Test Blu-ray / Les Monstres, réalisé par Dino Risi

LES MONSTRES (I Mostri) réalisé par Dino Risi, disponible en DVD et Blu-ray le 15 octobre 2020 chez LCJ Editions.

Acteurs : Vittorio Gassman, Ugo Tognazzi, Michèle Mercier, Lando Buzzanca, Marisa Merlini, Rika Dialina…

Scénario : Agenore Incrocci, Furio Scarpelli, Elio Petri, Dino Risi, Ettore Scola, Ruggero Maccari

Photographie : Alfio Contini

Musique : Armando Trovajoli

Durée : 1h51

Date de sortie initiale : 1963

LE FILM

Dix-neuf sketches, souvent féroces, sur les petites bassesses de tous les jours interprétés avec vigueur par Vittorio Gassman et Hugo Tognazzi.

Les MonstresI Mostri (1963) est l’un des films les plus célèbres de l’immense et prolifique réalisateur Dino Risi (1916-2008), le maître incontesté de la comédie italienne. Tour à tour médecin, psychiatre, journaliste, puis devenu metteur en scène presque par hasard, le mythique cinéaste du Fanfaron, Parfum de femme et Il Vedovo signe avec Les Monstres l’une des meilleures comédies italiennes de l’âge d’or du genre. Observateur implacable de ses contemporains, pourfendeur des travers de son époque, le réalisateur laisse libre cours à sa verve satirique. En une vingtaine de « tableaux », le cinéaste croque une humanité dont la bêtise n’a d’égale que la cruauté. Se défendant de faire du cinéma militant, le réalisateur transalpin n’épargne personne et toutes les couches sociales sont touchées, de gauche comme de droite, de la grande bourgeoisie au prolétariat. Cinéaste humaniste mais profondément ironique, considéré comme le plus pessimiste des réalisateurs italiens – « tout est grave mais rien n’est sérieux » disait-il – et qui se sert de la puissance du cinéma populaire pour lancer des débats après la projection, Dino Risi, doctorant en psychologique, donne à réfléchir sur les relations humaines dans la société italienne contemporaine, après le boom économique. Les Monstres reste l’une des plus grandes références du film à sketches (qui sont d’ailleurs de qualité et de durée inégales), genre que le cinéaste retrouvera en 1969 dans Une poule, un train… et quelques monstres, en 1971 dans Moi, la femme et en 1973 dans Le Sexe fou – Sessomatto. Enfin, le film est un véritable festival porté par deux autres « monstres », mais du cinéma cette fois, Vittorio Gassman et Ugo Tognazzi.

Les segments qui composent le film sont les suivants :

La Bonne Éducation (avec Ugo Tognazzi et son fils Ricky Tognazzi) : Un père inculque à son jeune fils ses propres principes moraux, notamment l’art de resquiller.

Le Monstre (avec Vittorio Gassman et Ugo Tognazzi) : Arrestation d’un monstrueux assassin par deux carabiniers, disons différents.

Comme un père (avec Ugo Tognazzi) : Un homme frappe à la porte d’un ami en pleine nuit. Il s’inquiète car son épouse rentre tard le soir. Il la soupçonne de le tromper…

Rapt (avec Vittorio Gassman) : Le cinéma a ses exigences. Pour le tournage d’une scène, un réalisateur engage un groupe d’hommes afin qu’il enlève une vieille dame dans le but de la faire plonger dans une piscine. Un double-rôle pour Gassman, qui en profite pour prendre l’apparence de Federico Fellini.

Le Pauvre Soldat (avec Ugo Tognazzi) : Un soldat apprend que sa sœur a été assassinée. Il va sur les lieux du crime afin de pouvoir connaître l’histoire du crime et celles de sa sœur aux mœurs douteuses qui a connu d’éminents hommes politiques. Pour laver son honneur et celui de sa sœur, il décide d’aller voir les journalistes.

Une Vie de chien (Vittorio Gassman) : Un père de famille rentre du travail dans un bidonville romain. Il tente de faire vivre sa famille nombreuse malgré la misère mais l’argent manque cruellement. Lorsqu’il annonce à sa femme qu’il compte trouver du travail, il s’en va assister à un match de football.

La Journée d’un parlementaire (avec Ugo Tognazzi) : Un député vaque à ses multiples occupations et fait poireauter un général intègre.

Sur le sable (avec Vittorio Gassman et Ugo Tognazzi) : Séducteurs italiens à la plage…

Le Témoin volontaire (avec Vittorio Gassman et Ugo Tognazzi) : Un homme décide de témoigner contre un accusé au grand dam de l’avocat de la défense mais celui-ci sait comment contrer les arguments qu’il avance en le faisant chanter lors de sa plaidoirie.

Les deux orphelins (avec Vittorio Gassman) : Deux mendiants essaient de s’attirer les faveurs des passants.

L’Embuscade (avec Ugo Tognazzi) : Brillante chorégraphie urbaine autour d’un contractuel.

La Victime (avec Vittorio Gassman) : L’amant demande à sa maîtresse de lui demander de rompre.

Vernissage (avec Ugo Tognazzi) : Une auto flambant neuve… mais pour quoi faire ?

La Muse (avec Vittorio Gassman) : Les jurés d’un prix littéraire débattent sur le nom du prochain lauréat…

On oublie vite (avec Ugo Tognazzi) : Un couple se rend au cinéma pour regarder un film sur la Seconde Guerre mondiale en prêtant davantage attention aux décors qu’au message.

La Rue est à tout le monde (avec Vittorio Gassman) : Que l’on soit piéton ou au volant…

L’Opium du peuple (avec Ugo Tognazzi et Michèle Mercier) : Un « drogué » de télé aux lunettes en cul de bouteille ne se préoccupe plus de rien d’autre au point de ne pas savoir que sa femme le trompe pendant son émission favorite.

Le Testament de saint François (avec Vittorio Gassman) : Coquetterie télévisuelle…

Le Noble Art (avec Vittorio Gassman et Ugo Tognazzi) : Deux crétins, un boxeur à la retraite et un entraîneur fauché, s’associent pour un dernier combat.

Quand il tourne Les Monstres, Dino Risi avait déjà dirigé Vittorio Gassman à trois reprises (L’Homme aux cent visages, Le Fanfaron et La Marche sur Rome), ils tourneront quinze films ensemble jusqu’en 1990 avec Valse d’amourTolgo il disturbo. Tout d’abord prévu par et pour Elio Petri, tandis que Dino Risi envisageait de tourner Il maestro di Vigevano, Les Monstres atterrit finalement dans l’escarcelle du second, tandis que le premier reprend l’autre projet, deux films par ailleurs coécrits par le tandem Age-Scarpelli. Le cinéaste retrouve ses stars de La Marche sur Rome et leur offre l’occasion en or d’interpréter plusieurs personnages dans un seul et même film, des protagonistes abominables, drôles, mélancoliques, cyniques, en changeant chaque fois d’apparences physiques tels deux caméléons, capables de passer du rire aux larmes en un clin d’oeil. Avec son sens unique et acéré de la satire, Dino Risi décrit la monstruosité humaine quotidienne sous toutes ses formes, égratigne ses concitoyens tout en dressant un portrait au vitriol de l’être humain. Lâche, corrompu, menteur, égoïste, malhonnête, cruel, pauvre, riche, voici l’homme dans toute sa splendeur. Chacun en prend pour son grade et ça fait un bien fou !

LE BLU-RAY

Les Monstres est tout d’abord apparu dans les bacs français en 2009 chez Opening, en DVD. Puis, en 2012 M6 Vidéo l’intègre dans sa collection Les Maîtres italiens SNC, toujours en édition Standard. Enfin, le chef d’oeuvre de Dino Risi arrive en DVD, mais aussi pour la première fois en Blu-ray chez LCJ Editions, qui pour l’occasion propose le film restauré en 4K en Médiabook. Un objet quelque peu fragile et rudimentaire, mais la présentation de Marc Toullec de 36 pages est fine, pertinente et joliment illustrée. Le menu principal est animé et musical.

Ne manquez pas la présentation des Monstres par l’éminent Jean A. Gili (25’). Le critique et historien du cinéma aborde la genèse du film, et explique notamment qu’Elio Petri devait à l’origine le réaliser, tandis que Dino Risi planchait sur Il Maestro di Vigevano. Les deux cinéastes ont ensuite échangé leurs projets, même si Elio Petri reste crédité en tant que coscénariste. Jean A. Gili évoque la complicité du duo Vittorio Gassman – Ugo Tognazzi, les thèmes du film, tout en disant que le dernier segment est pour lui l’un des plus beaux moments de l’histoire du cinéma italien.

On pensait y échapper, mais non. Malgré son peu de présence à l’écran dans Les Monstres (dans un seul sketch), Michèle Mercier a le droit à un portrait dressé par l’inénarrable Henry-Jean Servat (10’). Durant cet aperçu de la carrière italienne de la comédienne, vous n’échapperez pas aux arguments de bas étage ou totalement déplacés du style « Michèle Mercier, je la connais par coeur […] j’ai écrit ses mémoires […] j’aurais aimé qu’elle participa à ce bonus, mais elle ne peut pas car elle est un peu fatiguée en ce moment, elle est tombée… », bref, tout cela dans les deux premières minutes de cette intervention, largement dispensable, d’autant plus que monsieur Servat y parle encore une fois de la vie privée de son sujet (« et là Giani Esposito abandonne la belle, la somptueuse, la sculpturale et capiteuse Michèle »)…Zzz…Zzzzz….

La grande surprise de cette nouvelle édition est de trouver un vingtième sketch intitulé en français La Recommandation (6’30), qui se trouvait à l’origine en seconde position. Alors que Dino Risi avait déjà coupé deux segments au montage, celui présenté par LCJ Editions avait aussi disparu dans la plupart des pays, en raison de la durée du film qui dépassait les deux heures. Dans La Recommandation, Vittorio Gassman interprète un comédien à succès, qui avant d’entrer en scène, peaufine son maquillage d’Othello et reçoit la visite d’un ancien camarade, qui n’a pas eu la même chance et qui enchaîne galère sur galère. Ce dernier lui demande de le recommander à un imprésario de renom, histoire de lui donner un coup de pouce. Forcément, la star, qui n’écoute que distraitement son « ami », donne l’appel espéré entre deux actes, mais plutôt que de louer ses qualités et son talent, ne cesse de le traiter de porte-malheur, d’alcoolique et de dépressif. Enorme numéro de Gassman encore une fois.

L’Image et le son

Les Monstres est enfin présenté en France dans une version restaurée en 4K. Ce master HD est on ne peut plus flatteur pour les mirettes. Tout d’abord, le N&B d’Alfio Contini retrouve une densité inespérée dès le générique en ouverture. La restauration est indéniable, aucune poussière ou scorie n’a survécu au scalpel numérique, l’image est d’une stabilité à toutes épreuves. La gestion des contrastes est correcte et le piqué s’avère convaincant. Si les puristes risquent de rechigner en ce qui concerne le lissage parfois trop excessif (euphémisme) du grain argentique original, le cadre n’est pas avare en détails et cette très belle copie surpasse largement l’ancienne édition Standard, dont la copie laissait franchement à désirer avec ses blancs cramés, ses contrastes trop légers, ses griffures et ses points blancs, ses flous sporadiques, bref, c’était la cata.

La version française met trop en avant les voix, souvent au détriment des effets annexes et de la musique. Aucun souffle n’est à déplorer sur ce mixage qui demeure propre. Evidemment, nous ne saurons que trop vous conseiller de vous reporter sur la piste italienne, plus riche, plus homogène et naturelle. De plus, la musique d’Armando Trovajoli y est puissamment délivrée. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale.

Crédits images : © LCJ Editions & Productions / INCEI FILMS MOUNTFLUOR / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / The Room, réalisé par Christian Volckman

THE ROOM réalisé par Christian Volckman, disponible en DVD et Blu-ray le 15 octobre 2020 chez Condor Entertainment.

Acteurs : Olga Kurylenko, Kevin Janssens, Joshua Wilson, John Flanders, Francis Chapman, Vince Drews, Marianne Bourg, Oscar Lesage…

Scénario : Christian Volckman, Eric Forestier, Gaia Guasti, Vincent Ravalec

Photographie : Reynald Capurro

Musique : Raf Keunen

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 2019

LE FILM

Kate et Matt quittent la ville pour s’installer à la campagne dans une grande maison isolée et délabrée. Peu après leur déménagement, ils découvrent une chambre qui a le pouvoir d’exaucer tous leurs désirs…

Il aura fallu attendre 14 ans pour que Christian Volckman fasse son retour au cinéma, de longues années après son premier long métrage, l’ambitieux film d’animation Renaissance, réalisé en motion-capture, un projet qui lui aura demandé près de sept ans de travail et qui s’était malheureusement soldé par un échec commercial important (240.000 entrées pour un budget de 14 millions d’euros). Egalement animateur et peintre, Christian Volckman délaisse la science-fiction et le N&B, pour son deuxième film, The Room. Cette fois, le réalisateur s’attaque au genre fantastique mâtiné d’horreur et livre un petit coup de maître, très élégamment mis en scène et dans lequel on retrouve constamment son sens du cadre. S’il n’a jamais lâché la caméra (on lui doit quelques clips vidéos pour ChineseMan, Zaz, Alma, General Elektriks), on est heureux de le voir revenir au grand écran, surtout avec une œuvre aussi originale et maîtrisée, solidement interprétée par la divine Olga Kurylenko.

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Test Blu-ray / Le Relais de l’or maudit, réalisé par Roy Huggins

LE RELAIS DE L’OR MAUDIT (Hangman’s Knot) réalisé par Roy Huggins, disponible en DVD et Blu-ray le 10 août 2020 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Randolph Scott, Donna Reed, Claude Jarman Jr., Frank Faylen, Glenn Langan, Richard Denning, Lee Marvin, Jeanette Nolan…

Scénario : Roy Huggins

Photographie : Charles Lawton Jr.

Musique : Mischa Bakaleinikoff

Durée : 1h21

Date de sortie initiale : 1952

LE FILM

Commandés par le major Matt Stewart, des soldats sudistes attaquent un convoi nordiste transportant de l’or. Si une de leurs victimes leur apprend que la guerre est terminée depuis un mois, il est trop tard. Désormais considérés comme des bandits, ils se rendent à l’évidence qu’ils ont été manipulés par leur officier supérieur. En gardant le butin pour eux, ils deviennent à leur tour des proies, prises en chasse par tous les hors la loi de l’état, ainsi que par les représentants de la loi…

Le Relais de l’or maudit – Hangman’s Knot (1952) est l’unique film écrit et réalisé par Roy Huggins, habituellement scénariste pour le cinéma et la télévision, qui a surtout fait une immense carrière en tant que producteur de séries télévisées. L’une d’elles connaît un grand succès dans les années 60 et sera adaptée au cinéma trente ans plus tard, Le Fugitif – The Fugitive (1993) avec Harrison Ford et Tommy Lee Jones, réalisé par Andrew Davis et toujours produit par Roy Huggins. Le Relais de l’or maudit est un western qui commence avec une scène époustouflante, celle de l’attaque d’un convoi rempli d’or par un groupe de soldats confédérés. Des explosions à la dynamite et des tirs de fusils entraînent la mort de plusieurs personnes. 70 ans après la sortie du film, la mise en scène et le montage de cette séquence d’ouverture n’ont pas pris une seule ride.

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Test Blu-ray / La Belle de San Francisco, réalisé par Joseph Kane

LA BELLE DE SAN FRANCISCO (Flame of Barbary Coast) réalisé par Joseph Kane, disponible en DVD et Blu-ray le 10 août 2020 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : John Wayne, Ann Dvorak, Joseph Schildkraut, William Frawley, Virginia Grey, Russell Hicks, Jack Norton, Paul Fix…

Scénario : Borden Chase

Photographie : Robert De Grasse

Musique : R. Dale Butts, Mort Glickman

Durée : 1h31

Date de sortie initiale : 1945

LE FILM

Cow-boy du Montana, Duke Fergus arrive à San Francisco où il se découvre une passion pour le jeu. Tandis qu’il bat les cartes, il tombe amoureux de la chanteuse Flaxen Terry, la petite amie du patron de saloon qui vient de le plumer. Pour la séduire et l’attirer à lui, il ouvre son propre établissement. C’est à ce moment qu’un tremblement de terre ravage la ville…

La Belle de San Francisco – Flame of Barbary Coast est un film réalisé par Joseph Kane (1894-1975). Ce metteur en scène a fait une carrière à Hollywood des années 1930 jusqu’aux années 1950, en signant plus d’une centaine de films. Il s’est spécialisé dans les westerns. L’un de ses acteurs fétiches était Gene Autry (1907-1998), un cow-boy chantant, qu’il dirige à de nombreuses reprises. Son chemin croise également la route de John Wayne qui joue dans plusieurs de ses films.

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Test Blu-ray / Les Adolescentes, réalisé par Alberto Lattuada

LES ADOLESCENTES (I Dolci inganni) réalisé par Alberto Lattuada, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 20 octobre 2020 chez Tamasa Diffusion.

Acteurs : Catherine Spaak, Jean Sorel, Christian Marquand, Juanita Faust, Marilù Tolo, Milly, Antonella Erspamer, Giovanna Pignatelli…

Scénario : Alberto Lattuada, Francesco Ghedini, Claude Brulé

Photographie : Gábor Pogány

Musique : Piero Piccioni

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 1960

LE FILM

Jeune fille de bonne famille, Francesca, dix-sept ans, découvre son attirance pour Enrico, un architecte de vingt ans plus âgé qu’elle. Une attirance qui va hanter cette journée d’été au cours de laquelle elle va décider de ne pas résister à l’appel de la vie adulte. Au risque de subir une désillusion…

Deuxième film que le cinéaste Alberto Lattuada (1914-2005) consacre aux jeunes filles, Les AdolescentesI Dolci inganni sort en Italie en octobre 1960, accompagné d’un petit parfum de scandale, aussi bien de la part de la censure démocrate-chrétienne que des spectateurs. En effet, le film, dont le titre original – beaucoup plus évocateur – signifie « les douces déceptions », dresse le portrait d’une jeune fille/femme de 17 ans, qui découvre le désir et la sexualité, avec une rare frontalité pour l’époque. Dès l’extraordinaire introduction filmée en plan-séquence, Alberto Lattuada capte l’attention du spectateur. Celle que l’on va suivre toute une journée, se réveille en plein milieu de la nuit, visiblement sous le choc de ce dont elle vient de rêver. Un cauchemar ? Non. Parcourue de frissons, se caressant ou plutôt frôlant doucement ses très belles jambes et sa poitrine que l’on devine derrière la mince étoffe de sa chemise de nuit, Francesca ne sait pas ce qui lui arrive. L’éveil des sens n’a probablement jamais été aussi intense et explicite au cinéma en 1960, surtout concernant un personnage aussi jeune. Cette adolescente, c’est la sublime et fascinante Catherine Spaak, qui faisait ici ses débuts au cinéma, la même année que Le Trou de Jacques Becker. De tous les plans, la comédienne et fille du scénariste Charles Spaak (collaborateur de Jean Grémillon, Georges Lacombe, Julien Duvivier, Jacques Feyder, Marcel L’Herbier et bien d’autres), crève l’écran du haut de ses 15 ans et représente toutes les jeunes filles de son âge dans ce merveilleux drame passionnel et psychologique, prolongement naturel de Guendalina sorti trois ans auparavant, dans lequel Alberto Lattuada narrait une première passion amoureuse. Avec une sensualité encore plus appuyée, une délicatesse de tous les instants et une mise en scène qui effleure le visage et la peau de son héroïne, Les Adolescentes est une des autres réussites majeures de son auteur.

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Test Blu-ray / Guendalina, réalisé par Alberto Lattuada

GUENDALINA réalisé par Alberto Lattuada, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 20 octobre 2020 chez Tamasa Diffusion.

Acteurs : Jacqueline Sassard, Raffaele Mattioli, Sylva Koscina, Leda Gloria, Lili Cerasoli, Fanny Landini, Loretta Capitoli, Leonardo Botta…

Scénario : Leonardo Benvenuti, Piero De Bernardi, Alberto Lattuada, Jean Blondel d’après une histoire originale de Valerio Zurlini

Photographie : Otello Martelli

Musique : Piero Piccioni

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 1957

LE FILM

Dans la station balnéaire de Viareggio, Guendalina, fille libre mais timide d’un couple de bourgeois, voit se prolonger indéfiniment ses vacances en compagnie de sa mère. Ses parents sont au bord de la séparation. Restée seule, elle fréquente Oberdan, un jeune homme d’humble origine sociale, issu d’une famille d’anarchistes locaux…

Méconnu dans nos contrées et personnalité atypique du cinéma transalpin, Alberto Lattuada (1914-2005), l’un des fondateurs de la cinémathèque de Milan, demeure un cinéaste éclectique et inclassable. S’il reste celui qui aura mis le pied à l’étrier à Federico Fellini avec Les Feux du music-hall (signé par les deux réalisateurs en 1950), le réalisateur aura également signé une superbe adaptation de la nouvelle de Gogol, Le ManteauIl Cappotto (1952), et offrira aussi à l’immense Alberto Sordi l’un de ses plus grands rôles dans Mafioso (1962). Dans cette impressionnante filmographie qui compte une quarantaine de longs-métrages, de documentaires et de séries télévisées, se démarquent quelques portraits consacrés aux jeunes filles, notamment deux films qui forment comme qui dirait un diptyque, Guendalina (1957) et Les Adolescentes I Dolci inganni (1960). Pour le premier, Alberto Lattuada sera récompensé par le Prix du meilleur scénario, décerné par le SNCCI à Rome en 1958. Ce film sensuel et languissant rappelle le chef d’oeuvre absolu de Colette, Le Blé en herbe, écrit en 1923. Comme dans ce roman, Guendalina raconte l’éducation sentimentale d’une jeune fille, le temps d’un été prolongé. Et c’est merveilleux. Dans le rôle-titre, Jacqueline Sassard (Accident de Joseph Losey, Les Biches de Claude Chabrol) subjugue par sa beauté, sa rage de vivre et sa sensibilité à fleur de peau. Souvent sous-estimé, voire complètement négligé quand on évoque le cinéma transalpin, Alberto Lattuada connaît heureusement un regain de popularité depuis quelques années dans l’Hexagone. Si vous désirez vous pencher sur sa carrière, démarrez immédiatement par Guendalina, très justement considéré comme l’un des plus grands films du cinéaste.

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Test Blu-ray / Death Warmed Up, réalisé par David Blyth

DEATH WARMED UP réalisé par David Blyth, disponible en combo DVD/Blu-ray le 5 août 2020 chez Extralucid Films.

Acteurs : Michael Hurst, Margaret Umbers, William Upjohn, Norelle Scott, David Letch, Geoff Snell, Gary Day, Bruno Lawrence, Ian Watkin, David Weatherley, Tina Grenville…

Scénario : Michael Heath

Photographie : James Bartle

Musique : Mark Nicholas

Durée : 1h20

Année de sortie : 1984

LE FILM

Michael Tucker a été programmé par le chirurgien en génétique Archer Howell pour assassiner ses parents. Suite au massacre, il est incarcéré dans un asile psychiatrique. Des années plus tard, Michael et ses amis voyagent sur une île isolée sur laquelle Howell mène des expérimentations sur des humains pour les transformer en des machines à tuer. Michael doit se venger d’Howell pour le meurtre de ses parents mais aussi l’arrêter pour le bien de l’humanité.

Il existe un cinéma d’épouvante dans tous les pays du monde, ou presque. Souvenez-vous de Dracula au Pakistan (Khwaja Sarfraz, 1967) dont nous vous parlions il y a quelques mois ! Même chose en Nouvelle-Zélande ! Il n’y a pas que Martin Campbell, Peter Jackson, Geoff Murphy, Andrew Niccol, Lee Tamahori et Taika Waititi qui ont su démarquer dans ce pays d’Océanie, il y a aussi le dénommé David Blyth, né en 1956 à Auckland, qui reste l’un des fondateurs du cinéma d’horreur néo-zélandais, avec notamment son troisième long-métrage, Death Warmed Up, qui sort en 1984. Si le film se voit aujourd’hui comme une série B/Z, on ne pourra pas reprocher au réalisateur d’y mettre tout et n’importe quoi, avec une générosité de tous les instants et surtout de repousser les limites avec une noirceur franchement inattendue, surtout dans le traitement de ses personnages. Définitivement le genre de film qui devait s’arracher en VHS (René Chateau Vidéo présente…) dans les vidéoclubs avec sa jaquette au visuel forcément très attractif, Death Warmed Up fait toujours son petit effet 35 ans après sa sortie.

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Test Blu-ray / La Grande pagaille, réalisé par Luigi Comencini

LA GRANDE PAGAILLE (Tutti a casa) réalisé par Luigi Comencini, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 6 octobre 2020 chez Rimini Editions.

Acteurs : Alberto Sordi, Serge Reggiani, Carla Gravina, Martin Balsam, Didi Perego, Nino Castelnuovo, Alex Nicol, Claudio Gora…

Scénario : Agenore Incrocci, Furio Scarpelli

Photographie : Carlo Carlini

Musique : Angelo Francesco Lavagnino

Durée : 1h55

Date de sortie initiale : 1960

LE FILM

8 septembre 1943. Mussolini est destitué et l’Italie signe l’armistice avec les alliés. Le sous-lieutenant Innocenzi et deux de ses hommes tentent de rentrer chez eux. Le voyage sera long et mouvementé, cocasse et bouleversant…

Immense star en Italie, peut-être la plus grande de toute l’histoire du cinéma transalpin, adulé par les spectateurs, encore plus que les autres piliers Marcello Mastroianni, Vittorio Gassman, Nino Manfredi, Ugo Tognazzi et autres monstres, le mythique Alberto Sordi (1920-2003) a fait les grandes heures de la comédie italienne. Loin de se reposer sur ses lauriers, le comédien n’aura de cesse de se renouveler de film en film, plus de 150 au total, étalés sur soixante ans. Alors âgé de 40 ans, le comédien vient d’enchaîner tour à tour La Grande guerreLa Grande Guerra de Mario Monicelli, Profession MagliariI Magliari de Francesco Rosi et Le VeufIl Vedovo de Dino Risi. S’il n’avait fait que ces trois longs-métrages, Alberto Sordi serait déjà inscrit au panthéon des plus grands acteurs dans son pays. Pourtant, les années 1960 seront encore plus spectaculaires avec notamment Il Vigile et Il medico della mutua de Luigi Zampa, Une vie difficileUna vita difficile de Dino Risi, Mafioso ou L’Homme de la Mafia d’Alberto Lattuada ou Il boom de Vittorio De Sica. Mais cette extraordinaire filmographie compte aussi huit collaborations avec un autre maître du cinéma italien, Luigi Comencini (1916-2007). Cinq ans après La Belle de Rome La bella di Roma, les deux hommes se retrouvent pour La Grande pagailleTutti a casa. Il serait redondant de dire qu’il s’agit d’une de leurs meilleures associations, puisqu’ils signeront plus tard Le Commissaire Il commissario (1962), L’Argent de la vieilleLo scopone scientifico (1972) et Le Grand EmbouteillageL’ingorgo (1979), mais c’est bel et bien le cas. La Grande pagaille, étrangement moins connu en France que les titres mentionnés précédemment, n’en demeure pas moins sensationnel à tout point de vue, de l’interprétation en passant par la mise en scène, le scénario, la qualité des dialogues, tout en faisant passer le spectateur du rire aux larmes en un claquement de doigts. Il fut un temps où le cinéma italien était le plus grand d’Europe. En voici une nouvelle démonstration.

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Test Blu-ray / Cromwell, réalisé par Ken Hughes

CROMWELL réalisé par Ken Hughes, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 22 septembre 2020 chez Rimini Editions.

Acteurs : Richard Harris, Alec Guinness, Robert Morley, Dorothy Tutin, Frank Finlay, Timothy Dalton…

Scénario : Ken Hughes

Photographie : Geoffrey Unsworth

Musique : Frank Cordell

Durée : 2h20

Date de sortie initiale : 1970

LE FILM

Angleterre, 1640. Oliver Cromwell, membre du Parlement, s’inquiète des injustices commises sous le règne du roi Charles 1er. Tandis que le peuple gronde, le roi refuse de partager son pouvoir avec le Parlement. Une guerre civile éclate, opposant les troupes de Cromwell à celles du roi.

Nous n’aurons pas la prétention de pointer les erreurs historiques, les anachronismes et les libertés prises par le réalisateur Ken Hughes présents dans son film, puisque personnellement nous ne connaissions ni le personnage Oliver Cromwell (1599-1658), ni le contexte social et politique, ni le pourquoi de cette guerre civile. A moins d’être un britannique pur et dur, il est certain que la plupart des spectateurs se trouveront dans le même cas. Toujours est-il que Cromwell est un immense divertissement, absolument passionnant, clair pour les non-initiés (c’est-à-dire pour tout le monde ou presque), qui vaut évidemment avant tout pour la confrontation de deux monstres du cinéma anglais, Richard Harris dans le rôle-titre face à Alec Guinness dans celui de Charles 1er. Considéré comme étant l’un des films historiques les plus exceptionnels des années 1970, Cromwell aura connu une très longue gestation de près de dix ans pour Ken Hughes (1922-2001), véritablement passionné par son sujet – même si le film fait volontairement l’impasse sur le caractère tyrannique du personnage (responsable d’un vrai génocide en Irlande) qui restera l’un des plus controversés de l’histoire des îles Britanniques – et qui n’aura eu de cesse d’approfondir ses recherches pour coller au plus près des faits, avant de s’embarquer dans un tournage qui s’étalera sur près d’une année. Si les experts dénonceront les raccourcis ou les trahisons, le spectateur lui n’est pas perdant dans cette affaire puisque Cromwell demeure un très grand moment de cinéma, qui allie scènes d’action épiques et conspiration politique.

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Test Blu-ray / Starcrash, le choc des étoiles, réalisé par Luigi Cozzi

STARCRASH, LE CHOC DES ÉTOILES (Starcrash) réalisé par Luigi Cozzi, disponible en combo DVD/Blu-ray le 3 juin 2020 chez Extralucid Films.

Acteurs : Marjoe Gortner, Caroline Munro, Christopher Plummer, David Hasselhoff, Joe Spinell, Robert Tessier, Nadia Cassini, Judd Hamilton…

Scénario : Luigi Cozzi, Nat Wachsberger

Photographie : Roberto D’Ettorre Piazzoli

Musique : John Barry

Durée : 1h32

Année de sortie : 1978

LE FILM

Aux confins de l’univers, le maléfique comte Zarth Arn s’oppose à l’Empire et à son bienveillant empereur. Deux aventuriers, Stella Star et Akton, reçoivent de l’empereur la dangereuse mission de trouver la base secrète de Zarth Arn.

Considéré à juste titre comme étant l’un des plus grands nanars de tous les temps, Starcrash : Le Choc des étoiles, ou bien encore Scontri stellari oltre la terza dimensione (littéralement Affrontements stellaires au-delà de la troisième dimension), connu aussi aux Etats-Unis sous le titre The Adventures of Stella Star est surtout un divertissement qui déborde de générosité. Ceci dans le sens où le metteur en scène italien Luigi Cozzi (né en 1947), sous le nom de Lewis Coates, réalisait ici son rêve, celui de signer un long-métrage de science-fiction dans lequel il voulait y mettre tout son amour pour le genre. Alors que Star Wars débarque et cartonne dans les salles américaines, le réalisateur, qui n’avait essuyé que des refus quand il essayait de vendre ses histoires fantastiques, se voit rappeler par deux producteurs, Nat Wachsberger et son fils Patrick, qui désiraient surfer sur ce triomphe inattendu et jetaient donc leur dévolu sur n’importe quel ersatz. Wachsberger père et Luigi Cozzi s’unissent et livrent Starcrash, coproduction italo-américaine, qui sera essentiellement tournée en Italie, de Bari à la Sicile, en passant par les studios de Cinecittà, avec juste un aller-retour dans les Alpes Suisses. Avec son casting hétéroclite qui en fait des tonnes, ses effets spéciaux bricolés dans le garage de ton oncle, ses couleurs psychédéliques et ses dialogues tordants, Starcrash est et demeure un immense moment d’humour, à voir et à (re)découvrir comme une attraction tape-à-l’oeil, du genre de celles qui mettent le paquet dans les fêtes foraines avec du bruit, de la fumée et des spots aveuglants afin d’attirer le chaland. Ne manque plus que l’odeur de la pomme d’amour ou de la barbe-à-papa ! C’est cela Starcrash, avec en plus la présence de la sculpturale et hypeeeeeer sexy Caroline Munro dans le rôle de Stella Star, qui crève l’écran une fois de plus et enflamme les sens.

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