Test Blu-ray / Novices libertines, réalisé par Bruno Mattei

NOVICES LIBERTINES (La Vera storia della monaca di Monza) réalisé par Bruno Mattei, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Zora Kerova, Mario Cutini, Paola Corazzi, Tom Felleghy, Franco Garofalo, Annie Carol, Edel Paola Montenero, Mario Novelli, Ornella Picozzi, Leda Simonetti, Franca Stoppi, Giovanni Attanasio…

Scénario : Claudio Fragasso

Photographie : Giuseppe Bernardini

Musique : Gianni Marchetti

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 1980

LE FILM

Suite à la mort de son père et à la chute dans la démence de la mère supérieure du couvent, soeur Virginia de Leyva devient la nouvelle mère supérieure du couvent de Monza. Voulant corriger les moeurs étranges de la place, la religieuse sème le trouble dans les lieux et devient la cible d’un tueur fou manipulé par un prêtre assassin. De plus, elle devient victime de ses propres rêves qui l’appellent vers la débauche et la luxure…

Étrangement, si l’incroyable histoire vraie racontée dans Novices libertines – La Vera storia della monaca di Monza (1980) est plus connue en France, c’est en raison du dernier long-métrage du grand Paul Verhoeven, Benedetta, qui n’est pas encore sorti (COVID 19 oblige) et qui s’inspire d’un évènement un peu similaire survenu à la même période en Italie. La pré-affiche sulfureuse aperçue au Festival de Cannes bien avant le tournage donnait le (té)ton, puisqu’on y voyait une religieuse, interprétée par Virginie Efira, les lèvres légèrement entrouvertes et vêtue d’un voile transparent qui laissait apparaître son sein droit. Il n’en fallait pas plus pour affoler les cinéphiles et titiller la curiosité de tous pour se pencher un peu plus sur ce fait divers réel survenu au XVIIe siècle en Toscane. Plus de quarante avant Benedetta, le tandem Stefan Oblowsky, alias Bruno Mattei (1931-2007) et son scénariste complice Claudio Fragasso (qui était souvent son coréalisateur) se penchait sur un autre couvent pas très catholique, où les protagonistes sont filmés comme des vampires enfermés dans leur bâtisse, impression renforcée par un maquillage souvent outrancier qui appuie la peau blafarde de ses occupants. Forcément, le sexe est présent dans Novices libertines (par ailleurs tourné en même temps que L’Autre Enfer -L’altro inferno, autre opus de nonnesploitation), mais le film ne se résume sûrement pas à cela. Il s’agit avant tout d’un bel objet de cinéma quoi qu’on en dise, prouvant une fois de plus que Bruno Mattei n’était pas un tâcheron et encore moins l’un des pires cinéastes de tous les temps comme certains ont souvent tendance à le penser.

Virginia, fille du châtelain de Monza, décide de prendre le voile. Le jour de la cérémonie, son regard croise celui d”Ozio, regard que la jeune novice n’arrivera plus à oublier. Issue de la noblesse locale et prenant rapidement la place de la Mère Supérieure, gravement malade, Virginia se laisse aller à ses habitudes libertines et parvient même à revoir de temps à autre Ozio. Ce dernier la violera un jour au parloir. Par amour aveugle pour le jeune homme, elle gardera son terrible secret mais va malheureusement se retrouver enceinte. Mise au courant de la situation par quelques vieilles nonnes, la justice ecclésiastique menée par le Grand Inquisiteur, condamnera Virginia à être enfermée dans une cellule…

Le rôle principal est interprété par Zora Kerova, actrice, danseuse, chanteuse et mannequin tchèque, qui a fait sa renommée dans le cinéma d’horreur, ou déshabillé, ou les deux d’ailleurs, venu d’Italie, dans des œuvres aussi variées que Terreur express – La Ragazza del vagone letto (1980) de Ferdinando Baldi, Anthropophagous : L’Anthropophage (1980) de Joe d’Amato, Cannibal Ferox (1981) d’Umberto Lenzi, L’Éventreur de New York – Lo squartatore di New York (1982) de Lucio Fulci (dans la fameuse scène du tesson de bouteille…), Les Nouveaux barbares – I Nuovi barbari (1983) d’Enzo G. Castellari. Dans Novices libertines, elle trouve probablement le rôle de sa vie et signe une prestation assez hypnotique, laissant passer moult sentiments contradictoires et ambigus. Déjà aperçu dans le mémorable et légendaire Virus Cannibale du même réalisateur, le frappadingue Franco Garofalo est de retour dans Novices libertines et campe un prêtre peu recommandable, qui s’amuse à s’habiller en Lucifer (il faut le voir dans sa combinaison rouge moulante), avant d’aller rejoindre sa favorite ou quelques orgies organisées dans les cuisines. On y croise aussi Mario Cutini (Opération K), Franca Stoppi (Blue Holocaust, L’Autre enfer) et Annie Carol Edel (Emmanuelle et Françoise) qui se laissent envahir par leurs passions même pas coupables. Mais Virginia sera-t-elle capable de lutter contre la tentation de la chair et d’empêcher que ce lieu dédié à Dieu ne devienne celui de débauches infernales ?

Il y a quelque chose de foncièrement pourri au coeur de Novices libertines, qui contraste avec la beauté de la photographie signée Giuseppe Bernardini (La Peur règne sur la ville), ancien opérateur de talent du maestro Luchino Visconti (Les Damnés, Ludwig ou le crépuscule des dieux, L’Innocent). Tourné comme un cauchemar éveillé, le film de Bruno Mattei met mal à l’aise les spectateurs, autant qu’il l’excite forcément à certains moments, tout en lui flattant les sens. Novices libertines est un film qui ne laisse sûrement pas indifférent (son final est d’ailleurs particulièrement glaçant), tant par son thème insolite, que par sa forme, élégante et soignée. Oui bon, on ne parle pas de ces multiples gros plans sur une jument en chaleur en train de se faire monter par un étalon en rut hein, mais quand même ! De toute façon, Bruno Mattei a emprunté ces images à La Bête (1975) de Walerian Borowczyk, donc ça ne compte pas !

LE BLU-RAY

Le Chat qui fume déroule le tapis rouge à Bruno Mattei ! En effet, l’éditeur sort simultanément Novices libertines (1980), Scalps (1987) et Bianco Apache (1987), les deux derniers étant coréalisés par Claudio Fragasso. L’édition HD de Novices libertines prend la forme d’un Digipack à trois volets, au milieu duquel est fixé le disque. On apprécie les visuels qui ornent le Digipack et qui mettent directement dans l’ambiance du film. L’ensemble est glissé dans un fourreau cartonné, également très élégant et excitant. Le menu principal est animé et musical. Édition limitée à 1000 exemplaires. Novices libertines est disponible à la vente sur le site du Chat qui fume, ainsi que sur celui de la boutique Métaluna Store !

A l’occasion de la sortie en Blu-ray de Novices libertines, de Scalps et de Bianco Apache, Le Chat qui fume a divisé un large entretien avec Claudio Fragasso sur ces trois éditions. La première partie (39’) se trouve donc sur ce disque. S’il est parfois difficile de savoir qui est responsable de quoi au niveau du scénario ou à la mise en scène quand Claudio Fragasso participait à un tournage de Bruno Mattei, on sait aujourd’hui que le premier n’était pas juste un simple assistant-réalisateur et qu’il remplaçait même parfois au pied levé Bruno Mattei, lui-même occupé à tourner un autre film sur le plateau voisin (ou dans les mêmes décors), soit un comédien absent au dernier moment. Au cours de la première partie de cette interview, Claudio Fragasso revient pêle-mêle sur ses premiers souvenirs de cinéma (la passion lui est venue vers l’âge de 10 ans, grâce à son père, féru de septième art), sur ses premiers films tournés en 8mm durant son adolescence (époque à laquelle il avait vu toute la filmographie d’Ingmar Bergman), sur son amour pour la série B (qui ne s’est jamais démenti par la suite, y compris dans son propre travail), sur sa passion pour le cinéma de Sergio Leone (« un extraordinaire maître de vie et de cinéma »). Puis, il en vient à ses premiers longs-métrages professionnels (« Je voulais être un intellectuel comme Nanni Moretti ! »), à ses premières armes comme assistant-réalisateur chez Silvio Amadio, à sa rencontre avec Bruno Mattei. Novices libertines (« une histoire plus épicée, plus érotique et plus osée que les faits réels ») est évidemment évoqué, les conditions de tournage du film (pendant que L’autre enfer était filmé à l’étage par Claudio Fragasso, avant que Bruno Mattei vienne le remplacer de temps en temps) et leurs intentions. On arrive alors à Virus Cannibale où il s’occupait principalement des comédiens. Puis, Claudio Fragasso explique qu’il désirait à ce moment-là revenir à une carrière plus « classique », pour être considéré comme un véritable auteur. Ce sera Difendimi dalla notte (1982), thriller dans lequel apparaît Jean-Pierre Aumont. Mais devant l’ennui provoqué par la réalisation de ce film, Claudio Fragasso décide de reprendre sa collaboration avec Bruno Mattei, pour lequel il écrira Pénitencier de femmes – Violenza in un carcere femminile (1982) et Révolte au pénitencier de filles – I violenti (1983). A suivre…(sur le Blu-ray de Scalps dont nous parlerons prochainement).

L’interactivité se clôt sur les bandes-annonces de Scalps et Bianco Apache.

L’Image et le son

Le Chat qui fume fait honneur à Bruno Mattei et c’est tant mieux ! Avec son magnifique grain argentique, force est de constater que Novices libertines renaît bel et bien de ses cendres avec une édition digne de ce nom. La propreté du master est ébouriffante. Toutes les scories, poussières, griffures ont été purement et simplement éradiquées. Ce Blu-ray au format 1080p (AVC) s’avère tout autant saisissant dans son rendu des scènes diurnes que pour les séquences sombres et nocturnes, l’image est souvent éclatante avec un piqué inédit, une profondeur de champ impressionnante et un relief des textures que nous n’attendions pas. Les couleurs retrouvent une deuxième jeunesse. L’élévation HD pour Novices libertines est indispensable et le lifting de premier ordre. Enfin, le film est proposé dans sa version intégrale non censurée, du moins en version italienne.

Point de remixage à l’horizon, mais deux pistes, italienne (à privilégier) et française (uniquement sur la version censurée) présentées en DTS-HD Master Audio 2.0, qui instaurent toutes deux un bon confort acoustique, sans souffle, propre, avec une très bonne délivrance des dialogues. L’excellente partition de Gianni Marchetti bénéficie d’une belle ouverture des canaux, le doublage français est réussi et les effets annexes riches. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

Crédits images : © Le Chat qui fume / OB FILMS / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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