Test Blu-ray / Adorables créatures, réalisé par Christian-Jaque

ADORABLES CRÉATURES réalisé par Christian-Jaque, disponible en édition Digibook – Blu-ray + DVD + Livret le 28 octobre 2022 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Martine Carol, Danielle Darrieux, Renée Faure, Edwige Feuillère, Daniel Gélin, Antonella Lualdi, Georges Chamarat, Marie Glory, Marilyn Bufferd, Louis Seigner, Jean-Marc Tennberg, Daniel Lecourtois…

Scénario : Charles Spaak, Jacques Companéez & Christian-Jaque

Photographie : Christian Matras

Musique : Georges Van Parys

Durée : 1h49

Date de sortie initiale : 1952

LE FILM

André Noblet a vingt-trois ans. Aujourd’hui il se marie avec Catherine, une adorable créature. Ils viennent de sortir de l’église, et, dans la voiture remplie de fleurs blanches, André, éperdu de bonheur, s’écrie : « je t’aime depuis toujours, et je te le jure je n’ai jamais aimé que toi ! » « Menteur ! » murmure une voix mystérieuse. « Menteur et parjure ! » En effet, André a menti : les adorables créatures, il les a collectionnées…

En mars 2022, nous parlions de Charmants garçons (1957), réalisé par Henri Decoin, pensé comme un pendant féminin de la comédie Adorables créatures de Christian-Jaque (1904-1994), sorti cinq ans auparavant, auquel il était fait référence à la fin, en convoquant un personnage du nom d’André Noblet, héros du « premier » film. Si le metteur en scène n’est pas le même, le talentueux Charles Spaak est l’auteur des deux longs-métrages. Le scénariste du Glaive et la balance, du Dossier noir et d’Avant le déluge d’André Cayatte, de Cartouche de Philippe de Broca, de Katia de Robert Siodmak, de La Grande illusion de Jean Renoir et de Panique de Julien Duvivier s’associait pour la cinquième fois avec Christian-Jaque après avoir signé les dialogues de Sous la griffe (1935), puis les histoires de L’Assassinat du père Noël, Premier bal et D’hommes à hommes. Adorables créatures est un énorme succès en 1952, avec plus de 2,7 millions de spectateurs, année particulièrement faste, puisque pas moins de quinze longs-métrages feront entre deux et trois millions d’entrées, tandis que Le Petit Monde de Don Camillo comptera plus de douze millions de billets dès le mois de juin. Alors que Fanfan la Tulipe (du même Christian-Jaque), Les Feux de la rampe, Le Train sifflera trois fois, Jeux interdits, L’Homme tranquille, Nous sommes tous des assassins et d’autres remplissent les salles, Adorables créatures faisait aussi le plein grâce à un casting féminin de rêve, de Martine Carol à Danielle Darrieux, en passant par Renée Faure, Edwige Feuillère et Antonella Lualdi. Des actrices fantastiques qui écrasent facilement la prestation de Daniel Gélin, qui n’a jamais vraiment brillé à l’écran et dont le charisme lisse est même quelque peu moqué dès le départ à travers une succulente voix-off de Claude Dauphin. À découvrir essentiellement pour ses comédiennes en très grande forme, l’excellence des répliques et ses nombreux sous-entendus sexuels encore étonnants pour l’époque.

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Test Blu-ray / Shakespeare in Love, réalisé par John Madden

SHAKESPEARE IN LOVE réalisé par John Madden, disponible en DVD, Blu-ray et Édition Collector Blu-ray + DVD depuis le 20 avril 2022 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Joseph Fiennes, Gwyneth Paltrow, Judi Dench, Geoffrey Rush, Ben Affleck, Mark Williams, Rupert Everett, Colin Firth, Tom Wilkinson, Simon Callow…

Scénario : Alain Riou & Jean-Claude Sussfeld

Photographie : François Catonné

Musique : Claude Bolling

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 1984

LE FILM

En l’été 1593, le jeune poète et dramaturge au talent prometteur William Shakespeare, criblé de dette et harcelé par son commanditaire Henslowe, promet de lui livrer bientôt une nouvelle pièce, « Romeo et Ethel, la fille du pirate », dont il ne possède en fait que le titre. Lady Viola, qui vénère les sonnets de Shakespeare, rêve de devenir actrice, ce qui est rigoureusement interdit aux femmes. Qu’a cela ne tienne, elle se déguise en garçon et décroche le rôle de Roméo. William découvre vite l’identité de son jeune premier et en tombe follement amoureux.

7 Oscars. Autant que L’Arnaque de George Roy Hill, que Danse avec les loups, que Lawrence d’Arabie, que La Liste de Schindler, sans oublier Out of Africa, Patton, Les Plus belles années de notre vie, Le Pont de la rivière Kwaï, La Route semée d’étoiles…En 1999, Shakespeare in Love rafle en effet l’Oscar du meilleur film, celui de la meilleure actrice, celui du meilleur second rôle féminin, du meilleur scénario original, de la meilleure direction artistique, de la meilleure musique de film et des meilleurs costumes…en face du film de John Madden ? Rien de moins que La Ligne rouge The Thin Red Line de Terrence Malick, The Truman Show de Peter Weir et Il faut sauver le soldat Ryan Saving Private Ryan de Steven Spielberg…arrêtons de nous faire du mal. Succès démesuré avec cent millions de dollars de recette sur le sol américain, le double dans le reste du monde et 1,7 millions de spectateurs en France, Shakespeare in Love, produit pour 25 millions, a été le film « à la mode », celui qu’il fallait voir pour ne pas paraître largué au cours d’une discussion entre amis, le sujet allant vraisemblablement venir entre une poignée de cacahuètes et les Apéricubes. Mais aujourd’hui, qu’en reste-t-il ? Une bluette insignifiante, lénifiante, laide et neurasthénique, portée par deux acteurs qui rivalisent d’absence de charisme, tandis que leurs partenaires de renom cachetonnent et leur volent même la vedette, sans mal ceci dit, se rendant sans doute compte de la pantalonnade dans laquelle ils se sont fourrés. Si John Madden a su prouver qu’il en avait quand même sous le capot avec Capitaine Corelli, Killshot (excellente adaptation d’un roman d’Elmore Leonard), ainsi que son doublé avec Jessica Chastain, L’Affaire Rachel Singer The Debt et Miss Sloane, nous ne comprendrons jamais l’engouement, la réception et les récompenses qui ont accompagné la sortie de Shakespeare in Love au cinéma. Enfin si, la raison s’appelle Harvey Weinstein, producteur de la « bête », qui se sera transformé en rouleau compresseur pour écraser la concurrence et obtenir les faveurs des membres bien placés des diverses académies de cinéma, pour obtenir gain de cause. Découvrir Shakespeare in Love en 2022 (c’est le cas pour l’auteur de ces mots) permet « d’apprécier » ce film pour ce qu’il est, un beau et bon gros navet.

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Test Blu-ray / La Femme de ma vie, réalisé par Régis Wargnier

LA FEMME DE MA VIE réalisé par Régis Wargnier, disponible en DVD et Blu-ray depuis le 16 mars 2022 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Jane Birkin, Christophe Malavoy, Jean-Louis Trintignant, Béatrice Agenin, Dominique Blanc, Elsa Lunghini, Andrzej Seweryn, Didier Sandre, Florent Pagny…

Scénario : Catherine Cohen, Alain Le Henry, Régis Wargnier & Alain Wermus, d’après une histoire originale de Régis Wargnier

Photographie : François Catonné

Musique : Romano Musumarra

Durée : 1h42

Date de sortie initiale : 1986

LE FILM

Simon, violoniste, sombre peu à peu dans l’alcoolisme. Dans sa déchéance, il est soutenu par sa maîtresse, qui est également l’administratrice de l’orchestre dans lequel il joue. L’aide-t-elle réellement ? Ne le maintient-elle pas ainsi sous sa dépendance ? Un homme, qui a connu le même parcours que Simon, va tenter de l’aider.

