Test Blu-ray / L’Arbalète, réalisé par Sergio Gobbi

L’ARBALÈTE réalisé par Sergio Gobbi, disponible en Blu-ray le 14 septembre 2026 chez Arcadès éditions.

Acteurs : Daniel Auteuil, Marisa Berenson, Marcel Bozzuffi, Michel Beaune, Guy Di Rigo, Didier Sauvegrain, Daniel Ubaud, Alex Descas, Mohamed Ben Smaïl…

Scénario : Sergio Gobbi

Photographie : Richard Andry

Musique : Jacques Revaux

Durée : 1h27

Date de sortie initiale : 1984

LE FILM

Les drogués sont aux abois. Paris manque de came. Une fois de plus le Milieu « affame » les drogués pour faire monter les prix. Le trafic de la drogue est dominé par trois ou quatre bandes de loubards qui font régner leur loi. Le commissaire Rigault a deux cartes en main pour les vaincre : d’un coté, l’inspecteur Falco, fasciste, raciste, partisan de la manière forte, de l’autre, l’inspecteur Vincent, un flic de la jeune génération, en blouson de cuir et en jean. Rigault a aussi un atout : une jeune prostituée droguée, surnommée l' »Arbalète », ce que signifie la seringue dans l’argot des drogués. Entre Falco et Vincent, c’est une course de vitesse qui va ranimer la « guerre des bandes »…

Dans les années 1980 on osait tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît comme disait l’autre. Dans L’Arbalète, on y croise deux bandes rivales, des Viêts (comme les appelait Dupontel dans son sketch sur Rambo 2) et des Arabes, qui quand ils en viennent aux mains, se battent façon Bruce Lee, le tout filmé au ralenti comme dans un clip vidéo, sur une musique déchaînée au synthétiseur (on se croirait parfois dans un boulard) écrite spécialement par Jacques Revaux, célèbre compositeur ayant oeuvré pour les plus grands de la chanson française. Mais ce que l’on retient avant tout de cette Arbalète raide comme un coup de trique c’est la prestation de Daniel Auteuil, qui avait déjà dix ans de cinéma derrière lui (L’Agression de Gérard Pirès, Les Héros n’ont pas froid aux oreilles de Charles Nemes), promu vedette depuis le grand succès des Sous-Doués de Claude Zidi en 1980, statut confirmé par les autres hits rencontrés par Les Sous-Doués en vacances, Les Hommes préfèrent les grosses de Jean-Marie Poiré et Pour cent briques, t’as plus rien d’Édouard Molinaro. Voulant prouver qu’il pouvait faire autre chose que de la gaudriole (rien de péjoratif à écrire cela), le comédien se tourne vers des sujets plus sombres. Quelques polars vont alors s’enchaîner. L’Indic de Serge Leroy, Les Fauves de Jean-Louis Daniel et le film qui nous intéresse aujourd’hui, L’Arbalète. On doit ce dernier à Sergio Gobbi (né en 1938), grand producteur (d’André Cayatte, Marco Ferreri, Roman Polanski, Georges Lautner, Christian de Challonge), scénariste, distributeur et donc aussi metteur en scène. Étrange et singulière carrière pour ce franco-italien, qui aura été assistant de Roberto Rossellini, qui sera passé très tôt derrière la caméra, où sa passion du cinéma pouvait enfin s’exprimer. Si l’on retiendra notamment l’excellent Le Temps des loups, polar de 1969 qui a su conserver une vraie fraîcheur et une étonnante modernité, il privilégie le thriller urbain sombre et violent au tournant des années 1980. Ainsi, quatre ans après Brigade criminelle (avec la sublime Laura Gemser), Sergio Gobbi, qui a toujours suivi les envies du public, écrit L’Arbalète, qui compile tous les ingrédients, les poncifs, les bons comme les mauvais côtés d’un genre qui parvient sans mal à remplir les salles, ou tout du moins à attirer les spectateurs au cinéma le samedi soir après un bon gueuleton arrosé de gros rouge qui tâche. Ce sera le cas pour L’Arbalète, qui parvient à passer la barre des 700.000 entrées en novembre 1984. En revanche, en ce qui concerne l’opus suivant de Sergio Gobbi, le phénoménal nanar La Nuit du risque (« Dis monsieeeeur, pourquoi… », les fans comprendront), ce sera une autre histoire.

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Test DVD / Le Virtuose, réalisé par Daniel Roher

LE VIRTUOSE (Tuner) réalisé par Daniel Roher, disponible en DVD le 23 octobre 2026 chez Metropolitan Films.

Acteurs : Leo Woodall, Dustin Hoffman, Havana Rose Liu, Lior Raz, Tovah Feldshuh, Nissan Sakira, Gil Cohen, Jean Reno…

Scénario : Daniel Roher & Robert Ramsey

Photographie : Lowell A. Meyer

Musique : Will Bates

Durée : 1h43

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Doté d’une ouïe exceptionnelle, un jeune accordeur de piano voit sa vie basculer lorsque son talent attire l’attention de criminels qui l’entraînent dans une série de cambriolages de plus en plus risqués. Malgré lui, il s’enfonce dans un engrenage dangereux qui pourrait lui coûter bien plus que sa liberté.

Né en 1993, le réalisateur canadien Daniel Roher, remarqué en 2023 pour avoir remporté l’Oscar du meilleur documentaire pour Navalny, centré sur les événements liés à l’empoisonnement d’Alexeï Navalny, le chef de l’opposition russe, signe son premier long-métrage de fiction avec Le Virtuose ou Tuner en version originale, qui signifie « Accordeur ». C’est ce qu’on aime dans le cinéma, être surpris par un film dont on n’attendait rien ou pas grand-chose, et qui se révèle être un vrai petit bijou. Le Virtuose est ce qu’on appelle un « grand petit film », qui nous cueille dès l’introduction et qui ne nous lâche plus jusqu’à la dernière seconde. Remarquablement mis en scène, Tuner est un polar à l’ancienne teinté de romance, le tout nappé de piano et de jazz, qui réserve son lot de surprises et qui possède un charme qu’on pourrait aussi qualifié de rétro. Enfin, il confirme le talent et le charisme d’un acteur qui a le vent en poupe, le britannique Leo Woodall, remarqué dans la saison 2 de la série The White Lotus, vu au cinéma dans Bridget Jones : Folle de lui – Bridget Jones: Mad About the Boy, Nuremberg de James Vanderbilt et qui aura bientôt l’un des rôles principaux dans The Lord of the Rings: The Hunt for Gollum d’Andy Serkis. Si vous avez l’occasion, n’hésitez pas une seule seconde et donnez une chance à ce Virtuose, vous ne le regretterez pas !

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Test Blu-ray / La Dernière chance, réalisé par Maurizio Lucidi

LA DERNIÈRE CHANCE (L’Ultima chance) réalisé par Maurizio Lucidi, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Fabio Testi, Ursula Andress, Eli Wallach, Massimo Girotti, Barbara Bach, Carlo De Mejo, Howard Ross…

Scénario : Maurizio Lucidi, Giovanni Fago, Fulvio Gicca Palli, Vittoria Vigorelli & Francesco Giorgi, d’après un roman de Franco Enna

Photographie : Gábor Pogány

Musique : Luis Bacalov

Durée : 1h43

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

Floyd Gambino sort de prison pour vol de voiture. Son patron Joe Malcomb lui propose de se faire engager dans une bijouterie avec l’objectif de la braquer par la suite. Le vol réussit mais dans leur fuite un client se fait tuer et Floyd Gambino doit se cacher dans un motel. Michelle la femme du propriétaire de la bijouterie réussit à mettre la main sur le butin.

Si le réalisateur Maurizio Lucidi (1932-2005) détient une filmographie plutôt conséquente, peu de ses œuvres demeurent aujourd’hui commentées et valorisées, en dehors du formidable La Victime désignée. Pourtant celui-ci aura signé une trentaine de films et téléfilms en près de quarante ans. C’est tout d’abord comme monteur qu’il fait ses classes au cinéma, chez Alberto Cavalcanti (Les Noces vénitiennes), Giorgio Bianchi (En avant la musique), Vittorio Cottafavi (Les Cent Cavaliers), Luigi Vanzi (Un dollar entre les dents), Dino Risi (Le Fanfaron, Les Monstres), où son savoir-faire et son efficacité font l’unanimité auprès de ses confrères. Après avoir assisté rien de moins que Pier Paolo Pasolini sur L’Évangile selon saint Matthieu – Il vangelo secondo Matteo (1964), Maurizio Lucidi, sous le pseudonyme de Maurice A. Bright passe derrière la caméra et signe quasiment simultanément un péplum (Le Défi des géants – La Sfida dei giganti) avec Reg Park et un western (Mon nom est Pécos – 2 once di piombo) dans lequel il dirige Robert Woods. Il continue ainsi dans le domaine de « l’Ouest Américain », avant de passer au film de guerre (il faut bien suivre les modes et les goûts changeants des spectateurs), avec Les Héros ne meurent jamais – Probabilità zero (1969), d’après une histoire de Dario Argento, et le méconnu Hamisha Yamim B’Sinai, avec Franco Giornelli. Début des années 1970, le giallo, puis le poliziottesco explosent et remplissent les salles du monde entier. La Dernière chance – L’Ultima chance sort en 1973 et s’avère l’un des meilleurs opus de son auteur. Essentiellement tourné au Canada, ce thriller dramatique teinté de romance repose sur un scénario classique, mais malin, coécrit entre autres par le talentueux Fulvio Gicca Palli (Magnum Cop, Comment tuer un juge, Confession d’un commissaire de police au procureur de la République), d’après un roman de Franco Enna (La Guerre des gangs d’Umberto Lenzi). Remarquablement interprété par Fabio Testi, quasiment de toutes les scènes et dont la mise en scène épouse l’énergie, mais aussi les doutes et la fureur du personnage, La Dernière chance est un spectacle aussi prenant que beau à regarder.

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Test Blu-ray / Provincia violenta, réalisé par Mario Bianchi

PROVINCIA VIOLENTA réalisé par Mario Bianchi, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Calogero Caruana, Antonella Dogan, Alicia Leoni, Spartaco Battisti, Al Cliver, Richard Harrison, Simonetta Marini, Daniela Codini…

Scénario : Mario Bianchi

Photographie : Umberto Galeassi

Musique : Stelvio Cipriani

Durée : 1h20

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Franco Sereni, capitaine de carabiniers, est démis de ses fonctions pour avoir défendu « la loi des armes ». Il est chargé de mener une enquête privée sur plusieurs cas de chantage de femmes fortunées. Sereni découvre bientôt qu’il y a bien plus que cela.

Il y a un peu plus d’un an, nous parvenions à défendre L’Enfant de Satan – La Bimba di Satana (1977), réalisé par Mario Bianchi (1939-2022) et ce malgré ses défauts apparents. Ce ne sera pas le cas pour Provincia violenta (1978), dernier baroud d’honneur du metteur en scène dans le genre poliziottesco, qui commençait d’ailleurs sérieusement à battre de l’aile à la fin des années 1970. Rien, absolument rien ne fonctionne dans cet opus qui sent le réchauffé, qui est moche à regarder, pénible à suivre et interprété par des comédiens dépourvus du moindre charisme. C’est bien simple, on a l’impression que tous se sont donné rendez-vous afin d’offrir au public ce qui pouvait se faire de pire dans le genre, en espérant pouvoir ainsi se démarquer du tout-venant. Écrit et mis en scène par Mario Bianchi, avant qu’il prenne les pseudos de Jim Reynolds, Arthur Wolf, Mark B. Light, Nicholas Moore, Martin White et bien d’autres pour signer des œuvres aux titres aussi explicites que Francesca: Sinfonia anale, Doppio contatto anale, La clinica delle ispezioni anali), Provincia violenta devient une comédie involontaire, qui rappelle un épisode de Derrick, tant sur le fond que sur la forme. Pris ainsi, ce « thriller » fauché, extrêmement maladroit, neurasthénique et aux couleurs aussi éteintes que les papiers peints et la moquette murale qui ornaient les murs remplit son contrat et fera le bonheur des adeptes de mauvais films sympathiques.

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Test Blu-ray / La Cité des dangers, réalisé par Robert Aldrich

LA CITÉ DES DANGERS (Hustle) réalisé par Robert Aldrich, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livret le 11 septembre 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Burt Reynolds, Catherine Deneuve, Ben Johnson, Paul Winfield, Eileen Brennan, Eddie Albert, Ernest Borgnine, Catherine Bach…

Scénario : Steve Shagan, d’après son roman City of Angels

Photographie : Joseph F. Biroc

Musique : Frank De Vol

Durée : 2h

Date de sortie initiale : 1975

LE FILM

Gloria Hollinger est retrouvée morte sur une plage de Los Angeles. La police conclut rapidement à un suicide et le père de cette dernière ne l’accepte pas. Poussé par ce dernier, le lieutenant Phil Gaines, flic cynique et désabusé, décide de creuser l’affaire. Ses investigations le font remonter aux intouchables de la ville, dont le puissant avocat qui emploie la call-girl de luxe avec qui Gaines entretient une liaison passionnée. Pris au piège entre un père assoiffé de vengeance et une élite corrompue et ses propres contradictions morales, Gaines s’enfonce dans les ténèbres du rêve californien.

Au début des années 1970, Robert Aldrich cumule les échecs cuisants au box-office (Trop tard pour les héros, Pas d’orchidées pour miss Blandish, Fureur apache, L’Empereur du Nord), ce qui contrarie son désir d’indépendance. Il doit donc se refaire au niveau des studios et accepte de réaliser Plein la gueule – The Longest Yard (1974) avec la star Burt Reynolds, qui lui vient d’enchaîner les triomphes de Délivrance de John Boorman et Les Bootleggers – White Lightning de Joseph Sargent. C’est un immense succès pour le réalisateur, son plus gros depuis Les 12 Salopards – The Dirty Dozen, puisque produit pour 3 millions de dollars, le film en rapporte près de 45 millions uniquement sur le sol américain. Cette affaire très lucrative va donner envie au cinéaste et au comédien de renouveler immédiatement leur collaboration et pour cela ils créent leur société de production, la RoBurt Productions. Si celle-ci sera éphémère, leur deuxième long-métrage, La Cité des dangers – Hustle est une nouvelle réussite commerciale, certes moins conséquente que Plein la gueule avec « seulement » dix millions de dollars de recette aux États-Unis, mais cela conforte encore la position de Robert Aldrich dans l’industrie. Le tandem délaisse la comédie sportive et plonge cette fois dans le polar néo-noir, sombre, désabusé, cynique, dont le tournage a été marqué par de vives frictions, mais aussi par des désaccords artistiques entre le metteur en scène et Burt Reynolds. À l’écran, La Cité des dangers est un quasi-chant du cygne, puisque Robert Aldrich ne tournera plus que quatre longs-métrages, qui ne rencontreront pas le public. Hustle est un très grand film pessimiste où les personnages semblent englués dans la fange, celle de Los Angeles, un monde à part entière, pourri jusqu’à l’os. Un mirage d’espoir apparaît à travers un calendrier décoré des monuments de Rome, mais la réalité rattrape toujours les personnages déjà condamnés. Le personnage de Catherine Deneuve, que Burt Reynolds était allé convaincre lui-même d’aller tourner de l’autre côté de l’Atlantique, rappelle celui qu’elle campait chez Jean-Pierre Melville dans Un flic. Une beauté solaire qui contraste avec le monde dans lequel elle évolue et qui représente également une possibilité de rédemption. Et Burt Reynolds est somptueux. On pense à un chaînon manquant entre Les Flics ne dorment pas la nuit – The New Centurions de Richard Fleischer et The Offence de Sidney Lumet. C’est dire si La Cité des dangers est une œuvre importante dans la carrière de Robert Aldrich, le dernier sommet d’une impressionnante chaîne de hautes montagnes.

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Test Blu-ray / Un aller simple, réalisé par José Giovanni

UN ALLER SIMPLE réalisé par José Giovanni, disponible en DVD & Blu-ray le 21 juillet 2026 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Jean-Claude Bouillon, Maurice Garrel, Rufus, Nicoletta, Ottavia Piccolo, Paola Pitagora, Jean Gaven, Alain Mottet…

Scénario : José Giovanni, d’après le roman The Chair for Martin Rome de Henry Edward Helseth

Photographie : Pierre-William Glenn

Musique : François de Roubaix

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

À la suite du meurtre d’un policier lors d’une attaque de banque ratée, un truand entame une cavale à travers la Belgique pour échapper à la police, rétablir la vérité sur un crime passé qu’il n’a pas commis et protéger son amie des manœuvres d’un avocat véreux.

Suite aux succès du Rapace (1968) et de Dernier domicile connu (1970), José Giovanni délaisse le cinéma « pour les autres », pour se consacrer pleinement à son activité de metteur en scène. C’est ainsi qu’il décide d’adapter un roman de l’auteur américain Henry Edward Helseth, The Chair for Martin Rome, publié en France en 1950 dans la mythique collection Série Noire. Chose étonnante, le livre avait déjà été l’objet d’une transposition à Hollywood en 1948, sous le titre Cry of the City (ou La Proie en version française), par Robert Siodmak, avec Victor Mature,Richard Conte, Shelley Winters et Debra Paget, rien que ça. Point de casting étincelant dans la mouture de José Giovanni et Un aller simple sera finalement tenu par le jeune Jean-Claude Bouillon, qui deviendra célèbre par la suite pour avoir campé le commissaire Valentin dans la série télévisée Les Brigades du tigre, de 1974 à 1983, au fil d’une trentaine d’épisodes. Après Made in USA (1966) de Jean-Luc Godard, dans lequel il faisait ses débuts devant la caméra, et Tout peut arriver (1969), premier long-métrage de Philippe Labro, le comédien se voit confier le premier rôle dans ce thriller méconnu qui témoigne du talent de José Giovanni comme réalisateur, en pleine possession de ses moyens, brillant formaliste et directeur d’acteurs. Un aller simple est assurément une curiosité doublée d’une réelle découverte, qui annonce l’un de ses chefs d’oeuvres à venir, Deux Hommes dans la ville, qui sortira deux ans plus tard.

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Test Blu-ray / La Main noire, réalisé par Max Pécas

LA MAIN NOIRE réalisé par Max Pécas, disponible en DVD & Blu-ray depuis le 6 janvier 2026 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Giuseppe Mattei, Janine Reynaud, Anny Nelsen, Chantal Nobel, Jean Topart, Pierre Tissot…

Scénario : Max Pécas & Jean-Pierre Bastid

Photographie : Raymond Lemoigne

Musique : Derry Hall

Durée : 1h34

Date de diffusion initiale : 1968

LE FILM

En Europe, l’Institut scientifique de recherches pour une société nouvelle est en réalité le repaire de Zhan Raur, un Albanais à la tête d’une organisation terroriste mafieuse appelée « La Main Noire ». Sous son aspect débonnaire, Zhan Raur, qui souffre d’une maladie de cœur, est atteint d’un délire de puissance. Alors qu’il attend la visite d’un correspondant inconnu porteur de précieux documents, il ignore que le FBI lui a en réalité substitué un de ses agents, Thomas Asher, qui est chargé de percer les secrets et ramifications de La Main Noire.

Ceux qui se moquent (il y en a encore pas mal) ou qui réduisent Max Pécas (1925-2003) à des films du style On se calme et on boit frais à Saint-Tropez, Deux Enfoirés à Saint-Tropez, Les Branchés à Saint-Tropez, On n’est pas sorti de l’auberge, Belles, blondes et bronzées et (le meilleur titre) Mieux vaut être riche et bien portant que fauché et mal foutu devraient revoir leur copie et fouiner un peu plus la filmographie du réalisateur. Ancien régisseur de théâtre, puis assistant (de Jacques Daroy entre autres), passionné par le cinéma d’Alfred Hitchcock, Max Pécas signe quelques exercices de style à ses débuts en s’inspirant du polar américain. Avant de se tourner vers l’érotisme après mai 68 (Je suis une nymphomane, Je suis frigide… pourquoi ?, Sexuellement vôtre), il fait ses armes dans le film policier de série B à l’instar de La Main noire, qui est déjà teinté de sensualité. Ici, les hormones s’affolent avec la présence au générique de la magnifique Janine Reynaud (1930-2018), qui apparaîtra souvent à l’affiche des films de son époux Michel Lemoine (Les Désaxées, Les Chiennes, Les Confidences érotiques d’un lit trop accueillant), qui crève l’écran et marque le film de sa présence. Les spectateurs avides d’action devront aller voir ailleurs, car il ne se passe pas grand-chose dans La Main noire, qui flirte avec l’Eurospy qui déferlait alors dans les cinémas depuis la première aventure de James Bond six ans auparavant. En fait, Max Pécas tente de donner le change, mais l’ambition ne fait pas tout. L’intrigue tourne vite en rond et surtout l’acteur principal, James Harris aka Giuseppe Mattei, acteur sorti d’on ne sait où (on l’a vu dans Les Cracks aux côtés de Bourvil et dans Les Nuits brûlantes de Linda de Jesús Franco), manque cruellement de charisme. On a du mal à comprendre que la belle Janine tombe en pâmoison devant ce type dont le profil ressemble plutôt à celui d’un plombier des années 1960. Mais bon, c’est sans doute ce que recherchait l’ami Max, qui devait penser qu’on ne soupçonnerait jamais un agent du FBI en regardant ce type. Il avait sûrement raison. Mais tort aussi en même temps, tant son personnage n’est jamais crédible. Cela n’empêche pas le spectateur de s’amuser devant ce divertissement d’un autre temps, dépassé, daté, qui a au moins le mérite de montrer que le cinéma français tentait des choses comme chez les anglo-saxons.

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Test Blu-ray / La Guerre des gangs, réalisé par Lucio Fulci

LA GUERRE DES GANGS (Luca il contrabbandiere) réalisé par Lucio Fulci, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livre + CD bande originale le 21 avril 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Fabio Testi, Marcel Bozzuffi, Ivana Monti, Enrico Maisto, Guido Alberti, Saverio Marconi, Ferdinando Murolo, Fabrizio Jovine, Daniele Dublino, Venantino Venantini…

Scénario : Ettore Sanzò, Gianni De Chiara, Giorgio Mariuzzo & Lucio Fulci

Photographie : Sergio Salvati

Musique : Fabio Frizzi

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1980

LE FILM

Luca est contrebandier de cigarettes à Naples avec son frère Micky. Malgré les risques encourus, cette activité lui assure une vie confortable avec sa femme et son fils, loin de la misère milanaise qu’ils ont fuie quelques années auparavant. Mais un jour, lors d’une opération, Luca et ses camarades sont pris en chasse par la Garde des finances. À la suite d’une course poursuite en bateau, les contrebandiers parviennent à s’échapper après avoir sacrifié leur cargaison. Micky pense alors que Sciarrino, un autre contrebandier, les a dénoncés. Peu de temps après, il est sauvagement abattu au bord d’une route. Luca n’a alors qu’une idée en tête : retrouver l’assassin de son frère. Durant son enquête, il va apprendre l’arrivée du  » Marseillais « , un redoutable trafiquant de drogue qui souhaite s’installer dans la ville…

Quand Lucio Fulci (1927-1996) décide de réaliser La Guerre des gangs – Luca il contrabbandiere, L’Enfer des zombies –Zombi 2 n’est pas encore sorti sur les écrans. Celui qui allait devenir définitivement « le poète du macabre » ou « le parrain du gore » emballe donc son unique poliziottesco, genre qu’il n’affectionnait pas du tout, qui était en plus à bout de souffle, mais qu’il parasite, infecte, gangrène, explose de l’intérieur en y apposant sa griffe à chaque séquence, pour ne pas dire à chaque plan. Excessivement violent, La Guerre des gangs n’est assurément pas à mettre devant tous les yeux et demeure encore aujourd’hui réservé à un public averti. Car on ne peut pas dire que le signore Fulci y va avec le dos de la cuillère et montre tour à tour une demoiselle se faire griller le visage au bec bunsen (et la scène de durer), des sbires se faire trucider (la gorge et le crâne explosés, une bombe posée ici et là), une autre femme se faire violer (par sodomie), pendant que son compagnon écoute, impuissant, le drame au téléphone…Bref, le cinéaste n’est pas là pour rigoler et montre que le monde de la Camorra non plus. Thriller dramatique sanglant (le gore s’invite à la partie), psychologique, anxiogène, La Guerre des gangs (à ne pas confondre avec le film d’Umberto Lenzi) offre à Fabio Testi, qui retrouvait le réalisateur cinq ans après le formidable Les Quatre de l’apocalypse – I quattro dell’apocalisse, l’un de ses meilleurs rôles. On ressort lessivé, éreinté de Luca il contrabbandiere, référence ultime du néopolar, devant lequel les opus contemporains font bien grise mine. Capolavoro.

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Test Blu-ray / Urgence, réalisé par Gilles Béhat

URGENCE réalisé par Gilles Béhat, disponible en Blu-ray le 17 mars 2026 chez Arcadès éditions.

Acteurs : Richard Berry, Bernard-Pierre Donnadieu, Jean-François Balmer, Fanny Bastien, Nathalie Courval, Catherine Allégret, Jean-Jacques Moreau, Artus de Penguern…

Scénario : Jean Herman & Gilles Béhat, d’après le roman « Qui vous parle de mourir ? » de Gérard Carré & Didier Cohen

Photographie : Pierre Lhomme

Musique : Jean-Hector Drand

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1985

LE FILM

Le journaliste Max Forestier filme discrètement un groupe néo-nazi dans lequel il est infiltré depuis plusieurs mois. Il se fait surprendre et des membres du groupe lui tirent dessus. Avant de mourir, il a le temps de confier un étrange message à sa sœur, Lysa, qui se retrouve alors elle-même en danger. Elle décide d’alerter la presse et se réfugie à l’agence Oméga où elle est secourue par Jean-Pierre Mougin, journaliste à la rubrique sport, qui ne la prend pas au sérieux dans un premier temps.

À la base comédien, Gilles Béhat (né en 1949), vu dans Elle court, elle court la banlieue de Gérard Pirès et Chobizenesse de Jean Yanne, et même en Charles IV le Bel dans la série Les Rois maudits, se lance dans la mise en scène à la fin des années 1970. Si ses deux premiers longs-métrages, Haro ! (1978) et Putain d’histoire d’amour (1981), passent complètement inaperçus, il connaît la consécration avec Rue Barbare, qui attire deux millions de spectateurs dans les salles en 1984. Galvanisé par ce grand succès, Gilles Béhat enchaîne alors très rapidement sur son prochain film, Urgence, qui sort le 30 janvier 1985, soit un an après Rue Barbare. Si l’accueil sera plus froid avec seulement 840.000 entrées, ce thriller vaut le coup d’oeil pour son traitement anglo-saxon, mais aussi pour son sujet, toujours d’actualité sur la montée des extrêmes (on précise bien au pluriel), ainsi que pour sa distribution, solidement dirigée, portée par un Richard Berry en grande forme, sans doute dans l’un de ses meilleurs rôles.

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Test Blu-ray / Tir à vue, réalisé par Marc Angelo

TIR À VUE réalisé par Marc Angelo, disponible en Blu-ray le 17 mars 2026 chez Arcadès éditions.

Acteurs : Sandrine Bonnaire, Laurent Malet, Jean Carmet, Michel Jonasz, Michel Stano, Pierre Londiche, Eric Picou, Salah Teskouk…

Scénario : Yves Mourot

Photographie : Charles Van Damme

Musique : Gabriel Yared

Durée : 1h25

Date de sortie initiale : 1984

LE FILM

Depuis que son frère a été tué à La Courneuve sans que la police ne daigne intervenir, Richard a décidé de se venger et de cracher sa haine à la face de la société. Il dévalise une armurerie et se constitue ainsi tout un arsenal. Salem, qui, par hasard, l’a vu dans ses oeuvres, donne à la police un faux signalement et commence sa propre enquête. Richard vole ensuite une moto et agresse un pompiste. Alors que Richard s’apprête à agresser un touriste dans le métro, il fait la connaissance de Marilyn, post-adolescente qui s’amuse à prendre des photos de charme dans un photomaton. Ensemble, ils vont escalader l’échelle de la violence tandis que les inspecteurs Casti et Galo sont à leurs trousses et persécutent le seul témoin, un vieux maghrébin connu de leur service.

On connaissait Yves Angelo, éminent directeur de la photographie (Baxter, Nocturne indien, Tous les matins du monde, Germinal) et réalisateur (Le Colonel Chabert), lauréat de trois César, mais on ne savait pas que son frère Marc était officiait également dans le milieu du cinéma. Après avoir assisté Yves Boisset sur Le Prix du danger et Pierre Schoendoerffer sur Le Crabe-Tambour, celui-ci fait ses débuts comme metteur en scène et scénariste avec Tir à vue, qui sera son unique long-métrage. Un polar sorti en septembre 1984, quelques jours avant Les Ripoux de Claude Zidi, année qui verra le triomphe de Marche à l’ombre (qui trônera sur la première marche du podium), d’Indiana Jones et le temple maudit de Steven Spielberg, d’Amadeus de Milos Forman, tandis que Jean-Paul Belmondo apparaîtra deux fois dans le top dix avec Les Morfalous et Joyeuses Pâques. Le genre se porte bien avec Rue barbare (plus de deux millions d’entrées), L’Addition de Denis Amar (1,2 million d’entrées), Un été d’enfer de Michaël Schock (1,1 million), Canicule (1 million), Liste noire d’Alain Bonnot (proche du million de spectateurs), Ronde de nuit de Jean-Claude Missiaen (865.000 entrées), L’Arbalète de Sergio Gobbi (700.000 entrées). Mais Tir à vue aura du mal à se faire une place parmi toutes ces sorties (un peu plus de 350.000 entrées) et reste encore aujourd’hui méconnu, pour ne pas dire oublié. Pourtant, ce coup d’essai derrière la caméra de Marc Angelo ne manque pas de qualités, à savoir un casting alléchant, une violence graphique assumée, l’ensemble doublé d’un témoignage sur le Paris au début des années 1980. Forcément, le film demeure marqué par quelques tics propres au genre, repris par la suite dans moult séries télévisées estampillées TF1, du style Navarro ou Julie Lescaut, mais Tir à vue reste un bon divertissement à l’ancienne, qui montrait que le réalisateur en avait sous le capot. S’il fera l’essentiel de sa carrière à la télévision, il signera entre autres Bob le magnifique, remake TV du chef d’oeuvre de Philippe de Broca, avec Antoine de Caunes et Clotilde Courau, Marc Angelo gardera un pied dans le septième art en devenant réalisateur de seconde équipe auprès d’Alexandre Arcady (Dernier été à Tanger, L’Union sacrée) et Diane Kurys (La Baule-les-Pins, Après l’amour).

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