Test 4K UHD / Le Jour de la bête, réalisé par Álex de la Iglesia

LE JOUR DE LA BÊTE (El día de la bestia) réalisé par Álex de la Iglesia, disponible en édition 4K Ultra HD + Blu-ray depuis le 22 novembre 2021 chez Extralucid Films.

Acteurs : Alex Angulo, Armando De Razza, Santiago Segura, Terele Pavez, Nathalie Seseña, Maria Grazia Cucinotta, Gianni Ippoliti, Saturnino García…

Scénario : Jorge Guerricaechevarria & Álex de la Iglesia

Photographie : Flavio Martínez Labiano

Musique : Battista Lena

Durée : 1h44

Année de sortie : 1995

LE FILM

L’Espagne est sur le point de fêter Noël. Un prêtre théologien découvre avec effarement que l’Antéchrist verra le jour avant l’aube.

Il n’y a qu’à lire le résumé et situer le pitch en Espagne pour se dire que le réalisateur Álex de la Iglesia (né en 1965) ne doit pas être bien loin. Le Jour de la bêteEl día de la bestia est en effet son second long-métrage, le film essentiel pour comprendre son cinéma, celui par lequel le succès international est arrivé et qui allait donner le feu vert à toute une génération de cinéastes ibériques, qui rongeaient leur frein, en attendant que le genre soit enfin reconnu dans leur pays. Revoir Le Jour de la bête aujourd’hui, c’est (re)découvrir une pierre angulaire du thriller horrifique espagnol, qui s’appuyaient sur certains codes aussi anciens que le cinéma, mais mis au goût du jour, nourri de névroses propres à la fin du XXè siècle, d’une accumulation d’hypocrisie, de vulgarité, de mensonges, avec l’explosion du repli sur soi, bien avant l’avènement des réseaux sociaux et des chaînes d’infos en continu. Le jour de la bête s’avère encore un défouloir hors-normes près de trente ans après sa sortie. Magistralement mis en scène, bourré d’imaginations, foutraque sans doute, mais redoutablement intelligent et aussi génialement interprété, El día de la bestia est toujours un remède idéal contre la morosité.

Le prêtre Ángel Beriartúa a décodé l’Apocalypse de Jean et est parvenu à déterminer le jour de la naissance de l’Antéchrist. Selon ce message, l’Antéchrist naîtra le 25 décembre 1995 à Madrid, où débute une vague de vandalisme et de criminalité. En revanche, il ignore tout du lieu où il viendra au monde. Convaincu qu’il faut arrêter cette naissance satanique, le prêtre se joint à un fan de death metal, José Maria, pour essayer, par tous les moyens, de trouver où l’événement aura lieu. Il va donc tout mettre en œuvre pour le découvrir, en cherchant à s’attirer les faveurs du Diable. Dans un Madrid survolté, il va s’efforcer d’obtenir la collaboration du « professeur Cavan », un charlatan vedette d’une émission de télévision.

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Test DVD / Property, réalisé par Penny Allen & Eric Alan Edwards

PROPERTY réalisé par Penny Allen & Eric Alan Edwards, disponible en DVD chez Extralucid Films.

Acteurs : Walt Curtis, Lola Desmond, Nathaniel Haynes, Christopher Hershey, M.G. Horowitz, Cork Hubbert, Karen Irwin, Jack Ryan, Richard Tyler…

Scénario : Penny Allen

Photographie : Eric Alan Edwards

Musique : Richard Tyler

Durée : 1h27

Année de sortie : 1979

LE FILM

Les habitants d’un quartier décident d’acheter les terrains afin d’éviter la démolition promise. S’organise alors une vie en communauté…

Comme nous, vous n’aviez sans doute jamais entendu parler de Penny Allen, réalisatrice et auteure franco-américaine native de Portland, ancienne professeur de français, qui a décidé un jour de laisser sa carrière d’enseignante pour se lancer dans celle de saltimbanque. A la tête d’une troupe de théâtre, elle signe son premier long-métrage en 1979, Property, inspiré par sa propre bataille contre un plan de développement urbain dans sa ville natale quelques années auparavant. Interprété par les comédiens avec lesquels elle avait l’habitude de travailler, Property suit un groupe d’excentriques sympathiques, des marginaux qui essayent de racheter leurs maisons aux promoteurs, dans un espoir d’indépendance. En dehors d’une séance à la Cinémathèque Française organisée en 2016, en présence de Penny Allen, Property est réellement revenu sur le devant de la scène en 2021, soit plus de quarante ans après sa sortie. Il n’est jamais trop tard pour découvrir des petits bijoux insoupçonnés du cinéma américain, alors précipitez-vous sur ce film sorti de nulle-part, qui avait été sélectionné et primé au tout premier festival de Sundance, qui s’appelait encore Utah-US Film Festival, en 1978.

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Test Blu-ray / Bubble Bath, réalisé par György Kovásznai

BUBBLE BATH (Habfürdő) réalisé par György Kovásznai, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 16 juin 2021 chez Extralucid Films.

Acteurs : Katalin Dobos, Katalin Bontovics, Albert Antalffy, István Wisinger, Anna Papp, Tamás Berki, Kornél Gelley, Lenke Lorán, Arany Szögi, Vera Venczel…

Scénario : György Kovásznai

Photographie : Árpád Lossonczy

Musique : János Másik

Durée : 1h17

Année de sortie : 1979

LE FILM

Un homme sur le point de se marier se rend compte qu’il est en fait amoureux de l’amie de sa fiancée.

Voilà un résumé de film simple, concis, efficace, rapide, sobre et il n’y a pas besoin de faire plus. Nous parlons ici de Bubble Bath, ou bien Habfürdö si vous parlez hongrois, ce qui est peu probable, ou bien encore Foam Bath, titre international alternatif. Bref, Le Bain de mousse est le seul long-métrage d’animation de György Kovásznai (1934-1983), peintre, musicien et réalisateur, ancien des Beaux-Arts de Budapest (où il est né), qui avait dû abandonner ses études à l’âge de 20 ans pour trouver du travail. Il devient alors mineur et découvre le monde ouvrier, ainsi que les désillusions, la fatigue, le renoncement, l’acceptation, la frustration qui l’accompagnent. S’il parvient à reprendre ses études, cela n’est que momentané, puisque György Kovásznai est renvoyé avant même d’être diplômé. A la fin des années 1950 et ce jusqu’en 1975, il devient rédacteur en chef et chroniqueur d’une importante revue hongroise artistique et littéraire, Nagyvilag. Il y publie des critiques et quelques-unes de ses œuvres picturales. Parallèlement, il organise des rassemblements artistiques alors peu autorisés et profite de ses contacts auprès d’écrivains et critiques littéraires. A la fin des années 1960, György Kovásznai commence à travailler au Pannonia Film Studio, le principal studio de cinéma d’animation de Hongrie. Il y officie premièrement en tant qu’auteur, mais devient très vite réalisateur de ses propres films. Jusqu’à sa mort prématurée à l’âge de 49 ans en 1983 (en raison d’une leucémie), György Kovásznai allait mettre en scène 26 courts-métrages, une mini-série télévisée et surtout un long-métrage d’animation musical, Bubble Bath. Ce dernier compile tout le génie et le talent de son auteur, mêlant à la fois l’animation traditionnelle, la stop-motion, le papier découpé et les séquences live. Vibrant, lumineux, explosif, magique, poétique, coloré comme un trip sous LSD, Bubble Bath convie le spectateur dans un monde unique et l’invite à s’y perdre, à laisser tomber ses repères, pour se laisser porter et entrer dans une danse étourdissante.

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Test Blu-ray / Assa, réalisé par Sergueï Soloviov

ASSA (Acca) réalisé par Sergueï Soloviov, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 5 mai 2021 chez Extralucid Films.

Acteurs : Stanislav Govoroukhine, Tatiana Droubitch, Sergueï Bougaïev, Dmitri Chouminov, Alexandre Bachirov, Anatoli Slivnikov, Kirill Kozakov, Aleksander Domogarov, Dmitri Dolinine, Viktor Tsoi…

Scénario : Sergueï Soloviov & Sergueï Livnev

Photographie : Pavel Lebechev

Musique : Boris Grebenchtchikov

Durée : 2h30

Année de sortie : 1987

LE FILM

L’infirmière Alika arrive en hiver à Yalta avec son amant, le mafieux Krymov, mais s’éprend du pauvre musicien Bananan, qui, de jour, travaille comme gardien et de nuit, comme chanteur dans un restaurant. Krymov, fou de jalousie, ordonne de poignarder Bananan.

Un an avant L’Aiguille Igla réalisé par Rachid Nougmanov, évènement et phénomène qui attirera trente millions de spectateurs en URSS à sa sortie en février 1989, sortait sur les écrans le tout aussi important Assa, ou Acca en version originale, film russe mis en scène par Sergueï Soloviov (né en 1944), qui allait accompagner et représenter la fin de l’ère soviétique. Comme L’Aiguille, Assa a été tourné en pleine perestroïka et a su immédiatement toucher le coeur des jeunes soviétiques, même si le film de Rachid Nougmanov bénéficiera de l’interprétation principale du rockeur Viktor Tsoi, de tous les plans, représentant d’une génération en pleine ébullition. Ce dernier apparaît bel et bien dans Assa, mais à la toute fin, créant ainsi une passerelle entre les deux œuvres indéniablement liées, en scandant « Du changement ! Nous attendons du changement ! ». A la limite de l’expérimental, imprégné d’un spleen contagieux et une violence sous-jacente que l’on sent prête à exploser à n’importe quel moment, Assa mérite d’être découvert dans nos contrées.

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Test Blu-ray / Le Jour des fous, réalisé par George Dugdale, Mark Ezra & Peter Mackenzie Litten

LE JOUR DES FOUS (Slaughter High) réalisé par George Dugdale, Mark Ezra & Peter Mackenzie Litten, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 7 avril 2021 chez Extralucid Films.

Acteurs : Caroline Munro, Simon Scuddamore, Carmine Iannaccone, Donna Yeager, Gary Martin, Billy Hartman, Michael Safran, John Segal…

Scénario : George Dugdale, Mark Ezra & Peter Mackenzie Litten

Photographie : Alan Pudney

Musique : Harry Manfredini

Durée : 1h30

Année de sortie : 1986

LE FILM

Marty, souffre-douleur du lycée, est victime d’une farce organisée qui tourne au drame, le laissant défiguré. Quelques années plus tard, il compte bien se venger en piégeant les coupables dans une réunion d’anciens élèves aux allures d’impasse mortelle.

S’il est aujourd’hui quelque peu oublié, Le Jour des fous – Slaughter High est un petit slasher qui a connu son heure de gloire du temps de la VHS et qui a su rester dans le coeur et l’esprit de certains fans du genre, notamment en raison de la participation forcément marquante de Caroline Munro, la légendaire Victoria Phibes de L’Abominable Docteur Phibes (1971) et Le Retour de l’abominable Docteur Phibes (1972) de Robert Fuest, vue ensuite dans Dracula 73 (1972), Capitaine Kronos, tueur de vampires (1974), évidemment dans Le Voyage fantastique de Sinbad – The Golden Voyage of Sinbad (1974), promue James Bond Girl dans L’Espion qui m’aimait – The Spy Who Loved Me (1977) de Lewis Gilbert et immortalisée dans Starcrash : Le Choc des étoiles (1978) de Luigi Cozzi et bien sûr dans Maniac (1980) de William Lustig. Dans Le Jour des fous, la comédienne a comme qui dirait le premier rôle dans ce film « choral » dans lequel on ne voit qu’elle, malgré son jeu souvent (pour ne pas dire comme d’habitude) lourd comme un parpaing. Le Jour des fous contentera encore les aficionados des slashers, d’autant plus que le film coréalisé par George Dugdale, Mark Ezra et Peter Mackenzie Litten s’avère plutôt généreux en scènes sanglantes, en exécutions sympathiques et autres réjouissances du même style. Un bon cru quoi.

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Test Blu-ray / Zones humides, réalisé par David Wnendt

ZONES HUMIDES (Feuchtgebiete) réalisé par David Wnendt, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 14 décembre 2020 chez Extralucid Films.

Acteurs : Carla Juri, Christoph Letkowski, Marlen Kruse, Meret Becker, Axel Milberg, Peri Baumeister, Edgar Selge, Clara Wunsch, Ludger Bökelmann…

Scénario : Claus Falkenberg, David Wnendt & Sabine Pochhammer, d’après le roman de Charlotte Roche

Photographie : Jakub Bejnarowicz

Musique : Enis Rotthoff

Durée : 1h44

Année de sortie : 2013

LE FILM

Helen est une adolescente non-conformiste qui entretient une relation conflictuelle avec ses parents. Passant la plupart de son temps à traîner avec son amie Corinna, avec qui elle transgresse un tabou social après l’autre, elle utilise le sexe comme un mode de rébellion et casse la morale bourgeoise conventionnelle. Après un accident de rasage intime, Helen se retrouve à l’hôpital où il ne lui faut pas longtemps pour faire des vagues. Mais elle y rencontre Robin, un infirmier dont elle va tomber follement amoureuse…

C’est l’histoire d’une success-story. Il y a eu tout d’abord le roman de Charlotte Roche (née en 1978), Zones Humides (Feuchtgebiete), sorti en février 2008, qui devient très vite un phénomène en Allemagne où il se vend à 2,5 millions d’exemplaires. Rebelle, punk, frontal, sulfureux, cru – on arrête là, on croirait une introduction de Laurent Delahousse – Zones humides explose les compteurs dans les librairies et sur Amazon, où pour la première fois un ouvrage germanique atteint la liste des best-sellers. Forcément, un triomphe comme celui-là ne pouvait qu’intéresser le cinéma. Et pourtant, Charlotte Roche a tenu à choisir elle-même le producteur qui prendrait en main son ouvrage, quitte à refuser les offres les plus alléchantes et les plus faciles à mettre en route. Son choix s’est porté sur Peter Rommel, l’un des producteurs d’Et si on vivait tous ensemble ? (2011) de Stéphane Robelin, qui réunissait Guy Bedos, Daniel Brühl, Geraldine Chaplin, Pierre Richard, Claude Rich et Jane Fonda, mais aussi et surtout du très remarqué 7ème CielWolke 9 (2008) qui traitait de la sexualité des personnes d’un âge respectable. Charlotte Roche a ensuite laissé carte blanche au producteur pour choisir le réalisateur qui saura relever le défi de mettre son roman en images. Peter Rommel a jeté son dévolu sur David Wnendt, dont il avait remarqué le long-métrage GuerrièreKriegerin, sorti en 2011. Résolument trash, Zones humides le film n’est certes pas à mettre devant tous les yeux, mais ce portrait d’une jeune femme de 18 ans vaut sacrément le détour, d’une part pour sa réalisation effectivement électrique et percutante, d’autre part pour l’explosive interprétation de son actrice principale, Carla Juri, pour laquelle on craque instantanément et ce même si elle nous emmène loin, très loin même dans le graveleux. Mais au-delà des apparences, son personnage, Helen Memel, est une post-ado bouleversée et même traumatisée par la séparation de ses parents. Zones humides embarque le spectateur pour un ride qui ne s’arrête jamais pendant 1h45, au bout duquel on ressort lessivés, mais heureux, après avoir été pourtant pas mal bousculés et mis mal à l’aise. Une grande et belle expérience qui fait du bien à l’âme et qui tonifie le corps en même temps, pourquoi refuser ?

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Test Blu-ray / Golden Glove, réalisé par Fatih Akin

GOLDEN GLOVE (Der goldene Handschuh) réalisé par Fatih Akin, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 6 janvier 2021 chez Extralucid Films.

Acteurs : Jonas Dassler, Margarete Tiesel, Hark Bohm, Katja Studt, Marc Hosemann, Tristan Göbel, Victoria Trauttmansdorff, Adam Bousdoukos…

Scénario : Fatih Akin, d’après le roman « Der goldene Handschuh » de Heinz Strunk

Photographie : Rainer Klausmann

Musique : FM Einheit

Durée : 1h50

Année de sortie : 2019

LE FILM

Hambourg, années 70. Au premier abord, Fritz Honka, n’est qu’un pitoyable loser. Cet homme à la gueule cassée traîne la nuit dans un bar miteux de son quartier, le « Gant d’or » (« Golden Glove »), à la recherche de femmes seules. Les habitués ne soupçonnent pas que Honka, en apparence inoffensif, est un véritable monstre.

Dans son premier long-métrage, L’EngrenageKurz und schmerzlos (1998), le réalisateur Fatih Akin (né en 1973) s’inspirait d’anecdotes personnelles et rendait hommage au cinéma de Martin Scorsese, en particulier à Mean Streets. Le metteur en scène y faisait déjà preuve d’une rare maîtrise technique en dépeignant la complexité des relations humaines, sujet qui sera alors son thème de prédilection. Ce qui fera aussi la marque de fabrique de Fatih Akin, c’est un cinéma sincère et humaniste, qui abolit les frontières en privilégiant l’entraide et la fraternité. Cependant, la violence y était déjà présente. En 2000, dans Julie en juilletIm Juli, le cinéaste, inspiré de L’Odyssée d’Homère, proposait l’antithèse complète de son premier film. Véritable chef d’oeuvre d’humour, cette histoire d’amour était en réalité un road-movie européen illuminé par Moritz Bleibtreu et Christiane Paul. De la Hongrie en passant par la Roumanie, la Bulgarie et par la Turquie, le second long-métrage de Fatih Akin était un film chaleureux et idéaliste, rendant un hommage avoué à L’Homme de Rio de Philippe de Broca et aux aventures de Tintin. Après le solaire Julie en juillet, Fatih Akin abordait un conflit de générations entre un père autoritaire et ses deux fils dans Solino (2002). Bon, nous allons arrêter là de passer en revue toute la filmographie de Fatih Akin, nous reparlerons un autre jour de Head-OnGegen die Wand (2004, Ours d’or à Berlin), de The Cut (2014) et de ses autres œuvres, pour se concentrer enfin sur son dernier long-métrage en date, l’inattendu Golden GloveDer Goldene Handschuh, sorti en 2019 au cinéma. Qu’il semble loin le temps de la comédie jubilatoire qu’était Soul Kitchen (2009) ! Deux ans après In the FadeAus dem Nichts, Golden Globe du meilleur film en langue étrangère et qui avait valu à Diane Kruger le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes, Fatih Akin se confronte cette fois frontalement au genre horrifique. Pour cela, le réalisateur adapte le roman éponyme de Heinz Strunk (publié en 2016), qui relatait l’histoire vraie du tueur en série allemand Fritz Honka (1935-1998), qui dans les années 1970 s’en prenait aux femmes d’un certain âge, principalement alcooliques comme lui, qu’il appâtait dans un bar miteux de Hambourg (le Golden Glove donc) en leur proposant un ou plusieurs verres, avant de les ramener chez lui, où il les violentait, les violait avec ce qui lui passait sous la main, puis les assassinait, avant de les découper en morceaux et de conserver les membres soigneusement emballés et dissimulés dans un recoin de son appartement. Ceux qui se souviennent du Fatih Akin de Soul Kitchen qui célébrait la vie en communauté avec une légèreté rafraîchissante, risquent d’être sacrément bouleversés par Golden Glove. Mais bien sûr, le cinéaste ne livre pas un film d’horreur comme les autres et dresse avant tout le portrait dramatique d’un monstre humain (pléonasme ?), le visage reflétant le passé de son pays, le dos cassé par le poids des conséquences. Golden Glove est non seulement l’un des films les plus horribles vus sur un écran depuis une bonne quinzaine d’années, mais c’est aussi et peut-être l’une des plus incroyables performances d’acteurs de tous les temps, que l’on doit au jeune et méconnaissable Jonas Dassler, 22 ans au moment du tournage, métamorphosé (après trois heures de maquillage) avec son strabisme, ses cheveux gras et ses dents pourries. Golden Glove est d’ores et déjà une nouvelle référence du genre et un sommet dans la carrière de Fatih Akin.

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Test Blu-ray / Slacker, réalisé par Richard Linklater

SLACKER réalisé par Richard Linklater, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 4 novembre 2020 chez Extralucid Films.

Acteurs : Richard Linklater, Rudy Basquez, Jean Caffeine, Jan Hockey, Stephan Hockey, Mark James, Samuel Dietert, Bob Boyd, Terrence Kirk, Keith McCormack…

Scénario : Richard Linklater

Photographie : Lee Daniel

Durée : 1h37

Année de sortie : 1990

LE FILM

Quelques heures à Austin, Texas, un jour d’été en 1989. La caméra suit un passant puis l’autre, voyageant à travers les rues de la ville et multipliant de curieuses rencontres : jeunes excentriques, velléitaires et complotistes, personnages originaux et anticonformistes.

Richard Linklater est un des réalisateurs les plus prolifiques et éclectiques du cinéma contemporain. On lui doit notamment un des plus beaux triptyques de ces 25 dernières années Before Sunrise Before SunsetBefore Midnight (1995-2004-2013) et dernièrement Boyhood, oeuvre exceptionnelle tournée par intermittence sur une période de douze ans, de 2002 à 2013, avec la même distribution et la même équipe technique. Après Everybody Wants Some !! que l’on pouvait voir comme une suite spirituelle à Génération rebelle (Dazed and Confused, 1993), le cinéaste était parvenu en 2017 à une forme de maturité avec Last Flag Flying : La Dernière Tournée, qui semblait représenter un adieu définitif à la jeunesse et à l’innocence pour ce grand enfant qui vient d’ailleurs de fêter ses 60 bougies en cette curieuse année 2020. Il est donc peut-être temps de revenir là où tout a commencé pour Richard Linklater, autrement dit à la fin des années 1980. Après un court-métrage documentaire intitulé Woodshock (1985), il tente le format long avec It’s Impossible to Learn to Plow by Reading Books (1988), tourné en Super 8 et qui ne sera jamais distribué. Sur ce film, le cinéaste est quasiment seul en piste derrière la caméra puisqu’il occupe tous les postes de production. Mais le véritable premier long-métrage de Richard Linklater, qui condense tout ce qui composera sa longue et diverse filmographie à venir, est Slacker. Tourné avec 23.000 dollars dans les rues d’Austin avec uniquement des acteurs non professionnels, des gens de passage, des amis et sans doute des membres de la famille du réalisateur, Slacker, qui signifie « bon à rien » est aujourd’hui considéré comme un film culte, une ode à la fainéantise, qui a comme particularité de passer d’un personnage à l’autre, qui se passent comme qui dirait le témoin, puisque la caméra s’amuse à jongler d’un protagoniste à l’autre, qui la plupart du temps n’ont aucun lien entre eux à part d’être présent quelque part et au même moment. Si l’intérêt est somme toute relatif, la griffe Linklater, qui apparaît dans son propre film et donne le départ de cette vadrouille de 24 heures dans une petite bourgade du Texas, est déjà reconnaissable à travers quelques motifs. Impossible de ne pas penser aux plans-séquences qui rythment la trilogie Before avec ses très longues plages de dialogues. Si le procédé n’est pas encore au point dans Slacker, surtout au niveau des répliques qui peuvent souvent n’inspirer qu’un ennui poli, le rapport au temps (sujet alors récurrent chez le cinéaste, tout comme le questionnement sur la notion de grandir et sur la façon de devenir un adulte), celui qui se déroule pendant que l’on parle, celui qu’on a pas vu passer et qui est désormais loin derrière nous, et peut-être celui qui nous reste, est au coeur de Slacker. C’est une découverte pour les cinéphiles que nous sommes, puisqu’il s’agit d’une œuvre comme qui dirait matricielle du cinéma de Richard Linklater.

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Test Blu-ray / River of Grass, réalisé par Kelly Reichardt

RIVER OF GRASS réalisé par Kelly Reichardt, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 7 octobre 2020 chez Extralucid Films.

Acteurs : Lisa Donaldson, Larry Fessenden, Dick Russell, Stan Kaplan, Michael Buscemi, Lisa Robb, Tom Laverack, Bert Yaeger, Mary Glenn…

Scénario : Jesse Hartman & Kelly Reichardt

Photographie : Jim Denault

Musique : John Hill

Durée : 1h13

Année de sortie : 1994

LE FILM

Derrière les Everglades, la  » rivière d’herbe « , vit Cozy, seule, dans un mariage sans passion, ignorant ses enfants. Elle rêve de devenir danseuse, acrobate, gymnaste. Une nuit dans un bar, elle rencontre Lee, un jeune homme sans emploi qui vient de récupérer une arme à feu.

De Kelly Reichardt (née en 1964), on connaissait entre autres Old Joy (2006), chef-d’oeuvre naturaliste, film méditatif et philosophique qui révélait l’immense talent et la sensibilité de la cinéaste, puis Wendy & Lucy, influencé par le néo-réalisme italien et le cinéma allemand, un autre petit bijou indépendant qui reposait entièrement sur les épaules de Michelle Williams, qui signait l’une des plus poignantes performances de l’année 2008. Trois ans plus tard, débarquait La Dernière piste, dans lequel la réalisatrice usait du genre du western en privilégiant l’authentique au spectaculaire, en prenant le temps d’instaurer une tension palpable à travers un réalisme presque documentaire sur le quotidien des pionniers, tout en exploitant habilement le cadre restreint du format 1.33 et ses extraordinaires décors. 2013 était l’année de Night Moves, sans doute le film le plus « accessible » et grand public, grâce à ses comédiens, Jesse Eisenberg, Dakota Fanning et Peter Sarsgaard. Dans Certaines femmesCertain Women (2016), Kelly Reichardt adaptait trois nouvelles de Maile Meloy et s’offrait un casting royal composé de Kristen Stewart, Michelle Williams et Laura Dern. Alors que son prochain long-métrage intitulé First Cow, récompensé par le Prix du Jury au Festival du cinéma américain de Deauville en 2020, se fait toujours attendre (notamment en raison des conditions sanitaires), il est désormais possible de (re)découvrir le tout premier film de Kelly Reichardt, River of Grass, mis en scène en 1994. Et déjà, la réalisatrice y explorait certains thèmes qui resteront symboliques de sa filmographie, à savoir l’espoir de personnages marginaux d’un avenir meilleur qui laisse place aux désillusions, l’illusion de rêve américain et la remise en question de certains idéaux.

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Test Blu-ray / Vierges, réalisé par Keren Ben Rafael

VIERGES réalisé par Keren Ben Rafael, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 7 octobre 2020 chez Extralucid Films.

Acteurs : Joy Rieger, Michael Aloni, Manuel Elkaslassy, Evgenia Dodina, Rami Heuberger, Eric Raphael Mizrahi, Vladimir Friedman, Yoni Meles…

Scénario : Keren Ben Rafael & Élise Benroubi

Photographie : Damien Dufresne

Musique : Renaud Mayeur

Durée : 1h28

Année de sortie : 2018

LE FILM

À Kiryat Yam, petite station balnéaire au nord d’Israël, tout semble s’être arrêté. Lana, 16 ans, s’est jurée de lutter contre l’immobilisme et la résignation. Elle est loin d’imaginer que la rumeur d’une sirène va réveiller sa ville de sa torpeur et lui permettre enfin de vivre.

La cinéaste et scénariste Keren Ben Rafael a tout d’abord étudié la philosophie et la littérature française à l’Université de Tel Aviv avant d’intégrer le département réalisation à la Fémis. Vierges, son premier long-métrage, est une vraie bouffée d’air frais, une comédie dramatique inspirée par un fait divers réel, remarquablement interprétée, notamment par la jeune comédienne israélienne Joy Rieger (née en 1994), lauréate du Prix de l’Académie israélienne de la télévision 2017 de la meilleure actrice pour Oboy. Largement récompensé ou nommé dans de multiples festivals, du Montenegro à Tribeca, en passant par Jerusalem et Cannes, Vierges est porté du début à la fin par un vent de liberté rafraîchissant, une poésie indéniable, la beauté de ses deux actrices principales et celle de sa lumineuse photographie.

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