Test Blu-ray / Escape From the 21st Century réalisé par Li Yang

ESCAPE FROM THE 21ST CENTURY (Cong 21 Shi Ji an Quan Che Li) réalisé par Li Yang, disponible en Combo Blu-ray + DVD – Édition Limitée le 14 février 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Zhang Ruoyun, Yang Song, Zhu Yanmanzi, Elane Zhong, Leon Lee, Wu Xiaoliang, Wen Zhengrong, Shi Liang…

Scénario : Li Yang

Photographie : Saba Mazloum

Musique : Hu Xiao’ou

Durée : 1h38

Année de sortie : 2024

LE FILM

En 1999, trois adolescents se retrouvent plongés dans des déchets chimiques qui leur confèrent une capacité unique : lorsqu’ils éternuent, leur conscience voyage 20 ans dans le futur. C’est pour eux le début d’une vertigineuse aventure dont l’enjeu n’est ni plus ni moins que la survie du monde…

Il y a des films dont les « pitchs » (goût fraise, les meilleurs) font envie quand on les lit. C’est le cas pour Escape from the 21st Century, le premier long-métrage réalisé en solo par le cinéaste Yang Li. Puis, le générique envoie du lourd et l’on se dit que la promesse va être tenue. Le film démarre (voix de journaliste grolandais) « Et là, c’est le drame ! ». Si beaucoup ont toujours eu beaucoup de mal à rester plus de deux heures devant un film de Michael Bay, dites-vous qu’à côté de Yang Li, le réalisateur d’Armageddon et de Transformers c’est Robert Bresson. C’est bien simple, on ne comprend rien, absolument plus rien, alors que le film n’a commencé que depuis…cinq minutes. Et cela n’ira pas en s’arrangeant. Sur un montage frénétique, débridé (non, n’y voyez aucun jeu de mots qui pourrait être mal interprété), hystérique, les images se succèdent comme si un individu atteint de la maladie de Parkinson s’emparait d’une télécommande pour zapper et échapper à Quotidien et TBT9. Si vous avez moins de vingt piges (ce qui est loin d’être le cas si vous lisez cette critique, vous seriez déjà passé à autre chose), vous y trouverez peut-être votre compte. 25 ans à la rigueur, après quelques shots de vodka. Si vous avez atteint la trentaine, il est fort possible que vous ressentiez quelques relâchements du sphincter. Au-delà, ce n’est même plus permis. Vos yeux se révulsent, votre bouche se met en O et laisse couler la bave à gros bouillons, vos muscles sont tétanisés et vous tentez par tous les moyens possibles d’arrêter le massacre. Vous voilà prévenus…

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Test Blu-ray / Les Keufs, réalisé par Josiane Balasko

LES KEUFS réalisé par Josiane Balasko, disponible en DVD & Blu-ray le 17 février 2026 chez Rimini Éditions.

Acteurs : Josiane Balasko, Isaach De Bankolé, Jean-Pierre Léaud, Ticky Holgado, Jean-Marie Marion, Patrick Pérez, Florent Pagny, Patrick Olivier…

Scénario : Christian Biegalski, Jean-Bernard Pouy & Josiane Balasko

Photographie : Dominique Chapuis

Musique : Francis Agbo, Raoul Agbo, Manu Dibango & Stéphane Sirkis

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1987

LE FILM

Mireille Molyneux, inspectrice de police, traque sans relâche les proxénètes. Avec la complicité de Yasmine, une prostituée, elle arrête Charlie, son souteneur. Pour se venger de Mireille, Jean-Pierre, un autre proxénète, l’accuse de corruption. Elle fait alors l’objet d’une enquête de deux inspecteurs de l’IGS : Blondel et Lacroix. Peu après, Charlie est relâché, faute de preuves. Pour garder Yasmine, il enlève son fils et menace de le tuer.

