Test Blu-ray / Le Prêtre, réalisé par Eloy de la Iglesia

LE PRÊTRE (El Sacerdote) réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 16 juin 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Simón Andreu, Emilio Gutiérrez Caba, José Franco, Ramón Repáraz, Ramón Pons, Martín Garrido Ramis, Emilio Soriano, Fabián Conde…

Scénario : Enrique Barreiro

Photographie : Magí Torruella

Musique : Carmelo A. Bernaola

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Espagne, fin des années 60. Miguel, un séduisant jeune prêtre traditionnel, traverse une période de doutes. Ses désirs sexuels refont surface lorsqu’il se souvient de la contrainte par ses parents d’entrer au séminaire. Irène, une belle paroissienne, malheureuse en mariage, vient régulièrement chercher le soutien de son confesseur, faisant peu à peu fragiliser le vœu de chasteté de ce dernier.

Eloy de la Iglesia, c’est reparti ! Si vous êtes un lecteur fidèle, vous savez que l’auteur de ces mots est tombé dingue du cinéma de ce réalisateur espagnol ! Nous ne vous ferons pas l’affront de dire et redire ce qui a déjà été dit sur ce dernier, sur son illustre carrière, sur sa vie, au fil des chroniques consacrées à ses films La Buraliste de Vallecas, Personne n’a entendu crier, Le Député, Navajeros, El Pico (et sa suite) et Colegas. Grâce au travail de l’éditeur Artus Films, nous explorons encore et toujours une filmographie exceptionnelle, riche, variée, engagée, politique, sexuelle. L’opus qui nous intéresse aujourd’hui est considéré comme l’un de ses meilleurs, Le Prêtre El Sacerdote, sorti sur les écrans ibériques en 1978, soit trois ans après la mort de Franco. Habituellement scénariste, le réalisateur s’empare ici d’une histoire signée Enrique Barreiro, qui avait écrit précédemment La Créature La Criatura, sur lequel nous reviendrons prochainement. Le Prêtre offre au comédien Simón Andreu (vu dans Photos interdites d’une bourgeoise, La Mort marche en talons hauts et La mort caresse à minuit de Luciano Ercoli, Chassés-croisés sur une lame de rasoir de Maurizio Pradeaux) l’un de ses plus grands rôles, dans lequel il s’investit totalement. On imagine l’électrochoc que le film a dû entraîner à sa sortie, puisque le cinéaste va loin, très loin dans la représentation des fantasmes, du désir sexuel, de la folie qui s’empare de cet homme d’église rattrapé par l’abstinence, le refoulement et donc la frustration. Un demi-siècle plus tard, Le Prêtre n’a absolument rien perdu de sa force et son sujet demeure brûlant d’actualité. Un chef d’oeuvre de plus sur lequel les cinéphiles devraient se ruer au plus vite.

Dans l’Espagne de la fin des années 1960, Miguel, un prêtre catholique de 36 ans, charismatique, timide et conservateur, est victime d’une profonde crise personnelle. Malgré ses convictions profondes, qui le poussent à rejeter catégoriquement les nouvelles pratiques ecclésiastiques issues du Concile Vatican II, le curé souffre d’une longue et douloureuse agitation intérieure. Ses propres pulsions sexuelles inassouvies semblent soudainement s’emparer de lui, appuyées par la nouvelle réalité sociale du pays. Le souvenir d’une enfance difficile, forcé par sa famille à étudier au séminaire dès l’âge de 14 ans et à devenir prêtre, fait peu à peu son chemin. Après avoir consulté ses supérieurs, qui ne lui offrent aucune alternative viable, la présence d’Irene sera le déclencheur du conflit. Celle-ci est une jeune paroissienne mariée, pieuse et passionnée, qui est déçue par son mariage. Elle se rend très souvent à la paroisse pour trouver le réconfort auprès de Miguel, qui, au fil du temps, voit sa foi et ses convictions religieuses s’affaiblir. Le prêtre tente de remédier à l’attirance qu’il éprouve pour cette femme en s’éloignant de son ministère dans la paroisse. Quand il finit par céder à l’amour que lui porte la paroissienne, il prend une décision cruelle…

Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on se souviendra longtemps de cette solution radicale, filmée en gros plan, suggérée quand il le faut, mais qui n’a pas fini de traumatiser celles et ceux qui seront témoins de cet événement. Eloy de la Iglesia, athée, homosexuel, communiste, a l’air de se prendre d’affection pour ce personnage loin de son univers, mais qui devient comme qui dirait le représentant d’une Espagne qui a encore la gueule de bois, même si l’action du Prêtre se déroule en décembre 1966, au moment du référendum appelant à une nouvelle constitution sous la dictature de Franco, dont le résultat, sans appel, ni contestation, sera « oui » à 99 %. Le pays a certes perdu ses repères et ses convictions, mais au fur et à mesure qu’il dessaoule, paraît reprendre confiance et aller de l’avant, même s’il doit pour cela « abandonner » quelques boulets devenus trop encombrants. Une belle métaphore que seuls ceux qui auront vu le film pourront comprendre.

Miguel arpente un véritable chemin de croix et essaye tant bien que mal de garder le cap. Mais il se retrouve finalement envahi par des visions liées au sexe, qui le chamboulent forcément. Complètement paumé, au point de ressentir une excitation après avoir vu les cuisses nues d’un gamin de huit ans, Miguel perd la boule et décide de s’en retourner momentanément dans son village natal, histoire de se recentrer. C’est là que nous découvrons, à travers quelques flashbacks magistralement appliqués dans la narration, son enfance, notamment sa découverte de la sexualité qui se fera à travers…une oie. On ne sait pas si le scénariste et Eloy de la Iglesia venaient de découvrir Padre Padrone des frères Taviani, mais cette révélation de l’acte sexuel à caractère zoophile rappelle évidemment l’une des scènes les plus marquantes de la Palme d’or 1977.

Eloy de la Iglesia y va à fond dans la crudité de certaines séquences, une violence qui contraste avec l’humanité attachante et pathétique de Miguel, être perdu, qui pour se reconnecter devra perdre beaucoup, en plus de la foi. Enfin, le cinéaste indique aussi que l’homme n’a pas besoin d’avoir des cojones (au sens propre, comme au figuré) pour être défini comme un être humain. Magistralement interprété (mention spéciale à l’excellent José Franco, vu dans Texas adios, Technique d’un meurtre, Une femme est passée) et mis en scène, frontal, froid, provocateur et pourtant non dépourvu d’humour noir, Le Prêtre interpelle, sans doute plus qu’à sa sortie.

LE COMBO BLU-RAY + DVD

La collection Eloy de la Iglesia s’étoffe encore et encore chez Artus Films ! Si vous désirez en savoir plus sur cette indispensable anthologie, dirigez-vous sur nos précédentes chroniques ! L’éditeur propose désormais Le Prêtre et La Créature en DVD et Blu-ray. Le premier prend la forme d’un Digipack à deux volets, comprenant les deux disques, le tout glissé dans un fourreau cartonné au visuel « artusien » hérité de l’affiche originale d’exploitation. Le menu principal est fixe et musical.

Il est devenu l’un des nouveaux visages récurrents que l’on croise au fil des interactivités diverses, Marcos Uzal nous présente Le Prêtre dans un module de 33 minutes. Le rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, membre du comité de rédaction des revues Vertigo et Trafic, critique de cinéma à Libération, directeur de collection aux éditions Yellow Now, dissèque pour nous « un des films les plus importants et sans doute le plus audacieux d’Eloy de la Iglesia ». L’invité d’Artus Films replace Le Prêtre dans la carrière du réalisateur (entre la période thrillers et celle dite quinqui), se penche sur les thèmes du film, la psychologie du personnage, l’interprétation de Simón Andreu (un des acteurs fétiches du cinéaste), les scènes chocs…En dehors de légères redondances, cette intervention est idéale et permet de mieux appréhender l’oeuvre d’Eloy de la Iglesia.

L’ensemble se clôt sur un Diaporama d’affiches et de photos d’exploitation.

L’Image et le son

Pour son édition en Haute-Définition, Le Prêtre dispose d’une édition Blu-ray (1080p, AVC) soignée qui instaure un confort de visionnage plaisant. La copie superbement restaurée 2K est présentée dans son format original, débarrassée de toutes les scories imaginables et ce dès le générique. Si diverses scènes semblent plus délavées ou ouatées, la colorimétrie chatoyante est à l’avenant avec de beaux contrastes, une texture exemplaire (le grain est bien géré), une profondeur de champ appréciable, un piqué souvent confondant sur les séquences diurnes. C’est devenu une habitude chez Artus Films, le transfert est élégant (même si une ou deux scènes ont la tremblote), l’apport de la HD étant indéniable.

Seule la version originale aux sous-titres français non imposés est disponible sur cette édition. La restauration est satisfaisante, l’écoute est frontale, riche, dynamique et vive. Les effets annexes sont conséquents et le confort acoustique assuré.

Crédits images : © Artus Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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