Test Blu-ray / Le Prince enchaîné, réalisé par Luis Lucia

LE PRINCE ENCHAÎNÉ (El Príncipe encadenado) réalisé par Luis Lucia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 3 mars 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Antonio Vilar, María Mahor, Paul Naschy, Luis Prendes, Javier Escrivá, Javier Loyola, Luis Morris, Antonio Molino Rojo…

Scénario : José Rodulfo Boeta & Javier Escrivá, d’après la pièce de théâtre de Pedro Calderón de la Barca « La Vida es sueño »

Photographie : Alejandro Ulloa

Musique : Cristóbal Halffter

Durée : 1h24

Date de sortie initiale : 1960

LE FILM

Le roi de Pologne Basilio a fait enchaîner son fils Segismundo dans une tour, suite à une prophétie qui prédit que le prince apporterait le désastre dans le pays et la mort du roi. Aimant malgré tout son fils, le roi ordonne sa libération le temps de le mettre à l’épreuve. Mais, ayant goûté à la liberté, Segismundo refuse de reprendre les chaînes.

Le Prince enchaîné El Príncipe encadenado est une des premières superproductions espagnoles. Alors que Le Bossu et Le Capitan triomphent en France (11 millions d’entrées à eux deux), tandis que Le Capitaine Fracasse et Le Miracle des loups sont en préparation, de l’autre côté des Pyrénées le cinéma souhaite surfer sur cet engouement des spectateurs pour le genre cape et d’épée. Le producteur Miguel A. Martin met à disposition un budget conséquent pour la libre adaptation de la pièce de théâtre de Pedro Calderón de la Barca intitulée La vida es sueño, jouée pour la première fois en 1630, transposée ici pour la première fois. L’oeuvre du célèbre auteur de L’Alcade de Zalamea est reprise par les deux scénaristes José Rodulfo Boeta et Javier Escrivá, qui incorporent à la trame originale tous les ingrédients à la mode à savoir décors naturels, reconstitution hésitant réalisme et fantasme lié au septième art, costumes clinquants, amourette et bien sûr héros aux épaules larges luttant contre l’injustice et l’infamie, méchants fourbes, cruels et arrivistes et si possible, bien sûr, quelques combats aux lames croisées. Il y a de tout dans Le Prince enchaîné, dont la couleur, élément alors encore rare dans le paysage cinématographique ibérique. Seulement voilà, le mélange n’est pas très équilibré. En effet, on aurait nettement préféré plus d’affrontements et donc d’action, trop rares et du coup les 84 minutes du film paraissent bien souvent longues, redondantes, surtout que l’ensemble s’avère bien trop bavard. Cela ne s’arrête jamais de bavasser, y compris durant les quelques duels dispersés ici et là, comme si les personnages ne pouvaient s’empêcher de la ramener. Si l’on ajoute à cela un acteur principal peu charismatique (Javier Escrivá, embarrassé par son brushing peroxydé et sa barbe taillée au pochoir), également co-scénariste et une rigidité générale, Le Prince enchaîné ne va pas au-delà de la simple curiosité et s’oublie malheureusement bien rapidement.

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Test Blu-ray / La Buraliste de Vallecas, réalisé par Eloy de la Iglesia

LA BURALISTE DE VALLECAS (La estanquera de Vallecas) réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 3 mars 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Emma Penella, José Luis Gómez, José Luis Manzano, Maribel Verdú, Fernando Guillén, Jesús Puente, Antonio Gamero, Antonio Iranzo…

Scénario : José Luis Alonso de Santos, Gonzalo Goicoechea & Eloy de la Iglesia, d’après la pièce de théâtre de José Luis Alonso de Santos

Photographie : Manuel Rojas

Musique : Patxi Andión

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 1987

LE FILM

Leandro et Tocho, deux petits voyous sans envergure, et surtout sans expérience, pénètrent dans un bureau de tabac avec l’intention de braquer la caisse. Mme Justa, la gérante, et sa nièce Angeles, parviennent à déjouer les intentions des malfrats. Mais, pendant qu’à l’extérieur, la police – et les habitants du quartier – prépare l’assaut, une complicité inattendue naît entre les voyous et les « victimes ».

El Pico L’Enfer de la drogue et sa suite El Pico 2 ayant été de très grands succès, tout va pour le mieux pour le réalisateur Eloy de la Iglesia durant les années 1980. Cependant, il connaît un revers avec son adaptation de Le Tour d’écrou d’Henry James, intitulé Un autre tour d’écrou Otra vuelta de tuerca. Ce giallo ibérique dit d’épouvante déconcerte quelque peu les spectateurs, mais emballe malgré tout la critique, qui salue son originalité et son ambition. Le cinéaste parviendra à renouer avec les sommets du box-office espagnol deux ans plus tard, avec La Buraliste de VallecasLa estanquera de Vallecas, adaptation de la pièce de théâtre éponyme de José Luis Alonso de Santos. Quand on découvre ce quasi-huis clos, dont l’action se déroule entre le bureau de tabac du titre et la place ensoleillée sur laquelle il se trouve, on ne peut s’empêcher de penser étrangement à deux autres titres d’un autre de la Iglesia (même si les deux auteurs n’ont aucun lien), Álex de son prénom bien sûr : Un jour de chance La chispa de la Vida (2011) et Pris au piège El bar (2017), le premier étant une relecture du Gouffre aux chimèresAce in the Hole (1951) de Billy Wilder , le second se focalisant sur une poignée de personnages disparates, enfermés dans un bar après que celui-ci ait été la cible d’un sniper. Ainsi, bien avant ces deux longs-métrages, Eloy de la Iglesia traitait exactement des mêmes thèmes. Car La Buraliste de Vallecas est certes une comédie, mais c’est aussi un film qui a évidemment des choses à dire sur l’Espagne. Pas étonnant que le film ait rencontré un immense succès dans son pays. Bourré d’humour noir, La estanquera de Vallecas est une comédie brutale, cinglante et grinçante doublée d’une satire politique portant sur le pouvoir médiatique où chaque protagoniste, politicien, policier y voit l’occasion de briller et de servir son intérêt personnel devant la caméra des charognards. Avec sa virtuosité coutumière (malgré un espace confiné) et un montage alerte, Eloy de la Iglesia signe un film extrêmement attachant, virulent, émouvant, drôle, qui rappelle souvent la comédie italienne. Merveilleux directeur d’acteurs, il offre à son quatuor principal de fabuleux numéros et l’on se souviendra longtemps de la confrontation et de l’étrange relation qui s’installe entre leurs personnages. Film culte par excellence, La Buraliste de Vallecas est un vrai bijou d’orfèvre et espérons que sa sortie inespérée en Haute-Définition chez Artus Films contribue à faire de nouveaux adeptes.

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Test Blu-ray / Personne n’a entendu crier, réalisé par Eloy de la Iglesia

PERSONNE N’A ENTENDU CRIER (Nadie oyó gritar) réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 3 mars 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Carmen Sevilla, Vicente Parra, María Asquerino, Antonio Casas, Goyo Lebrero, Felipe Solano, Ramón Lillo, Antonio del Real, Tony Isbert…

Scénario : Antonio Fos, Gabriel Moreno Burgos & Eloy de la Iglesia

Photographie : Francisco Fraile

Musique : Fernando García Morcillo

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

Elisa, une jolie escort girl de luxe vit seule dans son appartement d’un immeuble moderne, avec un couple comme seuls voisins. Un matin, elle voit par hasard le mari, Miguel, en train de traîner le corps de sa femme dans la cage d’ascenseur. L’assassin va alors l’obliger à l’aider pour faire disparaître le cadavre, la faisant ainsi passer du statut de témoin à celui de complice. Une relation trouble naît entre eux.

Nous nous sommes déjà penchés sur les films les plus célèbres du réalisateur Eloy de la Iglesia (1944-2006), Colegas, L’Enfer de la drogue El Pico, El Pico 2, Navajeros, Le Député et ce grâce au travail éditorial exceptionnel d’Artus Films. Quel plaisir de découvrir des œuvres dites de jeunesse, à l’instar de Personne n’a entendu crier Nadie oyó gritar (1973), son sixième long-métrage. Partagé entre le drame (Un goût amer, Le Ring) et le thriller (Le Plafond de verreEl techo de cristal), y compris le film d’horreur (La Semaine d’un assassinLa Semana del asasino), le cinéaste est cette fois encore influencé par le genre et lorgne du côté d’Alfred Hitchcock pour Personne n’a entendu crier. À cette occasion, il retrouve la magnifique Carmen Sevilla (1931-2023), qu’il avait déjà dirigé dans Le Plafond de verre. Longtemps considérée comme une actrice de seconde zone, qui ne devait son succès qu’à sa beauté et à son succès dans la chanson, ainsi que comme danseuse, la comédienne est pourtant superbe, inquiétante, déroutante et ambiguë dans cette histoire de cadavre encombrant. Elle est ici loin (euphémisme) des personnages qu’elle campait dans La Belle de Cadix, Andalousie et dans Violettes impériales aux côtés de Luis Mariano vingt ans auparavant ! Devenue un peu plus rare sur les écrans dans les années 1960, Carmen Sevilla revient en force au début de la décennie suivante, au point où Charlton Heston lui offre le rôle d’Octavia dans son Antoine et Cléopâtre en 1972. Mais c’est bel et bien Eloy de la Iglesia qui lui offre ses meilleurs rôles de composition. Dans Personne n’a entendu crier, elle campe une femme quelque peu obscure, qui vit sa vie comme escort, rejoignant un client fidèle à Londres, elle-même ayant une liaison avec un homme beaucoup plus jeune qu’elle, qu’elle entretient aussi. Jusqu’au jour où elle prend sur le fait son voisin, en train de se débarrasser du corps de sa femme dans la cage d’ascenseur de leur immeuble. Prise au piège, elle doit se plier aux exigences du meurtrier, qui lui demande de l’aider pour déplacer le cadavre…Entre les deux va s’installer un jeu du chat et de la souris…Eloy de la Iglesia signe un thriller quasi-inclassable, où se mêle une passion inattendue, une esthétique de roman photos qui contraste avec la violence et le sang qui parcourt les veines de ce « giallo ibérique » chaudement recommandé.

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Test Blu-ray / Les Voiles écarlates, réalisé par Alexandre Ptouchko

LES VOILES ÉCARLATES (Alye parusa) réalisé par Alexandre Ptouchko, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 17 février 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Anastasiya Vertinskaya, Vasiliy Lanovoy, Yelena Cheremshanova, Aleksandr Lupenko, Ivan Pereverzev, Sergey Martinson, Nikolay Volkov, Sergei Romodanov…

Scénario : Aleksei Nagornyj & Aleksandr Yurovsky, d’après le roman d’Aleksandr Grin

Photographie : Gennadi Tsekavyj & Viktor Yakushev

Musique : Igor Morozov

Durée : 1h23

Date de sortie initiale : 1961

LE FILM

Dans un petit village, le marin Longrin élève seul sa fille Assol depuis la mort de sa femme, fabriquant pour vivre des petits bateaux en bois. Les deux sont la risée de tout le pays depuis qu’Assol raconte qu’un ermite, Aigle, lui a prédit que le capitaine d’un bateau aux voiles écarlates viendrait la chercher. Bien loin de là, le jeune Arthur vit dans le château de sa famille. Il y déteste l’ambiance aristocratique et rêve d’aventures en mer. Chassé par son père, il s’engage comme mousse.

Difficile de rebondir après le somptueux Sampo, le jour où la Terre gela ! Alexandre Ptouchko vient d’avoir soixante ans quand il entreprend l’adaptation des Voiles écarlates, roman d’Alexandre Grine, publié en 1923, un des plus grands succès de l’auteur russe, considéré comme étant le représentant du réalisme romantique. Le cinéaste parvient à intégrer naturellement ce récit, en apparence moins magique que ses œuvres précédentes, dans sa filmographie et convie une fois de plus les spectateurs à un voyage au pays de l’imaginaire. Les Voiles écarlatesAlye parusa sort en 1961 et offre au réalisateur un nouveau triomphe, en attirant plus de 22 millions de spectateurs en Russie, quand bien même la critique et le public s’avèrent plus réservés, beaucoup reprochant entre autres les différences, de ton surtout, avec le livre original. Certes, Alexandre Ptouchko se permet quelques digressions qui renvoient à son surnom de « Walt Disney russe », comme lorsqu’Assol se retrouve dans la forêt où un faon boit dans un cours d’eau, tandis que la jeune femme parle au soleil et aux arbres comme Blanche-Neige, mais cela fonctionne et approfondit le personnage. Merveilleusement photographié par Gennadi Tsekavyj et Viktor Yakushev, déjà à l’oeuvre sur Sampo, Les Voiles écarlates demeure un très grand spectacle pour toute la famille, qui conserve encore un charme rétro inoxydable et qui se déguste comme quand on écoutait ses parents enfant avant le passage du marchand de sable.

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Test Blu-ray / L’Homme sans mémoire, réalisé par Duccio Tessari

L’HOMME SANS MÉMOIRE (L’Uomo senza memoria) réalisé par Duccio Tessari, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 17 février 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Senta Berger, Luc Merenda, Umberto Orsini, Anita Strindberg, Bruno Corazzari, Rosario Borelli, Manfred Freyberger, Tom Felleghy…

Scénario : Ernesto Gastaldi

Photographie : Giulio Albonico

Musique : Gianni Ferrio

Durée : 1h25

Date de sortie initiale : 1974

LE FILM

À la suite d’un accident, Edward est devenu amnésique. Après un long séjour en clinique, il retourne en Italie retrouver son épouse, Sara. Mais celle-ci a refait sa vie, le croyant mort. Petit à petit, elle est victime d’incidents étranges sans réelle explication, tandis que le passé trouble de voyou remonte à la surface dans la vie d’Edward. C’est alors que George intervient auprès de Sara, la menaçant de mort si son mari ne restitue pas une somme d’argent qu’il aurait gardée pour lui seul…

Duccio Tessari (1926-1994). Un cinéaste sur lequel l’auteur de ces mots revient toujours avec un immense plaisir. Cela avait déjà été le cas pour Le Retour de Ringo, Zorro, Un papillon aux ailes ensanglantées, La Mort remonte à hier soir et Un pistolet pour Ringo, nous n’aurons de cesse de remettre en avant le travail de cet artisan du cinéma italien, metteur en scène éclectique, dont la patte est reconnaissable quand on se penche sur son illustre filmographie. L’ancien assistant de Mario Bonnard et Sergio Leone sur Les Derniers jours de Pompéi – Gli ultimi giorni di Pompei (1959), de Vittorio Cottafavi (1960) sur Messaline, de Vittorio Sala sur La Reine des Amazones – La Regina delle Amazzoni (1960), et scénariste sur Pour une poignée de dollars Per un pugno di dollari (1964) compte déjà une vingtaine de long-métrages quand il entreprend L’Homme sans mémoire – L’Uomo senza memoria. Connu aussi en France sous le titre La Trancheuse infernale, réalisé après l’imposant Big Guns : Les Grands FusilsTony Arzenta, avec Alain Delon, ce thriller surfe allègrement sur les gialli qui fleurissaient dans les salles de cinéma, non seulement de l’autre côté des Alpes, mais aussi dans celles du monde entier. Sur un scénario du prolifique Ernesto Gastaldi (La Queue du scorpion, Le Dernier jour de la colère, Mort suspecte d’une mineure), Duccio Tessari livre un véhicule de star à Luc Merenda, acteur français devenu une icône du poliziottesco et du giallo avec des titres emblématiques comme Torso et Rue de la violenceMilano trema: la polizia vuole giustizia de Sergio Martino. Avant de retrouver ce dernier pour Le Parfum du diable La Città gioca d’azzardo et L’AccuséLa polizia accusa : il servizio segreto uccide, juste avant de collaborer à deux reprises avec l’éminent Fernandi Di Leo (Colère noire et Gli amici di Nick Hezard), l’acteur, qui a alors le vent en poupe signe une étonnante prestation dans L’Homme sans mémoire. Si le récit peut paraître quelque peu classique, les années n’ont en rien altéré son efficacité et cela grâce à une mise en scène stylisée propre à son auteur.

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Test Blu-ray / Dragon est de retour, réalisé par Eduard Grečner

DRAGON EST DE RETOUR (Drak sa vracia) réalisé par Eduard Grečner, disponible en Combo Blu-ray + DVD depuis le 2 décembre 2025 chez Artus Films.

Acteurs : Radovan Lukavský, Gustáv Valach, Emília Vásáryová, Viliam Polónyi, Jela Buckovan, Jozef Cierny, Pavol Chrobák, Mikulás Ladizinský…

Scénario : Eduard Grečner, d’après le roman de Dobroslav Chrobak

Photographie : Vincent Rosinec

Musique : Ilja Zeljenka

Durée : 1h21

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

Martin Lepiš, surnommé Dragon, est un potier solitaire. Les villageois le considèrent comme étrange et l’accusent à tort d’être à l’origine des catastrophes naturelles qui troublent leur quotidien. Après des années d’absence, il retourne au village mais ne parvient pas à gagner la confiance des habitants. Même lorsque Martin risque sa vie pour sauver un troupeau de moutons, pris dans les flammes d’un feu de forêt, il n’obtient pas la reconnaissance attendue…

Dragon est de retourDrak sa vracia (1968), réalisé par Eduard Grečner (né en 1931), est un récit de suspicion, de solitude et de rédemption. Chassé de son village à cause de ses superstitions, Martin aka « Dragon », doit regagner la confiance des habitants et se heurte à une résistance farouche. Le film d’Eduard Grečner se déroule comme un poème médiéval : la quête d’un homme en quête d’acceptation, d’amour et d’une place dans le monde. Oeuvre expérimentale, difficile d’accès et donc réservée aux cinéphiles les plus pointus, Dragon est de retour vaut surtout pour la beauté de la photographie de Vincent Rosinec, qui contribue à envelopper le film d’un voile de mystère. Même chose en ce qui concerne la musique d’Ilja Zeljenka (La Vierge miraculeuse, Le Soleil dans un filet, Trois filles, tous réalisés par Stephan Uher), hypnotique, participant à l’immersion désirée par le réalisateur. Celui-ci adapte le roman éponyme de Dobroslav Chrobak, que Béla Balázs avait déjà projeté de transposer à la fin des années 1940, sans y parvenir. Eduard Grečner s’y colle à son tour, cette fois avec succès, un travail pourtant fastidieux, pour ne pas dire courageux, beaucoup prétendant que le livre ne pouvait pas donner naissance à un long, voir même à un court-métrage. La première tentation d’adapter le roman se présenta alors que Grečner était encore étudiant en cinéma à Prague. La version du scénario qu’il écrivit était destinée au réalisateur Stanislav Barabáš, Grečner n’envisageant alors pas encore de devenir metteur en scène. Mais son scénario, pourtant de grande qualité, ne passa pas le test idéologique. En raison de l’évolution du contexte socio-politique, cette première mouture fut tout simplement refusée et même interdite dans les années 1950. Sept ans plus tard, en 1965, Eduard Grečner soumit de nouveau son scénario, qui reçut cette fois un accueil favorable. Si le film n’obtient pourtant pas de succès à sa sortie, Dragon est de retour a depuis été bien réhabilité, au point d’obtenir un statut culte auprès des passionnés du septième art, rejoignant ainsi celui jamais démenti du livre de Dobroslav Chrobak, monument de la littérature slovaque. Une curiosité, hermétique sans douter, mais une expérience tout de même, enfin disponible en France, en DVD et Blu-ray chez Artus Films.

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Test Blu-ray / Honneur et gloire, réalisé par Hynek Bocan

HONNEUR ET GLOIRE (Cest a sláva) réalisé par Hynek Bocan, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 2 décembre 2025 chez Artus Films.

Acteurs : Rudolf Hrusínský, Karel Höger, Blanka Bohdanová, Josef Kemr, Iva Janzurová, Adolf Minský, Lubomír Lipský, Bohuslav Cáp…

Scénario : Hynek Bocan & Karel Michal

Photographie : Jirí Sámal

Musique : Zdenek Liska

Durée : 1h24

Date de sortie initiale : 1969

LE FILM

Bohême, 1647, à la fin de la Guerre de Trente ans. Misère et désolation ont envahi le pays. Le chevalier Rynda, au sein de sa forteresse, tente tant bien que mal de nourrir sa famille et ses gens. En 1620, son père avait subi une défaite lors de la Bataille de la Montagne Blanche, ce qui l’obligea à renier la foi protestante pour rejoindre la couronne catholique de l’Empereur. Un soir, un commissaire de l’Empereur, accompagné de son épouse, demande l’hospitalité à Rynda. Ils sont en fait des agents du Roi de France, cherchant à faire soulever les paysans contre les Habsbourg.

C’est une expérience de cinéma à part entière, dans le fait de se plonger dans un septième art méconnu dans nos contrées, en l’occurrence provenant de Tchécoslovaquie, mais aussi dans un contexte historique peu traité, autrement sur la Guerre des Trente ans. Pour jouer les (faux) historiens, ces conflits armés ont déchiré l’Europe de 1618 à 1648 et reposaient sur une lutte entre la noblesse et l’aristocratie tchèque hussite et le catholicisme imposé par le Saint-Empire romain germanique dirigé par la maison de Habsbourg. Honneur et gloireCest a sláva, réalisé en 1969 par Hynek Bočan se situe juste avant la fin des hostilités, après la répression et le désir des Habsbourg d’accroître leur hégémonie, ainsi que celle de la religion catholique dans le Saint-Empire. Nous vous conseillons de vous renseigner en amont sur cette guerre, afin de mieux comprendre les enjeux d’Honneur et gloire, au risque de vous perdre. Il serait d’ailleurs dommage de passer à côté de ce drame historique, l’un des opus les plus célèbres du cinéaste (né en 1938 et toujours parmi nous), prolifique et éclectique, qui a autant oeuvré pour le grand que pour le petit écran. Outre Honneur et gloire, ses œuvres les plus connues demeurent Personne ne riraNikdo se nebude smát (1965), comédie douce-amère sur les problèmes liés au refus d’admettre les vérités qui dérangent, le conte de fées S certy nejsou zerty (1984), où l’on croise le diable en personne, ainsi que la mini-série Prítelkyne z domu smutku (1992), immense succès de la télévision tchèque. Ce qui prouve que le metteur en scène a su toucher plusieurs générations au fil de sa longue carrière, étendue de 1958 à 2014. En l’état, Honneur et gloire est une belle porte d’entrée dans le cinéma de Hynek Bočan, quand bien même beaucoup d’éléments resteront obscurs pour les spectateurs français. Les cinéphiles pointus, à qui le film est essentiellement destiné, est un très bel objet formel à analyser, disséquer, à admirer et si le temps peut paraître long parfois, on espère découvrir d’autres films, téléfilms ou séries du réalisateur.

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Test Blu-ray / Lola, réalisé par Bigas Luna

LOLA réalisé par Bigas Luna, disponible en Coffret Combo Blu-ray + DVD + Livre le 7 octobre 2025 chez Artus Films.

Acteurs : Ángela Molina, Patrick Bauchau, Féodor Atkine, Assumpta Serna, Carme Sansa, Pepa Lopez, Constantino Romero…

Scénario : Luis Hercé, Bigas Luna & Enrique Viciano

Photographie : Josep M. Civit

Musique : José Manuel Pagán

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1986

LE FILM

Lola s’éloigne de Mario, son amant alcoolique et violent à son égard. Cinq ans plus tard, elle est mariée avec Robert, un chef d’entreprise français, et vit dans son confort bourgeois avec leur fille Ana. C’est à ce moment que Mario retrouve Lola.

Dans la carrière de Bigas Luna, Lola intervient après un rapide passage par les États-Unis, où le réalisateur a tourné Reborn, connu aussi sous le titre espagnol Renacer, dans lequel il dirigeait Dennis Hopper. Un échec cinglant dans les salles. Il revient en terre ibérique et crée la série Kiu i els seus amics en 1985, qui le remet en selle. Il peut donc signer son retour au cinéma en 1986 avec Lola, qui change du tout au tout avec Bilbao et Caniche, puisque Bigas Luna joue ici avec le thriller néo-noir, teinté d’histoire d’amour « contrariée », les guillemets n’étant pas de trop. Bien sûr, Lola n’est pas un film comme les autres. Oeuvre hybride, pensée pour contenter les spectateurs en quête d’émotions fortes dans le bas-ventre et les amateurs de film de genre, Lola est avant tout un portrait de femme forte et indépendante, qui fait ce qu’elle veut de son séant et qui tente de lutter contre ses penchants sexuels teintés de violence (« consentie »), tandis que son cerveau aspire à plus de d’équilibre et de tranquillité. Autant dire que la psychologie des personnages est on ne peut plus complexe et Lola vaut non seulement pour la mise en scène toujours aspirée et frontale de Bigas Luna, mais aussi pour l’interprétation habitée de ses trois têtes d’affiche, l’espagnole Ángela Molina (dans le rôle-titre), le belge Patrick Bauchau et le français Féodor Atkine. Grand succès du réalisateur, Lola est étrangement souvent oublié aujourd’hui quand on évoque la carrière du cinéaste. Raison de plus pour le réhabiliter quarante ans après sa sortie.

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Test Blu-ray / Caniche, réalisé par Bigas Luna

CANICHE réalisé par Bigas Luna, disponible en Coffret Combo Blu-ray + DVD + Livre le 7 octobre 2025 chez Artus Films.

Acteurs : Àngel Jové, Consol Tura, Linda Pérez Gallardo, Cruz Tobar, Sara Grey…

Scénario : Bigas Luna

Photographie : Pedro Aznar

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 1979

LE FILM

Bernardo et sa sœur Eloisa vivent dans une grande maison héritée d’une vieille tante récemment décédée. Petit à petit, une étrange relation se met en place entre eux deux et Dani, un caniche un peu trop présent…

Bigas Luna, suite. Après le succès rencontré par Bilbao, le réalisateur enchaîne rapidement avec Caniche, inspiré par une anecdote personnelle de Salvador Dali. Celui-ci aurait confié à Bigas Luna que devant quitter l’Espagne franquiste de toute urgence, sa compagne Gala et lui auraient décidé de manger leur chien bien aimé, afin de « le garder avec eux », plutôt que de se résigner à l’abandonner. Allez savoir avec Daliiiiii si ce récit est vrai…S’il est sans doute plus vraisemblable de penser qu’il s’agissait d’un lapin, le cinéaste ibérique allait prendre ce souvenir comme point de départ de Caniche, l’un de ses films les plus controversés, et pour cause. Comme s’il pouvait enfin se permettre d’aborder encore plus frontalement certains sujets, Bigas Luna évoque rien de moins que les sujets de l’inceste et de la zoophilie. La critique de l’époque a d’ailleurs retenu uniquement les scènes plus choquantes de Caniche, et Dieu sait qu’elles le sont, sans chercher à comprendre où l’auteur souhaitait en venir. Huis clos asphyxiant où les deux personnages principaux vivent repliés sur eux-mêmes en compagnie d’un petit chien qui prend trop de place, Caniche évoque la résultante de quarante ans de régime totalitaire, qui a rendu les individus fous, déconnectés de la réalité, pervers, et qui ont survécu en s’adaptant comme ils le pouvaient, loin du monde extérieur comme ils l’étaient. Encore plus radical que Bilbao, Caniche décontenancera une bonne partie du public et le film, malgré le Prix de l’Âge d’or remporté en 1981 (récompense décernée par la Cinémathèque royale de Belgique et le musée du cinéma de Bruxelles), connaîtra un succès moindre que le précédent. Aujourd’hui, rétrospectivement, Caniche apparaît comme étant l’une des œuvres les plus dérangeantes de Bigas Luna, l’une des plus déconseillées aux âmes sensibles. En un mot, Caniche est aussi morbide qu’indispensable.

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Test Blu-ray / Bilbao, réalisé par Bigas Luna

BILBAO réalisé par Bigas Luna, disponible en Coffret Combo Blu-ray + DVD + Livre le 7 octobre 2025 chez Artus Films.

Acteurs : Àngel Jové, María Martín, Isabel Pisano, Francisco Falcon, Jordi Torras, Pepita Llunell, Marta Molins…

Scénario : Bigas Luna

Photographie : Pedro Aznar

Musique : Iceberg

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Leo qui vit avec Maria qui pourrait être sa tante avec laquelle il répond à ses fantasmes sexuels, est obsédé par Bilbao, une femme prostituée et strip-teaseuse qu’il veut posséder et transformer selon ses obsessions.

José Juan Bigas Luna (1946-2013), ou tout simplement Bigas Luna pour les intimes et cinéphiles, est l’un des réalisateurs espagnols les plus importants de l’histoire du cinéma. Réputé pour ses œuvres sulfureuses comme Jambon, jambonJamón, jamón (1992) et La Lune et le Téton La teta y la luna (1994), celui-ci n’était pourtant pas prédisposé au septième art. Après des études universitaires en économie, Bigas Luna devient designer industriel et d’intérieur, tout en s’adonnant à l’une de ses autres passions, la peinture, art où il excelle et qui lui permet d’être exposé. C’est d’ailleurs au cours d’une galerie qui lui est consacrée, qu’il rencontre Salvador Dalí, avec lequel il se lie d’amitié. Petit à petit, Bigas Luna en vient à la vidéo, toujours dans le cadre d’une de ses expositions. Grâce au format court, il expérimente sur le cadre et les corps. Cela le conduit à son premier long-métrage, TatouageTatuaje (1976), où les thèmes du fétichisme et de l’obsession sont déjà au rendez-vous. Alors que la dictature franquiste connaît ses dernières heures et que l’Espagne se réveille d’une gueule de bois qui aura duré quatre décennies, Bigas Luna est bien décidé à briser tous les tabous grâce à ce nouveau médium qui lui convient totalement et dans lequel il peut s’exprimer pleinement. 1978, Bilbao fait l’effet d’une explosion dans le cinéma ibérique. Dans la continuité de Tatouage, dans lequel le cinéaste suivait un détective privé qui menait l’enquête sur la mort d’un inconnu tatoué, Bigas Luna suit l’itinéraire d’un autre individu, perdu dans ses pensées, sauf que cette fois cet homme étrange ne pense qu’à une « chose », Bilbao. Non pas la ville située au Nord de l’Espagne, mais une prostituée, sujet principal de toutes ses réflexions. Avec sa caméra 16mm, le « director » plonge dans les rues sombres et éclairées aux néons de Barcelone, en s’attachant au milieu de la nuit, quand Bilbao entre en scène, entreprend un striptease sur scène, où elle dévoile ses charmes affriolants aux spectateurs au front perlé de sueur. Étrangement, Bilbao annonce Schizophrenia (1983) de Gerald Kargl, qui suit un psychopathe libéré de prison après avoir purgé une longue peine pour un meurtre qu’il a commis sans mobile ni préméditation. Errant en ville, il retrouve le monde avec une seule idée en tête : tuer à nouveau. Dans Bilbao, on adopte le point de vue d’un homme, à l’aube de la quarantaine, qui n’a qu’une idée fixe, « s’emparer » de Bilbao, ramenée, rabaissée à l’état de « chose » comme il la qualifie lui-même, pour la posséder, pour qu’elle ne soit qu’à lui seul. Véritable choc de l’industrie cinématographique des années 70, Bilbao demeure encore aujourd’hui une expérience rare. Bigas Luna s’associe au chef opérateur Pedro Aznar, qu’il retrouvera sur Caniche, pour proposer aux spectateurs une plongée dans les méandres d’un esprit dérangé. Pendant 1h30, le monologue intérieur omniprésent, calme et réfléchi du personnage principal, tente de relativiser le côté injustifiable de ses actes et ne laisse aucune échappatoire aux spectateurs, pris malgré eux dans cette spirale infernale placée sous le signe du sexe et de la violence.

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