Test Blu-ray / Benedetta, réalisé par Paul Verhoeven

BENEDETTA réalisé par Paul Verhoeven, disponible en DVD et Blu-ray le 17 novembre 2021 chez Pathé.

Acteurs : Virginie Efira, Charlotte Rampling, Daphne Patakia, Lambert Wilson, Olivier Rabourdin, Louise Chevillotte, Hervé Pierre, Clotilde Courau…

Scénario : David Birke & Paul Verhoeven, d’après le livre de Judith C. Brown

Photographie : Jeanne Lapoirie

Musique : Anne Dudley

Durée : 2h11

Année de sortie : 2021

LE FILM

Au XVIIe siècle, alors que la peste se propage en Italie, la très jeune Benedetta Carlini rejoint le couvent de Pescia, en Toscane. Dès son plus jeune âge, Benedetta est capable de faire des miracles et sa présence au sein de sa nouvelle communauté va changer bien des choses dans la vie des sœurs.

Revoilà Paulo, notre hollandais préféré, l’un des réalisateurs les plus fous de l’histoire du cinéma. On attendait de pied ferme (et pas queue) son dernier film en date Benedetta, depuis son affiche teaser révélée à Cannes, où une religieuse, incarnée par Virginie Efira, était vêtue d’un voile qui dévoilait un sein généreux. Repoussé plusieurs fois en raison de cette satanée pandémie et de problèmes de santé du réalisateur, Benedetta a pu enfin connaître une sortie sur les écrans. Heureusement d’ailleurs, car il y a plus d’audace durant ces deux heures que dans tous les films français réunis sortant une même année. N’y allons pas par quatre chemins, si Benedetta n’a peut-être pas l’impact des œuvres précédentes de Paul Verhoeven, cette production belgo-néerlando-française est une grosse claque qu’on aimerait se prendre bien plus souvent dans la tronche. Évidemment provocateur, parfois kitsch (tout ce qui concerne ce cher Jésus, sujet de fascination du cinéaste), totalement assumé, drôle (on pense même à Novices libertines de Bruno Mattei, fleuron de la nunsploitation), avec même quelques petites touches scatos, mystérieux, sensuel, sexuel, réflectif et intelligent, Benedetta ne laisse pas indifférent et, encore mieux, ne fera jamais l’unanimité. Avec ce seizième long-métrage, le metteur en scène prouve qu’à plus de 80 ans, son cinéma reste éternellement jeune, car rebelle, tout en offrant sûrement à Virginie Efira l’un des rôles de sa vie et dont le personnage rejoint naturellement la « faune féminine verhoevenienne » aux côtés de Katie Tippel, Fientje, Agnes, Catherine Tramell, Nomi Malone et bien d’autres.

Il est en forme le Hollandais violent ! Cinq ans après Elle, Paul Verhoeven remet le couvert en France, sous l’égide du producteur Saïd Ben Saïd, pour Benedetta, adaptation du livre Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne de l’historienne Judith C. Brown (1987) relatant l’histoire de Benedetta Carlini, religieuse catholique du XVIIe siècle et mystique vivant pendant la période de la Contre-Réforme en Italie. Pour le rôle principal, le réalisateur s’est tourné vers Virginie Efira, qu’il avait déjà dirigée dans son précédent long-métrage, dans lequel elle jouait la femme pieuse et fervente catholique du personnage incarné par Laurent Lafitte. Cette dernière s’en remet corps et âme, au sens propre comme au figuré, au metteur en scène, qui une fois de plus n’hésite pas à bousculer les conventions, à choquer (les « rhooo » de certains culs-serrées durant la projection du film et la fameuse scène du godemichet valaient son pesant), quitte parfois à frôler le ridicule lors de délires visuels qui ne sont pas sans évoquer certaines de ses œuvres néerlandaises.

Au-delà de son sujet forcément polémique, qui agitera autant le bocal que les braguettes de certains pieux spectateurs, même s’ils ne l’avoueront jamais concernant ce dernier point, Benedetta est une grande proposition de cinéma, celui qui manque, qui dérange, qui est inconfortable autant qu’il réjouit l’intellect, l’âme, le coeur et les sens. Paul Verhoeven s’associe une fois de plus au scénariste David Birke, après la défection de Gerard Soeteman (Business is Business, Turkish Délices, Le Choix du destin…), trop frileux (l’âge peut-être…) à l’idée d’aborder la sexualité d’une religieuse. En toute honnêteté, les premiers plans font un peu peur, le jeu des comédiens peut même laisser perplexe, une musicalité singulière sans doute. Mais c’était le cas déjà pour Elle. Après un petit temps d’adaptation, on se laisse finalement porter par cette histoire formidablement racontée, un storytelling foisonnant et percutant animé par l’étincelle créatrice de son auteur. Outre Virginie Efira, hallucinée et hallucinante, ses partenaires n’ont rien à lui envier. Entre Charlotte Rampling, monstre de charisme et merveilleusement ambiguë dans le rôle de mère Felicita, Daphné Patakia troublante avec ses airs de Marine Vacth sauvageonne, Lambert Wilson impérial et suintant dans le rôle du nonce obsédé et hypocrite (pléonasme diront certains), Olivier Rabourdin, immense (comme toujours) dans la peau d’Alfonso Cecchi, Louise Chevillotte (L’Amant d’un jour et Le Sel des larmes de Philippe Garrel), troublante en sœur Christina, le cinéaste a su entourer la star de son film.