Si elle n’avait pas prévu de retourner derrière la caméra, du moins jusqu’à présent et ce malgré le joli score rencontré par Sac de nœuds dans les salles (près de 650.000 entrées), Josiane Balasko accepte finalement de réaliser Les Keufs, son second long-métrage. D’après un scénario qu’elle a coécrit avec Christian Biegalski (Scout toujours…), avec le concours de l’auteur Jean-Bernard Pouy (le créateur du Poulpe), la metteuse en scène parvient à trouver cet équilibre délicat entre la comédie et l’intrigue policière. On retrouve donc ce réalisme – on y parle d’addiction à la drogue, du Sida, du racisme – déjà à l’oeuvre dans Pinot simple flic, auquel Christian Biegalski avait d’ailleurs participé, ainsi que le côté polar populaire de gauche qui a fait la marque de fabrique de Jean-Bernard Pouy. À cela s’ajoutent la gouaille et l’énergie dévastatrice de Josiane Balasko, qui soigne comme d’habitude chacun de ses seconds rôles, tous plus marquants les uns que les autres. Mais Les Keufs repose il est vrai sur l’alchimie explosive avec son partenaire, le génial Isaach de Bankolé, tout juste révélé par Black Mic-Mac de Thomas Gilou, qui venait de cartonner avec 1,2 million de spectateurs. S’il est un peu difficile d’en résumer l’intrigue, qui au final importe peu, Les Keufs reste un savoureux moment, ponctué par de fabuleux mots d’auteur et qui compile de formidables numéros de comédiens. À ce titre, Jean-Pierre Léaud, très justement nommé pour le César du meilleur second rôle, emporte facilement la mise. On ne l’avait jamais vu ainsi et on ne le reverra plus jamais comme cela après Les Keufs, dans lequel il incarne l’explosif commissaire Bouvreuil. Joli succès à sa sortie (la barre du million d’entrées ayant été dépassé), Les Keufs, dont le titre paraissait obscur à une bonne partie du public à l’époque, n’a pas volé son statut de petit film culte.

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Test 4K UHD / Le Dernier Monde cannibale, réalisé par Ruggero Deodato

LE DERNIER MONDE CANNIBALE (Ultimo mondo cannibale) réalisé par Ruggero Deodato, disponible en Digibook 4K Ultra HD + Blu-ray + Livret le 16 janvier 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Massimo Foschi, Me Me Lai, Ivan Rassimov, Sheik Razak Shikur, Judy Rosly…

Scénario : Renzo Genta, Tito Carpi & Gianfranco Clerici

Photographie : Marcello Masciocchi

Musique : Ubaldo Continiello

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 1977

LE FILM

Sur l’île de Mindanao, en 1975, trois hommes et une femme échouent en avion. Attaqués par les indigènes, deux d’entre eux sont tués. Rowland et Harper s’enfuient. Le premier disparaît dans les rapides, le second est fait prisonnier par une tribu d’anthropophages.

Il y a eu plusieurs étapes dans le cinéma d’épouvante faisant la part belle à l’anthropophagie. On peut remonter à 1963, année de la sortie d’Orgie sanglanteBlood Feast de Herschell Gordon Lewis (premier film gore de l’histoire), puis l’on passe directement à 1972 avec Au pays de l’exorcismeIl paese del sesso selvaggio, réalisé par Umberto Lenzi. Alors que ce dernier aurait dû enchaîner avec Le Dernier Monde cannibaleUltimo mondo cannibale, le producteur Giorgio Carlo Rossi (Qui l’a vue mourir ?), qui souhaitait collaborer de nouveau avec le cinéaste, décide finalement de passer les manettes à un metteur en scène moins gourmand en matière de lires, à savoir Ruggero Deodato. Celui-ci venait de signer le poliziottesco Deux Flics à abattre Uomini si nasce poliziotti si muore, et accepte de s’envoler pour la Malaisie, puis pour les Philippines, pour un tournage qui ne sera assurément pas de tout repos. Le Dernier Monde cannibale s’impose comme l’un des films d’épouvante cannibales italiens les plus réussis, une référence qui ne s’est jamais démentie, qui a su marquer les spectateurs du monde entier, mais aussi les réalisateurs, qui l’ont très souvent mentionné. Pour ce qui sera le premier opus de sa Trilogie Cannibale, qui sera suivi de Cannibal Holocaust (1980) et d’Amazonia, La Jungle Blanche – Inferno in diretta (1985), Ruggero Deodato joue avec le rythme et l’attente de son public, avant de lui offrir ce qu’il est venu chercher (à savoir un bon barbecue improvisé) dans le quasi-dernier acte de son film. Mais avant cela, Ultimo mondo cannibale agit comme une séance d’hypnose (toutes les scènes dans la caverne sont à tomber de beauté) et repose sur le jeu littéralement habité de Massimo Foschi (Holocaust 2000), présent dans toutes les scènes et qui passe presque les trois quarts du récit nu comme un ver. Si ça c’est pas se donner tout entier à son art tout de même…

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Test Blu-ray / Signes extérieurs de richesse, réalisé par Jacques Monnet

SIGNES EXTÉRIEURS DE RICHESSE réalisé par Jacques Monnet, disponible en DVD & Blu-ray le 17 février 2026 chez Rimini Éditions.

Acteurs : Claude Brasseur, Josiane Balasko, Jean-Pierre Marielle, Roland Giraud, Xavier Saint-Macary, Jean-François Rémi, Hélène Arié, Eva Harling, Pascale Ogier, Charlotte de Turckheim …

Scénario : Alain Godard & Jacques Monnet

Photographie : Philippe Welt

Musique : Eric Bouad & Johnny Hallyday

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

Patron d’une clinique vétérinaire parisienne de renom, Jean-Jacques Lestrade habite un luxueux appartement et fréquente le Tout-Paris en compagnie de jeunes femmes, s’en remettant à son comptable Jérôme Bouvier, pour gérer ses finances. Tout va bien jusqu’au jour où débarque dans sa clinique Béatrice Flamand, une inspectrice des impôts.

Un mois après avoir fait une apparition rapide dans Papy fait de la résistance de Jean-Marie Poiré, Josiane Balasko revient au cinéma, cette fois en haut de l’affiche, qu’elle partage avec Claude Brasseur, pour Signes extérieurs de richesse. La comédienne tourne ce film entre Le Père Noël est une ordure et La Smala, et retrouve Jacques Monnet (né en 1934) pour la seconde fois après le très beau Clara et les chics types, dans lequel elle donnait – entre autres – la réplique à Christian Clavier et Thierry Lhermitte. Elle continue de s’affranchir du Splendid et s’empare avec talent de ce rôle formidable, tout en tenant la dragée haute à son illustre partenaire. Celui-ci multiplie alors les tournages avec parfois quatre ou cinq films par an, donne volontiers et généreusement la réplique à la nouvelle génération, le box-office étant plus moins stable, surtout depuis le triomphe des deux épisodes de La Boum de Claude Pinoteau. Signes extérieurs de richesse, qui a franchi la barre du million de spectateurs, témoigne de l’alchimie entre Claude Brasseur et Josiane Balasko, merveilleusement soutenus par un Jean-Pierre Marielle au top de sa forme et d’une ribambelle de seconds rôles solidement écrits par Jacques Monnet et Alain Godard (Dracula père et fils, Je suis timide mais je me soigne, Coup de tête, C’est pas moi, c’est lui). Un classique de la comédie française, diffusé moult fois à la télévision et qui demeurait jusqu’à présent inédit en DVD et en Blu-ray !

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Test DVD / Les Tourmentés, réalisé par Lucas Belvaux

LES TOURMENTÉS réalisé par Lucas Belvaux, disponible en DVD le 17 janvier 2026 chez UGC.

Acteurs : Niels Schneider, Ramzy Bédia, Linh-Dan Pham, Déborah François, Mahé Boujard, Baptiste Germain, Jérôme Robart, Estelle Luo…

Scénario : Lucas Belvaux, d’après son roman

Photographie : Guillaume Deffontaines

Musique : Frédéric Vercheval

Durée : 1h49

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Ça vaut quoi la vie d’un homme ? D’un homme comme lui. Un homme sans rien. Skender, ancien légionnaire, le découvrira bien assez tôt. « Madame », veuve fortunée et passionnée de chasse, s’ennuie. Elle charge alors son majordome de lui trouver un candidat pour une chasse à l’homme, moyennant un très juteux salaire. Skender est le gibier idéal. Mais rien ne se passera comme prévu…

Après l’excellent Des hommes, sorti en 2021, le cinéaste belge Lucas Belvaux revient au cinéma avec Les Tourmentés, adaptation de son propre roman publié en 2022 et récompensé par le prix Régine-Deforges. Et c’est une nouvelle et grande réussite à inscrire à son palmarès. Rétrospectivement, une seule fausse note apparaît dans une filmographie quasi-parfaite, en l’occurrence 38 témoins (2012), tandis que ses autres longs-métrages font indubitablement partie de ce qui se fait de mieux dans le cinéma francophone. Suite à sa trilogie Un couple épatant, Cavale, Après la vie, sortie en 2003, le réalisateur ne cessera d’explorer les thèmes du mensonge, de la lâcheté, du couple, de la peur, des souvenirs, de la culpabilité, et Les Tourmentés ne déroge pas à la règle. Ce qu’il y a de fascinant chez Lucas Belvaux, c’est sa virtuosité à passer d’un genre à l’autre, tout en suivant une même ligne directrice, en explorant encore et toujours les sujets inépuisables qui le fascinent, l’obsèdent, l’inspirent. En lisant l’histoire, on pense indéniablement aux Chasses du comte Zaroff, nouvelle de Richard Connell (The Most Dangerous Game -1924), adaptée en 1932 Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel. Lucas Belvaux s’inspire plutôt de l’atmosphère de cette histoire et s’intéresse à ce qu’il y a derrière, ou plutôt à l’âme, à la psyché perturbée de ses personnages. Certes, le récit joue sur la tension, entretenue jusqu’à la fameuse chasse attendue, mais que l’on ne verra pas, soyez prévenus d’entrée de jeu. Car l’essentiel est ailleurs. Triple parcours initiatique, Les Tourmentés se focalise sur trois protagonistes principaux, qui ont plus ou moins vendu leur âme au diable et qui tentent malgré tout de survivre dans ce bas monde, tant qu’ils l’arpentent encore malgré eux. Grosse claque, Les Tourmentés n’a pourtant connu aucun engouement dans les salles, au point que Lucas Belvaux a connu le pire score de sa carrière (52.000 entrées, ouch). Si vous deviez donner une deuxième chance à un seul film de 2025, accordez-la aux Tourmentés s’il vous plaît !

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Test Blu-ray / Le Cri des ténèbres, réalisé par William Fruet

LE CRI DES TÉNÈBRES (Cries in the Night – Funeral Home) réalisé par William Fruet, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret le 14 février 2026 chez Rimini Editions.

Acteurs : Kay Hawtrey, Lesleh Donaldson, Barry Morse, Stephen E. Miller, Dean Garbett, Alf Humphreys, Peggy Mahon, Harvey Atkin…

Scénario : Ida Nelson

Photographie : Mark Irwin

Musique : Jerry Fielding

Durée : 1h28

Année de sortie : 1980

LE FILM

Heather, 18 ans, va passer l’été chez sa grand-mère, qu’elle n’a pas revue depuis longtemps. Celle-ci vient de transformer sa demeure, située près d’un lac, en maison d’hôtes. Les clients commencent à arriver. Certains disparaissent, tandis que d’autres sont assassinés.

Alfred Hitchcock n’a eu de cesse et continue d’ailleurs d’inspirer les metteurs en scène. David Fincher, Clint Eastwood, Roman Polanski, Brian De Palma, Curtis Hanson, Claude Chabrol, François Truffaut, René Clément et bien d’autres ont tous un peu voire beaucoup de « Hitch » dans l’ADN de leur cinéma. Mais s’il y a bien une œuvre à laquelle on revient très souvent, et ce peu importe le type de productions (séries A, B et Z confondues donc), c’est bel et bien PsychosePsycho (1960). Le Cri des ténèbresCries in the Night, également connu sous le titre Funeral Home, n’y échappe pas. La même année que Vendredi 13Friday the 13th de Sean S. Cunningham, Le Bal de l’horreurProm Night de Paul Lynch et Le Monstre du trainTerror Train de Roger Spottiswoode, un certain William Fruet prenait les manettes de ce Cri des ténèbres, accompagné de critiques très mitigées à sa sortie (qui lui reprochaient justement de trop plagier Psychose) et qui s’est soldé par un échec commercial retentissant. Bon, il est vrai que la révélation finale fait pschitt et se devine quasiment instantanément si le spectateur possède les codes (ou même s’il n’est pas beurré) et qu’il ne se passe pas grand-chose durant 85 minutes…Néanmoins, on ne peut que constater que le réalisateur William Fruet, connu pour Week-end sauvageDeath Weekend (1976), L’Exterminateur Search and Destroy (1979) et SpasmesSpasms (1983) avec Peter Fonda et Oliver Reed, soigne ses plans et sait surtout diriger ses comédiens, tous excellents et même bien meilleurs que ceux qui peuplaient habituellement les slashers et autres films d’épouvante de l’époque. Anecdotique, mais Le Cri des ténèbres reste un divertissement honnête.

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Test DVD / Roofman, réalisé par Derek Cianfrance

ROOFMAN réalisé par Derek Cianfrance, disponible en DVD le 16 janvier 2026 chez Metropolitan Film & Video.

Acteurs : Channing Tatum, Kirsten Dunst, Peter Dinklage, Juno Temple, Ben Mendelsohn, Uzo Aduba, Emory Cohen, LaKeith Stanfield…

Scénario : Derek Cianfrance & Kirt Gunn

Photographie : Andrij Parekh

Musique : Christopher Bear

Durée : 2h

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

L’histoire vraie de Jeffrey Manchester, le voleur de McDonald’s qui a vécu dans un Toys ‘R Us pendant six mois.

Roofman, parfois exploité en France sous le titre Un voleur sur le toit, est une incroyable histoire vraie prise en main par Derek Cianfrance. Le réalisateur, révélé en 2010 avec Blue Valentine, porté aux nues par la critique avec The Place Beyond the Pines deux ans plus tard, avait déçu (euphémisme) en 2016 avec Une vie entre deux océansThe Light Between Oceans, avant de revenir avec une mini-série, chef d’oeuvre instantané et définitif, I Know This Much Is True, dans laquelle Mark Ruffalo interprétait deux frères jumeaux, rôle(s) qui lui avai(en)t valu le Golden Globe. Derek Cianfrance délaisse le spleen de ses précédents longs-métrages, avec Roofman, quand bien même subsiste une mélancolie dans l’itinéraire et le destin de son personnage principal, Jeffrey Manchester, qui a donc réellement existé. Tout ce qui est narré est dingue, mais vrai. Et c’est Channing Tatum qui incarne cet anti-héros en or, certainement le plus beau rôle du comédien. Il en a fait du chemin depuis Sexy DanceStep Up de Anne Fletcher, c’était d’ailleurs il y a vingt ans et peu misaient alors sur ses capacités d’acteur. Pourtant, les propositions intéressantes se sont multipliées, chez Michael Mann (Public Ennemies), Steven Soderbergh (Piégée, Magic Mike, Effets secondaires, Logan Lucky), Bennett Miller (Foxcatcher), Quentin Tarantino (Les Huit Salopards), les frères Coen (Ave, César!). S’il n’a jamais vraiment cassé la baraque au box-office avec un film qu’il portait sur ses épaules, les deux G.I. Joe, 21 Jump Street et sa suite, Jupiter : Le Destin de l’univers, White House Down ayant tous été de beaux succès, mais sans plus, Channing Tatum n’a eu de cesse d’étonner et conserve une cote de sympathie qui ne s’est jamais démentie. C’est encore le cas dans Roofman, dans lequel il crève l’écran comme jamais auparavant. Tour à tour drôle et pathétique, il compose un fabuleux personnage, un pauvre type revenu de l’armée, un oublié du rêve américain, qui a composé avec ce qu’il avait (un don d’observation hors du commun), pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Comédie-dramatique qui rappelle celles de l’âge d’or hollywoodien, Roofman subjugue du début à la fin et s’avère un magnifique portrait de mec lambda (ou presque), reflet d’une Amérique malade où ses habitants survivent comme ils le peuvent, avec les moyens du bord. Un immense coup de coeur.

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Test Blu-ray / Furyo, réalisé par Nagisa Ōshima

FURYO (Merry Christmas, Mr. Lawrence) réalisé par Nagisa Ōshima, disponible en DVD & Collector Blu-ray le 16 janvier 2026 chez Metropolitan Film & Video.

Acteurs : David Bowie, Tom Conti, Ryūichi Sakamoto, Takeshi Kitano, Jack Thompson, Johnny Okura, Alistair Browning, Yūya Uchida…

Scénario : Nagisa Ōshima & Paul Mayersberg, d’après deux romans de Laurens Van der Post

Photographie : Tôichirô Narushima

Musique : Ryūichi Sakamoto

Durée : 2h03

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

Java 1942 : un camp de prisonniers américains est dirigé par le capitaine Yonoi, un chef japonais à la poigne de fer. A la crainte et au mépris qu’éprouvent les prisonniers et les subalternes du capitaine à l’endroit de ce dernier, s’oppose la résistance étonnante d’un soldat anglais, Jake Celliers. Face à son attitude provocante, Yonoi devient de plus en plus sévère dans le but de faire plier le rebelle.

En (re)voyant Furyo, on se demande ce qui est le plus inoubliable. La présence de David Bowie, alors rare au cinéma ? La partition de Ryūichi Sakamoto (BAFTA Award en 1984), également présent au générique ? La violence crue de certaines scènes ? L’une des premières apparitions au cinéma de Takeshi Kitano ? L’originalité du scénario coécrit par Nagisa Ōshima (1932-2013) et Paul Mayersberg ? Tout cela en fait, quand bien même le film a vieilli sur pas mal d’aspects. Furyo est l’antépénultième long-métrage du cinéaste japonais, dont l’oeuvre magistrale, étendue sur presque quarante ans, contient des titres aussi emblématiques que Max mon amour, L’Empire des sens, Contes cruels de la jeunesse, Nuit et brouillard au Japon, pour ne citer que ceux-là, Furyo étant l’un de ses plus grands succès, avec notamment plus d’1,5 million d’entrées en France. David Bowie commence à toucher un peu plus au septième art. Depuis sa première apparition dans L’Homme qui venait d’ailleursThe Man Who Fell On Earth de Nicolas Roeg (au passage, la première critique sur Homepopcorn le 15 septembre 2016), le chanteur est apparu dans C’est mon gigoloSchöner Gigolo, armer Gigolo de David Hemmings et dans son propre rôle dans Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée…Christiane F. – Wir Kinder vom Bahnhof Zoo de Uli Edel. Coup double en 1983, il se retrouve à l’affiche des PrédateursThe Hunger de Tony Scott et dans Furyo de Nagisa Ōshima. Dans ce dernier, il est placé au même rang que l’excellent Tom Conti (qui sortait des DuellistesThe Duellists de Ridley Scott) et que Ryūichi Sakamoto, autre légende de la musique, musicien, compositeur, co-fondateur du trio Yellow Magic Orchestra, qui le fait connaître dans le monde entier. Ce dernier s’occupe de la bande originale et livre aussi une prestation particulièrement ambiguë face à son illustre partenaire. Le film s’inspire de l’histoire de Sir Laurens van der Post, prisonnier de guerre à Java (Indes orientales néerlandaises alors occupées par le Japon) pendant la Seconde Guerre mondiale, telle que relatée dans ses romans La Semence et le Semeur The Seed and the Sower (1963) et La Nuit de la nouvelle luneThe Night of the New Moon (1970). Furyo demeure une œuvre singulière, sèche, brutale, frontale, non dépourvue de longueurs certes, mais qui agit souvent comme une séance d’hypnose, tandis que le thème de l’homosexualité latente détonne évidemment dans un film de guerre. Un grand classique.

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Test 4K UHD / Bambi – La Vengeance, réalisé par Dan Allen

BAMBI: LA VENGEANCE (Bambi: The Reckoning) réalisé par Dan Allen, disponible en DVD & 4K Ultra HD + Blu-ray le 6 janvier 2026 chez Arcadès éditions.

Acteurs : Roxanne McKee, Samira Mighty, Nicola Wright, Tom Mulheron, Catherine Adams, Russell Geoffrey Banks, Joseph Greenwood, Alex Cooke…

Scénario : Rhys Warrington, d’après le roman de Felix Salten

Photographie : Vince Knight

Musique : Greg Birkumshaw

Durée : 1h20

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Après avoir vu sa mère tuée par un chasseur alors qu’il n’était qu’un faon, Bambi, un jeune cerf, perd sa compagne Faline, renversée par un camion qui transportait des déchets radioactifs. Lorsqu’il boit l’eau de la rivière, contaminé par les déchets toxiques, Bambi se transforme en une créature puissante, déterminée à se venger. Peu de temps après, Xana et son fils Benji prennent un taxi pour rejoindre le reste de leur famille pour Thanksgiving. Le véhicule est sauvagement attaqué par Bambi. Trois chasseurs se lancent alors dans la traque du grand cerf…

« Quand rien n’est pire de mourir de la peur de mourir de la mort… Quand la mort de mourir de la peur de mourir fait plus peur de périr de la mort de pourrir… de la mort… ». Réplique tirée des Dents de la mouche IV, mythique sketch des Inconnus, qui pourrait sortir tout droit de Bambi : The Recknoning ou tout simplement chez nous Bambi : La Vengeance. Il est là le nouvel opus provenant de l’univers Twisted Childhood (le TCU pour faire vite, ce qui ressemble à un virus), parfois baptisé aussi Bambi : Le Jugement, adaptation horrifique (« lol » comme disent les jeunes vieux) du roman de Felix Salten, Bambi, une vie dans les bois. Rien à voir évidemment avec le classique de Disney sorti en 1942, qui néanmoins avait réussi à traumatiser plusieurs générations de spectateurs en raison de la scène où Bambi perd sa maman… Bambi : La Vengeance intègre logiquement la franchise TCU et rejoint ainsi Winnie-the-Pooh : Blood and Honey, qui malgré des critiques très négatives avait remporté un beau succès (près de 8 millions de dollars de recette pour un budget de seulement 100.000 dollars), récolté cinq Golden Raspberry Awards (oui, bon) et donné naissance à une suite Winnie-the-Pooh: Blood and Honey 2 (qui a connu le même engouement commercial). Mais la Jagged Edge Productions et ITN Studios n’allaient pas en rester là, puisque Peter Pan’s Neverland Nightmare devait lui aussi ruer dans les brancards en 2025, tandis que Bambi préparait doucement, mais sûrement sa vengeance contre les humains qui ont tué sa môman. Et comme les épisodes précédents, Bambi : La Vengeance propose une variation monstrueuse du personnage original, qui devient un mutant sombre et meurtrier, en raison de produits toxiques déversés dans la nature. N’y allons pas par quatre chemins, nous sommes ici à mi-chemin entre le navet de compétition et le nanar anachronique, qui oscille entre la série B et la série Z, qui endort plus qu’elle ne divertit, une série BZ pour résumer. At the secours.

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Test DVD / Sorry, Baby, réalisé par Eva Victor

SORRY, BABY réalisé par Eva Victor, disponible en DVD depuis le 5 décembre 2025 chez Wild Side Video.

Acteurs : Eva Victor, Naomi Ackie, Louis Cancelmi, Kelly McCormack, Lucas Hedges, John Carroll Lynch, Hettienne Park, E.R. Fightmaster…

Scénario : Eva Victor

Photographie : Mia Cioffi Henry

Musique : Lia Ouyang Rusli

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Quelque chose est arrivé à Agnès. Tandis que le monde avance sans elle, son amitié avec Lydie demeure un refuge précieux. Entre rires et silences, leur lien indéfectible lui permet d’entrevoir ce qui vient après.

Comme chaque année, une « bombe » du cinéma indépendant américain débarque dans les salles, fait quasiment l’unanimité auprès de la critique et parvient à toucher le coeur du public. En 2025, cela aurait été le cas pour Sorry, Baby, premier long-métrage d’Eva Victor, habituellement comédienne, vue dans la série Billions, qui contient divers éléments autobiographiques. Comme son personnage Agnès, la réalisatrice a elle aussi été victime d’une agression, puis connu la guérison, et enfin une résilience inespérée. Forcément dramatique, Sorry, Baby est aussi étrangement une comédie décalée, parcourue d’un humour pince-sans-rire (qui sera toujours une bouée de sauvetage contre la folie et la violence du monde), qui apparaît comme une soupape de sécurité, nécessaire pour évacuer la pression, le mal-être, la douleur. Nous sommes ici en pleine histoire de reconstruction, thème intemporel et universel, déjà maintes fois traité au cinéma certes, mais Eva Victor parvient à tirer son épingle du jeu par son immense sensibilité. Celle-ci évite tout pathos, trouve ce parfait équilibre entre la noirceur et la gravité de son sujet, et pourtant sa forme, lumineuse, marquée par un soleil hivernal étincelant, symbolique de l’espoir, de la vie qui doit continuer, qui l’emporte sur la violence. Produit par Barry Jenkins (Moonlight, Mufasa : Le Roi Lion), Sorry, Baby est présenté en première mondiale au Festival du film de Sundance, où il remporte le prix Waldo Salt du meilleur scénariste du festival. Une autrice est née.

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