Test Blu-ray / La Mort marche en talons hauts, réalisé par Luciano Ercoli

LA MORT MARCHE EN TALONS HAUTS / NUITS D’AMOUR ET D’ÉPOUVANTE (La Morte cammina con i tacchi alti) réalisé Luciano Ercoli, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 20 septembre 2022 chez Artus Films.

Acteurs : Frank Wolff, Nieves Navarro, Simón Andreu, Carlo Gentili, George Rigaud, José Manuel Martín, Fabrizio Moresco, Luciano Rossi, Claudie Lange…

Scénario : Ernesto Gastaldi

Photographie : Fernando Arribas

Musique : Stelvio Cipriani

Durée : 1h43

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

Après avoir dérobé des diamants, un homme se fait assassiner dans le train. N’ayant pas trouvé ce qu’il cherchait, le meurtrier va s’en prendre à sa fille, Nicole, strip-teaseuse à Paris. Il s’introduit chez elle et la menace, ne laissant voir que ses yeux d’un bleu étrange. Terrorisée, la jeune femme se réfugie chez son amant, Michel. Mais elle découvre chez celui-ci des lentilles de contact bleues.

Ceux qui nous suivent en savent déjà bien long sur le producteur et réalisateur Luciano Ercoli (1929-2015), sur lequel nous nous sommes penchés à deux reprises, à l’occasion de la sortie en Blu-ray en avril 2022 de La Mort caresse à minuit La Morte accarezza a mezzanotte (1972) chez Artus Films et de Photos interdites d’une bourgeoise Le foto proibite di una signora per bene (1970) chez Le Chat qui fume. Vous savez ce qui vous reste à faire pour en apprendre plus sur la carrière du cinéaste. Nous passerons donc directement au film qui nous intéresse aujourd’hui, La Mort marche en talons hauts, connu en France sous le titre Nuis d’amour et d’épouvante, ou tout simplement La Morte cammina con i tacchi alti en version originale. Deuxième long-métrage et deuxième giallo mis en scène par Luciano Ercoli, cet opus est sans aucun doute le meilleur de ses trois thrillers angoissants. S’il en reprendra certains motifs dans La Mort caresse à minuit, La Mort marche en talons hauts le surpasse avec une intrigue plus solide, cette fois encore signée Ernesto Gastaldi (Le Cynique, l’infâme, le violent, Les Rendez-vous de Satan, Je suis vivant !), pleine de mystères, de faux-semblants et de rebondissements, qui s’inscrit dans un cadre dépaysant (à Paris et en Angleterre) et qui repose en grande partie sur les belles épaules de la sublime Susan Scott (ou Nieves Navarro pour les intimes), filmée sous tous les angles par celui qui partageait alors sa vie. Un beau coup de maître que ce second giallo de Luciano Ercoli.

Dans le compartiment d’un train de nuit en route vers l’Espagne, un voleur professionnel, Ernest Rochard, qui tentait de quitter la France, est battu à mort puis égorgé par un assassin. Ce dernier, à son grand désarroi, ne trouve pas le magot, des diamants, volés par le cambrioleur qu’il vient de tuer. Pendant ce temps, la fille de la victime, Nicole, exerce sa profession de strip-teaseuse dans les cabarets les plus huppés de la capitale tel que le Crazy Horse. Elle est soupçonnée par la police d’être impliquée dans le vol des diamants dérobés par son père défunt. Ne sachant rien sur la cachette des pierres précieuses, elle est relâchée. Mais Nicole est rapidement harcelée par le tueur qui pense qu’elle connaît la localisation des joyaux. Un soir, il s’introduit chez elle et la menace en lui posant un ultimatum : si elle refuse de coopérer, il la tuera. Affolée, elle se réfugie chez son amant, Michel Aumont (oui oui, c’est bien son nom), un type plutôt sympathique mais dont le penchant pour l’alcool le rend parfois violent. Mais elle découvre dans son armoire une boîte renfermant des lentilles de contact dont la couleur est identique aux yeux bleus perçants du meurtrier. Soupçonnant Michel d’être son persécuteur, elle se tourne vers le docteur Matthews, un spécialiste de la chirurgie oculaire amoureux d’elle, qui décide de l’emmener à Londres, où il travaille, puis dans un petit village en bord de mer où il possède un cottage. Un lieu isolé et paisible où elle pense être en paix et en sécurité dans les bras du médecin qui la fait passer pour son épouse. Mais le tueur a retrouvé sa trace…

Nuits d’amour et d’épouvante ou La Mort marche en talons hauts est un savoureux giallo hispano-italien qui a fait salles combles en 1971 et qui a su traverser un demi-siècle sans prendre autant de rides que d’autres titres du même genre, et ce pour plusieurs raisons. La première, grâce à la sulfureuse Susan Scott, qui, si elle reste relativement sage dans ce film, crève l’écran de sa présence, de son charisme magnétique, de sa beauté féline qui rappellent parfois Edwige Fenech. L’ancienne mannequin andalouse qui sera éternellement liée au cinéma d’exploitation (Emmanuelle et les derniers cannibales de Joe d’Amato, Le Retour de Ringo de Duccio Tessari, Toutes les couleurs du vice de Sergio Martino) enflamme la pellicule comme jamais, lors de ses numéros dénudés, élégamment filmés par son compagnon, mais aussi dans ses scènes dramatiques dans lesquelles elle fait preuve d’un réel talent de comédienne. Elle y est excellemment entourée par l’américain Frank Wolff (Metello de Mauro Bolognini, Le Grand Silence de Sergio Corbucci, Salvatore Giuliano de Francesco Rosi), dans une de ses dernières apparitions au cinéma (avant son suicide en décembre 1971 à l’âge de 43 ans), l’impeccable (et espagnol) Simón Andreu (La Mariée sanglante La Novia ensangrentada de Vicente Aranda), la magnifique Claudie Lange (dont la ressemblance avec Susan Scott est particulièrement troublante) et surtout Carlo Gentili, hilarant dans le rôle du cynique inspecteur Baxter, qui voudrait bien prendre son café tranquille, mais qui n’y arrive jamais en raison des événements précipités. Acteur occasionnel (il n’apparaîtra qu’une quinzaine de fois devant la caméra), celui-ci officiait habituellement dans les ateliers de création des costumes (Un pistolet pour Ringo de Duccio Tessari, Selle d’argent de Lucio Fulci) ou des décors (Omicron d’Ugo Gregoretti, California de Michele Lupo, Keoma d’Enzo G. Castellari). Avec sa dégaine, sa maladresse et ses répliques pince-sans-rire, il tire facilement son épingle du jeu et campe le personnage dont on se souviendra sans doute le plus dans La Mort marche en talons hauts.

Gros point fort donc pour la distribution, impeccablement dirigée par Luciano Ercoli, qui soigne lui aussi chacun de ses plans et insuffle à son récit un rythme dynamique du début à la fin. Outre la belle photographie de Fernando Arribas (Cérémonie sanglante de Jorge Grau, Pulsions cannibales d’Antonio Margheriti), la musique de Stelvio Cipriani (Terreur sur la lagune, Baron vampire, La Baie sanglante, Les Tueurs de l’ouest) contribue elle aussi à la singularité de Nuits d’amour et d’épouvante.

À part une séquence de séduction qui en fera rire plus d’un, celle où Robert admire Nicole manger du poisson avec les doigts de façon suggestive, même si Ernesto Gastaldi aura toujours insufflé un humour décalé dans ses gialli, La Mort marche en talons hauts demeure un modèle du genre, un thriller passionnant, bourré de charme, qui évite la surenchère (il y a ici très peu de meurtres et aucune scène de sexe gratuite), qui se tient formidablement bien, y compris son dénouement qui reste vraisemblable.

LE COMBO BLU-RAY + DVD

Troisième titre de Luciano Ercoli à connaître les honneurs d’une sortie en Blu-ray en 2022, La Mort marche en talons hauts / Nuits d’amour et d’épouvante rejoint le catalogue d’Artus Films et ses derniers gialli que nous avons eu le privilège de chroniquer, La Mort caresse à minuit, L’Oeil du labyrinthe, L’Appel de la chair, La Dame rouge tua sept fois et bien d’autres. Un superbe Digipack, merveilleusement illustré, glissé dans un fourreau cartonné du même acabit. Le menu principal est fixe et musical.

On ne sait pas si Emmanuel le Gagne a eu le temps de peaufiner sa présentation (24’), toujours est-il que celui-ci semble hésiter à plusieurs reprises, l’ensemble aurait mérité d’être repris au montage et certains arguments nécessité une autre prise. Comme le journaliste-critique avait déjà longuement parlé du réalisateur sur le bonus de La Mort caresse à minuit, quelques redites ponctuelles sont présentes en début de programme, mais Emmanuel le Gagne passe rapidement au casting pour éviter trop de redondances. Les thèmes et les partis-pris (très peu d’érotisme explicite et de meurtres) du film sont ensuite abordés, tout comme l’apport du scénariste Ernesto Gastaldi (avec son humour particulier) et de la photographie de Fernando Arribas. Enfin, la mécanique et les motifs de La Mort marche en talons hauts sont croisés avec ceux de Photos interdites d’une bourgeoise et de La Mort caresse à minuit.

Le module suivant est une succession d’interviews entrecroisées de Luciano Ercoli (disparu en 2015) et de Susan Scott (23’). Le premier, après être revenu sur son parcours (garçon de plateau chez Carlo Ponti et Dino De Laurentiis, puis assistant-réalisateur, assistant de production, producteur et metteur en scène) et sur ses débuts au cinéma (monde qui le fascinait depuis toujours), dévoile moult informations sur les conditions de tournage de La Mort marche en talons hauts, co-production italo-ibérique. Susan Scott revient quant à elle sur ses débuts au cinéma (un peu par hasard après sa carrière de mannequin), sur son partenaire Simón Andreu et sur le producteur Alberto Pugliese, explique d’où provient son pseudonyme et la difficulté de tourner des scènes de sexe (« c’est épuisant et désagréable »).

Toujours bon pied bon œil à bientôt 88 ans, Ernesto Gastaldi partage également ses souvenirs liés à l’écriture et au tournage de La Mort marche en talons hauts (27’30). Un entretien long et souvent passionnant, à travers lequel on se rend compte que le scénariste n’était pas un amoureux transi du cinéma comme pouvait l’être Luciano Ercoli, ce qui ne l’a pas empêché de faire sa place dans le milieu grâce à son imagination débordante, en particulier dans le domaine du giallo. Ernesto Gastaldi revient sur l’origine de La Mort marche en talons hauts, évoque son parcours, se souvient de ses collaborations avec Luciano Ercoli, détaille son processus créatif (« J’écrivais un giallo en un mois, en tapant à la machine à écrire, sans jamais connaître la résolution finale de l’énigme à l’avance ») et parle de l’importance d’injecter de l’humour dans le genre.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et un Diaporama constitué d’affiches et de photos d’exploitation.

L’Image et le son

Autant le dire d’emblée, c’est superbe, et ce dès le prologue et le générique qui affichent une stabilité et une propreté rarement démenties. Ce nouveau master HD, au format 1080p (AVC) trouve rapidement un équilibre fort convenable et offre un lot de détails inédit que nous n’attendions pas sur le cadre large. Le piqué est ferme, les couleurs ravivées et chatoyantes, les contrastes assurés et les noirs denses. Le grain original est évidemment présent et excellemment géré.

Seule la version italienne DTS-HD master Audio 2.0 est présentée ici. Aucun souci non plus de ce côté-là, les dialogues ne manquent pas de coffre, mais c’est à la partition de Stelvio Cipriani que cet écrin acoustique profite le plus. Les effets annexes sont bien plantés, aucun souffle constaté. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Artus Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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