Mais il faut bien avouer que nous n’avons souvent que d’yeux pour Virginie Efira, totalement investie, autant dans les scènes dramatiques que les scènes de sexe, évidemment crues et pour lesquelles elle apparaît dans le plus simple appareil. Paul Verhoeven prend un malin plaisir à jouer sur l’ambivalence de son personnage. L’arrivisme de Benedetta rappelle celui de Nomi Malone, la protagoniste de Showgirls interprétée par Elizabeth Berkley, qui se découvrirait en fait la sexualité de Catherine Tramell, même si la religieuse n’usera pas de la seconde pour nourrir ses ambitions. De plus, le caractère quasi-fantastique de certaines séquences, celles faisant entendre une voix démoniaque crachée par Benedetta, ou celles donnant au ciel une couleur rouge-sang, appuient l’hypothèse d’un appui spirituel dans le destin du personnage principal. Manipulatrice ou mystique, Paul Verhoeven ne tranche pas, il montre, frontalement, ose sans cesse, tente, même s’il ne convainc pas systématiquement, mais il enchaîne rapidement après et y parvient la plupart du temps, pour finalement emporter son audience dans un tourbillon incessant de sensations, de sentiments, d’excitation, de dégoût, de sang, d’encens et de cyprine. L’orgasme est bel et bien présent.

Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes en 2021, Benedetta, porté par une critique française positive, parvient difficilement à passer la barre des 327.000 spectateurs, ce qui place le film à la dernière place du Top 10 de Paul Verhoeven en France, devant Black Book et derrière La Chair et le sang.

LE BLU-RAY

Dommage de ne pas retrouver le fameux visuel sulfureux dévoilé à Cannes pour la jaquette de cette édition Blu-ray. Toutefois, rien à redire sur la qualité de l’ensemble. La galette bleue repose dans un boîtier classique de couleur blanche, glissée dans un surétui cartonné. Le menu principal est animé et musical.

En guise de supplément, vous trouverez un entretien croisé de Paul Verhoeven et de Virginie Efira (41’). Le premier se taille la part du lion, tandis que la comédienne apparaît de façon sporadique. Le réalisateur revient sur la genèse du film, né de sa découverte du livre de Judith C. Brown, que lui avait conseillé le scénariste et complice de toujours du réalisateur, Gerard Soeteman, avec lequel il n’avait pas collaboré depuis Black Book. Une amitié de cinquante ans mise à mal par un désaccord total dans leurs intentions personnelles d’adaptation, Soeteman voulant se concentrer uniquement sur la façon dont Benedetta a su utiliser la religion pour conquérir le pouvoir, tandis que Paul Verhoeven désirait lui ne pas faire l’impasse sur la sexualité du personnage. Un point de vue trop différent qui allait conclure au départ de Gerard Soeteman et entraîner l’arrivée de David Birke. De son côté, Virginie Efira revient sur sa découverte du scénario, puis un peu plus tard sur le travail avec le metteur en scène et ses partenaires, Paul Verhoeven ayant craint qu’elle n’accepte pas les scènes de sexe et d’apparaître nue à l’écran. Puis, retour du cinéaste qui parle longuement des thèmes du film, de l’histoire vraie de Benedetta Carlini, de son procès (retracé grâce à des archives retrouvées), sur la création du dénouement voulu spectaculaire par rapport aux faits réels, sur la polémique engendrée par la pré-affiche dévoilée au Festival de Cannes (la ligue catholique a bien sûr tenté de faire interdire le film), tout en évoquant sa passion pour Jésus Christ, le travail avec les comédiens, les conditions de tournage des scènes de sexe, le tout illustré par quelques images de plateau.

L’Image et le son

Le Blu-ray de Benedetta est au format 1080p. Les détails sont aiguisés et bien définis sur le cadre large. Que l’on soit en plan serré ou en plan large, la définition demeure optimale et le piqué acéré. Si les séquences en intérieur se révèlent plus douces, l’ensemble est consolidé par une compression AVC de haute volée restituant le soleil plombant de la Toscane et le bleu azur du ciel comme si on y était. La colorimétrie vive, chatoyante et saturée réalisée par la directrice de la photographie Jeanne Lapoirie (Un amour impossible de Catherine Corsini, déjà avec Virginie Efira) est superbement restituée, les contrastes concis et les noirs sont une densité exemplaire.

Une piste DTS-HD Master Audio 5.1 créant d’entrée de jeu une large et puissante spatialisation musicale. La balance frontales-latérales est très dynamique, les voix solidement plantées sur la centrale. Toutes les enceintes sont mises à contribution, certains effets naturels tirent leur épingle du jeu. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont disponibles, tout comme une piste 2.0 et une autre en Audiovision pour les spectateurs aveugles et malvoyants.

Crédits images : © Pathé / SBS Productions / France 2 Cinéma – France 3 Cinéma / Guy Ferrandis / SBS Productions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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