Test Blu-ray / La Mort caresse à minuit, réalisé par Luciano Ercoli

LA MORT CARESSE À MINUIT (La Morte accarezza a mezzanotte) réalisé Luciano Ercoli, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 5 avril 2022 chez Artus Films.

Acteurs : Nieves Navarro, Simón Andreu, Peter Martell, Carlo Gentili, Ivano Staccioli, Claudio Pellegrini, Fabrizio Moresco, Alessandro Perrella…

Scénario : Ernesto Gastaldi, Sergio Corbucci & Mahnahén Velasco

Photographie : Fernando Arribas

Musique : Gianni Ferrio

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1972

LE FILM

Valentina, jeune et belle top model, essaye une nouvelle drogue expérimentale sous surveillance médicale, la HDS, drogue euphorisante et hallucinogène. Au cours de la nuit, elle assiste à un meurtre horrible, perpétré dans l’immeuble voisin par un tueur au gant d’acier pointé. Le lendemain, la jeune femme est persuadée que ce qu’elle a vu n’est pas le seul fruit de son délire. Elle va chercher ce qui s’est passé.

Luciano Ercoli (1929-2015) commence sa carrière au cinéma comme producteur, dès le début des années 1960, après avoir officié rapidement comme assistant-réalisateur chez Primo Zeglio (Le Capitaine fantastique), Pietro Francisci (Attila fléau de Dieu), Raffaello Matarazzo (La Fille de la rizière) et Hugo Fregonese (I girovaghi). Avant de passer lui-même derrière la caméra, il va ainsi s’associer avec André Hunebelle sur O.S.S. 117 se déchaîne !, Fantômas et Furia à Bahia pour OSS 117, produire trois « Totò movies » (Che fine ha fatto Totò baby?, Il comandante et Totò d’Arabia), retrouver Jean Marais sur Le Gentleman de Cocody de Christian-Jaque, collaborer avec Duccio Tessari sur Le Retour de Ringo et Très honorable correspondant. Puis, 1970, il se lance dans la mise en scène et va enchaîner trois gialli, genre alors en vogue en Italie et qui attire les spectateurs dans les salles du monde entier. Ce sera Photo interdite d’une bourgeoise Le Foto proibite di una signora per bene, Nuits d’amour et d’épouvante La Morte cammina con i tacchi alti et La Mort caresse à minuit La Morte accarezza a mezzanotte. Ces trois opus sont portés par la même comédienne, l’espagnole Nieves Navarro, plus connue sous le pseudonyme de Susan Scott, qui retrouvera d’ailleurs le cinéaste (son époux à la ville) pour Dérapage contrôlé Troppo rischio per un uomo solo (1973) et La Bidonata (1977). La Mort caresse à minuit vaut essentiellement pour elle, pour sa beauté, son charisme et son talent. Quasiment de tous les plans ou de toutes les scènes, elle éclipse les quelques facilités de scénario ou les invraisemblances, certes récurrentes dans le giallo, aidée en cela par un humour souvent inattendu et bienvenu.

Mannequin et modèle photo renommée, Valentina accepte de tester un nouvel hallucinogène sur la demande de son ami, le journaliste Gio Baldi, à la condition que ce dernier, voulant faire paraître un article dans son journal, ne lui prenne pas le visage en photo. Durant la phase de transe, Valentina voit dans l’immeuble situé en face de son luxueux appartement un homme massacrer le visage d’une femme brune avec un gant de métal hérissé de quatre pointes. L’article mentionne cette vision et Valentina, très en colère envers Gio Baldi qui l’a citée et montrée dans son article, reçoit une invitation pour se rendre dans l’appartement du soit-disant meurtre. Un appartement totalement vide, ce qui ne l’empêche pas d’être prise pour cible par le tueur au gant d’acier. Sans témoin, personne ne veut croire Valentina, ni Gio Baldi, ni son meilleur ami Stefano, ni l’inspecteur Serino, surtout que ce dernier lui apprend que le meurtre dont elle parle s’est déroulé il y a six mois et que l’assassin est dans un hôpital psychiatrique…

L’un des dénominateurs communs aux trois gialli de Luciano Ercoli est le scénariste Ernesto Gastaldi, prolifique et éclectique auteur qui aura su marquer de sa griffe les histoires du Cynique, l’infâme, le violent, Un génie, deux associés, une cloche, Mon nom est Personne, Rue de la violence, Torso, Les Rendez-vous de Satan, Toutes les couleurs du vice, Je suis vivant !, Si douces, si perverses, Le Corps et le fouet, L’Adorable Corps de Deborah et l’on pourrait continuer encore longtemps ainsi ! Un C.V. impressionnant, une des plus grandes références du cinéma d’exploitation italien. Pour La Mort caresse à minuit, même s’il a partagé l’écriture une fois de plus avec Mahnahén Velasco (Les Longs Jours de la vengeance de Florestano Vancini), on retrouve indéniablement sa patte efficace, soutenue cette fois par celle de Sergio Corbucci, qui s’est mêlé à la partie, la même année que son Mais qu’est-ce que je viens foutre au milieu de cette révolution?.

La Mort caresse à minuit déstabilise souvent, dans le sens où l’intrigue semble constamment avoir le cul entre deux chaises. Une légèreté contraste avec les visions brutales, violentes et même sanglantes de Valentina, qui donne au film un côté bande dessinée et qui montre surtout que rien de tout ceci n’est vraiment sérieux. Soyons honnêtes, l’histoire n’est pas des plus passionnantes, mais les personnages sont non seulement excellemment interprétés, mais aussi captivants, car imprévisibles. Plus Valentina avance dans son enquête, plus le bizarre se resserre sur elle. Mannequin free-lance pour défilés, sa vie bascule le jour où elle accepte de se soumettre volontairement au contrôle d’un docteur diplômé en toxicologie, pour une expérience sur un nouvel hallucinogène, la HDS, proche du LSD. Au cours de sa traversée psychédélique, elle assiste à un meurtre d’une cruauté surprenante, en vue subjective, comme si elle se mettait dans la peau de la victime. Persuadée que cet assassinat n’est pas que le fruit de son imagination, elle se met en quête de l’assassin.

Une petite touche fantastique se greffe donc à l’ensemble et apporte un charme supplémentaire à La Mort caresse à minuit, par ailleurs élégamment mis en scène et surtout photographié par Fernando Arribas (Cérémonie sanglante Ceremonia sangrienta de Jorge Grau, Pulsions cannibales Apocalypse domani d’Antonio Margheriti). Outre la belle Susan Scott, le reste du casting composé de Simón Andreu (La Mariée sanglante), Pietro Martellanza (L’Exécuteur, Les Pistoleros de l’Ave Maria), Claudie Lange (Le Jour de la haine), Carlo Gentili (California), Ivano Staccioli (Bonnes funérailles, amis, Sartana paiera, La Route de Salina, Kriminal) et le frappadingue Luciano Rossi (le légendaire Geronimo alias John Philip Forsythe de la Dynastie dans Deux Super-flics !, « Guerriers, rappelez-vous Alamo ! ») est à l’avenant et l’on retiendra surtout le dernier acte se déroulant sur le toit d’un immeuble, avec le Dôme de Milan comme toile de fond.

En dépit d’un rythme en dents de scie, on garde de bons souvenirs de La Mort caresse à minuit, qui devient de plus en plus intéressant à mesure que le métrage avance, après un petit ventre mou (en gros le second acte, après l’expérience sous psychotrope), pour au final emporter l’adhésion et embarquer les spectateurs dans son délire.

LE COMBO BLU-RAY + DVD

Entre Artus Films et le giallo, c’est évidemment une histoire d’amour…et les spectateurs de répondre présents une fois de plus pour la sortie en combo Blu-ray + DVD de La Mort caresse à minuit, qui fait son apparition dans les bacs français dans un superbe Digipack à deux volets, glissé dans un fourreau cartonné arborant un des plus célèbres visuels du film de Luciano Ercoli. Le menu principal est fixe et musical.

En plus d’un Diaporama d’affiches et de photos d’exploitation, d’un lot de bandes-annonces et du générique français, Artus Films a demandé à Emmanuel le Gagne de nous présenter le film qui nous intéresse aujourd’hui (27’). Celui-ci revient très largement sur la carrière de Luciano Ercoli, en se penchant un peu plus sur ses trois gialli réalisés au début des années 1970. Le casting de La Mort caresse à minuit est passé au peigne fin, ainsi que l’équipe technique. Dans la dernière partie de son intervention, Emmanuel le Gagne aborde le caractère hybride de cet opus et plus particulièrement de la présence (plutôt rare dans le genre) de l’humour et des ruptures de ton, qui participent pour lui à « la grande réussite du film » et qui en font « un giallo remarquable ».

L’Image et le son

Autant le dire d’emblée, c’est superbe, et ce dès le prologue le générique qui affichent une stabilité et une propreté rarement démenties. Ce nouveau master HD, au format 1080p (AVC) trouve rapidement un équilibre fort convenable et offre un nouveau lot de détails que nous n’attendions pas sur le cadre large. Le piqué est ferme, les couleurs ravivées et chatoyantes, les contrastes fermes et les noirs denses. Le grain original est évidemment présent et excellemment géré. Parfois, la définition peut changer d’un plan à l’autre, mais rien de rédhibitoire.

Propre et dynamique, le mixage italien LPCM Audio 2.0 ne fait pas d’esbroufe et restitue parfaitement les dialogues, laissant une belle place à la musique de Gianni Ferrio (La Prof d’éducation sexuelle, California, Big Guns). Elle demeure la plus dynamique du lot. La version française DTS HD Master Audio Mono pousse un peu trop les dialogues, légèrement chuintants, au détriment des effets annexes. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

Crédits images : © Artus Films / RTI / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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