Test Blu-ray / La Malédiction de la Dame Blanche, réalisé par Michael Chaves

LA MALÉDICTION DE LA DAME BLANCHE (The Curse of La Llorona) réalisé par Michael Chaves, disponible en DVD et Blu-ray chez Warner Bros. le 21 août 2019

Acteurs : Linda Cardellini, Roman Christou, Jaynee-Lynne Kinchen, Raymond Cruz, Marisol Ramirez, Patricia Velasquez, Sean Patrick Thomas, Tony Amendola…

Scénario : Mikki Daughtry, Tobias Iaconis

Photographie : Michael Burgess

Musique : Joseph Bishara

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 2019

LE FILM

La Dame Blanche. Spectre terrifiant, pris en étau entre le paradis et l’enfer, piégé par un terrible destin dont elle est elle-même l’artisan. La seule évocation de son nom sème la terreur dans le monde depuis des siècles. Quand elle était en vie, elle a noyé ses enfants dans un accès de folle jalousie, puis, dévastée par le chagrin, elle s’est jetée dans le fleuve déchaîné.
Désormais, ses larmes sont devenues éternelles. Elles sont même mortelles et tous ceux qui entendent ses appels sinistres la nuit sont maudits. Tapie dans l’ombre, la Dame Blanche s’attaque aux enfants, cherchant désespérément à remplacer les siens. Au fil des siècles, elle est devenue de plus en plus prédatrice… et ses méthodes de plus en plus terrifiantes.
Los Angeles, années 1970. La Dame Blanche hante la nuit… et les enfants.
Ignorant les avertissements d’une mère soupçonnée de violence sur mineurs, une assistante sociale et ses enfants sont projetés dans un monde surnaturel des plus effrayants. Pour espérer survivre à la fureur mortelle de la Dame Blanche, leur seul recours est un prêtre désabusé et ses pratiques mystiques destinées à repousser les forces du mal… à la frontière où la peur et la foi se rencontrent…
Méfiez-vous de ses pleurs glaçants… Elle est prête à tout pour vous entraîner vers les ténèbres. Car sa douleur ne connaît pas de répit – son âme tourmentée n’a pas droit au repos. Et il n’existe aucun moyen d’échapper à la malédiction de la Dame Blanche.

En 2013, Conjuring : Les dossiers Warren, produit avec un budget modeste de 13 millions de dollars en rapporte 318 millions dans le monde. Bien que surestimé, le film de James Wan (Saw, Insidious 1 et 2) casse la baraque y compris en France avec plus d’1,1 million d’entrées. Annabelle n’est pas une suite, mais un spin-off préquel dirons-nous puisque l’action se déroule avant celle de Conjuring et se focalise sur « l’origine » de la poupée maléfique aperçue dans la salle des trophées du couple d’exorcistes dans l’oeuvre de James Wan. Un film à tout petit budget (5 millions de dollars !) pour surfer allègrement sur le triomphe de Conjuring et en espérant amasser le plus possible de billets verts. Avec 245 millions de dollars de recette et 1,5 million d’entrées en France, la mission est réussie. 2016, James Wan donne suite aux aventures des Warren avec Conjuring 2 : Le Cas Enfield : 315 millions de dollars récoltés. La Warner n’allait pas laisser passer l’opportunité de surfer sur le succès d’Annabelle en lui donnant une suite, une préquelle plutôt avec Annabelle 2 : La Création du mal, qui se permet de surpasser le premier volet au box office avec 305 millions de dollars de recette pour un budget de 15 millions. Une entreprise très lucrative. James Wan et les studios ont le nez fin. Sachant que le personnage de la Nonne maléfique de Conjuring 2 : Le Cas Enfield avait fait sensation auprès des spectateurs, un nouveau spin-off est encore imaginé. Résultat, La Nonne, « premier » volet dans l’ordre chronologique des événements de la franchise, est devenu le plus grand succès commercial de la saga avec 365 millions de dollars de recette. Cela n’a pas été le cas pour l’inattendue Malédiction de la Dame Blanche, qui a certes cartonné en rapportant 120 millions de dollars aux producteurs (contre 15 millions de budget), mais qui marque un « léger » essoufflement dans le Conjuring-verse. A croire que ce film a été rattaché au dernier moment à cette franchise, The Curse of La Llorona a d’ailleurs été officiellement estampillé « Conjuring » après les premières projections presse, le film de Michael Chaves peine à se démarquer du tout-venant. Demeure l’interprétation de la géniale et pourtant méconnue Linda Cardelini, inoubliable Sylvia Rosen de la série Mad Men, Samantha Taggart dans Urgences et Meg Rayburn dans Bloodline. Il serait d’ailleurs temps de lui confier plus de rôles au cinéma !

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Test Blu-ray / Le Bal de l’horreur, réalisé par Paul Lynch

LE BAL DE L’HORREUR (Prom Night) réalisé par Paul Lynch, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret le 9 septembre 2019 chez Rimini Editions

Acteurs : Jamie Lee Curtis, Leslie Nielsen, Casey Steven, Anne-Marie Martin, Antoinette Bower, Michael Tough, Robert A. Silverman, Pita Oliver, David Mucci, Jeff Wincott…

Scénario : William Gray d’après une histoire originale de Robert Guza Jr.

Photographie : Robert C. New

Musique : Paul Zaza, Carl Zittrer

Durée : 1h32

Année de sortie : 1980

LE FILM

Dans une vieille école déserte, une petite fille meurt accidentellement des conséquences d’un jeu organisé par une bande de jeunes, qui devant l’horreur de la situation décident de ne jamais révéler la vérité. Mais une ombre les a vus, et décide de se venger six ans plus tard, à l’occasion du bal de fin d’année des gamins devenus de jeunes adultes. Est-ce ce tueur psychopathe qui vient de s’évader d’un hôpital psychiatrique ? Les meurtres vont alors se succéder et se précipiter lors de cette fameuse « Prom Night ».

Etonnamment, après sa révélation dans Halloween, la nuit des masques de John Carpenter, les propositions restent timides voire inexistantes pour Jamie Lee Curtis. Agée tout juste de vingt ans, la légendaire Laurie Strode, fille de Tony Curtis et de Janet Leigh, espérait plus que les ersatz d’Halloween qu’on lui propose. Si John Carpenter lui crée un rôle exprès pour l’aider dans Fog, la comédienne accepte finalement une production canadienne d’épouvante. Le Bal de l’horreurProm Night est seulement son troisième long métrage. Si le lien avec Halloween est évident, ce slasher s’inspire également de Carrie au bal du diable (1976) de Brian de Palma puisque l’action se situe durant la fête de fin d’année d’un lycée et que deux personnages renvoient directement à ceux campés par Nancy Allen et John Travolta dans l’adaptation du roman de Stephen King. Décor qui devient alors celui d’un jeu de massacre, avec un tueur masqué, qui semble animé par une vengeance, assassinant un à un des lycéens bien ciblés à l’avance. Ecrit par William Gray (L’Enfant du diable, Philadelphia Experiment), Le Bal de l’horreur est un slasher éminemment sympathique, dans lequel le charme et le sex-appeal de Jamie Lee Curtis, même coiffée avec les bigoudis chauffants de Bernadette Chirac, font toujours leur effet.

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Test Blu-ray / Cold Skin, réalisé par Xavier Gens

COLD SKIN réalisé par Xavier Gens, disponible en DVD et Blu-ray le 17 juillet 2019 chez Condor Entertainment

Acteurs : Ray Stevenson, David Oakes, Aura Garrido, Winslow M. Iwaki, John Benfield, Ben Temple, Iván González, Alejandro Rod…

Scénario : Jesús Olmo, Eron Sheean d’après le roman d’Albert Sánchez Piñol

Photographie : Daniel Aranyó

Musique : Víctor Reyes

Durée : 1h48

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Au lendemain de la Grande Guerre, un officier météorologique de l’armée est envoyé sur une île isolée en Antarctique, dont le seul habitant est un vieux gardien de phare russe. La nuit venue, ils sont attaqués par des mystérieuses créatures marines.

Réalisateur de plus d’une quarantaine de vidéo-clips, Xavier Gens passe le cap du long métrage en 2007 avec Frontière(s), slasher produit par Luc Besson. Ce dernier parvient à le faire engager pour transposer à l’écran le jeu vidéo Hitman. Prenant peur devant la violence du film, la production reprend le montage de Xavier Gens, dépossédé alors de sa première expérience américaine, qui sera néanmoins un succès honorable. Il faudra attendre quatre ans pour que Xavier Gens livre son troisième long métrage, The Divide, film de science-fiction post-apocalyptique, avec Michael Biehn et Rosanna Arquette, qui ne sera pas exploité dans les salles françaises. Après une participation au film à sketches d’horreur The ABCs of Death (2012), l’actualité de Xavier Gens se bouscule avec les sorties successives de The Crucifixion, Cold Skin et de Budapest. Si ce dernier reste une comédie potache, bien enlevée et très drôle, les deux autres démontrent une fois de plus toute l’affection du réalisateur pour le film de genre. Nous parlerons de The Crucifixion une autre fois, car le film qui nous intéresse ici, Cold Skin est le meilleur film du cinéaste. Il revient avec ce film de science-fiction horrifique franco-espagnol, adapté du roman catalan La Peau froideLa Pell freda, best-seller d’Albert Sánchez Piñol publié en 2002. Un temps envisagé par David Slade (Hard Candy, 30 jours de nuit, Twilight – Chapitre III : Hésitation, cherchez l’intrus), Cold Skin atterrit dans les mains de Xavier Gens, qui s’empare littéralement du roman original. Cold Skin est un énorme coup de cœur. Avec sa merveilleuse photographie (Daniel Aranyó), ses décors magnifiques (le film a été tourné à Lanzarote, île volcanique des Canaries), sa mise en scène léchée, son interprétation inspirée et son mélange de fantastique, d’émotion et de survival, Cold Skin est un des films de 2019 à ne pas manquer.

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Test DVD / Escalofrío, réalisé par Carlos Puerto

ESCALOFRIO réalisé par Carlos Puerto, disponible en DVD le 20 août 2019 chez Uncut Movies

Acteurs : Ángel Aranda, Sandra Alberti, Mariana Karr, José María Guillén, Manuel Pereiro, Luis Barboo, José Pagán, Isidro Luengo…

Scénario : Carlos Puerto

Photographie : Andrés Berenguer

Musique : Librado Pastor

Durée : 1h19

Année de sortie : 1978

LE FILM

Après s’être fait accoster par un couple avenant affirmant les connaitre, un homme et sa femme acceptent l’invitation chaleureuse à passer un moment dans leur magnifique demeure. Mais les choses se déroulent étrangement et visiblement, le couple a une idée précise en tête, et verse dans les pratiques sombres de la magie noire…

« Le mal et Satan existent ». Ainsi démarre Escalofrío, deuxième long métrage de fiction du réalisateur Carlos Puerto, auparavant l’auteur de deux documentaires, Entre el carbón y el mar (1965) et Recuerdo de Rosalía de Castro (1970), et d’El francotirador (1978), son premier film et thriller avec le légendaire Paul Naschy. Egalement scénariste du Continent fantastiqueViaje al centro de la Tierra (1977) inspiré par le chef d’oeuvre de Jules Vernes, Voyage au centre de la Terre, Carlos Puerto se lance dans l’écriture d’Escalofrío. Ce film érotico d’épouvante produit par Juan Piquer Simón, également connu sous les titres Le Sang de Satan et Satan’s Blood, est pour ainsi dire entré dans les livres d’histoire, puisqu’il s’agit d’un des tous premiers à avoir subi les foudres de la censure post-franquiste et à avoir été classé « S », qui correspondait à l’interdiction formelle aux mineurs, en raison de son contenu jugé hautement érotique et violent. Ça c’était pour le situer dans son contexte historico-politique. Aujourd’hui, Escalofrío demeure un joli tour de force, sulfureux comme il le faut, à la fois intrigant, bandant et inquiétant, bref, belle réussite que cette perle rare emblématique de l’âge d’or du cinéma fantastique espagnol.

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Test Blu-ray / Au service du diable, réalisé par Jean Brismée

AU SERVICE DU DIABLE réalisé par Jean Brismée, disponible le 4 juin 2019 en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre chez Artus Films

Acteurs : Erika Blanc, Daniel Emilfork, Jean Servais, Jacques Monseau, Lucien Raimbourg, Colette Emmanuelle, Ivana Novak, Shirley Corrigan…

Scénario : Pierre-Claude Garnier, Patrice Rhomm, Vertunnio De Angelis

Photographie : André Goeffers

Musique : Alessandro Alessandroni

Durée : 1h35

Année de sortie : 1971

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Test Blu-ray / La Nuit de la mort, réalisé par Raphaël Delpard

LA NUIT DE LA MORT réalisé par Raphaël Delpard, disponible en combo Blu-ray/DVD chez Le Chat qui fume

Acteurs : Isabelle Goguey, Charlotte de Turckheim, Michel Flavius, Betty Beckers, Jean Ludow, Jeannette Batti, Michel Debrane, Germaine Delbat, Georges Lucas, Denise Montréal…

Scénario : Raphaël Delpard, Richard Joffo

Photographie : Marcel Combes

Musique : Laurent Petitgirard

Durée : 1h34

Année de sortie : 1980

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Test 4K-UHD / La Rose écorchée, réalisé par Claude Mulot

LA ROSE ÉCORCHÉE réalisé par Claude Mulot, disponible en combo Blu-ray/DVD/4K-UHD chez Le Chat qui fume

Acteurs : Philippe Lemaire, Anny Duperey, Elizabeth Teissier, Olivia Robin, Michèle Perello, Valérie Boisgel, Jean-Pierre Honoré, Gérard-Antoine Huart, Jacques Seiler, Michel Charrel, Howard Vernon…

Scénario : Claude Mulot, Edgar Oppenheimer, Jean Larriaga

Photographie : Roger Fellous

Musique : Jean-Pierre Dorsay

Durée : 1h34

Année de sortie : 1970

LE FILM

Le peintre Frédéric Lansac vit un amour idyllique auprès d’Anne dans leur château isolé au centre de la France lorsqu’un drame vient briser brutalement cette passion. Grièvement brûlée, l’épouse de Lansac est défigurée, sans espoir de guérison. Jusqu’au jour où un chirurgien accepte de lui redonner un visage. Mais pour que l’opération réussisse, la donneuse doit être sacrifiée… 

Nourri au cinéma de genre, cinéphage, le réalisateur Claude Mulot (1942-1986) aura réussi à marquer les spectateurs passionnés par les films Bis en une poignée de longs métrages d’exploitation. Egalement connu sous le pseudonyme Frédéric Lansac (nom repris du personnage principal de La Rose écorchée) par les plus polissons d’entre nous avec ses œuvres intitulées Les Charnelles (1974), Le Sexe qui parle (1975) ou bien encore La Femme-objet (1981) avec la sublimissime Marilyn Jess, Claude Mulot démarre sa carrière en 1968 avec la comédie coquine Sexyrella. Mais c’est en 1970 qu’il signe ce qui restera son chef d’oeuvre, La Rose écorchée. Sous ce titre, le cinéaste livre un film d’épouvante imprégné de l’oeuvre de Georges Franju, Les Yeux sans visage, mais aussi du cinéma gothique transalpin et même des opus de la Hammer. Sans oublier une petite touche de Psychose d’Alfred Hitchcock avec ce qui concerne le personnage de la soeur. Merveille visuelle et animée par un amour incommensurable pour le septième art, La Rose écorchée est aujourd’hui considérée comme une pierre angulaire du cinéma de genre hexagonal, qui a aussi révélé une magnifique comédienne, Annie Duperey.

Après avoir mené une vie dissolue, le peintre Frédéric Lansac, adulé du Tout-Paris, épouse la jeune Anne dont il est tombé éperdument amoureux. Quelques mois de bonheur, puis le drame : Anne, est atrocement défigurée dans un accident provoqué par une ancienne maîtresse de Lansac. Anne vit dès lors recluse dans son château. Jalouse de la beauté d’Agnès, son infirmière, elle la tue. Aveuglé par son amour, Lansac enterre le corps. Il découvre que le mystérieux Romer, embauché par son associé, est un chirurgien rayé de l’ordre qui refait les visages des criminels recherchés. Par le chantage, il le convainc d’opérer son épouse : tenter la greffe d’un visage entier sur une… écorchée vive ! La victime désignée sera Barbara, la sœur d’Agnès, venue enquêter sur sa disparition.

Le cinéma de Claude Mulot ne cesse d’alterner scènes kitsch et séquences virtuoses. La balance penche d’ailleurs largement plus vers le second côté. Le scénariste et complice de Max Pécas sur le très beau Je suis une nymphomane (1971), puis sur les films estampillés « Dimanche soir sur M6 » Embraye bidasse… ça fume (1978), On est venu là pour s’éclater (1979), Mieux vaut être riche et bien portant que fauché et mal foutu (1980) et On se calme et on boit frais à Saint-Tropez (1987) ne cesse de flatter les sens du spectateur en quête d’émotions fortes et de frissons.

La Rose écorchée est avant tout divinement photographié par le chef opérateur Roger Fellous (1919-2006), complice de Claude Mulot, tout autant inspiré que le réalisateur par les éclairages d’Arthur Grant et Jack Asher qui ont contribué à la postérité des films de Terence Fisher et de Freddie Francis. A l’écran, les décors, en particulier la demeure de Lansac, flottant dans une brume quasi-surréaliste, prennent une dimension unique, tout comme les intérieurs, inquiétants et stylisés. La Rose écorchée est également l’une des premières apparitions au cinéma d’Anny Duperey, qui n’avait alors participé qu’à Deux ou trois choses que je sais d’elle (1967) de Jean-Luc Godard, Sous le signe de Monte-Cristo (1968) d’André Hunnebelle et dans le sketch de Roger Vadim Metzengerstein du film-collectif Histoires extraordinaires, co-réalisé avec Federico Fellini et Louis Malle en 1968. Claude Mulot et Roger Fellous impriment la beauté juvénile de la comédienne âgée de 22 ans. Elle crève ainsi l’écran dans la première partie de La Rose écorchée, avant que son personnage soit défiguré par les flammes au cours d’un accident. Le film qui prenait alors la forme d’une histoire d’amour passionnée teintée d’érotisme (quelques plans dénudés ravissent les yeux), dévie alors vers le cinéma d’horreur où les protagonistes, reclus sur eux-mêmes, peinent à calmer les ardeurs de leurs deux serviteurs de petite taille, jusqu’à la rencontre inespérée avec un chirurgien singulier, spécialiste de la reconstruction du visage, auquel Howard Vernon prête ses traits particuliers.

Outre le jeu inspiré de Philippe Lemaire (1927-2004), ancien jeune premier des années 1950, notamment vu dans deux Angélique, la grande réussite des partis pris (la vue subjective brouillée d’Anne), La Rose écorchée bénéficie également d’un atout de taille, la composition de Jean-Pierre Dorsay qui nimbe chaque scène d’une aura sensuelle et mystérieuse.

Chef d’oeuvre poétique, baroque et macabre, pour ainsi dire avant-gardiste et porté par une immense passion contagieuse pour le cinéma, La Rose écorchée marque les esprits de façon indélébile. L’année suivante, Claude Mulot s’attaquera au thriller avec autant d’inspiration que de réussite. Ce sera La Saignée.

LE COMBO

A l’heure où nous écrivons cette chronique, l’édition limitée à 1500 exemplaires de La Rose écorchée comprenant le disque UHD, le Blu-ray et le DVD est épuisée. Franchement, on reste pantois devant la beauté de cet objet, magnifié une fois de plus par le travail de Frédéric Domont. Tel un écrin, le Digipack à 3 volets, est délicatement glissé dans un surétui cartonné du plus bel effet. Comme l’indique Le Chat qui fume, l’édition Blu-ray et 4K est une première mondiale. Le menu principal est animé et musical sur le Blu-ray et le DVD. Pas de menu pour l’édition 4K.

Cette magnifique édition qui s’impose comme l’une des plus dingues de l’année 2019, s’accompagne d’entretiens absolument passionnants, très bien menés, qui rendent hommage à quelques hommes de l’ombre qui ont participé à l’immense réussite du film de Claude Mulot.

Tour à tour, le producteur et scénariste Edgar Oppenheimer (25’30), le caméraman Jacques Assuérus (35’), Hubert Baumann (régisseur) et son frère Georges (11’30) alors assistant-réalisateur, sans oublier la légendaire Brigitte Lahaie (9’30) non-mentionnée sur la jaquette, reviennent avant tout sur Claude Mulot et sur sa passion pour le cinéma.

Le premier intervenant se souvient de son coup de foudre pour Claude Mulot, de leur grande amitié, de son professionnalisme. Puis, Edgar Oppenheimer évoque les démêlés avec la censure puisque le film avait été considéré comme “une atteinte aux bonnes mœurs” et à un “appel à la débauche” ! S’ensuit le coup de chance survenu lors d’une projection de La Rose écorchée, qui n’avait pas trouvé de distributeur, qui a attiré la curiosité d’un passant, en réalité le président de la Allied Artists ! Après avoir découvert le film, ce dernier décide de l’acheter pour le distribuer dans le monde entier. La genèse du film, le casting, les conditions de tournage, la musique sont également passés en revue.

Jacques Assuérus, très ému en évoquant son grand ami Claude Mulot, parle de leur rencontre via Roger Fellous, avant d’évoquer son travail sur La Rose écorchée, La Saignée et leurs autres collaborations. Les souvenirs de tournage s’enchaînent avec émotion. Ensuite, l’entretien bifurque sur l’amitié qui unissait Claude Mulot et Johnny Hallyday, deux immenses passionnés par le cinéma, qui visionnaient une quantité phénoménale de films ensemble. Claude Mulot réalisera d’ailleurs Le Survivant, court-métrage inspiré de Mad Max qui ouvrait les concerts de Johnny Hallyday en 1982.

Hubert et Georges Baumann, qui se renvoient constamment la balle avec une belle énergie, parlent de leurs débuts respectifs au cinéma, milieu dans lequel ils sont tombés par hasard, puis évoquent leurs souvenirs liés au tournage de La Rose écorchée. Le casting, le travail du directeur de la photographie Roger Fellous et bien sûr de Claude Mulot lui-même sont abordés au cours de ce module.

Avec Claude Mulot, Brigitte Lahaie aura tourné Suprêmes jouissances ou Belles d’un soir (1977), Les Petites écolières (1980) et Le Couteau sous la gorge (1986), dernier film du cinéaste. Comme pour les précédents intervenants, la comédienne dresse le portrait de Claude Mulot, un cinéaste qui avait « le sens du comédien », qui installait une « ambiance très professionnelle sur le plateau », mais « qui n’a probablement pas pu transmettre ce qu’il souhaitait en raison de contraintes financières ». Brigitte Lahaie compare également les méthodes de tournage de Claude Mulot de Jean Rollin.

Enfin, last but not least, le Chat qui fume a mis la main sur un reportage réalisé sur le plateau de La Rose écorchée (3’40). Les images de tournage sont présentes, tout comme les propos des deux comédiens principaux et du réalisateur Claude Mulot.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces, ainsi que la possibilité de visionner La Rose écorchée en mode VHS, option que l’on apprécie particulièrement !

N’oublions pas citer la parution du livre Claude Mulot : cinéaste écorché (Nitrate), écrit par Philippe Chouvel, que nous saluons au passage, prolongement indispensable aux sorties Blu-ray/DVD du Chat qui fume !

L’Image et le son

La rose s’épanouit et encore plus en 4K !!! Oui mesdames et messieurs, le film de Claude Mulot est proposé dans ce format inattendu et qui signe l’entrée du Chat qui fume dans l’ère de l’Ultra-Haute Définition. Cette restauration 4K réalisée par l’éditeur lui-même à partir du négatif original est en tout point splendide. La propreté est mirifique, la stabilité jamais prise en défaut, la patine argentique omniprésente et surtout gérée de main de maître, la profondeur de champ éloquente, les superbes partis pris de Roger Fellous sont respectés et resplendissent en UHD, tout en conservant également les couacs techniques caractéristiques du cinéma Bis. Suprêmement élégant, ce master participe à la (re)découverte de La Rose écorchée (un titre aussi beau que les couleurs du film), œuvre rare qui méritait d’être ainsi choyé. Bravo au Chat qui fume qui livre donc l’une des sorties majeures de l’année 2019.

La piste DTS-HD Master Audio 2.0 délivre ses dialogues avec ardeur et fermeté, jamais parasités par un souffle chronique ou quelques craquements intempestifs. C’est nickel, dynamique, suffisamment riche et le confort appréciable. Les sous-titres anglais sont également disponibles.

Crédits images : © Le Chat qui fume / Family Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Happy Birthday To Me, réalisé par J. Lee Thompson

HAPPY BIRTHDAY TO ME réalisé par J. Lee Thompson, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret le 9 mai 2019 chez Rimini Editions

Acteurs : Melissa Sue Anderson, Glenn Ford, Lawrence Dane, Sharon Acker, Frances Hyland, Tracey E. Bregman, Jack Blum, Matt Craven, Lenore Zann, Lisa Langlois…

Scénario : John C.W. Saxton, Peter Jobin, Timothy Bond

Photographie : Miklós Lente

Musique : Bo Harwood, Lance Rubin

Durée : 1h50

Année de sortie : 1981

LE FILM

Virginia a été victime d’un grave accident dans lequel a péri sa mère; Après une opération du cerveau, elle retourne au lycée. Très bonne, élève, elle souffre cependant de troubles de la mémoire. Elle intègre rapidement une confrérie réunissant les meilleurs élèves. Mais les membres de ce petit groupe sont assassinés les uns après les autres dans des circonstances aussi sanglantes que surprenantes.

Complètement méconnu en France, en dehors – bien entendu – des aficionados qui en ont fait depuis un vrai petit classique, Happy Birthday To Me sous-titré Souhaitez ne jamais être invité dans nos contrées, est un slasher tourné en plein âge d’or du (sous-)genre, au début des années 1980. Le plus étonnant, c’est de retrouver derrière la caméra J. Lee Thompson (1914-2002), réalisateur britannique passé à la postérité avec Les Canons de Navarone (1961) et Les Nerfs à vif (1962), tous deux avec Gregory Peck. Excellent technicien et ayant dirigé les plus grands acteurs, on lui doit également Tarass Boulba (avec Tony Curtis et Yul Brynner), La Conquête de la planète des singes (1972) suivi l’année suivante de La Bataille de la planète des singes (1973), ainsi que moult longs métrages avec Charles Bronson, avec lequel il s’associera sur près d’une dizaine de films dont le désormais culte (malgré-lui) Le Justicier braque les dealers (1987). C’est peu dire qu’on ne l’attendait pas à la barre d’un slasher, genre qui remplissait alors les salles depuis Black Christmas (1974) de Bob Clark et surtout Halloween, La Nuit des masques de John Carpenter (1978).

Produit par André Link et John Dunning, à qui l’on doit quelques pépites aux titres fleuris du style Tendre et sensuelle Valérie (1969), Initiation d’une lycéenne (1970), Y’a plus de trou à percer (1971), mais aussi et surtout Frissons (1975) et Rage (1977) de David Cronenberg, Happy Birthday To Me es un très bon slasher qui annonce l’évolution d’un genre et les codes, y compris formels, qui seront repris dans les années 1990 par le scénariste Kevin Williamson, notamment pour Wes Craven avec la tétralogie Scream et Souviens-toi…l’été dernier de Jim Gillespie. Happy Birthday To Me, dont le titre rappelle d’ailleurs le délirant Happy Birthdead (2017) de Christopher Landon, est donc largement à réhabiliter.

Virginia est fière d’appartenir à la confrérie des meilleurs élèves de son école privée. Mais une série de meurtres déciment ce groupe, et tout porte à croire qu’elle serait la coupable idéale…C’est sur ce postulat de départ (mais également sur le titre) que les producteurs du cultissime Meurtres à la St-Valentin de George Mihalka basent leur nouveau bébé. Alors que les seconds opus d’Halloween et de Vendredi 13 débarquent dans les salles, les canadiens profitent de cet engouement avec ce fort sympathique Happy Birthday To Me. Non seulement les producteurs bénéficient d’un réalisateur chevronné aux manettes, mais ils jouissent également de la présence de l’immense Glenn Ford et de la superbe Melissa Sue Anderson au générique. Si le premier entamait alors la dernière partie de son illustre carrière, la seconde, popularisée dans le monde entier avec son rôle de Mary Ingalls dans la série La Petite maison dans la prairie, venait de dire au revoir à la population de Walnut Grove et tentait une reconversion au cinéma. Pour cela, la comédienne âgée de 19 ans avait donc jeté son dévolu sur un rôle contemporain où elle pouvait se lâcher quelque peu en fumant un pétard et en apparaissant en soutien-gorge.

Happy Birthday To Me est une réussite. Si l’on excepte un final nawak (mais bien morbide) et une intrigue qui part un peu dans tous les sens, force est d’admettre que la mise en scène est encore aujourd’hui très solide. J. Lee Thompson soigne chacun de ses plans et semble prendre beaucoup de plaisir à filmer tous ces jeunes, pour ensuite les trucider les uns après les autres. D’ailleurs, la censure devra mettre son grain de sel pour atténuer certaines scènes jugées trop gores et trop violentes (l’écharpe prise dans la roue de moto notamment), ce qui se ressent au nouveau du montage. Malgré des meurtres « édulcorés » pour l’exploitation du film au cinéma, ce slasher demeure particulièrement bien rythmé, réjouissant et s’appuie sur un casting brillant, excellemment dirigé. Les séquences d’exécution de ce thriller horrifique sont sèches et bien amenées, tandis qu’une scène de trépanation – aux effets spéciaux très réussis – n’a absolument rien à envier à celle réalisée 25 ans plus tard par Darren Lynn Bousman pour Saw 3. Le charme félin de Melissa Sue Anderson rappelle parfois celui de Michelle Pfeiffer et l’actrice est ici très à l’aise dans ce rôle ambigu, naïf et impitoyable. Dommage que ses apparitions au cinéma soient ensuite restées très sporadiques.

Ajoutons à cela une élégante photographie signée Miklós Lente et une partition soignée de Bo Harwood (Une femme sous influence et Opening Night de John Cassavetes) et Lance Rubin, et vous obtenez un cocktail bien frappé, qui n’a rien perdu de sa fraîcheur et qui a su préserver son goût métallique de sang. A déguster sans tarder !

LE BLU-RAY

Nous avons entre les mains l’un des plus beaux packagings du mois de mai 2019 et nous le devons une fois de plus à Rimini Editions. Cette édition collector DVD-Blu-ray-Livret d’Happy Birthday To Me se présente sous la forme d’un Digipack à trois volets, glissé dans un surétui cartonné du plus bel effet, reprenant le très célèbre visuel de l’affiche du film. Attention toutefois, le menu principal, animé et musical, révèle le final du film !

Le livre de 20 pages écrit par Marc Toullec est bien illustré et donne moult informations sur la production du film qui nous intéresse, mais également sur l’histoire du slasher.

Ensuite, l’éditeur nous gâte puisque nous pouvons enfin découvrir le documentaire Slice and Dice : The Slasher Film Forever (1h15), réalisé par Calum Waddell en 2012, qui aborde évidemment le sous-genre horrifique du slasher à travers de très nombreux témoignages, le tout agrémenté d’images tirées de bandes-annonces diverses et variées. Participent à ce film : Emily Booth (scream queen), Tom Holland (Vampire, vous avez dit vampire?, Jeu d’enfant), Fred Olen Ray (Hollywood Chainsaw Hookers), Mick Garris (Critters 2), Scott Spiegel (producteur de la franchise Hostel), John Carl Buechler (Vendredi 13, chapitre 7: Un nouveau défi), Patrick Lussier (Dracula 2001, Meurtres à la Saint-Valentin 3D), Christopher Smith (Creep), Jeffrey Reddick (créateur de la franchise Destination Finale), Tobe Hooper (Massacre à la tronçonneuse 1 & 2), Corey Feldman (Vendredi 13: Chapitre final, Vendredi 13, chapitre 5: Une nouvelle terreur), Marysia Kay (scream queen), Felissa Rose (Massacre au camp d’été), Robert Rusler (La Revanche de Freddy), Eduardo Sánchez (Le Projet Blair Witch) et bien d’autres. N’attendez pas une étude poussée du slasher, mais plutôt un retour bon enfant, souvent amusant et informatif sur le genre par quelques noms qui ont participé à certains fleurons du thriller horrifique. La genèse (avec Psychose d’Alfred Hitchcock et La Baie sanglante de Mario Bava), les codes, les figures maléfiques, les ingrédients, les règles de survie, les effets gore, l’importance du son, les remakes divers et le retour en force du genre sont largement abordés dans ce film-documentaire très sympa qui devrait ravir les fans.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Le logo Columbia et le générique d’ouverture sont émaillés de points blancs et les noirs paraissent bien poreux. Heureusement, le master HD trouve son équilibre immédiatement après. Les couleurs sont joliment rafraîchies, la copie est stable, les contrastes denses, le piqué agréable, tout comme la patine argentique bien équilibrée et gérée. Certaines séquences sortent du lot, notamment toutes les scènes sur le campus avec un lot de détails très appréciables, sur les décors, mais également et surtout sur les gros plans et les beaux yeux bleus de Melissa Sue Anderson. Une définition très solide qui participe à la (re)découverte de ce slasher des années 1980.

La version originale est proposée en Dolby Digital 5.1, ainsi qu’en LPCM Stéréo. La première option n’exploite guère l’ensemble des canaux, même si l’accompagnement musical est plaisant. En dehors de cela, les différences avec la LPCM sont minimes et l’on préférera finalement sélectionner cette piste aux dialogues clairs et aux effets percutants, bref la plus dynamique du lot. L’éditeur joint également la version française Mono au rendu plus confiné et moins spectaculaire. Mais les puristes qui auront découvert le film ainsi dans leur jeunesse (il y en a), miseront une fois de plus sur cette adaptation au doublage par ailleurs très chouette.

Crédits images : © Rimini Editions / 1980 The Birthday Film Company Inc. All Rights Reserved / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Moulin des supplices, réalisé par Giorgio Ferroni

LE MOULIN DES SUPPLICES (Il Mulino delle donne di pietra) réalisé par Giorgio Ferroni, disponible le 16 avril 2019 en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre chez Artus Films

Acteurs : Pierre Brice, Scilla Gabel, Dany Carrel, Wolfgang Preiss, Robert Boehme, Liana Orfei…

Scénario : Giorgio Ferroni, Remigio Del Grosso, Ugo Liberatore, Giorgio Stegani

Photographie : Pier Ludovico Pavoni

Musique : Carlo Innocenzi

Durée : 1h37

Année de sortie : 1960

LE FILM

Hans arrive dans une petite bourgade près d’Amsterdam dans le but d’y rencontrer le sculpteur Wahl. Ce dernier vit avec sa fille Elfie et le docteur Bolem dans un moulin reconverti en un macabre musée de cire. Un endroit que les gens du village ont surnommé « Le moulin aux femmes de pierre ». Mais alors qu’Elfie s’éprend de Hans, ce dernier découvre que le moulin cache un horrible secret, quelque chose qui pourrait lui faire perdre la raison à tout jamais…

Giorgio Ferroni (1908-1981), qui a aussi parfois signé ses films sous le pseudonyme de Calvin Jackson Padget, est un des plus grands spécialistes du bis italien. Suivant les modes, éclectique, insaisissable, capable de passer d’un genre à l’autre, du documentaire en passant par le film d’aventure, le drame néoréaliste, le péplum (La Guerre de Troie) ou bien encore le film fantastique et d’épouvante (La Nuit des Diables), sans oublier le western (Deux pistolets pour un lâche, Le Dollar troué), le cinéaste était sur tous les fronts. Le Moulin des supplices Il Mulino delle donne di pietra, ou bien encore Mill of the Stone Women pour son exploitation internationale, est une des pierres fondatrices du cinéma de genre transalpin avec Le Masque du démon (La maschera del demonio) de Mario Bava et demeure le film le plus célèbre de son auteur. Près de soixante ans après sa sortie, ce chef d’oeuvre indiscutable reste une immense référence et son final s’inscrit dans toutes les mémoires.

Le jeune Hans Van Harnim est enchanté à l’idée d’étudier le remarquable carillon qu’abrite un vieux et mystérieux moulin situé en plein coeur de la campagne néerlandaise. Il est accueilli par le professeur Wahl, un sculpteur célèbre, sa fille, Elfi, atteinte d’un mal incurable, et le médecin qui la soigne, le docteur Bohlen. Elfi s’éprend immédiatement de Hans et se donne à lui sans attendre. Hans est rongé par le remords. C’est Liselotte, son amie d’enfance, qu’il aime. Lors d’une entrevue orageuse, Elfi meurt subitement. Traumatisé, Hans quitte le moulin. Victime d’un accès de fièvre, il s’alite. A son réveil, il apprend qu’Elfi est vivante…

Macabre et gothique, Le Moulin des supplices agit en deux temps. Le spectateur est tout d’abord transporté, happé par la beauté du cadre et la mise en scène de Giorgio Ferroni. Venu du cinéma néoréaliste, on lui doit également une adaptation du roman Sans famille d’Hector Malot en 1946, le cinéaste sort alors de dix ans de documentaires. Contre toute attente, il démarre les années 1960 par Le Moulin des supplices. Triomphe dans les salles, ce film sera le point de départ de la seconde partie de sa carrière. Durant les quinze années suivantes, Giorgio Ferroni se concentrera uniquement sur le cinéma d’exploitation. Le Moulin des supplices rend compte de son immense savoir-faire. Sa mise en scène exploite chaque recoin de son incroyable décor, tandis que la photographie signée Pier Ludovico Pavoni (Le Monstre aux yeux verts avec Michel Lemoine) réalisée en Eastmancolor, foudroie les yeux du début à la fin. Très inspiré par la peinture flamande, Giorgio Ferroni compose ainsi des tableaux, nappant ses plans d’un brouillard épais et d’un vent glacé. Jusqu’au dénouement où les flammes dévoilent les pires atrocités sur la musique lyrique de Carlo Innocenzi.

Au-delà de sa beauté graphique qui rappelle le travail du chef opérateur Jack Asher pour la Hammer, Le Moulin des supplices est encore un divertissement haut de gamme, mixant le film à enquête, la romance, le film fantastique avec l’ombre de Dracula qui plane une bonne partie du film, mais aussi le film d’épouvante. A ce titre, certaines séquences rappellent l’extraordinaire film de Georges Franju, Les Yeux sans visage, sorti la même année que Le Moulin des supplices. De là à dire que Giorgio Ferroni a dû découvrir vu ce chef d’oeuvre au moment où il tournait le sien il n’y a qu’un pas. Toutefois, Il Mulino delle donne di pietra, même si inspiré du mythique Masques de cire de Michael Curtiz (1933) et de son remake L’Homme au masque de cire (House of Wax) réalisé en 1953 et en relief stéréoscopique par André De Toth avec Vincent Price, Le Moulin des supplices trouve un ton qui lui est propre et crée alors un genre à part entière.

Co-production franco-italienne, le casting est composé de comédiens hexagonaux, Pierre Brice (l’inoubliable Apache Winnetou) et la mythique-sexy Dany Carrel, et d’acteurs italiens dont la sculpturale Scilla Gabel (Sodome et Gomorrhe de Robert Aldrich) et la rousse incendiaire Liana Orfei. Les allemands Herbert A.E. Böhme et Wolfgang Preiss (futur Dr. Mabuse) campent quant à eux le sculpteur Gregorius Wahl et le Dr Loren Bohlem. Un casting solide, des couleurs somptueuses, un rythme languissant et maîtrisé, des effets horrifiques percutants, Le Moulin des supplices est un carrousel sensoriel étourdissant.

LE BLU-RAY

Autant le dire d’emblée, oubliez l’édition DVD Neo Publishing et si vous êtes fans du Moulin des supplices, l’acquisition de cette édition collector, DVD + Blu-ray + Livre estampillée « Les chefs d’oeuvre du gothique » est évidemment indispensable. La beauté du Mediabook est évidente, en plus d’être douce au toucher, et l’objet trônera dans votre DVDthèque. Le menu principal est fixe et musical. Pas de chapitrage. Le film est présenté dans sa version intégrale non censurée.

Dans sa présentation de 43 minutes, l’historien du cinéma Alain Petit ne propose pas une analyse du Moulin des supplices, mais replace le film de Giorgio Ferroni dans l’histoire du cinéma d’exploitation italien. Du moins dans un premier temps. Moult titres de films sont donnés, le tout agrémenté d’affiches qui donnent sérieusement envie. Ensuite, l’invité d’Artus Films aborde la sortie du film avec ses différents montages selon les pays avec même deux versions italiennes qui diffèrent au niveau du son. Les scénaristes, les références, mais aussi le casting avec cette fois encore de nombreux titres évoqués, sans oublier la carrière du réalisateur, les décors, la musique, la photographie sont passés au crible durant cette présentation qui fait l’effet d’une petite masterclass privée.

Profitons-en pour dire que tous les propos d’Alain Petit sont tous repris dans le livret de 64 pages, signé par l’historien du cinéma lui-même, intitulé Le Moulin des femmes de pierre. Un superbe Mediabook constitué de photos et d’affiches, d’un retour sur la genèse du film, sur sa production, sur l’écriture du scénario, sur les différents montages, une bio/filmo consacrée à Giorgio Ferroni et bien d’autres éléments dont un retour complet sur les films d’horreur prenant pour décor un musée de cire.

Retournez ensuite aux bonus vidéo et sélectionnez l’interview de la comédienne Liana Orfei (25’30). Enfin avant d’être actrice, Lianna Orfei est avant tout artiste de cirque comme elle le rappelle au cours de cet entretien très sympathique dans lequel elle explique comment elle a été repérée par un agent (Federico Fellini était d’ailleurs de la partie) pour faire du cinéma. Après avoir parlé des conditions de tournage dans les studios de Cinecittà, du théâtre et de ses 56 films, Liana Orfei en vient plus précisément au Moulin des supplices, dont elle garde un beau souvenir, comme le tournage d’une scène (finalement coupée au montage) avec le très jeune Mario Girotti, qui allait devenir très célèbre sous le pseudo de Terence Hill. Parallèlement, l’historien du cinéma Fabio Melelli donne quelques indications sur le film de Giorgio Ferroni.

Pour illustrer certains propos d’Alain Petit, l’éditeur propose de découvrir quelques éléments alternatifs présents dans les montages italiens et américains, comme certains inserts réalisés dans la langue correspondante.

L’interactivité se clôt sur un diaporama et la bande-annonce (en anglais).

L’Image et le son

Voici la version intégrale du Moulin des supplices, proposée dans un master HD au format 1080p. Présenté dans son format respecté 1.66, le film de Giorgio Ferroni a été « reconstitué » à partir de sources diverses. Si les coutures de ce patchwork sont souvent visibles avec des sautes chromatiques, un piqué aléatoire et une gestion des contrastes parfois brinquebalante, le grain cinéma est doux, les scories limitées et la stabilité de mise. Reste maintenant la question que beaucoup de cinéphiles risquent de se poser, à savoir pourquoi Artus Films n’a pas décidé de proposer les trois différents montages existants du Moulin du supplice, plutôt que de nous imposer cette version qui rappellera à certains le seamless branching.

Trois versions sont proposées en LPCM mono ! Privilégiez forcément la langue italienne, la plus riche et dynamique du lot, même si la scène où Liselotte raconte sa rencontre avec Hans, uniquement disponible dans le montage français (pourtant amputé d’autres séquences), passe directement dans la langue de Molière, avec la véritable voix de Dany Carrel donc. Une séquence coupée en Italie probablement en raison de la présence d’automobiles visibles en arrière-plan dans les rues d’Amsterdam ! Signalons d’ailleurs que cette scène est probablement la plus mal définie du lot. Le doublage français est honnête, mais peu aidé par des craquements et un souffle parasite. Quant à la piste anglaise, elle est absolument à éviter.

Crédits images : © Armor Films / Artus Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Une hache pour la lune de miel, réalisé par Mario Bava

UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL (Il Rosso segno della follia) réalisé par Mario Bava disponible en édition DVD+Blu-ray+Livret le 9 avril 2019 chez ESC Editions

Acteurs : Stephen Forsyth, Dagman Lassander, Laura Betti, Femi Benussi, Jesús Puente, Luciano Pigozzi, Antonia Mas, Gérard Tichy, Verónica Llimerá…

Scénario : Santiago Moncada, Mario Musy, Mario Bava

Photographie : Mario Bava

Musique : Sante Maria Romitelli

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

En reprenant une maison de couture au bord de la faillite laissée par sa mère, John Harrington est à nouveau hanté par son pire cauchemar. Suite à un traumatisme lié à son enfance dont il n’a plus du tout le souvenir, il est désormais incapable de contrôler les pulsions qui le poussent à vouloir tuer des jeunes femmes vêtues de robes de mariée…

Une femme ne devrait vivre que jusqu’à sa nuit de noces…

Une hache pour la lune de mielIl Rosso segno della follia, également connu sous le titre français opportuniste et ridicule de La Baie sanglante 2 (alors que le premier sera tourné après) ou bien encore Meurtres à la hache pour son exploitation en VHS dans les années 1980, n’est pas l’oeuvre la plus célèbre ou la plus représentative du cinéma de Mario Bava. Pourtant, ce film apparaît comme un condensé de ses précédents longs métrages, tout en annonçant ceux qui suivront, puisqu’il est question ici de meurtres, de psychologie dérangée et de traumatisme. Le cinéaste s’auto-cite en diffusant un extrait de son segment des Trois visages de la peur, mais on pense également à Six femmes pour l’assassin pour le milieu que Mario Bava dépeint (celui de la couture), tout en s’inspirant du cinéma d’Alfred Hitchcock avec évidemment Psychose en ligne de mire. Le spectre de Norman Bates est bel et bien présent dans Une hache pour la lune de miel. Le maestro adopte le point de vue de son personnage principal, ce qui place le spectateur en tant que premier témoin de ses agissements. Véritable tour de force, Il Rosso segno della follia déroule son récit à travers les yeux du meurtrier, tout en plongeant l’audience dans une psyché perturbée où les repères se brouillent et s’effondrent jusqu’à l’implosion.

« Mon nom est John, j’ai 35 ans… Je suis paranoïaque. Non, en fait je suis complètement fou. J’ai tué 5 belles jeunes femmes, dont 3 sont enterrées dans la serre, et personne ne me suspecte d’être un dangereux meurtrier. Cela m’amuse… », annonce nonchalamment le jeune, beau et riche John Harrington. Ce dernier est le directeur d’une maison de couture spécialisée dans les robes de mariée. Schizophrène, hanté par le spectre de sa mère castratrice morte de sa nuit de noces, et ses pulsions meurtrières le poussent à tuer les jeunes mariées avec un hachoir. Marié à une femme qu’il exècre, Mildred (Laura Betti, qui reviendra dans La Baie sanglante), il tombe amoureux d’un nouveau mannequin, Helen, fraîchement arrivé dans son entreprise matrimoniale. Alors qu’il continue à assassiner, la police se rapproche doucement de lui.

A la fin des années 1960, Mario Bava est comme qui dirait à un tournant de sa carrière. Agé de 54 ans au moment où le producteur espagnol Manuel Caño lui propose le scénario de Une hache pour la lune de miel, le réalisateur qui sort alors du coûteux Danger : Diabolik ! souhaite retrouver un film au budget modeste et certains de ses thèmes de prédilection. Cependant, le film déjoue les attentes dans le sens où le sang et autres effets gore sont ici absents. Une hache pour la lune de miel privilégie l’angoisse et la violence, la plupart du temps hors-champ. Quand le personnage use de son hachoir, nul plan sur la lame pénétrant la chair, où de membres sectionnés. Mario Bava laisse l’imagination du spectateur faire son travail et le résultat est aussi efficace.

Une hache pour la lune de miel est une autopsie des pulsions qui poussent un homme bien sous tous rapports à commettre les actes les plus abominables. On pense alors au célèbre Patrick Bateman inventé par Bret Easton Ellis, personnage principal et le narrateur du roman American Psycho. A ce titre, l’acteur Stephen Forsyth, dont c’est ici la dernière apparition au cinéma avant de se consacrer à la musique, est un choix idéal. Son visage figé qui renvoie aux mannequins de plastique qui environnent John Harrington dans son antre secrète, dissimule en réalité un être complètement fou et instable.

Tourné entre Barcelone, Paris et Rome, Il Rosso segno della follia agit comme une ronde étourdissante qui fait perdre pied et qui donne le vertige. Mario Bava, également directeur de la, photographie, joue également sur les distorsions de l’image – entre anamorphoses et zooms – et les sons – excellente bande originale de Sante Maria Romitelli – qui s’imbriquent. Le cinéaste démontre qu’il pouvait donc créer l’effroi et l’épouvante (avec un humour noir à froid) sans avoir recours à l’hémoglobine, uniquement par le biais de sa mise en scène, toujours stylisée, en tout point saisissante.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray d’Une hache pour la lune de miel, disponible chez ESC Editions, a été réalisé à partir d’un check disc. Le menu principal est animé et musical. Le film de Mario Bava avait disposé d’une édition en DVD (aujourd’hui épuisée) chez One Plus One en 2002. Edition collector limitée à 2 500 exemplaires. Nous trouvons également un livret de 16 pages écrit par Marc Toullec.

Sur Homepopcorn.fr, nous sommes fans de monsieur Jean-François Rauger. C’est avec un immense plaisir que nous le retrouvons ici pour une présentation d’Une hache pour la lune de miel (25’). Le directeur de la programmation à la Cinémathèque Française replace le film qui nous intéresse dans la carrière de Mario Bava. Puis, Jean-François Rauger aborde tous les aspects de cette production méconnue du maître italien, en parlant du scénario, du casting, des influences, des thèmes du film, des motifs récurrents, des partis pris et des intentions du réalisateur. Une analyse complète et pertinente.

Du coup, l’intervention de Jean-Pierre Bouyxou apparaît bien redondante, même si très sympathique (8’). Le journaliste cinéma, critique et réalisateur français encense plutôt la splendeur visuelle d’Une hache pour la lune de miel et aborde les aspects formels de ce « film singulier, anti-gore et tout en retenue ».

L’Image et le son

La première et la dernière bobine sont les plus abîmées de ce nouveau master HD. Les points, griffures, poussières, fils en bord de cadre et tâches diverses sont légion et parsèment l’écran. Heureusement, cela s’apaise durant la quasi-intégralité du long métrage, même si certaines scories demeurent. Les couleurs – si importantes chez Mario Bava – retrouvent une certaine fraîcheur, tout comme les contrastes, étonnamment denses à plusieurs reprises. Le piqué est agréable, le relief des matières est palpable et les décors baroques ne manquent pas de détails, y compris sur les séquences sombres. La texture argentique est idéalement préservée et surtout excellemment gérée.

Trois mixages au choix ! Optez pour la version anglaise, langue officielle du tournage (même si tout a été repris en post-synchronisation), dont le confort acoustique est le plus équilibré du lot, en dépit d’un léger chuintement et de craquements parasites. La piste française est la plus faible avec des dialogues lointains, tandis que la version italienne paraît artificielle avec son rendu trop élevé des dialogues.

Crédits images : © ESC Editions / ESC Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr