Test Blu-ray / Profession du père, réalisé par Jean-Pierre Améris

PROFESSION DU PÈRE réalisé par Jean-Pierre Améris, disponible en DVD et Blu-ray le 7 décembre 2021 chez Ad Vitam.

Acteurs : Benoît Poelvoorde, Audrey Dana, Jules Lefebvre, Tom Lévy, Nicolas Bridet, Martine Schambacher, Jean-Michel Molé, Eric Verdin…

Scénario : Jean-Pierre Améris, d’après le roman de Sorj Chalandon

Photographie : Pierre Milon

Durée : 1h46

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

Emile, 12 ans, vit dans une ville de province dans les années 1960, aux côtés de sa mère et de son père. Ce dernier est un héros pour le garçon. Il a été à tour à tour était chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Église pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle. Et ce père va lui confier des missions dangereuses pour sauver l’Algérie, comme tuer le général.

Troisième collaboration entre Jean-Pierre Améris et Benoît Poelvoorde après Les Émotifs anonymes (2010) et Une famille à louer (2015), Profession du père est l’adaptation du roman homonyme de Sorj Chalandon, récit inspiré de l’enfance de l’écrivain. L’affiche n’est pas du tout représentative du film. Si vous pensez qu’il s’agit d’une comédie douce et tendre, détrompez-vous. Profession du père est un drame sombre et même parfois violent, où la mythomanie d’un père va bouleverser l’existence de son petit garçon. A travers cette histoire quasi-autobiographique, le réalisateur a su également reconnaître quelques pans de sa propre vie et n’a d’ailleurs pas hésité à tourner son film à Lyon, ville où il est né. On est tout d’abord surpris en découvrant l’atmosphère (faussement) légère de Profession du père, cette famille visiblement équilibrée avec une mère attentionnée (merveilleuse Audrey Dana), un père débordant d’énergie et leur fils Emile tout mignon. Seulement voilà, le paternel, ancien soldat de la Seconde Guerre mondiale et anti-gaulliste, va se perdre petit à petit dans ses délires ambigus et mensonges récurrents, jusqu’à entraîner Emile dans ses dérives et ses conspirations, dont le but ultime serait d’éliminer le chef de l’état. Profession du père dresse à la fois le portrait d’un homme au bout du rouleau et celui d’un garçon, partagé entre la fascination et le dégoût pour celui qui lui sert alors de modèle. S’il n’a connu aucun succès dans les salles avec 37.500 entrées au compteur, il serait dommage de passer à côté de ce film étonnant.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Profession du père, réalisé par Jean-Pierre Améris »

Test Blu-ray / Rouge, réalisé par Farid Bentoumi

ROUGE réalisé par Farid Bentoumi, disponible en DVD et Blu-ray le 7 décembre 2021 chez Ad Vitam.

Acteurs : Zita Hanrot, Sami Bouajila, Céline Sallette, Olivier Gourmet, Henri-Noël, Tabary Alka Balbir, Thierry Rousset, Laurent Crozet…

Scénario : Farid Bentoumi, Samuel Doux, Audrey Fouché & Gaëlle Macé

Photographie : Georges Lechaptois

Musique : Pierre Desprats

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

Nour vient d’être embauchée comme infirmière dans l’usine chimique où travaille son père, délégué syndical et pivot de l’entreprise depuis toujours. Alors que l’usine est en plein contrôle sanitaire, une journaliste mène l’enquête sur la gestion des déchets. Les deux jeunes femmes vont peu à peu découvrir que cette usine, pilier de l’économie locale, cache bien des secrets. Entre mensonges sur les rejets polluants, dossiers médicaux trafiqués ou accidents dissimulés, Nour va devoir choisir : se taire ou trahir son père pour faire éclater la vérité.

De Farid Bentoumi, on connaissait le premier long-métrage Good Luck Algeria (2015), déjà avec Sami Bouajila en tête d’affiche, ainsi que ses diverses apparitions en tant que comédien, aussi bien à la télévision (Munch, Il a déjà tes yeux) qu’au cinéma (Notre univers impitoyable, Loue-moi !). Avec son deuxième film, Rouge, le réalisateur signe un véritable petit coup de maître, un drame percutant sur un scandale sanitaire, genre plutôt rare en France et habituellement une spécialité du cinéma hollywoodien avec des œuvres comme Erin Brockovich de Steven Soderbergh, Dark Waters de Todd Haynes, Révélations de Michael Mann, Préjudice de Steven Zaillian. Si le thème a donné naissance à de multiples documentaires dans nos contrées, le cinéma est très souvent resté frileux. Rouge se démarque donc d’emblée et non seulement Farid Bentoumi aborde son récit avec sérieux et intelligence, mais il le fait avec une épatante et rare virtuosité. Thriller dramatique et psychologique, tendu comme un arc du début à la fin, merveilleusement interprété par des comédiens exceptionnels, Rouge, tiré de faits réels, est un des grands films de l’année 2021. Ni plus ni moins.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Rouge, réalisé par Farid Bentoumi »

Test Blu-ray / Des hommes, réalisé par Lucas Belvaux

DES HOMMES réalisé par Lucas Belvaux, disponible en DVD et Blu-ray le 5 octobre 2021 chez Ad Vitam.

Acteurs : Gérard Depardieu, Catherine Frot, Jean-Pierre Darroussin, Yoann Zimmer, Félix Kysyl, Édouard Sulpice, Fleur Fitoussi, Ahmed Hammoud…

Scénario : Lucas Belvaux, d’après le roman de Laurent Mauvignier

Photographie : Guillaume Deffontaines

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

Ils ont été appelés en Algérie au moment des « événements » en 1960. Deux ans plus tard, Bernard, Rabut, Février et d’autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies. Mais parfois il suffit de presque rien, d’une journée d’anniversaire, d’un cadeau qui tient dans la poche, pour que quarante ans après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier.

Cinéaste moraliste, mais jamais moralisateur, Lucas Belvaux n’a eu de cesse à travers ses films d’explorer les thèmes qui lui sont chers comme le mensonge, la lâcheté, le couple, la peur, les souvenirs, la culpabilité, en confrontant souvent deux êtres que tout oppose. Le réalisateur a su trouver plusieurs accroches liées à son cinéma dans le roman de Laurent Mauvignier (publié en 2009), Des hommes, lauréat à sa sortie du prix Virilo et celui des libraires. Des films sur la guerre d’Algérie, il en existe une flopée et ce depuis la fin des années 1950. On peut citer en vrac Le Petit Soldat (1960, mais interdit jusqu’en 1963) de Jean-Luc Godard, Adieu Philippine (1962) de Jacques Rozier, La Belle Vie (1964) de Robert Enrico, Muriel ou le Temps d’un retour (1964) d’Alain Resnais, Les Parapluies de Cherbourg (1964) de Jacques Demy, La Bataille d’Alger (1966) de Gillo Pontecorvo, R.A.S. (1973) d’Yves Boisset, et plus proche de nous La Trahison (2006) de Philippe Faucon, Mon colonel (2006) de Laurent Herbiet, L’Ennemi intime (2007) de Florent-Emilio Siri, Cartouches gauloises (2008) de Mehdi Charef et Loin des hommes (2014) de David Oelhoffen. Donc oui, le sujet n’a jamais été écarté du cinéma, bien au contraire. Pour Des hommes, Lucas Belvaux dévoile ce qui se cache derrière les silences, dissèque le traumatisme d’une poignée de personnages, un en particulier, celui de Bernard alias Feu-de-Bois, magistralement interprété par Gérard Depardieu, qui retrouve de sa superbe ici, comme dernièrement dans Les Confins du monde de Guillaume Nicloux et de Fahim de Pierre-François Martin-Laval. Magnétique, magnifique, imposant (euphémisme) au sens propre comme au figuré, le comédien crève l’écran du haut de ses 71 ans, et livre une fantastique prestation. Face à lui, Catherine Frot et Jean-Pierre Darroussin ne sont pas en reste et l’on remarquera aussi la participation du jeune acteur belge Yoann Zimmer, dont nous avions déjà croisé le visage dans Été 85 de François Ozon, La Fille inconnue des frères Dardenne et Les Fauves de Vincent Mariette.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Des hommes, réalisé par Lucas Belvaux »

Test Blu-ray / Doubles vies, réalisé par Olivier Assayas

DOUBLES VIES réalisé par Olivier Assayas, disponible en DVD et Blu-ray le 7 janvier 2020 chez Ad Vitam

Acteurs : Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne, Nora Hamzawi, Christa Théret, Pascal Greggory, Lionel Dray, Sigrid Bouaziz, Laurent Poitrenaux…

Scénario : Olivier Assayas

Photographie : Yorick Le Saux

Durée : 1h47

Date de sortie initiale : 2019

LE FILM

L’éditeur Alain Danielson, ami de l’écrivain Léonard Spiegel, décide de ne pas éditer son dernier livre. Pour quelle raison ? Peut-être parce que Léonard n’écrit que de l’autofiction vaguement maquillée en roman et que les personnages qui l’inspirent sont ses amis et sa maîtresse et que la maîtresse de l’un peut être la femme de l’autre…

Souvent porté par la critique, le réalisateur Olivier Assayas est habituellement représentatif d’un cinéma bourgeois, parisien, avec tous les poncifs qui l’accompagnent. S’il n’y a rien à redire sur sa sensibilité, sa mise en scène inodore-incolore-invisible ennuie la plupart du temps et donne l’impression de se regarder le nombril en attendant les éloges des Inrockuptibles. Evidemment, certains titres sortent du lot comme Clean (2004), qui avait valu à Maggie Cheung le Prix d’interprétation féminine à Cannes, sans aucun doute l’un des films les plus attachants d’Olivier Assayas, ou bien encore la mini-série Carlos (2010), percutante adaptation de la vie du terroriste. Ses deux collaborations avec Kristen Stewart, Sils Maria (2014) et Personnal Shopper (2016) ont une fois de plus irrité les allergiques à son cinéma poseur, même si le second était plus réussi et moins pédant. Nous n’attendions donc pas forcément (euphémisme) le retour du cinéaste derrière la caméra. Doubles vies est une petite surprise car il s’agit d’une comédie, intello certes, mais quand même. On a l’impression que le réalisateur âgé aujourd’hui de 65 ans, même s’il en paraît quinze de moins au bas mot, a voulu lâcher du lest et s’amuser. Toutes proportions gardées bien évidemment. Néanmoins, Doubles vies peut se voir comme la relecture d’un boulevard, un bo-bolevard pourrait-on dire, qui mixe beaucoup de choses, sans doute trop. Une réflexion sur le devenir du monde de l’édition et du livre, des tromperies à droite à gauche où les potes couchent avec la femme de l’autre pour oublier l’ennui, la communication dans le couple. Le casting est attractif, les comédiens sont qui plus est bien dirigés, les sujets de société abordés peuvent manquer de naturel mais n’en demeurent pas moins intéressants et la légèreté désirée par l’auteur fonctionne plutôt bien. En dehors de diverses longueurs et digressions, Doubles vies est étonnamment divertissant.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Doubles vies, réalisé par Olivier Assayas »

Test Blu-ray / Atlantique, réalisé par Mati Diop

ATLANTIQUE réalisé par Mati Diop, disponible le 4 février 2020 en DVD et Blu-ray chez Ad Vitam.

Acteurs : Abdou Balde, Aminata Kane, Ibrahima Mbaye, Amadou Mbow, Mame Bineta Sane, Diankou Sembene, Nicole Sougou, Babacar Sylla…

Scénario : Mati Diop, Olivier Demangel

Photographie : Claire Mathon

Musique : Fatima Al Qadiri

Durée : 1h44

Année de sortie : 2019

LE FILM

Ada, qui va bientôt se marier avec Omar, immigré régulier en Italie, est amoureuse de Souleiman. Tous deux doivent se retrouver ce soir-là, avec les autres garçons et filles, dans une boîte de nuit de bord de mer. Mais Souleiman décide de quitter le pays en embarquant sur l’océan.

Pour son premier long métrage en tant que réalisatrice, la comédienne Mati Diop, vue dans 35 rhums (2008) de Claire Denis est repartie avec le Grand Prix au Festival de Cannes en 2019. Une récompense prestigieuse qui est venue distinguer très justement cette œuvre quasi-inclassable, mais néanmoins engagée, à la frontière de plusieurs genres, qui a des choses à dire, mais qui préfère en même temps faire confiance au ressenti du spectateur, pour ne pas lui servir un discours politique tout cuit dans le bec. Tout cela en flattant une audience cinéphile et même cinéphage en plaçant son histoire dans le film de genre, et plus particulièrement dans le film de zombies. Atlantique est typique d’une première œuvre, riche, peut-être et sans doute trop, dans laquelle Mati Diop place tout ce dont elle a envie de parler. En résulte un film qui peut parfois sembler bancal, traversé néanmoins par de remarquables fulgurances dramatiques, magnifiquement photographié et surtout interprété par une jeune comédienne en état de grâce, la révélation Mame Bineta Sané, en lice pour obtenir le César du Meilleur espoir féminin.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Atlantique, réalisé par Mati Diop »

Test Blu-ray / Une fille facile, réalisé par Rebecca Zlotowski

UNE FILLE FACILE réalisé par Rebecca Zlotowski, disponible le 21 janvier 2020 en DVD et Blu-ray chez Ad Vitam.

Acteurs : Mina Farid, Zahia Dehar, Benoît Magimel, Nuno Lopes, Clotilde Courau, Loubna Abidar, Lakdhar Dridi, Henri-Noël Tabary…

Scénario : Rebecca Zlotowski, Teddy Lussi-Modeste

Photographie : Georges Lechaptois

Durée : 1h32

Année de sortie : 2019

LE FILM

Naïma a 16 ans et vit à Cannes. Alors qu’elle se donne l’été pour choisir ce qu’elle veut faire dans la vie, sa cousine Sofia, au mode de vie attirant, vient passer les vacances avec elle. Ensemble, elles vont vivre un été inoubliable.

Révélée en 2010 avec son premier long métrage Belle épine, son projet de fin d’étude à La Fémis et Prix Louis-Delluc du meilleur premier film, la réalisatrice Rebecca Zlotowski, née en 1980, a très vite confirmé son univers singulier, son écriture ciselée et son solide bagage technique avec ses films suivants, Grand Central (2013), porté par Léa Seydoux et Tahar Rahim, présenté en sélection officielle au festival de Cannes dans la catégorie Un certain regard, puis Planetarium (2016), coécrit avec Robin Campillo, interprété par Natalie Portman et Lily-Rose Depp. Lorsqu’Une fille facile, le quatrième film de la cinéaste avait été annoncé dans la presse, avec l’ancienne escort-girl Zahia Dehar en tête d’affiche, il y avait de quoi laisser perplexe, y compris quand le film a ensuite été sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs pour le Festival de Cannes de 2019. La surprise est finalement de taille, car Une fille facile est un conte d’été qui ne joue pas gratuitement avec l’image sulfureuse de Zahia Dehar, mais qui flirte avec un côté méta étonnant. Rebecca Zlotowski, visiblement fascinée par sa comédienne, la filme sous tous les angles, capture son corps métamorphosé (pour ne pas dire ravagé) par la chirurgie esthétique, ainsi que son visage boursouflé et figé, pour finalement capturer une âme triste, mais forte, ainsi qu’un caractère bien trempé, loin des clichés habituels de la bimbo toute (re)faite. En résulte un portrait sensible et intelligent d’une jeune femme au passé qu’on imagine chargé, qui a pleinement conscience de ce qu’elle dégage, volontairement, auprès des hommes, de ce qu’on pense d’elle, et qui ne compte pas se faire dicter sa conduite. Non seulement cela, Une fille – pas si – facile, coécrit avec l’excellent Teddy Lussi-Modeste (Jimmy Rivière), dresse aussi le récit initiatique d’une adolescente, excellemment interprétée par la jeune Mina Farid, quelque peu éclipsée par la renommée de sa partenaire à la sortie du film.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Une fille facile, réalisé par Rebecca Zlotowski »

Test Blu-ray / I Feel Good, réalisé par Benoît Delépine & Gustave Kervern

I FEEL GOOD réalisé par Benoît Delépine & Gustave Kervern disponible en DVD et Blu-ray le 5 février 2019 chez Ad Vitam

Acteurs : Jean Dujardin, Yolande Moreau, Jo Dahan, Jean-Benoît Ugeux, Jana Bittnerova, Elsa Foucaud, Marius Bertram, Joël Séria…

Scénario : Benoît Delépine, Gustave Kervern

Photographie : Hugues Poulain

Musique : Motivés

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Monique dirige une communauté Emmaüs près de Pau. Après plusieurs années d’absence, elle voit débarquer son frère, Jacques, un bon à rien qui n’a qu’une obsession : trouver l’idée qui le rendra riche. Plus que des retrouvailles familiales, ce sont deux visions du monde qui s’affrontent.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le cinéma de Benoît Delépine et de Gustave Kervern se porte admirablement bien. Leur huitième long métrage en commun, I Feel Good, est une savoureuse comédie, interprétée par un Jean Dujardin métamorphosé et que l’on a plaisir à redécouvrir aussi spontané, impliqué, vraiment très drôle et excellemment dirigé. Trois ans après le génial Saint-Amour, l’un de leurs meilleurs opus, Benoît Delépine et Gustave Kervern tournent cette fois leur caméra vers le cinégénique village Emmaüs de Lescar-Pau situé dans les Pyrénées-Atlantiques, théâtre idéal pour plonger un personnage odieux, arriviste, qui ne pense qu’à faire du fric, au grand désespoir de sa sœur Monique, incarnée par l’indispensable, intense et authentique Yolande Moreau, qui voit la communauté troublée par les projets de son frangin Jacques. Ou comment vouloir changer l’eau en Château Pétrus et multiplier les pains Poilâne, en partant de rien.

Ce dernier a une idée pour devenir riche, très riche, immensément riche. Après avoir disparu pendant trois ans, Jacques, inspiré par Bernard Tapie et Bill Gates, persuadé que le but du jeu est de faire bosser les autres et ne pas travailler soi-même, a enfin trouvé la solution. Il va créer une société de chirurgie esthétique low cost en Bulgarie ! Egalement inspiré par la réussite d’un ancien camarade de classe qui a baptisé sa villa « I Feel Good », Jacques emprunte ce nom pour sa société et commence à ratisser le village Emmaüs afin de trouver de potentiels clients susceptibles d’être intéressés pour se faire faire un lifting, une liposuccion, une vaginoplastie ou autres. Jacques a foi dans le système libéral. Le problème c’est qu’il n’a pas d’argent pour lancer son entreprise. Alors il démembre sa voiture pour revendre les pièces détachées sur Ebay. Et quitte à travailler, Jacques préfère être dans le haut du panier de crabes. De son côté, Monique surveille son petit frère, tout en veillant à la tranquillité des compagnons d’Emmaüs.

Jean Dujardin est parfait du début à la fin et se fond complètement dans l’univers décalé poético-politico-social, humaniste et punk, tendre et anar, des deux scénaristes-réalisateurs. Avec ses cheveux probablement coupés lui-même, son peignoir et ses sandales (on pense à Jean-Paul Belmondo dans L’Incorrigible), sa bedaine, son dos voûté, son bronzage artificiel ou bien avec ses costumes trop grands, le comédien retrouve une fraîcheur bienvenue, comme si son jeu se trouvait libéré des gros budgets portés ces dernières années. A l’instar de Gérard Depardieu dans Mammuth et Saint-Amour, Jean Dujardin est comme « rebooté » par ses metteurs en scène.

I Feel Good témoigne également de la maturité du cinéma de Benoît Delépine et de Gustave Kervern. Loin de leurs premières œuvres comme Aaltra et Avida, ce huitième film apparaît très abouti sur la forme avec notamment une photographie signée Hugues Poulain, chef opérateur attitré et complice des cinéastes, lumineuse et chatoyante. Si I Feel Good peut parfois manquer de rythme, l’excellence des dialogues, le burlesque assumé de certaines situations (le renvoi de crachat, secondé par des effets visuels) et son festival de tronches d’acteurs non-professionnels renvoie au cinéma italien des années 1970. Le film est rempli de petits détails cocasses, comme un petit sapin CGT accroché au rétroviseur de la vieille Simca familiale, plus de 500.000 kilomètres au compteur, où les cendres des parents reposent dans la boîte à gants et dans le vide-poche.

L’intérêt peut s’émousser quelque peu dans le dernier acte qui voit certains « élus » de Jacques prendre la route vers la Bulgarie, mais I Feel Good vaut largement le détour pour ses comédiens pétillants, ses situations qui prennent la forme d’une succession de vignettes multicolores proches de la bande dessinée, ainsi que pour l’ironie mordante et jubilatoire de son épilogue.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de I Feel Good, disponible chez Ad Vitam, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

En prolongement du film, l’éditeur nous gratifie d’un excellent documentaire intitulé Parlons utopie (1h15), réalisé par Dominique Gautier. Le Village Emmaüs Lescar-Pau accueille depuis plus de trente-six ans les exclus de l’économie libérale et les déçus de cette économie qui cherchent une autre voie. Fidèle à l’esprit de l’abbé Pierre ce village vit et se développe uniquement grâce à son travail, sans aucune aide ou subvention.Avec les témoignages d’habitants du Village et d’intervenants extérieurs, économistes, militants, sociologues, politologues, écrivains, journaliste, élus locaux, ce film montre comment une micro-société composée d’environ 150 personnes, compagnes et compagnons, salariés, bénévoles, organisée autour de la récupération et la valorisation des déchets, peut créer un véritable système économique et social alternatif, un vrai projet de vie collectif. Et à partir de ses activités et son engagement politique, comment ce village utopique s’est imposé dans le paysage régional et au-delà, qu’il soit social, politique, économique, agricole, culturel. Ce documentaire montre également quelques images du tournage de I Feel Good, ainsi que les interventions des deux réalisateurs.

L’interactivité se clôt sur trois teasers et la bande-annonce.

L’Image et le son

Bravo à Ad Vitam qui livre un magnifique Blu-ray et permet aux spectateurs de revoir cette fantaisie dans les plus belles conditions techniques. La colorimétrie est vive et flamboyante dès le début, la luminosité est aveuglante, le piqué constamment acéré et les contrastes denses. Si la réalisation parfois à la volée occasionne quelques pertes des détails ainsi que des flous involontaires, la copie demeure immaculée, le cadre est superbe et la profondeur de champ fort appréciable. Un transfert full HD qui en met plein les yeux.

Le mixage DTS-HD Master Audio 5.1 exploite magnifiquement chacune des enceintes et délivre un lot impressionnant d’effets en tous genres. Les voix sont exsudées avec force par la centrale, les latérales sont intelligemment mises à contribution à l’instar des bruits constants de la circulation. A ce stade, la piste DTS-HD Master Audio Stéréo devient anecdotique mais se révèle largement suffisant pour ceux qui ne seraient pas équipés sur les enceintes arrière. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Ad Vitam / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Un beau soleil intérieur, réalisé par Claire Denis

UN BEAU SOLEIL INTÉRIEUR réalisé par Claire Denis, disponible en DVD chez Ad Vitam le 6 février 2018

Avec :  Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Philippe Katerine, Josiane Balasko, Sandrine Dumas, Nicolas Duvauchelle…

Scénario : Christine Angot, Claire Denis

Photographie : Agnès Godard

Musique : Stuart A. Staples

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Le résumé d’Un beau soleil intérieur est simple, direct. Présenté en Ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs en 2017, le douzième long métrage de Claire Denis, le treizième si l’on tient compte du téléfilm US Go Home (1994), est sans aucun doute le film le plus attachant et le plus chaleureux de la réalisatrice. Après Les Salauds, une œuvre particulièrement éprouvante et sombre, Claire Denis collabore avec la romancière Christine Angot et s’inspirent de Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes pour dresser le portrait d’une femme de 50 ans, séparée et mère d’une petite fille, qui recherche désespérément l’amour. Parisienne belle et sexy, artiste-peintre, Isabelle (Juliette Binoche) entretient une relation avec Vincent (Xavier Beauvois), un banquier marié, mais leur liaison demeure essentiellement physique. Isabelle peut compter sur la franchise de son amie Maxime (Josiane Balasko), écoute la philosophie quotidienne de Mathieu (Philippe Katerine) devant la poissonnerie, une connaissance de son quartier. Certains prétendants gravitent autour d’elle, notamment un jeune comédien (Nicolas Duvauchelle), qui a l’air encore plus paumé qu’elle.

Dans Un beau soleil intérieur, alors que les non-dits et les silences remplissent souvent l’espace chez Claire Denis, les mots sont au contraire très abondants. Cependant, les échanges entre les personnages reflètent leur propre enfermement, comme si les hommes et femmes étaient plongés dans leur propre monde, en désirant pourtant la même chose, aimer et être en retour. S’ils essayent de communiquer, le dialogue peine à s’instaurer. Alors que les protagonistes expriment leurs propres maux, ils ne se rendent pas compte que la personne en face ressent la même chose. Claire Denis évoque ainsi la solitude dans les grandes villes (comme dans Vendredi soir), non pas la peur de l’autre, mais celle d’être déçu et d’aller droit dans le mur. Ou comment penser à la déception avant même de vivre ce qu’il y a à vivre.

Le titre provient de la scène finale, quand Isabelle décide d’aller consulter un voyant, incarné par le monstre Gérard Depardieu. De sa voix sublime, tout en délicatesse, ce radiesthésiste tente de rassurer Isabelle en lui indiquant de vivre à fond ce qui s’offre à elle, sans penser au lendemain, afin de trouver une paix intérieure. Cette longue scène d’un quart d’heure est un cadeau supplémentaire, la cerise sur le gâteau, d’autant plus que le générique défile en même temps et se clôt à la dernière réplique, au dernier regard. Un beau soleil intérieur est un film extrêmement généreux, sensible, mais également une ode à sa comédienne principale. De tous les plans, de toutes les scènes, Juliette Binoche resplendit et enflamme l’écran. Sa peau diaphane, ses yeux caressés de pattes d’oie, ses courbes voluptueuses et sexy, Claire Denis la filme sous tous les angles, subjuguée comme nous pouvons l’être à chaque instant. Certes, si elle est excellemment épaulée par ses camarades, dont le complice Alex Descas, Bruno Podalydès et une apparition de Valeria Bruni-Tedeschi, nous n’avons d’yeux que pour Juliette Binoche, que la caméra caresse, frôle, comme si elle voulait rassurer son personnage capable de passer du rire aux larmes en un claquement de doigts.

Un beau soleil intérieur est une comédie mélancolique (superbes dialogues), un portrait de femme d’aujourd’hui, fragile comme du cristal, mais lumineuse et forte, qui n’a pas perdu l’espoir et l’envie de rêver malgré l’adversité et ses déboires amoureux successifs. La grande Juliette Binoche donne tout à Isabelle, son immense sensibilité, son rire, sa nature, son âge et ses tripes. Nommée aux César de la meilleure actrice en 2018, elle peut largement prétendre à la compression.

LE DVD

Le DVD d’Un beau soleil intérieur, disponible chez Ad Vitam, est logé dans un boîtier classique de couleur blanche, glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est élégant, animé et musical.

En plus de la bande-annonce, un seul supplément est disponible sur cette édition. Mais alors quel plaisir de découvrir l’intégralité de la masterclass de Claire Denis (1h16), enregistrée à la Cinémathèque française le 27 septembre 2017, jour de la sortie d’Un beau soleil intérieur et qui marquait aussi le premier jour des prises de vue de High Life, film de science-fiction avec Robert Pattinson et Juliette Binoche. Alors qu’une rétrospective de ses films était présentée, la réalisatrice répond aux questions de Frédéric Bonnaud et revient sur ses premiers souvenirs de cinéma, son amour pour le septième art, ses premiers chocs sur le grand écran (Soudain l’été dernier), ses années comme assistante auprès de Wim Wenders et Jim Jarmusch. De nombreux souvenirs s’enchaînent, souvent liés aux acteurs et aux conditions de tournage. Un beau voyage cinématographique en compagnie de l’une de nos cinéastes les plus passionnantes.

L’Image et le son

La belle photographie de la grande Agnès Godard qui allie à la fois les couleurs chatoyantes capturées et les gammes froides aurait mérité un bien meilleur traitement. En effet, les détails manquent à l’appel, certes la clarté est de mise mais le piqué manque de mordant, les scènes sombres sont les plus mal loties et certains visages demeurent blafards. Les plans très rapprochés ne sont pas aussi bien définis que nous l’espérions et les noirs manquent parfois de concision. Ajoutez à cela quelques légers artefacts de la compression et des baisses de la définition, ainsi qu’une gestion parfois aléatoire des contrastes. Dommage de ne pas disposer d’édition HD.

C’est un peu mieux, même si le mixage Dolby Digital 5.1 parvient tout juste à créer une immersion acoustique probante. Les ambiances naturelles viennent souvent à manquer sur les séquences en extérieur et l’ensemble se révèle souvent timide. Le report des voix est solide, la balance frontale fait gentiment son boulot, mais beaucoup de scènes reposent essentiellement sur les enceintes avant. A titre de comparaison, la version Stéréo finit par l’emporter sur la 5.1 du point de vue fluidité et homogénéité des voix avec les effets et la musique. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription pour aveugles et malvoyants.

Crédits images : © Ad Vitam / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Le Prix du succès, réalisé par Teddy Lussi-Modeste

LE PRIX DU SUCCÈS réalisé par Teddy Lussi-Modeste, disponible en DVD chez Ad Vitam le 9 janvier 2018

Avec :  Tahar Rahim, Roschdy Zem, Maïwenn, Grégoire Colin, Sultan, Ali Marhyar…

Scénario : Teddy Lussi-Modeste, Rebecca Zlotowski

Photographie : Julien Poupard

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Brahim est un humoriste en pleine ascension. Sa réussite, il la doit à lui-même et à l’amour qu’il porte à Linda. Bon fils, il soutient les siens depuis toujours. Mais pour durer, Brahim doit sacrifier son grand frère, manager incontrôlable. Si l’échec peut coûter cher, Brahim va payer un tribut encore plus lourd au succès.

Issu de la communauté des Gens du Voyage, Teddy Lussi-Modeste, né en 1978, intègre la FEMIS et se fait déjà remarquer en 2004 avec son court-métrage Embrasser les tigres. Avec son premier long-métrage Jimmy Rivière (2011), coécrit avec la réalisatrice de Belle épine Rebecca Zlotowski, Teddy Lussi-Modeste filme à nouveau sa communauté et s’interroge sur la question de l’appartenance au groupe et la manière dont on peut s’en affranchir. Après ce vrai coup de maître, on attendait des nouvelles du réalisateur. Ce dernier revient en très grande forme avec Le Prix du succès, également coécrit avec Rebecca Zlotowski. Avec honnêteté, sincérité et réalisme, tout en empruntant parfois la voie du romanesque, Teddy Lussi-Modeste démontre avec son nouveau film qu’il est devenu un cinéaste important et passionnant.

Le Prix du succès s’inspire du propre vécu de son auteur et plus particulièrement de ses proches et amis qui croyaient que le réalisateur allait devenir riche en intégrant le monde du cinéma. Teddy Lussi-Modeste se focalise ici sur un jeune artiste de stand-up, Brahim, interprété par Tahar Rahim, qui fête ses dix ans de succès sur scène et qui souhaite évoluer dans son métier. Seulement voilà, Brahim travaille également avec son frère aîné Mourad, génialement incarné par Roschdy Zem, son manager, qui lui sert également de chauffeur et de garde du corps. Homme sanguin, impulsif, Mourad ne se rend pas compte qu’il étouffe Brahim jusqu’à ce que ce dernier, amoureux de Linda (Maïwenn), désire s’émanciper, prendre un agent (Grégoire Colin) et voler de ses propres ailes. Mourad prend alors la mouche et entre dans une spirale de violence, tandis que Brahim, vit de plus en plus mal la situation en voyant son équilibre familial s’écrouler.

De l’aveu même de Teddy Lussi-Modeste, Le Prix du succès aurait pu tout aussi bien se dérouler dans le domaine du sport ou du cinéma. Le stand-up n’est donc pas le sujet du film. Ce qui intéresse avant tout le cinéaste, c’est observer comment la cellule familiale, ici maghrébine, peut éclater en raison de la réussite professionnelle et la notoriété d’un de ses membres et comment ce succès peut engendrer jalousies et convoitises. Ici, Mourad est réellement convaincu d’avoir contribué au succès et à l’aisance financière de son frère et attend donc quelque chose en retour, comme s’il avait une dette envers lui. Alors quand il apprend que Brahim a de nouveaux projets, mais qu’il n’en fait pas partie, Mourad voit rouge et essaye même de retourner leur famille contre lui ou de s’en prendre violemment à la compagne de son frère.

Un sujet fort et original que Teddy Lussi-Modeste prend à bras le corps et met en scène avec efficacité et parfois même une tension digne d’un véritable thriller, surtout dans son dernier acte qui fait souvent mal à l’estomac. A ce titre, Roschdy Zem, remarquable, compose le plus beau personnage du film, capable d’un amour incommensurable pour son frère, mais aussi d’une violence sèche et brutale, aussi bien physique que verbale, envers lui. A l’heure où les nominations aux César ne sont pas encore tombées pour la cérémonie qui se tiendra début mars 2018, espérons que l’académie saura reconnaître le talent et la réussite du second long métrage de Teddy Lussi-Modeste, ainsi que l’excellence de ses interprètes !

LE DVD

Le DVD du Prix du succès, disponible chez Ad Vitam, est logé dans un boîtier classique de couleur blanche. Le menu principal est élégant, animé et musical.

La section des bonus propose tout d’abord une interview du réalisateur Teddy Lussi-Modeste (9’). Ce dernier aborde la genèse du Prix du succès, inspiré par quelques situations qu’il a lui-même connues, l’écriture du scénario avec Rebecca Zlotowski, ainsi que les thèmes abordés. Il insiste également sur le fait que le stand-up n’est pas ici le sujet principal du film, mais sert plutôt de « décor » comme aurait pu l’être également le théâtre ou le sport. Néanmoins, cela n’a pas empêché le cinéaste de faire quelques recherches sur ces performances, en s’inspirant de la vie de Jamel Debouzze. Teddy Lussi-Modeste se souvient également de sa rencontre avec les comédiens.

On retrouve d’ailleurs Tahar Rahim et Roshdy Zem dans un entretien court, mais souvent passionnant (8’). Les deux acteurs, visiblement complices, parlent de la notoriété et de ses travers, sur ce que la célébrité implique et ce qu’elle provoque chez certaines personnes. Tahar Rahim s’exprime également sur sa préparation pour les scènes de stand-up.

L’interactivité se clôt sur deux scènes coupées (4’30) et la bande-annonce.

L’Image et le son

Pas d’édition HD pour Le Prix du succès. Néanmoins, le film de Teddy Lussi-Modeste bénéficie d’un beau traitement de faveur en DVD. Les contrastes sont à l’avenant, la luminosité des scènes diurnes est éclatante, le piqué acéré y compris en intérieur, les noirs sont denses. Evidemment, la propreté est de mise, les détails foisonnent aux quatre coins du cadre, et hormis quelques saccades notables sur divers mouvements de caméra, la colorimétrie demeure agréablement naturelle, précise et classe.

L’éditeur joint une piste Dolby Digital 5.1 qui instaure une spatialisation musicale indéniable. Les ambiances naturelles et les effets annexes sont plutôt rares et la scène acoustique reste essentiellement frontale. De ce point de vue il n’y a rien à redire, les enceintes avant assurent tout du long, les dialogues étant quant à eux exsudés avec force par la centrale. La Stéréo n’a souvent rien à envier à la DD 5.1. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également de la partie, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Ad Vitam /  Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test DVD / De toutes mes forces, réalisé par Chad Chenouga

DE TOUTES MES FORCES réalisé par Chad Chenouga, disponible en DVD le 5 septembre 2017 chez Ad Vitam

Acteurs :  Khaled Alouach, Yolande Moreau, Laurent Xu, Daouda Keita, Aboudou Sacko, Jisca Kalvanda…

Scénario :  Chad Chenouga, Christine Paillard

Photographie : Thomas Bataille

Durée : 1h34

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Nassim est en première dans un grand lycée parisien et semble aussi insouciant que ses copains. Personne ne se doute qu’en réalité, il vient de perdre sa mère et rentre chaque soir dans un foyer. Malgré la bienveillance de la directrice, il refuse d’être assimilé aux jeunes de ce centre. Tel un funambule, Nassim navigue entre ses deux vies, qui ne doivent à aucun prix se rencontrer.

De toutes mes forces est le second long métrage de Chad Chenouga, quinze ans après 17, rue Bleue (2001). Réalisateur de nombreux courts-métrages, Chad Chenouga s’inspire ici de sa propre enfance. Né de père inconnu et confié à la DDASS après le décès de sa mère alors qu’il était encore adolescent, le cinéaste (également comédien et animateur d’ateliers dans des prisons et des foyers) avait déjà abordé ce thème dans son premier film. Il reprend ici la trame de sa pièce intitulée La Niaque, jouée au Théâtre des Amandiers à Nanterre en 2011, replacée à l’époque contemporaine alors que l’histoire originale se déroulait dans un foyer non mixte dans les années 1970. Drame social animé par une sensibilité à fleur de peau, De toutes mes forces révèle un jeune acteur très prometteur, Khaled Alouach. Une voix, un charisme, une force et une fragilité qui l’imposent d’emblée comme l’un des sérieux prétendants au César du meilleur espoir masculin en 2018.

Nassim vient de perdre sa mère qui s’est suicidée. Sa vie de lycéen insouciant bascule. Sa proche famille ne peut pas le prendre chez elle. Il est donc pris en charge par Madame Cousin, qui l’accueille dans son foyer de jeunes. Nassim, bouleversé par la mort de sa mère, ne veut pas s’intégrer au groupe. Il s’enferme dans son chagrin, ses notes dégringolent et il tente de faire le mur pour retrouver sa petite-amie à qui il a caché la vérité. Quand celle-ci l’apprend, elle ne comprend pas l’attitude de Nassim. Soutenu par Madame Cousin, le jeune homme tente de remonter la pente. Chad Chenouga, aidé de sa coscénariste Christine Paillard, suivent le personnage de Nassim à un carrefour décisif de son existence. De rencontre en rencontre, le jeune homme qui voit alors sa vie partir en éclats, doit parvenir à faire le deuil de sa mère (il écoute sans cesse son dernier message laissé sur son répondeur), dépressive, dépendante aux médicaments, cloîtrée dans un appartement aux fenêtres closes, surmonter sa culpabilité (il l’a laissée seule pour partir en week-end avec des amis), tout en prenant des décisions capitales pour son avenir professionnel.

De toutes mes forces est animé d’une énergie contagieuse, d’une rage et même d’une fureur de (sur)vivre qui foudroient du début à la fin, autant par la mise en scène que par la musique électro ou au banjo du compositeur Thylacine. Sans clichés, Chad Chenouga rend attachants Nassim et les personnages secondaires qui gravitent autour de lui comme des électrons, Moussa, Brahim, Zawady (Jisca Kalvanda, vue dans Divines), Kevin, Mina, Ryan (épatants et naturels jeunes comédiens trouvés au terme d’un casting sauvage) qui essayent de comprendre, d’apprivoiser ce monde difficile et qui n’est pas prêt à leur faire de cadeaux. Un combat souvent trop pesant pour ces jeunes personnes, qui ne sont guère armées pour affronter et surmonter leurs peurs et leurs doutes. Ils sont pris en charge par la directrice, Mme Cousin, merveilleusement interprétée par Yolande Moreau, qui doit maintenir la discipline dans son établissement, mais qui ne peut s’empêcher de leur montrer quelques signes d’affection. Les pensionnaires tentent de refermer leurs blessures, mais certaines plaies restent ouvertes et le besoin de communiquer, ou tout au moins de se faire comprendre n’est que plus vital. Si certains y parviennent au moyen de la danse, le groupe peut effrayer et chacun se renferme sur lui-même.

Récit initiatique, portrait sans pathos et même avec un peu d’humour d’un adolescent dont le calme apparent dissimule en réalité un tempérament volcanique, De toutes mes forces est un très beau film, élégant, chaleureux et optimiste. Du cinéma français délicat comme en voit finalement rarement.

LE DVD

Le test du DVD de Toutes mes forces, disponible chez Ad Vitam, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur livre quelques suppléments de très courte durée, mais plutôt plaisants. C’est le cas des scènes coupées (3’30) qui prolongent le quotidien de Nassim dans son foyer, ainsi que la rencontre avec Ryan.

Un petit module de cinq minutes compile quelques entretiens avec le réalisateur et les comédiens, ainsi que des images de tournage, du plateau et de l’avant-première en présence de l’équipe à l’UGC Ciné Cité Bercy suivie de l’avis des spectateurs.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et un bêtisier (2’) où l’on remarque que le titre de travail était encore La Niaque.

L’Image et le son

Quelques petites pertes de la définition sur les scènes sombres et un piqué manquant parfois de mordant sont à déplorer. Néanmoins, ce master demeure fort plaisant et n’a de cesse de flatter les yeux avec une belle restitution de la colorimétrie à la fois chatoyante et froide. Les contrastes sont denses et élégants, la gestion solide, le relief palpable, les détails précis sur les gros plans et les partis pris esthétiques du chef opérateur Thomas Bataille sont bien respectés.

Le mixage français Dolby Digital 5.1 parvient à créer une spatialisation musicale probante. En revanche, les ambiances naturelles viennent souvent à manquer sur les séquences en extérieur et l’ensemble se révèle souvent timide. Le report des voix est solide, la balance frontale fait gentiment son boulot, mais beaucoup de scènes reposent essentiellement sur les enceintes avant. À titre de comparaison, la version Stéréo finit par l’emporter sur la 5.1 du point de vue fluidité et homogénéité des voix avec les effets et la musique. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription pour aveugles et malvoyants.

Crédits images : © Ad Vitam / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr