Test Blu-ray / Copie conforme, réalisé par Jean Dréville

COPIE CONFORME réalisé par Jean Dréville, disponible en combo DVD/Blu-ray le 24 mars 2021 chez Pathé.

Acteurs : Louis Jouvet, Suzy Delair, Annette Poivre, Madeleine Suffel, Jane Marken, Danièle Franconville, Jean-Jacques Delbo, Léo Lapara, Henry Charrett, Georges Pally, Fernand Rauzena, Gaston Dupray, Jean Carmet…

Scénario : Jacques Companeez

Photographie : André Thomas

Musique : René Cloërec

Durée : 1h45

Année de sortie : 1947

LE FILM

Ismora est un escroc qui se déguise pour berner ses victimes. Il parvient ainsi à vendre un château propriété de l’État. Dans le même temps, Gabriel Dupon, terne commercial en boutons, se rend dans un hôtel où Ismora vient de commettre un méfait. Les deux hommes sont les sosies l’un de l’autre. Le concierge de l’hôtel est donc persuadé que Dupon est le voleur. Dupon est arrêté par la police. Il finit par être libéré, mais, déprimé, envisage de se suicider. Ismora le sauve à la dernière minute, bien décidé à utiliser leur ressemblance pour ses mauvais coups.

1946-1947 est un moment charnière dans la carrière du comédien Louis Jouvet, qui s’était exilé en Amérique latine durant l’Occupation et qui revenait au cinéma en France en enchaînant les tournages d’Un revenant de Christian-Jaque, Les Amoureux sont seuls au monde d’Henri Decoin, de Quai des Orfèvres d’Henri-Georges Clouzot et de Copie conforme de Jean Dréville (1906-1997). Si ce dernier ne bénéficie sans doute pas de l’aura et du prestige des trois autres, Copie conforme est pourtant un immense succès dans les salles à sa sortie en juillet 1947 et reste surtout célèbre pour le double-rôle magistralement interprété par Louis Jouvet, cinq personnages en réalité si l’on tient compte des déguisements divers et variés portés par l’escroc Manuel Ismora. Follement moderne, cette comédie annonce notamment L’Incorrigible (1975) de Philippe de Broca, dans lequel Jean-Paul Belmondo incarne un voyou multipliant les larcins et escroqueries, en ayant recours à quelques fausses moustaches, légions d’honneur factices et autres camouflages. Dans Copie conforme, le récit ajoute à ce comique de situation, un sosie au malfaiteur. Grâce à la magie des effets spéciaux, Louis Jouvet se dédouble à l’écran et le procédé du cache-contre-cache permet au comédien de se donner lui-même la réplique. Près de 75 ans plus tard, le résultat demeure franchement bluffant. Passionné par les dernières technologies mises à sa disposition en matière de trucages directs, Jean Dréville réalise un vrai tour de force. L’interaction entre Gabriel Dupon, représentant en boutons, et Manuel Ismora, l’escroc, tous les deux interprétés par Louis Jouvet donc, est réellement impressionnante et n’est pas sans annoncer aussi, cinquante ans avant (!), Mes doubles, ma femme et moi Multiplicity (1996) d’Harold Ramis. Copie conforme est en quelque sorte une comédie avant-gardiste, dans laquelle l’un des plus grands acteurs français de tous les temps s’amuse à endosser plusieurs costumes et autant de personnalités diverses et variées, avec manifestement un plaisir non dissimulé et dans le but unique d’offrir aux spectateurs un divertissement digne de ce nom.

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Test Blu-ray / L’Étrange Monsieur Victor, réalisé par Jean Grémillon

L’ÉTRANGE MONSIEUR VICTOR réalisé par Jean Grémillon, disponible en combo DVD/Blu-ray le 24 mars 2021 chez Pathé.

Acteurs : Andrex, Raimu, Pierre Blanchar, Madeleine Renaud, Armand Larcher, Viviane Romance, Marcelle Géniat, Georges Flamant…

Scénario : Marcel Achard, Charles Spaak & Albert Valentin

Photographie : Werner Krien

Musique : Roland Manuel

Durée : 1h42

Année de sortie : 1938

LE FILM

Un commerçant toulonnais d’apparence honorable est en fait un receleur pour une bande de malfaiteurs. Menacé de chantage, il commet un meurtre pour lequel un innocent est condamné au bagne. Sept ans plus tard, le forçat s’évade et notre commerçant le recueille…

