Test Blu-ray / Hors d’atteinte, réalisé par Steven Soderbergh

HORS D’ATTEINTE (Out of Sight) réalisé par Steven Soderbergh, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 12 mai 2021 chez Rimini Editions.

Acteurs : George Clooney, Jennifer Lopez, Jim Robinson, Mike Malone, Ving Rhames, Don Cheadle, Donna Frenzel, Catherine Keener, Manny Suárez, Dennis Farina, Keith Hudson, Steve Zahn, Albert Brooks, Luis Guzmán, Isaiah Washington…

Scénario : Scott Frank, d’après le roman d’Elmore Leonard

Photographie : Elliot Davis

Musique : David Holmes

Durée : 2h02

Année de sortie : 1998

LE FILM

Jack Foley n’a pas son pareil pour braquer les banques sans arme ni violence. Mais, poursuivi par la poisse, il se retrouve pour la troisième fois en prison. Il réussit à s’enfuir avec l’aide extérieure de l’un de ses complices. La marshal Karen Sisco tente de s’interposer. Les deux hommes l’emmènent avec eux.

Dans l’imposante et éclectique filmographie de Steven Soderbergh, Hors d’atteinte tient une place importante. D’une part, car il s’agit du long-métrage avec lequel le réalisateur, auréolé de la Palme d’or en 1989 pour Sexe, Mensonges et Vidéo (faisant de lui le deuxième plus jeune cinéaste à recevoir ce prix après Louis Malle), est parvenu à se refaire une santé au box-office et auprès de la critique, d’autre part en raison de son immense réussite qui place cet opus dans le trio de tête des plus grands films du metteur en scène, probablement auprès de L’Anglais – The Limey (1999) et d’Erin Brockovich, seule contre tous (2000). C’est avec ce polar, adapté d’un roman du maître en la matière, Elmore Leonard (1925-2013), que Steven Soderbergh a fait de George Clooney, alors sur le point de quitter la série Urgences qui l’a rendu célèbre à travers le monde, un comédien de cinéma sur lequel il fallait compter. Pourtant, ce n’était pas gagné après les déconvenues, tant artistiques que commerciales qu’il enchaînait, en particulier celles de Batman et Robin de Joel Schumacher et Le Pacificateur – The Peacemaker de Mimi Leder. Dans Hors d’atteinte, il trouve enfin un rôle à la mesure de son indéniable talent, et de son élégance désormais légendaire. Sa rencontre avec Steven Soderbergh sera déterminante pour la suite de sa carrière, puisque les deux hommes tourneront ensemble à sept reprises et fonderont même leur société de production, Section Eight, qui sera active dans le cinéma jusqu’à la fin des années 2000. Mais Out of Sight c’est aussi l’une des meilleures prestations de la sublime Jennifer Lopez, qui avait le vent en poupe (l’une des plus célèbres du monde d’ailleurs), puisqu’elle venait d’enchaîner Jack de Francis Ford Coppola, Blood and Wine de Bob Rafelson et U-Turn d’Oliver Stone ! Un bien beau début de carrière devant la caméra pour celle qui trustait en même temps le top des charts. Si elle n’a pas vraiment confirmé par la suite (euphémisme), la comédienne signe indéniablement l’une de ses performances les plus marquantes. Mais Hors d’atteinte c’est surtout l’un des polars les plus élégants des années 1990 avec l’un des couples les plus sexy de la décennie, un classique quasi-instantané qui a rejoint depuis le rang des films cultes, que l’on peut revoir à satiété, sans jamais se lasser et en l’aimant toujours davantage. Du grand cinoche quoi.

Gentleman cambrioleur, mais gangster de petite envergure, Jack Foley moisit derrière les barreaux du pénitencier d’Etat de Glades en Louisiane. Cet homme qui a plus de cent casses sans armes à son actif ne rêve que de liberté et réussit à se faire la belle. Son copain Buddy Bragg l’attend de l’autre côté. Mais il y a également une visiteuse inattendue, le marshal Karen Sisco, une fort jolie femme venue délivrer une assignation. Elle tente de s’interposer et se retrouve prise en otage, enfermée dans un coffre de voiture en compagnie de Jack. Serré contre elle, Jack rêve d’une autre rencontre. Tout oppose ces deux personnages qui, pourtant, se sentent irrésistiblement attirés l’un vers l’autre. Lors d’un changement de véhicule, Karen parvient à échapper à la vigilance de ses ravisseurs…

Obtenir la consécration au Festival de Cannes à l’âge de 26 ans peut pas mal déboussoler un jeune cinéaste. Steven Soderbergh s’est longtemps cherché après son premier long-métrage avec lequel la critique l’a placé parmi les espoirs du cinéma américain. Il abandonne un projet consacré à la guerre froide pour se consacrer à Kafka, biographie romancée de l’écrivain interprétée par Jeremy Irons doublée d’un hommage à l’expressionnisme allemand. Un budget confortable de plus de dix millions de dollars, mais échec commercial. Deux ans plus tard, en 1993 donc, Steven Soderbergh livre King of the Hill, comédie-dramatique qui se déroule durant la Grande Dépression. Le film passe inaperçu et sa mise de départ de huit millions de dollars est loin d’être amortie. En 1995, en parallèle d’un mariage qui prend l’eau, le cinéaste se voit retirer Quiz Show, qui est confié à Robert Redford. Le réalisateur mise finalement sur À fleur de peau -Underneath, nouvelle adaptation du roman Criss Cross de Don Tracy, déjà transposé au cinéma par Robert Siodmak en 1949 avec Pour toi j’ai tué. Steven Soderbergh accepte sans enthousiasme. Cette fois encore, le long métrage est un désastre commercial. Complètement paumé, le réalisateur se met lui-même en scène ainsi son ex-femme, dans un film expérimental intitulé Schizopolis, basé essentiellement sur l’improvisation et dans lequel Steven Soderbergh se livre corps et âme à travers son personnage de « fiction ». La même année, il signe le documentaire Gray’s Anatomy, centré sur l’acteur-écrivain Spalding Gray, dans lequel ce dernier évoque sa maladie oculaire. Ne sachant où aller alors qu’il est âgé de seulement 35 ans, le cinéaste accepte, non sans réticence, d’adapter le roman Loin des yeux d’Elmore Leonard, d’après un scénario de Scott Frank, auteur de Malice de Harold Becker, de Vengeance froide (tiré d’un roman de James Lee Burke) de Phil Joanou et dernièrement du Jeu de la dame. Ce dernier vient d’écrire et de connaître le succès avec Get Shorty, tiré également d’un livre d’Elmore Leonard, qui attire les scénaristes, puisque Quentin Tarantino venait de terminer Jackie Brown, d’après le roman Punch créole. Le comédien Michael Keaton fait d’ailleurs le lien entre ce dernier et Hors d’atteinte, puisqu’il y incarne le même personnage.

C’est une résurrection pour Steven Soderbergh. Hors d’atteinte est un miracle de cinéma, une œuvre plurielle, qui conjugue à la fois le cinéma quasi-scientifique du cinéaste, avec le divertissement populaire. Monteur de formation, le réalisateur ne se laisse pas aller à la facilité et joue avec deux temporalités, quitte à perturber quelque peu le spectateur. Mais cette double-narration entrecroisée demeure d’une virtuose fluidité, qui atteint son apogée lors de l’une des plus célèbres séquences du film, celle des retrouvailles de Jack et Karen dans le bar, où la scène de séduction montre simultanément le couple se rejoindre dans une chambre, se déshabiller, avant de se mettre au lit. Sans aucun doute pour l’auteur de ces mots la scène la plus sensuelle et la plus excitante des années 1990 au cinéma.

Hors d’atteinte enchaîne les séquences cultes comme des perles sur un collier. Magistral du début à la fin, passionnant, d’une beauté à se damner, jouant avec les genres au point d’être difficile à classer puisque le film est autant un polar qu’une comédie-romantique où l’émotion et même une certaine mélancolie sont omniprésentes, Out of Sight est incontestablement l’un des chefs d’oeuvre de Steven Soderbergh.

LE COMBO BLU-RAY + DVD

Dix ans après une première édition en HD chez Universal, Hors d’atteinte fait son retour dans les bacs chez nos amis de Rimini Editions. A cette occasion, l’éditeur nous gratifie d’un superbe objet, un Digipack à deux volets, glissés dans un fourreau cartonné, qui arbore le visuel de l’affiche américaine du film. Mention spéciale à la sérigraphie du Blu-ray (Jennifer Lopez) et du DVD (George Clooney), qui reprend le célèbre tête-à-tête de Out of Sight. Le menu principal est animé et musical.

En plus de la bande-annonce, le seul bonus disponible sur les deux disques est une conversation, toujours animée et passionnante des deux compères, Frédéric Mercier (Transfuge) et Mathieu Macheret (Le Monde). Durant un peu plus d’une demi-heure, les deux fidèles à Rimini délaissent (pour un temps ?) le cinéma de Billy Wilder et se penchent avec délectation sur Hors d’atteinte, qu’ils replacent tout d’abord dans la filmographie de Steven Soderbergh. Puis, les deux critiques abordent l’adaptation du roman d’Elmore Leonard, avant d’analyser la forme du film, constitué de « glissades » selon eux, le jeu du réalisateur avec les spectateurs (dont il déjoue les attentes), la chronologie particulière du récit qui s’avère un des aspects les plus ludiques de Hors d’atteinte. Le montage, les faux raccords, les jumpcuts, les zooms, les arrêts sur image, l’usage du téléobjectif sont aussi évoqués, ainsi que bien d’autres éléments au cours de cette présentation indispensable pour les fans du film.

Contrairement à l’édition Blu-ray Universal sortie en 2011, le commentaire audio du réalisateur Steven Soderbergh et du scénariste Scott Frank est cette fois sous-titré en français. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les deux collaborateurs ne sont pas avares en anecdotes de tournage, sur la préparation du film et le jeu des comédiens. De la première à la dernière image, Steven Soderbergh analyse sa mise en scène tout en passant en revue le travail de chaque département technique, tandis que Scott Frank revient surtout sur l’adaptation du roman d’Elmore Leonard en mettant en valeur les différences avec le film. Divertissant et instructif.

Scènes inédites (24’) : Comme nous l’explique Steven Soderbergh dans son commentaire audio, la célèbre séquence du coffre durait au départ plus de 6 minutes. Cette séquence avait nécessité pas moins de 45 prises dont 38 effectuées au cours d’une seule journée. Après une première projection, le cinéaste avait décidé de reprendre cette scène, qui est maintenant visible dans le montage final. Nous pouvons voir le fameux plan-séquence préalablement réalisé. Les autres saynètes sont très réussies et montrent un peu plus la vie privée de Maurice (Don Cheadle) ainsi que d’autres bouts de séquences avec Catherine Keener. Mais celle à retenir est probablement la scène aussi drôle que surréaliste où Buddy (Ving Rhames) fait un cours très imagé à Jack (George Clooney) sur les bienfaits du bain et des huiles.

Les coulisses du film (25’) : Ce making of d’époque n’a rien d’inédit et était déjà disponible sur l’édition DVD, puis l’ancien Blu-ray. L’écrivain Elmore Leonard (dont le roman est ici adapté), le réalisateur Steven Soderbergh, le scénariste Scott Frank et l’ensemble des comédiens promeuvent le film avec humour (surtout George Clooney) et sincérité sans tomber dans l’autosatisfaction. Quelques images du tournage viennent illustrer l’ensemble qui révèle tout de même un peu trop certains passages clés de Hors d’Atteinte.

L’Image et le son

Sans surprise, il s’agit ici du même master précédemment édité chez Universal, encode cette fois en format AVC. Forcément, Hors d’atteinte aurait mérité un petit lifting, mais il faudra attendre encore pour cela. Nous remettrons ici ce que nous en pensions en 2011. Nous ne sommes pas déçus. Le Blu-ray de Out of Sight nous gratifie d’une très belle image et respecte les partis-pris esthétiques originaux, à savoir l’usage fréquent de teintes monochromes bleues et pâles, presque désaturées, qui caractérisent la ville de Detroit, et les gammes plus chatoyantes (la Californie et la Floride) à tendance rose-orangées. Certes le piqué n’est pas aussi affûté que nous l’espérions et l’image s’avère même trop douce, mais la colorimétrie retrouve un éclat explicitement HD, les noirs sont denses, les détails agréables et les contrastes bien gérés. Heureusement, le pressage du Blu-ray de Hors d’atteinte a également su conserver le grain original de la photo. Divers fourmillements sont constatables sur les arrière-plans, surtout sur les séquences sombres, ainsi que des poussières, points blancs…Aucune différence notable avec l’ancienne édition HD Universal donc…

Hors d’atteinte n’est pas à proprement parler le film de référence en matière d’action. Le mixage DTS-HD Master Audio anglais 5.1 ne privilégie essentiellement que l’excellente bande-originale. Certes les latérales proposent quelques ambiances naturelles en extérieur mais les effets demeurent souvent anecdotiques. La spatialisation est donc principalement musicale, mixant allègrement les ambiances suaves avec le percutant Fight the Power ! des Isley Brothers, et de ce point de vue il n’y a rien à redire concernant l’ardeur et la dynamique de la balance frontale. Si les basses sont relativement discrètes, les rares coups de feu réveillent un peu le caisson vers la fin du film. En ce qui concerne la piste française, disponible aussi en DTS-HD Master Audio anglais 5.1 (contrairement à l’édition Universal où elle était en DTS 5.1), elle se révèle généreuse à l’égard de la restitution des dialogues même si les effets surround restent cette fois encore relativement sobres et ponctuels. Deux pistes Stéréo sont au programme et les sous-titres français ne sont pas imposés sur la VO.

Crédits images : © Rimini Editions / Universal / Sabrina Piazzi / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.