Test DVD / Le Cri des gardes, réalisé par Claire Denis

LE CRI DES GARDES réalisé par Claire Denis, disponible en DVD le 19 août 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Isaach de Bankolé, Matt Dillon, Mia McKenna-Bruce, Tom Blyth…

Scénario : Claire Denis, Suzanne Lindon & Andrew Litvack, d’après la pièce de théâtre de Bernard-Marie Koltès

Photographie : Éric Gautier

Musique : Tindersticks

Durée : 1h45

Année de sortie : 2026

LE FILM

Un vaste chantier de travaux publics en Afrique de l’Ouest. Horn, le patron, et Cal, un jeune ingénieur, partagent une habitation provisoire derrière les doubles grilles de l’enceinte réservée aux Blancs. Leone, future épouse de Horn, arrive d’Europe le soir même où un homme qui s’est introduit par effraction surgit derrière les grilles. Il s’appelle Alboury. Il ne quittera pas les lieux tant qu’on ne lui aura pas rendu le corps de son frère, mort sur le chantier.

Après le Nicaragua dans Stars at Noon, Claire Denis revient en Afrique, continent où elle a passé les douze premières années de sa vie et où elle a déjà tourné, au Cameroun pour son premier long-métrage Chocolat (1988) et White Material (2009). Cette fois, direction le Sénégal où elle adapte – avec Suzanne Lindon et Andrew Litvack – la pièce de théâtre Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès (1948-1989), écrite en 1979, que la réalisatrice avait découvert en 1983 à l’occasion de sa transposition au théâtre des Amandiers de Nanterre par Patrice Chéreau. Subjuguée par cette pièce interprétée à l’époque par Michel Piccoli, Myriam Boyer et Philippe Léotard, Claire Denis avait toujours pensé l’adapter elle-même au cinéma, suite à une promesse faite au dramaturge avant d’être emporté par le sida. Il aura donc fallu attendre plus de quarante ans pour que ce projet se concrétise et pour cela elle retrouve Isaach de Bankolé pour la quatrième fois, acteur qu’elle avait d’ailleurs découvert en 1987 dans la pièce de théâtre Dans la solitude des champs de coton du même Bernard-Marie Koltès. La boucle est ainsi bouclée quelque part. Le Cri des gardes est un véritable western, avec comme lieu principal un chantier entouré de grillage qui ferait office de poste fortifié, où les deux personnages principaux, que l’on peut voir comme le cowboy et l’Indien, se font face à l’entrée du camp, où le dialogue s’installe (ou essaye de le faire), où les tensions s’exacerbent. Chez Claire Denis, la nuit est reine, révèle tout, les peurs, l’innommable, l’obscurité ne saurait dissimuler le mensonge. Séparé par une grille qui tranche dans le ciel d’encre, Alboury (Isaach de Bankolé) et Horn (Matt Dillon), prennent place comme s’ils se trouvaient dans un confessionnal à ciel ouvert, ou alors est-ce au purgatoire ? Dans une unité de lieu, de temps et d’action, Claire Denis installe un malaise qui va crescendo, jusqu’à la révélation, pour aller vers l’espoir de rédemption, l’absolution peut-être. Claire Denis brouille les pistes, ici imprégnées de terre rouge, navigue entre différents genres, mais plonge encore ses protagonistes, déracinés pour la plupart, plantés dans une culture qu’ils ne comprennent pas et qui reprend ses droits. À près de 80 ans, Claire Denis affiche une envie folle de cinéma et Le Cri des gardes s’impose comme une nouvelle réussite à son palmarès.

Continuer la lecture de « Test DVD / Le Cri des gardes, réalisé par Claire Denis »

Test DVD / Sukkwan Island, réalisé par Vladimir de Fontenay

SUKKWAN ISLAND réalisé par Vladimir de Fontenay, disponible en DVD le 20 août 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Swann Arlaud, Woody Norman, Alma Pöysti, Ruaridh Mollica, Tuppence Middleton, Maria Arlén Larsen…

Scénario : Vladimir de Fontenay, d’après le roman de David Vann

Photographie : Amine Berrada

Musique : Jeremy Villecourt & Florent Chronie-De Maria

Durée : 1h50

Année de sortie : 2026

LE FILM

Tom emmène son fils de treize ans vivre une année sur une île isolée dans le Grand Nord. Ce retour à la vie sauvage au cœur d’une nature majestueuse leur permet de se retrouver. Mais les conditions extrêmes et l’isolement mettent leur relation à l’épreuve.

En fait, le film de Vladimir de Fontenay est la seconde adaptation du roman de David Yann, Sukkwan Island, publié en France en 2010, transposé en roman graphique cinq ans plus tard par Ugo Bienvenu. Il aura fallu attendre 2026 pour que la version cinématographique du Prix Médicis étranger 2010 débarque sur les écrans. Le réalisateur, déjà remarqué en 2018 avec son premier long-métrage Mobile Homes (3 ans après avoir co-mis en scène Memoria avec Nina Ljeti), dans lequel il dirigeait Imogen Poots et Callum Turner, s’empare du livre et se l’approprie en évoquant à nouveau la question de la parentalité. Là où son personnage principal féminin hésitait entre être libre et être responsable en acceptant sa condition de mère, Sukkwan Island, dont le roman original était dédié au père de l’auteur, qui avait mis fin à ses jours à l’âge de 40 ans, se penche sur la paternité. Après plus de trois ans de recherches, Vladimir de Fontenay et son équipe se sont envolés au nord de la Norvège, au-delà du cercle polaire, pour y isoler ses deux comédiens principaux, merveilleusement incarnés par Swann Arlaud et Woody Norman, où les personnages apprennent à se connaître dans des conditions extrêmes, au milieu de nulle part. À la fois récit autobiographique et projection fantasmée de « ce qui aurait pu se passer si… », l’histoire originale de Sukkwan Island permet au cinéaste d’approfondir certains thèmes personnels, tout en démontrant sa virtuosité technique, son film étant d’une beauté de tous les instants. Largement plébiscité dans de nombreux festivals internationaux, y compris aux États-Unis (Sundance, San Francisco), Sukkwan Island, intégralement tourné en anglais (à quelques exceptions près), confirme le grand talent de Vladimir de Fontenay, qui détient désormais les clés pour se retrouver à la barre d’une production hollywoodienne. On mise sur lui.

Continuer la lecture de « Test DVD / Sukkwan Island, réalisé par Vladimir de Fontenay »

Test DVD / Plus forts que le diable, réalisé par Graham Guit

PLUS FORTS QUE LE DIABLE réalisé par Graham Guit, disponible en DVD le 20 août 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Melvil Poupaud, Asia Argento, Marine Vacth, Nahuel Pérez Biscayart, Raïka Hazanavicius, Julie Chen, Harpo Guit, Alexandra Celestin…

Scénario : Graham Guit

Photographie : Sylvestre Vannoorenberghe

Musique : Samuel Potin

Durée : 1h21

Année de sortie : 2026

LE FILM

Valentin, un homme paumé et fauché, retrouve son fils Joseph après vingt ans d’absence et le précipite, lui et sa femme Alice, dans un chaos total. Avec JP, Mila et Gigi, le diable n’a qu’à bien se tenir…

Celui-là on ne l’avait pas vu venir ! Cela faisait 18 ans que nous n’avions plus de nouvelles du réalisateur Graham Guit. Non pas qu’il nous avait manqué, sa filmographie ressemble bougrement à un casier judiciaire, mais on se demande toujours où et comment certains artistes peuvent disparaître toutes ces années. À son actif, quatre longs-métrages, qui ont tous connu un échec cinglant, Le Ciel est à nous (son plus grand « succès », 120.000 entrées en 1997), Les Kidnappeurs (1998, 56.000 entrées), Le Pacte du silence (2003, 58.000 entrées) et Hello Goodbye (2008, 64.000 entrées). Le voilà de retour avec Plus forts que le diable…enfin, retour c’est vite dit, puisque ce cinquième film n’aura engrangé en tout et pour tout qu’environ 700 entrées. Oui, vous avez bien lu. Pourtant, franchement, Plus forts que le diable est sans doute le meilleur opus du cinéaste. Pour cette comédie bien sanglante et décomplexée, Graham Guit retrouve Melvil Poupaud, avec lequel il avait déjà collaboré sur ses deux premiers films. C’est peu dire que l’acteur s’éclate dans ce rôle de paumé magnifique, loin de ses personnages dramatiques qu’il a souvent enchaîné, comme dans les années 2020, chez François Ozon, Carine Tardieu, Arnaud Desplechin, Mia Hansen-Løve, Lucie Borleteau, Valérie Donzelli…Avec sa moustache crasseuse et sa tronche à la Gérard Blanc (mais ça c’est une autre histoire) mâtiné de Philippe Bruneau (la bacchante de la bande à Stéphane Collaro), loque humaine en jogging des années 1990, cerveau grillé par quelques substances illicites, il trône de façon impériale sur une distribution où tout le monde s’en donne aussi à coeur joie. Récréatif, régressif, très violent, méchamment drôle !

Continuer la lecture de « Test DVD / Plus forts que le diable, réalisé par Graham Guit »

Test Blu-ray / Le Chant des forêts, réalisé par Vincent Munier

LE CHANT DES FORÊTS réalisé par Vincent Munier, disponible en DVD, Blu-ray et édition collector limitée Blu-ray + DVD le 5 mai 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Michel Munier, Simon Munier & Vincent Munier

Scénario : Vincent Munier

Photographie : Vincent Munier, Antoine Lavorel & Laurent Joffrion

Musique : Warren Ellis, Dom La Nena & Rosemary Standley

Durée : 1h39

Année de sortie : 2025

LE FILM

Dans la forêt vosgienne, Vincent Munier et son père observent les animaux, se faisant invisibles, et tentent de transmettre leur passion au fils de Vincent, Simon. Leur regard nous permettra de voir les bois autrement et de redécouvrir une faune diverse, entre chouettes, écureuils, blaireaux, cerfs, et oiseaux. Avec toujours en ligne de mire l’oiseau qui a tout déclenché chez le grand-père : le Grand Tétras et son cri si particulier, un oiseau qui « appelle le jour »…

C’est un des grands succès inattendus de l’année 2025 au cinéma. Porté par une critique élogieuse et un bouche-à-oreille dithyrambique, Le Chant des forêts aura attiré plus d’1,3 millions de spectateurs, avant d’être récompensé à deux reprises lors de la 51e cérémonie des César. On doit cet extraordinaire documentaire à Vincent Munier (né en 1976), photographe animalier, qui avait déjà reçu la compression du meilleur film documentaire en 2022 pour La Panthère des neiges (630.000 entrées, co-réalisé avec Marie Amiguet), qui apparaît comme un devoir de mémoire, un passage de témoin entre trois générations, puisque le réalisateur filme son père Michel, naturaliste qui aura passé un demi-siècle dans la forêt, et son propre fils, Simon, âgé de douze ans. Véritable expérience cinématographique immersive, Le Chant des forêts propose au public de se laisser guider à travers les forêts du massif des Vosges, de prendre le temps d’observer et même de seulement écouter parfois, pour communier avec la nature, la vie animale et le monde végétal. Nos trois protagonistes observent la forêt lors d’affûts, célèbrent la beauté mais aussi la fragilité de la nature, symbolisée par le Grand Tétras, ou Grand Coq de bruyère, longtemps présent, mais aujourd’hui disparu des Vosges, notamment en raison du réchauffement climatique. Ils quittent alors momentanément les Vosges, pour se rendre en Norvège, dans l’espoir d’en voir un. Si Vincent Munier a parcouru le monde pour y photographier la nature, il revient dans les Vosges, sa région natale, où il a tout appris auprès de son paternel et où il est désormais temps de transmettre à son tour. Trois regards, une hyper-sensibilité faite du même bois, une même fascination pour la vie sauvage. C’est maintenant votre tour de tendre l’oreille et de scruter le moindre recoin, car dans la forêt, comme partout ailleurs, la vie est là.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Le Chant des forêts, réalisé par Vincent Munier »

Test DVD / Une enfance allemande – Île d’Amrum, 1945, réalisé par Fatih Akin

UNE ENFANCE ALLEMANDE – ÎLE D’AMRUM (Amrum) réalisé par Fatih Akin, disponible en DVD le 5 mai 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Jasper Billerbeck, Laura Tonke, Diane Kruger, Matthias Schweighöfer, Hark Bohm, Kian Köppke, Detlev Buck, Lisa Hagmeister…

Scénario : Fatih Akin & Hark Bohm

Photographie : Karl Walter Lindenlaub

Durée : 1h30

Année de sortie : 2025

LE FILM

Alors que la Seconde Guerre mondiale s’apprête à prendre fin, les habitants d’un petit village de l’île d’Amrum au Nord de l’Allemagne, survivent au rythme des marées. D’une famille de baleiniers, le jeune Nanning travaille au champ et participe à la pêche aux phoques pour aider sa famille. Un jour sa mère tombe en dépression et Nanning se met en recherche des aliments pour offrir à celle-ci une tartine de pain blanc garnie de beurre et de miel…

À la base, Fatih Akin ne devait pas réaliser Une enfance allemande : Île d’Amrum, 1945, ou tout simplement Amrum en version originale. S’il avait eu l’idée originale et s’il devait uniquement produire le film, le cinéaste germano-turc devait confier le projet à Hark Bohm. Un sujet évidemment personnel quand on apprend que Amrum raconte en réalité les véritables souvenirs de ce dernier, professeur de cinéma, ami et mentor de Fatih Akin. Très âgé et par ailleurs déjà malade, Hark Bohm (décédé en novembre 2025 à l’âge de 86 ans), préfère finalement laisser son ancien élève mettre en scène le scénario qu’ils ont coécrit. Alors évidemment, nous sommes loin des œuvres précédentes du cinéaste de Julie en juillet, Solino, Head-On, Soul Kitchen, In the Fade, Golden Glove (on ne s’en est jamais remis de celui-là), mais l’auteur met toute sa sensibilité et son regard au service de cette belle et émouvante histoire. Magistralement photographié par Karl Walter Lindenlaub, chef opérateur sur Moon 44, Universal Soldier, Stargate, la porte des étoiles et Independence Day de Roland Emmerich, Rob Roy de Michael Caton-Jones, Hantise de Jan de Bont et Black Book de Paul Verhoeven, Une enfance allemande : Île d’Amrum, 1945 peut se voir comme un conte, un récit initiatique filmé à hauteur des yeux de son jeune héros. Aux portes de l’adolescence, il observe un monde en train de s’écrouler (celui de ses parents) et voit un autre en train d’émerger de ces décombres (celui qu’il arpentera désormais) qui s’ouvre devant lui à travers l’immensité du ciel et de la mer du Nord. Et c’est très beau.

Continuer la lecture de « Test DVD / Une enfance allemande – Île d’Amrum, 1945, réalisé par Fatih Akin »

Test Blu-ray / Father Mother Sister Brother, réalisé par Jim Jarmusch

FATHER MOTHER SISTER BROTHER réalisé par Jim Jarmusch, disponible en DVD & Blu-ray le 2 juin 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Tom Waits, Adam Driver, Mayim Bialik, Charlotte Rampling, Cate Blanchett, Vicky Krieps, Sarah Greene, Indya Moore…

Scénario : Jim Jarmusch

Photographie : Frederick Elmes & Yorick Le Saux

Musique : Annika Henderson & Jim Jarmusch

Durée : 1h46

Année de sortie : 2025

LE FILM

Trois histoires. Un frère et une sœur rendent visitent à leur père, dont ils se demandent comment il vit. Une mère accueille comme d’habitude, une fois par an, ses deux filles, aux caractères très différents. Un frère et un sœur, jumeaux, reviennent dans la maison de leurs parents, décédés…

Tiens, revoilà le dandy du cinéma indépendant américain ! Titre qu’il pourrait d’ailleurs partager avec Wes Anderson. Il s’agit bien sûr de Jim Jarmusch (né en 1953), l’auteur d’une multitude de films cultes pour beaucoup de cinéphiles (européens surtout), comme…bah en fait ils le sont quasiment tous devenus, soit instantanément, à l’instar de Down by Law (1986), Dead Man (1995), Ghost Dog : La Voie du samouraï (1999), Broken Flowers (2005, son plus gros carton avec plus d’un million d’entrées chez nous), soit en très peu de temps (Permanent Vacation, Mystery Train, Coffee and Cigarettes, Paterson, Only Lovers Left Alive)…Rares ont été les sorties de pistes pour le réalisateur et l’on pourrait dire qu’en dehors du lénifiant The Limits of Control (2009) et The Dead Don’t Die (2019, même s’il a très bien marché en France), Jim Jarmusch a toujours eu la cote auprès des amateurs de septième art et détient un statut privilégié dans nos contrées, où ses opus sont toujours très bien accueillis par la critique et le public. Cela faisait presque sept ans que nous n’avions plus de nouvelles de Jim Jarmusch. Pour son comeback au cinéma, il passe par la case du film à sketches comme à la grande époque de Mystery Train, de Night on Earth et de Coffee and Cigarettes, tourné entre les États-Unis, l’Irlande et la France. Si Father Mother Sister Brother n’a indubitablement pas la même force, pour ne pas dire la même inspiration que les « monuments » cités plus haut, le charme est indéniable, les comédiens sont tous magnifiques, l’humour sophistiqué fonctionne, tandis que la mélancolie et l’émotion s’invitent au rendez-vous, notamment dans le troisième et dernier segment, qui se déroule à Paris. Les spectateurs ont répondu présents une fois de plus dans l’Hexagone, puisque près de 300.000 spectateurs auront eu la bonne idée d’aller voir Father Mother Sister Brother dans les salles en ce début d’année 2026.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Father Mother Sister Brother, réalisé par Jim Jarmusch »

Test DVD / Toujours possible, réalisé par Jacques Ouaniche

TOUJOURS POSSIBLE réalisé par Jacques Ouaniche, disponible en DVD le 22 avril 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Nadia Farès, Amanda Lear, Patrick Ridremont, Jean-Baptiste Maunier, Christophe Dechavanne, Anne Bouvier, Roddy Julienne, Noemie Bernstein…

Scénario : Jacques Ouaniche, d’après le film Miss Sixty de Sigrid Hoerner

Photographie : Benjamin Rufi

Musique : Randy Kerber

Durée : 1h26

Année de sortie : 2025

LE FILM

À 55 ans, Gaby, biologiste, perd son job et gagne une idée folle : avoir un enfant. Avec sa mère fantasque et un fichier de donneurs, elle traque le sperme parfait, tandis que Pierre, 56 ans, tente de rajeunir à tout prix pour séduire. Mais l’amour pourrait bien prouver que tout reste toujours possible.

Jacques Ouaniche est avant tout un producteur reconnu (Dobermann de Jan Kounen, L’Esquive d’Abdellatif Kechiche, Trois petites filles de Jean-Loup Hubert), auteur (la série Maison Close) et réalisateur (Victor Young Perez). Toujours possible, son dernier film en date est le remake de Miss Sixty, comédie allemande mise en scène par Sigrid Hoerner, sortie en 2014. L’histoire retiendra surtout qu’il s’agit malheureusement de l’ultime long-métrage avec Nadia Farès, disparue tragiquement en avril 2026. Si elle n’était pas la plus grande comédienne, elle était toujours lumineuse, charismatique, attachante et naturelle. Découvrir Toujours possible après sa mort brutale est forcément très émouvant, d’autant plus qu’elle y est très attachante et avait l’air de s’amuser beaucoup avec ses partenaires. Certes, Toujours possible fait parfois penser à un soap, un téléfilm de luxe et la mise en route est quelques peu laborieuse, mais le charme agit malgré tout et on se laisse prendre par cette comédie-romantique (dont on connaît déjà la fin, on ne va pas se mentir) menée sur un rythme soutenu et qui comporte quelques bons numéros d’acteurs complices.

Continuer la lecture de « Test DVD / Toujours possible, réalisé par Jacques Ouaniche »

Test DVD / TKT, réalisé par Solange Cicurel

TKT réalisé par Solange Cicurel, disponible en DVD le 10 avril 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Lanna de Palmaert, Émilie Dequenne, Stéphane De Groodt, Sonia Bekam, Lisa Du Pré, Lily Dupont, Tania Garbarski, Nlandu Lubansu, Kassim Meesters…

Scénario : Solange Cicurel

Photographie : Son Doan

Musique : Remy Lebbos

Durée : 1h19

Année de sortie : 2024

LE FILM

Alors qu’Emma, 16 ans, une jeune fille heureuse dans sa vie, est admise dans l’unité de soins intensifs de l’hôpital, ses parents Meredith et Fred attendent anxieusement des nouvelles du médecin. Désemparés, ils prennent conscience que malgré tous les « T’inquiète » de leur fille, ils auraient dû s’inquiéter. Que lui est-il arrivé ? Entre amitiés toxiques, isolement, messages, moqueries et humiliation, la vie d’Emma a rapidement basculé dans une spirale infernale. Étrangement, Emma est pleinement consciente du monde qui l’entoure mais incapable de communiquer avec lui. Pour comprendre ce qui se passe, Emma doit enquêter sur son passé et démêler le mystère entourant sa soudaine hospitalisation. Petit à petit, elle va être confrontée à la dure réalité de ce qui lui est arrivé.

Après le percutant Un monde de Laura Wandel (L’Intérêt d’Adam), le foudroyant Después de Lucía de Michel Franco et le bouleversant Marion, 13 ans pour toujours de Bourlem Guerdjou (d’après l’affaire Marion Fraisse), TKT, troisième long-métrage de Solange Cicurel, traite à son tour du harcèlement scolaire. En fait, il faudrait presque démarrer par le carton final qui indique que près d’un quart des adolescents ont été victimes au moins une fois de harcèlement scolaire, une des causes principales du suicide des jeunes et la seconde cause de décès chez les 15-24 ans. Là-dessus, la réalisatrice belge, récompensée en 2018 par le Magritte du meilleur premier film pour Faut pas lui dire, livre un objet que l’on pourrait qualifier de scolaire, didactique, sage dans sa mise en scène, mais qui fonctionne et interpelle. Évidemment, TKT (ou « T’inquiète » pour les anciens et les jeunes-vieux de 40-50 ans, ici leitmotiv d’Emma, pour rassurer ses proches) ne peut laisser indifférent avec un tel sujet. Si la réalisation manque de point de vue, le propos n’est pas forcé, mais abordé frontalement, grâce notamment à l’interprétation de Lanna de Palmaert, qui se retrouve pour la première fois en haut de l’affiche et qui porte formidablement bien le film sur ses épaules. De plus, Solange Cicurel se tourne également vers le film de genre pour illustrer son sujet, puisque le personnage, coincé entre la vie et la mort, s’observe sur son lit d’hôpital, inconsciente, intubée, regarde ses parents à son chevet, avant de revivre des souvenirs qui l’ont mené là où elle est désormais, mais aussi en découvrant certains échanges de ses supposés amis…TKT fait son effet et dissèque cette réaction en chaîne qui conduit à l’inéluctable. De plus, le film, grand succès en Belgique avec plus d’un demi-million d’entrées, est d’autant plus poignant quand on sait qu’il s’agit de l’ultime apparition au cinéma de la regrettée Émilie Dequenne, dont la dernière scène déchire le coeur et l’âme…

Continuer la lecture de « Test DVD / TKT, réalisé par Solange Cicurel »

Test DVD / Six jours, ce printemps-là, réalisé par Joachim Lafosse

SIX JOURS, CE PRINTEMPS-LÀ réalisé par Joachim Lafosse, disponible en DVD le 7 avril 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Eye Haïdara, Jules Waringo, Leonis Pinero Müller, Teodor Pinero Müller, Damien Bonnard, Emmanuelle Devos…

Scénario : Joachim Lafosse & Chloé Duponchelle

Photographie : Jean-François Hensgens

Musique : Reyn

Durée : 1h29

Année de sortie : 2025

LE FILM

Malgré les difficultés, Sana tente d’offrir à ses jumeaux des vacances de printemps. Comme son projet tombe à l’eau, elle décide avec eux et son nouveau petit ami, de séjourner sur la côte d’Azur dans la villa luxueuse de son ex belle-famille. En cachette. Six jours de soleil qui marqueront la fin de l’insouciance.

Mais que se passe-t-il pour Joachim Lafosse ? Avec Un silence, le réalisateur belge nous avait sacrément déçus, en raison d’une mécanique qui marchait à vide et des personnages aussi inintéressants que méprisants. Malheureusement, ce n’est pas avec Six jours, ce printemps là qu’il rectifie le tir. Ce onzième long-métrage témoigne d’une sacrée perte d’inspiration, aussi bien sur le fond que sur la forme. Sur un scénario écrit sur un papier OCB (probablement emprunté à Luc Besson), le cinéaste souhaite raconter, comme son titre l’indique, une parenthèse dans une vie, celle d’une mère, fraîchement séparée ou divorcée et de ses deux enfants, qui le temps d’une petite semaine durant les vacances de Pâques, vont « squatter » la villa des ex-beaux parents. Voilà. Bon, on comprend très vite que Joachim Lafosse souhaite parler des rapports de classes, du déclassement pour être exact, mais se contente de filmer les jours qui passent, l’ennui qui s’installe (le même que l’on ressent devant l’écran), tandis que Sana démarre une relation avec son nouveau boyfriend, essaye de cadrer ses deux fils du mieux qu’elle peut, tout en tentant de jouer la carte de la discrétion, au risque que son ancienne belle-famille apprenne leur présence. Cette fois, à juste titre, la critique n’a pas été tendre avec le dernier opus de Joachim Lafosse, qui tire trop sur la corde du minimalisme, étire volontairement, mais sans aucune raison, ses scènes et ce dès le prologue, interminable, qui ne conduit à rien, ou pas grand-chose, si ce n’est d’aller de déception en déception pour le spectateur. Mais où est passé l’auteur des merveilleux L’Économie du couple, À perdre la raison et Les Intranquilles, qui nous faisaient dire qu’il était l’un des plus grands de sa génération ???

Continuer la lecture de « Test DVD / Six jours, ce printemps-là, réalisé par Joachim Lafosse »

Test DVD / Louise, réalisé par Nicolas Keitel

LOUISE réalisé par Nicolas Keitel, disponible en DVD le 10 avril 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Diane Rouxel, Cécile de France, Salomé Dewaels, Noémie Lemaitre, Emma Danze, Lina El Arabi, Myriem Akheddiou, Kynan Carmeci…

Scénario : Nicolas Keitel

Photographie : Joachim Philippe

Musique : Superpoze

Durée : 1h43

Année de sortie : 2025

LE FILM

Suite à un incident, la jeune Marion décide de fuguer du domicile familial. Elle démarre alors une nouvelle vie sous une autre identité : Louise. Quinze ans plus tard, Louise retrouve la trace de sa sœur et de sa mère. Petit à petit, elle réapprend à les connaître sans leur dévoiler son identité. Alors qu’elle renoue avec son passé, un dilemme s’impose à elle : rester Louise ou redevenir Marion…

Il est toujours intéressant, pour ne pas dire passionnant, de voir de nouveaux réalisateurs émerger et surtout passer le cap du long-métrage. C’est cette fois au tour de Nicolas Keitel, remarqué avec son court-métrage Le Bon Copain (avec l’excellente Maud Wyler), qui a tourné dans les festivals en 2018. Voici Louise, drame psychologique, récit initiatique et avant tout aventure romanesque qui rappelle parfois le cinéma d’André Téchiné. Ce qui frappe avant tout dans Louise, c’est la beauté hypnotique et l’immense talent de ses trois comédiennes principales, Diane Rouxel, Cécile de France et Salomé Dewaels, qui auraient bien mérité un prix d’interprétation collectif. De l’aveu du metteur en scène, l’histoire est née d’une image, « Celle de deux petites filles recroquevillées dans un escalier, qui entendent leur mère se faire battre », suite à quoi le reste du parcours de Marion s’est déroulé simplement comme on le fait avec le fil d’une pelote de laine. Ne vous attendez pas à un film dit réaliste, Nicolas Keitel n’a pas peur d’y aller à fond dans le mélodrame et évite justement – c’est parfois limite, mais ça passe – le pathos. On peut aussi tiquer sur la trop grande présence de la musique, même si très soignée là aussi, de Superpoze. La (très) grande attraction du film demeure Diane Rouxel, révélée en 2014 dans The Smell of Us de Larry Clark. Nous avons déjà dit tout le bien que l’on pensait de la comédienne au regard laser, qui nous avait déjà subjugué dans La Terre des hommes de Naël Marandin et Le Soleil de trop près, réalisé par Brieuc Carnaille. Astre discret et pourtant l’un des plus lumineux du cinéma français aujourd’hui, Diane Rouxel pulvérise l’écran une fois de plus dans Louise. Assurément, elle trouve ici l’un de ses plus beaux rôles et rien que pour cela, le premier long-métrage de Nicolas Keitel mérite qu’on s’y attarde.

Continuer la lecture de « Test DVD / Louise, réalisé par Nicolas Keitel »