On imagine le choc des spectateurs en découvrant Raimu, non seulement dans la peau d’un receleur, profitant de sa situation de brocanteur honnête et travailleur pour refourguer ce que ses complices ont volé la nuit d’avant, mais aussi et surtout dans celle d’un assassin. Un peu comme si Louis de Funès en venait à éliminer froidement un type qui voulait le faire chanter pour telle ou telle raison. Et même si cela est arrivé à ce dernier dans Jo (1971) de Jean Girault, il s’agissait avant tout d’une comédie, ce qui est loin d’être le cas de L’Étrange Monsieur Victor, réalisé en 1938 par Jean Grémillon. Pourtant, le film démarre comme pourrait débuter n’importe quelle chronique provençale de Marcel Pagnol (qui la même année sortait La Femme du boulanger, avec Raimu), avec tout d’abord une belle exposition du port de Toulon, ses habitants, ses rues animées, l’accent chantant. Puis, vient la présentation successive des personnages, monsieur Victor Agardanne (Raimu), son épouse Madeleine (Madeleine Renaud, sublime) qui vient d’accoucher de leur premier enfant, ainsi que le cordonnier Bastien Robineau (Pierre Blanchar) et sa femme (Viviane Romance) dont le couple bat de l’aile. Sur un scénario coécrit par Marcel Achard, Charles Spaak et Albert Valentin, qui inspirera grandement Henri Decoin pour Le Bienfaiteur (1942), Jean Grémillon dévoile la face cachée des hommes et des femmes en apparence bien sous tous rapports. Raimu, qui avait beaucoup critiqué le travail du réalisateur à la sortie du film malgré son succès auprès du public, trouve l’un de ses rôles les plus ambigus, les plus singuliers, les plus troublants, dont il s’acquitte admirablement.

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Test Blu-ray / Tango, réalisé par Patrice Leconte

TANGO réalisé par Patrice Leconte, disponible en combo DVD/Blu-ray le 21 octobre 2020 chez Pathé.

Acteurs : Philippe Noiret, Richard Bohringer, Thierry Lhermitte, Carole Bouquet, Jean Rochefort, Miou-Miou, Judith Godrèche, Michèle Laroque, Jean Benguigui, Laurent Gamelon, Ticky Holgado…

Scénario : Patrice Leconte, Patrick Dewolf

Photographie : Eduardo Serra

Musique : Angélique Nachon, Jean-Claude Nachon

Durée : 1h29

Année de sortie : 1993

LE FILM

La femme de Paul, fatiguée d’être trompée par son mari volage, l’a quitté. Depuis, au lieu de profiter de cette toute nouvelle liberté, Paul se morfond. Il court chez son oncle, célibataire endurci, lui demander conseil. Pour l’oncle une seule solution: se débarrasser de la mauvaise épouse. Pour ce faire ils font appel à Vincent, mari autrefois trompé.

Tango est probablement l’un des films de Patrice Leconte qui a connu le plus de critiques assassines, la plupart taxant le réalisateur de misogyne. Comme bien souvent, la presse n’avait absolument rien compris aux intentions du réalisateur qui avait voulu au contraire rendre un vibrant hommage aux femmes à travers l’immaturité des hommes, qui au-delà de leur lâcheté et de leur mesquinerie, ne peuvent vivre sans elles. A sa sortie dans les salles, près de 650.000 spectateurs décident de se faire leur propre avis sur ce film quelque peu vilipendé. Cela peut paraître modeste, mais Tango aura quand même permis à Patrice Leconte de se remettre en selle après l’échec du Mari de la coiffeuse (350.000 entrées) sorti trois ans plus tôt. Mais la première et vraie déculottée arrivera l’année suivante pour le cinéaste avec Le Parfum d’Yvonne. Souvent comparé au cinéma de Bertrand Blier, hilarant, tendre, gentiment grivois et avant tout une profonde réflexion sur les rapports entre les hommes et les femmes, Tango est l’une des œuvres les plus sous-estimées de la filmographie de Patrice Leconte.

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Test Blu-ray / Monsieur Hire, réalisé par Patrice Leconte

MONSIEUR HIRE réalisé par Patrice Leconte, disponible en combo DVD/Blu-ray le 21 octobre 2020 chez Pathé.

Acteurs : Michel Blanc, Sandrine Bonnaire, Luc Thuillier, André Wilms, Cristiana Réali, Eric Bérenger, Marielle Berthon, Philippe Dormoy…

Scénario : Patrice Leconte, Patrick Dewolf d’après le roman de Georges Simenon

Photographie : Denis Lenoir

Musique : Michael Nyman

Durée : 1h19

Année de sortie : 1989

LE FILM

Monsieur Hire est un tailleur misanthrope, qui espionne par la fenêtre sa voisine d’en face dont il est tombé amoureux. En arrière-plan se déroule une enquête sur le meurtre non résolu d’une jeune femme. Monsieur Hire est soupçonné par l’inspecteur chargé de l’affaire.

Patrice Leconte a toujours été admiratif du film Panique (1946), réalisé par Julien Duvivier, avec Michel Simon et Viviane Romance. L’idée d’un remake lui trottait dans la tête depuis quelques années. C’est alors qu’il apprend que le film est en réalité l’adaptation du roman de Georges Simenon, Les Fiançailles de M. Hire paru en 1933 chez Fayard. Il se rue alors sur le livre et y voit matière pour une nouvelle transposition qu’il entreprend avec son complice Patrick Dewolf, avec lequel il travaille depuis Les Spécialistes (1985). Monsieur Hire est l’un des films les plus atypiques de Patrice Leconte. Froid en apparence, il s’agit en fait d’une réelle histoire d’amour tragique où les sentiments sont tus, mais bouillonnent dans la tête du personnage principal. C’est là le coup de génie du réalisateur, avoir proposé le rôle-titre à Michel Blanc. Lauréat du Prix d’interprétation masculine obtenu au Festival de Cannes en 1986 pour Tenue de soirée de Bertrand Blier, le comédien va encore plus loin dans le registre dramatique avec Monsieur Hire, qui repose en grande partie sur son charisme, sur son visage, sa silhouette et son regard. Un rôle en or pour l’acteur, à voir comme une version sombre et mélancolique de Jean-Claude Dusse, une nouvelle étape dans la carrière respective de Michel Blanc et de Patrice Leconte, qui se retrouvaient pour leur sixième film en commun après Les Bronzés (1978), Les Bronzés font du ski (1979), Viens chez moi, j’habite chez une copine (1980), Ma femme s’appelle reviens (1981), Circulez y’a rien à voir (1983), leur septième en réalité puisque le comédien avait également signé le scénario et les dialogues des Spécialistes. Ils se retrouveront en 1996 avec Les Grands ducs, puis enfin en 2006 avec Les Bronzés 3 : Amis pour la vie.

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Test Blu-ray / Tandem, réalisé par Patrice Leconte

TANDEM réalisé par Patrice Leconte, disponible en combo DVD/Blu-ray le 21 octobre 2020 chez Pathé.

Acteurs : Gérard Jugnot, Jean Rochefort, Sylvie Granotier, Julie Jézéquel, Jean-Claude Dreyfus, Marie Pillet, Albert Delpy, Philippe Dormoy, Anne-Marie Pisani…

Scénario : Patrice Leconte, Patrick Dewolf

Photographie : Denis Lenoir

Musique : François Bernheim

Durée : 1h30

Année de sortie : 1987

LE FILM

Michel Mortez anime depuis 25 ans un jeu radiophonique, « La langue au chat ». Cabotin saltimbanque, il ne vit plus que pour et par son émission et le public des villes qu’il traverse. Sa vie ne serait que vide et solitude s’il n’y avait Bernard Rivetot, qui lui sert d’homme à tout faire ! Mortez tutoie Rivetot qui le vouvoie, tout en surveillant les excès d’orgueil ou de boisson de son patron. Un jour, Bernard apprend que sa direction de la station va supprimer l’émission. Bouleversé, Rivetot tait la nouvelle à Mortez, en attendant le moment opportun…

Difficile pour un réalisateur de se lancer un nouveau challenge après avoir rassemblé plusieurs millions de spectateurs dans les salles. En 1985, Les Spécialistes de Patrice Leconte attire 5,3 millions de français au cinéma, ce qui le place sur la troisième marche du podium cette année-là derrière les dix millions de Trois hommes et un couffin et les 5,8 millions de Rambo 2 : la mission. Plutôt que de rechercher un nouveau succès à tout prix et facilement, le cinéaste décide d’aller au contraire vers quelque chose de diamétralement opposé, un tout petit film, une équipe réduite, une comédie mélancolique, un road-movie inattendu qui se concentre sur un nouveau duo d’acteurs, Jean Rochefort (déjà présent dans le premier long métrage du réalisateur, Les Vécés étaient fermés de l’intérieur) et Gérard Jugnot. Tandem est un nouveau tournant dans la carrière de Patrice Leconte, dont l’immense sensibilité éclate cette fois au grand jour, comme s’il était temps pour lui à désormais 40 ans de trouver un nouveau langage cinématographique, qui exprimerait une nouvelle facette de sa personnalité. Merveilleux film, doux, tendre, drôle, émouvant et désabusé, pourtant optimiste, Tandem est sans doute l’oeuvre du réalisateur qui lui ressemble le plus.

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Test Blu-ray / Par un beau matin d’été, réalisé par Jacques Deray

PAR UN BEAU MATIN D’ÉTÉ réalisé par Jacques Deray, disponible en combo DVD/Blu-ray le 21 octobre 2020 chez Pathé.

Acteurs : Jean-Paul Belmondo, Sophie Daumier, Geraldine Chaplin, Gabriele Ferzetti, Georges Géret, Akim Tamiroff, Claude Cerval, Adolfo Celi, Jacques Monod…

Scénario : M. Andriard, Georges Bardawil, Jacques Deray, Maurice Fabre, Didier Goulard, Arturo Rígel, Michel Audiard d’après un roman de James Hadley Chase

Photographie : Juan Julio Baena, Jean Charvein

Musique : Michel Magne

Durée : 1h49

Année de sortie : 1965

LE FILM

Francis et sa sœur Monique vivent de petites magouilles sur la Côte d’Azur. Monique attire des hommes dans sa chambre où Francis fait irruption peu de temps après leur arrivée : pris sur le fait, “les pigeons” doivent payer pour conserver leur réputation. Las de leurs combines, ils acceptent de participer à un kidnapping en Espagne qui devrait leur rapporter des millions. Il s’agit d’enlever la fille d’un richissime Américain.

Après avoir fait ses débuts en tant que comédien, Jacques Desrayaud alias Jacques Deray (1929-2003) devient assistant sur les tournages de Gilles Grangier, Luis Buñuel et Jules Dassin. En 1960, il écrit et réalise son premier film, Le Gigolo, drame psychologique interprété par Jean-Claude Brialy et Alida Valli. Ses deux films suivants, Rififi à Tokyo et Symphonie pour un massacre sortent la même année, en 1963, à quelques mois d’intervalle. Si le premier est un film policier intégralement tourné au Japon, le second est une vraie claque, un polar dans la tradition du film noir américain, qui se déroule entre la France et la Belgique. Un fabuleux exercice de style, un chef d’oeuvre du genre malheureusement oublié aujourd’hui, qui offrait à Jean Rochefort son premier grand rôle dramatique. Ce troisième film atteint presque la barre des 900.000 entrées, un joli score pour le réalisateur, par ailleurs équivalent à ses deux précédents opus. Jacques Deray souhaite continuer sur cette lancée et jette son dévolu sur un roman du britannique James Hadley Chase, auteur dont les œuvres sont souvent jugées inadaptables, qui aura pourtant largement inspiré les cinéastes comme Julien Duvivier, Denys de La Patellière, Henri Verneuil, Joseph Losey, Robert Aldrich et Patrice Chéreau. Pas moins d’une demi-douzaine de scénaristes sont crédités au générique de Par un beau matin d’été, même si l’on retiendra principalement la mention de Michel Audiard aux dialogues. Si Symphonie pour un massacre bénéficiait de l’écriture de José Giovanni et de Claude Sautet, ce n’est pas le cas ici et le récit peine à trouver un souffle et s’enlise parfois dans une intrigue quelque peu fourre-tout, comme si la collaboration Deray-Audiard n’aboutissait jamais vraiment. Pour cela, il faudra attendre les années 1980 avec Le Marginal (1983) et On ne meurt que deux fois (1985), ce dernier étant sorti à titre posthume. Ceci dit, Par un beau matin d’été conserve un intérêt surtout au niveau de son casting on ne peut plus attractif avec Jean-Paul Belmondo entouré des deux belles Sophie Daumier et surtout Geraldine Chaplin dans son premier vrai rôle à l’écran, treize ans après son apparition dans Les Feux de la rampeLimelight (1952) réalisé par son père. Ajoutez à cela une atmosphère très réussie avec une action se déroulant sous une chaleur écrasante et vous obtenez un polar inclassable, qui oscille parfois entre la comédie dans sa première partie et le drame psychologique dans la seconde. Par un beau matin d’été reste une curiosité, surtout pour les cinéphiles.

