Test Blu-ray / Silent Night, réalisé par John Woo

SILENT NIGHT réalisé par John Woo, disponible en DVD & Blu-ray le 29 février 2024 chez Metropolitan Vidéo.

Acteurs : Joel Kinnaman, Catalina Sandino Moreno, Kid Cudi, Harold Torres, Vinny O’Brien, Yoko Hamamura, Anthony Giulietti, John Pollack…

Scénario : Robert Archer Lynn

Photographie : Sharone Meir

Musique : Marco Beltrami

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 2023

LE FILM

En couple avec Saya, Brian Godlock est un père de famille comme tout le monde. En cette veille des fêtes de fin d’année, son jeune fils est tué, victime collatérale d’une guerre des gangs. Godlock va alors décider de se venger. Ignorant tous les codes, il va devoir se rendre dans les bas-fonds de la pègre et dans ce monde qu’il ne connaît pas, pour tuer les responsables de la mort de son enfant.

Pourquoi tant de haine autour du dernier long-métrage en date de John Woo ? Vingt ans après Paycheck, le réalisateur chinois fait son retour à Hollywood pour un nouveau film d’action, qui présente pour particularité de ne comprendre aucun dialogue, si ce n’est en fond, par radio ou à la télévision. Même chose, on a beaucoup entendu qu’il s’agissait d’un opus au rabais, pourtant Silent Night n’a rien d’un « John Wish », même s’il est inévitable de penser à la saga avec Keanu Reeves. En fait, il s’agit ici d’un mix entre John Wick (avec les mêmes producteurs Erica Lee et Basil Iwanyk aux manettes) et Un justicier dans la ville et le maître hongkongais (né en 1946) ne s’en cache pas, il connaît bien sûr les clichés inévitables, qu’il n’évite pas, mais qu’il embrasse au contraire avec une totale décontraction. Évidemment, ceux qui s’attendent à retrouver la virtuosité du Syndicat du crime, The Killer, Une balle dans la tête et bien d’autres seront sans doute déçus, pourtant, le cinéaste renoue avec l’efficacité plus édulcorée dirons-nous qui avait fait ses preuves dans Chasse à l’homme, Broken Arrow, Volte-Face et Mission impossible 2. Il n’y a rien de déshonorant dans Silent Night, le film étonne même par son émotion et la belle installation des personnages dans le premier acte, malgré son absence quasi-totale de dialogues et qui repose entre autres sur l’intense prestation du suédois Joel Kinnaman. Un bon ride, un divertissement soigné, un spectacle haut de gamme.

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Test Blu-ray / Main basse sur la ville, réalisé par Francesco Rosi

MAIN BASSE SUR LA VILLE (Le Mani sulla città) réalisé par Francesco Rosi, disponible en Édition Blu-ray + DVD + DVD bonus + livre – Boîtier Mediabook le 7 février 2024 chez Rimini Editions.

Acteurs : Rod Steiger, Salvo Randone, Guido Alberti, Marcello Cannavale, Dante Di Pinto, Alberto Conocchia, Carlo Fermariello, Terenzio Cordova…

Scénario : Francesco Rosi, Raffaele La Capria, Enzo Provenzale & Enzo Forcella

Photographie : Gianni Di Venanzo

Musique : Piero Piccioni

Durée : 1h41

Année de sortie : 1963

LE FILM

Poussée par l’entrepreneur Nottola, la municipalité de Naples transforme des terrains agricoles en terrains constructibles pour lancer un gigantesque programme immobilier. Le chantier entraîne la paralysie d’un enfant et de vives polémiques au sein du conseil municipal, alors que de nouvelles élections se préparent. L’enquête sur l’accident s’enlise, mais les stratégies électorales s’affinent, et certains membres de la majorité au pouvoir s’inquiètent de voir Nottola sur leur liste.

« J’ai toujours cru en la fonction du cinéma en tant que dénonciateur et témoin de la réalité. Main basse sur la ville est ce que j’appellerai un film théorème. » Francesco Rosi

Francesco Rosi, certainement l’un des cinéastes les plus engagés du cinéma italien, est né à Naples en 1922. Pour beaucoup et malgré une filmographie conséquente, Main basse sur la ville – Le Mani sulla città demeure son chef d’oeuvre, dans lequel sa critique (on peut même parler de radiographie) virulente des corps du pouvoir et de leurs malversations est la plus frontale. Entre fiction et documentaire, Main basse sur la ville poursuit sa revendication du genre du film d’enquête, initié l’année précédente avec Salvatore Giuliano en 1962. Le film s’inspire d’un fait réel survenu dans sa ville natale : l’écroulement d’un immeuble de Naples (en fait, le nom de la ville n’est jamais cité, mais tout le monde le sait) entraînant la mise en cause des industriels en charge du chantier. Cette séquence est d’ailleurs retranscrite à l’écran de manière très impressionnante, plongeant le spectateur dans une réalité sociale brute et immédiate qui renvoie ouvertement au néo-réalisme italien, Francesco Rosi ayant rappelons-le démarré sa carrière comme assistant (puis scénariste) de Luchino Visconti. Constat sévère de la spéculation immobilière et de ses mécanismes retors, Le Mani sulla città dévoile comment avec le soutien de la municipalité, un entrepreneur, incarné par l’ogre Rod Steiger, alors loin de l’inspecteur de la division des mineurs qu’il venait d’interpréter dans Lutte sans merci de Philip Leacock et juste avant d’enchaîner avec l’exceptionnel Prêteur sur gages de Sidney Lumet, s’empare de terrains vagues afin de les transformer en édifices modernes. Un business lucratif qui ne profite pas aux petites gens qui sont relogés dans des immeubles insalubres. La ville de Naples vit alors au cœur d’un véritable scandale immobilier, opposant la droite à la gauche qui craint que les prochaines élections ne viennent enliser le problème. Comme on dit en Italie donc, Capolavoro !

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Test Blu-ray / Visions, réalisé par Yann Gozlan

VISIONS réalisé par Yann Gozlan, disponible en DVD & Blu-ray le 24 janvier 2024 chez M6 Vidéo.

Acteurs : Diane Kruger, Mathieu Kassovitz, Marta Nieto, Amira Casar, Grégory Fitoussi, Élodie Navarre, Romain Fleury, Yun Lai…

Scénario : Yann Gozlan, Michel Fessler, Aurélie Valat, Jean-Baptiste Delafon & Audrey Diwan

Photographie : Antoine Sanier

Musique : Philippe Rombi

Durée : 2h03

Date de sortie initiale : 2023

LE FILM

Estelle Vasseur est commandante de bord long courrier, au professionnalisme hors pair, elle mène une existence parfaitement réglée aux côtés de Guillaume, son mari aimant et protecteur. Tout semble aller pour le mieux même si les vols et les jet lag à répétition commencent à perturber le rythme biologique de la jeune femme, et particulièrement son sommeil. Un jour, par hasard, dans un couloir de l’aéroport de Nice, elle recroise la route d’Ana, photographe avec qui elle a eu une aventure passionnée vingt ans plus tôt. Estelle est alors loin d’imaginer que ces retrouvailles vont l’entraîner dans une spirale cauchemardesque et faire basculer sa vie dans l’irrationnel.

Bien que présent depuis plus de dix ans dans le panorama du cinéma français, le réalisateur Yann Gozlan (né en 1977) aura dû attendre 2021 pour toucher le grand public avec le succès de Boîte noire (1,2 millions d’entrées), multi-récompensé et auréolé de cinq nominations aux César. Qu’ils soient réussis (Captifs, Burn Out, Boîte noire) ou pas (Un homme idéal), ses films ont toujours démontré un savoir-faire indéniable, un style qui n’a eu de cesse de s’aiguiser et une ambition finalement rare dans nos contrées. Difficile de passer après un triomphe et Yann Gozlan n’aura pas attendu longtemps, puisque Visions devait débarquer sur les écrans deux ans quasiment jour pour jour après la sortie de Boîte noire. Ce thriller érotico-fantastico-psychologique allait décontenancer le public. Avec un budget avoisinant les 9 millions d’euros, Visions ne parviendra même pas à franchir la barre des 200.000 spectateurs. Un échec important et pourtant le cinquième long-métrage du metteur en scène apparaît comme étant le plus recherché sur le plan visuel. Avec sa magnifique photographie stylisée signée Antoine Sanier (King, Hors normes, Leatherface, Santa & Cie), Visions est l’un des plus beaux films hexagonaux de l’année 2023. Sans doute trop gourmand et désireux de montrer cette fois encore qu’il en a sérieusement sous le capot, Yann Gozlan aurait toutefois mérité de tailler dans son scénario, d’assécher son intrigue qui s’étend sur plus de deux heures, ce qui peut paraître long pour le spectateur quand celui-ci est perdu dans un labyrinthe mental, d’autant plus que certains éléments demeureront mystérieux. Mais Visions est une véritable expérience sensorielle et immersive, composée de motifs récurrents dans l’oeuvre de son auteur, au point que certains font étonnamment écho à Boîte noire, comme si les deux opus dialoguaient parfois. Il s’agit bel et bien d’un film d’auteur, qui n’a de cesse d’explorer des thèmes obsessionnels et qui prouve une nouvelle fois toute la virtuosité d’un artiste arrivé à sa pleine maturité et qui possède enfin les moyens de s’exprimer. Si Visions ne fera jamais l’unanimité, heureusement d’ailleurs, on ne pourra pas nier cette folie furieuse de faire du vrai, du bon, du grand cinéma.

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Test Blu-ray / Meurtres dans la 110e rue, réalisé par Barry Shear

MEURTRES DANS LA 110e RUE (Across 110th Street) réalisé par Barry Shear, disponible en Combo Blu-ray + DVD + DVD de bonus le 16 janvier 2024 chez Rimini Editions.

Acteurs : Anthony Quinn, Yaphet Kotto, Anthony Franciosa, Paul Benjamin, Ed Bernard, Richard Ward, Norma Donaldson, Antonio Fargas…

Scénario : Luther Davis, d’après le roman de Wally Ferris

Photographie : Jack Priestley

Musique : J.J. Johnson

Durée : 1h37

Année de sortie : 1972

LE FILM

Dans un tripot de Harlem contrôlé par la Mafia, cinq hommes comptent la recette du jour. Deux Noirs déguisés en policiers font irruption dans la salle, abattent les hommes et s’enfuient à bord d’un véhicule des forces de l’ordre. Deux policiers, authentiques ceux-là, s’interposent et sont à leur tour abattus. La Mafia, qui a la mainmise sur le quartier, commence ses propres investigations, aidée par des caïds noirs. De son côté, la police confie l’affaire à Pope, un jeune et idéaliste lieutenant noir, et au capitaine Mattelli, proche de la retraite, et dont la misanthropie n’a d’égale que la corruption…

Tout le monde, ou presque connaît la chanson de Bobby Womack, Across 110th Street et la plupart des spectateurs ont dans la tête l’ouverture de Jackie Brown (1997) de Quentin Tarantino. En réalité, ce dernier a comme d’habitude pompé de tous les côtés et avait tout simplement repris le tube éponyme du film de Barry Shear, baptisé en France Meurtres dans la 110e rue. Souvent classé à tort dans le sous-genre alors en vogue de la Blaxploitation, Across 110th Street est un polar pur et dur se déroulant à Harlem, Pandémonium sur Terre, territoire laissé à l’abandon, ou plutôt aux mains des mafieux blancs qui se la coulent douce de l’autre côté de Central Park, laissant le sale boulot aux noirs avec lesquels ils sont en affaire. Venu de la télévision, pour laquelle il officiait sur une quantité phénoménale de téléfilms et de séries depuis les années 1950 (Des agents très spéciaux, Opération vol, Les Règles du jeu, Opération danger, Les Rues de San Francisco), Barry Shear (1923-1979) aura peu, mais bien tourné pour le cinéma. Meurtres dans la 110e rue est alors son quatrième long-métrage pour le grand écran et restera son film le plus célèbre. Comme dirait Raoul Volfoni, « c’est du brutal » ! Across 110th Street est une véritable immersion (rendu imputable à l’utilisation de la révolutionnaire caméra portée Arriflex 35BL) au coeur de l’enfer, une œuvre poisseuse, redoutablement pessimiste, ultra-violente par moments (certaines scènes sont même déconseillées aux âmes sensibles), qui n’a rien perdu de son efficacité et qui embarque le spectateur pendant 1h35 sur un des affluents du Styx. Merveilleusement interprété par Anthony Quinn (également co-producteur exécutif aux côtés du metteur en scène) et Yaphet Kotto, Meurtres dans la 110e rue, écrit par Luther Davis (auteur des géniaux La Main noire de Richard Thorpe et Une femme dans une cage de Walter Grauman) d’après un roman de Wally Ferris (sorti en France sous le titre Noirs et Blancs, dans la collection Série Noire), est un thriller à réhabiliter de toute urgence.

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Test Blu-ray / Eve of Destruction, réalisé par Duncan Gibbins

EVE OF DESTRUCTION réalisé par Duncan Gibbins, disponible en Blu-ray depuis le 1er octobre 2023 chez Le Chat qui fume

Acteurs : Renée Soutendijk, Gregory Hines, Michael Greene, Kurt Fuller, John M. Jackson Loren Haynes Nelson Mashita Alan Haufrect…

Scénario : Duncan Gibbins & Yale Udoff

Photographie : Alan Hume

Musique : Philippe Sarde

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1991

LE FILM

En marge de ses programmes plus traditionnels, l’armée américaine travaille dans le plus grand secret à la fabrication de robots censés imiter à la perfection l’apparence et la personnalité humaines, dédiés à la surveillance, au combat rapproché, voire à la destruction massive. Responsable de ce département, le docteur Eve Simmons a notamment créé un modèle féminin à son image : « Eve VIII » ; son propre background mental ayant même servi à construire l’habitus du cyborg. Mais alors qu’on teste ce dernier à l’extérieur sous surveillance, un incident fâcheux le fait échapper au contrôle de ses créateurs.

L’histoire de Duncan Gibbins n’est pas très heureuse. Auteur d’une grosse poignée de vidéoclips pour George Michael, Bananarama, Eurythmics et quelques autres, sa filmographie ne comporte que trois longs-métrages, dont deux dédiés au grand écran (et encore : pas dans tous les pays). Aucun n’effectuera la percée tant attendue en dépit de qualités certaines. L’émouvante Virginia Madsen aura accompagné les premiers pas au cinéma d’au moins deux clippeurs de talent : le prolifique et surdoué Steve Barron en 1984 pour son Electric Dreams (dans lequel elle partageait l’affiche avec feu Lenny von Dohlen) et donc, deux ans plus tard, Duncan Gibbins pour Fire With Fire, une production modeste mais fort estimable où une jeune fille cloîtrée dans un sévère institut catholique et un jeune délinquant purgeant sa peine dans un centre en milieu ouvert décident de s’évader ensemble, au mépris de toutes les autorités qui s’interposent. Cette fois, son partenaire est Craig Sheffer (par la suite, les deux comédiens s’illustreront chacun de leur côté dans l’univers de Clive Barker : Madsen en héroïne de Candyman ; Sheffer en héros de Cabal). Le film de Gibbins rapporte moins de 5 millions de dollars et il lui faudra cinq ans de plus pour revenir au cinéma avec le très bon Eve of Destruction – qui ne fera guère mieux au box office ! Le casting étonnant du film confronte Gregory Hines (alors connu pour Tap de Nick Castle, Deux Flics à Chicago et le Cotton Club de Coppola) à la hollandaise Renée Soutendijk (qui marqua les esprits dans deux grands films signés Paul Verhoeven : Spetters et Le Quatrième Homme). Suite à l’accueil trop mitigé de ces deux travaux, Gibbins mettra en scène Jennifer Grey et Peter Berg en 1993 dans un téléfilm policier de facture très honnête (… mais très télévisuelle !) : Seul dans la nuit (A Case for Murder), qui sera donc sa dernière œuvre. Décédé accidentellement à l’âge de 41 ans, sans avoir réellement connu le succès, Gibbins fait partie de ces artistes partis trop tôt pour qu’on ait pu juger de leur possible importance dans le paysage. D’autant plus grande est la nécessité de garder en mémoire la petite trace qu’ils ont laissée…

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Test Blu-ray / Hypnotic, réalisé par Robert Rodriguez

HYPNOTIC réalisé par Robert Rodriguez, disponible en DVD et Blu-ray le 21 décembre 2023 chez M6 Vidéo.

Acteurs : Ben Affleck, William Fichtner, Alice Braga, JD Pardo, Hala Finley, Dayo Okeniyi, Jeff Fahey, Jackie Earle Haley…

Scénario : Robert Rodriguez & Max Borenstein

Photographie : Robert Rodriguez & Pablo Berron

Musique : Rebel Rodriguez

Durée : 1h34

Date de sortie initiale : 2023

LE FILM

Déterminé à retrouver sa fille, le détective Danny Rourke enquête sur une série de braquages qui pourraient être liés à sa disparition. Mais les criminels qu’il poursuit sont bien plus machiavéliques qu’il ne l’imaginait : ils hypnotisent des innocents pour qu’ils commettent des crimes contre leur volonté. Personne ne semble à l’abri. Pour les déjouer, Rourke va devoir se méfier de tout le monde…

Il en a fait du chemin depuis ses débuts el Señor Robert Rodriguez ! D’El Mariachi (1993), tourné avec les moyens du bord (on parle de 7000 dollars) à Alita : Battle Angel, produit et coécrit par James Cameron, avec son budget colossal de 200 millions de dollars ! Avec une vingtaine de longs-métrages à son actif, on pouvait penser que le réalisateur bénéficierait enfin d’une tranquillité assurée ou qu’il disposerait désormais d’un confort lui permettant de miser sur de grosses productions à 100-150 millions de dollars. Visiblement, Robert Rodriguez n’a pas décidé de lâcher les films de séries B qui ont fait sa notoriété. C’était dernièrement le cas pour Red 11 (tourné avec un budget encore plus petit qu’El Mariachi) et même C’est nous les héros We Can Be Heroes, succès de la plateforme Netflix et rattaché aux Aventures de Shark Boy et Lava Girl (2005). Alors que se profilait un énième épisode de la saga Spy Kids (Spy Kids: Armageddon), également diffusé sur Netflix, Robert Rodriguez retrouvait le chemin des salles avec Hypnotic, projet qui couvait depuis une vingtaine d’années, pensé comme un hommage au cinéma d’Alfred Hitchcock. Si l’ensemble des spectateurs penseront forcément au lénifiant Inception (qui pompait largement sur l’exceptionnel Le Monde sur le fil de Rainer Werner Fassbinder), Hypnotic, qui n’a ni les mêmes moyens, ni la prétention (certains diront la suffisance suintante) du film boursoufflé de Christopher Nolan, n’en reste pas moins une série B fort honnête. Comme souvent chez le cinéaste, beaucoup d’idées apparaissent ici et là et la plupart ne sont pas suffisamment exploitées, mais le spectacle est garanti et Ben Affleck, à qui cela sied bien de prendre de la bouteille (en gros depuis sa période Batman), porte solidement ce petit divertissement sur ses épaules de déménageur.

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Test Blu-ray / Horror Hotel, réalisé par John Llewellyn Moxey

HORROR HOTEL (The City of the Dead) réalisé par John Llewellyn Moxey, disponible en DVD et Combo Blu-ray + DVD le 21 novembre 2023 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Dennis Lotis, Christopher Lee, Patricia Jessel, Tom Naylor, Betta St. John, Venetia Stevenson, Valentine Dyall, Ann Beach…

Scénario : George Baxt, d’après une hsitoire originale de Milton Subotsky

Photographie : Desmond Dickinson

Musique : Douglas Gamley

Durée : 1h18

Date de sortie initiale : 1960

LE FILM

Chargée pour la fin de ses études d’une thèse sur la sorcellerie, l’étudiante Nan Barlow suit les conseils du professeur Alan Driscoll qui la dirige vers Whitewood, une localité où de nombreux bûchers se sont dressés au 17ème siècle. Bien que son frère et son petit ami la désapprouvent, elle s’y rend seule et découvre que les croyances païennes persistent dans la région, portées par la certitude de certains, que la sorcière Elizabeth Selwyn pourrait surgir du royaume des morts… Et malheur à qui s’y intéresse de trop près !

Solide technicien, John Llewellyn Moxey (1925-2019) sera repéré par l’industrie américaine, qui lui confiera essentiellement les manettes de multiples téléfilms et séries de renom comme Hawaï, police d’état, Mission impossible, Mannix, Magnum et Arabesque. L’une de ses rares incursions au cinéma s’intitule Le Cirque de la peurCircus of fear – Psycho-Circus (1966), petit opus fort sympathique qui oscille entre le film de casse et le cinéma d’horreur, le tout prenant la forme d’un whodunit à la Cluedo, dont la particularité est de voir son récit se dérouler sous le chapiteau d’un cirque. Mais avant cela, le premier long-métrage du réalisateur, The City of the Dead, également connu sous le titre Horror Hotel, ou bien encore La Cité des morts, démontrait déjà le talent de John Llewellyn Moxey. Dans un merveilleux N&B stylisé et gothique concocté par le chef opérateur Desmond Dickinson (L’Enfer des tropiques Fire Down Below de Robert Parrish, Hamlet de Laurence Olivier, L’Homme de Berlin The Man Between de Carol Reed), qui aurait inspiré Christophe Gans pour son adaptation de Silent Hill, le metteur en scène livre un formidable film d’épouvante, remarquablement écrit par George Baxt, futur auteur de classiques du genre comme Le Cirque des vampires Vampire Circus de Robert Young et Le Spectre du chat The Shadow of the Cat de John Gilling (deux produits de la Hammer Films), ainsi que La Tour du diable Tower of Devil de Jim O’Connolly. Avec l’immense Christopher Lee en tête d’affiche, qui retrouvera le metteur en scène six ans plus tard pour Le Cirque de la peur, Horror Hotel conserve non seulement un savoureux parfum vintage, mais s’avère toujours aussi original et furieusement moderne.

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Test Blu-ray / Black Lotus, réalisé par Todor Chapkanov

BLACK LOTUS réalisé par Todor Chapkanov, disponible en DVD & Blu-ray le 21 novembre 2023 chez Metropolitan Vidéo.

Acteurs : Rico Verhoeven, Frank Grillo, Marie Dompnier, Peter Franzén, Pippi Casey, Rona-Lee Shimon, Magnus Samuelsson, Simon Wan…

Scénario : Tad Daggerhart

Photographie : Ivan Vatsov

Musique : Roel Gommans & Jules Reivers

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 2023

LE FILM

Après la mort de son meilleur ami lors d’une mission commune, un officier des forces spéciales, Matteo Donner, parcourt le monde. De retour à Amsterdam, Donner n’a qu’un seul but : sauver la fille kidnappée de son ami mort.

Todor Chapkanov…Mais qui c’est ça ? Le réalisateur d’Un seul deviendra invincible : BoykaBoyka: Undisputed IV avec Scott Adkins et de tout un tas de DTV aux titres explicites tels que Vampyre Nation, Miami Magma, Twister Apocalypse, Monsterwolf. N’hésitant pas à plagier et à donner sa version d’autres blockbusters du moment, on pense à La Légende des crânes de cristal (tiens, tiens…), Thor et le marteau des dieux, le metteur en scène bulgare paraît bouffer à tous les râteliers et a même bossé comme assistant sur des gros films plus renommés comme The Grudge 3, La Chute de Londres, Hitman & Bodyguard ou dernièrement Expendables 4. On le retrouve aux commandes de Black Lotus, série B-Z d’action (comprenez par là que les moyens sont limités et qu’il n’est pas interdit de s’endormir devant) où l’inénarrable Frank Grillo est mis en avant sur l’affiche, alors qu’il n’officie ici qu’en tant que second rôle. L’acteur récemment au générique de Lamborghini : L’Homme derrière la légende, Paradise Highway, The Yacht, Boss Level, Cosmic Sin, Jiu Jitsu laisse la première place au dénommé Rico Verhoeven, néerlandais de 34 ans. Ce dernier n’est autre que le champion du monde actuel dans la catégorie poids lourds de la Glory World Series, promotion internationale de kick-boxing. Le voici promu nouvelle star mono-expressive du cinéma d’action dans Black Lotus avec son charisme de gros bébé (115 kilos, 1m96). Sa plus grande scène dans le film ? Couper du bois pour bâtir une niche destinée au chien de sa filleule. Ah oui, il fait son jogging aussi toutes les dix minutes et bien sûr doit retirer son t-shirt trempé comme une serpillière, ce qui lui donne l’occasion d’exhiber son torse glabre, comme dans une pub pour Coca Cola. Malgré son gabarit, comptez évidemment sur nous pour ne pas lui dire en face tout le mal (ou le bien, ça dépend le point de vue) que nous pensons de ce Black Lotus qui s’apparente aussi à un épisode de Cauchemar en cuisine avec un lookalike impressionnant de Philippe Etchebest, qui râle sur la qualité de la soupe aux champignons dans un restaurant néerlandais. Complètement anecdotique, pour ne pas dire inoffensif, malgré une ou deux scènes brutales, Black Lotus est un spectacle biodégradable, qui s’évapore de notre cerveau dès le générique de fin, pour ne laisser aucun souvenir. Quelques effluves peut-être. Amusant, totalement débile, divertissant quoi.

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Test Blu-ray / Farang, réalisé par Xavier Gens

FARANG réalisé par Xavier Gens, disponible en DVD & Blu-ray le 8 novembre 2023 chez Studiocanal.

Acteurs : Nassim Lyes, Loryn Nounay, Olivier Gourmet, Chananticha Tang-Kwa, Vithaya Pansringarm, Sahajak Boonthanakit, Yothin Udomsanti, Boonsong Nakphoo…

Scénario : Xavier Gens, Magali Rossitto, Stéphane Cabel & Guillaume Lemans

Photographie : Gilles Porte

Musique : Jean-Pierre Taïeb

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 2023

LE FILM

Sam est un détenu exemplaire. À quelques mois de sa sortie de prison, il prépare assidûment sa réinsertion. Lors d’une permission, son passé le rattrape et un accident ne lui laisse qu’un seul choix : la fuite. Cinq ans plus tard, il a refait sa vie en Thaïlande, où il a fondé la famille dont il a toujours rêvé. Mais Narong, le parrain local, l’oblige à plonger à nouveau dans la délinquance. Quand Sam veut tout arrêter, Narong s’attaque à sa famille… Sam va traverser la Thaïlande pour se venger de son bourreau.

C’est du brutal comme dirait l’autre. Xavier Gens revient en forme avec Farang, son septième long-métrage, thriller d’action très violent, sanglant, pour ne pas dire gore dans certaines séquences, qui s’impose d’ores et déjà comme l’un des indispensables de l’année 2023. Après avoir bossé sur plusieurs épisodes de la série Gangs of London, créée par Gareth Evans, le réalisateur qui nous avait déjà récemment captivé avec son formidable Cold Skin et bien fait marrer avec son unique comédie Budapest, déploie une sacrée maturité de mise en scène, nourrie de sa collaboration avec le cinéaste de The Raid et de sa suite. Car Farang est on peut le dire « un putain de bon film d’action », très contemporain dans sa forme, avec cependant un montage toujours lisible et percutant, mais qui renvoie aussi au genre des années 1980-90, le cinéma HK bien sûr, mais également celui de Jean-Claude Van Damme et consorts que les spectateurs allaient voir pour se rincer le cerveau. Magistralement réalisé, mené sans aucun temps mort pendant 1h40, Farang révèle aussi et surtout un comédien au charisme magnétique et exceptionnel dans les scènes de bastons (on se souviendra longtemps de l’époustouflante et immersive scène de l’ascenseur), Nassim Lyes, vu dans le sensible 16 ans de Philippe Lioret (mais aussi dans le navrant Kandisha du tandem Maury/Bustillo, mais mieux vaut oublier), qui avait démarré au cinéma en 2011 dans le méconnu Mineurs 27 de Tristan Aurouet, aux côtés de Jean-Hugues Anglade et Gilles Lellouche. Si celui-ci aura aussi bossé avec Nicolas Boukhrief (Made in France) et Olivier Marchal (Overdose), il lui aura fallu attendre l’âge de 35 ans pour se voir proposer enfin un rôle à la mesure de ses capacités physiques, tout en dévoilant une large palette. Ses scènes face à l’imposant Olivier Gourmet sont sans doute les meilleures. Nassim Lyes porte solidement le film sur ses épaules et les fans d’action sauront accueillir Farang comme il se doit, après un passage timide dans les salles françaises où il n’aura attirer que 170.000 spectateurs. Depuis, le bouche-à-oreille fait carton plein et Farang jouit d’une seconde vie hautement méritée.

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Test DVD / The Dive, réalisé par Maximilian Erlenwein

THE DIVE réalisé par Maximilian Erlenwein, disponible en DVD & Blu-ray le 18 octobre 2023 chez Wild Side Video.

Acteurs : Sophie Lowe, Louisa Krause & Chris Cleveland

Scénario : Maximilian Erlenwein & Joachim Hedén, d’après une histoire originale de Joachim Hedén

Photographie : Frank Griebe

Musique : Volker Bertelmann & Raffael Seyfried

Durée : 1h27

Date de sortie initiale: 2023

LE FILM

Deux sœurs, Drew et May, sont des plongeuses expérimentées. Lors d’un entraînement, un glissement de terrain se produit et un rocher tombe sur May. Elle est piégée sous l’eau, et Drew doit trouver un moyen de la sauver avec l’oxygène qui se raréfie pour les deux sœurs…

Sorti en 2023, The Dive est ni plus ni moins le copier-coller du film Breaking Surface, quatrième long-métrage de Joachim Hedén, récompensé à deux reprises aux Guldbagge Awards, l’équivalent suédois des Césars. En toute franchise, l’auteur de ces mots a découvert The Dive sans savoir qu’il s’agissait d’un remake et l’a beaucoup apprécié. Néanmoins, afin de pouvoir comparer les deux versions, le film original a été visionné quelques jours après. En restant le plus objectif possible, disons que The Dive est un survival tout ce qu’il y a de plus honnête, bien mis en scène et surtout porté par deux formidables actrices, l’australienne – née au Royaume-Uni – Sophie Lowe (vue dans Perfect Mothers d’Anne Fontaine et en 2011 dans la mini-série La Gifle) et l’américaine Louisa Krause (Skin, Dog Eat Dog, Dark Waters), sur lesquelles reposent quasiment intégralement le film. Mais au jeu des comparaisons, il n’est pas interdit de préférer Breaking Surface, avec ses magnifiques décors norvégiens, naturels et sauvages, qui apportent un cachet supplémentaire au récit, ainsi qu’un côté sans doute plus brut et resserré que The Dive, dont l’histoire parfois composée de flashbacks, ou de réminiscences plutôt, est plus chaotique. Toutefois, la réalisation de l’allemand Maximilian Erlenwein ne plagie pas obligatoirement celle de son confrère et trouve son propre style, même si pour cela il dispose de moyens plus conséquents avec un budget cinq fois supérieur. De ce fait, mettre en parallèle Breaking Surface et The Dive fait penser à la correction une dissertation, pour voir comment deux cinéastes parviennent à donner leur interprétation personnelle sur un sujet identique. Aimer les deux travaux rendus est donc possible et The Dive est largement recommandable et à placer aux côtés du récent Fall de Scott Mann.

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