Test Blu-ray / Maigret tend un piège, réalisé par Jean Delannoy

MAIGRET TEND UN PIÈGE réalisé par Jean Delannoy, disponible en édition Digibook – Blu-ray + DVD + Livret le 4 septembre 2020 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Jean Gabin, Annie Girardot, Jean Desailly, Gérard Sety, André Valmy, Olivier Hussenot, Lucienne Bogaert, Lino Ventura, Jean Tissier, Jeanne Boitel, Jean Debucourt, Paulette Dubost…

Scénario : Rodolphe-Maurice Arlaud, Michel Audiard & Jean Delannoy, d’après le roman de Georges Simenon.

Photographie : Louis Page

Musique : Paul Misraki

Durée : 1h54

Date de sortie initiale : 1958

LE FILM

Paris, 1957. Une série de meurtres met la police judiciaire en échec : quatre femmes ont déjà été retrouvées poignardées, leurs vêtements lacérés. Certain de la susceptibilité du coupable, le commissaire Maigret fait croire à son arrestation pour le pousser à se manifester.

En dehors de Jean Richard et de Bruno Cremer qui ont su marquer l’esprit des téléspectateurs en l’incarnant respectivement 23 ans et 14 ans, le Commissaire divisionnaire Maigret prend immédiatement les traits de Jean Gabin dans l’inconscient collectif concernant l’adaptation cinématographique des aventures du célèbre personnage créé par Georges Simenon. Le comédien l’aura en effet interprété à trois reprises dans Maigret tend un piège (Jean Delannoy, 1958), Maigret et l’Affaire Saint-Fiacre (Jean Delannoy, 1959) et Maigret voit rouge (Gilles Grangier, 1963). Pourtant, Pierre Renoir (le premier Maigret du cinéma dans La Nuit du Carrefour de Jean Renoir, 1932), Harry Baur (La Tête d’un homme, 1932, de Julien Duvivier), Charles Laughton (L’Homme de la tour Eiffel, 1949, de Burgess Meredith) et même Michel Simon (Brelan d’as, 1952, d’Henri Verneuil), s’étaient entre autres déjà emparés de ce rôle mythique. A la fin des années 1950, Jean Gabin est la plus grande star du cinéma français depuis son retour en grâce avec Touchez pas au grisbi (1954) de Jacques Becker. Le comédien multiplie les projets et les rôles divers, de French Cancan (1955) de Jean Renoir à Razzia sur la chnouf (1955) de Henri Decoin, en passant par ses collaborations avec Gilles Grangier (Gas-oil, 1955, Le Sang à la tête, 1956, Le Rouge est mis, 1957), sans oublier les merveilleux Des gens sans importance (1956) de Henri Verneuil, Voici le temps des assassins (1956) de Julien Duvivier et La Traversée de Paris (1956) de Claude Autant-Lara. Outre les deux films qu’il tourne avec Jean-Paul Le Chanois (Le Cas du docteur Laurent, 1957 et Les Misérables, 1958), Jean Gabin retrouve Jean Delannoy avec lequel il avait déjà tourné Chiens perdus sans collier en 1955, pour interpréter cette fois le commissaire Jules Maigret dans Maigret tend un piège, le premier de ses cinq triomphes au box-office en 1958 puisque le comédien attirera plus de 22 millions de français dans les salles cette année-là.

Pour l’heure, Jean Gabin se coule avec naturel et virtuosité dans les guêtres du personnage de Georges Simenon, avec l’aide des dialogues de Michel Audiard (également coscénariste) et de superbes décors (merveilleusement exploités), ainsi que la photo sombre et lourde de Louis Page, qui restituent l’atmosphère des romans si chéris par les lecteurs du monde entier. Maigret tend un piège demeure un savoureux tour de force, solidement mis en scène par Jean Delannoy, formidablement interprété par Jean Desailly et Annie Girardot, ainsi que par quelques seconds couteaux indispensables du cinéma français d’alors, y compris par Lino Ventura, découvert quatre ans plus tôt dans Touchez pas au grisbi. Mais soyons honnêtes, nous n’avons souvent d’yeux que pour le « Vieux », l’extraordinaire Jean Gabin, impérial et qui trône sur le film de façon magistrale.

Un criminel rôde dans le quartier de la place des Vosges. Quatre femmes sont déjà tombées sous ses coups, toutes frappées de la même façon, leurs vêtements immanquablement lacérés. Il a laissé sur les lieux de son dernier crime un couteau de boucherie, comme s’il voulait défier le célèbre commissaire, chargé de l’enquête. Ce dernier, désemparé devant la minceur des indices, décide de lui tendre un piège. Il arrête un faux coupable puis procède à une reconstitution tout aussi simulée dans le quartier bouclé par la police, tandis que des assistantes sont lancées dans les rues pour appâter l’assassin. Celui-ci se manifeste dans la nuit mais réussit à s’échapper in extremis. Toutefois, pendant la reconstitution, l’inspecteur Lagrume a remarqué une femme au comportement étrange. Il décide de la prendre en filature. Il apprend ainsi qu’elle s’appelle Yvonne Maurin, qu’elle habite un appartement à Auteuil avec son mari Marcel, dont la mère possède un immeuble dans le quartier où ont été commis les crimes. Or, au pied de cet immeuble, est située une boucherie tenue par le ménage Barberot. Maigret décide d’orienter son enquête dans cette direction…

Le commissaire Jules Maigret est un monument de la littérature internationale. Créé en 1931 sous la plume de Georges Simenon, le personnage deviendra le héros de 75 romans et de 28 nouvelles écrits durant un peu plus de quarante ans, jusqu’en 1972. Il fallait donc un monstre pour l’incarner une fois de plus au cinéma et qui mieux que Jean Gabin aurait pu se permettre de prendre la pipe et le galurin de ce fin limier ? Le comédien était passionné par l’oeuvre de Georges Simenon, dont il était d’ailleurs un ami proche et dont il avait déjà intégré l’univers au cinéma dans La Marie du port (1950) de Marcel Carné, La Vérité sur Bébé Donge (1952) de Henri Decoin et Le Sang à la tête mentionné plus haut. Comme bien souvent, Jean Gabin a peu à faire pour s’imposer dans ce personnage, juste à « être », comme si le personnage devait s’adapter à l’acteur et non pas le contraire. C’est là toute la magie et le talent du Dabe.

Evidemment, Michel Audiard prend moult libertés avec le roman qu’il doit adapter, cela concerne notamment les noms des personnages et le lieu principal de l’intrigue, mais le scénariste-dialoguiste parvient à en restituer la moelle, les bruits, les odeurs, les couleurs et la langue, tout en s’appropriant la matière autour de laquelle il sculpte un nouvel édifice à la gloire de Jean Gabin. Ce dernier se délecte, surtout quand il a en face de lui de grands noms du cinéma, qu’il met en valeur et fait briller sans jamais tirer la couverture. A ce titre, Jean Desailly campe un personnage inoubliable, celui de Marcel Maurin, l’architecte-décorateur, couvé par sa mère (Lucienne Bogaert) et mal marié à Yvonne (Annie Girardot, avant son explosion dans Rocco et ses frères de Luchino Visconti). Un trio quelque peu ambigu, pour ne pas dire un mauvais triangle amoureux, que le scénario et les dialogues mettent en relief de façon étonnamment frontale et moderne. S’il y a pour ainsi dire prescription, nous nous garderons de dévoiler la teneur du final pour celles et ceux qui ne se souviendraient plus du film ou qui ne l’auraient tout simplement jamais vu.

Maigret tend un piège reste une valeur sûre du film policier hexagonal teinté de drame psychologique, qui dissèque la nature humaine en explorant le mécanisme de la psyché perturbée d’un assassin, en tentant de comprendre ce qui a pu mener une personne à ôter la vie à un autre. Le film obtient le Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur film étranger en 1959, tandis que Jean Delannoy, Jean Gabin et Jean Desailly sont nommés aux BAFTA l’année suivante. Devant le triomphe international de Maigret tend un piège, une nouvelle enquête est rapidement lancée et sortira dès l’année suivante. Ce sera Maigret et l’Affaire Saint-Fiacre, dont la réussite sera encore plus éclatante.

L’ÉDITION DIGIBOOK BLU-RAY+DVD

Nous avons été parmi les premiers à parler de Coin de Mire Cinéma il y a de cela près de deux ans. Depuis, nous avons chroniqué les 25 titres sortis sous la bannière de l’éditeur, dont le travail et la passion ont immédiatement séduit les cinéphiles et les adeptes du support physique que nous sommes. Nous voici donc rendu à la cinquième vague de Coin de Mire Cinéma, qui a d’ores et déjà annoncé une trentaine de titres à venir, avec pêle-mêle La Chartreuse de Parme de Christian-Jaque, La Table aux crevés, Le Grand chef et Le Mouton à 5 pattes de Henri Verneuil, Chiens perdus sans collier de Jean Delannoy, Les Liaisons dangereuses de Roger Vadim, Classe tous risques de Claude Sautet, Le Jardinier d’Argenteuil de Jean-Paul le Chanois, Le Rapace et Dernier domicile connu de José Giovanni, Ho ! de Robert Enrico, La Veuve Couderc et Le Chat de Pierre Granier-Deferre, La Poudre d’escampette et Chère Louise de Philippe De Broca ou bien encore Les Grandes brûlées de Jean Chapot…Pour l’heure, cette nouvelle vague comprend Maigret tend un piège (Jean Delannoy, 1958), Maigret et l’Affaire Saint-Fiacre (Jean Delannoy, 1959), Maigret voit rouge (Gilles Grangier, 1963), Les Evadés (Jean-Paul Le Chanois, 1955), Maxime (Henri Verneuil, 1958) et Le Diable et les 10 commandements (Julien Duvivier, 1962). Jusqu’à présent, Maigret tend un piège n’était disponible qu’en DVD chez TF1 Studio. Coin de Mire vient d’en acquérir les droits pour intégrer ce titre, ainsi que les deux autres Maigret avec Jean Gabin, à leur prestigieuse collection. Pour connaître toutes les spécificités de ces éditions dites de « La Séance », nous vous renvoyons à notre premier article consacré à Coin de Mire Cinéma https://homepopcorn.fr/test-blu-ray-archimede-le-clochard-realise-par-gilles-grangier/ .Tous les titres de cette collection sont édités à 3000 exemplaires.

L’édition prend évidemment la forme d’un Digibook (14,5cm x 19,5cm) suprêmement élégant. Le visuel est très recherché et indique à la fois le nom de l’éditeur, le titre du film en lettres d’or, le nom des acteurs principaux, celui du réalisateur, la restauration (HD ou 4K selon les titres), ainsi que l’intitulé de la collection. L’intérieur du Digibook est constitué de deux disques, le DVD et Blu-ray, glissés dans un emplacement inrayable. Une marque est indiquée afin que l’acheteur puisse y coller son numéro d’exemplaire disposé sur le flyer volant du combo, par ailleurs reproduit dans le livret. Deux pochettes solides contiennent des reproductions de dix photos d’exploitation d’époque (sur papier glacé) et de l’affiche du film au format A4. Le livret de 24 pages de cette édition contient également la filmographie de Jean Delannoy avec le film qui nous intéresse mis en surbrillance afin de le distinguer des autres titres, de la reproduction du dossier de presse original, des matériels publicitaires et promotionnels, et d’articles divers. Le menu principal est fixe et musical.

Si vous décidez d’enclencher le film directement. L’éditeur propose de reconstituer une séance d’époque. Une fois cette option sélectionnée, les actualités Pathé du moment démarrent alors, suivies de la bande-annonce d’un film, puis des publicités d’avant-programme, réunies grâce au travail de titan d’un autre grand collectionneur et organisateur de l’événement La Nuit des Publivores. Le film démarre une fois que le salut du petit Jean Mineur (Balzac 00.01).

On démarre cette nouvelle Séance avec le journal (chargé) des actualités de la cinquième semaine de l’année 1958 (9’). Que se passe-t-il du côté du Rallye automobile Monte-Carlo ou du championnat de bobsleigh en Bavière ? Comment s’est déclaré le terrible incendie dans un quartier de Londres ou comment s’est effondré un immeuble de trois étages à Palerme ? Les nouvelles ne sont guère joyeuses, alors profitez de cette incursion à Cap Canaveral ou admirez le faste du couronnement du prince Karim Aga Khan à Karachi pour vous changer les idées.

Le film ne va pas tarder, mais avant cela, ne manquez pas les réclames publicitaires (8’) où les auteurs ne manquent pas d’imagination pour promouvoir les bonbons Brochet, les cravates Rhodia, l’apéritif Rosso Antico, le stylo Bic, le nouveau Monsavon ou bien encore “le lait qui ne tourne pas” Superlait !

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Maigret tend un piège est proposé en Haute-Définition dans une restauration 2K réalisée par TF1 Studio en partenariat avec le CNC. Un lifting qui offre un plus non négligeable par rapport à l’ancien master Standard édité par TF1, même si les détails ne sont peut-être pas aussi ciselés que nous l’espérions. Néanmoins, les contrastes retrouvent une certaine fermeté, malgré des noirs sensiblement bouchés et qui ne peuvent rivaliser avec ceux du master HD de Maigret voit rouge, dont nous parlerons bientôt. Maigret tend un piège est un film sombre, se déroulant souvent de nuit et la qualité des dégradés de gris trahit parfois les limites de la restauration. La propreté est de mise en dépit de quelques poussières récalcitrantes, les gros plans tirent leur épingle du jeu, ainsi que les costumes dont on parvient à sentir la texture, y compris celle de l’argentique.

La piste mono bénéficie d’un encodage en DTS HD-Master Audio Mono 2.0. L’écoute est parfois sourde, mais l’ensemble est heureusement fluide et suffisamment équilibré. Aucun craquement intempestif ne vient perturber l’oreille des spectateurs, les ambiances sont précises. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © TF1 Droits Audiovisuels / Coin de Mire Cinéma / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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