Régis Wargnier (né en 1948) débute comme assistant de Michel Deville (La Femme en bleu), Claude Chabrol (Nada, Le Banc de désolation, De Grey), Valerio Zurlini (Le Désert des Tartares), Francis Girod (La Banquière, Le Grand Frère, Le Bon Plaisir), Volker Schlöndorff (Le Faussaire), Patrice Leconte (Viens chez moi, j’habite chez une copine), Alexandra Arcady (Le Grand Pardon)…un C.V. qu’il se constitue en l’espace d’une dizaine d’années. En 1986, il franchit le pas du premier long-métrage avec La Femme de ma vie, qu’il coécrit avec Catherine Cohen (Les Fauves, Indochine) et Alain Le Henry (Dernier été à Tanger, Subway, Diabolo menthe), et confie le premier rôle à Christophe Malavoy. Le comédien a alors le vent en poupe et vient tout juste d’être auréolé du César du meilleur espoir masculin pour Family Rock de José Pinheiro, ainsi que du Prix Jean-Gabin. Les tournages s’enchaînent, on le voit chez Michel Deville dans Le Dossier 51, Le Voyage en douce et bien sûr Péril en la demeure (vous voyez l’affiche ?), Patrice Leconte (Ma femme s’appelle reviens), Pierre Schoendoerffer (L’Honneur d’un capitaine) et Bob Swaim (La Balance). Sa haute silhouette élancée, ses faux airs de BHL aux sourcils plus épais, mais surtout sa puissance dramatique commencent à attirer les réalisateurs de tous bords et Régis Wargnier lui offre le rôle principal de son coup d’essai. Aujourd’hui, il semble que La Femme de ma vie soit plus connu pour la chanson qui a accompagné le film à sa sortie, T’en vas pas, immortalisée par Elsa Lunghini, alors âgée de 13 ans, qui interprète aussi à l’écran la fille de Jane Birkin, les deux reprenant d’ailleurs cet air dans le film. Elle allait devenir la plus jeune artiste à accéder à la première place du Top 50 et ce pendant deux mois, durant lesquels elle allait vendre près d’1,5 million d’exemplaires de son single. On se souvient donc moins du film lui-même, ce qui est bien dommage, car La Femme de ma vie demeure une œuvre intéressante, pas forcément réussie sur tous les points et qui a pris quelques rides, mais qui n’en reste pas moins forte dans les thèmes qu’elle aborde et grâce à l’excellence de son casting, sur lequel trône le monstre Jean-Louis Trintignant.

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Test Blu-ray / Vacances portugaises, réalisé par Pierre Kast

VACANCES PORTUGAISES réalisé par Pierre Kast, disponible en Blu-ray le 1er mai 2022 chez Studiocanal.

Acteurs : Françoise Arnoul, Michel Auclair, Jean-Pierre Aumont, Jean-Marc Bory, Françoise Brion, Catherine Deneuve, Jacques Doniol-Valcroze, Daniel Gélin…

Scénario : Pierre Kast, Alain Aptekman, Jacques Doniol-Valcroze & Robert Scipion

Photographie : Raoul Coutard

Musique : Georges Delerue

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 1963

LE FILM

Six couples amis se réunissent pour passer le week-end ensemble dans une grande et belle propriété de campagne près de Lisbonne. Les problèmes sentimentaux des uns et des autres deviennent rapidement le sujet central de leur séjour. Certains couples se défont, d’autres se découvrent sous un nouveau jour.

C’est un film dont nous ne soupçonnions même pas l’existence et ce qui frappe d’entrée de jeu en le découvrant c’est bien sûr son impressionnant casting, composé entre autres de Françoise Arnoul, Catherine Deneuve, Michel Auclair, Jean-Pierre Aumont, Daniel Gélin. D’autres sont sans doute moins connus comme Françoise Prévost (La Saignée de Claude Mulot, Les Russes ne boiront pas de Coca Cola ! de Luigi Comencini), Bernhard Wicki (La Nuit de Michelangelo Antonioni, Despair de Rainer Werner Fassbinder), Barbara Laage (Domicile conjugal de François Truffaut, Paris Blues de Martin Ritt), Michèle Girardon (La Proie pour l’ombre d’Alexandre Astruc, Hatari ! de Howard Hawks), Françoise Brion (Alexandre le bienheureux d’Yves Robert, La Traque de Serge Leroy, Nelly et Monsieur Arnaud de Claude Sautet) et Jean-Marc Bory (Le Dossier noir d’André Cayatte, Les Amants de Louis Malle, Maléfices de Henri Decoin). Du beau monde, c’est le cas de le dire, pour ce qu’on pourrait qualifier de film choral, qui mêle et entremêlent les personnages, dans une unité de lieu et de temps, au-delà des frontières françaises, où les sentiments semblent plus libres de s’exprimer. Sorti en octobre 1963, Vacances portugaises ou Les Égarements, est réalisé par Pierre Kast (1920-1984). Ancien militant communiste, mais avant tout passionné de cinéma, il parvient à devenir l’assistant du légendaire Henri Langlois à la Cinémathèque français dans les années 1940, puis écrit pour Les Cahiers du cinéma, avant de se lancer aussi dans le septième art. Il seconde ainsi Jean Grémillon (Pattes blanches, L’Étrange madame X) et René Clément (Le Château de verre, Jeux interdits) et Jean Renoir (French Cancan), puis commence à emballer quelques courts-métrages et documentaires. L’aventure du long-métrage démarre pour lui en 1957 avec Amour de poche, écrit par la célèbre France Roche, dans lequel il dirige Jean Marais, Jean-Claude Brialy et Geneviève Page. Vacances portugaises est son cinquième opus. Il en signe les dialogues et le coécrit avec Robert Scipion (Les Saintes chéries, Arsène Lupin, L’île aux trente cercueils), Alain Aptekman et surtout Jacques Doniol-Valcroze, l’un des fondateurs des Cahiers du cinéma, mais aussi acteur occasionnel vu dans Je t’aime, je t’aime d’Alain Resnais, Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles de Chantal Akerman et également réalisateur (Le Viol, L’Homme au cerveau greffé). On pourrait penser que Vacances portugaises est le témoignage d’un cinéma révolu, ce qui n’est pas le cas. Car le film de Pierre Kast pose les bases d’un genre à part entière en France, aussi bien sur le fond que sur la forme, qui sont encore adoptés de nos jours, sans doute trop, et qui apparaît toujours dans le paysage cinématographique hexagonal. Certains éléments ont bien entendu pris quelques (voire pas mal) de rides, mais le charme subsiste malgré tout, grâce notamment à la fraîcheur de son casting quatre étoiles. Si tout n’est pas non plus passionnant, il serait franchement dommage de passer à côté de cette comédie dramatico-sentimentale, sur laquelle plane un spleen enivrant, qui fait encore son effet soixante ans après.

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Test Blu-ray / Les Jeunes amants, réalisé par Carine Tardieu

LES JEUNES AMANTS réalisé par Carine Tardieu, disponible en DVD et Blu-ray le 7 juin 2022 chez Diaphana.

Acteurs : Fanny Ardant, Melvil Poupaud, Cécile de France, Florence Loiret Caille, Sharif Andoura, Sarah Henochsberg, Martin Laurent, Olenka Ilunga…

Scénario : Carine Tardieu, Raphaële Moussafir & Agnès De Sacy, d’après une histoire originale de Sólveig Anspach & Agnès De Sacy

Photographie : Elin Kirschfink

Musique : Eric Slabiak

Durée : 1h53

Date de sortie initiale : 2022

LE FILM

Shauna, 70 ans, libre et indépendante, a mis sa vie amoureuse de côté. Elle est cependant troublée par la présence de Pierre, cet homme de 45 ans qu’elle avait tout juste croisé, des années plus tôt. Et contre toute attente, Pierre ne voit pas en elle “une femme d’un certain âge”, mais une femme, désirable, qu’il n’a pas peur d’aimer. A ceci près que Pierre est marié et père de famille.

A la base des Jeunes amants, il y a la cinéaste américano-islandaise Sólveig Anspach (Haut les cœurs !, Lulu femme nue), disparue en 2015 à l’âge de 54 ans, des suites d’un cancer. La dernière histoire sur laquelle elle aura planché s’inspire en fait de la passion amoureuse et charnelle que sa mère aura vécue avec un homme plus jeune qu’elle. Le scénario est alors coécrit avec la talentueuse Agnès De Sacy (Les Envoûtés, Tout de suite maintenant, Je vous souhaite d’être follement aimé), puis proposé à l’excellente Carine Tardieu (La Tête de maman, Du vent dans mes mollets, Ôtez-moi d’un doute), qui s’est réapproprié ce récit avec sa collaboratrice Raphaële Moussafir. Cette combinaison d’immenses sensibilités ne pouvait déboucher que sur un merveilleux long-métrage, Les Jeunes amants. Portée par des acteurs en état de grâce, sur lesquels trône l’une des reines du cinéma français, Fanny Ardant (Vanessa Redgrave avait premièrement été envisagée), cette romance éclatante, solaire, universelle, foudroie l’âme et les sens du début à la fin et échappe à toutes les boursouflures dans lesquelles se vautrent habituellement, très souvent du moins, le cinéma hexagonal. Un vrai et grand coup de coeur.

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Test Blu-ray / Le Parfum d’Yvonne, réalisé par Patrice Leconte

LE PARFUM D’YVONNE réalisé Patrice Leconte, disponible en DVD et Blu-ray le 3 mai 2022 chez Rimini Editions.

Acteurs : Jean-Pierre Marielle, Hippolyte Girardot, Sandra Majani, Richard Bohringer, Paul Guers, Corinne Marchand, Philippe Magnan, Claude Derepp…

Scénario : Patrice Leconte, d’après le roman Villa triste de Patrick Modiano

Photographie : Eduardo Serra

Musique : Pascal Estève

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 1994

LE FILM

À la fin des années 50, un jeune homme qui prétend être un comte d’origine russe, tombe amoureux d’une sublime jeune femme, toujours accompagnée d’un dogue allemand et d’un vieil excentrique. Tout le monde semble avoir quelque chose à cacher…

Tango aura permis à Patrice Leconte de se remettre en selle après l’échec du Mari de la coiffeuse (350.000 entrées) sorti trois ans plus tôt. Mais la première et vraie déculottée arrivera l’année suivante pour le cinéaste avec Le Parfum d’Yvonne. Pourtant, cette fois encore rétrospectivement, le douzième long-métrage du réalisateur demeure un petit trésor caché, que l’on redécouvre totalement quand on se concentre plus attentivement sur sa filmographie, à l’instar du Nouveau Monde d’Alain Corneau ou Un, deux, trois, soleil de Bertrand Blier, par ailleurs tournés quasiment au même moment, au milieu des années 1990. Adaptation personnelle du roman Villa triste de Patrick Modiano, publié en 1975, Le Parfum d’Yvonne est et restera probablement l’un des opus les plus méconnus de Patrice Leconte, seulement vu par 160.000 spectateurs à sa sortie en mars 1994, devant s’incliner face à Sister Act, acte 2, L’Affaire Pélican d’Alan J. Pakua, La Cité de la peur d’Alain Berberian et Philiadelphia de Jonathan Demme. Rarement diffusé à la télévision, ce drame éthéré, psychologique et même existentiel, teinté d’érotisme, possède de très nombreux atouts dans sa musette et mérite donc toute l’attention du cinéphile averti, qui saura l’apprécier à sa juste valeur, puisqu’il s’agit ni plus ni moins d’une des plus grandes réussites plastiques de Patrice Leconte.

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Test Blu-ray / Le Mari de la coiffeuse, réalisé par Patrice Leconte

LE MARI DE LA COIFFEUSE réalisé Patrice Leconte, disponible en DVD et Blu-ray le 3 mai 2022 chez Rimini Editions.

Acteurs : Jean Rochefort, Anna Galiena, Roland Bertin, Maurice Chevit, Philippe Clévenot, Jacques Mathou, Claude Aufaure, Albert Delpy, Henry Hocking, Ticky Holgado, Michèle Laroque…

Scénario : Patrice Leconte & Claude Klotz

Photographie : Eduardo Serra

Musique : Michael Nyman

Durée : 1h21

Date de sortie initiale : 1990

LE FILM

Antoine a connu ses premiers émois amoureux dans le salon de coiffure de la plantureuse Madame Sheaffer. Il s’est fait une promesse : lorsqu’il sera grand, il épousera une coiffeuse. Il rencontre Mathilde, la coiffeuse de ses rêves. Le coup de foudre est réciproque.

Au début des années 1980, tout va pour le mieux pour Patrice Leconte. Les deux Bronzés ont été de grands succès au cinéma, et il entame alors plusieurs autres associations avec Michel Blanc, Viens chez moi, j’habite chez une copine, Ma femme s’appelle reviens et Circulez y’a rien à voir. 1985, le triomphe des Spécialistes (5,3 millions d’entrées) arrive à point nommé et permet au réalisateur de faire ce qu’il désire. Difficile de se lancer un nouveau challenge après avoir rassemblé autant de spectateurs dans les salles et être parvenu à s’immiscer sur la troisième marche du podium cette année-là derrière les dix millions de Trois hommes et un couffin et les 5,8 millions de Rambo 2 : la mission. Plutôt que de rechercher un succès à tout prix et facilement, le cinéaste décide d’aller au contraire vers quelque chose de diamétralement opposé, un tout petit film, une équipe réduite, une comédie mélancolique, un road-movie inattendu qui se concentre sur un nouveau duo d’acteurs, Jean Rochefort et Gérard Jugnot. Tandem est un tournant dans la carrière de Patrice Leconte, dont l’immense sensibilité éclate au grand jour, comme s’il était temps pour lui à désormais 40 ans de trouver un langage cinématographique inédit, qui exprimerait une nouvelle facette de sa personnalité. Ce merveilleux film, doux, tendre, drôle, émouvant et désabusé, pourtant optimiste, allait là aussi trouver son public, avec près de 600.000 entrées. Sur cette lancée, suivra Monsieur Hire, son sixième long-métrage avec Michel Blanc, l’un de ses chefs d’oeuvre et un pilier de sa filmographie. Sept fois nommé aux César, Monsieur Hire passera cette fois la barre des 600.000 spectateurs. Ce sera une autre paire de manches pour Le Mari de la coiffeuse, probablement son premier revers au box-office, qui parvient tout de même attire la curiosité de 360.000 français, malgré la présence en face de lui de 58 minutes pour vivre et l’arrivée imminente de Total Recall de Paul Verhoeven et celle du Château de ma mère d’Yves Robert. Rétrospectivement, Le Mari de la coiffeuse est l’un des opus les plus singuliers de son auteur, l’un des plus sensuels aussi surtout. Car ce dont on parle rarement en évoquant le cinéma de Patrice Leconte, c’est de sa façon de filmer les comédiennes, de les rendre fantasme, aussi envoûtantes qu’inaccessibles. On comprend alors encore plus le désir du personnage incarné par le monstre Jean Rochefort, de rester toute la journée dans le salon de coiffure tenu par son épouse, interprétée par Anna Galiena. Patrice Leconte convie son audience à partager un rêve pastel, érotique, charnel et passionnel de 75 minutes. Et on y plonge avec une réelle délectation.

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Test Blu-ray / Les Amants sacrifiés, réalisé par Kiyoshi Kurosawa

LES AMANTS SACRIFIÉS (Supai no tsuma – スパイの妻) réalisé par Kiyoshi Kurosawa, disponible en DVD et Blu-ray le 19 avril 2022 chez Arte Editions.

Acteurs : Yu Aoi, Issey Takahashi, Masahiro Higashide, Ryota Bando, Yuri Tsunematsu, Minosuke, Hyunri, Takashi Sasano…

Scénario : Ryusuke Hamaguchi, Kiyoshi Kurosawa & Tadashi Nohara

Photographie : Tatsunosuke Sasaki

Musique : Ryosuke Nagaoka

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 2020

LE FILM

Kobe, 1941. Yusaku et sa femme Satoko vivent comme un couple moderne et épanoui, loin de la tension grandissante entre le Japon et l’Occident. Mais après un voyage en Mandchourie, Yusaku commence à agir étrangement… Au point d’attirer les soupçons de sa femme et des autorités. Que leur cache-t-il ? Et jusqu’où Satoko est-elle prête à aller pour le savoir ?

Quand Kiyoshi Kurosawa (Au bout du monde, Cure, Kaïro, Avant que nous disparaissions, Le Secret de la chambre noire, Vers l’autre rive, Shokuzai, Tokyo Sonata…) rencontre Ryusuke Hamaguchi (Drive My Car, Asako I & II, Senses). A l’écran tout du moins, puisque le second (tout comme le coscénariste Tadashi Nohara) aura été l’étudiant du premier à l’Université des Arts de Tokyo. Les deux maîtres du cinéma japonais se trouvent réunis sur la même affiche pour Les Amants sacrifiés, mis en scène par le prolifique Kiyoshi Kurosawa, dont la filmographie avoisine la soixantaine d’oeuvres (courts/longs-métrages et séries) et écrit par Ryusuke Hamaguchi, qui signe pour la première fois un scénario réalisé par un autre cinéaste. Cette association donne naissance à un sommet d’émotions, de sensibilité à fleur de peau et de délicatesse, une élégance racée aussi bien sur le fond comme sur la forme, qui convoque à la fois le cinéma britannique et américain des années 1940-50, avec une rigueur nippone, tout en s’inscrivant parfaitement à travers ses thèmes dans la filmographie de Kiyoshi Kurosawa, où le couple, les relations entre les hommes et les femmes sont la clé de voûte. Outre ses qualités exceptionnelles, Les Amants sacrifiés a été filmé en 8K. Pour vous donner une idée de la définition de l’image, le nombre de pixels est multiplié par 4 en comparaison de l’UHD dite traditionnelle, format souhaité, pour ne pas dire imposé par la NHK, l’unique groupe audiovisuel public au Japon, qui cherchait à financer la production d’un film tourné dans la ville de Kobe, en utilisant une caméra 8K comme médium. Si le procédé a tout d’abord fait peur au réalisateur, qui craignait une image lisse artificielle, diamétralement opposée à la texture attendue pour un film d’époque, par ailleurs son premier opus historique, Kiyoshi Kurosawa a été très vite rassuré en apprenant qu’il pouvait la retravailler en post-production. Si l’on peut déplorer quelques problèmes de rythme, sans doute trop languissant, Les Amants sacrifiés hypnotise et happe le spectateur pour l’emporter dans un tourbillon de sentiments du début à la fin, jusqu’au dernier plan, absolument bouleversant. Du grand art.

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Test DVD / Meilleurs ennemis, réalisé par Peter Hutchings

MEILLEURS ENNEMIS (The Hating Game) réalisé par Peter Hutchings, disponible en DVD le 26 mai 2022 chez Metropolitan Video.

Acteurs : Lucy Hale, Austin Stowell, Damon Daunno, Sakina Jaffrey, Corbin Bernsen, Yasha Jackson, Sean Cullen, Nance Williamson…

Scénario : Christina Mengert, d’après le roman de Sally Thorne

Photographie : Noah Greenberg

Musique : Spencer David Hutchings

Durée : 1h38

Année de sortie : 2021

LE FILM

Bien décidée à réussir professionnellement sans compromettre son sens de l’éthique, Lucy se lance dans un jeu impitoyable de surenchère contre Joshua, son ambitieux collègue de bureau. Mais son attirance croissante pour cet homme qu’elle aime détester va venir compliquer leur rivalité.

Évidemment, il n’y a qu’à voir le titre ou l’affiche du film pour se dire « c’est bon, on connaît déjà la fin ». Et là dessus on ne se trompe pas. En revanche, Meilleurs ennemisThe Hating Game, adapté d’un best seller de Sally Thorne, est loin d’être une comédie romantique désagréable, grâce notamment à la pétillante et sexy Lucy Hale (née en 1989), que l’on avait découvert au cinéma en 2011 dans Scream 4 de Wes Craven, puis en 2018 dans la production Blumhouse Action ou VéritéTruth or Dare de Jeff Wadlow. Mais c’est à la télévision que la consécration se fera pour elle, avec la série Privileged, et surtout Pretty Little Liars, où elle interprète le rôle d’Aria Montgomery au fil des sept saisons et de ses 160 épisodes. Également invitée sur la série Riverdale, de laquelle découlera celle de Katy Keene, centrée sur son personnage, Lucy Hale démontre un vrai talent comique dans Meilleurs ennemis, un petit côté burlesque, un impressionnant débit à la mitraillette, le tout avec un sourire dévastateur et des yeux de velours. Elle donne ici la réplique – parfois bien vacharde – à Austin Stowell, révélé en 2011 grâce au succès inattendu de L’Incroyable Histoire de Winter le dauphinDolphin Tale de Charles Martin Smith, qui sera ensuite repéré chez Damien Chazelle (Whiplash), Steven Spielberg (Le Pont des espions), Simon West (Stratton) et Nacho Vigalondo (Colossal). L’alchimie est bien présente entre les deux acteurs, qui s’en donnent à coeur joie dans ce jeu du chat et de la souris, une guéguerre des sexes légère, une partie de ping-pong verbal sans grande surprise, mais bien rythmée, drôle, piquante, où le charme de ses interprètes agit facilement. On passe un bon moment et c’est déjà ça.

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Test Blu-ray / Julie (en 12 chapitres), réalisé par Joachim Trier

JULIE (EN 12 CHAPITRES) (Verdens verste menneske) réalisé par Joachim Trier, disponible en DVD et Blu-ray le 15 mars 2022 chez Memento Films.

Acteurs : Anders Danielsen Lie, Renate Reinsve, Maria Grazia Di Meo, Mia McGovern Zaini, Herbert Nordrum, Hans Olav Brenner, Helene Bjørneby, Sofia Schandy Bloch, Savannah Marie Schei…

Scénario : Joachim Trier & Eskil Vogt

Photographie : Kasper Tuxen

Musique : Ola Fløttum

Durée : 2h08

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

Oslo, de nos jours. Julie est une jeune femme pleine de ressource, mais à 30 ans, elle cherche encore sa voie. Bien qu’heureuse avec Aksel, un dessinateur à succès, aimant et protecteur, elle refuse l’enfant qu’il désire. Quand Julie le quitte pour Eivind, elle espère, une fois de plus, commencer une nouvelle vie.

Si son premier long-métrage Nouvelle donneReprise date de 2006, le réalisateur Joachim Trier (né en 1974) se fait remarquer par la critique et le public dès son second film, Oslo, 31 août – Oslo, 31. august, qui sort cinq ans plus tard. Inspiré du roman Le Feu Follet, écrit par Pierre Drieu La Rochelle en 1931, qui avait déjà connu une adaptation en 1963 par Louis Malle (avec Maurice Ronet), Oslo, 31 août est une oeuvre aérienne qui s’intéressait entre autres (mais pas seulement) à la réinsertion des anciens drogués. Sujet de société tabou et d’actualité (les trafics illicites se multipliaient alors en Norvège), Oslo, 31 août était un film documenté, d’une extrême sensibilité, illuminé par l’intense interprétation d’Anders Danielsen Lie, que Trier avait déjà dirigé Nouvelle donne. Depuis, le metteur en scène a très largement confirmé son talent, avec Back Home (2015), porté par un casting international (Isabelle Huppert, Jesse Eisenberg, Gabriel Byrne, Amy Ryan, David Strathairn), ainsi que Thelma (2017), qui racontait l’histoire d’une jeune étudiante norvégienne issue d’une famille très religieuse, qui s’installait à Oslo pour ses études, où elle tombait amoureuse d’une de ses camarades et découvrait qu’elle possèdait des pouvoirs surnaturels. Il faudra ajouter à ces réussites, Julie (en 12 chapitres)Verdens verste menneske, coécrit avec le fidèle Eskil Vogt, dont le titre original signifie « le pire être humain au monde ». Ce cinquième opus de Joachim Trier a été vendu comme une comédie romantique, je rajouterai tout de même comédie-dramatique romantique, étant donné que le dernier acte du film nous emmène vers une sous-intrigue insoupçonnée qui détonne avec ce qui a précédé. Mais Julie (en 12 chapitres), à ne pas confondre avec le merveilleux Julie en juillet Im Juli. (2000) de Fatih Akin, c’est avant tout la découverte d’une magnifique comédienne, dont on tombe pour ainsi dire instantanément amoureux, Renate Reinsve, qui apparaissait au générique d’Oslo, 31 août dix ans auparavant, dans la scène de la piscine, où elle faisait d’ailleurs ses premiers pas devant la caméra. Elle accède désormais au haut de l’affiche et s’est vue décerner le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 2021 pour sa prestation pour cette chronique irrésistible, qui nous ravit le coeur et nous émeut aux larmes.

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