MORT DE RIRE (Muertos de risa) réalisé par Álex de la Iglesia, disponible en Blu-ray le 24 juin 2026 chez Extralucid Films.
Acteurs : Santiago Segura, El Gran Wyoming, Álex Angulo, Carla Hidalgo, Eduardo Gómez, Jesús Bonilla, José María Íñigo, Uri Geller…
Scénario : Jorge Guerricaechevarría & Álex de la Iglesia
Photographie : Flavio Martínez Labiano
Musique : Roque Baños
Durée : 1h51
Année de sortie : 1999
LE FILM
Nino et Bruno, duo comique adulé, connaissent une ascension fulgurante. Mais plus leur succès grandit, plus la rivalité et la haine s’installent entre eux.
Voilà un résumé rapide, sec, sans fioriture. Et pourtant, là-dessus, Álex de la Iglesia signe l’un de ses films les plus riches, sans doute l’un de ses plus attachants et parallèlement l’un de ses plus politiques. Car à travers le destin et le portrait dressé de ses deux personnages principaux, le réalisateur, alors âgé de près de 35 ans et qui a déjà trois longs-métrages à son actif, livre une radiographie impitoyable de son pays qui porte encore les stigmates des quarante années de franquisme. On se remet difficilement d’un régime dictatorial et malgré la transition démocratique, l’humiliation de l’autre, les relations dominants-dominés et la violence semblent être les seuls moyens « d’expression » et l’unique mode de vie que connaissent les individus. Dans la filmographie du cinéaste, Mort de rire – Muertos de risa arrive deux ans après Perdita Durango, l’un des opus les plus dérangeants, brutaux (le film avait été interdit aux moins de 16 ans en France) et extrêmes du metteur en scène, qui n’avait pas rencontré le succès espéré. Suite à cette parenthèse à vocation internationale, Álex de la Iglesia revient en sa terre natale, parle de sa patrie, des siens, ce qu’il a toujours fait le mieux et ce qui lui correspond le plus. Mort de rire est une comédie explosive, adjectif souvent lié à l’univers de son auteur, menée à cent à l’heure, de la première à la dernière seconde. On en ressort lessivé, mais revigoré, heureux, euphorique, aussi bien rassasié au niveau des tripes que de l’esprit. Du grand, du très grand Álex de la Iglesia.
L’HOMME INVISIBLE APPARAÎT / L’HOMME INVISIBLE CONTRE LA MOUCHE HUMAINE (Tomei ningen arawaru + Tomei ningen to hae otoko) réalisés par Nobuo Adachi et Mitsuo Murayama, disponibles en Blu-ray le 16 juin 2026 chez Roboto Films.
Le professeur Nakazato doit départager ses deux meilleurs étudiants, qui travaillent tous deux sur le phénomène de l’invisibilité. Il déclare que celui qui réussira à rendre un objet invisible gagnera le duel. La rivalité entre les deux scientifiques, tous deux amoureux de la fille du professeur, augmente. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que le professeur travaille en secret depuis plus de dix ans sur l’invisibilité et qu’il a réussi à créer un sérum qui fonctionne. Il en fait la démonstration au président de la faculté, monsieur Kawabe. Celui-ci voit dans l’utilisation du sérum un moyen de commettre des méfaits et de voler de précieux bijoux. Il kidnappe le professeur, ainsi que l’un des scientifiques. Peu de temps après, une bijouterie reçoit la visite d’un homme portant des bandages sur le visage, qui essaye d’obtenir un précieux collier de diamants. Face au menace d’appeler la police de la part du directeur de la joaillerie, l’homme retire ses bandages, qui ne laissent rien apparaître en dessous ! L’homme invisible vient de faire son apparition. Le police mène l’enquête quand le second scientifique va tenter d’aider la fille du professeur à retrouver son père disparu…
Le capitaine de police Wakabayashi doit faire face à une multiplication de meurtres étranges, car aucun témoin n’a vu l’agresseur. Seul un bourdonnement de mouche semble avoir été entendu juste avant que le meurtrier frappe ses victimes d’un coup de poignard dans le dos. Sans aucun indice, l’enquête piétine. Les investigations de Wakabayashi l’amène à découvrir que certaines victimes avaient un point commun : elles ont toutes été à l’armée au même endroit et il semblerait que des expériences militaires avaient lieu à l’époque, visant à pouvoir réduire la taille d’un humain à celle d’une mouche. Wakabayashi se demande si ces meurtres ont également un point commun avec les expériences menées par le docteur Hawakaya sur un rayon pouvant rendre invisible des objets…
En 1933 aux États-Unis, L’Homme invisible – The Invisible Man, adaptation du roman écrit par H. G. Wells en 1897 réalisée par James Whale est un événement doublé d’un triomphe mondial. Il faut néanmoins attente sept ans pour que parvienne la suite directe sur les écrans, mise en scène par Joe May, Le Retour de l’Homme invisible – The Invisible Man Returns. Ce second opus de la franchise Universal Monsters – Invisible Man s’avère tout à fait digne du premier et saura relancer une saga qui comptera au final cinq films, six si l’on compte l’épisode parodique avec Abbott et Costello, Deux nigauds contre l’homme invisible, réalisé au début des années 1950. Mais c’était sans compter les ersatz et autres copies à travers le monde. C’est là qu’intervient L’Homme invisible apparaît, considéré comme le premier film de science-fiction japonais, sorti en 1949 et produit par la Daiei, dans l’espoir de divertir un public qui en a bien besoin après la Seconde Guerre mondiale (les américains sont d’ailleurs encore présents) et pourquoi pas au passage, élargir l’audience du cinéma nippon à travers la planète (même si finalement ce ne sera pas le cas). On doit ce petit bijou à Nobuo Adachi, dont il s’agit de la première mise en scène solo, épaulé ici par le maître des effets spéciaux Eiji Tsuburaya, co-créateur de Godzilla et d’Ultraman. S’il n’atteint pas la virtuosité du chef d’oeuvre de James Whale et même de sa merveilleuse première suite, L’Homme invisibleapparaît n’a pas à rougir de la comparaison et s’en sort miraculeusement encore bien aujourd’hui, tant le film demeure divertissant. Certes, cet opus japonais est moins sombre que ses modèles américains, mais il n’en reste pas moins que l’aventure est au rendez-vous du début à la fin et que les effets visuels conservent encore un charme fou. Malgré le succès rencontré par cet Homme Invisible japonais, la Daiei attendra l’année 1957 pour offrir une (fausse) suite au public, L’homme invisible contre la mouche humaine, emballée cette fois parMitsuo Murayama, qui cependant n’arrive pas à la cheville du précédent, qui n’a pas non plus la même ambition, en dehors de celle de remplir à nouveau les salles, quitte pour cela à lorgner sur la série B et le film d’exploitation.
MAIGRET ET LE MORT AMOUREUX réalisé par Pascal Bonitzer, disponible en DVD & Blu-ray le 7 juillet 2026 chez Pyramide Vidéo.
Acteurs : Denis Podalydès, Anne Alvaro, Manuel Guillot, Irène Jacob, Dominique Reymond, Laurent Poitrenaux, Micha Lescot, Julia Faure…
Scénario : Pascal Bonitzer, d’après le roman Maigret les vieillards de Georges Simenon
Photographie : Pierre Milon
Musique : Alexei Aigui
Durée : 1h16
Date de sortie initiale : 2026
LE FILM
Le commissaire Maigret est appelé en urgence au Quai d’Orsay. Monsieur Berthier-Lagès, ancien ambassadeur renommé, a été assassiné. Maigret découvre qu’il entretenait depuis cinquante ans une correspondance amoureuse avec la princesse de Vuynes, dont le mari, étrange coïncidence, vient de décéder. En se confrontant aux membres des deux familles et au mutisme suspect de la domestique du diplomate, Maigret va aller de surprise en surprise…
Tiens, revoilà Maigret au cinéma ! Première chose, si vous désirez en savoir plus sur les différentes incarnations du célèbre commissaire, sur le petit comme sur le grand écran, reportez-vous à notre article consacré à l’excellent Maigret de Patrice Leconte sorti en 2022. On vous laisse un peu de temps. Ça y est ? Très bien, on peut désormais se pencher sur Maigret et le mort amoureux, adaptation du roman Maigret et les vieillards de Georges Simenon (est-il utile de le préciser ?), publié en 1960. C’est Pascal Bonitzer, qui à l’aube de ses 80 printemps a mis les bouchées doubles en sortant pas moins de trois films en l’espace de deux années, Le Tableau volé, Maigret et le mort amoureux et Victor comme tout le monde (sur lequel nous reviendrons prochainement). Soyons honnêtes, il n’y a rien de véritablement cinématographique dans cette nouvelle proposition du légendaire commissaire et ce dixième long-métrage de Pascal Bonitzer s’apparente, comme c’était déjà le cas pour Le Tableau volé, à un téléfilm de grand luxe, le faste provenant essentiellement pour ne pas dire uniquement, de sa distribution. Rien à redire sur ce point. Si on l’imaginait mal dans l’imperméable aux épaules larges de son personnage, Denis Podalydès, qui retrouve le cinéaste plus d’un quart de siècle après Rien sur Robert, s’en tire à merveille, quand bien même celui-ci est obligé de revêtir le vêtement en question, le chapeau et la pipe, codes ô combien reconnaissables, histoire de bien rappeler qu’il incarne le mythe en question. Mais comme dans tous les romans ou presque de Simenon, ce sont les personnages satellites qui importent peut-être plus que l’atome central autour duquel ils gravitent. Pascal Bonitzer soigne une fois de plus son casting, chaque comédien ayant du grain à moudre, beaucoup de répliques (le film est très bavard, peut-être trop d’ailleurs), au second comme au troisième plan. Aussi, la grande Anne Alvaro (Boléro, Le Goût des autres) se taille la part du lion et fait jeu égal avec son partenaire. Jolie présence d’Irène Jacob dans le rôle de madame Maigret. Les aficionados de Simenon retrouveront cette petite musique, ce ton implacable, cette ironie mordante, les non-dits, l’attente, le faux rythme qui font des enquêtes de Maigret ce qu’elles sont et pourquoi celles-ci ont connu un triomphe dans le monde entier. Dommage que la mise en scène, qui se contente souvent de simples champs-contrechamps, ne parvienne pas à dynamiser une histoire somme toute intéressante, mais qui paraît bien plus longue que ses 72 minutes !
EL LUTE I: MARCHE OU CRÈVE – EL LUTE II: DEMAIN, JE SERAI LIBRE (El Lute – camina o revienta – El Lute II: mañana seré libre) réalisés par Vicente Aranda, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 16 juin 2026 chez Artus Films.
Acteurs : Imanol Arias, Victoria Abril, Antonio Valero, Carlos Tristancho, Diana Peñalver, Margarita Calahorra, Raúl Fraire, Manuel de Blas Jorge Sanz, Pastora Vega, Ángel Pardo, Blanca Apilánez, Silvia Rodríguez, Montserrat Tey, Terele Pávez…
Dans les années 60, au sein de sa famille nomade et des mercheros, le jeune Eleuterio apprend la délinquance. Du vol de poulets jusqu’à l’attaque d’une bijouterie, il va finir en prison pour vite s’y évader et devenir la cible de la Guardia Civil. Après une cavale longue et pénible, Eleuterio est rattrapé par la Guardia Civil. Condamné à mort, sa peine est commuée en détention à perpétuité. Il va alors entreprendre la rédaction de ses mémoires.
El Lute : marche ou crève – El Lute : Camina o revienta et El Lute II : Demain, je serai libre – El Lute II: mañana seré libre, sortis respectivement en 1987 et 1988, écrits et réalisés par Vicente Aranda (1926-2015), s’inspirent des mémoires d’Eleuterio Sánchez Rodríguez (né en 1942), alias « El Lute », un jeune condamné pour meurtre devenu une figure légendaire en Espagne grâce à son évasion de prison dans les années 1960. Le premier long-métrage retrace les débuts de la carrière criminelle d’El Lute et est adapté du premier tome de ses mémoires, publié en 1977 alors qu’il était encore en prison. Le second volet, qui n’était pas prévu à la base et qui a été écrit, tourné et exploité dans la foulée du triomphe rencontré par le premier épisode (nommé pour quatre prix Goya, meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur et meilleure actrice), poursuit son histoire et s’inspire logiquement du deuxième tome de ses mémoires, paru en 1979. Eleuterio Sánchez devait alors obtenir une libération conditionnelle en 1981. Vicente Aranda délaisse les adaptations d’oeuvres littéraires et donc de fiction, pour aborder le genre autobiographique. Il offre ainsi au comédien Imanol Arias le rôle de sa vie et devient une vedette très convoitée du cinéma ibérique. Révélé en 1982 dans Le Labyrinthe des passions – Laberinto de pasiones de Pedro Almodóvar, qu’il retrouvera en 1995 pour La Fleur de mon secret – La flor de mi secreto, il deviendra l’acteur fétiche de Vicente Aranda, en tournant avec lui à cinq reprises au cours de son illustre carrière. La réalité dépasse la fiction dans EL Lute, dont on appréciera surtout la première partie de ses aventures, forcément romanesques, mais aussi étonnamment violentes et frontales, et pas à mettre devant tous les yeux, en raison notamment de quelques scènes de torture particulièrement difficiles. On pense au diptyque Mesrine de Jean-François Richet, avec cette approche différente d’un opus à l’autre et même si El Lute II peine à insuffler le même intérêt que la première partie, le cinéphile curieux saura accueillir ce personnage méconnu de ce côté des Pyrénées, charismatique et évidemment cinégénique, comme il se doit grâce au travail éditorial d’Artus Films.
