Test Blu-ray / Les Mutinés du Téméraire, réalisé par Lewis Gilbert

LES MUTINÉS DU TÉMÉRAIRE (H.M.S. Defiant) réalisé par Lewis Gilbert, disponible en DVD et Blu-ray le 2 juin 2020 chez Rimini Editions.

Acteurs : Alec Guinness, Dirk Bogarde, Maurice Denham, Nigel Stock, Richard Carpenter, Peter Gill, David Robinson, Robin Stewart…

Scénario : Nigel Kneale, Edmund H. North d’après le roman de Frank Tilsley

Photographie : Christopher Challis

Musique : Clifton Parker

Durée : 1h41

Année de sortie : 1962

LE FILM

En 1797, pendant les guerres napoléoniennes, l’équipage du Téméraire, un navire anglais voguant en Méditerranée, se révolte, indigné par la cruauté du second, le lieutenant Paget, et, malgré les tentatives d’apaisement, se rend hors-la-loi.

Quand on évoque le nom de Lewis Gilbert (1920-2018), les cinéphiles pensent immédiatement à ses opus de la saga James Bond, On ne vit que deux foisYou Only Live Twice (1967), L’Espion qui m’aimaitThe Spy Who Loved Me (1977) et Moonraker (1979). En fait, avant d’en venir à l’agent 007, le réalisateur britannique avait déjà plus de vingt ans de carrière derrière lui et près de 25 longs métrages à son actif, ainsi que divers documentaires. Citons pêle-mêle Vainqueur du cielReach for the Sky (BAFTA du meilleur film britannique en 1957), Visa pour Hong KongFerry to Hong Kong (1959) avec Curd Jürgens et Orson Welles, ou bien le très célèbre Coulez le Bismarck !Sink the Bismarck ! (1960) avec Kenneth More. Avant On ne vit que deux fois, Lewis Gilbert avait aussi mis en scène le formidable H.M.S. Defiant, également connu sous le titre de Damn the Defiant !, soit Les Mutinés du Téméraire dans nos contrées. Adapté du roman Mutiny de Frank Tilsley, ce grand film d’aventures témoigne du solide bagage technique du réalisateur, ce qui l’a sûrement aidé plus tard pour qu’Harry Saltzman et Albert R. Broccoli décident de lui confier les trois budgets pharaoniques des épisodes de James Bond susmentionnés. Filmé comme un véritable huis clos tendu du début à la fin, Les Mutinés du Téméraire est aussi l’occasion d’admirer la confrontation de deux monstres sacrés du cinéma britannique, Alec Guinness et Dirk Bogarde, exceptionnels.

En 1797, le « Téméraire » est envoyé rejoindre la flotte britannique en Méditerranée. À son bord, le lieutenant Scott-Padget est un homme cruel qui s’acharne sur l’équipage au moindre prétexte. Conscient de la révolte qui gronde, le capitaine Crawford tente de reprendre en mains le navire en attaquant un navire français au large de la Corse.

Complètement méconnu en France, ou dissimulé par l’imposant Les Révoltés du BountyMutiny on the Bounty de Lewis Milestone, sorti la même année, Les Mutinés du Téméraire est à la croisée des genres, à la fois film d’aventures, de guerre, film historique, un drame social et même familial, ainsi qu’un film à suspense où la tension ne cesse de monter jusqu’à l’éclatement de la rébellion de l’équipage. D’une part, H.M.S. Defiant est une vraie merveille qui éblouit les yeux par sa beauté plastique, des costumes en passant par la photographie du grand chef opérateur Christopher Challis (Les Contes d’Hoffmann de Michael Powell et Emeric Pressburger, Voyage à deux de Stanley Donen, La Vie privée de Sherlock Holmes de Billy Wilder), sans oublier les merveilleux décors naturels (le tournage s’est déroulé essentiellement sur les côtes espagnoles), mais l’histoire est aussi et avant tout passionnante. Sur un scénario de Nigel Kneale (le créateur du personnage Bernard Quatermass) et d’Edmund H. North (Le Jour où la Terre s’arrêta de Robert Wise, Cow-boy de Delmer Daves), Les Mutinés du Téméraire rend compte du quotidien du navire, avec ses hommes la plupart du temps enrôlés de force car s’enivrant sur le port au moment du rabattage. Entre l’entraînement aux manœuvres diverses, au maniement des canons, à l’ascension du mât, à l’astiquage du pont, sans oublier les quelques rares moments de détente dans leurs « quartiers », le récit n’omet rien des tâches qui leur sont confiées, imposées donc, avec ce qu’elles ont de rébarbatif, mais aussi de dangereux.

Au milieu de ces hommes, Alec Guinness trône et s’impose sans mal dans l’uniforme du Capitaine Crawford, respecté par son équipage pour son intégrité. A ses côtés, Dirk Bogarde signe également une grande prestation dans le rôle du Lieutenant Scott-Padget, homme autoritaire, ambigu, sadique et pervers (punir un homme par plusieurs douzaines de coups de fouet est son grand plaisir), qui conteste violemment les méthodes douces de son supérieur et qui s’en prend au fils de ce dernier, jeune homme de 12 ans qui commence à faire ses classes, dans l’espoir de le faire sortir de ses gonds. Ce que Scott-Padget ne sait pas, c’est que l’équipage, usé par la bouffe dégueulasse rongée par les vers, les salaires misérables et les brimades, fomente une mutinerie générale. Tandis que les tensions se resserrent entre le Capitaine et le Lieutenant, les hommes s’organisent autour du dénommé Vizard, incarné par le génial Anthony Quayle (Les Canons de Navarone, Lawrence d’Arabie, L’Incompris), qui souhaite quant à lui que les revendications se fassent dans le calme, afin que l’objet de leur pétition soit mieux entendu.

En plus de l’affrontement psychologique qui se joue sur le rafiot, l’histoire est aussi ponctuée par divers affrontements maritimes entre les anglais et les français, marqués par des coups de canons tirés à bout portant et occasionnant moult pertes humaines et matérielles. La mise en scène et la direction d’acteurs de Lewis Gilbert impressionnent, parvenant à contenter à la fois les spectateurs avides de grands spectacles cinématographiques et ceux plus sensibles à la psychologie et la réflexion.

LE BLU-RAY

C’est l’une des plus belles découvertes de ce premier semestre 2020 ! Les Mutinés du Téméraire n’était jamais sorti en DVD et encore moins en Haute-Définition en France. C’est désormais chose faite grâce à Rimini Editions. La jaquette, au visuel élégant qui reprend celui d’une des affiches d’exploitation, est glissée dans un boîtier classique de couleur noire, lui-même glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est animé et musical.

Un seul supplément sur cette édition. Jean-Pierre Vasseur, grand manitou de Rimini Editions, s’est entretenu avec Agnès Blandeau (20’), maître de conférences en anglais à l’Université de Nantes. Dans cette présentation réalisée en janvier 2020, cette dernière indique que Les Mutinés du Téméraire est sorti la même année que Les Révoltés du Bounty de Lewis Milestone, ainsi que de Billy Budd, de et avec Peter Ustinov, qui racontent peu ou prou la même histoire. Agnès Blandeau aborde ensuite plus frontalement le film qui nous intéresse aujourd’hui en croisant le fond avec la forme, en passant le casting au peigne fin, la carrière du réalisateur Lewis Gilbert, ainsi que la psychologie des personnages principaux.

L’Image et le son

La première bobine, comprenant le générique, fait peur, très peur même. L’image est bien trop sombre et on se demande très vite si la suite sera du même acabit. Heureusement, il n’en est rien. Toutefois, si l’impression générale est plutôt positive, certaines séquences demeurent marquées par un fourmillement récalcitrant, ainsi que par une recrudescence de poussières, tandis que les fondus enchaînés entraînent systématiquement des décrochages. Néanmoins, la grande partie du film tire profit de cette élévation HD, même si la restauration semble avoir quelques années. Le piqué est agréable, la clarté des scènes diurnes est éloquente, les détails foisonnent sur le pont. Dans les quartiers de l’équipage, les partis pris sont plus éthérés et la définition forcément amoindrie. La texture argentique est présente, peut-être parfois trop lissée.

Les versions originale et française bénéficient d’un mixage DTS-HD Master Audio Mono 2.0. Dans les deux cas, l’espace phonique se révèle probant et dynamique, le confort est indéniable, et les dialogues sont clairs, nets, précis. Sans surprise, au jeu des comparaisons, la piste anglaise s’avère plus naturelle et harmonieuse. Que vous ayez opté pour la langue de Shakespeare (conseillée) ou celle de Molière (les immenses Marc Cassot, Jacques Thébault et Claude Bertrand doublent Alec Guinness, Dirk Bogarde et Anthony Quayle), aucun souffle ne vient parasiter votre projection et l’ensemble reste propre. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Rimini Editions / Columbia Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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