Test Blu-ray / La Vérité, réalisé par Hirokazu Kore-Eda

LA VÉRITÉ réalisé par Hirokazu Kore-Eda, disponible en DVD et Blu-ray chez Le Pacte le 20 mai 2020.

Acteurs : Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Ethan Hawke, Clémentine Grenier, Manon Clavel, Alain Libolt, Christian Crahay, Roger Van Hool…

Scénario : Hirokazu Kore-Eda

Photographie : Eric Gautier

Musique : Alexei Aigui

Durée : 1h47

Date de sortie initiale : 2019

LE FILM

Grande star de cinéma, Fabienne change la perception que le public a d’elle en publiant ses mémoires. À sa demande, sa fille installée aux États-Unis revient en France avec sa famille. La relation entre les deux femmes a toujours été difficile, et les retrouvailles vont être douloureuses.

Né en 1962, le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda multi-récompensé pour After Life (1998), Nobody Knows (2004), Still Walking (2008), Tel père, tel fils (2013), Notre petite sœur (2015) et bien d’autres aura remporté le Saint Graal en 2018, la tant convoitée Palme d’or au Festival de Cannes, avec Une affaire de famille, magnifique chronique douce-amère qui réconciliait enfin le cinéma d’auteur avec le cinéma populaire, surtout un an après le calamiteux The Square du suédois Ruben Östlund. La Vérité est son premier film étranger et tourné dans une langue qui n’est pas la sienne, dont la genèse remonte à une dizaine d’années, quand Juliette Binoche avait souhaité le rencontrer et émis le vœu de collaborer avec lui. Quelques années ont passé, mais Hirokazu Kore-eda n’a pas oublié cette entrevue. Le scénario de La Vérité a réellement pris forme en 2018, d’après une pièce de théâtre qu’il avait commencée et qui se déroulait une nuit dans la loge d’une comédienne de théâtre en fin de carrière. Le réalisateur avait ensuite convaincu Catherine Deneuve de porter le film aux côtés de Juliette Binoche, tout en étant consciente de la dimension (faussement) méta de l’histoire qui tourne autour de la légende d’une des plus grandes comédiennes françaises. S’il n’atteint pas les sommets de ses œuvres précédentes, Hirokazu Kore-eda se fond parfaitement dans le moule du cinéma européen, en s’inspirant notamment des œuvres d’Eric Rohmer (la belle photo argentique d’Eric Gautier va clairement dans ce sens) et d’Ingmar Bergman, mais ne renie pas son immense sensibilité, son ironie et son humour mordant. La Vérité s’intègre donc parfaitement au sein de sa filmographie.

Fabienne, icône du cinéma, est la mère de Lumir, scénariste à New York. La publication des mémoires de cette grande actrice incite Lumir et sa famille à revenir dans la maison de son enfance. Mais les retrouvailles vont vite tourner à la confrontation : vérités cachées, rancunes inavouées, amours impossibles se révèlent sous le regard médusé des hommes. Fabienne est en plein tournage d’un film de science-fiction où elle incarne la fille âgée d’une mère éternellement jeune. Réalité et fiction se confondent obligeant mère et fille à se retrouver…

S’il s’égare parfois, notamment quand il aborde le tournage du film de science-fiction de Fabienne, et si les rapports entre la mère et sa fille peuvent être douloureux, Hirokazu Kore-eda, également scénariste et monteur, signe un film optimiste et lumineux. Dans son dernier long métrage, le cinéaste croisait plusieurs portraits de marginaux. Ici, Fabienne et Lumir sont séparées par l’océan Atlantique et le lien qui les unit semble fragile et élimé. Les non-dits, les frustrations, les reproches, les déceptions se ressentent tout du long, notamment quand une certaine Sarah est évoquée. A l’heure où les mémoires de Fabienne sortent dans les librairies, c’est aussi pour cette dernière le moment de dresser un bilan, surtout quand sa fille découvre le livre une fois terminé et les quelques arrangements faits avec les évènements qui sont racontés au fil des pages. Mauvaise mère, mauvaise amie, Fabienne a préféré être la meilleure actrice, quitte à trahir les siens. Mais le poids de la culpabilité est difficile à porter, d’autant plus avec les années qui ont passé et Fabienne, arrivée au crépuscule de sa vie, se retrouve face à elle-même et Lumir.

Dans La Vérité, l’émotion est distillée au compte-gouttes, progressivement, lentement, le feu est présent chez les protagonistes, mais dissimulé, progressivement attisé comme des braises au fur et à mesure des diverses confrontations. Jusqu’à l’explosion des sentiments dans le dernier acte, poignant, durant lequel la sublime Juliette Binoche se transforme devant les yeux des spectateurs en petite fille blottie dans les bras de sa mère. La présence au générique de l’américain Ethan Hawke, dans le rôle d’un acteur de seconde zone, est plus anecdotique et sert surtout de prétexte pour l’exportation du film. S’il est impeccable, ses scènes se résument souvent à jouer avec les enfants, tout en acquiesçant à tout ce que son entourage lui dit en français, même s’il est évident qu’il ne comprend rien à ce qu’il entend. Il est vrai aussi qu’en dépit de la jolie participation de leurs partenaires, Alain Libolt, Christian Crahay, sans oublier la petite et lumineuse Clémentine Grenier, nous n’avons d’yeux que pour les deux icônes et stars du cinéma français. Réunies pour la première fois, les deux comédiennes crèvent l’écran. Avec près de 150 films à son palmarès, Catherine Deneuve trône sur ce film de façon impériale et livre une prestation ambiguë et dont le personnage préserve encore quelques zones d’ombre à la fin du film. Quant à Juliette Binoche, sa beauté, son élégance, son sourire et ses yeux nimbés de larmes dans la dernière scène arrachent celles des spectateurs qui ne peuvent être que subjugués et conquis.

Cette nouvelle fable familiale est au final une nouvelle réussite pour Hirokazu Kore-eda, qui prolonge ainsi ses thèmes de prédilection, dont le mensonge et la difficulté d’être parents, avec cette délicatesse qui lui est propre. Un défi relevé haut la main.

LE BLU-RAY

Disponible chez Le Pacte depuis le 20 mai 2020, La Vérité est proposé en DVD et en Blu-ray. Le visuel reprend celui de l’affiche française d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Le premier supplément donne la parole à Hirokazu Kore-eda (9’30). Remerciant tout d’abord les spectateurs français, qui ont toujours accueilli ses films chaleureusement, le réalisateur revient sur la genèse de La Vérité, liée à sa rencontre avec Juliette Binoche, puis sur l’évolution de l’histoire au fil des ans, jusqu’à la concrétisation du projet. Le cinéaste évoque également les conditions de tournage, le jeu des comédiens, comment il a pu diriger les acteurs avec l’aide de son interprète, sa collaboration avec le chef opérateur Eric Gautier et le compositeur Alexei Aigui, ainsi que les partis pris esthétiques avec le choix d’un tournage en pellicule.

S’ensuit un making of de 20 minutes, constitué bien évidemment d’images de tournage, mais aussi de la préparation de Hirokazu Kore-eda quelques jours ou quelques semaines avant le début des festivités, où il prépare soigneusement son découpage, ainsi que son storyboard. Ou comment un cinéaste japonais, ne parlant même pas anglais, se retrouve quelque peu perdu dans la capitale à diriger une équipe 100 % française, dans une langue qu’il ne comprend pas. Une vraie plongée dans le processus créatif du réalisateur, à ne pas manquer.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

L’éditeur frôle la perfection avec ce superbe master HD. Les couleurs automnales sont riches (les verts sont sublimes), magnifiques, bigarrées à souhait. L’image affiche une clarté constante. Seules les scènes en basse lumière ou d’intérieur affichent une perte de la définition avec notamment un grain argentique plus appuyé, le film ayant été tourné en pellicule.

L’éditeur joint une piste DTS HD Master Audio 5.1 qui instaure une spatialisation délicate, mais anecdotique. Les ambiances naturelles et les effets annexes sont plutôt rares et la scène acoustique reste essentiellement frontale, sauf sur les séquences en extérieur. De ce point de vue il n’y a rien à redire, les enceintes assurent tout du long, les dialogues étant quant à eux exsudés avec force par la centrale. La Stéréo n’a souvent rien à envier à la 5.1. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également de la partie, ainsi qu’une piste en Audiodescription.

Crédits images : © Le Pacte / L.Champoussin / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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