Test Blu-ray / La Guerre des gangs, réalisé par Lucio Fulci

LA GUERRE DES GANGS (Luca il contrabbandiere) réalisé par Lucio Fulci, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livre + CD bande originale le 21 avril 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Fabio Testi, Marcel Bozzuffi, Ivana Monti, Enrico Maisto, Guido Alberti, Saverio Marconi, Ferdinando Murolo, Fabrizio Jovine, Daniele Dublino, Venantino Venantini…

Scénario : Ettore Sanzò, Gianni De Chiara, Giorgio Mariuzzo & Lucio Fulci

Photographie : Sergio Salvati

Musique : Fabio Frizzi

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1980

LE FILM

Luca est contrebandier de cigarettes à Naples avec son frère Micky. Malgré les risques encourus, cette activité lui assure une vie confortable avec sa femme et son fils, loin de la misère milanaise qu’ils ont fuie quelques années auparavant. Mais un jour, lors d’une opération, Luca et ses camarades sont pris en chasse par la Garde des finances. À la suite d’une course poursuite en bateau, les contrebandiers parviennent à s’échapper après avoir sacrifié leur cargaison. Micky pense alors que Sciarrino, un autre contrebandier, les a dénoncés. Peu de temps après, il est sauvagement abattu au bord d’une route. Luca n’a alors qu’une idée en tête : retrouver l’assassin de son frère. Durant son enquête, il va apprendre l’arrivée du  » Marseillais « , un redoutable trafiquant de drogue qui souhaite s’installer dans la ville…

Quand Lucio Fulci (1927-1996) décide de réaliser La Guerre des gangs Luca il contrabbandiere, L’Enfer des zombies Zombi 2 n’est pas encore sorti sur les écrans. Celui qui allait devenir définitivement « le poète du macabre » ou « le parrain du gore » emballe donc son unique poliziottesco, genre qu’il n’affectionnait pas du tout, qui était en plus à bout de souffle, mais qu’il parasite, infecte, gangrène, explose de l’intérieur en y apposant sa griffe à chaque séquence, pour ne pas dire à chaque plan. Excessivement violent, La Guerre des gangs n’est assurément pas à mettre devant tous les yeux et demeure encore aujourd’hui réservé à un public averti. Car on ne peut pas dire que le signore Fulci y va avec le dos de la cuillère et montre tour à tour une demoiselle se faire griller le visage au bec bunsen (et la scène de durer), des sbires se faire trucider (la gorge et le crâne explosés, une bombe posée ici et là), une autre femme se faire violer (par sodomie), pendant que son compagnon écoute, impuissant, le drame au téléphone…Bref, le cinéaste n’est pas là pour rigoler et montre que le monde de la Camorra non plus. Thriller dramatique sanglant (le gore s’invite à la partie), psychologique, anxiogène, La Guerre des gangs (à ne pas confondre avec le film d’Umberto Lenzi) offre à Fabio Testi, qui retrouvait le réalisateur cinq ans après le formidable Les Quatre de l’apocalypseI quattro dell’apocalisse, l’un de ses meilleurs rôles. On ressort lessivé, éreinté de Luca il contrabbandiere, référence ultime du néopolar, devant lequel les opus contemporains font bien grise mine. Capolavoro.

Luca Ajello est un trafiquant de cigarettes qui opère à Naples et dispose d’une équipe de chauffeurs de bateaux à moteur à ses ordres. Après une poursuite en mer par la police, Luca soupçonne son rival Sciarrino de vouloir le piéger en transmettant des informations à la police afin de lui reprendre le commerce de cigarettes. Quelque temps plus tard, Luca et Michele sont victimes d’une embuscade organisée par de faux policiers : Michele est tué tandis que Luca s’en sort miraculeusement. Perlante, un autre parrain de la mafia milanaise, lui conseille de quitter la ville, mais Luca refuse. Lors des funérailles, célébrées dans le golfe avec une flotte de bateaux à moteur, Luca jure de venger son frère. Il décide d’affronter Sciarrino et entre chez lui, mais il se fait désarmer et on le passe brutalement à tabac. Sciarrino épargne sa vie, ajoutant qu’il n’a rien à voir avec la mort de son frère. Une dénonciation amène Luca à suivre la piste d’un homme appelé le Marseillais, un trafiquant de drogue. Lorsque Luca atteint son bateau, il trouve un des dealers du Marseillais et le torture pour obtenir des informations sur son chef. Il téléphone ensuite à Perlante pour en savoir plus sur cet individu, qui semble faire un marché avec la Camorra pour le trafic de drogue.

Faut pas le chauffer le Marseillais ! D’ailleurs, c’est lui qui entreprend de punir la pauvre Ingrid, une jeune fille qui a eu le culot de tenter de le tromper avec une drogue coupée au bicarbonate. Fidèle à la tradition française, le type, sûrement supporter de l’O.M., s’empare d’un bec bunsen qui traînait sur la table pour lui brûler une partie du visage. Lucio Fulci n’épargne rien, ni personne et montre frontalement l’horreur. C’est en cela que La Guerre des gangs est un vrai film d’épouvante à part entière et l’effroi est d’autant plus grand, que la peur s’installe dans un cadre réaliste, sans morts-vivants, ni forces surnaturelles. À l’instar du ParrainThe Godfather de Francis Ford Coppola, matrice d’un sous-genre à part entière, autrement dit celui du film de mafia, Lucio Fulci et ses coscénaristes, Ettore Sanzò (La Dernière maison sur la plage, Section de choc, La Bête tue de sang-froid) et Giorgio Mariuzzo (Aenigma, L’Au-delà, La Maison près du cimetière), dissèquent la réaction en chaîne de la violence, à l’instar de la série d’attaques destinée à éliminer certains parrains concurrents.

Le réalisateur s’adjoint les services du chef opérateur Sergio Salvati, avec lequel il avait déjà collaboré précédemment sur Selle d’argent, L’Emmurée vivante et L’Enfer des zombies. Les partis-pris souvent proches du documentaire (de véritables contrebandiers ont même contribué au budget, ainsi qu’à certains dialogues) créent une immersion immédiate, puisque les trafiquants de cigarettes se retrouvent avec la répression des fraudes collée à leurs baskets dans les cinq premières minutes du film. Une poursuite en hors-bord, filmée pied au plancher, où l’eau couleur menthe glacée se confond avec le ciel. Des teintes « délavées » qui appuient le côté onirique, ou cauchemardesque c’est selon, qui resteront récurrentes durant 90 minutes.

Fabio Testi est parfait dans le rôle-titre (en version originale), petit bandit qui se retrouve face au gratin du crime. Le Marseillais est interprété par le grand Marcel Bozzuffi, alors entre Passeur d’hommesThe Passage de J. Lee Thompson et Identification d’une femmeIdentificazione di una donna de Michelangelo Antonioni, oui la même année que La Cage aux folles 2 c’est vrai, qui y va à fond dans la peau de ce personnage implacable, cruel et sadique. Le Marseillais, qui fait immédiatement référence à French Connection de William Friedkin, dans lequel jouait Bozzuffi, est incontestablement l’un des protagonistes les plus emblématiques du poliziottesco. On notera aussi le (très court) rôle tenu par Venantino Venantini, qui répond au nom de Tarantino. Mention spéciale également à Guido Alberti (Big Guns, Main basse sur la ville, Huit et demi), ici Don Morrone, ancien parrain, qui interrompt sa retraite forcée et convoque tous les anciens parrains pour qu’ils reprennent les armes, afin de stopper les agissements du Marseillais. L’assaut final, au cours duquel apparaît Lucio Fulci, est inattendu, sec, tendu, tandis que Le Marseillais et Luca se retrouvent enfin l’un en face de l’autre.

Virtuose, passionnant, La Guerre des gangs est un rollercoaster d’émotions, qui donne souvent la nausée, qui met en lumière et de façon crue ce que l’on ne fait qu’imaginer habituellement, ce qui est dissimulé hors champ ou calfeutrer. Même s’il se rapproche doucement de son demi-siècle, Luca il contrabbandiere reste l’une des très grandes références du thriller et du film d’action.

LE MEDIABOOK

Entre Artus Films et Lucio Fulci, c’est une véritable histoire d’amour. Ainsi, après Le Miel du diable, MurderRock, L’Enfer des zombies, Selle d’argent, Beatrice Cenci, L’Au-delà et Frayeurs, La Guerre des gangs, précédemment édité en DVD chez The Ecstasy of Films il y a plus de dix ans, débarque chez l’Ours fièrement dressé. Artus a concocté un magnifique Mediabook au visuel doré, estampillé Collection Lucio Fulci, constitué du Blu-ray, du DVD, mais aussi du CD de la bande originale composée par Fabrio Frizzi. Le tout est évidemment agrémenté d’un ouvrage somptueux de 82 pages, comprenant un retour fabuleux sur vingt poliziotteschi, sélectionnés et disséqués par l’excellent Stéphane Lacombe (responsable éditorial chez Frenezy et expert ès cinéma Bis transalpin). Se taillant la part du lion avec 65 pages du livret (intitulé 20 nuances de poliziottesco et remarquablement illustré), Stéphane Lacombe annonce que sur les vingt titres passés en revue (allant de 1968 à 1983), 17 demeurent totalement inédits en DVD, Blu-ray et UHD dans nos contrées. Ou comment à la lecture de cette présentation, ce genre en particulier n’aura plus aucun secret pour vous et vous donnera furieusement envie de découvrir les longs-métrages jusqu’à présent indisponibles. En deuxième partie, Lionel Grenier, Spécialiste et auteur de Lucio Fulci – le poète du macabre, écrit avec Jean-François Rauger, mais aussi rédacteur en chef du site luciofulci.fr, revient plus spécifiquement sur La Guerre des gangs, au fil d’une dizaine de pages, comme toujours passionnantes et l’où sont le caractère érudit de l’auteur. Où se situe La Guerre des gangs dans la filmographie éclectique et prolifique de Lucio Fulci ? Comme se sont déroulées les prises de vues ? La vraie mafia est-elle intervenue sur le tournage? Pourquoi le cinéaste, après avoir longtemps rejeté le genre policier, décide finalement de mettre en scène Luca il contrabbandiere ? Toutes les réponses à ces questions, et bien plus encore, se trouvent dans ce livret, qui se clôt d’ailleurs sur la liste des 16 pistes (37’) de la bande originale incluse dans cette édition. Le menu principal est fixe et musical.

La présence d’Olivier Père dans les suppléments est forcément un gage de qualité. Le journaliste et critique de cinéma a donc été invité par Artus Films, afin de nous présenter La Guerre des gangs (56’). Pendant près d’une heure, le directeur d’Arte France Cinéma aborde de long en large ce « film remarquable et particulier dans la carrière de Lucio Fulci », qui est aussi replacé au sein de sa filmographie, « à un moment charnière », puisque La Guerre des gangs est réalisé quand Lucio Fulci est sur le point de devenir « le Pape de l’horreur », avec la sortie triomphale de L’Enfer des zombies. Olivier Père revient sur la genèse du film, sur les conditions de tournage, le casting, les thèmes, les partis-pris (ne rien dissimuler sur la violence et le sadisme des personnages), le traitement personnel ou comment le cinéaste, « terroriste du genre », va parasiter le poliziottesco à sa façon et le marquer de sa griffe. Une remarquable intervention une fois de plus à inscrire au palmarès d’Olivier Père.

L’éditeur fournit également une interview récente du comédien Fabio Testi (18’). Réalisé en 2025, cet entretien permet à l’acteur (qui porte admirablement bien ses 84 printemps) de revenir en détails sur ses deux collaborations avec Lucio Fulci, Les Quatre de l’apocalypse (1975) et La Guerre des gangs (1980). Fabio Testi dresse ainsi un portrait nuancé et sincère du cinéaste, qui avait parfois du mal avec les acteurs (il disait même les détester), mais qui derrière un caractère jugé irascible, dissimulait en réalité une vraie sensibilité, un mal-être, des blessures personnelles. Le comédien indique que tout ce que l’on voit dans La Guerre des gangs est authentique, avant de revenir sur les conditions de tournage, la représentation de la violence, le casting, tout en disant que le film « a fait du bien à sa carrière ». Mais soyons honnêtes, le chien de Fabien Testi lui vole quasiment la vedette !

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce italienne (4’), sans oublier un Diaporama d’affiches et de photos d’exploitation.

L’Image et le son

L’élévation HD pour La Guerre des gangs est frappante. Ce Blu-ray n’est peut-être pas aussi net et précis que d’autres titres Artus Films, mais la restauration 2K est de haut niveau (quelques scories demeurent, comme des poils en bord de cadre) avec des contrastes appréciables, une copie propre, le grain argentique préservé, un piqué élégant et des détails qui étonnent souvent par leur précision, en particulier les gros plans. L’image affiche une indéniable stabilité et certaines séquences tirent leur épingle du jeu. Blu-ray au format 1080p, version intégrale. Notons que les credits en ouverture sont en anglais et paraissent quelque peu artificiels dans leur rendu.

Les mixages italien et français 2.0 sont propres et distillent parfaitement la musique agitée de Fabio Frizzi. La version originale est la plus équilibrée du lot avec une homogénéité entre les dialogues et les bruitages. Au jeu des différences, la piste française (au doublage excellent avec Pierre Hatet qui double Fabio Testi, si si) s’avère un peu trop axée sur les voix, mais ne manque pas d’ardeur, surtout en ce qui concerne le rendu musical !

Crédits images : © Artus Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.