Pas un seul moment de repos pour elle, ce qui expliquait son décalage, son comportement parfois inapproprié, maladroit et même souvent violent. L’animalité en chaque être humain apparaissait en filigrane des Combattants. Madeleine était une femme qui n’hésitait pas à cogner pour signifier qu’elle n’aimait pas et qui offrait des poussins (congelés, mais l’intention est là) quand elle voulait s’excuser.

Le personnage d’Émile dans Le Règne animal, magnifiquement campé par Paul Kircher (révélé par Christophe Honoré dans Le Lycéen et frère de Samuel Kircher, qui vient de crever l’écran dans L’Été dernier de Catherine Breillat) rappelle celui d’Arnaud dans Les Combattants. Discret, en retenue, très impressionné par la situation, à l’écoute, Émile est un adolescent qui porte des stigmates (une cicatrice imputable à l’attaque de sa mère devenue un ours) et arrive à l’âge (ingrat) où son corps change, où les hormones entrent en ébullition (nous sommes ici en plein récit initiatique), où le premier pas est fait dans le monde adulte. Alors qu’il tente de vivre en acceptant que sa mère ait achevé sa mutation, il se rend compte de certains changements chez lui. Des griffes et des crocs font leur apparition. Mais il décide de ne pas en parler à son père, de peur d’être placé (de force) comme sa mère précédemment auprès de chercheurs, sous surveillance dans un centre spécial.

La richesse thématique du Règne animal – sans oublier le parallèle inévitable avec la pandémie de Covid-19 – n’a d’égale que celle de sa mise en scène et ses trouvailles visuelles. Si comme dans Les Combattants, les personnages vont apprendre à construire, à se définir, à s’adapter, à survivre, envers et contre tous, Thomas Cailley passe la vitesse supérieure au moyen d’effets visuels numériques impressionnants, d’animatroniques et de maquillages stupéfiants, qui imposent un bestiaire unique dans notre cinéma, ce qui lui permet d’aborder en plus le thème de la transmission, le cinéaste ayant d’ailleurs comme référence le somptueux À bout de course de Sydney Lumet.

Spectaculaire, contemplatif, bouleversant, immersif, drôle aussi (et souvent), universel malgré sa dimension fantastique, sensoriel, le film de Thomas Cailley entraîne les spectateurs dans un tourbillon émotionnel, qui (dé)joue les codes, qui brouille les repères du public pour mieux l’agripper du début à la fin, sans pathos, mais avec un optimisme revigorant, à l’image de la puissante prestation de Romain Duris, qui à l’approche de la cinquantaine mériterait enfin d’être sacré comme meilleur acteur. D’ores et déjà récompensé par le Prix Louis-Delluc, tandis que les effets spéciaux l’étaient aussi au Festival international du film de Catalogne de Sitges, Le Règne animal peut espérer entrer un peu plus dans l’histoire en récoltant un maximum de Césars.

LE COMBO BLU-RAY + 4K UHD

Après son grand succès dans les salles avec 1,1 million de spectateurs et avant (on espère) son triomphe aux César (12 nominations), Le Règne animal est on ne peut plus choyé par Studiocanal, qui propose le film de Thomas Cailley en DVD, Blu-ray et 4K UHD. Le Combo Blu-ray + 4K prend la forme d’un boîtier standard de couleur noire, glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est légèrement animé et bruité.

Une heure de suppléments à se mettre sous la dent…ou sous le croc plutôt. On démarre par un épilogue, tourné, mixé, mais finalement coupé après sa présentation à Cannes. Aucune indication n’est donnée quant à son rejet pour son exploitation dans les salles. Long de près de cinq minutes, l’action se déroule donc un an plus tard. François erre non loin de la grille délimitant la réserve biologique naturelle et navigue même sur les eaux, attendant visiblement un signe d’Émile. Nous y voyons également Nina, qui demande à sa mère d’arrêter la voiture, avant de se mettre à pousser un cri en direction de la réserve. Julia, qui a commencé sa mutation (on aperçoit des écailles qui se forment sur son poignet), observe la réserve, quand plusieurs cris se font entendre. François tend l’oreille, puis reconnaît le cri d’Émile, l’épilogue se terminant sur un magnifique gros plan de Romain Duris.

Les amateurs d’effets visuels ne manqueront pas le fabuleux module de 14 minutes, consacré à la création des animaux, en compagnie de Frédéric Lainé (superviseur des effets maquillages chez Atelier 69) et Cyrille Bonjean (superviseur des effets numériques chez MPC). Les deux collaborateurs s’expriment justement sur leur association (« un projet rêvé pour nous »), Thomas Cailley ayant voulu combiner le meilleur de chaque département, afin de trouver le réalisme qu’il désirait pour son film. De nombreuses images dévoilent les ateliers où les artistes ont donné vie aux créatures du Règne animal, ainsi que l’envers du décor avec des extraits de tournage.

S’ensuivent trois interviews promotionnelles. Romain Duris (10’), Paul Kircher (9’) et Thomas Cailley (11’) répondent aux mêmes questions, à savoir ce qui les a intéressés dans le scénario (pour les acteurs) et comment le projet est né (pour le réalisateur), comment évoluent les personnages au fil du récit, quels sont les enjeux, comment s’est déroulée la préparation des comédiens, comment s’est passé le tournage avec les effets spéciaux…

Thomas Cailley apparaît également dans un entretien (11’), en compagnie cette fois de la biologiste, directrice de recherches au CNRS et au Muséum national d’histoire naturelle, auteure du livre Mes plus belles rencontres animales, Emmanuelle Pouydebat. Autant dire que ce face-à-face est passionnant, puisqu’il est ici question de l’intelligence des espèces, de leur évolution en fonction de leur milieu, de leur adaptation, tout en replaçant les humains au sein du règne animal. L’émotion est au coeur de cette interview à ne pas manquer.

L’Image et le son

Studiocanal livre un superbe master UHD du Règne animal. D’entrée de jeu, les couleurs clinquantes sont magnifiquement restitués. Les décors fourmillent de détails (merci au cadre large), la profondeur de champ est toujours appréciable, les contrastes sont denses et les séquences sombres chiadées. Les couleurs sont à la fois chatoyantes et froides, toujours lumineuses, avec un piqué ciselé. Les gros plans sur les créatures ne manquent pas de mordant. Le codec HEVC consolide l’ensemble, le relief est constamment palpable. Un disque 4K de démonstration.

L’ensemble des enceintes sur la piste française DTS-HD Master Audio 5.1 est mis à contribution aux quatre coins cardinaux. Les ambiances fusent, la musique bénéficie d’un traitement de faveur avec une belle ouverture, plongeant constamment le spectateur dans l’ambiance. Les dialogues sont solidement harnachés sur la centrale, les effets sont systématiquement balancés de gauche à droite, et des enceintes avant vers les arrières. N’oublions pas le caisson de basses, qui se mêle ardemment à ce grand spectacle acoustique sur les séquences opportunes. L’éditeur joint aussi une piste Audiodescription, une Stéréo, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Studiocanal / Nord-Ouest Films / France 2 Cinéma / Artémis Productions / Ivan Mathie / Captures : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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