Test DVD / Terminal Sud, réalisé par Rabah Ameur-Zaïmeche

TERMINAL SUD réalisé par Rabah Ameur-Zaïmeche, disponible en DVD le 12 mai 2020 chez Potemkine Films.

Acteurs : Ramzy Bédia, Amel Brahim-Djelloul, Slimane Dazi, Salim Ameur-Zaïmeche, Nabil Djedouani, Nacira Guénif-Souilamas, Marie Loustalot, Grégoire Pontécaille…

Scénario : Rabah Ameur-Zaïmeche

Photographie : Camille Clément, Irina Lubtchansky

Musique : Grégoire Pontécaille

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 2019

LE FILM

Dans un pays plongé dans un climat d’insécurité et de conflit armé, un médecin tente malgré tout d’accomplir son devoir au sein d’un centre hospitalier, jusqu’au jour où son destin bascule…

Terminal Sud est le sixième long métrage du réalisateur algérien Rabah Ameur-Zaïmeche (né en 1968), découvert en 2001 avec Wesh Wesh, qu’est-ce qui se passe ?, auréolé du prix Louis-Delluc du premier film. Très vite, le cinéaste est soutenu par la critique et les festivals du monde entier, à l’instar de son second film, Bled Number One (2006), sélectionné dans la catégorie Un certain regard et qui repart avec le Prix de la jeunesse au Festival de Cannes. Deux ans plus tard, Dernier Maquis est à nouveau sélectionné sur la Croisette dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs. En 2011, Les Chants de Mandrin se voit couronner par le prix Jean-Vigo. Son cinquième long métrage, Histoire de Judas, est sélectionné au Forum du nouveau cinéma du Festival de Berlin et reçoit le Prix du Jury œcuménique en 2015. Nous en venons donc à Terminal Sud. C’est la première fois que Rabah Ameur-Zaïmeche n’apparaît pas à l’écran dans un film qu’il met en scène. Il offre à Ramzy Bedia – qui faisait déjà une apparition dans Bled Number One – un rôle qui restera probablement l’un des plus beaux de sa carrière et avec lequel le comédien confirme son talent dramatique deux ans après sa belle prestation dans Une vie ailleurs d’Olivier Peyon, dans lequel il donnait la réplique à Isabelle Carré. En dehors du prologue, tendu et qui instaure d’emblée une atmosphère trouble et ambiguë, Ramzy Bedia est de tous les plans et ne cesse d’épater jusqu’au dénouement optimiste et solaire.

Rabah Ameur-Zaïmeche joue avec les genres, en passant du thriller au drame politique, souvent viscéral comme un vrai film de guerre, et le fait d’inscrire son récit dans un pays indéterminé, jamais nommé et sans repère temporel, donne à l’ensemble à un aspect dystopique. Forcément inspiré par les tristement célèbres Années noires en Algérie, durant lesquelles le cinéaste, alors étudiant à Paris, a vu des milliers de jeunes de sa génération être sacrifiés dans une guerre fratricide extrêmement violente, Terminal Sud est la résultante de la guerre civile algérienne. Une décennie noire, celle du terrorisme, les années de plomb ou les années de braise. Un conflit qui opposa le gouvernement algérien, disposant de l’Armée nationale populaire (ANP), et divers groupes islamistes à partir de 1991, jusqu’en 2002. Dès la première scène, le cinéaste plonge son audience dans l’angoisse d’un petit groupe qui se voit stopper par un barrage routier, dressé par une autorité indéterminée et menaçante, que rien n’indique être officielle. Les fouilles au corps sont omniprésentes, certains se font descendre en pleine rue d’une balle dans la nuque parce qu’ils protestent, comme les journalistes, ou se font renvoyer, arrêter et torturer car jugés trop neutres. C’est le cas de ce médecin interprété par Ramzy Bedia, qui se demande comment un pays a pu en arriver là, à soupçonner un homme exerçant sa profession de médecin. Ayant prêté le serment d’Hippocrate, ce dernier tente de son côté d’anesthésier sa lucidité par l’alcool quant à la violence et la situation de son pays en pleine implosion. La cinquantaine approchante, Ramzy Bedia s’est étoffé, dans tous les sens du terme. Son charisme s’est développé, son talent est indéniable et il bouffe l’écran comme rarement auparavant.

Rabah Ameur-Zaïmeche évite les séquences trop difficiles, du moins frontalement, comme celles où le médecin se fait torturer, préférant faire passer la tension et l’émotion par l’installation des objets électrifiés et les cris de douleur entendus hors-champ. La scène d’humiliation subie par le médecin qui s’ensuit, avec Ramzy Bedia face à Régis Laroche dans le rôle de l’officier tortionnaire, prend littéralement aux tripes. Terminal Sud est un signal d’avertissement quant à la montée de l’oppression et des extrêmes dans certains pays du monde, et montre quelque part que ce que l’on pouvait considérer comme étant de la science-fiction et de l’anticipation est malheureusement devenu réaliste et surtout à conjuguer au présent.

LE DVD

Terminal Sud est disponible en DVD depuis 12 mai 2020 chez Potemkine Films. Le visuel reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

L’interview de Ramzy Bedia (10’), réalisée en novembre 2019 à l’occasion de la sortie du film, dévoile l’investissement du comédien et son étroite collaboration avec le réalisateur Rabah Ameur-Zaïmeche. Il y évoque leur rencontre et leur première association sur Bled Number One, avant d’en venir sur sa préparation pour ce rôle de médecin dans Terminal Sud. La psychologie du personnage y est notamment longuement abordée.

Ensuite, l’éditeur nous propose de découvrir un entretien avec le réalisateur Rabah Ameur-Zaïmèche par Vincent Poli (Vive le cinéma !, Beau temps mais orageux, Aligre FM, 2019, 52’). Un long échange enregistré dans les locaux de la société de production du cinéaste, qui développe son processus créatif, ainsi que ses intentions, ses partis pris, son travail avec Ramzy Bedia, les conditions de tournage, etc.

L’Image et le son

Point d’édition HD pour Terminal Sud, mais cela n’est pas trop grave puisque le DVD concocté par Potemkine Films s’avère de fort bon acabit. La copie est très propre et claire, avec un cadre qui fourmille de détails. La photo fait la part belle aux teintes chatoyantes, ambrées et solaires, les contrastes sont denses et le piqué joliment acéré. Seul petit bémol au niveau des scènes nocturnes, moins précises que le reste. Sinon, la profondeur de champ est éloquente et ce DVD demeure très beau.

Au rayon acoustique, il va sans dire que la piste Dolby Digital 5.1 est à privilégier. Les enceintes sont mises à contribution avec des frontales qui délivrent des effets précis et immersifs, des dialogues clairs sur la centrale, des latérales qui distillent quelques atmosphères palpables. Les ambiances annexes en extérieur apportent également leur lot de satisfaction. La piste 2.0 est tout aussi dense et excellente. A noter la présence de sous-titres disponibles pour les spectateurs sourds et malentendants, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Potemkine Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.