AMOUR APOCALYPSE (Peak Everything) réalisé par Anne Émond, disponible en DVD & Blu-ray le 5 mai 2026 chez L’Atelier d’Images.
Acteurs : Patrick Hivon, Piper Perabo, Connor Jessup, Gilles Renaud, Élizabeth Mageren, Leona Son, Eric K. Boulianne, Jude Beny…
Scénario : Anne Émond
Photographie : Olivier Gossot
Durée : 1h41
Date de sortie initiale : 2025
LE FILM
Propriétaire d’un chenil, Adam, quarante-cinq ans, est éco-anxieux. Via la ligne de service après-vente de sa toute nouvelle lampe de luminothérapie, il fait la connaissance de Tina. Cette rencontre inattendue dérègle tout : la terre tremble, les cœurs explosent… c’est l’amour !
Tiens, si on allait faire un petit tour du côté du Canada, au Québéc et pourquoi pas même en Ontario ? C’est ce que nous propose la réalisatrice et scénariste Anne Émond (née en 1982), auteure de nombreux courts-métrages et dont il s’agit ici du sixième long, qui nous parvient en France, après avoir été présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2025. Lauréat du Grand Prix au Festival du Film de Cabourg, proposé dans de nombreux autres festivals (en Argentine, en Pologne…), Amour Apocalypse nous dévoile l’hypersensibilité d’une cinéaste, qui s’inspire d’une dépression qui lui est tombée dessus durant le confinement de 2020, plus précisément une éco-anxiété. De là est né le personnage d’Adam, 45 piges, en pleine détresse émotionnelle, mentale et physique, persuadé que le monde est au bord du chaos. En fait, Adam, qui déclare ouvertement être profondément triste, sans pour autant savoir pourquoi, est à un carrefour de son existence. Il va consulter une psy, qui s’amuse à décrypter son prénom (« Anxieux Déprimé Atypique Médication ? », avant de remplacer le D par « Dépressif »), sans pour autant lui donner les clés pour aller mieux. Mais il repart avec beaucoup de médicaments, des anxiolytiques, des somnifères, des anti-dépresseurs…et finalement ce qui lui fait le plus de bien semble être la luminothérapie…Cela tombe bien, car sa lampe défaillante va, ironie du sort, éclairer son existence, quand il va entrer en contact avec le service client…Amour Apocalypse ou Peak Everything est une comédie existentielle qui mute en romance inattendue, qui offre à ses deux formidables têtes d’affiche, le québécois Patrick Himon (qu’on a pu voir dans Le Fils de Jean de Philippe Lioret) et la trop rare Piper Perabo (révélée il y a 25 ans dans Coyote Girls – Coyote Ugly de David McNally), de très beaux rôles, les deux comédiens étant parfaits d’alchimie et de complicité. Une jolie découverte que l’univers de cette metteuse en scène !
LA CRÉATURE (La Criatura) réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 16 juin 2026 chez Artus Films.
Acteurs : Ana Belén, Juan Diego, Claudia Gravy, Ramón Repáraz, Manuel Pereiro, Bárbara Lys, Francisco Melgares, Luis Ciges…
Scénario : Enrique Barreiro
Photographie : Raúl Artigot
Musique : Victor Manuel
Durée : 1h37
Date de sortie initiale : 1977
LE FILM
Alors que son couple est en crise, Cristina parvient à tomber enceinte après trois années de tentatives. Mais son agression par un berger allemand provoque une fausse couche. Ayant du mal à s’en remettre, elle adopte un chien, de la même race que son agresseur, lui donnant le prénom de l’enfant qu’elle a perdu. Pendant que Marcos, le mari, s’active pour sa carrière, Cristina entame une relation passionnée pour le moins étrange avec son chien.
Deux ans avec l’incroyable Caniche de Bigas Luna, Eloy de la Iglesia se penchait déjà sur l’étrange relation entre une femme bourgeoise et son chien fidèle, liens très (trop ?) étroits qui ont le don d’irriter l’époux, forcément jaloux, d’autant plus que le couple est sérieusement en crise et que le peu qu’il leur restait de proximité tend à s’épuiser. Qualifié de «bizarre» (euphémisme) et marqué par la controverse à sa sortie, La Créature – La Criatura aborde ouvertement la zoophilie dans le cadre d’un mariage empreint de monotonie et de frustration, voué à l’échec. Eloy de la Iglesia et le scénariste Enrique Barreiro (qui signera également le remarquable Il Sacerdote – Le Prêtre l’année suivante) se penchent en réalité sur la politique espagnole, en évoquant en parallèle les attentats terroristes post-franquistes commis par des activistes d’extrême droite (à l’instar du massacre d’Atocha) ainsi que les partis du même bord cherchant à perpétuer les idéaux politiques du dictateur après sa mort en 1975. On peut penser au premier abord que La Créature sera une œuvre froide et distante, mais au contraire. Eloy de la Iglesia a beau avoir toujours été frontal et sans concession sur ses sujets les plus difficiles, il n’en demeure pas moins qu’il se dégage systématiquement un humanisme et La Créature ne déroge pas à la règle. On se prend d’affection pour cette jeune femme, qui après l’accident qui a coûté la vie au bébé qu’elle a dans le ventre et qui était sur le point de naître, va trouver l’affection qui lui manque ailleurs, autrement dit auprès d’un chien. Avec sa mise en scène quasi-chirurgicale, Eloy de la Iglesia dissèque à la fois la mort d’un couple, le deuil impossible d’une femme, mais aussi et surtout son émancipation, son désir de vivre pour elle-même, tandis que son compagnon, engoncé dans la tradition (morale, religieuse et bien sûr politique), s’accroche encore et toujours aux miettes dispersées et subsistantes de la désormais ancienne Espagne. Édifiant.
« Un copain déposera un colis et passera le reprendre plus tard ». Tel est le message laissé par Jacques, avant son départ pour le Japon, à ses deux compères Pierre et Michel avec lesquels il partage un luxueux appartement. Comme prévu, le colis arrive et à la stupéfaction générale, il s’agit d’un bébé… Adieu liberté et aventures sans lendemain.
Ce film a été un phénomène mondial. Plus de dix millions d’entrées en France, 2,5 millions en Allemagne, près de 35 millions en Union Soviétique, suivi d’un remake US – Trois hommes et un bébé – Three Men and a Baby – deux ans plus tard réalisé par Leonard Nimoy, qui connaîtra lui-même une suite en 1990 intitulée Tels pères, telle fille – 3 Men and a Little Lady, mise en scène par Emile Ardolino, avant qu’une séquelle du film original soit finalement mise en chantier en 2002, 18 ans après, qui ne connaîtra pas du tout (euphémisme) le même engouement. Tout le monde connaît 3 hommes et un couffin, le troisième long-métrage de Coline Serreau, le plus grand succès en France au box-office de l’année 1985, très loin devant Rambo 2 : la mission (5,9 millions d’entrées) et Les Spécialistes (5,3 millions d’entrées), mais aussi et surtout le plus gros hit des années 1980, qui apparaît aujourd’hui au 22è rang de tous les temps en termes d’entrées, entre Taxi 2 de Gérard Krawczyk et Les Canons de Navarone de J. Lee Thompson. Que reste-t-il de 3 hommes et un couffin presque quarante ans après sa sortie ? Un modèle de comédie, qui parvient à faire oublier son quasi-huis clos (le film se déroulant essentiellement dans l’appartement des trois personnages principaux) par le charisme, l’immense talent et l’alchimie de ses immenses comédiens, ainsi que ce parfait équilibre fragile entre le rire et l’émotion. Succession de dialogues entrés dans le langage courant et de scènes cultes, 3 hommes et un couffin est un chef d’oeuvre universel et intemporel.
LE SIFFLET (Whistle) réalisé par Corin Hardy, disponible en DVD & Blu-ray le 17 juillet 2026 chez Metropolitan Films.
Acteurs : Dafne Keen, Percy Hynes White, Sophie Nélisse, Jhaleil Swaby, Michelle Fairley, Sky Yang, Ali Skovbye, Mika Amonsen…
Scénario : Owen Egerton
Photographie : Björn Charpentier
Musique : Doomphonic
Durée : 1h40
Date de sortie initiale : 2026
LE FILM
Un groupe de lycéens tombe sur un artefact oublié : un Sifflet de Mort Aztèque. Ils découvrent que souffler dedans libère un son terrifiant, capable d’invoquer leurs morts futures pour les traquer. Alors que le nombre de victimes augmente, les adolescents doivent briser la chaîne de la Mort avant que le dernier écho du sifflet ne scelle leur destin.
Franchement, on n’attendait rien du Sifflet – Whistle, nouvel opus indépendant d’épouvante signé Corin Hardy, réalisateur britannique (ou pour certains « responsable ») du Sanctuaire (2015) et de La Nonne (2018). Et puis finalement, la surprise est agréable. Venu du clip vidéo, le cinéaste, qui avait donc cartonné avec son spin-off de l’univers Conjuring (mine de rien, La Nonne avait engrangé pas loin de 400 millions de dollars, pour un budget 20 fois inférieur) et emballé près d’une dizaine d’épisodes de la série Gangs of London, se retrouve une fois de plus aux manettes d’un film d’horreur. Si l’on devait faire un comparatif ou plutôt situer Le Sifflet, on pourrait dire que celui-ci se place entre la saga Destination Finale et la désormais franchise Smile. De belles et bonnes références, d’autant plus que Corin Hardy exploite à merveille son concept horrifique, en compilant les scènes brutales et marquantes, en jouant avec les codes du teen-movie, parasité par une noirceur et même une violence qui vont crescendo. Le Sifflet permet aussi à l’excellente, charismatique et sexy Dafne Keen (qui a bien grandi depuis Logan de James Mangold) d’accéder au haut de l’affiche. L’actrice s’en tire très bien et peut prétendre à porter d’autres longs-métrages sur ses épaules. En l’état, Whistle est un divertissement efficace, une série B qui ne se prend pas au sérieux et propose même quelques moments gores inattendus. À voir et à savourer comme un tour de train fantôme !
Espagne, fin des années 60. Miguel, un séduisant jeune prêtre traditionnel, traverse une période de doutes. Ses désirs sexuels refont surface lorsqu’il se souvient de la contrainte par ses parents d’entrer au séminaire. Irène, une belle paroissienne, malheureuse en mariage, vient régulièrement chercher le soutien de son confesseur, faisant peu à peu fragiliser le vœu de chasteté de ce dernier.
Eloy de la Iglesia, c’est reparti ! Si vous êtes un lecteur fidèle, vous savez que l’auteur de ces mots est tombé dingue du cinéma de ce réalisateur espagnol ! Nous ne vous ferons pas l’affront de dire et redire ce qui a déjà été dit sur ce dernier, sur son illustre carrière, sur sa vie, au fil des chroniques consacrées à ses films La Buraliste de Vallecas, Personne n’a entendu crier, Le Député, Navajeros, El Pico (et sa suite) et Colegas. Grâce au travail de l’éditeur Artus Films, nous explorons encore et toujours une filmographie exceptionnelle, riche, variée, engagée, politique, sexuelle. L’opus qui nous intéresse aujourd’hui est considéré comme l’un de ses meilleurs, Le Prêtre – El Sacerdote, sorti sur les écrans ibériques en 1978, soit trois ans après la mort de Franco. Habituellement scénariste, le réalisateur s’empare ici d’une histoire signée Enrique Barreiro, qui avait écrit précédemment La Créature – La Criatura, sur lequel nous reviendrons prochainement. Le Prêtre offre au comédien Simón Andreu (vu dans Photos interdites d’une bourgeoise, La Mort marche en talons hauts et La mort caresse à minuit de Luciano Ercoli, Chassés-croisés sur une lame de rasoir de Maurizio Pradeaux) l’un de ses plus grands rôles, dans lequel il s’investit totalement. On imagine l’électrochoc que le film a dû entraîner à sa sortie, puisque le cinéaste va loin, très loin dans la représentation des fantasmes, du désir sexuel, de la folie qui s’empare de cet homme d’église rattrapé par l’abstinence, le refoulement et donc la frustration. Un demi-siècle plus tard, Le Prêtre n’a absolument rien perdu de sa force et son sujet demeure brûlant d’actualité. Un chef d’oeuvre de plus sur lequel les cinéphiles devraient se ruer au plus vite.
À PIED D’OEUVRE réalisé par Valérie Donzelli, disponible en DVD et Blu-ray le 2 juin 2026 chez Diaphana.
Acteurs : Bastien Bouillon, André Marcon, Virginie Ledoyen, Valérie Donzelli, Adrien Barazzone, Claude Perron, Marie Rivière…
Scénario : Valérie Donzelli & Gilles Marchand, d’après le roman de Franck Courtès
Photographie : Irina Lubtchansky
Musique : Jean-Michel Bernard
Durée : 1h31
Date de sortie initiale : 2026
LE FILM
Ancien photographe, Paul Marquet a décidé de laisser tomber ce métier lucratif pour se consacrer à l’écriture. Déjà auteur de trois livres, au succès d’estime, le dernier ayant été tiré à moins de 5000 exemplaires, celui-ci a du mal à joindre les deux bouts et est obligé de vendre son scooter. Alors que sa femme est partie à Montréal avec leurs deux enfants, celui-ci tente de faire bonne figure et recherche un travail qui lui laisse du temps écrire. Il s’engage alors dans un système de petits boulots à la demande, via une plateforme, s’enfonçant progressivement dans la pauvreté…
Hormis une erreur de parcours avec le gratiné Marguerite et Julien en 2015, la filmographie de Valérie Donzelli demeure l’une des plus originales, mais aussi l’une des plus sensibles du cinéma français. Si son premier long-métrage, La Reine des pommes (2009) était complètement passé inaperçu dans les salles, la critique saluait déjà son caractère insolite. La consécration devait arriver dès l’année suivante, La Guerre est déclarée (850.000 entrées), triomphe qui avait su réunir tous les publics. La réalisatrice devait continuer son « bonhomme de chemin », avec le sympathique Main dans la main (2012), puis avec des films plus confidentiels, avant de revenir en force avec L’Amour et les Forêts (2023), un beau hit avec 650.000 entrées, accompagné de trois nominations aux César. Après un écart dans le documentaire (Rue du Conservatoire), Valérie Donzelli revient à la fiction avec À pied d’oeuvre. Enfin quand on écrit fiction, c’est relatif, car le film est l’adaptation du roman autobiographique et éponyme de Franck Courtès, ancien photographe de renom de Libération. Dans son ouvrage, celui-ci racontait comment il avait décidé de laisser tomber cette profession qui lui rapportait gros, entre 3000 et 8000 euros par mois, pour devenir écrivain. Touchée, bouleversée par ce livre qui lui parle personnellement (son grand-père et son arrière-grand-père paternels étaient peintres et sculpteurs, ayant vécu chichement toute leur vie), Valérie Donzelli décide de le transposer, avec son complice Gilles Marchand. Résultat, il s’agit sans doute du plus beau film de la cinéaste. On reconnaît son univers, ses partis-pris, le fait d’aborder un drame avec un côté toujours optimiste, en évitant le pathos, en dressant le portrait de personnages avançant coûte que coûte, avec résilience. À pied d’oeuvre est ainsi proche de La Guerre est déclarée. Mais là où celui-ci convainquait moins en raison de l’interprétation passable de Jérémie Elkaïm, Bastien Bouillon – pour la cinquième fois devant la caméra de Donzelli – crève l’écran une fois de plus dans À pied d’oeuvre, dans lequel il est de toutes les scènes, de tous les plans, tandis qu’on ne perd pas le fil de ses pensées, qu’il traduit via son clavier, pour nourrir son nouveau livre. Remarquable de sobriété, porté par un acteur exceptionnel et par l’hypersensibilité de Valérie Donzelli, À pied d’oeuvre est assurément l’un des grands films français de l’année 2026.