Test DVD / Une affaire d’hommes, réalisé par Nicolas Ribowski

UNE AFFAIRE D’HOMMES réalisé par Nicolas Ribowski, disponible en DVD le 17 février 2021 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Claude Brasseur, Jean-Louis Trintignant, Jean-Paul Roussillon, Patrice Kerbrat, Eva Darlan, Béatrice Camurat, Jean-Pierre Bernard, Peter Bonke, Jean Carmet, Serge Sauvion, Roland Giraud, Jacques Boudet…

Scénario : Georges Conchon

Photographie : Jean-Paul Schwartz

Musique : Vladimir Cosma

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1981

LE FILM

Une histoire policière se déroulant dans un club de cyclistes qui roulent à Longchamp. Un tueur des toits sévit et a tué trois femmes dans Paris. L’épouse de Louis Faguet, riche promoteur et cycliste amateur, est la quatrième victime. L’enquête est confiée au divisionnaire de police Servolle, lui aussi cycliste et ami de peloton de Faguet. Mais ses liens amicaux le poussent à se faire dessaisir au profit de son adjoint Ensor.

Rares sont les films français à prendre le sport, amateur ou professionnel, comme sujet principal ou même comme toile de fond. On peut quand même citer pêle-mêle Soigne ton gauche (1936) de René Clément, Pour le maillot jaune (1939) de Jean Stelli, Coup de tête (1979) de Jean-Jacques Annaud, À mort l’arbitre (1983) de Jean-Pierre Mocky, 3 zéros (2002) de Fabien Onteniente, Michel Vaillant (2003) de Louis-Pascal Couvelaire, Les Seigneurs (2012) d’Olivier Dahan, La Grande boucle (2013) de Laurent Tuel et Une belle équipe (2020) de Mohamed Hamidi. Si le football se distingue nettement dans le septième art, le cyclisme s’est toujours fait un peu plus discret chez nous. Si l’on aurait pu aussi citer Les Cracks (1968) d’Alex Joffé, il existe un polar plutôt méconnu où le vélo tient une place prépondérante dans le récit, même si « ce flim n’est pas un flim sur le cyclimse ». Il s’agit d’Une affaire d’hommes, le premier long-métrage réalisé par Nicolas Ribowski (né en 1939), qui a fait ses classes comme assistant auprès d’Alain Cavalier (Le Combat dans l’île), de Claude Berri (Le Poulet), de Jean-Paul Rappeneau (La Vie de château), de René Allio (La Vieille Dame indigne, L’une et l’autre) et de Jacques Tati (Playtime). Mais c’est à la télévision qu’il fait réellement ses armes derrière la caméra, aussi bien à travers des téléfilms (il signera d’ailleurs plus tard les adaptations de Marcel Pagnol pour Roger Hanin dans les années 2000), que des séries (Médecins de nuit) ou des émissions (Apostrophes). Alors qu’il couvre le Tour de France, Nicolas Ribowski se rend compte à quel point le cyclisme est cinématographique. Il imagine une trame policière autour de ce sujet, à laquelle se grefferait une histoire d’amitié. Le réalisateur en parle à son ami Georges Conchon (1925-1990), écrivain, journaliste et scénariste, que le cinéma s’arrache, de Luchino Visconti (L’Étranger) à Francis Girod (L’État sauvage, La Banquière), en passant par Jacques Rouffio (Sept morts sur ordonnance, Le Sucre), Jean-Jacques Annaud (La Victoire en chantant) et Patrice Chéreau (Judith Therpauve). Georges Conchon ira plus loin en abordant la trahison d’une amitié. Étrangement, l’affiche d’exploitation d’Une affaire d’hommes reste plus célèbre que le film lui-même, avec ce visuel montrant Jean-Louis Trintignant à gauche et Claude Brasseur (qui sortait du triomphe international de La Boum de Claude Pinoteau, et qui coproduit aussi le film) à droite, en train de s’affronter au bras de fer, en se regardant droit dans les yeux. S’il annonce visiblement une opposition, ce dessin n’évoque pas du tout le cyclisme, passion à l’origine de l’osmose des deux protagonistes. Toujours est-il qu’Une affaire d’hommes vaut bien plus pour le duel de ces monstres du cinéma français et son intrigue originale que pour sa mise en scène fonctionnelle voire paresseuse. A sa sortie en novembre 1981, le film de Nicolas Ribowski peine à attirer 600.000 spectateurs dans les salles. Peu diffusé à la télévision, ce coup d’essai, auréolé en 1982 d’une nomination aux Césars pour la compression de la Meilleure première oeuvre, a su néanmoins marquer l’esprit de quelques cinéphiles et demeure aujourd’hui une curiosité.

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Test Blu-ray / Tu es si jolie ce soir, réalisé par Jean-Pierre Mocky

TU ES SI JOLIE CE SOIR réalisé par Jean-Pierre Mocky, disponible en DVD et Blu-ray le 20 janvier 2021 chez ESC Editions.

Acteurs : Delphine Chanéac, Thierry Neuvic, Lola Dewaere, Laurent Biras, Christian Vadim, Lionel Abelanski, Francois Vincentelli, Jean-Pierre Mocky…

Scénario : Jean-Pierre Mocky & André Ruellan, d’après le roman The Way You Look Tonight de Carlene Thompson

Photographie : Jean-Paul Sergent

Musique : Vladimir Cosma

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 2015

LE FILM

On se marie pour le meilleur…et le pire. Déborah, jusque-là, n’a connu que le meilleur. Mère de deux beaux enfants, vie de rêve…Rien ne la préparait à la disparition brutale de son époux. Ce dernier, sans raison apparente, s’est volatilisé du jour au lendemain. Certes, il était parfois un peu absent, étrange, peu bavard et absorbé par le travail mais il était également fiable et solide. C’est du moins ce que pensait sa femme jusqu’ à ce que le doute s’installe…

Tu es si jolie ce soir est l’un des trois opus réalisés par Jean-Pierre Mocky sortis en 2015, avec Les Compagnons de la pomponette et Monsieur Cauchemar. C’est aussi la seconde fois que le réalisateur adapte un roman de Carlene Thompson, vingt ans après Noir comme le souvenir, avec Jane Birkin et Sabine Azéma. Soyons honnêtes d’emblée, ce n’est clairement pas ce que le prolifique Mocky a fait de mieux dans les années 2010 loin de là, et il s’agit peut-être même d’un de ses films les plus faibles parmi les 17 mis en scène dans sa dernière décennie. Mais pourtant, on ne peut pas s’empêcher d’avoir un faible pour ce mauvais roman de gare, qui en dépit de ses nombreux défauts, contient quand même quelques éléments attachants et réussis, à commencer tout d’abord par le charme, le talent et la belle présence de la comédienne Delphine Chanéac, aperçue en 2005 dans Brice de Nice de James Huth, où elle est remarquée et grâce auquel elle se voit confier le rôle-titre de la mini-série Laura, diffusée sur M6 l’été 2006. En 2010, le réalisateur de Cube, Vincenzo Natali, la choisit pour interpréter Dren, la créature de son film Splice, où elle a pour partenaire Adrien Brody et Sarah Polley. Jean-Pierre Mocky ne s’est pas trompé en lui confiant le rôle principal de son polar tout droit hérité des Séries Noires, où elle est impeccable et où sa beauté rappelle parfois celle de la suédoise Rebecca Ferguson. La comédienne élève le niveau du film et trône sur un casting impliqué, où l’on retrouve aussi Lola Dewaere, Thierry Neuvic, Christian Vadim, Lionel Abelanski, François Vincentelli et même Jean-Pierre Mocky lui-même vêtu d’une gabardine et d’un galurin d’un autre temps et qui prenait encore un plaisir évident à composer un personnage étrange, affublé ici d’une démarche boiteuse. Le sieur Mocky s’amuse à rendre tout ce beau petit monde suspect dans une histoire de meurtre, où la véritable identité de l’assassin peut d’ailleurs se deviner assez vite, mais s’évertue à rendre son histoire inutilement complexe, en partant dans tous les sens. Mais nous sommes en plein « Mocky Cinematic Universe » et Tu es si jolie ce soir comporte autant de qualités (comme par exemple la superbe composition de Vladimir Cosma) que de maladresses et c’est aussi pour cela qu’on l’aime.

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Test Blu-ray / The Two Jakes, réalisé par Jack Nicholson

THE TWO JAKES réalisé par Jack Nicholson, disponible en Blu-ray le 6 janvier 2021 chez Paramount Pictures.

Acteurs : Jack Nicholson, Harvey Keitel, Meg Tilly, Madeleine Stowe, Eli Wallach, Rubén Blades, Frederic Forrest, David Keith, Joe Mantell, James Hong…

Scénario : Robert Towne

Photographie : Vilmos Zsigmond

Musique : Van Dyke Parks

Durée : 2h17

Année de sortie : 1990

LE FILM

A Los Angeles, en 1948, le promoteur immobilier Jake Berman s’attache les services du détective privé Jake Gittes pour déterminer la fidélité de sa femme Kitty. Les deux hommes mettent un plan sur pied et surprennent Kitty en flagrant délit d’adultère mais Gittes ne s’attendait pas à ce que Berman assassine l’amant de sa femme sous ses yeux.

Sorti en 1990, The Two Jakes est une curiosité à plus d’un titre. Premièrement, il s’agit d’une des rares fois où Jack Nicholson retrouve l’un de ses personnages pour la suite d’un de ses précédents succès, en l’occurrence ici celui de Jake Gittes, apparu seize ans plus tôt dans le triomphal Chinatown de Roman Polanski, l’autre étant Garrett Breedlove du diptyque Tendres PassionsTerms of Endearment (1983) de James L. Brooks et Étoile du soirThe Evening Star (1996) de Robert Harling. Deuxièmement, The Two Jakes est aussi l’un des films mis en scène par Jack Nicholson lui-même, à ce jour son troisième et dernier, après Vas-y, fonceDrive, He Said (1971) et En route vers le sudGoin’ South (1978), son quatrième si l’on tient compte de sa participation non créditée aux côtés de Roger Corman pour l’excellent L’Halluciné The Terror sorti en 1963. Bon, maintenant il est vrai que nous n’attendions sûrement pas cette séquelle du chef d’oeuvre absolu qui avait reçu onze nominations à la 47e cérémonie des Oscars en 1975, dernier film de Roman Polanski tourné aux États-Unis et récompensé de nombreuses fois, y compris par l’Oscar du meilleur scénario original, quatre Golden Globes et trois BAFTA. Ce qu’on oublie parfois, c’est qu’au début des années 1990, Jack Nicholson domine Hollywood grâce à son rôle du Joker qu’il vient d’incarner dans le Batman de Tim Burton. Il avait en effet accepté de participer à ce film sous certaines conditions, autrement dit un salaire mirobolant, mais aussi et surtout une partie des recettes du box office et des produits issus du merchandising. Batman devient le plus gros succès de l’année 1989 et l’ami Jack peut faire ce qu’il souhaite à l’âge de 52 ans. Contre toute attente, le comédien décide de repasser derrière la caméra et de reprendre le costume trois-pièces du détective privé Jack Gittes, pour la suite inattendue de Chinatown. The Two Jakes est également écrit par le scénariste Robert Towne (le script était d’ailleurs prêt depuis 1984), qui très tôt avait pensé faire une trilogie autour de ce personnage. Forcément, on ne peut s’empêcher de comparer The Two Jakes à son modèle, mais il apparaît vite que la mise en scène de Jack Nicholson ne peut rivaliser avec celle de Roman Polanski. Toutefois, ce film néo-noir comporte quelques éléments intéressants et même si l’intrigue demeure foncièrement obscure, pour ne pas dire hermétique, The Two Jakes mérite bien qu’on s’y attarde au moins une fois.

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Test Blu-ray / Vénéneuses, réalisé par Jean-Pierre Mocky

VÉNÉNEUSES réalisé par Jean-Pierre Mocky, disponible en DVD et Blu-ray le 20 janvier 2021 chez ESC Editions.

Acteurs : Jean-Pierre Mocky, Richard Bohringer, Florian Hessique, Jean-François Stévenin, Charlotte Gaccio, Laurent Biras, Lola Marois, Kevin Miranda, Philippe Rebbot…

Scénario : Jean-Pierre Mocky & Frédéric Dieudonné

Photographie : Jean-Paul Sergent

Musique : Vladimir Cosma

Durée : 1h23

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Dick Grant, truand vieillissant qui purge sa peine, apprend que sa compagne l’a doublement trahi : non seulement elle le trompe avec l’un de ses associés, mais le couple s’apprête à lui voler toute sa fortune. Il s’évade de prison et accomplit sa vengeance. Lors de sa cavale, il rencontre une jeune et jolie blonde avec qui il a une aventure. Elle finit par le démasquer et le fait chanter : ou bien il la débarrasse d’un oncle encombrant, ou bien elle le dénonce à la police…

Le 8 août 2019, Jean-Pierre Mocky s’en est allé, laissant derrière lui plus de 80 longs-métrages, séries télévisées, téléfilms et documentaires. 60 ans de carrière comme metteur en scène, des Dragueurs (1959) à son ultime baroud d’honneur, Tous flics !, qui n’a pas encore connu les honneurs (posthumes) au cinéma. S’il venait de fêter ses 90 ans au moment où la mort a fini par le rattraper, Jean-Pierre Mocky ne s’est jamais arrêté de tourner et d’apparaître également devant sa propre caméra, allant parfois jusqu’à réaliser trois films par an. Vénéneuses restera son antépénultième long-métrage, dans lequel le cinéaste s’avère très en verve et rend un bel hommage aux films de gangsters qui ont bercé son enfance et dont il affectionnait les personnages, aussi bien à l’écran que dans la vie réelle. Et puis quoi qu’on en dise, ce n’est pas commun de trouver dans le cinéma français un papy de 88 balais qui était toujours aussi rebelle et bad-ass ! Vénéneuses est un excellent cru, dans lequel brillent les dialogues de Frédéric Dieudonné, qui avait déjà écrit Le Cabanon rose et Rouges étaient les lilas, les deux opus du réalisateur de l’année 2016.

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Test Blu-ray / Le Soleil des voyous, réalisé par Jean Delannoy

LE SOLEIL DES VOYOUS réalisé par Jean Delannoy, disponible en édition Digibook – Blu-ray + DVD + Livret le 4 décembre 2020 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Jean Gabin, Robert Stack, Margaret Lee, Jean Topart, Suzanne Flon, Walter Giller, Lucienne Bogaert, Albert Michel…

Scénario : Alphonse Boudard & Jean Delannoy, d’après le roman de J.M. Flynn

Photographie : Walter Wottitz

Musique : Francis Lai

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1967

LE FILM

Denis Ferrand est un homme tranquille et riche, propriétaire d’un café, d’un garage et d’une auberge luxueuse. Il jouit de la considération générale de la ville. Pourtant dans sa jeunesse, il était Denis « le fignoleur », un truand rusé et audacieux. Pour l’amour de Marie-Jeanne qu’il a épousée, il s’est rangé définitivement. En face de son bar, se trouve une banque. Toutes les fins de mois, lorsque Denis reste pour faire ses comptes, il peut voir le convoi qui vient chercher la paye du centre nucléaire de Farville. Alors Denis rêve… petit à petit il échafaude le coup qu’il aurait monté dans sa jeunesse…

L’une des collaborations les plus fructueuses et prolifiques de Jean Gabin reste celle entamée en 1952 avec le cinéaste Jean Delannoy (1908-2008). Six longs métrages en commun, six énormes succès populaires avec La Minute de vérité (1952), Chiens perdus sans collier (1955), Maigret tend un piège (1958), Maigret et l’Affaire Saint-Fiacre (1959), Le Baron de l’écluse (1960) et Le Soleil des voyous (1967), qui auront attiré plus de 18 millions de français dans les salles ! Ce dernier permet à Jean Gabin de se refaire une santé au box-office, après l’échec du Jardinier d’Argenteuil de Jean-Paul Le Chanois. Mais le « Vieux » n’a rien à craindre, puisque près de 35 millions de spectateurs se sont rués au cinéma pour voir ses films, rien que depuis le début des années 1960 ! Le Soleil des voyous est étrangement méconnu dans la carrière de Jean Gabin et pourtant le film possède plusieurs atouts non négligeables. Il y a surtout l’association inattendue du comédien avec l’américain Robert Stack, le légendaire Eliot Ness de la série télévisée Les Incorruptibles, rôle qui l’a rendu mondialement célèbre et qu’il campera dans près de 120 épisodes tournés entre 1959 et 1963. Le duo fonctionne très bien et reste la plus grande curiosité du Soleil des voyous, à ce jour l’unique adaptation d’un roman de J.M. Flynn, qui reste également un polar carré, propre, un film de casse au charme inaltérable.

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Test DVD / Ma Barker et son gang, réalisé par Bill Karn

MA BARKER ET SON GANG (Ma Barker’s Killer Brood) réalisé par Bill Karn, disponible en DVD le 1er décembre 2020 chez Artus Films.

Acteurs : Lurene Tuttle, Tristram Coffin, Paul Dubov, Nelson Leigh, Myrna Dell, Victor Lundin, Don Grady, Gary Ammann…

Scénario : Tom Hubbard & John Patrick

Photographie : F. Paul Hall

Musique : Gene Kauer

Durée : 1h26

Année de sortie : 1960

LE FILM

A la grande désapprobation de son mari, Kate Barker encourage ses enfants à piller les troncs d’églises. Lorsque le jeune Herman est arrêté pour avoir dévalisé une attraction foraine, le shérif local chasse la famille de la ville. Quelques années plus tard, « Ma » et ses fils figurent en tête de liste des gangsters les plus recherchés des Etats Unis, lesquels, tels Mitraillette Kelly ou Alvin Karpis n’hésitent pas à s’associer avec le désormais redouté gang Barker.

« Freeze ! I’m Ma Baker ! Put your hands in the air and give me all your money ! »

Les fans de Boney M et de disco reconnaîtront immédiatement les premières paroles de la chanson Ma Baker. Ce qu’ils savent moins, c’est que ce tube de 1977 s’inspire de l’histoire de la criminelle Kate Barker, surnommée Ma Barker, qui avait comme particularité d’être à la tête d’un gang composé de ses enfants dans les années 1920. Une personnalité singulière qui a évidemment fait de l’oeil au cinéma et qui a donc donné naissance au film Ma Barker et son gangMa Barker’s Killer Brood, réalisé en 1960 par Bill Karn. En introduction, un panneau indique qu’il s’agit bien d’une « histoire vraie corroborée par les documents de la police, des extraits de journaux et des témoignages ». Ce long-métrage tient à respecter au maximum les faits réels et les évènements qui ont jalonné la « carrière sadique de Katharine Clark Barker, reine du crime, qui a appris à ses fils que le seul vrai crime était de se faire prendre ». Ce sur quoi le film démarre, après avoir ajouté que durant deux décennies de braquages, d’enlèvements et de meurtres, Ma Barker n’a jamais été arrêtée. Nous accueillons Ma Barker et son gang à bras ouverts et ce portrait dressé de ce génie diabolique, mère de la pègre et ennemie publique ne déçoit pas. Cette petite réussite est surtout imputable à l’interprétation survoltée et suintante de Lurene Tutle (1907-1986), comédienne exceptionnelle vue chez Orson Welles (Macbeth), Henry Hathaway (Niagara), Stanley Donen (Donnez-lui une chance) et Alfred Hitchcock (Psychose), qui trouve peut-être ici le rôle de sa vie.

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Test Blu-ray / Par un beau matin d’été, réalisé par Jacques Deray

PAR UN BEAU MATIN D’ÉTÉ réalisé par Jacques Deray, disponible en combo DVD/Blu-ray le 21 octobre 2020 chez Pathé.

Acteurs : Jean-Paul Belmondo, Sophie Daumier, Geraldine Chaplin, Gabriele Ferzetti, Georges Géret, Akim Tamiroff, Claude Cerval, Adolfo Celi, Jacques Monod…

Scénario : M. Andriard, Georges Bardawil, Jacques Deray, Maurice Fabre, Didier Goulard, Arturo Rígel, Michel Audiard d’après un roman de James Hadley Chase

Photographie : Juan Julio Baena, Jean Charvein

Musique : Michel Magne

Durée : 1h49

Année de sortie : 1965

LE FILM

Francis et sa sœur Monique vivent de petites magouilles sur la Côte d’Azur. Monique attire des hommes dans sa chambre où Francis fait irruption peu de temps après leur arrivée : pris sur le fait, “les pigeons” doivent payer pour conserver leur réputation. Las de leurs combines, ils acceptent de participer à un kidnapping en Espagne qui devrait leur rapporter des millions. Il s’agit d’enlever la fille d’un richissime Américain.

Après avoir fait ses débuts en tant que comédien, Jacques Desrayaud alias Jacques Deray (1929-2003) devient assistant sur les tournages de Gilles Grangier, Luis Buñuel et Jules Dassin. En 1960, il écrit et réalise son premier film, Le Gigolo, drame psychologique interprété par Jean-Claude Brialy et Alida Valli. Ses deux films suivants, Rififi à Tokyo et Symphonie pour un massacre sortent la même année, en 1963, à quelques mois d’intervalle. Si le premier est un film policier intégralement tourné au Japon, le second est une vraie claque, un polar dans la tradition du film noir américain, qui se déroule entre la France et la Belgique. Un fabuleux exercice de style, un chef d’oeuvre du genre malheureusement oublié aujourd’hui, qui offrait à Jean Rochefort son premier grand rôle dramatique. Ce troisième film atteint presque la barre des 900.000 entrées, un joli score pour le réalisateur, par ailleurs équivalent à ses deux précédents opus. Jacques Deray souhaite continuer sur cette lancée et jette son dévolu sur un roman du britannique James Hadley Chase, auteur dont les œuvres sont souvent jugées inadaptables, qui aura pourtant largement inspiré les cinéastes comme Julien Duvivier, Denys de La Patellière, Henri Verneuil, Joseph Losey, Robert Aldrich et Patrice Chéreau. Pas moins d’une demi-douzaine de scénaristes sont crédités au générique de Par un beau matin d’été, même si l’on retiendra principalement la mention de Michel Audiard aux dialogues. Si Symphonie pour un massacre bénéficiait de l’écriture de José Giovanni et de Claude Sautet, ce n’est pas le cas ici et le récit peine à trouver un souffle et s’enlise parfois dans une intrigue quelque peu fourre-tout, comme si la collaboration Deray-Audiard n’aboutissait jamais vraiment. Pour cela, il faudra attendre les années 1980 avec Le Marginal (1983) et On ne meurt que deux fois (1985), ce dernier étant sorti à titre posthume. Ceci dit, Par un beau matin d’été conserve un intérêt surtout au niveau de son casting on ne peut plus attractif avec Jean-Paul Belmondo entouré des deux belles Sophie Daumier et surtout Geraldine Chaplin dans son premier vrai rôle à l’écran, treize ans après son apparition dans Les Feux de la rampeLimelight (1952) réalisé par son père. Ajoutez à cela une atmosphère très réussie avec une action se déroulant sous une chaleur écrasante et vous obtenez un polar inclassable, qui oscille parfois entre la comédie dans sa première partie et le drame psychologique dans la seconde. Par un beau matin d’été reste une curiosité, surtout pour les cinéphiles.

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Test DVD / L’Heure du crime, réalisé par Robert Rossen

L’HEURE DU CRIME (Johnny O’Clock) réalisé par Robert Rossen, disponible en DVD le 16 juin 2020 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Dick Powell, Evelyn Keyes, Lee J. Cobb, Ellen Drew, Nina Foch, Thomas Gomez, Mabel Paige,Phil Brown, John Kellogg…

Scénario : Robert Rossen d’après une nouvelle de Milton Holmes

Photographie : Burnett Guffey

Musique : George Duning

Durée : 1h31

Date de sortie initiale : 1947

LE FILM

Johnny O’Clock et son partenaire Pete Marchettis sont à la tête d’une salle de jeux clandestine. Chuck Blayden, un policier corrompu, tente de s’acoquiner avec Pete, tout en mettant Johnny à l’écart. Quand Harriet, la petite amie de Chuck, est retrouvée morte, sa sœur Nancy soupçonne Chuck, qui a précipitamment quitté la ville. Elle demande alors à Johnny de l’aider à enquêter sur cette affaire, mais la situation se complique lorsque l’inspecteur Koch est placé sur l’affaire…

Pour beaucoup il est le mythique réalisateur de L’Arnaqueur The Hustler (1961) avec Paul Newman, pour d’autres il est le grand scénariste des Fantastiques années 20The Roaring Twenties (1939) de Raoul Walsh et qui a aussi collaboré avec Lloyd Bacon (Femmes marquées tiré de l’histoire du gangster Lucky Luciano, Menaces sur la ville, A Child is Born), Lewis Milestone (L’Ange des ténèbres, Le Commando de la mort, L’Emprise du crime) et bien d’autres grands noms. Cet artiste, c’est Robert Rossen (1908-1966) dont le travail est inscrit dans la mémoire des cinéphiles, mais aussi en raison de la tristement célèbre liste noire, puisque le cinéaste, sympathisant communiste, sera l’une des victimes du maccarthysme dans les années 1950. Toutefois, à l’instar de son confrère Elia Kazan, Robert Rossen trahira la cause en livrant plusieurs dizaines de noms à la commission des activités anti-américaines lors de la chasse aux sorcières. Robert Rossen décide de passer derrière la caméra en 1947 avec L’Heure du crime Johnny O’Clock, en s’attaquant à un genre alors en pleine explosion, le film noir. Désireux de montrer qu’il en a sous le capot en matière de mise en scène, le nouveau cinéaste adapte seul une nouvelle de Milton Holmes et en extrait un scénario proche de l’univers des romans de Raymond Chandler (Le Grand sommeil, Adieu, ma jolie), tout en faisant preuve d’une virtuosité confondante avec ce premier long métrage. Par ailleurs, il n’est pas interdit de penser que L’Heure du crime vaut aujourd’hui bien plus pour sa réalisation, sa sublime plastique et son casting parfait, que pour son récit quelque peu alambiqué qui pourrait encore laisser quelques spectateurs sur le côté de la route en s’éparpillant un peu dans tous les sens.

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Test Blu-ray / Nightfall (Poursuites dans la nuit), réalisé par Jacques Tourneur

POURSUITE DANS LA NUIT (Nightfall) réalisé par Jacques Tourneur, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 19 août 2020 chez Rimini Editions.

Acteurs : Aldo Ray, Brian Keith, Anne Bancroft, Jocelyn Brando, James Gregory, Frank Albertson, Rudy Bond, Steve Carruthers…

Scénario : Stirling Silliphant d’après le roman de David Goodis

Photographie : Burnett Guffey

Musique : George Duning

Durée : 1h19

Date de sortie initiale : 1956

LE FILM

James Vanning est un homme simple et tranquille. Mais l’argent d’un casse a disparu et deux malfrats extrêmement dangereux pensent qu’il est en sa possession. Vanning devient un homme en fuite, traqué par ces malfrats, filé par l’enquêteur de la compagnie d’assurance. Marie Gardner, un mannequin qu’il rencontre par hasard, s’embarque bientôt avec lui dans cette aventure qui les emmènera dans les montagnes enneigées du Wyoming…

Dans les années 1950, les studios hollywoodiens évoluent et les cinéastes sont de plus en plus nombreux à produire leurs propres films. Metteur en scène depuis les années 30, Jacques Thomas alias Jacques Tourneur (1904-1977) ne se considère pas comme un homme d’affaires mais comme un artisan, un menuisier plus précisément, et n’a que faire de ces maisons de production qui fleurissent un peu partout en Californie. A la recherche d’un projet susceptible de l’intéresser, il se voit proposer l’adaptation d’un roman de David Goodis, Nightfall ou Convicted, ou bien encore The Dark Chase, publié en 1950 en France sous le titre La nuit tombe, sur un scénario de Stirling Silliphant (Dans la chaleur de la nuit, Les Flics ne dorment pas la nuit, La Tour infernale) qui dormait depuis dix ans dans les tiroirs de la Columbia. Si la grande époque du film noir est révolue, Jacques Tourneur, après avoir signé quelques westerns, y voit de quoi innover et décide de remplacer le noir par le blanc immaculé des neiges du Wyoming, partis pris qui inspireront probablement les frères Coen pour l’exceptionnel Fargo (1996). La même année que Rendez-vous avec la peurNight of the Demon, Jacques Tourneur signe donc Nightfall. Et c’est magnifique.

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Test Blu-ray / 10 Minutes Gone, réalisé par Brian A. Miller

10 MINUTES GONE réalisé par Brian A. Miller, disponible en DVD et Blu-ray le 10 juin 2020 chez Studiocanal.

Acteurs : Bruce Willis, Michael Chiklis, Meadow Williams, Kyle Schmid, Texas Battle, Lydia Hull, Swen Temmel, John D. Hickman…

Scénario : Kelvin Mao, Jeff Jingle

Photographie : Peter Holland

Musique : Bob Mori, Michael Trent

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 2019

LE FILM

Frank, un truand notoire, prépare le braquage d’une banque avec son frère Joe et quelques complices. Au moment où ils s’apprêtent à sortir de la banque, l’alarme se déclenche et les policiers se trouvent rapidement sur les lieux. En prenant la fuite, Frank est assommé. Lorsqu’il reprend connaissance, dix minutes se sont écoulées. Le cadavre de son frère gît sur le sol. Il tente de comprendre ce qu’il s’est passé durant ce laps de temps.

Ne t’inquiète pas Michael, la cantine est bonne, c’est déjà ça !

Tiens, Brian A. Miller est de retour ! Ce nom ne vous dit rien ? Vous n’êtes pas attentifs…Brian A. Miller est le metteur en scène de séries B aux titres évocateurs, Crossfire (2010, avec Chris Klein, vous vous rappelez ?), House of the Rising Sun (aka The Redemption en « VF », 2011, avec Dave Bautista), le navrant (euphémisme) Backtrace (2018) avec Sylvester Stallone et ses implants capillaires, mais aussi le sympatoche The Prince (2014) avec Jason Patric, John Cusack et Bruce Willis. Ce dernier est fidèle à Brian A. Miller, et ce en dépit de leurs mauvais films en commun, puisque l’ami Bruce et le réalisateur tourneront également Vice (2015) et Représaille (2018). A peine avions-nous eu le temps de peaufiner notre chronique de ce dernier, que les deux compères avaient déjà emballé 10 Minutes Gone ! En fait, on suppose que la mise en route d’un de leurs films se passe comme ça au téléphone : « Salut Bruce, c’est Brian ! » « Salut. » « Dis-moi tu aurais une journée de libre pour un tournage à Cincinatti ? » « Ouais, c’est un peu calme en ce moment, mais je suis bien reposé, j’ai même dormi durant les prises de vue de Glass, mais ça ne se voit pas trop. » « Ah bah justement j’ai un truc à te proposer. On a trouvé un étage vide dans un building désaffecté de la ville qu’on pourrait aménager avec quelques chaises et une pauvre table. Ça pourrait faire le bureau de ton personnage. On a aussi un costard trois-pièces à te faire porter. On ne l’a qu’en un seul exemplaire par contre, faudra faire gaffe de ne pas le tâcher, mais comme de toute façon tu ne quitteras pas ce décor de la journée et que tu réciteras tous tes dialogues au téléphone, cela ne devrait pas poser de soucis ! » « Ça me tente bien dis-donc ! On signe où ? J’en suis ! » « Parfait ! Rendez-vous samedi entre 9h et 16h, on devrait pouvoir enquiller toutes tes scènes avant le goûter. Michael Chiklis s’occupera du reste et il nous coûtera aussi cher que toi en shampooing ». Autant vous dire que si vous espérez revoir Bruce Willis en pleine action, passez votre chemin, car il ne fout absolument rien dans 10 Minutes Gone, à part plisser les yeux et pincer la bouche durant ses apparitions dispersées en pointillés durant 90 minutes.

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