Test Blu-ray / Drunk, réalisé par Thomas Vinterberg

DRUNK (Druk) réalisé par Thomas Vinterberg, disponible en DVD et Blu-ray le 16 juin 2021 chez Blaq Out.

Acteurs : Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Magnus Millang, Lars Ranthe, Maria Bonnevie, Helene Reingaard Neumann, Susse Wold, Magnus Sjørup…

Scénario : Thomas Vinterberg & Tobias Lindholm

Photographie : Sturla Brandth Grøvlen

Musique : Janus Billeskov Jansen

Durée : 1h57

Année de sortie : 2020

LE FILM

Quatre amis décident de mettre en pratique la théorie d’un psychologue norvégien selon laquelle l’homme aurait dès la naissance un déficit d’alcool dans le sang. Avec une rigueur scientifique, chacun relève le défi en espérant tous que leur vie n’en sera que meilleure ! Si dans un premier temps les résultats sont encourageants, la situation devient rapidement hors de contrôle.

Douzième long métrage du réalisateur danois Thomas Vinterberg (né en 1969), l’un des fondateurs du célèbre Dogme95, Drunk (ou Druk en version originale, ou bien encore Another Round pour son exploitation internationale) offre au magnétique Mads Mikkelsen un de ses plus grands rôles et lui permet de composer un nouveau personnage troublant et fragile, passant du spleen à la détermination, jusqu’à l’effondrement en passant par la colère dans une descente aux enfers programmée. Intense, saisissant, l’acteur a remporté moult prix pour Drunk, y compris son troisième Bodil, l’équivalent danois du César du Meilleur acteur, l’European Film Awards, ainsi que le Prix d’interprétation au Festival de San Sebastián, qu’il partageait d’ailleurs avec ses magnifiques partenaires Thomas Bo Larsen, Magnus Millang et Lars Ranthe. Si comme dans La Chasse le sujet est une fois de plus périlleux, Thomas Vinterberg livre assurément son plus grand film, probablement celui de la maturité, mêlant à la fois l’universel et l’intimiste. Le désir de flirter avec l’alcool, légitimé dans Drunk par la théorie du psychologue norvégien Finn Skårderud, selon laquelle l’homme serait né avec un taux d’alcool dans le sang qui présenterait un déficit de 0,5g/L, confrontera les quatre personnages principaux à leurs problèmes et à leur mal-être. Parallèlement, Drunk traite aussi de la jeunesse et de l’insouciance qui se sont définitivement envolées et du mirage de les retrouver par l’intermédiaire de l’alcool, une cible que notre quatuor rêve de (re)conquérir, jusqu’à la chute qui sera particulièrement brutale. Au-delà de l’extraordinaire prestation des comédiens, on ressort autant secoué que bouleversé de Drunk, comédie-dramatique psychologique que l’on pourrait presque voir comme un chaînon manquant entre La Grande bouffe La Grande abbuffata (1973) de Marco Ferreri et…P.R.O.F.S. (1985) de Patrick Schulmann. Complexe, passionnant, drôle, émouvant, enivrant, cérébral, populaire, ce chef d’oeuvre ne cesse de triturer les méninges et les tripes bien longtemps après.

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Test Blu-ray / Relic, réalisé par Nathalie Erika James

RELIC réalisé par Nathalie Erika James, disponible en DVD et Blu-ray le 3 février 2021 chez Blaq Out.

Acteurs : Robyn Nevin, Emily Mortimer, Bella Heathcote, Steve Rodgers, Chris Bunton, Robin Northover, Catherine Glavicic, Christina O’Neill…

Scénario : Natalie Erika James & Christian White

Photographie : Charlie Sarroff

Musique : Brian Reitzell

Durée : 1h30

Année de sortie : 2020

LE FILM

Edna, une octogénaire, disparaît subitement. Sa fille Kay et sa petite-fille Sam se rendent chez elle, dans sa grande demeure isolée, afin de mener les recherches et tenter de la retrouver. Quelque chose d’aussi mystérieux que néfaste et inquiétant semble entourer l’endroit…

C’est un premier long-métrage, un coup de maître. Relic n’est pas un film d’épouvante comme les autres, il fait aussi et surtout réfléchir pendant et après son visionnage. Si l’on comprend petit à petit que tout n’est qu’allégorie, la mise en scène prend aux tripes à mi-parcours, au détour d’un plan, pour ne plus lâcher le spectateur jusqu’à la toute dernière séquence, ahurissante et poignante. Lors de ce dénouement, après une demi-heure passée littéralement en apnée (encore plus fort que Tom Cruise donc), certains se diront que la réalisatrice Natalie Erika James ne donne pas d’explications…et en fait si, tout apparaît, s’illumine. Produit par Jake Gyllenhaal et les frères Russo, Relic est une oeuvre incroyablement intelligente, sensitive, philosophique, anxiogène sur la forme (la photo de Charlie Sarroff est sublime), totalement bouleversante et tragique sur le fond car universelle et intime. Assurément l’une des plus belles découvertes de l’année 2020 au cinéma.

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Test DVD / L’Enfant rêvé, réalisé par Raphaël Jacoulot

L’ENFANT RÊVÉ réalisé par Raphaël Jacoulot, disponible en DVD le 20 janvier 2021 chez Blaq Out.

Acteurs : Jalil Lespert, Louise Bourgoin, Mélanie Doutey, Jean-Marie Winling, Nathan Willcocks, Rio Vega, Garance Clavel, Jean-Michel Fête…

Scénario : Raphaël Jacoulot, Benjamin Adam, Iris Kaltenback & Fadette Drouard

Photographie : Céline Bozon

Musique : André Dziezuk

Durée : 1h47

Année de sortie : 2020

LE FILM

Depuis l’enfance, François a consacré sa vie au bois. Celui des arbres des forêts du Jura, qu’il connaît mieux que personne. Il dirige la scierie familiale avec sa femme Noémie, et tous deux rêvent d’avoir un enfant sans y parvenir. C’est alors que François rencontre Patricia, qui vient de s’installer dans la région. Commence une liaison passionnelle. Très vite, Patricia tombe enceinte. François vacille…

Mine de rien, Raphaël Jacoulot est non seulement en train de construire une œuvre cohérente depuis son premier long-métrage Barrage (2006), mais ce diplômé de la Femis (département réalisation) est devenu en l’espace de quinze ans l’un des cinéastes français les plus passionnants et intéressants. Dès son premier film, le scénariste et metteur en scène s’intéressait déjà aux dysfonctionnements de la cellule familiale, avec notamment une mère qui refusait de voir son fils devenir adulte et s’éloigner d’elle. Dans Avant l’aube, Raphaël Jacoulot explorait le rapport paternaliste entre le directeur d’un grand hôtel (le regretté Jean-Pierre Bacri) et son jeune employé en réinsertion (l’incroyable Vincent Rottiers). Puis, en 2015, le réalisateur faisait s’entrecroiser ou entrer en collision les personnages d’un petit village, avec pour point central « l’idiot du coin » (Karim Leklou, phénoménal) dont la présence exacerbait les tensions, jusqu’au point de non-retour. Trois immenses réussites qui témoignaient chaque fois de l’évolution du style de Raphaël Jacoulot, à la fois sur le fond et sur la forme. Son dernier opus en date, L’Enfant rêvé, est comme qui dirait une œuvre somme, qui compile, condense et transforme ses précédents essais, pour atteindre cette fois les sommets. Porté par trois comédiens en état de grâce, Louise Bourgoin, Mélanie Doutey et Jalil Lespert, L’Enfant rêvé est un drame psychologique et familial, ainsi qu’un foudroyant thriller qui prend aux tripes du début à la fin qui aborde le sujet finalement assez rare au cinéma du désir d’enfant d’un homme, à qui Jalil Lespert apporte une profonde mélancolie. Il serait inconcevable de ne pas reparler de L’Enfant rêvé à la prochaine cérémonie des Césars !

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Test DVD / L’Infirmière, réalisé par Koji Fukada

L’INFIRMIÈRE (Yokogao) réalisé par Koji Fukada, disponible en DVD le 6 janvier 2021 chez Blaq Out.

Acteurs : Mariko Tsutsui, Mikako Ichikawa, Sosuke Ikematsu, Hisako Okata, Mitsuru Fukikoshi, Miyu Ogawa, Ren Sudo…

Scénario : Koji Fukada & Kazumasa Yonemitsu

Photographie : Ken’ichi Negishi

Musique : Hiroyuki Onogawa

Durée : 1h41

Année de sortie : 2019

LE FILM

Ichiko est infirmière à domicile. Elle travaille au sein d’une famille qui la considère depuis toujours comme un membre à part entière. Ichiko aide également Motoko, la soeur aînée, qui veut être infirmière. Un jour, Saki, la soeur cadette, disparaît. Motoko, devenue avec le temps son amie et confidente, accuse Ichiko. Suit une frénésie médiatique qui met littéralement l’héroïne le dos au mur, l’obligeant à affronter les fantômes de son passé et à développer un désir de vengeance. En retraçant la chaîne des événements, un trouble grandit : est-elle coupable ? Qui est-elle vraiment ?

L’Infirmière est un des films à avoir pu bénéficier d’une sortie dans les salles françaises en cette fâcheuse année 2020. Le titre original du septième long-métrage du réalisateur Kōji Fukada,Yokogao, signifie littéralement “Visage vu de profil”, qui renvoie directement à la dualité du personnage principal. Et ce visage, c’est celui d’Ichiko, merveilleusement interprété par la fascinante comédienne Mariko Tsutsui, vue en 2003 dans La Mort en ligne de Takashi Miike, Achille et la Tortue (2008) de Takeshi Kitano et qui tenait déjà l’un des rôles principaux dans Harmonium du même Kōji Fukada en 2016, présenté en section Un certain regard au Festival de Cannes 2016 et récompensé par le Prix du jury. A la fois drame et thriller social, Yokogao cueille le spectateur là où il s’y attendait le moins, puisque si le film démarre comme une chronique réaliste narrant le quotidien d’une infirmière, l’intrigue et l’atmosphère bifurquent vers la noirceur pour au final dresser le portrait psychologique d’une femme arrivée au carrefour de sa vie, qui va voir son existence basculer du jour au lendemain. Et c’est aussi superbe que viscéral.

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Test DVD / Ondine, réalisé par Christian Petzold

ONDINE (Undine) réalisé par Christian Petzold, disponible en DVD le 6 janvier 2021 chez Blaq Out.

Acteurs : Paula Beer, Franz Rogowski, Maryam Zaree, Jacob Matschenz, Anne Ratte-Polle, Rafael Stachowiak, José Barros, Julia Franz Richter…

Scénario : Christian Petzold, d’après la nouvelle Ondine s’en va de Ingeborg Bachmann

Photographie : Hans Fromm

Durée : 1h26

Année de sortie : 2020

LE FILM

Ondine est une diplômée en histoire qui travaille comme guide à Berlin. Son amant la quitte pour une autre femme. Immédiatement après la rupture, elle rencontre Christoph dont elle tombe amoureuse. Tous les deux passent des moments merveilleux ensemble jusqu’à ce que Christoph se rende compte que Ondine fuit quelque chose. Il commence alors à se sentir trahi…

Avec Ondine, le réalisateur et chef de file du nouveau cinéma d’auteur allemand Christian Petzold (né en 1960) propose un portrait de femme porté par la magnifique Paula Beer, qui signe après Transit, sa seconde collaboration avec le metteur en scène de Yella, Jerichow, Barbara et Phoenix. Oeuvre romanesque, épurée, mêlant à la fois le feu des sentiments et l’apparence glacée des personnages, Ondine s’inspire du conte éponyme de Friedrich de La Motte-Fouqué, (1811), mais surtout de sa réappropriation par la poétesse, nouvelliste et romancière autrichienne Ingeborg Bachmann (1926-1973) dans Ondine s’en va, écrit du point de vue du personnage, en plaçant son histoire dans un Berlin contemporain. La photo du chef opérateur Hans Fromm, fidèle collaborateur de Christian Petzold, fait la part belle aux teintes solaires et bleutées, dans un désir de rendre la ville comme un paysage enfermé dans un aquarium, où Paula Beer, telle Ava Gardner dans le merveilleux Pandora (1950) d’Albert Lewin, est filmée comme une sirène à la beauté ensorcelante. Comme dans la plupart des oeuvres précédentes de Christian Petzold, une histoire d’amour contrariée sert une fois de plus de fil conducteur. Les sentiments chez le cinéaste ne s’expriment habituellement qu’à travers les regards, les intentions et les non-dits. Dans Ondine, l’amour explose à travers la passion du personnage principal et de Christoph, interprété par le magnétique Franz Rogowski (Happy End de Michael Haeneke), qui retrouve ici sa partenaire de Transit. Tout irait pour le mieux dans cette histoire sentimentale, si un battement de coeur qui s’est un peu emballé de façon inattendue, n’entraînait pas la suspicion et la méfiance, thèmes déjà abordés par le metteur en scène dans Yella, Jerichow et Barbara. Récompensée par l’Ours d’Argent au Festival de Berlin, Paula Beer, qui succède ainsi à la sublime Nina Hoss comme muse de Christian Petzold, livre une fantastique et éblouissante performance.

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Test DVD / Les Envoûtés, réalisé par Pascal Bonitzer

LES ENVOÛTÉS réalisé par Pascal Bonitzer, disponible en DVD le 5 août 2020 chez Blaq Out.

Acteurs : Sara Giraudeau, Nicolas Duvauchelle, Nicolas Maury, Anabel Lopez, Iliana Lolic, Josiane Balasko, Jérôme Kircher, José Luis Gomez, Laurent Pedebernard…

Scénario : Pascal Bonitzer, Agnès de Sacy d’après une nouvelle d’Henry James

Photographie : Julien Hirsch, Pierre Milon

Musique : Bruno Coulais

Durée : 1h37

Année de sortie : 2019

LE FILM

Pour le “récit du mois”, Coline, pigiste pour un magazine féminin, est envoyée au fin fond des Pyrénées interviewer Simon, un artiste un peu sauvage qui aurait vu lui apparaître le fantôme de sa mère à l’instant de la mort de celle-ci… Interview qu’elle est d’autant plus curieuse de faire que sa voisine la belle Azar prétend, elle, avoir vu le fantôme de son père ! Simon, au cours de la nuit de leur rencontre, tente de séduire Coline, qui lui résiste mais tombe amoureuse…

A chaque film, ou presque, réalisé par Pascal Bonitzer, il se crée comme une réaction chimique, une empathie immédiate pour les personnages souvent animés par une fureur de vivre dissimulée derrière un masque de mélancolie. Pour son huitième long-métrage en tant que réalisateur, le scénariste de Raoul Ruiz (La Vocation suspendue, Trois vies et une seule mort), d’André Téchiné (Les Soeurs Brontë, Ma saison préférée), de Jacques Rivette (L’Amour par terre, La Belle Noiseuse) et de Chantal Akerman (Golden Eighties) se frotte au genre fantastique à travers une histoire d’amour contrariée par une présence, celle de la mort, qui happe sans crier gare celles et ceux qui nous sont proches, mais dont l’aura demeure omniprésente. Epaulé par sa coscénariste Agnès De Sacy (Il est plus facile pour un chameau…, Je l’aimais), avec laquelle il avait déjà signé ses deux précédents films, Chercher Hortense (2012) et Tout de suite maintenant (2016), Pascal Bonitzer confirme encore et toujours l’originalité de son cinéma, sa solide direction d’acteurs, son sens pour les dialogues et la délicatesse de sa mise en scène.

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Test DVD / L’Affaire Pasolini, réalisé par David Grieco

L’AFFAIRE PASOLINI (La Macchinazione) réalisé par David Grieco, disponible en DVD le 3 juin 2020 chez Blaq Out.

Acteurs : Massimo Ranieri, Libero De Rienzo, Matteo Taranto, François-Xavier Demaison, Milena Vukotic, Roberto Citran, Alessandro Sardelli, Catrinel Marlon, Paolo Bonacelli, Toni Laudadio…

Scénario : David Grieco, Guido Bulla

Photographie : Fabio Zamarion

Musique : Pink Floyd et Roger Waters

Durée : 1h47

Année de sortie : 2016

LE FILM

Pendant l’été 1975, Pier Paolo Pasolini termine le montage de son dernier film, « Salò ou les 120 journées de Sodome ». Son œuvre suscite de fortes polémiques et provoque des débats par la radicalité des idées qu’il y exprime. Au mois d’août, le négatif original du film est dérobé et une rançon importante est exigée. Prêt à tout pour récupérer son film, Pasolini va se laisser enfermer dans une terrible machination qui le conduira à sa perte.

Le courage intellectuel de la vérité et la pratique politique sont deux choses inconciliables en Italie.Pier Paolo Pasolini.

L’Italie, pour ne pas dire le monde entier, ne s’est jamais remise du brutal assassinat du cinéaste Pier Paolo Pasolini. Certains réalisateurs se seront penchés sur cet événement tragique, à l’instar de Marco Tullio Giordana avec son film Pasolini, mort d’un poètePasolini, un delitto italiano (1995), dans lequel le procès de Pino Pelosi, accusé du meurtre de Pasolini, était reconstitué. En 2014, le new-yorkais Abel Ferrara livrait sa version des dernières heures du maître italien dans le sobrement intitulé Pasolini, où son complice Willem Dafoe incarnait le réalisateur. L’Affaire Pasolini, sorti deux ans après le film précédent, apparaît tout d’abord comme un outsider. Comment cette œuvre mise en scène par David Grieco allait se démarquer des approches précédentes ? Tout d’abord, son film n’aborde pas le procès contre Pino Pelosi, ce jeune prostitué de 17 ans arrêté la nuit du meurtre au volant de la voiture de Pasolini, qui s’était déclaré – trop vite sans doute – responsable de la mort de Pasolini. David Grieco s’appuie plutôt sur le témoignage de Pelosi datant de 2005, au cours duquel ce dernier affirmait son innocence et que le meurtre avait été réalisé par trois individus à l’identité préservée. Ensuite, si L’Affaire Pasolini retrace bien les dernières heures de la vie du poète et réalisateur, son gros point fort reste d’avoir confié le rôle-titre au comédien-chanteur italien Massimo Ranieri, inoubliable dans les films de Mauro Bolognini (Metello, Bubu de Montparnasse, Chronique d’un homicide), qui retrouve ici un rôle à la mesure de son talent. Entre mimétisme et interprétation personnelle, l’acteur impressionne ici du début à la fin, et restitue admirablement la hargne qui animait Pier Paolo Pasolini, éternel provocateur, dont le tort était probablement d’être communiste et homosexuel dans l’Italie asphyxiée des années 1970.

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Test DVD / Vif-argent, réalisé par Stéphane Batut

VIF-ARGENT réalisé par Stéphane Batut, disponible le 14 janvier 2020 en DVD chez Blaq Out

Acteurs : Thimotée Robart, Judith Chemla, Djolof Mbengue, Saadia Bentaïeb, Marie-José Kilolo Maputu, Cecilia Mangini, Babakar Bâ, Bernard Mazzinghi, Frédéric Bonpart…

Scénario : Stéphane Batut, Christine Dory, Frédéric Videau

Photographie : Céline Bozon

Musique : Benoit de Villeneuve, Gaspar Claus

Durée : 1h42

Année de sortie : 2019

LE FILM

Juste erre dans Paris à la recherche de personnes qu’il est seul à voir. Il recueille leur dernier souvenir avant de les faire passer dans l’autre monde. Un jour, une jeune femme, Agathe, le reconnaît. Elle est vivante, lui est un fantôme. Comment pourront-ils s’aimer, saisir cette deuxième chance ?

C’est une véritable proposition de cinéma de genre et surtout une grande déclaration d’amour au septième art. Vif-argent est le premier long métrage très prometteur de Stéphane Batut, grand directeur de casting qui officie depuis les années 1990, auteur d’un documentaire en 2014, Le Rappel des oiseaux. Auréolé du Prix Jean-Vigo en 2019, mais aussi du Prix du Jury du Film Français Indépendant au Champs-Elysées Film Festival et du prestigieux Prix Louis-Delluc du premier film, Vif-argent est une œuvre immensément poétique qui rappelle parfois l’univers de Manoel de Oliveira, à l’instar de L’Étrange Affaire Angélica (2010), où le fantastique s’immisce dans le quotidien. Georges Franju, George du Maurier et Sacha Guitry sont également remerciés dans le générique de fin par le metteur en scène. Ces références se côtoient et s’imbriquent pour donner naissance à l’un des films français les plus surprenants, mélancoliques et ambitieux de l’année passée.

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Test DVD / L’Heure de la sortie, réalisé par Sébastien Marnier

L’HEURE DE LA SORTIE réalisé par Sébastien Marnier, disponible en DVD le 23 mai 2019 chez Blaq Out

Acteurs : Laurent Lafitte, Emmanuelle Bercot, Pascal Greggory, Grégory Montel, Luàna Bajrami, Thomas Scimeca, Gringe, Adèle Castillon, Véronique Ruggia, Victor Bonnel, Matteo Perez…

Scénario : Sébastien Marnier, Elise Griffon d’après le roman éponyme de Christophe Dufossé

Photographie : Romain Carcanade

Musique : Zombie Zombie

Durée : 1h44

Année de sortie : 2019

LE FILM

Lorsque Pierre Hoffman intègre le prestigieux collège de Saint Joseph il décèle, chez les 3e1, une hostilité diffuse et une violence sourde. Est-ce parce que leur professeur de français vient de se jeter par la fenêtre en plein cours ? Parce qu’ils sont une classe pilote d’enfants surdoués ? Parce qu’ils semblent terrifiés par la menace écologique et avoir perdu tout espoir en l’avenir ? De la curiosité à l’obsession, Pierre va tenter de percer leur secret…

Souvenez-vous, il y a trois ans…A la sortie d’Irréprochable, son premier long métrage, nous avions fait le pari que nous entendrions à nouveau parler du réalisateur Sébastien Marnier. Journaliste et écrivain (Mimi, Une vie de petits fours), ce dernier avait signé avant cela quelques courts métrages, dont Le Grand avoir en 2002 et Le Beau Jacques en 2003 avec Philippe Nahon. Véritable coup de maître sorti au milieu de blockbusters estivaux, porté par une critique quasi-unanime, Irréprochable, thriller social et psychologique nappé d’humour noir, nous avait laissés pantois. L’Heure de la sortie confirme tout le bien que l’on pensait de ce nouvel auteur et cinéaste. Après avoir offert son plus grand rôle à Marina Foïs, Sébastien Marnier s’impose comme un immense directeur d’acteurs dans L’Heure de la sortie, porté par un impérial Laurent Lafitte et une poignée de jeunes comédiens épatants, troublants et ambigus. Entre David Lynch, Michael Haneke, John Carpenter et plus récemment de Jeff Nichols, ne manquez pas ce chef d’oeuvre instantané.

Pierre, un professeur en collège, se retrouve en charge d’enseigner une classe de troisième expérimentale, composée de douze élèves surdoués, suite au suicide de leur professeur. La venue de Pierre est mal vue par cette classe, qui ne tardera pas à le lui faire sentir. Au fur et à mesure que les jours passent, le professeur se doute que tout ne tourne pas rond et ne va pas tarder à découvrir la vérité.

Nous attendions impatiemment le nouveau long métrage de Sébastien Marnier, longuement mûri par le cinéaste pendant près de dix ans et qui souhaitait à l’origine en faire son premier film. Nous ne sommes pas déçus. Le réalisateur va même encore plus loin qu’Irréprochable en se frottant au genre fantastique par petites touches réalistes, tout en enfermant ses personnages et les spectateurs dans un environnement anxiogène et glaçant. Très bien entouré par Emmanuelle Bercot, Gronge, Pascal Greggory et Grégory Montel, Laurent Lafitte apparaît une fois de plus là où on ne l’attendait pas, même si l’environnement inquiétant et énigmatique rappelle parfois l’excellent et sous-estimé K.O. de Fabrice Gobert (Simon Werner a disparu…, la série Les Revenants) dans lequel il tenait déjà le haut de l’affiche. Dans L’Heure de la sortie, adaptation du roman éponyme de Christophe Dufossé (2002), son personnage quelque peu mal aimable, est plongé malgré-lui dans l’univers sous-cloche d’un collège réputé pour ses meilleurs élèves, tous réunis dans une même classe. Face au comédien, les adolescents Luàna Bajrami, Victor Bonnel, Adèle Castillon, Matteo Perez, Thomas Guy et Léopold Buchsbaum impressionnent par leur charisme, leur spontanéité et tiennent la dragée haute à leur partenaire.

Non seulement Sébastien Marnier jongle avec les genres (SF, thriller paranoïaque, drame) avec virtuosité et une impressionnante maturité, en ayant bien digéré ses références, mais son film délivre également un message écologique alarmant, sans être pesant ou donneur de leçons. L’Heure de la sortie flatte à la fois les sens, le coeur et l’âme, réconcilie les amateurs de films d’auteurs et populaires, tout en titillant constamment l’intelligence du spectateur, en lui faisant perdre ses repères, en le déstabilisant sans cesse. Parallèlement, le réalisateur soigne chacun de ses cadres et sa mise en scène subjugue du début à la fin, le tout nappé par la partition entêtante du groupe Zombie Zombie.

De nombreuses scènes s’impriment d’ores et déjà dans nos mémoires, à l’instar du final, vertigineux, qui ne cesse de hanter l’auteur de ces mots depuis des mois. Récompensé au Festival international du film francophone de Namur, au festival international du film de Catalogne, ainsi que par le Prix Jean-Renoir des lycéens, L’Heure de la sortie est un des films les plus riches, les plus aboutis, les plus ambitieux et les plus marquants que vous aurez l’occasion de voir en 2019.

LE DVD

Point de Blu-ray pour L’Heure de la sortie et c’est bien dommage…Le DVD est disponible chez Blaq Out. Le menu principal est fixe et musical.

Les suppléments sont peu nombreux. On apprécie les scènes coupées (8’30), centrées sur le personnage de Laurent Lafitte, même si l’on pouvait espérer un commentaire audio pour apprendre la raison de leur éviction.

Un montage de 15 minutes montre également le comparatif avant/après l’incrustation des effets numériques.

Et c’est tout ! Aucun entretien avec le réalisateur, ni court-métrage ou même la bande-annonce !

L’Image et le son

Le master de L’Heure de la sortie est plutôt bichonné par Blaq Out. Le cadre large est élégant, les couleurs soignées et le piqué suffisamment aiguisé. Les contrastes sont assurés, denses et riches, les détails ne manquent pas et la profondeur de champ est soignée. Malgré un sensible bruit vidéo sur les arrière-plans, des moirages et un léger fléchissement de la définition sur les scènes en intérieur, la copie demeure éclatante. La belle photo riche et contrastée du chef opérateur Romain Carcanade, passe agréablement le cap du petit écran.

La piste Dolby Digital 5.1 offre un agréable confort acoustique, proposant une large ouverture frontale, divers effets latéraux (gros travail sur le son) et une belle spatialisation musicale. De son côté, la Dolby Stéréo 2.0 remplit aisément son contrat avec une balance des avant ferme et savamment équilibrée. À noter la présence de sous-titres français pour sourds et malentendants, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Blaq Out /
Haut et Court / Laurent Champoussin / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Nos batailles, réalisé par Guillaume Senez

NOS BATAILLES réalisé par Guillaume Senez, disponible en DVD et Blu-ray le 18 février 2019 chez Blaq Out

Acteurs : Romain Duris, Laure Calamy, Laetitia Dosch, Lucie Debay, Basile Grunberger, Lena Girard Voss, Dominique Valadié, Sarah Le Picard, Cédric Vieira…

Scénario : Guillaume Senez, Raphaëlle Desplechin

Photographie : Elin Kirschfink

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Olivier se démène au sein de son entreprise pour combattre les injustices. Mais du jour au lendemain quand Laura, sa femme, quitte le domicile, il lui faut concilier éducation des enfants, vie de famille et activité professionnelle. Face à ses nouvelles responsabilités, il bataille pour trouver un nouvel équilibre, car Laura ne revient pas.

N’y allons pas par quatre chemins, Nos batailles est l’un des plus beaux films de l’année 2018. Deux ans après son premier long métrage Keeper, présenté dans plus de 70 festivals du monde entier et multi-récompensé, le cinéaste franco-belge Guillaume Senez (né en 1978) foudroie une fois de plus le coeur des spectateurs avec son deuxième film, coécrit cette fois avec Raphaëlle Desplechin. Sélectionné à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes en 2018, Nos batailles confirme l’immense talent et la sensibilité de son metteur en scène, qui pour l’occasion offre à Romain Duris l’un si ce n’est le plus grand rôle de toute sa carrière. Un cinéaste est né.

Olivier est contremaître dans un entrepôt de vente en ligne. Tandis qu’il se démène au travail, sa femme Laura, vendeuse, s’occupe de leurs deux enfants Elliot et Rose. Un jour elle disparaît sans prévenir, et Olivier doit se débrouiller, seul ou avec l’aide de sa famille, pour mener de front ses vies familiale et professionnelle.

Romain Duris est apparu pour la première fois sur les écrans dans Le Péril jeune de Cédric Klapisch, il y a déjà 25 ans. Très vite, le cinéma français s’est emparé de ce jeune homme de 19 ans, repéré dans la rue. Outre ses nombreuses et fructueuses collaborations avec Cédric Klapisch (Chacun cherche son chat, Peut-être, L’Auberge espagnole, Les Poupées russes, Paris, Casse-tête chinois), Romain Duris a toujours su concilier le cinéma d’auteur et le cinéma commercial, en passant sans complexe de Jan Kounen à Tony Gatlif, de Jean-Paul Salomé à Jacques Audiard, de Christophe Honoré à Laurent Tirard, de Patrice Chéreau à Eric Lartigau. Pour son cinquantième film, le comédien trouve comme qui dirait le rôle de la maturité. A bientôt 45 ans, ses traits se sont creusés et son charisme sauvage s’est encore plus développé. Il est en tout point époustouflant dans Nos batailles, merveilleusement dirigé par Guillaume Senez.

Quasiment de tous les plans, magnétique, beau, bouleversant, l’acteur amateur que l’on a vu grandir et mûrir à l’écran est progressivement devenu un bon, un très bon, un excellent, puis un immense comédien. Comme pour Keeper, Guillaume Senez conserve une spontanéité naturaliste, centrée sur un travail d’improvisations avec les acteurs, qui détiennent uniquement une base écrite détaillée comprenant les enjeux. Le réalisateur privilégie les gestes esquissés ou avortés, les voix des protagonistes qui se chevauchent, les imprévus. La vie explose alors à l’écran, l’empathie est réelle, les situations (inspirées de l’expérience personnelle du réalisateur) crédibles, réalistes, spontanées, universelles, authentiques. Caméra à l’épaule, en plans-séquences, le spectateur est placé comme témoin et suit ce personnage qui apprend à vivre seul avec ses deux enfants (Basile Grumberger et Lena Girard Voss, d’un naturel confondant), à communiquer avec eux, en essayant de faire le mieux possible, tout en essayant de gérer l’équipe (et leurs problèmes) dont il est responsable à l’usine. Tout cela sans pathos, sans musique, sans misérabilisme où certains se seraient engouffrés et paumés. Les personnages existent et donnent cette impression de les connaître, cette envie de les consoler, de les encourager, de les aider. N’oublions pas les trois merveilleuses actrices qui donnent la réplique à Romain Duris. Lucie Debay (La Confession de Nicolas Boukhrief), poignante dans le rôle de la compagne et mère de deux enfants dont le départ restera « inexpliqué », Laëtitia Dosch (déjà présente dans Keeper, avant d’être révélée dans Jeune Femme de Léonor Serraille), saisissante dans celui de la sœur d’Olivier (la scène dit « Paradis Blanc » arrache les larmes), ainsi que l’indispensable et lumineuse Laure Calamy dans celui de Betty, collègue et confidente d’Olivier.

A quinze jours de la prochaine cérémonie des César, Nos batailles, production belge, pourrait bien remporter celui du meilleur film étranger, tandis que Romain Duris, également nommé, est l’un des grands prétendants à la compression du meilleur acteur. Si la concurrence n’a jamais été aussi sévère avec également la présence de Denis Ménochet (Jusqu’à la garde) et d’Alex Lutz (Guy), Romain Duris pourrait enfin obtenir la récompense qui lui avait injustement échappé pour De battre mon coeur s’est arrêté en 2006. En attendant, Nos batailles a reçu le Prix de la Critique au Festival du film de Hambourg, la Mention du Jury Cinevox au festival International du Film Francophone de Namur, le Prix du public au festival de Turin, et surtout 5 Magritte, l’équivalent des César en Belgique, dont celui du Meilleur film, du meilleur réalisateur et de la meilleure actrice dans un second rôle pour Lucie Debay. Des prix à foison, largement mérités pour ce chef d’oeuvre instantané.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Nos batailles, est disponible chez Blaq Out. La jaquette, glissée dans un boîtier classique de couleur bleue, reprend le visuel de l’affiche du film. Même chose pour le menu principal, fixe et bruité, puisqu’en dehors de la chanson de Michel Berger, il n’y a pas de musique dans le film.

On commence par un entretien avec Guillaume Senez, enregistré au Festival de Cannes, à l’occasion de la présentation de Nos batailles dans le cadre de la Semaine de la Critique (6’30). Le réalisateur est très honoré d’avoir été sélectionné sur la Croisette, qui lui offre ainsi une belle vitrine pour dévoiler son film. La genèse de Nos batailles, inspiré par quelques évènements personnels, le travail avec les comédiens, ses intentions et les partis pris, les thèmes abordés et le rapport des spectateurs avec les personnages sont ensuite évoqués.

Si l’éditeur ne propose pas de commentaire audio sur tout le film, Guillaume Senez commente néanmoins près de 25 minutes de scènes sélectionnées. C’est ici l’occasion pour lui d’étayer les sujets rapidement abordés dans son interview précédente.

Nous trouvons également 9 minutes de scènes coupées au montage, sur lesquelles Guillaume Senez intervient également, en expliquant la raison de leur rejet, à cause notamment de redondances.

L’éditeur joint également le formidable court-métrage U.H.T., réalisé par Guillaume Senez en 2012 (18’). Sophie voit tous les jours son mari Augustin partir travailler pour sa petite exploitation laitière. Il y travaille corps et âme. Pourtant depuis quelques temps, la production de sa ferme ne suffit plus à assurer la pérennité financière de sa famille. Sophie ne se doute de rien, mais pour combien de temps encore…

L’Image et le son

Nos batailles bénéficie d’un beau traitement de faveur avec ce master HD élégant. Si les contrastes sont un peu légers, les noirs sont denses, le piqué agréable et la caméra portée peut compter sur une compression AVC solide. La palette chromatique est atténuée, froide, avec beaucoup de touches de bleus. La luminosité des séquences diurnes tire indiscutablement de la HD, les détails sont plus acérés sur les gros plans.

Le mixage DTS HD Master Audio 5.1 ne déçoit pas, tant au niveau de la délivrance des dialogues que des effets latéraux. S’il n’y a pas grand-chose à redire sur la balance frontale, ce mixage parvient vraiment à immiscer le spectateur dans l’ambiance du film. Les enceintes latérales délivrent sans mal les ambiances naturelles et l’ensemble demeure harmonieux. La piste Stéréo est également de très bonne qualité et contentera ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène arrière. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles, ainsi qu’une piste Audiodescription.


Crédits images : ©2018 Iota Production / LFP – Les Films Pelléas / RTBF / Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma / Blaq Out / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr