Test DVD / Fête de famille, réalisé par Cédric Kahn

FÊTE DE FAMILLE réalisé par Cédric Kahn, disponible en DVD le 15 janvier 2020 chez Le Pacte

Acteurs : Catherine Deneuve, Emmanuelle Bercot, Vincent Macaigne, Cédric Kahn, Luàna Bajrami, Laetitia Colombani, Isabel Aimé González-Sola, Alain Artur…

Scénario : Cédric Kahn, Fanny Burdino, Samuel Doux

Photographie : Yves Cape

Musique : Grégoire Hetzel

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 2019

LE FILM

“Aujourd’hui c’est mon anniversaire et j’aimerais qu’on ne parle que de choses joyeuses.” Andréa ne sait pas encore que l’arrivée « surprise » de sa fille aînée, Claire, disparue depuis 3 ans et bien décidée à reprendre ce qui lui est dû, va bouleverser le programme et déclencher une tempête familiale.

Famille je vous hais. En fait, oui et non. Il y a de l’amour dans cette famille, mais comme bien souvent, on ne sait pas comment l’exprimer. Mais le plus intéressant dans Fête de famille, le onzième long métrage de Cédric Kahn, c’est de montrer comment une famille parvient à trouver un équilibre quand elle sacrifie un de ses membres, quand elle oublie que ce dernier ne va pas bien, ce qui est encore mieux quand cette personne habite d’ailleurs de l’autre côté de l’Atlantique. Le problème, c’est quand celle-ci fait son retour parmi les siens et que tout ce qui avait été tu ou oublié volontairement revient instantanément. Les murs de cette charmante maison et ce jardin magnifique renferment en réalité une origine mouvementée. La bande-annonce de Fête de famille pouvait en fatiguer plus d’un. Pourtant, le film est tout autre. Derrière l’apparence d’un énième film français avec ses personnages à la situation financière confortable, qui dansent le Madison, qui cuisinent tous ensemble en refaisant le monde, se dissimule une œuvre dramatique fine et intelligente sur une famille dysfonctionnelle, avec un poil de perversité grinçante. Ce cheveu sur la soupe, c’est Claire, magnifiquement interprétée par Emmanuelle Bercot, qui trouve ici un rôle dans la veine de Mon roi de Maïwenn, qui lui avait valu le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes en 2015. C’est par elle que le scandale arrive, ou plutôt revient parmi les siens.

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Test Blu-ray / Roubaix, une lumière, réalisé par Arnaud Desplechin

ROUBAIX, UNE LUMIÈRE réalisé par Arnaud Desplechin, disponible en DVD et Blu-ray le 3 janvier 2020 chez Le Pacte

Acteurs : Roschdy Zem, Léa Seydoux, Sara Forestier, Antoine Reinartz, Chloé Simoneau, Betty Cartoux, Jérémy Brunet, Stéphane Duquenoy…

Photographie : Irina Lubtchansky

Musique : Grégoire Hetzel

Durée : 1h59

Date de sortie initiale : 2019

LE FILM

À Roubaix, un soir de Noël, Daoud le chef de la police locale et Louis, fraîchement diplômé, font face au meurtre d’une vieille femme. Les voisines de la victime, deux jeunes femmes, Claude et Marie, sont arrêtées. Elles sont toxicomanes, alcooliques, amantes…

Si Roubaix, une lumière, le dixième long métrage d’Arnaud Desplechin a l’apparence d’un polar, c’est aussi et avant tout un drame social, le portrait d’âmes marginales et solitaires, ainsi que celui d’une ville mise sous cloche où 75 % des quartiers sont placés en zone urbaine sensible. Divinement écrit et interprété, magistralement mis en scène, Roubaix, une lumière est une chronique mélancolique sur le quotidien d’une poignée de flics, qui ravit les sens à chaque instant. Pas étonnant que le cinéaste ait pris pour modèle le merveilleux Les Flics ne dorment pas la nuitThe New Centurions (1972), qui plongeait l’audience dans l’implacable quotidien d’une unité de police de Los Angeles, notamment les patrouilles dans les rues mal famées. Redoutablement pessimiste, sombre, mais jamais désespéré ou morbide grâce au personnage incarné par le sensationnel Roschdy Zem, Roubaix, une lumière dresse le portrait de simples policiers qui se donnent corps et âme à leur métier, que certains n’ont probablement pas choisi ou d’autres qui au contraire sont nés avec cette vocation. Sur un scénario en béton coécrit avec Léa Mysius (L’Adieu à la nuit d’André Téchiné), Arnaud Desplechin ancre son intrigue, tirée d’une histoire vraie, dans un univers très réaliste, qui contraste avec la sublime photographie stylisée d’Irina Lubtchansky et ses partis-pris tout droit hérités du genre noir. Et c’est une immense réussite, qui on l’espère sera récompensée à la prochaine cérémonie des Césars. Exceptionnel et magnétique, Roschdy Zem peut largement prétendre à la compression du meilleur acteur. C’est en tout cas l’un des plus grands films de 2019.

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Test DVD / L’Intouchable, Harvey Weinstein, réalisé par Ursula Macfarlane

L’INTOUCHABLE, HARVEY WEINSTEIN (Untouchable) réalisé par Ursula Macfarlane, disponible en DVD le 3 janvier 2020 chez Le Pacte

Acteurs : Erika Rosenbaum, Nannette Klatt, Caitlin Dulany, Zelda Perkins, Hope d’Amore, Harvey Weinstein, Paz de la Huerta, Rosanna Arquette, Ronan Farrow…

Photographie : Neil Harvey, Amza Moglan, Patrick Smith

Musique : Anne Nikitin

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 2019

LE DOCUMENTAIRE

L’histoire de l’ascension et de la chute du magnat d’Hollywood Harvey Weinstein. Comment il a acquis et préservé sa toute-puissance au fil des décennies, même quand le scandale menaçait. D’anciens collaborateurs et plusieurs de ses accusatrices décrivent son mode opératoire, ainsi que les conséquences de ses abus sexuels présumés, dans l’espoir que justice soit faite et que les choses bougent enfin…

« Le plus terrible, c’est que le système a permis que ça arrive… ».

Un film centré sur le producteur Harvey Weinstein était une évidence. Si certains y verront un documentaire opportuniste et malgré sa facture on ne peut plus classique, force est de constater que l’oeuvre d’Ursula Macfarlane remet de nombreuses pendules à l’heure et s’avère un constat implacable sur l’un des pires monstres de la fin du XXe siècle. L’Intouchable Harvey Weinstein demeure un film glaçant et souvent passionnant, construit sur le principe d’une tragédie grecque (ascension, revirement, chute), et dont les divers témoignages serrent les tripes du début à la fin.

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Test DVD / Ricordi ?, réalisé par Valerio Mieli

RICORDI ? réalisé par Valerio Mieli, disponible en DVD le 12 novembre 2019 chez Le Pacte

Acteurs : Luca Marinelli, Linda Caridi, Giovanni Anzaldo, Camilla Diana, Anna Manuelli, Eliana Bosi, David Brandon, Benedetta Cimatti, Andrea Pennacchi, Maria Chiara Giannetta…

Scénario : Valerio Mieli

Photographie : Daria D’Antonio

Durée : 1h46

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Ils se sont rencontrés à une fête et se sont aimés tout de suite. C’est une belle et grande histoire d’amour, racontée à travers les souvenirs du jeune couple – des souvenirs altérés par le temps, leurs états d’âme, leurs différents points de vue. Des souvenirs qui finiront par influer sur leur relation.

La plus belle histoire d’amour de 2019, le film de l’année qui résume peut-être le mieux la trentaine déclinante, la peur du temps qui passe, l’envie de bouffer la vie chaque seconde, de profiter de chaque instant, la lutte incessante pour ne pas être envahi de pensées sombres…mais c’est aussi un film solaire illuminé par Linda Caridi, nouvel astre du cinéma italien dont les fossettes et le regard mutin nous font instantanément tombés amoureux d’elle et croire en ce qu’il y a de meilleur. Quasiment dix ans après le délicat et déjà fort recommandable Dix hivers à VeniseDieci inverni, auréolé de près d’une vingtaine de prix dans les festivals du monde entier, Valerio Mieli signe un second long métrage furieusement mélancolique et universel. Le comédien Luca Marinelli retrouve ici un rôle proche de celui qu’il tenait dans son premier film, la sublime Solitude des nombres premiersLa Solitudine dei numeri primi, de Saverio Costanzo, adapté du chef d’oeuvre de Paolo Giordano.

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Test Blu-ray / El Reino, réalisé par Rodrigo Sorogoyen

EL REINO réalisé par Rodrigo Sorogoyen, disponible en DVD et Blu-ray le 21 août 2019 chez Le Pacte

Acteurs : Antonio de la Torre, Monica Lopez, Josep María Pou, Nacho Fresneda, Ana Wagener, Bárbara Lennie, Luis Zahera, Francisco Reyes…

Scénario : Isabel Peña, Rodrigo Sorogoyen

Photographie : Alejandro de Pablo

Musique : Olivier Arson

Durée : 2h11

Date de sortie initiale : 2019

LE FILM

Manuel López Vidal est un homme politique influent dans sa région. Alors qu’il doit entrer à la direction nationale de son parti, il se retrouve impliqué dans une affaire de corruption qui menace un de ses amis les plus proches. Pris au piège, il plonge dans un engrenage infernal.

« Demain, c’est ton tour. »

Révélation de l’année 2016, le cinéaste Rodrigo Sorogoyen avait conquis la critique et les spectateurs avec son premier long métrage réalisé en solo, Que Dios nos perdone. Après 8 citas (2008) et Stockholm (2013), qu’il avait respectivement cosigné avec Peris Romano et Borja Soler, Rodrigo Sorogoyen a bien fait de voler de ses propres ailes. Pour El Reino, il signe un nouveau coup de maître, coécrit une fois de plus avec Isabel Peña, complice du réalisateur depuis plus de dix ans et qui avaient déjà collaboré sur les séries Impares (2008) et La pecera de Eva (2010). El Reino agit comme une caméra embarquée dans un bocal de piranhas. Bienvenue dans le monde des politiciens véreux et corrompus ! Un sujet universel et intemporel, qui renvoie souvent au cinéma engagé transalpin des années 1960, celui de Francesco Rosi, Elio Petri et Giuliano Montaldo. Veine que l’on retrouvera plus tard dans le cinéma américain chez Sidney Lumet et Alan J. Pakula, ou bien encore chez nous chez Costa-Gavras et Yves Boisset dans les années 1970. Mais il y a définitivement un héritage latin dans El Reino, drame politique et psychologique admirable, rythmé comme un thriller paranoïaque, percutant, un véritable uppercut cinématographique.

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Test Blu-ray / Premières vacances, réalisé par Patrick Cassir

PREMIÈRES VACANCES réalisé par Patrick Cassir, disponible le 8 mai 2019 en DVD et Blu-ray chez Le Pacte

Acteurs : Camille Chamoux, Jonathan Cohen, Camille Cottin, Jérémie Elkaïm, Vincent Dedienne, Dominique Valadié, Svetlana Gergova, Bar Levy…

Scénario : Camille Chamoux, Patrick Cassir

Photographie : Yannick Ressigeac

Musique : Alexandre Lier, Sylvain Ohrel, Nicolas Weil

Durée : 1h42

Année de sortie : 2018

LE FILM

Marion et Ben, trentenaires, font connaissance sur Tinder. C’est à peu près tout ce qu’ils ont en commun ; mais les contraires s’attirent, et ils décident au petit matin de leur rencontre de partir ensemble en vacances malgré l’avis de leur entourage. Ils partiront finalement… en Bulgarie, à mi-chemin de leurs destinations rêvées : Beyrouth pour Marion, Biarritz pour Ben. Sans programme précis et, comme ils vont vite le découvrir, avec des conceptions très différentes de ce que doivent être des vacances de rêve…

Il y a les comédies, françaises et autres – car ce serait stupide de considérer que seules les comédies hexagonales sont la plupart du temps ratées – qui semblent avoir été écrites par des adolescents, en style SMS, dans le simple but d’être tournées, sans aucun sens de la mise en scène, pour ensuite finir une seule semaine dans les salles de cinéma. On accueille donc à bras ouverts, non pas l’immonde long métrage de Philippe de Chauveron, mais ces Premières vacances, concoctées par Patrick Cassir et Camille Chamoux. Si le premier, venu du clip (Les Plasticines, Arielle Dombasle, Philippe Katerine, Camelia Jordana, Rose) et de la publicité signe ici son premier long métrage, la seconde a percé depuis quelques années avec ses one-woman-show, puis en apparaissant au cinéma dans Bye Bye Blondie de Virginie Despentes et dans Supercondriaque de Dany Boon. Mais ce sont Les Gazelles, film sorti en 2014 qu’elle co-écrit avec la réalisatrice Mona Achache, qui révèle son univers, son tempérament volcanique et son humour décalé. Après le succès de Larguées d’Eloïse Lang, la comédienne signe le scénario de Premières vacances avec son compagnon Patrick Cassir. Et c’est une belle réussite. Non seulement le film est drôle et bien écrit, mais il donne également matière à réflexion sur l’amour au XXIe siècle dans les grandes villes, tout en offrant à l’excellent Jonathan Cohen l’occasion de briller une fois de plus devant la caméra. Et n’oublions pas la participation de Camille Cottin, Jérémie Elkaïm, Caroline Anglade et d’autres qui campent des personnages satellites qui gravitent autour du noyau central de ce very bad trip qui n’oublie pas d’être romantique.

Marion et Ben font connaissance sur Tinder. Ils se donnent rendez-vous un soir sur le bassin de la Villette. Ils font connaissance. Malgré leurs caractères complètement opposés, le courant passe bien, à tel point qu’ils couchent finalement ensemble et décident de partir en vacances à deux, en dépit des doutes de leurs amis et de leurs familles. Les deux tourtereaux se rendront en Bulgarie, pays qui se situe à mi-chemin de leurs destinations initialement envisagées. Sur place, les caractères, désirs, phobies, doutes et sentiments se dévoilent réellement.

Premières vacances est une sorte de road-movie doux-amer, inspiré, joliment mis en scène avec des paysages étonnants – ceux de la Bulgarie – très peu vus au cinéma. Le rythme est maîtrisé, les répliques tordantes et le couple vedette en parfaite osmose. Camille Chamoux, véritable pile électrique est aussi plus sobre qu’à l’accoutumée, rien de péjoratif à dire cela puisque son personnage est ici plus “relax” que le personnage incarné par Jonathan Cohen. Ce dernier, l’une des plus belles révélations comiques de ces quinze dernières années à la télévision (Bref, Serge le Mytho) et au cinéma (Un plan parfait de Pascal Chaumeil, Budapest de Xavier Gens et dernièrement dans Amanda de Michaël Hers) explose enfin en tant que véritable tête d’affiche. Assurément l’un des acteurs français à suivre de près.

Sur une très belle photographie de Yannick Ressigeac, Premières vacances enchaîne les scènes comme on ferait défiler les pages d’un album de photos souvenirs, avec un rythme soutenu, des péripéties calibrées et bien senties, sans jamais oublier la réflexion qui se fraye un chemin, notamment quand le couple se rend dans un hôtel moderne où le confort social, et donc les vraies différences entre les deux individus, se révèlent et s’exacerbent. C’est donc une vraie bonne surprise que cette comédie, excellente, à placer sur le haut du panier du genre et qui s’avère déjà l’une des réussites de l’année 2019.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Premières vacances, disponible chez Le Pacte, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Pour compléter le film, l’éditeur propose deux entretiens. Le premier avec le réalisateur Patrick Cassir et le second avec les comédiens Camille Chamoux et Jonathan Cohen. Nous retiendrons surtout l’intervention du metteur en scène et co-scénariste qui revient sur son parcours, la genèse du film, l’écriture du scénario avec sa compagne Camille Chamoux. Patrick Cassir explique avoir voulu filmer différemment celle qui partage sa vie. Les scènes improvisées (l’apéro-cul), les thèmes, le tournage en Bulgarie, le travail avec le chef opérateur, les volontés artistiques et partis pris sont également abordés.

Jonathan Cohen et Camille Chamoux reviennent pour ainsi dire sur les mêmes sujets avec enthousiasme et une évidente complicité.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Le Pacte frôle la perfection avec le master HD de Premières vacances. Toutes les scènes se déroulant en extérieur impressionnent par leur rendu saisissant. Le piqué reste tranchant comme la lame d’un scalpel, les détails abondent sur le cadre large, la profondeur de champ est appréciable, les contrastes sont denses et la colorimétrie chatoyante. L’encodage AVC consolide l’ensemble, la luminosité ravit constamment les yeux. Un très bel écrin qui sied à ravir à l’élégante photo du chef opérateur Yannick Ressigeac.

Le spectacle est également assuré du point de vue acoustique grâce à un mixage DTS-HD Master Audio 5.1 qui exploite toutes les enceintes dans leurs moindres recoins. La balance frontale est percutante, les effets nets et précis, les dialogues savamment délivrés sur le point central et les ambiances latérales constantes participent à l’immersion du spectateur. La musique bénéficie d’une belle spatialisation. N’oublions pas le caisson de basses qui tire habilement son épingle du jeu à de multiples reprises. La Stéréo est évidemment plus plate, mais ne démérite pas. L’éditeur joint également une piste audiodescription ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Le Pacte / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Une affaire de famille, réalisé par Hirokazu Kore-Eda

UNE AFFAIRE DE FAMILLE (Manbiki kazoku – 万引き家族) réalisé par Hirokazu Kore-Eda, disponible en DVD et Blu-ray chez Le Pacte le 24 avril 2019

Acteurs : Lily Franky, Andô Sakura, Matsuoka Mayu, Kilin Kiki, Kairi Jyo, Miyu Sasaki, Ikematsu Sôsuke, Moemi Katayama…

Scénario : Hirokazu Kore-Eda

Photographie : Ryûto Kondô

Musique : Haruomi Hosono

Durée : 2h01

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Au retour d’une nouvelle expédition de vol à l’étalage, Osamu et son fils recueillent dans la rue une petite fille qui semble livrée à elle-même. D’abord réticente à l’idée d’abriter l’enfant pour la nuit, la femme d’Osamu accepte de s’occuper d’elle lorsqu‘elle comprend que ses parents la maltraitent. En dépit de leur pauvreté, survivant de petites rapines qui complètent leurs maigres salaires, les membres de cette famille semblent vivre heureux – jusqu’à ce qu’un incident révèle brutalement leurs plus terribles secrets…

Le réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda a encore frappé ! Et une fois de plus en plein coeur ! Né en 1962, le cinéaste multi-récompensé pour After Life (1998), Nobody Knows (2004), Still Walking (2008), Notre petite sœur (2015) et bien d’autres aura remporté le Saint Graal en 2018 avec Une affaire de famille, magnifique chronique douce-amère qui réconcilie enfin le cinéma d’auteur avec le cinéma populaire, surtout un an après le calamiteux The Square du suédois Ruben Östlund. Il fallait en effet remonter dix ans en arrière avec Entre les murs de Laurent Cantet, pour trouver une Palme d’or aussi optimiste et lumineuse malgré les évènements narrés. Une affaire de famille happe les spectateurs d’entrée de jeu avec une mise en scène proche du documentaire en composant plusieurs portraits croisés de marginaux. Unis sous un même toit, d’âge très différent, rejetés par la société, trois femmes, un homme et un petit garçon, bientôt rejoints par une petite fille, qui vont pourtant se soutenir face à l’adversité, en (sur)vivant grâce au vol et à la débrouillardise. Deux heures de pur bonheur, un merveilleux long métrage magistralement mis en scène et interprété par des comédiens en état de grâce, Lily Franky, Sakura Ando, Mayu Matsuoka, Kirin Kiki, Kairi Jyo et la petite Miyu Sasaki. Voilà enfin une Palme d’or méritée !

Les Shibata, famille pauvre qui vit grâce à la débrouille, recueillent une petite fille dans la rue. Hatsue, la vieille dame qui les héberge, perçoit une petite retraite. Osamu travaille en indépendant sur un chantier de construction, se blesse sans pouvoir prétendre à des indemnités. Nobuyo travaille dans une blanchisserie, subit une compression de personnel. Aki est une adolescente qui a quitté ses parents et vit de ses charmes, en cabine privative de peep show. Shōta, le jeune garçon, a été trouvé dans une voiture. Et Juri/Yuri, la petite fille, a manifestement été battue et délaissée par ses parents, depuis que sa grand-mère est morte. Tout ce chaos forme une famille, parce que chacun de ses membres l’a choisi. Osamu et Shota volent à l’étalage. Et Yuri, devenue Rin, est initiée, alors que Shota commence à s’interroger.

En refusant le misérabilisme et le spectaculaire, Hirokazu Kore-eda livre un des films les plus solaires vus depuis longtemps sur la Croisette. Là où d’autres se seraient vautrés dans un ersatz d’Affreux, sales et méchants, chef d’oeuvre d’Ettore Scola, le réalisateur éclaire ses personnages, enfants, jeune adolescent, jeunes femmes, homme mature et femme d’âge mur en les caressant de sa caméra avec une infinie douceur. Proche du néoréalisme italien par ses partis pris, mais vouant également un amour absolu pour Les 400 coups de François Truffaut, Kes de Ken Loach et Amarcord de Federico Fellini, Hirokazu Kore-eda avec Une affaire de famille traite d’un sujet social et même politique propre au Japon, avec une sensibilité nippone et des partis pris quasi-européens. Hirokazu Kore-eda filme les visages, la confrontation des générations en vase clos, la peur de la solitude, l’attachement des êtres que le destin a réunis, avec un sens personnel de la fable et toujours teinté de poésie.

Des récits initiatiques qui se croisent, qui se rentrent dedans, qui s’imbriquent jusqu’au dernier acte où l’ordre social traditionnel souhaite reprendre ses droits. Une « famille » recomposée, sans liens du sang, mais malgré tout plus forte que tout. Une affaire de famille a été récompensé par le César du meilleur film étranger, après avoir connu un très beau succès dans les salles françaises avec près de 800.000 entrées.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray d’Une affaire de famille, disponible chez Le Pacte, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Une interactivité malheureusement réduite pour ce chef d’oeuvre de l’année 2018…

Il faudra se contenter de deux micro-interviews du réalisateur Hirokazu Kore-eda (4’30 et 2’20) durant lesquelles le cinéaste revient sur les thèmes du film, sur la genèse d’Une affaire de famille, ses intentions et partis pris, ainsi que sur ses inspirations à l’instar des longs métrages de Robert Benton (Kramer contre Kramer).

Cette section se clôt sur une très belle galerie de photos de tournage et la bande-annonce.

L’Image et le son

Un très bel objet que ce master HD. L’image bénéficie d’un codec AVC de haut niveau, renforçant les contrastes, ainsi que les détails aux quatre coins du cadre. Certains plans nocturnes sont magnifiques et tirent entièrement parti de cette élévation en Haute Définition. Les gros plans peuvent être analysés sans problème puisque la caméra colle parfois au plus près des personnages, les ombres et les lumières s’accordent parfaitement. Ce Blu-ray est une franche réussite technique.

Deux pistes au choix, japonaise et française DTS-HD Master Audio 5.1. La version originale 5.1 s’avère tout d’abord dynamique, spatialisée avec une ardeur inattendue, mettant notamment en valeur les ambiances naturelles. Les latérales sont actives dès la première image, les frontales sont également percutantes et le spectateur est immédiatement plongé dans le récit. Les séquences en intérieur et donc plus intimistes sont évidemment plus feutrées, reposent évidemment plus sur les enceintes avant. En revanche, les dialogues sont percutants sur la centrale, que vous ayez opté pour la version française (évidemment facultative) ou la piste japonaise. L’éditeur joint également une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Le Pacte / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Roulez jeunesse, réalisé par Julien Guetta

ROULEZ JEUNESSE réalisé par Julien Guetta, disponible en DVD et Blu-ray le 28 novembre 2018 chez Le Pacte

Acteurs : Eric Judor, Laure Calamy, Brigitte Roüan, Ilan Debrabant, Louise Labeque, Déborah Lukumuena, Marie Kremer, Satya Dusaugey…

Scénario : Dominique Baumard, Julien Guetta

Photographie : Benjamin Roux

Musique : Thomas Krameyer

Durée : 1h20

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Alex, 43 ans, est dépanneur automobile dans le garage que dirige sa mère d’une main de fer. Un jour, il dépanne une jeune femme et passe la nuit chez elle ; mais au petit matin, elle a disparu, lui laissant trois jeunes enfants sur les bras…

Mouais…la critique a été plutôt élogieuse et positive pour le premier long métrage de Julien Guetta, diplômé de la Fémis, département « scénario », promotion 2009. Après moult courts métrages et le scénario de Joueurs de Marie Monge, le jeune cinéaste passe au format long avec Roulez jeunesse. Très inspiré par les liens familiaux et l’héritage familial, Julien Guetta développe ces thèmes dans son premier film. Très mal vendu, comme une simple « comédie de l’été », Roulez jeunesse est pourtant une œuvre mi-figue mi-raisin, qui hésite constamment entre un humour léger et des éléments dramatiques sérieux. Le résultat est trop hésitant pour convaincre. Le choix d’Eric Judor dans le rôle principal était on ne peut pus judicieux et si le comédien est aussi excellent qu’attachant, rien ou pas grand-chose ne fonctionne dans Roulez jeunesse.

Pour une fois, l’affiche est raccord avec le film qu’elle vend. C’est bleu, c’est jaune. Roulez jeunesse n’est qu’une comédie française comme les autres qui tente de donner le change en prenant un virage aussi inattendu que maladroit. Julien Guetta enchaîne alors les gags et quiproquos jamais crédibles et s’emmêle les pinceaux en voulant bien faire et montrer ce dont il est capable. Il y a de bonnes choses dans Roulez jeunesse, les comédiens surtout avec donc un Eric Judor au top de sa forme et dont le talent dramatique semble avoir étonné une partie de la presse qui le considérait sûrement comme un simple trublion sans autres cordes à son arc. Il est parfait dans le rôle de ce (faux) Tanguy malgré-lui dont la mère, incarnée par la géniale Brigitte Rouän, est propriétaire d’un garage dans lequel il bosse, ou du moins il voit passer les jours au volant de sa dépanneuse. La quarantaine entamée, Alex n’a sûrement pas vu passer les années. Pour la première fois de sa vie, il va devoir prendre quelques décisions importantes qui pourraient bien déterminer le futur de trois gamins (dont un bébé) dont la mère camée a disparu. Ça fait beaucoup d’éléments pour ce petit film, qui n’a clairement pas les moyens de ses ambitions et surtout la maturité qui lui faudrait.

C’est gentillet, mais disons le mot c’est aussi nul. Les gamins sont amusants deux minutes, mais tout est tellement rabattu, cliché, prévisible. Si le film est court (1h20 montre en main), le rythme est très mal géré, c’est long, redondant. Dommage, car Julien Guetta, grand cinéphile, a de grandes références et évoque même Cinq pièces facilesFive Easy Pieces de Bob Rafelson avec Jack Nicholson pour Roulez jeunesse, ainsi que les films de Ken Loach, Martin Scorsese et Steven Spielberg. On se demande juste quel est vraiment le rapport avec son premier long métrage.

Récit initiatique certes, mais tout va trop vite en besogne et le personnage principal évolue bien trop rapidement en prenant une décision importante, sans que rien ne le laisse présager. Finalement, le plus beau personnage du film est l’assistante sociale interprété par la géniale et sensuelle – même coiffée comme un dessous-de-bras – Laure Calamy, dont la douceur et la force de caractère apportent l’âme dont Roulez jeunesse a sacrément besoin. C’est donc un téléfilm Modem, il en a d’ailleurs la couleur orangée, en roue libre, sans force de caractère, qui se laisse regarder, mais qui ne fait ni chaud ni froid.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Roulez jeunesse, disponible chez Le Pacte, repose dans un boîtier économique de couleur bleue, glissé dans un surétui cartonné qui reprend le visuel de l’affiche. Le menu principal est animé et musical.

L’entretien avec Julien Guetta est très sympathique (20’). On serait même tenté de redonner une chance à son premier long métrage tant le réalisateur s’avère attachant et visiblement amoureux du cinéma. L’interviewé revient sur son parcours, ses thèmes de prédilection (la famille, la filiation), les partis pris et ses intentions pour Roulez jeunesse, le casting, le travail avec le chef opérateur Benjamin Roux et cite ouvertement Maurice Pialat, Claude Sautet, Steven Spielberg, Martin Scorsese et bien d’autres comme cinéastes de prédilection.

On enchaîne avec trois scènes coupées plus ou moins amusantes, surtout celle en version intégrale où Alex se retrouve flanqué d’un automobiliste complètement camé (7’).

L’éditeur joint également un court-métrage de Julien Guetta, intitulé Lana Del Roy (26’). Jean-Philippe se reconstruit enfin depuis qu’il sort avec Lana, une fleuriste qui bouscule son quotidien morose. Mais au moment des présentations avec son fils Morgan, ce dernier découvre que Lana est une ancienne star du porno. Réalisé en 2016, ce petit film émeut, mais les comédiens peinent à convaincre réellement.

L’interactivité se clôt sur une galerie de photos et la bande-annonce.

L’Image et le son

Ce transfert HD est soigné, avec une prédominance de couleurs vives et pétillantes (explosion de teintes jaunes et bleues), des contrastes au beau fixe et un piqué agréable. La définition est au top, les détails foisonnants sur le cadre large et ce master demeure un bel objet avec un relief omniprésent, des séquences diurnes aussi magnifiques qu’étincelantes et un grain léger.

Dès le générique, la piste DTS-HD Master Audio 5.1 sollicite l’ensemble des enceintes et offre une solide spatialisation. Ce mixage fait la part belle à la musique, présente pendant tout le film. Les dialogues se détachent sans mal sur la centrale, tandis que les ambiances naturelles en extérieur demeurent constantes comme le bruit assourdissant de la circulation sur l’autoroute. Le spectacle acoustique est assuré. L’éditeur joint également une piste DTS-HD Master Audio 2.0 de fort bon acabit, des sous-titres destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Céline Nieszawer / Ivan Mathie / Le Pacte / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD, Visages, villages, réalisé par Agnès Varda et JR

VISAGES, VILLAGES réalisé par Agnès Varda et JR, disponible en DVD et Blu-ray le 22 novembre 2017 chez Le Pacte

Avec :  Agnès Varda et JR

Musique : Matthieu Chedid

Durée : 1h25

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Agnès Varda et JR ont des points communs : passion et questionnement sur les images en général et plus précisément sur les lieux et les dispositifs pour les montrer, les partager, les exposer. Agnès a choisi le cinéma. JR a choisi de créer des galeries de photographies en plein air. Quand Agnès et JR se sont rencontrés en 2015, ils ont aussitôt eu envie de travailler ensemble, tourner un film en France, loin des villes, en voyage avec le camion photographique (et magique) de JR. Hasard des rencontres ou projets préparés, ils sont allés vers les autres, les ont écoutés, photographiés et parfois affichés. Le film raconte aussi l’histoire de leur amitié qui a grandi au cours du tournage, entre surprises et taquineries, en se riant des différences.

55 ans les séparent. Pourtant, JR, artiste contemporain né en 1983, spécialisé dans la technique du collage photographique et Agnès Varda, réalisatrice, photographe et plasticienne née en 1928 se ressemblent énormément et sont constamment inspirés par les gens. Ceux dont ils capturent les visages, les gestes, parfois avortés, les héros du quotidien. JR et Agnès Varda décident de sillonner les routes de France à bord de la camionnette-studio du street-artist. Ils désirent aller à la rencontre des gens, leur parler, les photographier, développer les photos et les afficher en grand dans leurs lieux de vie. JR et Varda croisent des ouvriers, des agriculteurs, une serveuse. Agnès Varda voudrait également que JR montre enfin ses yeux, toujours dissimulés derrière des lunettes noires.

Si Agnès Varda a imprimé sur pellicule les yeux et les rides de comédiens professionnels comme ceux des petites gens dans ses documentaires, JR a fait de même avec du papier collé sur des châteaux d’eau, des wagons, des façades vierges, des portes et des escaliers du monde entier. Amoureux de la vie et débordant d’énergie, même si la grande petite dame du cinéma français qui avoisine les 90 ans trottine plus qu’elle ne marche aujourd’hui, les deux complices font preuve d’une réelle alchimie tant dans leur démarche artistique que dans la vie de tous les jours, JR apparaissant finalement comme le petit-fils spirituel de la cinéaste.

« L’art est public » pourrait-on dire en visionnant Visages, villages, bien plus attachant et surtout plus intéressant que les deux derniers longs métrages de Raymond Depardon, Journal de France (2012) et Les Habitants (2016), qui se regardaient filmer en se reposant sur ses lauriers. On peut reprocher à Visages, villages son côté mis en scène, son manque de spontanéité, des propos trop écrits et mollement récités par JR en postsynchronisation, finalement bien plus à l’aise quand il entreprend de coller lui-même des poissons géants en haut d’un échafaudage, sans oublier l’aspect énervant quand Agnès Varda et son acolyte en font trop dans l’émotion que l’on sent factice, gros soucis du dernier acte? Pourtant, le charme n’a de cesse d’agir. Visages, villages, « collage » et road-trip né de la rencontre entre Agnès Varda et JR organisée par Rosalie Varda, la fille de la réalisatrice, emmène JR en territoire inconnu, la campagne française, lui qui oeuvre principalement dans l’environnement urbain. Deux univers opposés, même si Agnès Varda a souvent filmé la ville, ses rues et leurs surprises (Cléo de 5 à 7, Daguerréotypes, Les Dites cariatides), se confrontent, dialoguent et s’apprivoisent immédiatement grâce au même amour pour les gens qu’ils croisent sur la route et sur certains chemins perdus.

Agnès Varda et JR atterrissent donc dans des endroits reculés, tandis que la camionnette customisée en cabine de photomaton géante attire la population, qui se prête ensuite au jeu des projets improvisés des deux artistes, en donnant la parole aux protagonistes, en particulier aux femmes, comme cette formidable séquence avec les épouses des dockers du Havre. C’est ce qui fait la réussite de cette entreprise, qui parvient finalement à trouver le bon équilibre entre la mise en avant des français et l’aspect autobiographique, qui relie finalement Visages, villages aux merveilleuses Plages d’Agnès, comme une fable sur le temps qui passe. Si les souvenirs d’Agnès Varda sont bien vivants dans sa tête et que la cinéaste en emmagasine d’autres avant que ses yeux, qui s’affaiblissent plus chaque jour, ne puissent plus rien imprimer, JR parvient grâce à son art à les ramener de manière éphémère à la réalité. C’est beau, universel, poétique et poignant.

LE DVD

Le test du DVD de Visages, villages, disponible chez Le Pacte, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Une toute petite interactivité pour cette édition.

Dans Visages, villages, Agnès Varda compare JR à Jean-Luc Godard, qui avait accepté d’ôter ses célèbres lunettes fumées pour jouer dans l’un de ses courts-métrages, Les Fiancés du pont Mac Donald ou (Méfiez-vous des lunettes noires), mini-film burlesque extrait de Cléo de 5 à 7 (1961) dans lequel « un jeune homme voit la vie en noir quand il porte des lunettes noires. Il lui suffit de les ôter pour que les choses s’arrangent ». Un extrait est d’ailleurs inséré lors de cette scène. Le Pacte propose de visionner ce court-métrage muet, en N&B et virevoltant dans son intégralité (5’). L’occasion d’admirer encore et toujours les complices d’Agnès Varda, Jean-Luc Godard, Anna Karina, Jean-Claude Brialy, Sami Frey, Danielle Delorme, Eddie Constantine et Yves Robert, sur une improvisation musicale de Michel Legrand.

S’ensuivent deux scènes coupées ou allongées, la cabine de plage (4’) et le Département de lettres modernes (3’30).

Cette section se clôt sur une visite de Matthieu Chedid dans le refuge d’Agnès Varda, rue Daguerre (3’30), le teaser et la bande-annonce du film.

L’Image et le son

Dommage de ne pas avoir reçu l’édition HD, car Visages, villages bénéficie d’une édition DVD déjà soignée, qui parvient à restituer les belles images glanées par Agnès Varda et JR tout au long de leurs pérégrinations. La profondeur de champ impressionne, le cadre est très élégant, la colorimétrie scintillante et le relief omniprésent. L’encodage consolide l’ensemble avec fermeté, le piqué est appréciable, les noirs compacts, les ambiances chaudes et les contrastes denses.

A première vue, ou devrait-on dire plutôt à l’oreille, le choix d’une piste Dolby Digital 5.1 pouvait peut-être déconcerter quelque peu pour un film de cet acabit. Pourtant, force est d’admettre que cette option parvient à mettre Visages, villages en valeur avec de belles ambiances intelligemment spatialisées. Les éléments naturels ne manquent pas (le vent, la mer) quand Agnès Varda et JR s’arrêtent pour rencontrer certains habitants, tandis que les voix des protagonistes demeurent constamment claires. Cette piste est donc bien plus qu’une alternative à la piste Stéréo, également de haute qualité. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont disponibles, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Le Pacte / Ciné-Tamaris / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Paterson, réalisé par Jim Jarmusch

PATERSON réalisé par Jim Jarmusch, disponible en DVD et Blu-ray le 26 avril 2017 chez Le Pacte

Acteurs : Adam Driver, Golshifteh Farahani, Kara Hayward, Trevor Parham, William Jackson Harper, Frank Harts

Scénario : Jim Jarmusch

Photographie : Frederick Elmes

Musique : Jim Jarmusch, Carter Logan, Sqürl

Durée : 1h58

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Paterson vit dans une ville qui porte le même nom que lui, dans l’Etat du New Jersey. La cité, qui a hébergé plusieurs écrivains, de William Carlos Williams à Allen Ginsberg, inspire également le jeune homme. Chauffeur de bus, Paterson est aussi un poète minimaliste, qui consigne tous ses textes dans un petit carnet. En dehors de cette activité, la vie de Paterson, qui boit tous les jours une bière dans le même bar avant de rentrer chez lui, est parfaitement réglée. Celle de son épouse, l’enthousiaste Laura, artiste particulièrement inventive, s’articule autour du noir et du blanc, qu’elle décline dans toutes ses créations…

Paterson aurait mérité la Palme d’Or. Voilà c’est lâché d’entrée de jeu. Le douzième long métrage de Jim Jarmusch est tellement unique, décalé, inclassable, qu’on lui décernerait d’ailleurs tous les prix. C’est un film magique, mûrit pendant vingt ans, qui agit comme une petite séance d’hypnose, qui installe un univers délicat, moelleux et tendre, teinté d’humour, bordé d’amour et débordant de poésie. Paterson (Adam Driver) vit à Paterson, New Jersey, 150.000 habitants, ville de poètes en décrépitude qui vit passer William Carlos Williams ou encore Allen Ginsberg. Chauffeur de bus d’une trentaine d’années, il mène une vie réglée aux côtés de Laura (Golshifteh Farahani), qui multiplie projets et expériences avec enthousiasme, et de Marvin, bouledogue anglais. Chaque jour, Paterson écrit des poèmes sur un carnet secret qui ne le quitte jamais.

Jim Jarmusch filme le quotidien dans ce qu’il a de plus pur, de plus simple, comme les rituels du matin, 6h15, quand Paterson et Laura se réveillent doucement, caressés par les premiers rayons du soleil. Puis Paterson prend son breakfast avant d’aller travailler. Jim Jarmusch filme sa petite ville située à une trentaine de kilomètres de New York, comme isolée sous un dôme qui serait quasi-infranchissable pour son personnage principal. Il se dégage de Paterson, le film et non le personnage principal, une aura presque fantastique, à l’instar de l’omniprésence de jumeaux croisés sur le chemin du travail. Comme dans Groundhog Day, chaque jour est un éternel recommencement avec les mêmes habitudes d’un couple de jeunes trentenaires. Paterson ne s’en plaint pas, tout comme sa compagne.

S’il n’a visiblement pas l’occasion de dépasser souvent le panneau de sortie de la ville, cela n’empêche pas Paterson de s’évader à travers les mots. Ceux qu’il écoute à travers les multiples conversations dans son bus, le numéro 23, mais aussi ceux qui le hantent, ceux qui viennent à lui, ceux qui doivent être posés dans un carnet qui leur sont destinés. Paterson se réserve plusieurs moments dans la journée, ce sont les siens, faits uniquement pour lui, tandis qu’il se repose dans des lieux encore marqués par la présence du poète William Carlos Williams (1883-1963), grand représentant du modernisme et de l’imagisme, qui lui aussi exerçait une activité professionnelle en parallèle (pédiatre et médecin généraliste) à l’écriture. Dans un autre registre, mais tout aussi présent, il y a aussi le comique Lou Costello, célèbre comparse d’Abbott et dont la statue de bronze trône sur une place. Le personnage principal, magnifiquement interprété par un Adam Driver en état de grâce, n’a pas la prétention d’égaler son poète de référence, qui est d’ailleurs encore omniprésent dans la ville à travers les monuments et fêtes locales organisées, mais les mots le font avancer, accepter doucement, mais sûrement le quotidien. Ces mots exsudent dans une quasi-psalmodie, puis couchés sur le papier, avant d’être recopiés le soir devant une bière en parlant de tout et surtout de rien avec le barman.

Dans cette ville ouvrière, Jim Jarmusch, ne cherche pas le réalisme ou l’étude sociale, d’autant plus que Paterson est une ville en réalité marquée par une forte criminalité et une grande violence jamais évoquées dans le film. Ce que le réalisateur souhaite restituer, c’est cette bulle de confort souvent décriée ou mal vue du train-train, mais aussi la possibilité pour les êtres sensibles d’y trouver leur bonheur et de s’y épanouir. Paterson a donc sa petite amie Laura à ses côtés. Lumineuse, pour ne pas dire solaire, pléonasme quand on sait qu’elle est incarnée par Golshifteh Farahani, Laura déborde de projets : réaliser des cupcakes pour les vendre ensuite sur le marché, dessiner sur les rideaux (elle est décoratrice à ses heures) en noir et blanc uniquement, embrasser Paterson quand il revient du travail, gratter la tête de son chien Marvin tout en pensant peut-être à devenir une chanteuse country. Marvin n’est pas oublié et campe le troisième personnage à part entière du film. Burlesque, charismatique (oui), expressif, ce bouledogue (en réalité campé par la chienne Nellie, disparue avant la sortie du film) a lui aussi ses rituels, notamment avec le poteau de la boîte aux lettres.

Les jours s’écoulent doucement pour Paterson et Laura, ils sont heureux ensemble, on les regarde avec les yeux brillants, on se sent bien avec eux. Jim Jarmusch capture l’essence d’une ville, d’un quartier, d’une maison en particulier et de son trio de personnages ordinaires et pourtant héros de tous les jours, qui parviennent à transformer la vie courante et l’accoutumé en nouvelle aventure. Chaque lever de soleil sera accompagné de nouveaux mots, d’une nouvelle position dans le lit, des cheveux de Laura qui seront étalés différemment sur l’oreiller et dans lesquels on aimerait se noyer. L’humour, la singularité, la poésie sont présents journellement, dans les petits détails ordinaires, dans les instantanés, la pluie, les allumettes de différentes marques disposées un peu partout dans la maison, sans raison aucune, mais dont on remarque la présence, tout en s’interrogeant sur leur diversité et en louant leur beauté singulière.

Alors embarquez à bord de ce bus et laissez vous conduire par Paterson qui vous emmènera à travers les rues lumineuses de cette fable miraculeuse, qui rend le plus bel hommage qui soit aux artistes du quotidien.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Paterson, disponible chez Le Pacte, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Gros bémol de cette édition, l’absence de suppléments en dehors de la bande-annonce.

L’Image et le son

Le Blu-ray au format 1080p est édifiant sur les séquences diurnes tournées en extérieur, avec une admirable restitution des textures et un relief confondant. Même chose dans les intérieurs et les scènes sombres, avec un report des détails mais qui aurait pu être encore plus incisif et le piqué plus vif. La définition n’est évidemment pas décevante et les contrastes sont denses à souhait. La colorimétrie est également éclatante, la clarté très agréable et le cadre habilement exploité avec une brillante profondeur de champ.

Nous trouvons ici deux pistes DTS-HD Master Audio 5.1, anglaise et française. Disons le d’emblée, le soutien des latérales est anecdotique pour un film de cet acabit. Les enceintes arrière servent essentiellement à spatialiser la très belle musique du film et quelques ambiances naturelles. Les dialogues et la balance frontale jouissent d’une large ouverture, et parviennent à instaurer un confort acoustique suffisant. Les sous-titres sont imposés sur la version originale. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants, ainsi qu’une piste d’audiodescription DTS Digital Surround 2.0.

Crédits images : © Mary Cybulski / Le Pacte / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr