
À PIED D’OEUVRE réalisé par Valérie Donzelli, disponible en DVD et Blu-ray le 2 juin 2026 chez Diaphana.
Acteurs : Bastien Bouillon, André Marcon, Virginie Ledoyen, Valérie Donzelli, Adrien Barazzone, Claude Perron, Marie Rivière…
Scénario : Valérie Donzelli & Gilles Marchand, d’après le roman de Franck Courtès
Photographie : Irina Lubtchansky
Musique : Jean-Michel Bernard
Durée : 1h31
Date de sortie initiale : 2026
LE FILM
Ancien photographe, Paul Marquet a décidé de laisser tomber ce métier lucratif pour se consacrer à l’écriture. Déjà auteur de trois livres, au succès d’estime, le dernier ayant été tiré à moins de 5000 exemplaires, celui-ci a du mal à joindre les deux bouts et est obligé de vendre son scooter. Alors que sa femme est partie à Montréal avec leurs deux enfants, celui-ci tente de faire bonne figure et recherche un travail qui lui laisse du temps écrire. Il s’engage alors dans un système de petits boulots à la demande, via une plateforme, s’enfonçant progressivement dans la pauvreté…

Hormis une erreur de parcours avec le gratiné Marguerite et Julien en 2015, la filmographie de Valérie Donzelli demeure l’une des plus originales, mais aussi l’une des plus sensibles du cinéma français. Si son premier long-métrage, La Reine des pommes (2009) était complètement passé inaperçu dans les salles, la critique saluait déjà son caractère insolite. La consécration devait arriver dès l’année suivante, La Guerre est déclarée (850.000 entrées), triomphe qui avait su réunir tous les publics. La réalisatrice devait continuer son « bonhomme de chemin », avec le sympathique Main dans la main (2012), puis avec des films plus confidentiels, avant de revenir en force avec L’Amour et les Forêts (2023), un beau hit avec 650.000 entrées, accompagné de trois nominations aux César. Après un écart dans le documentaire (Rue du Conservatoire), Valérie Donzelli revient à la fiction avec À pied d’oeuvre. Enfin quand on écrit fiction, c’est relatif, car le film est l’adaptation du roman autobiographique et éponyme de Franck Courtès, ancien photographe de renom de Libération. Dans son ouvrage, celui-ci racontait comment il avait décidé de laisser tomber cette profession qui lui rapportait gros, entre 3000 et 8000 euros par mois, pour devenir écrivain. Touchée, bouleversée par ce livre qui lui parle personnellement (son grand-père et son arrière-grand-père paternels étaient peintres et sculpteurs, ayant vécu chichement toute leur vie), Valérie Donzelli décide de le transposer, avec son complice Gilles Marchand. Résultat, il s’agit sans doute du plus beau film de la cinéaste. On reconnaît son univers, ses partis-pris, le fait d’aborder un drame avec un côté toujours optimiste, en évitant le pathos, en dressant le portrait de personnages avançant coûte que coûte, avec résilience. À pied d’oeuvre est ainsi proche de La Guerre est déclarée. Mais là où celui-ci convainquait moins en raison de l’interprétation passable de Jérémie Elkaïm, Bastien Bouillon – pour la cinquième fois devant la caméra de Donzelli – crève l’écran une fois de plus dans À pied d’oeuvre, dans lequel il est de toutes les scènes, de tous les plans, tandis qu’on ne perd pas le fil de ses pensées, qu’il traduit via son clavier, pour nourrir son nouveau livre. Remarquable de sobriété, porté par un acteur exceptionnel et par l’hypersensibilité de Valérie Donzelli, À pied d’oeuvre est assurément l’un des grands films français de l’année 2026.










































