Test DVD / Le Cri des gardes, réalisé par Claire Denis

LE CRI DES GARDES réalisé par Claire Denis, disponible en DVD le 19 août 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Isaach de Bankolé, Matt Dillon, Mia McKenna-Bruce, Tom Blyth…

Scénario : Claire Denis, Suzanne Lindon & Andrew Litvack, d’après la pièce de théâtre de Bernard-Marie Koltès

Photographie : Éric Gautier

Musique : Tindersticks

Durée : 1h45

Année de sortie : 2026

LE FILM

Un vaste chantier de travaux publics en Afrique de l’Ouest. Horn, le patron, et Cal, un jeune ingénieur, partagent une habitation provisoire derrière les doubles grilles de l’enceinte réservée aux Blancs. Leone, future épouse de Horn, arrive d’Europe le soir même où un homme qui s’est introduit par effraction surgit derrière les grilles. Il s’appelle Alboury. Il ne quittera pas les lieux tant qu’on ne lui aura pas rendu le corps de son frère, mort sur le chantier.

Après le Nicaragua dans Stars at Noon, Claire Denis revient en Afrique, continent où elle a passé les douze premières années de sa vie et où elle a déjà tourné, au Cameroun pour son premier long-métrage Chocolat (1988) et White Material (2009). Cette fois, direction le Sénégal où elle adapte – avec Suzanne Lindon et Andrew Litvack – la pièce de théâtre Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès (1948-1989), écrite en 1979, que la réalisatrice avait découvert en 1983 à l’occasion de sa transposition au théâtre des Amandiers de Nanterre par Patrice Chéreau. Subjuguée par cette pièce interprétée à l’époque par Michel Piccoli, Myriam Boyer et Philippe Léotard, Claire Denis avait toujours pensé l’adapter elle-même au cinéma, suite à une promesse faite au dramaturge avant d’être emporté par le sida. Il aura donc fallu attendre plus de quarante ans pour que ce projet se concrétise et pour cela elle retrouve Isaach de Bankolé pour la quatrième fois, acteur qu’elle avait d’ailleurs découvert en 1987 dans la pièce de théâtre Dans la solitude des champs de coton du même Bernard-Marie Koltès. La boucle est ainsi bouclée quelque part. Le Cri des gardes est un véritable western, avec comme lieu principal un chantier entouré de grillage qui ferait office de poste fortifié, où les deux personnages principaux, que l’on peut voir comme le cowboy et l’Indien, se font face à l’entrée du camp, où le dialogue s’installe (ou essaye de le faire), où les tensions s’exacerbent. Chez Claire Denis, la nuit est reine, révèle tout, les peurs, l’innommable, l’obscurité ne saurait dissimuler le mensonge. Séparé par une grille qui tranche dans le ciel d’encre, Alboury (Isaach de Bankolé) et Horn (Matt Dillon), prennent place comme s’ils se trouvaient dans un confessionnal à ciel ouvert, ou alors est-ce au purgatoire ? Dans une unité de lieu, de temps et d’action, Claire Denis installe un malaise qui va crescendo, jusqu’à la révélation, pour aller vers l’espoir de rédemption, l’absolution peut-être. Claire Denis brouille les pistes, ici imprégnées de terre rouge, navigue entre différents genres, mais plonge encore ses protagonistes, déracinés pour la plupart, plantés dans une culture qu’ils ne comprennent pas et qui reprend ses droits. À près de 80 ans, Claire Denis affiche une envie folle de cinéma et Le Cri des gardes s’impose comme une nouvelle réussite à son palmarès.

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Test DVD / La Barrière, réalisé par Jerzy Skolimowski

LA BARRIÈRE (Bariera) réalisé par Jerzy Skolimowski, disponible en DVD le 2 septembre 2026 chez Malavida Films.

Acteurs : Joanna Szczerbic, Jan Nowicki, Tadeusz Lomnicki, Maria Malicka, Zdzislaw Maklakiewicz, Ryszard Pietruski, Bogdan Baer, Henryk Bak…

Scénario : Jerzy Skolimowski

Photographie : Jan Laskowski

Musique : Krzysztof Komeda

Durée : 1h17

Date de sortie initiale: 1966

LE FILM

Sur un coup de tête, un jeune homme laisse tout tomber pour partir à la conquête du monde. Le choc des générations dans la Pologne des années 60, au travers des méandres capricieux des amours d’une jeune conductrice de tramway et d’un étudiant en rupture d’université.

Vous aurez beau lire le résumé ci-dessus, rien ne vous prépare à La Barrière – Bariera, troisième long-métrage du mythique Jerzy Skolimowski (né en 1938). Après le succès rencontré par ses deux précédents opus, Signe particulier : néant (1964) et Walkover (1965), le cinéaste polonais enchaîne très vite avec une nouvelle histoire surréaliste, impossible à raconter, destinée à un public investi, mais surtout véritable cadeau aux cinéphiles. Expérience de septième art à part entière, La Barrière fait perdre tous ses repères au spectateur, qui, s’il est un minimum impliqué et prêt à s’en remettre totalement au cinéaste, sera constamment surpris, décontenancé, comme s’il était tombé au beau milieu d’un cyclone dévastateur. En 78 minutes montre en main, Jerzy Skolimowski dresse le portrait d’une jeunesse paumée, tiraillée entre la liberté et le fait d’accepter de se mettre dans le rang. Dès la première séquence, les personnages sont étrangement cadrés, comme s’ils ne voulaient pas se glisser dans le moule qui leur est destiné, et s’adonnent encore à quelques jeux futiles pour savoir qui remportera la timbale, autrement dit une grosse tirelire en forme de cochon. Pourtant, le premier plan montre qu’ils ont tous les mains liées dans le dos, comme si leur destin leur était imposé et qu’ils devaient avancer, se jeter dans le vide, même s’ils ne l’ont pas voulu ainsi. Néanmoins, notre héros, dont on ne saura jamais le nom et que l’on appellera donc « le jeune homme », en a décidé autrement. Il va explorer « le monde », autrement la ville, aller de rencontre en rencontre, histoire de profiter du peu de jeunesse qui lui reste à vivre.

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Test DVD / Sukkwan Island, réalisé par Vladimir de Fontenay

SUKKWAN ISLAND réalisé par Vladimir de Fontenay, disponible en DVD le 20 août 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Swann Arlaud, Woody Norman, Alma Pöysti, Ruaridh Mollica, Tuppence Middleton, Maria Arlén Larsen…

Scénario : Vladimir de Fontenay, d’après le roman de David Vann

Photographie : Amine Berrada

Musique : Jeremy Villecourt & Florent Chronie-De Maria

Durée : 1h50

Année de sortie : 2026

LE FILM

Tom emmène son fils de treize ans vivre une année sur une île isolée dans le Grand Nord. Ce retour à la vie sauvage au cœur d’une nature majestueuse leur permet de se retrouver. Mais les conditions extrêmes et l’isolement mettent leur relation à l’épreuve.

En fait, le film de Vladimir de Fontenay est la seconde adaptation du roman de David Yann, Sukkwan Island, publié en France en 2010, transposé en roman graphique cinq ans plus tard par Ugo Bienvenu. Il aura fallu attendre 2026 pour que la version cinématographique du Prix Médicis étranger 2010 débarque sur les écrans. Le réalisateur, déjà remarqué en 2018 avec son premier long-métrage Mobile Homes (3 ans après avoir co-mis en scène Memoria avec Nina Ljeti), dans lequel il dirigeait Imogen Poots et Callum Turner, s’empare du livre et se l’approprie en évoquant à nouveau la question de la parentalité. Là où son personnage principal féminin hésitait entre être libre et être responsable en acceptant sa condition de mère, Sukkwan Island, dont le roman original était dédié au père de l’auteur, qui avait mis fin à ses jours à l’âge de 40 ans, se penche sur la paternité. Après plus de trois ans de recherches, Vladimir de Fontenay et son équipe se sont envolés au nord de la Norvège, au-delà du cercle polaire, pour y isoler ses deux comédiens principaux, merveilleusement incarnés par Swann Arlaud et Woody Norman, où les personnages apprennent à se connaître dans des conditions extrêmes, au milieu de nulle part. À la fois récit autobiographique et projection fantasmée de « ce qui aurait pu se passer si… », l’histoire originale de Sukkwan Island permet au cinéaste d’approfondir certains thèmes personnels, tout en démontrant sa virtuosité technique, son film étant d’une beauté de tous les instants. Largement plébiscité dans de nombreux festivals internationaux, y compris aux États-Unis (Sundance, San Francisco), Sukkwan Island, intégralement tourné en anglais (à quelques exceptions près), confirme le grand talent de Vladimir de Fontenay, qui détient désormais les clés pour se retrouver à la barre d’une production hollywoodienne. On mise sur lui.

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Test Blu-ray / Provincia violenta, réalisé par Mario Bianchi

PROVINCIA VIOLENTA réalisé par Mario Bianchi, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Calogero Caruana, Antonella Dogan, Alicia Leoni, Spartaco Battisti, Al Cliver, Richard Harrison, Simonetta Marini, Daniela Codini…

Scénario : Mario Bianchi

Photographie : Umberto Galeassi

Musique : Stelvio Cipriani

Durée : 1h20

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Franco Sereni, capitaine de carabiniers, est démis de ses fonctions pour avoir défendu « la loi des armes ». Il est chargé de mener une enquête privée sur plusieurs cas de chantage de femmes fortunées. Sereni découvre bientôt qu’il y a bien plus que cela.

Il y a un peu plus d’un an, nous parvenions à défendre L’Enfant de Satan – La Bimba di Satana (1977), réalisé par Mario Bianchi (1939-2022) et ce malgré ses défauts apparents. Ce ne sera pas le cas pour Provincia violenta (1978), dernier baroud d’honneur du metteur en scène dans le genre poliziottesco, qui commençait d’ailleurs sérieusement à battre de l’aile à la fin des années 1970. Rien, absolument rien ne fonctionne dans cet opus qui sent le réchauffé, qui est moche à regarder, pénible à suivre et interprété par des comédiens dépourvus du moindre charisme. C’est bien simple, on a l’impression que tous se sont donné rendez-vous afin d’offrir au public ce qui pouvait se faire de pire dans le genre, en espérant pouvoir ainsi se démarquer du tout-venant. Écrit et mis en scène par Mario Bianchi, avant qu’il prenne les pseudos de Jim Reynolds, Arthur Wolf, Mark B. Light, Nicholas Moore, Martin White et bien d’autres pour signer des œuvres aux titres aussi explicites que Francesca: Sinfonia anale, Doppio contatto anale, La clinica delle ispezioni anali), Provincia violenta devient une comédie involontaire, qui rappelle un épisode de Derrick, tant sur le fond que sur la forme. Pris ainsi, ce « thriller » fauché, extrêmement maladroit, neurasthénique et aux couleurs aussi éteintes que les papiers peints et la moquette murale qui ornaient les murs remplit son contrat et fera le bonheur des adeptes de mauvais films sympathiques.

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Test DVD / Ceux qui comptent, réalisé par Jean-Baptiste Leonetti

CEUX QUI COMPTENT, réalisé par Jean-Baptiste Leonetti, disponible en DVD le 7 août 2026 chez UGC.

Acteurs : Sandrine Kiberlain, Pierre Lottin, Louise Labeque, Frans Boyer, Alexis Rosenstiehl, Melissa Izquierdo, Alma Ngoc, Kevin Marvinio, Anne-Lise Zanidache…

Scénario : Jean-Baptiste Leonetti

Photographie : David Nissen

Musique : Fred Avril & Pierre Lottin

Durée : 1h34

Date de sortie initiale : 2026

LE FILM

Rose élève seule ses trois enfants dans son hôtel restaurant qu’ils sont obligés de squatter parce que la banque l’a saisi. Pour nourrir sa famille, elle doit voler dans les supermarchés. Le jour où elle se fait prendre, elle est secourue par Jean, un solitaire désabusé qui vit en ermite dans sa camionnette. Il ne pensait pas que ce geste de compassion allait chambouler son existence tranquille, car Rose a encore besoin de lui pour se faire passer pour son mari aux yeux des services sociaux…

Remarqué en 2011 avec son ambitieux premier long-métrage, Carré Blanc, inspiré de l’univers de George Orwell, Jean-Baptiste Leonetti avait été tout de suite repéré par Hollywood. Cela lui a valu d’être dépêché outre-Atlantique pour diriger rien de moins que Michael Douglas dans Hors de portée – Beyond the Reach, adaptation de la nouvelle Deathwatch de Robb White. Après, dix ans ont passé, durant lesquels le réalisateur avait plus ou moins disparu. Le premier sursaut pour le cinéma arrive en 2023 avec le court-métrage Tondex 2000, récompensé plus d’une vingtaine de fois dans divers festivals. 2026, retour au long-métrage avec Ceux qui comptent, pour lequel s’octroie le talent de Sandrine Kiberlain et celui de Pierre Lottin, comédie dramatique qu’il écrit et met en scène donc. Étonnant de le retrouver aux manettes d’un tel film, qui s’apparente à une première œuvre, comme si Jean-Baptiste Leonetti souhaitait retrouver la fraîcheur de ses débuts, ou tout du moins repartir sur de nouvelles bases. Ceux qui comptent ne révolutionne sans doute rien, mais repose sur l’alchimie de ses deux acteurs principaux, eux-mêmes solidement épaulés par les trois jeunes acteurs qui campent les enfants de la première. Nous retiendrons d’ailleurs la prestation d’Alexis Rosenstiehl, grande découverte de Juste une illusion du duo Nakache & Toledano, que l’on devrait revoir et qui semble destiné à une belle carrière. Même chose en ce qui concerne Louise Labèque, qui a déjà une filmographie plus conséquente (Roulez jeunesse, Zombi Child, Coma, En thérapie, Toni en famille), assurément l’un des espoirs de demain. Tout ce beau petit monde semble prendre beaucoup de plaisir à se renvoyer la (belle) réplique et Ceux qui comptent fait partie de ces jolis films qui n’en finissent pas de trotter en tête bien après la projection.

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Test Blu-ray / La Cité des dangers, réalisé par Robert Aldrich

LA CITÉ DES DANGERS (Hustle) réalisé par Robert Aldrich, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livret le 11 septembre 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Burt Reynolds, Catherine Deneuve, Ben Johnson, Paul Winfield, Eileen Brennan, Eddie Albert, Ernest Borgnine, Catherine Bach…

Scénario : Steve Shagan, d’après son roman City of Angels

Photographie : Joseph F. Biroc

Musique : Frank De Vol

Durée : 2h

Date de sortie initiale : 1975

LE FILM

Gloria Hollinger est retrouvée morte sur une plage de Los Angeles. La police conclut rapidement à un suicide et le père de cette dernière ne l’accepte pas. Poussé par ce dernier, le lieutenant Phil Gaines, flic cynique et désabusé, décide de creuser l’affaire. Ses investigations le font remonter aux intouchables de la ville, dont le puissant avocat qui emploie la call-girl de luxe avec qui Gaines entretient une liaison passionnée. Pris au piège entre un père assoiffé de vengeance et une élite corrompue et ses propres contradictions morales, Gaines s’enfonce dans les ténèbres du rêve californien.

Au début des années 1970, Robert Aldrich cumule les échecs cuisants au box-office (Trop tard pour les héros, Pas d’orchidées pour miss Blandish, Fureur apache, L’Empereur du Nord), ce qui contrarie son désir d’indépendance. Il doit donc se refaire au niveau des studios et accepte de réaliser Plein la gueule – The Longest Yard (1974) avec la star Burt Reynolds, qui lui vient d’enchaîner les triomphes de Délivrance de John Boorman et Les Bootleggers – White Lightning de Joseph Sargent. C’est un immense succès pour le réalisateur, son plus gros depuis Les 12 Salopards – The Dirty Dozen, puisque produit pour 3 millions de dollars, le film en rapporte près de 45 millions uniquement sur le sol américain. Cette affaire très lucrative va donner envie au cinéaste et au comédien de renouveler immédiatement leur collaboration et pour cela ils créent leur société de production, la RoBurt Productions. Si celle-ci sera éphémère, leur deuxième long-métrage, La Cité des dangers – Hustle est une nouvelle réussite commerciale, certes moins conséquente que Plein la gueule avec « seulement » dix millions de dollars de recette aux États-Unis, mais cela conforte encore la position de Robert Aldrich dans l’industrie. Le tandem délaisse la comédie sportive et plonge cette fois dans le polar néo-noir, sombre, désabusé, cynique, dont le tournage a été marqué par de vives frictions, mais aussi par des désaccords artistiques entre le metteur en scène et Burt Reynolds. À l’écran, La Cité des dangers est un quasi-chant du cygne, puisque Robert Aldrich ne tournera plus que quatre longs-métrages, qui ne rencontreront pas le public. Hustle est un très grand film pessimiste où les personnages semblent englués dans la fange, celle de Los Angeles, un monde à part entière, pourri jusqu’à l’os. Un mirage d’espoir apparaît à travers un calendrier décoré des monuments de Rome, mais la réalité rattrape toujours les personnages déjà condamnés. Le personnage de Catherine Deneuve, que Burt Reynolds était allé convaincre lui-même d’aller tourner de l’autre côté de l’Atlantique, rappelle celui qu’elle campait chez Jean-Pierre Melville dans Un flic. Une beauté solaire qui contraste avec le monde dans lequel elle évolue et qui représente également une possibilité de rédemption. Et Burt Reynolds est somptueux. On pense à un chaînon manquant entre Les Flics ne dorment pas la nuit – The New Centurions de Richard Fleischer et The Offence de Sidney Lumet. C’est dire si La Cité des dangers est une œuvre importante dans la carrière de Robert Aldrich, le dernier sommet d’une impressionnante chaîne de hautes montagnes.

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Test Blu-ray / Le Destin du fugitif – 3000$ mort ou vif, réalisé par Alfred E. Green

LE DESTIN DU FUGITIF- 3000$ MORT OU VIF (Four Faces West) réalisé par Alfred E. Green, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 11 septembre 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Joel McCrea, Frances Dee, Charles Bickford, Joseph Calleia, William Conrad, Martin Garralaga, Raymond Largay, John Parrish…

Scénario : C. Graham Baker, Teddi Sherman, William Brent & Milarde Brent, d’après la nouvelle d’Eugene Manlove Rhodes

Photographie : Russell Harlan

Musique : Paul Sawtell

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 1948

LE FILM

Ross McEwen arrive à Santa Maria, petite ville du Sud au Nouveau-Mexique. À ce moment l’on fête l’installation du nouveau quartier général du célèbre Marshall Pat Garrett. Ross se rend à la banque où il demande à se faire prêter la somme de 2 000 dollars. Le banquier refuse. Ross sort alors son arme et l’oblige à lui donner les billets en lui promettant de les lui rembourser. Il s’enfuit, poursuivi par Pat Garrett et la milice que ce dernier vient de lever.

La carrière du réalisateur Alfred E. Green (1889-1960) est inégale. Néanmoins, parmi la centaine de titres répertoriés sur IMDB, celle-ci contient quelques bons titres à réhabiliter, ce que les historiens du cinéma n’ont pas manqué de faire depuis plusieurs décennies. On pourra citer Badlands of Dakota (1941) avec Robert Stack, Baby Face (1933), drame percutant se déroulant durant la Prohibition et l’un des grands rôles de Barbara Stanwyck, mais aussi le film qui nous intéresse aujourd’hui, Le Destin du fugitif (1948), connu sous un autre titre 3000$ mort ou vif, ou bien encore sous son titre original sous lequel il est le plus souvent répertorié, Four Faces West. Un western étrange, original, unique peut-être, qui doit sa renommée en raison de l’absence totale de coups de feu. Loué par la critique des deux côtés de l’Atlantique, Bertrand Tavernier et Patrick Brion ayant été dithyrambiques sur cet opus après leur découverte tardive (le film n’ayant pas été distribué dans nos contrées), Le Destin du fugitif (nous utiliserons ce titre, lié à sa dernière sortie en Blu-ray) rappelle quelque part Le Bandit – The Naked Dawn (1955) d’Edgar G. Ulmer par sa simplicité (apparente), ses fulgurances, son humanisme. On est captivé par cette histoire de rédemption, magistralement écrite par C. Graham Baker (Femme de feu d’André de Toth, J’ai le droit de vivre de Fritz Lang) et Teddi Sherman (Tout près de Satan de Robert Aldrich, Tornade sur la ville de Jack Arnold), par ailleurs auteur du formidable Le Mariage est pour demain (ou Le Bagarreur du Tennessee) d’Allan Dwan, un des meilleurs westerns de ce dernier. Mais de cette adaptation du roman Pasó por aquí de Eugene Mallove Rhodes, on retiendra aussi et surtout la prestation du souvent oublié Joel McCrea (Le Juge Thorne fait sa loi, Coups de feu dans la Sierra, Le Shérif aux mains rouges, Pacific Express), qui apporte à son personnage une sensibilité inattendue. Difficile à voir dans les années 1950-70 en France, Le Destin du fugitif s’offre enfin aux spectateurs dans les meilleures conditions techniques à ce jour.

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Test Blu-ray / Le Masque de cire, réalisé par Sergio Stivaletti

LE MASQUE DE CIRE (Maschera di cera) réalisé par Sergio Stivaletti, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livret – Édition limitée le 11 septembre 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Robert Hossein, Valery Raymond, Romina Mondello, Riccardo Serventi Longhi, Aldo Massasso, Gabriella Giorgelli, Umberto Balli, Gianni Franco, Antonello Murru…

Scénario : Dario Argento, Lucio Fulci & Daniele Stroppa

Photographie : Sergio Salvati

Musique : Maurizio Abeni

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1997

LE FILM

Au début des années 1910, d’étranges événements surviennent à Rome, dans un musée de cire. Après la mort suspecte d’un jeune homme dans l’établissement, toutes les personnes qui vont venir observer de trop près les statues de cire ultra-réalistes, commencent à disparaître sans jamais laisser de trace.

À la fin des années 1980, Lucio Fulci (1927-1996), gravement malade, doit s’éloigner des plateaux. Quand il se sent assez costaud pour reprendre la caméra, c’est pour réaliser des téléfilms ou diverses productions à petit budget, qui passent plus ou moins inaperçus. 1990, il joue, écrit et met en scène Nightmare Concert – Un gatto nel cervello, plongée dans les méandres de l’esprit du cinéaste, à voir comme un petit bonus sympathique pour ses très nombreux admirateurs. Quelques mois avant de passer de vie à trépas, Dario Argento, la même année que Le Syndrome de Stendhal – La Sindrome di Stendhal, propose à Lucio Fulci de produire son retour à la mise en scène, ce dernier n’ayant rien signé depuis Le Porte del silenzio en 1991. Ce sera une nouvelle approche du thème du musée de cire, qui a déjà inspiré le cinéma et ce dès 1924 avec Le Cabinet des figures de cire, classique de l’expressionnisme allemand signé Paul Leni, suivi des Masques de cire en 1933 par Michael Curtiz, ainsi que, le légendaire L’Homme au masque de cire – House of Wax (1953), remake du précédent, interprété par Vincent Price et réalisé par André de Toth, qui a pour particularité d’avoir été conçu en relief stéréoscopique. Ainsi, avant l’excellent House of Wax – La Maison de cire de Jaume Collet-Serra (2005), le cinéma italien revenait à ce « sous-genre ». Mais décédé avant d’avoir pu entamer les prises de vues, Lucio Fulci est finalement remplacé par Sergio Stivaletti, concepteur d’effets visuels (Dellamorte Dellamore de Michele Soavi, Atomic Cyborg de Sergio Martino), maquilleur (Phenomena de Dario Argento, Démons et la série La Caverne de la rose d’or de Lamberto Bava), qui avait plus que largement avancé sur la création des (horribles) images de synthèse. Le réalisateur improvisé s’en sort pas trop mal (l’amico Dario l’aurait tout de même largement épaulé) et son premier opus est un savoureux hommage au cinéma d’épouvante transalpin des années 1950 à 1980, et plus globalement au genre européen qui a fait le bonheur des salles durant plusieurs décennies. Si l’on est souvent pas loin du nanar, dans lequel le long-métrage se vautre plus que de raison dans le dernier acte, Le Masque de cire ravit les yeux et convainc avec ses couleurs baroques (très belle photo de Sergio Salvati, Les Quatre de l’apocalypse, L’Emmurée vivante, L’Enfer des zombies), le charisme de l’actrice Romina Mondello (peu avare de ses rondeurs dans la dernière partie) et la présence inattendue de Robert Hossein (Robert Englund aurait été envisagé, mais trop cher), qui prend un malin plaisir à jouer les savants fous. Conspué par la critique il y a trente ans, Le Masque de cire possède pourtant moult qualités, y compris celle d’aller au bout de son délire et de ses meurtres très gores (qui font penser à un roman graphique) et mérite pour cela d’être réhabilité.

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Test 4K UHD / Vicky Cristina Barcelona, réalisé par Woody Allen

VICKY CRISTINA BARCELONA réalisé par Woody Allen, disponible en Combo Blu-ray & 4K UHD le 7 août 2026 chez Metropolitan Films.

Acteurs : Rebecca Hall, Scarlett Johansson, Javier Bardem, Penélope Cruz, Chris Messina, Patricia Clarkson, Kevin Dunn, Julio Perillán…

Scénario : Woody Allen

Photographie : Javier Aguirresarobe

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 2008

LE FILM

À Barcelone, Vicky et Cristina, deux Américaines, sont hébergées au sein de la famille de Vicky pour l’été, l’une pour achever son master en identité catalane avant son mariage, l’autre pour se remettre de sa dernière rupture et continuer à chercher des expériences sensuelles et amoureuses. C’est alors que Juan Antonio, artiste peintre charmeur, leur propose de venir passer un week-end à Oviedo, pour passer du bon temps ensemble, et éventuellement faire l’amour. Malgré une première réticence de Vicky, les deux amies s’envolent avec lui. Des problèmes apparaissent, les deux femmes ayant une vision diamétralement opposée de ce que peut être l’amour et son approche. La situation se complique plus tard quand réapparaît María Elena, l’ex-femme de Juan Antonio, avec laquelle il entretient une relation encore violente après un divorce où elle a manqué de le tuer…

Au début des années 2000, à 65 ans, on ne donnait pas cher de la peau de Woody Allen, après les échecs d’Accord et désaccords (1999), du Sortilège du Scorpion de Jade (2001), d’Hollywood Ending (2002), d’Anything Else : La Vie et tout le reste (2003)…Puis, après le petit sursaut au box-office de Melinda et Melinda début 2005, débarque Match Point en octobre de la même année en France et là, critique dithyrambique, coup de coeur des spectateurs, le 35è long-métrage du réalisateur flirte avec la barre des cent millions de dollars de recette, tandis que plus d’1,5 million de spectateurs se ruent dans les salles hexagonales. Woody Allen n’avait pas été à pareille fête depuis Manhattan, un quart de siècle auparavant. Le cinéaste trouve un second souffle inespéré en Europe et ses opus suivants connaîtront encore l’engouement du public, jusqu’à son apogée en 2011 avec Minuit à Paris, véritable « blockbuster » qui engrange plus de 150 millions de dollars. Mais pour l’heure, Woody Allen retrouve Scarlett Johansson pour Scoop en 2006, la délaisse un temps pour Le Rêve de Cassandre (2007), puis clôt sa « trilogie » avec la comédienne et nouvelle muse, avec Vicky Cristina Barcelona, qui demeure et restera probablement son second plus grand hit en France avec 1,9 million d’entrées, derrière les 2,4 millions de spectateurs pour Manhattan. S’il est aujourd’hui « autorisé » de lui préférer Match Point (on se souviendra toujours de Scarlett, chemise mouillée, dans les champs fouettés par la pluie) et peut-être même Scoop, plus léger, une friandise (on se souviendra toujours de Scarlett, en maillot de bain rouge), Vicky Cristina Barcelona se situe à mi-chemin des deux précédents. Woody Allen trouve une nouvelle jeunesse, mais sa maturité transparaît à travers ses dialogues, dans sa direction d’acteurs aussi. On imagine mal parfois des personnages de cet âge parler avec autant d’esprit, de verve et d’ironie, mais cela fonctionne, car comme tous les autres films de leur auteur, nous sommes dans l’esprit de ce dernier, dans ses fantasmes, dans ses projections. Vicky Cristina Barcelona c’est une nouvelle démonstration des différentes équations de l’amour, sur le désir, transposées par un cinéaste qui a encore des choses à dire sur les sentiments humains, sur des alter egos « rajeunis », lui permettant ainsi de s’adresser à une nouvelle génération de spectateurs, tout en convoquant la sensibilité et la complicité de son public acquis depuis de longues années. On ne parlera pas de chef d’oeuvre pour Vicky Cristina Barcelona, qualificatif que l’on avait entendu partout dès sa présentation en compétition sur la Croisette, mais il s’agit d’un des films les plus représentatifs de Woody Allen que l’on voit et revoit sans se lasser.

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Test Blu-ray / Les Spécialistes, réalisé par Guy Ritchie

LES SPÉCIALISTES (In the Grey) réalisé par Guy Ritchie, disponible en DVD & Blu-ray le 7 août 2026 chez Metropolitan Films.

Acteurs : Henry Cavill, Jake Gyllenhaal, Eiza González, Carlos Bardem, Fisher Stevens, Rosamund Pike, Michael Vu, Mohammed Al Turki…

Scénario : Guy Ritchie

Photographie : Ed Wild

Musique : Christopher Benstead

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 2026

LE FILM

Quand un baron du crime dépouille une firme puissante, une avocate déploie ses deux meilleurs « fixers », Sid et Bronco, pour récupérer le magot. Mais sur cette île corrompue, les alliances volent en éclats. Entre trahisons et manipulations, la chasse est ouverte. Le plus dur ne sera pas de reprendre l’argent… ce sera d’en sortir vivant.

Guy Ritchie dans la colle…Il tourne beaucoup l’« amigaille », trop sans aucun doute. Parfois ça marche auprès du public (les deux Sherlock Holmes, Aladdin, The Gentlemen, Un homme en colère), mais depuis quelques films, ça ne va pas fort pour le britannique. Ainsi, après les échecs rencontrés par Agents très spéciaux – Code U.N.C.L.E. (de loin son meilleur film), Le Roi Arthur, The Covenant : Mission en Afghanistan, Opération Fortune : Ruse de guerre et Le Ministère de la Sale Guerre, ça sentait mauvais pour Les Spécialistes – In the Grey, que le cinéaste a écrit seul et mis en scène…Coincé depuis au moins trois ans dans quelques tiroirs, ce thriller à mi-chemin entre le film de guerre et le film de braquage est, disons-le l’un des pires opus de Guy Ritchie, comme si ce dernier avait voulu faire la démonstration de ce qu’il ne faut absolument pas faire au cinéma. Le premier gros point négatif provient des comédiens, qui avaient déjà collaboré avec le réalisateur, Henry Cavill, Jake Gyllenhaal et Eiza González. Les deux stars masculines font jeu égal dans le genre constipé, même si à ce titre, Henry Cavill, repoussant probablement toutes les dragées Fuca proposées, ne saurait être détrôné. Alors que certains zinzins prient encore pour qu’il reprenne le costume (moche) du Man of Steel sous la direction de Zack Snyder, sa carrière au cinéma (oui, heureusement il y avait The Witcher à la télé) est complètement partie en sucette. Sa participation à Mission impossible : Fallout de Christopher McQuarrie est déjà loin et seul son caméo en Wolverine dans le dernier Deadpool a su marquer les esprits. Ce n’est assurément pas avec Les Spécialistes qu’il se refera une place au sommet du box-office, film qu’il traverse comme s’il était atteint de neurasthénie. Même chose pour Jake Gyllenhaal, dont la réputation désastreuse auprès de la profession (pour résumer, tout le monde s’accorde à dire qu’il est fou à lier) et de sérieux problèmes d’ego l’ont conduit à accepter des trucs comme le remake de Road House (le deuxième est même en cours de tournage) et des trucs bourrés de testostérone (Ambulance de Michael Bay). On se demande à plusieurs reprises s’il n’est pas en train de dormir, ayant les yeux dissimulés derrière des lunettes noires durant quasiment tout le film. On ajoute à ce tandem sans saveur la présence de la mexicaine Eiza González, vue dans Baby Driver d’Edgar Wright et Bienvenue à Marwen – Welcome to Marwen de Robert Zemeckis, qui avait déjà joué avec les deux acteurs auparavant, qui traverse tout le récit comme si elle était en train de défiler sur les podiums. Avec un récit déglingué qui part dans tous les sens, qui ne sait pas où il va ni même ce qu’il a à raconter en fait, on obtient au final l’un des longs-métrages les plus soporifiques de l’année. Guy Ritchie s’est encore surpassé donc. Fuyez pauvres fous.

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