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Test Blu-ray / La Mariée est trop belle, réalisé par Pierre Gaspard-Huit

LA MARIÉE EST TROP BELLE réalisé par Pierre Gaspard-Huit, disponible en combo DVD/Blu-ray le 21 octobre 2020 chez Pathé.

Acteurs : Brigitte Bardot, Louis Jourdan, Micheline Presle, Marcel Amont, Marcelle Arnold, Roger Dumas, Madeleine Lambert, Roger Tréville, Jean-François Calvé…

Scénario : Philippe Agostini, Juliette Saint-Giniez d’après le roman et une histoire originale d’Odette Joyeux

Photographie : Louis Page

Musique : Norbert Glanzberg

Durée : 1h34

Année de sortie : 1956

LE FILM

Chouchou, jeune mannequin remarqué par Judith, rédactrice d’un journal féminin, tombe amoureuse de Michel, l’amant de cette dernière. Mais Michel reste indifférent face à Chouchou. La jeune fille décide alors de tout faire pour capter son attention…

Depuis son apparition très remarquée aux côtés de Bourvil dans Le Trou normand, douce comédie de Jean Boyer réalisée en 1952, la jeune Brigitte Bardot, tout juste âgée de 18 ans, commence à se faire rapidement un nom. Elle participe au monument de Sacha Guitry Si Versailles m’était conté… (près de sept millions d’entrées), dans lequel elle interprète Mademoiselle de Rosille. Les cinéastes n’ont de cesse de la mettre de plus en plus en avant, comme Mario Bonnard dans Haine, Amour et Trahison et Jean-Devaivre dans Le Fils de Caroline Chérie, tous les deux réalisés en 1954. Les grands metteurs en scène commencent alors à l’approcher, Marc Allégret (Futures vedettes) et René Clair (Les Grandes manœuvres). Mais c’est en 1956 que la chrysalide s’opère véritablement. Avant l’éruption d’Et Dieu… créa la femme (3,8 millions d’entrées) de Roger Vadim, BB se retrouve à l’affiche la même année de La Lumière d’en face (2 millions d’entrées), Hélène de Troie (2,4 millions d’entrées) de Robert Wise, Cette sacrée gamine (4 millions d’entrées) de Michel Boisrond, En effeuillant la marguerite (3,3 millions d’entrées) et La Mariée est trop belle (2,4 millions d’entrées) de Pierre Gaspard-Huit. Le phénomène Bardot prend forme, s’étend, les spectateurs se ruent en masse dès que son nom apparaît sur l’affiche, jusqu’à l’explosion internationale qui clôt cette année exceptionnelle dans Et Dieu… créa la femme qui fera de la comédienne de 22 ans un des plus grands sex-symbols de tous les temps et qui sortira d’ailleurs deux jours seulement après le film de Pierre Gaspard-Huit. Dans La Mariée est trop belle, BB s’amuse dans un rôle qui lui collera à la peau, celui de l’ingénue devant laquelle les hommes se mettent à baver et sont prêts à tout pour la prendre dans leurs bras. Cette histoire concoctée par la comédienne et auteure Odette Joyeux, qui adapte ici son propre roman du même nom publié en 1954, conserve un charme rétro inaltérable et l’ensemble se tient surtout grâce au jeu naturel de Brigitte Bardot, ainsi qu’à son immense beauté qui crève l’écran.

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Test Blu-ray / L’Enfer des anges, réalisé par Christian-Jaque

L’ENFER DES ANGES réalisé par Christian-Jaque, disponible en combo DVD/Blu-ray le 21 octobre 2020 chez Pathé.

Acteurs : Louise Carletti, Jean Claudio, Lucien Gallas, Serge Grave, Marcel Mouloudji, Félix Claude, Berthe Tissen, Robert Rollis, Sylvia Bataille, Bernard Blier…

Scénario : Pierre Véry, Pierre Laroche, Pierre Ramelot

Photographie : Otto Heller

Musique : Henri Verdun

Durée : 1h34

Année de sortie : 1941

LE FILM

Lucette, une jeune fille évadée d’une maison de redressement, rencontre un jeune garçon battu ayant perdu la mémoire. Elle le prénomme Lucien et s’attache à lui. Tous les deux cherchent à s’intégrer tant bien que mal à la population misérable d’un bidonville de l’est parisien.

Chef d’oeuvre incontournable du cinéma français de la fin des années 1930, Les Disparus de Saint-Agil, réalisé par Christian-Jaque (1904-1994), est adapté du roman éponyme de Pierre Véry publié en 1935. L’oeuvre de l’écrivain demeure l’une de ses plus grandes réussites avec Goupi-Mains rouges et L’Assassinat du Père-Noël, également transposés avec succès au cinéma. Rétrospectivement, Les Disparus de Saint-Agil rend compte de l’état d’esprit de la société française, plus particulièrement du point de vue innocent des enfants, à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. Après ce succès, le cinéaste enchaîne trois longs métrages, Ernest le rebelle (1938) et Raphaël le tatoué (1938) avec Fernandel, puis Le Grand Elan (1939) avec Charpin. Puis, l’idée lui vient de refaire un film avec des enfants après avoir découvert les enquêtes d’Alexis Danan, journaliste alors en vogue au début des années 1940 dont les écrits sont entre autres publiés dans Paris-Soir. Engagé dans la défense des droits des enfants, Alexis Danan révèle la misère sociale en France, plus particulièrement le sort réservé aux plus jeunes, les victimes innocentes de la société dont il reste l’un des plus fervents défenseurs. Bouleversé par ces découvertes et ces articles, Christian-Jaque y voit là l’occasion de traiter ce sujet qui lui tient également à coeur. Pour cela, il décide de s’entourer de la même équipe que Les Disparus de Saint-Agil à savoir Pierre Véry, chargé ici du scénario, Henri Verdun à la musique, mais surtout en reprenant une partie des enfants qui tenaient la vedette dans le film précédent. Seulement le désir de Christian-Jaque est de s’éloigner de l’ambiance quasi-fantastique, qu’il avait adopté pour aborder le point de vue d’adolescents pensionnaires d’un internat dans Les Disparus de Saint-Agil, pour évoquer frontalement la situation de l’enfance meurtrie. Un carton l’indique en introduction « ce film expose dans sa cruelle vérité la détresse de l’enfance abandonnée, sans guide, sans défense, sans tendresse dans la vie ». En résulte un film d’une noirceur incroyable, pessimiste en diable. L’Enfer des anges est aussi et surtout un chef d’oeuvre bouleversant et désenchanté, magnifiquement photographié et merveilleusement interprété, notamment par la sublime Louise Carletti, déesse qui survit tant bien que mal dans les taudis qui entourent la capitale.

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Test Blu-ray / Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ, réalisé par Jean Yanne

DEUX HEURES MOINS LE QUART AVANT JÉSUS-CHRIST réalisé par Jean Yanne, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD depuis le 10 septembre 2014 chez Pathé

Acteurs : Coluche, Michel Serrault, Jean Yanne, Françoise Fabian, Michel Auclair, Mimi Coutelier, Darry Cowl, Paul Préboist, Daniel Emilfork, André Pousse, Michel Constantin, Philippe Clay, Valérie Mairesse, Yves Mourousi, Léon Zitrone…

Scénario : Jean Yanne

Photographie : Mario Vulpiani

Musique : Jean Yanne, Raymond Alessandrini

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 1982

LE FILM

C’est l’histoire d’un mec, Ben-Hur Marcel, conducteur de chars à Rahatlocum, petite colonie romaine nord-africaine où Jules César vient passer des vacances impériales… La révolte gronde parmi le petit peuple qui, opprimé par un régime cruel et tyrannique, trouve en Marcel un tribun charismatique et annonciateur d’une ère nouvelle… deux heures moins le quart avant Jésus-Christ !

Ce meneur, c’est un petit garagiste sans importance… Si j’ose me permettre, c’est même dommage de le faire bouffer par les lions parce que c’est le seul qui sache bien réparer les chars dans ce foutu pays de merde… Faut dire qu’on se demande ce qu’on a fait aux dieux pour se retrouver dans un bled à la con pareil, et tout ça pour faire plaisir à un empereur débile, qui lui pendant ce temps-là… Enfin, excuse-moi, c’est les nerfs, on est surmenés. […] Haaaa, bordel d’uniforme de putain de métier de con de nom de Jupiter de saloperie de cape de merde.

Et des dialogues anthologiques, des gags « hénaurmes », des anachronismes comme ça il y en a à satiété. Avec 4,6 millions d’entrées au cinéma, Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ est le plus grand succès de Jean Yanne en tant que réalisateur, depuis sa première mise en scène, Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil qui avait attiré plus de 4 millions de spectateurs dans les salles en 1972. Pouvant se targuer de terminer sur la troisième marche du podium au box-office en 1982, derrière E.T. L’Extra-terrestre et L’As des as, Jean Yanne retrouve le succès qui commençait à lui échapper des deux côtés de la caméra – Chobizenesse et Je te tiens, tu me tiens par la barbichette avaient déçu – et signe une immense comédie.

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Test Blu-ray / Au grand balcon, réalisé par Henri Decoin

AU GRAND BALCON réalisé par Henri Decoin, disponible en combo DVD/Blu-ray le 7 novembre 2018 chez Pathé

Acteurs :  Georges Marchal, Pierre Fresnay, André Bervil, Félix Oudart, Janine Crispin, Paul Azaïs, Germaine Michel, Abel Jacquin, Clément Thierry…

Scénario : Joseph Kessel, Marcel Rivet

Photographie : Nicolas Hayer

Musique : Joseph Kosma

Durée : 1h56

Année de sortie : 1949

LE FILM

Tous les habitants de la pension de famille toulousaine Au Grand Balcon sont possédés par le goût de l’aventure. Carbot, chef de l’Aéropostale de Toulouse, veut prolonger la ligne vers l’Amérique…

En introduction et sur un montage d’images d’archives, la voix inimitable de l’immense Pierre Fresnay indique qu’Au grand balcon n’a pas pour vocation de relater les faits réels avec une précision documentaire, mais de rendre avant tout hommage aux pionniers de l’aviation civile française, « la plus belle, la plus grande, en date, en sacrifice, en légendes, en étendue ». Très empathique et sincère, ce prologue indique d’emblée le soin tout particulier apporté à cette histoire par le cinéaste Henri Decoin (1890-1969), orthographié ici Henry. Ancien pilote de l’Escadrille des Cigognes pendant la guerre 14-18, le réalisateur signe ici l’un de ses films les plus personnels. Ecrit avec Joseph Kessel (lui-même ancien aviateur et l’auteur d’une biographie sur Jean Mermoz en 1939), Au grand balcon s’inspire de la véritable histoire de la création de l’Aéropostale et de ses deux grandes figures, Didier Daurat, directeur des Lignes aériennes Latécoère, et l’aviateur Jean Mermoz, appelés Carbot et Fabien dans le film, interprétés ici par Pierre Fresnay et Georges Marchal. Sorti en 1949, ce long métrage n’a rien perdu de son charme et reste un formidable moment, animé par la passion de son metteur en scène.

Les années 1920, à Toulouse. Carbot, responsable de l’aéropostale, rêve de prolonger sa ligne en traversant l’Atlantique. Dur à lui-même et aux autres, il exige une discipline aveugle pour un rendement maximum. Un ancien pilote de guerre, Fabien, est tenu à l’écart par Carbot jusqu’au jour où un pilote meurt accidentellement : Fabien, en pleine tempête de neige, transportera le courrier. Il échoue lui aussi et n’est sauvé que de justesse. Pour donner une leçon à tous, c’est Carbot lui-même qui prend le courrier. Fabien sera le chef d’un relais en Afrique et « la ligne » se développera de jour en jour. Chaque soir, les jeunes pilotes intrépides logent au « Grand Balcon » au milieu de fonctionnaires, de retraités et de petits rentiers. Une pension de famille tenue par Adeline et Françoise, deux soeurs qui adoptent leurs turbulents locataires et qui bousculent tout ce petit monde.

Un film à la gloire de l’Aéropostale, mais aussi un portrait des locataires du Grand balcon, le quartier général de ces jeunes pilotes travaillant au développement des liaisons aériennes. Ils sont sous les ordres de Carbot, qui ne vit que pour « la ligne » et qui impose une stricte discipline à ses hommes. Il se soucie peu – du moins en apparence – des existences sacrifiées à son idéal. Jean Fabien, héros de la guerre de 1914, tient tête à Carbot et se heurte constamment à lui. Même si les deux personnages principaux ne s’appellent pas comme cela dans le film, les spectateurs passionnés par le sujet de l’Aéropostale reconnaîtront Daurat et Mermoz. Pierre Fresnay, impérial, droit comme un i, la voix imposante et sèche, campe un Carbot-Daurat impitoyable, strict et dur, guidé par son rêve, prêt à tout pour le concrétiser. Georges Marchal est parfait dans cette représentation de Mermoz aka Fabien dans Au grand balcon. Sa stature, ses épaules sculptées, son charisme rappellent évidemment « l’Archange » disparu accidentellement en 1936 à l’âge de 34 ans.

Ancien sportif, nageur et joueur de water-polo, champion de France du 500m nage libre dans les années 1910, Henri Decoin connaît la persévérance et l’obstination. Officier de cavalerie, de zouaves puis d’aviation durant la Première Guerre mondiale, il devient également chef d’escadrille. Aimant le défi, le risque et le danger, le cinéaste du merveilleux Les Amoureux sont seuls au monde (1947) a voulu faire le plus brillant des éloges à ses modèles et inspirations. Formidablement mis en scène, Au grand balcon compte moult personnages, tous animés par cette envie irrépressible de voler, d’aller toujours plus loin, toujours plus haut. S’ils ont conscience de risquer leur vie chaque fois qu’ils quittent le plancher des vaches, ces jeunes hommes chevronnés entre 20 et 30 ans ne manqueraient jamais l’occasion de prendre place dans un cockpit et de s’envoler.

Les dialogues signés Joseph Kessel rendent compte de ce feu ardent qui les consume à chaque instant, tandis qu’Henri Decoin, qui avait déjà abordé le thème de l’aviation dans Les Bleus du ciel en 1933, soigne le cadre (très belle photo de Nicolas Hayer) et privilégie les séquences intimistes aux scènes aériennes (quasi-absentes), avec en fond la composition romanesque de Joseph Kosma. Au grand balcon est un grand film d’aventures, une épopée humaniste, passionnante et très attachante.

LE BLU-RAY

Les deux disques de ce combo Pathé reposent dans un Digipack à deux volets, glissé dans un surétui cartonné au visuel très élégant. Le menu principal est animé sur la musique de Joseph Kosma.

Tout d’abord et c’est devenu une habitude, Pathé nous gratifie de trois petits modules tirés de ses archives. Les sujets d’actualité sont évidemment en rapport avec le film qui nous intéresse puisque nous y voyons l’inauguration des premières lignes postales aériennes françaises (2’30), la disparition de Jean Mermoz et de ses compagnons (2’45) et les pionniers de la poste aérienne (2’50). Des images toujours impressionnantes à découvrir.

Le bonus le plus conséquent est l’entretien croisé avec l’écrivain Didier Decoin, fils du réalisateur Henri Decoin, et d’Olivier Margot, journaliste et auteur avec Benoît Heimermann de L’Aéropostale publié chez Broché en 2010 (45’). Ce module propose un formidable portrait du cinéaste Henri Decoin, l’homme et l’artiste, le père, le mari, l’ancien aviateur et metteur en scène, qui a mis beaucoup de lui-même dans son film Au grand balcon. Olivier Margot propose également un retour sur l’histoire et les étapes déterminantes de l’Aéropostale française, tout en louant la reconstitution d’Henri Decoin, ainsi que la représentation à peine dissimulée dans le film de Jean Mermoz et de Didier Daurat, sans oublier celle des autres pionniers de l’air. Lent, mais maîtrisé, ce documentaire est aussi informatif qu’attachant, surtout lorsque Didier Decoin, 73 ans, évoque la passion de l’aviation de celui qu’il appelle encore très affectueusement « papa ».

L’Image et le son

La restauration numérique 4K a été réalisée par le laboratoire L’Immagine Ritrovata à partir du négatif original. Le nouveau master HD de Au grand balcon au format 1.37 respecté impressionne par son piqué, par la gestion des contrastes (noirs denses, blancs lumineux), ses détails ciselés (voir les nombreux gros plans) et son relief. La propreté de la copie est souvent sidérante, même chose pour sa stabilité, la profondeur de champ est éloquente, et la superbe photo signée par le grand et pourtant souvent oublié Nicolas Hayer (Le Corbeau, Orphée, Le Doulos) retrouve une nouvelle jeunesse doublée d’un superbe écrin, avec un grain d’origine heureusement été préservé. Les fondus enchaînés sont également fluides et n’occasionnent pas de décrochages. Les stockshots utilisés pour le prologue sont plus marqués par les affres du temps. Notons également un fil en bord de cadre qui a visiblement donné quelques suées aux magiciens de la restauration, ainsi qu’une séquence à la définition étrangement chancelante, celle où Fabien tente de s’en sortir après son crash dans les Pyrénées (à 1h07).

La piste mono restaurée bénéficie d’un encodage en DTS HD-Master Audio. Si quelques saturations et chuintements demeurent inévitables, l’écoute se révèle fluide, équilibrée, limpide. Aucun craquement intempestif ne vient perturber l’oreille des spectateurs, les ambiances sont précises et les dialogues clairs. Les sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles, ainsi qu’une piste Audiovision.

Crédits images : © Pathé Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr