Test Blu-ray / Hell Night, réalisé par Tom DeSimone

HELL NIGHT réalisé par Tom DeSimone, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret le 22 mai 2020 chez Rimini Editions.

Acteurs : Linda Blair, Vincent Van Patten, Peter Barton, Kevin Brophy, Jenny Neumann, Suki Goodwin, Jimmy Sturtevant, Hal Ralston…

Scénario : Randy Feldman

Photographie : Mac Ahlberg

Musique : Dan Wyman

Durée : 1h40

Année de sortie : 1981

LE FILM

Pour leur initiation, quatre nouveaux membres d’une association étudiante doivent passer la nuit dans un vieux manoir abandonné. Douze ans plus tôt, le propriétaire du manoir a tué sa famille avant de se donner la mort. Selon la légende, un membre de la famille aurait survécu et hanterait le manoir.

Alors que Black Christmas (1974) de Bob Clark et surtout Halloween : La Nuit des masques (1978) de John Carpenter ont entraîné moult ersatz, plagiats, copies éhontées, plus souvent pour le pire que pour le meilleur, d’autres films – hors franchises du style Vendredi 13 – ont réussi à tirer leur épingle du jeu au point de devenir cultes avec les années et de rester chéris par les cinéphiles et adeptes de séries B horrifiques. Le Bal de l’horreurProm Night de Paul Lynch et Terror TrainLe Monstre du train de Roger Spottiswoode, tous deux interprétés par Jamie Lee Curtis, Happy Birthday To Me de J. Lee Thompson et Carnage The Burning de Tony Maylam, sont encore cités aujourd’hui comme des petites références et des modèles d’un genre qui n’a eu de cesse de muter ou de s’alimenter lui-même. Alors que le genre bat son plein en 1981, débarque sur les écrans Une nuit en enfer, connu également sous le titre Une nuit infernale, bref Hell Night, réalisé par un certain Tom DeSimone (né en 1939), metteur en scène venu du milieu pornographique où il officiait alors sous le pseudonyme de Lancer Brooks. Prenant en main le film Hell Night, le cinéaste est bien décidé à montrer ce qu’il a sous le capot du point de vue technique, d’autant plus qu’il détient un atout de taille avec la présence au générique de Linda Blair, révélée huit ans auparavant dans L’Exorciste de William Friedkin. Hell Night se révèle un petit film d’épouvante très sympathique, qui parvient à faire oublier ses maladresses grâce à un indéniable savoir-faire, une très belle photographie et au charisme de sa comédienne principale, poupée de porcelaine très attachante et à laquelle on s’identifie sans aucune difficulté.

Il y a douze ans, pendant une nuit sombre, le psychopathe Raymond Garth tua et démembra sa femme et ses enfants dans leur sinistre manoir avant de s’ôter la vie. Selon la légende, un des enfants aurait survécu au massacre et resterait encore caché dans la maison. Ce soir, c’est l’anniversaire des meurtres et une confrérie d’universitaires doit passer la nuit dans le manoir Garth en guise d’initiation. Mais, même si ces jeunes peuvent supporter une folle nuit de sexe, de fête et de mauvaises plaisanteries, survivront-ils aux horreurs ultimes de cette nuit infernale ?

Si l’on devait passer en revue les points faibles de Hell Night, ce serait aujourd’hui son rythme en dents de scie, souvent mal maîtrisé, qui occasionne de longues scènes durant lesquelles les personnages déambulent dans des couloirs sombres, se serrant l’un contre l’autre en sachant qu’une présence menaçante rôde et qui risque de leur tomber dessus à n’importe quel moment. Tom DeSimone abuse de ce procédé au fil du récit, faisant retomber la tension plutôt que de la resserrer, surtout dans la seconde partie du long métrage. Mais au-delà de ça, Hell Night réserve quelques bonnes surprises. C’est le cas de cette excellente exposition où l’un des protagonistes raconte à la fois à ses camarades d’université, ainsi qu’aux spectateurs par la même occasion, tout le mystère et la légende qui entourent un sinistre manoir où de nouveaux intégrés vont devoir passer la nuit en guise de bizutage. Un long monologue qui passe étrangement comme une lettre à la poste grâce au jeu du comédien qui en a la charge, mais aussi la mise en scène qui mine de rien dévoile le terrain de jeu extérieur de la demeure avec ses jardins étranges, ses bassins remplis d’eau croupie, ses statues inquiétantes. Il y a également cette très belle photographie signée Mac Ahlberg, futur chef-opérateur de Re-Animator, From beyond: Aux portes de l’au-delà et M.A.L., mutant aquatique en liberté, composée essentiellement à la lueur des bougies disposées dans toutes les pièces du manoir. Une réussite plastique évidente qui participe à la réussite de Hell Night.

Du point de vue des comédiens, Linda Blair, qui avait fait un détour par la télévision (Stranger in Our House de Wes Craven) et entamait son comeback au cinéma (L’Exorciste 2 : l’hérétique de John Boorman, Roller Boogie de Mark L. Lester), passe le film vêtue d’une robe victorienne et bien coiffée, un peu moins dans le dernier acte quand même, et apporte une jolie fragilité à son personnage. S’ils sont forcément « moins » intéressants, Vincent Van Patten, Peter Barton, Kevin Brophy, Suki Goodwin et les autres ne déméritent pas et livrent une prestation solide, loin des acteurs de seconde zone qui habituellement cachetonnaient dans ce genre de production.

Autre élément non négligeable, les meurtres commis tout au long du film sont assez surprenants et brutaux, même si Tom DeSimone ne tombe jamais dans la facilité et donc le sang à outrance. Le montage nerveux lors de ces scènes déjoue habilement la censure, mais cela accentue également certains effets, dont la décapitation d’un des protagonistes, qu’on ne soupçonnait pas.

Ecrit par Randy Feldman, qui signera plus tard Tango & Cash (1989), Cavale sans issue (1993) et Le Flic de San Francisco (1997), Hell Night est certes une production opportuniste, mais contrairement à beaucoup des films de genre qui remplissaient les salles du monde entier, l’oeuvre de Tom DeSimone possède beaucoup de qualités, la plus importante étant le soin apporté à l’esthétique. Si l’on ajoute à cela l’efficacité des meurtres et la présence au générique de la mythique Linda Blair, cette Nuit Infernale a bien mérité son petit statut culte, sur lequel deux futurs réalisateurs feront leurs premières armes, Chuck Russell (Freddy 3 – Les griffes du cauchemar, Le Blob, The Mask, L’Effaceur) et Frank Darabont (Les Evadés, La Ligne verte, The Mist).

L’ÉDITION COLLECTOR

Qui pourra arrêter Rimini Editions ? On espère personne ! Hell Night rejoint ainsi la fabuleuse collection de l’éditeur et donc Trauma, Mutations, Le Bal de l’horreur, Happy Birthday To Me, Terror Train – Le Monstre du train, Harlequin et Patrick, dont vous pouvez retrouver la chronique complète de chaque titre sur Homepopcorn.fr ! Cette édition collector DVD-Blu-ray-Livret de Hell Night se présente sous la forme d’un superbe Digipack à trois volets, glissé dans un fourreau cartonné du plus bel effet et au visuel très attractif. Le menu principal est animé et musical.

Le livre de 20 pages écrit par Marc Toullec est bien illustré et donne moult informations sur la production et la sortie du film qui nous intéresse.

L’éditeur propose ensuite trois interviews. La première de Linda Blair (34’), la seconde du réalisateur Tom DeSimone (26’) et la dernière du directeur artistique Steven G. Legler (22’). Trois entretiens souvent passionnants, qui se complètent parfaitement en évitant les redondances, et qui reviennent sur tous les aspects de Hell Night. Dans son interview, Linda Bair, peu avare en souvenirs de tournage, replace le film dans sa carrière et ses débuts au cinéma. Elle se dit très fière de ce « vieux film d’horreur classique, très bien écrit, qui a bien vieilli », loue le talent de Tom DeSimone derrière la caméra, ainsi que le travail de Mac Ahlberg à la photographie. Tom DeSimone, présent sur les lieux de tournage, autrement dit à Kimberly Crest, manoir victorien de style château français situé à Redlands, en Californie, revient également sur sa carrière et sur les prises de vue de Hell Night, ainsi que sa collaboration avec Linda Blair. Enfin, Steven G. Legler revient en détails sur la création des décors du film et sur le travail avec Tom DeSimone.

L’Image et le son

Le master HD de Hell Night laisse quelque peu à désirer. Après le générique assez blanchâtre, la copie affiche une propreté indéniable. Cependant, les couleurs restent délavées tout du long, le grain argentique semble bien trop lissé à notre goût, diverses rayures verticales apparaissent, le relief et le piqué manquent à l’appel. Nous constatons également des décrochages de la palette chromatique, parfois au cours d’une même séquence, comme si le film avait été rafistolé à partir de sources diverses. Soyons honnêtes, Hell Night avait peu de chances de briller en Haute-Définition et ses partis pris, bien que très travaillés par le réalisateur, rappellent le budget somme toute limité de l’entreprise. Le résultat n’est pas déshonorant, loin de là, c’est juste que l’image est conforme aux volontés artistiques originales, sans jamais tenter de les sublimer.

Evitez la piste française, la plus faible du lot et qui mise avant tout sur le report des voix. La version originale est de plus mieux équilibrée, dynamique, sans aucun souffle, avec des dialogues clairs, une solide restitution de la musique. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Rimini Editions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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