Test Blu-ray / La Symphonie pastorale, réalisé par Jean Delannoy

LA SYMPHONIE PASTORALE, réalisé par Jean Delannoy, disponible en 4K Ultra HD + Blu-ray le 2 septembre 2026 chez Studiocanal.

Acteurs : Michèle Morgan, Pierre Blanchar, Line Noro, Jacques Louvigny, Jean Desailly, Andrée Clément…

Scénario : Jean Aurenche, Pierre Bost & Jean Delannoy, d’après le roman d’André Gide

Photographie : Armand Thirard

Musique : Georges Auric

Durée : 1h48

Date de sortie initiale : 1946

LE FILM

À Rossinière, village isolé de Suisse, le pasteur Jean Martens a recueilli une fillette aveugle et à demi-sauvage, Gertrude. Il prend en charge son instruction et l’élève chez lui avec ses enfants. L’affection qu’il peut ressentir pour elle se rapproche de plus en plus de l’amour.

La Symphonie pastorale est et demeure le plus grand succès de Jean Delannoy avec près de 6,5 millions d’entrées. Un chiffre impressionnant qui prend en compte les 4,2 millions de spectateurs cumulés à sa sortie en 1946, auquel on additionnera les deux millions qui viendront (re)découvrir le film au cours de la décennie suivante. Des triomphes, le réalisateur Jean Delannoy en aura cumulé durant sa longue et illustre carrière, Notre-Dame de Paris (5,7 millions d’entrées), Aux yeux du souvenir (4,6 millions), Chiens perdus sans collier (3,9 millions), Le Baron de l’écluse (3,2 millions), La Minute de vérité (3,1 millions), Maigret tend un piège (plus de 3 millions)…Pour ne citer que ceux-ci, car d’autres opus tout aussi populaires garnissent sa filmographie, L’Éternel retour (1943), Maigret et l’Affaire Saint-Fiacre (1959), Le Soleil des voyous (1967), souvent liés à ses collaborations avec Jean Gabin. Mais pour l’heure, La Symphonie pastorale est passé à la postérité à plus d’un titre. D’une part en raison de son immense succès populaire, d’autre part parce que le film remporte la première Palme d’or de l’histoire du Festival de Cannes en 1946 (on disait alors Grand Prix), tandis que Michèle Morgan obtient le premier Prix d’interprétation féminine pour le rôle de Gertrude. Diffusé maintes fois à la télévision, La Symphonie pastorale est peu à peu, non pas tombé dans l’oubli, mais mis de côté par les cinéphiles contemporains, comme s’il n’était pas nécessaire d’en parler ou de l’évoquer. S’il n’est assurément pas le meilleur long-métrage du cinéaste, on est en droit de lui préférer ses associations avec le « Vieux », La Symphonie pastorale rend compte de la discrète virtuosité de Jean Delannoy, qui n’avait pas son pareil pour transposer certaines œuvres littéraires de renom, afin de les rendre accessibles au grand public. Ainsi, après Paul Féval (Le Bossu), mais avant Henri Queffélec (Dieu a besoin des hommes), William Irish (Obsession), Gilbert Cesbron (Chiens perdus sans collier), Victor Hugo (Notre-Dame de Paris), c’est évidemment le livre d’André Gide, publié en 1919, que le metteur en scène adapte, huit ans après une première transposition japonaise par Satsuo Yamamoto (La Lanterne pivoine). Ce douzième long-métrage de Jean Delannoy témoigne de son savoir-faire technique, qui contraste avec toutes les critiques que les trublions de la Nouvelle vague adresseront à son égard, notamment François Truffaut quand il écrit en 1955 son célèbre article intitulé Une certaine tendance du cinéma français. La beauté des images happe instantanément dans La Symphonie pastorale, dont le décor immaculé fait penser à un petit village enfermé dans une boule à neige, qui reflète d’entrée l’enfermement des personnages, pris dans un vase clos. Certes, on pourra pointer du doigt le jeu parfois excessif de Michèle Morgan et dont le phrasé s’avère de temps en temps monocorde, mais en revanche, il est important de redécouvrir la prestation, souvent passée au second plan derrière celle de sa partenaire, de Pierre Blanchar. Deux ans après avoir incarné le chevalier Henri de Lagardère dans Le Bossu, le comédien retrouve pour la troisième et dernière fois Jean Delannoy pour La Symphonie pastorale, une des apothéoses de leurs carrières respectives. Non, le film n’est pas poussiéreux ou plombé par un académisme ronflant. Son propos demeure troublant et complexe, l’ambiguïté est constante et surtout, La Symphonie pastorale reste indéniablement un des films français les plus esthétiquement aboutis, grâce à la sublime photographie N&B signée Armand Thirard, légendaire chef opérateur à qui l’on doit les images inoubliables de Remorques de Jean Grémillon, L’Aventurier de Marcel L’Herbier, et bien sûr de nombreux chefs d’oeuvres de Henri-Georges Clouzot (Les Diaboliques, Le Salaire de la peur, Manon, La Vérité…).

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / La Symphonie pastorale, réalisé par Jean Delannoy »

Test Blu-ray / Seule contre la mafia, réalisé par Damiano Damiani

SEULE CONTRE LA MAFIA (La Moglie più bella) réalisé par Damiano Damiani, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 6 octobre 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Alessio Orano, Ornella Muti, Tano Cimarosa, Joe Sentieri, Enzo Andronico, Pierluigi Aprà, Salvatore Baccaro, Amerigo Tot…

Scénario : Damiano Damiani, Enrico Ribulsi & Sofia Scandurra

Photographie : Franco Di Giacomo

Musique : Ennio Morricone

Durée : 1h48

Date de sortie initiale : 1970

LE FILM

Sicile, années 1960. Don Antonino, parrain de la mafia locale, est sur le point d’être arrêté. Avant de se rendre, il adoube un jeune homme de vingt-deux ans à l’avenir très prometteur, Vito Iuvara. Seule condition : que celui-ci épouse une jeune fille vertueuse issue d’une famille pauvre. Vito jette son dévolu sur Francesca, âgée de quinze ans. D’abord flattée d’avoir été choisie, la jeune fiancée se sent vite piégée et refuse le mariage. Humilié par ce rejet, Vito décide de se venger…

C’est une filmographie qui en dit long, composée de titres aussi prestigieux que La Mafia fait la loi – Il Giorno della civetta, Confession d’un commissaire de police au procureur de la république – Confessioni di un commissario di polizia al procuratore della repubblica, Nous sommes tous en liberté provisoire – L’istruttoria è chiusa dimentichi, Comment tuer un juge – Perché si uccide un magistrato, Un homme à genoux – Un uomo in ginocchio, Goodbye et Amen…et même, poussons le bouchon en citant aussi Amityville 2 : Le Possédé, le plus frappadingue de la franchise horrifique. Ces films sont évidemment l’oeuvre du grand Damiano Damiani (1922-2013), quelque peu oublié jusque dans les années 1990, mais qui a connu depuis un merveilleux regain d’intérêt, avec entre autres une rétrospective à la Cinémathèque Française. S’il y a bien un long-métrage que l’on pourrait qualifier de matriciel chez le cinéaste, c’est incontestablement Seule contre la mafia – La Moglie più bella, qui sort en 1970 et fait l’effet d’une grenade dégoupillée lancée dans l’industrie du cinéma. Furieusement moderne, toujours d’actualité on peut même dire, ce thriller psychologique offre le rôle principal – et quel rôle ! – à une jeune adolescente de 14 ans, qui répond au nom d’Ornella Muti, qui crève, pulvérise l’écran de son talent et de son charisme flamboyant. Tâtant toujours le pouls de son pays, Damiano Damiani – et ce malgré un carton en introduction qui indique le contraire – s’inspire ici de l’affaire Franca Viola (née en 1948), italienne âgée d’une quinzaine d’années, devenue une véritable icône pour avoir été la première à refuser ce qu’on appelait alors un “mariage réparateur”, autrement dit l’union avec l’homme (issu d’une famille mafieuse) qui l’avait enlevé, puis violé. Un cas rendu public, l’affaire ayant été portée devant la justice. Seule contre la mafia est un chef d’oeuvre percutant, politique, immersif, social, engagé, sans filtre et qui pourtant n’oublie pas sa dimension divertissante, car le cinéma doit rester avant tout un spectacle. Seule contre la mafia, titre français qui fait sans doute référence à un opus précédent du cinéaste, le formidable La Mafia fait la loi, est une plongée étouffante dans la Sicile des années 1960, même si l’histoire pourrait tout aussi bien se dérouler de nos jours, un portrait de femme édifiant doublé d’un récit d’émancipation rare dans le paysage cinématographique transalpin.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Seule contre la mafia, réalisé par Damiano Damiani »

Test Blu-ray / L’Intérêt d’Adam, réalisé par Laura Wandel

L’INTÉRÊT D’ADAM réalisé par Laura Wandel, disponible en DVD et Blu-ray le 20 août 2026 chez Memento Distribution.

Acteurs : Léa Drucker, Anamaria Vartolomei, Jules Delsart, Alex Descas, Laurent Capelluto, Claire Bodson, Sonia Bekam, Max Robin…

Scénario : Laura Wandel

Photographie : Frédéric Noirhomme

Durée : 1h18

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Adam, 4 ans, est hospitalisé pour malnutrition à la suite d’une décision de justice. Lucy, l’infirmière en chef autorise la mère d’Adam à rester auprès de son fils au-delà des heures de visite fixées par le juge. Mais la situation se complique quand celle-ci refuse une nouvelle fois de quitter son fils. Dans l’intérêt de l’enfant, Lucy fera tout pour venir en aide à cette mère en détresse.

Si on le pouvait, on décernerait bien un César de la meilleure actrice tous les ans à Léa Drucker. Quand bien même la comédienne a été couronnée cette année pour Dossier 137 de Dominik Moll, elle l’aurait tout autant mérité pour L’Intérêt d’Adam, sorti en septembre 2025. Deuxième long-métrage de la réalisatrice belge – comme les frères Dardenne, qui produisent d’ailleurs le film – Laura Wandel (née en 1984), remarquée en 2021 avec le superbe Un monde (Prix Fipresci Un certain regard, 7 Magritte et multi-récompensé à travers le monde), qui traitait à hauteur d’enfant du harcèlement en jeune milieu scolaire, L’Intérêt d’Adam est une autre nouvelle immersion, cette fois dans le milieu hospitalier. À l’instar d’Hippocrate de Thomas Lilti, Voir le jour de Marion Laine, Sage-homme de Jennifer Devoldère, En première ligne de Petra Volpe et Au bord du monde de Guérin van de Vorst et Sophie Muselle, sans parler de la dernière série en date The Pitt, la caméra suit le personnage principal le temps d’une nuit, en flirtant parfois avec le documentaire, avec une mise en scène – souvent composée de plans-séquences- qui épouse le rythme de celle que la caméra (portée) suit de couloir en couloir, de chambre en chambre. La cinéaste place son récit au sein d’une unité pédiatrique, où les tensions sont sans doute les plus exacerbées, les patients les plus fragiles, leurs parents à fleur de peau. Le spectateur retient son souffle durant ces folles, passionnantes et déchirantes 75 minutes. Laura Wandel filme l’hôpital comme un vaisseau, comme une entité qui regroupe les différents milieux sociaux, où le degré d’urgence doit être décidé en un quart de seconde, sachant que le personnel, réduit, en crise, doit accueillir tous ceux qui se présentent. Comme dans Un monde, Laura Wandel s’intéresse encore une fois au monde de l’enfance, à un petit garçon et donc à sa mère, que la vie est peut-être sur le point de séparer. On ressort lessivé et bouleversé de L’Intérêt d’Adam, ébloui par la performance de Léa Drucker et d’Anamaria Vartolomei et certain d’avoir assisté à l’explosion d’une immense metteuse en scène.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / L’Intérêt d’Adam, réalisé par Laura Wandel »

Test 4K UHD / Obsession fatale, réalisé par Jonathan Kaplan

OBSESSION FATALE (Unlawful Entry) réalisé par Jonathan Kaplan, disponible en Combo Blu-ray + 4K le 1er septembre 2026 chez L’Atelier d’Images.

Acteurs : Ray Liotta, Kurt Russel, Madeline Stowe, Roger E. Mosley, Ken Lerner, Carmen Argenziano, Andy Romano, Deborah Offner…

Scénario : Lewis Colick

Photographie : Jamie Anderson

Musique : James Horner

Durée : 1h51

Date de sortie initiale : 1992

LE FILM

À Los Angeles, la vie de Michael et Karen bascule lorsqu’un cambrioleur s’introduit chez eux. Traumatisés, ils trouvent un soutien providentiel et amical auprès de l’agent Pete Davis. Mais derrière cet uniforme rassurant se cache une personnalité trouble…

On ne se lassera jamais de (re)découvrir les thrillers américains des années 1990. À l’heure de Fenêtre sur Pacifique – Pacific Heights de John Schlesinger, La Main sur le berceau – The Hand That Rocks the Cradle de Curtis Hanson, J.F. partagerait appartement – Single White Female de Barbet Schroeder, Les Nerfs à vif – Cape Fear de Martin Scorsese, Les Nuits avec mon ennemi – Sleeping with the Enemy, Malice de Harold Becker, pour ne citer que ceux-là, Obsession fatale – Unlawful Entry tire son épingle du jeu. On doit ce petit bijou du thriller domestique et psychologique à Jonathan Kaplan (1947-2025), réalisateur prolifique aussi bien au cinéma qu’à la télévision, passé à la postérité avec Les Accusés – The Accused (1998), qui a valu à Jodie Foster son premier Oscar de la meilleure actrice. S’il se consacrera essentiellement à la petite lucarne par la suite (on lui doit moult épisodes produits et réalisés d’Urgences, de New York, unité spéciale, de FBI : Portés disparus), le cinéaste livre assurément l’un de ses meilleurs longs-métrages avec Obsession fatale. Le film repose sur un scénario malin écrit par Lewis Colick (La Nuit du jugement de Stephen Hopkins, Les Fantômes du passé de Rob Reiner, Ciel d’octobre de Joe Johnston), qui renvoie parfois au mythique The Prowler – Le Rôdeur (1951), chef d’oeuvre de Joseph Losey, écrit par le non moins légendaire Dalton Trumbo. Dans Obsession fatale, nous retrouvons plus ou moins un point de départ similaire, mais aussi les thèmes subversifs, dont l’autorité policière corrompue et la masculinité contrariée. Si Le Rôdeur traitait de l’impuissance, Obsession fatale montre un mari amoureux de sa femme, sensible, qui ne correspond pas au modèle macho habituel. C’est là que débarque un mâle alpha, merveilleusement incarné par le regretté Ray Liotta, alors entre Les Affranchis – Goodfellas de Martin Scorsese et Absolom 2022 – No Escape de Martin Campbell. Unlawful Entry joue habilement avec l’ambiguïté du personnage féminin, là aussi formidablement interprété par la sublime Madeleine Stowe, qui semble à la fois fascinée et repoussée par l’agent Pete Davis, visiblement un roc à qui rien ne fait peur et qui s’avère disponible nuit et jour pour défendre la veuve et l’orphelin. La veuve surtout. Plus de trente ans après sa sortie, Obsession fatale demeure un parfait représentant du genre, une valeur sûre, un divertissement prenant qui n’a rien perdu de son charme.

Continuer la lecture de « Test 4K UHD / Obsession fatale, réalisé par Jonathan Kaplan »

Test Blu-ray / Deux mâles pour Alexa, réalisé par Juan Logar

DEUX MÂLES POUR ALEXA (Fieras sin jaula) réalisé par Juan Logar, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 6 octobre 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Juan Luis Galiardo, Curd Jürgens, Rosalba Neri, Emma Cohen, Eduardo Calvo, Franco Marletta, Mario Della Vigna, Manolo Otero…

Scénario : Francesco Campitelli & Juan Logar

Photographie : José F. Aguayo & Igino Fiorentini

Musique : Piero Piccioni

Durée : 1h22

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

La jeune et jolie Alexa accepte d’épouser le riche et vieillissant Roland selon un pacte tacite : il entretient son oisiveté et elle le laisse profiter de sa jeunesse. Mais lorsque Alexa entame une relation torride avec le vigoureux Pierre, Roland prépare sa vengeance. Il invite les deux amants dans une de ses villas en Normandie.

Depuis dix ans, si vous nous suivez (et nous vous en remercions grandement), nous n’avons jamais caché notre admiration pour la comédienne Rosalba Neri (née en 1939), vue dans À la recherche du plaisir de Silvio Amadio, Furie au Missouri d’Alfonso Brescia, Hercule contre les vampires de Mario Bava, Opération Re Mida (Lucky l’intrépide) et 99 femmes de Jess Franco, Lady Frankenstein de Mel Welles et Ursus l’invincible de Gianfranco Parolini…Aussi bien demandée en Italie qu’en Espagne, la comédienne, qui a tout de même tourné avec Roberto Rossellini, Raoul Walsh, Anthony Mann, Lucio Fulci et bien d’autres, s’en va cette fois de l’autre côté des Pyrénées pour un thriller domestique, faussement vendu sous l’étiquette d’un giallo de machination ibérique. Deux mâles pour Alexa, connu également sous les titres Fauves en liberté ou Prison de fauves, ou bien encore Fieras sin jaula (« fauves sans cage ») et Due Maschi per Alexa, est une ode à Rosalba Neri, qui crève l’écran, le pulvérise par son talent, sa beauté, son érotisme insolent. Le scénario malin coécrit par le réalisateur et Francesco Campitelli, habituellement production manager (La Grosse pagaille, Devilman le diabolique), se concentre essentiellement sur un trio de personnages, pris dans une spirale sexuelle, dont personne ne sortira indemne. Grosse surprise, alors que le premier tiers du film n’est pas encore terminé, énorme rebondissement qui rebat les cartes. Le cinéaste entreprend de raconter ce qui s’est déroulé quelques mois auparavant, pour expliquer comment les protagonistes en sont arrivés là. On retiendra quelques scènes bien perverses, ainsi que le corps nu de Rosalba Neri, excellemment photographié par Igino Fiorentini (Maintenant, on l’appelle Plata, Cul et chemise) et José F. Aguayo (Le Couteau de glace, El Pico et sa suite), qui demeure la grande attraction de ces Deux mâles pour Alexa.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Deux mâles pour Alexa, réalisé par Juan Logar »

Test Blu-ray / The Surfer, réalisé Lorcan Finnegan

THE SURFER réalisé par Lorcan Finnegan, disponible en DVD et Blu-ray le 15 septembre 2026 chez The Jokers Films.

Acteurs : Nicolas Cage, Finn Little, Julian McMahon, Rahel Romahn, Michael Abercromby, Alexander Bertrand, Greg McNeill, Rory O’Keeffe…

Scénario : Thomas Martin

Photographie : Radek Ladczuk

Musique : François Tétaz

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 2024

LE FILM

Un homme revient sur l’idyllique plage de son enfance pour faire du surf avec son fils. Leur escapade tourne au cauchemar lorsqu’un gang de surfeurs du coin leur interdit l’accès à l’océan. Humilié et menacé, le père de famille va devoir se battre pour reconquérir son territoire et l’estime de son fils. Sur cette plage à l’atmosphère étouffante, s’engage alors une lutte qui le mènera au cœur de la folie.

Nicolas Cage Forever. Depuis dix ans (et même au-delà, bien avant Homepopcorn), nous avons toujours défendu le comédien, y compris sur certains opus dans lesquels il n’y avait pas grand-chose à soutenir. Si l’on regarde attentivement la filmographie conséquente de l’acteur depuis seulement une décennie, peu de longs-métrages sont à jeter, vraiment. Ainsi, Le Casse – The Trust, USS Indianapolis, Dog Eat Dog, Army of One, Mom and Dad, Froide Vengeance, Sympathy for the Devil, Colour Out of Space, Un talent en or massif et bien d’autres valent franchement le coup d’oeil, et même plus. On assiste encore à une résurrection de l’ami Cage. Cela a été progressif : Mandy de Panos Cosmatos en 2018, Pig de Michael Sarnoski en 2021, Dream Scenario de Kristoffer Borgli en 2023, Longlegs d’Oz Pekins en 2024, sans oublier la série Spider-Noir. Avant la sortie de Madden de David O’Russell, qui s’annonce comme un véritable événement et qui pourrait lui valoir sa troisième nomination aux Oscars (après Leaving Las Vegas et Adaptation), Nicolas Cage brille à nouveau de mille feux dans The Surfer, présenté hors compétition en séance de minuit au Festival de Cannes 2024. Cette fois, il s’envole pour l’Australie pour y tourner le quatrième film du réalisateur irlandais Lorcan Finnegan (né en 1979), révélé en 2019 avec son deuxième long-métrage, Vivarium, qui plongeait Jesse Eisenberg et Imogen Poots dans un labyrinthe d’étranges lotissements. Une fois de plus, le cinéaste déjoue les attentes et s’amuse à faire perdre ses repères aux spectateurs, autant qu’à son personnage principal. Merveilleux objet de cinéma, The Surfer rappelle étrangement Le Plongeon – The Swimmer (1968) de Frank Perry (et aussi de Sydney Pollack), drame psychologique à la frontière du fantastique. Lorcan Finnegan dresse le portrait psychologique perturbé d’un homme qui a consacré toute sa vie et son travail à vouloir réaliser un rêve unique, comme un mirage inaccessible dans le désert. Accueilli chaleureusement lors de sa présentation hors compétition en séance de minuit au Festival de Cannes en 2024, The Surfer n’a malheureusement pas connu d’exploitation dans les salles françaises. Mais il est désormais disponible en DVD et Blu-ray, ainsi que sur Paramount+, et mérite toute l’attention du cinéphile.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / The Surfer, réalisé Lorcan Finnegan »

Test Blu-ray / La Femme de, réalisé par David Roux

LA FEMME DE réalisé par David Roux, disponible en DVD & Blu-ray le 20 août 2026 chez Jour2Fête.

Acteurs : Mélanie Thierry, Éric Caravaca, Arnaud Valois, Jérôme Deschamps, Jérémie Renier, Sarah Le Picard, Jeanne Rosa, Lila Gueneau…

Scénario : David Roux & Gaëlle Macé, d’après le roman Son nom d’avant d’Hélène Lenoir

Photographie : Aurélien Marra

Musique : Quentin Sirjacq

Durée : 1h35

Année de sortie : 2026

LE FILM

Marianne est mariée avec Antoine, avec lequel elle a eu une fille, Laure, adolescente, et un garçon, Tim, encore petit. Dans la demeure de son beau père, qui vient d’enterrer sa femme, elle se réfugie dans les bras de son beau frère, Franck, et se garde bien de se mêler des questions de succession. Une certaine tension s’installe d’ailleurs entre son mari et l’une de ses deux belles-sœurs, Lili, qui trouve qu’Antoine décide de tout sans consulter personne. Alors qu’elle ne voulait pas s’installer dans la maison, Marianne se retrouve à s’occuper de son beau père, qui la prend pour une domestique. Et quand surgit dans leur vie un photographe qu’elle a croisé par le passé, elle va devoir faire des choix…

Nous étions sans nouvelle du réalisateur David Roux (né en 1977), dont le premier long-métrage L’Ordre des médecins nous avait particulièrement enthousiasmés en 2019. Deux bonnes nouvelles. La première c’est qu’il fait enfin son retour derrière la caméra. Quant à la seconde, La Femme de est une nouvelle réussite. Il adapte le roman d’Hélène Lenoir, Son nom d’avant et dresse le portrait d’une femme de 40 ans, qui arrive à un carrefour de son existence, qui se résume à incarner l’épouse dévouée la meilleure mère, en la ramenant le moins possible, dans une famille bourgeoise et catholique de province, dans laquelle son mari, le fils aîné, s’impose une fois de plus face à ses cadets au moment de la mort de leur mère, quand bien même leur père est encore en vie. David Roux se place dans la droite lignée de Claude Chabrol, tout comme Sébastien Marnier le faisait en 2022 avec L’Origine du mal, dans le genre drame social se déroulant dans un cadre feutré, loin de l’agitation de la grande ville. Il offre à Mélanie Thierry l’un de ses plus beaux rôles (on a l’impression de dire cela à chacun de ses films), comme dernièrement La Chambre de Mariana et La Douleur d’Emmanuel Finkiel et La Vie d’une femme de Charline Bourgeois-Tacquet. Passionné par le mélodrame hollywoodien des années 1950 comme ceux de Douglas Sirk (All I Desire, Le Secret magnifique), le cinéaste observe son personnage principal piégé dans sa cage dorée, souvent perdue au milieu d’une immense pièce, observant par la fenêtre, rêvant peut-être de s’évader, de s’envoler. Formidable objet de cinéma à disséquer sur le plan formel, magnifiquement photographié par Aurélien Marra (Un monde merveilleux), La Femme de confirme le talent d’un metteur en scène précieux, sur lequel il faudra désormais compter.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / La Femme de, réalisé par David Roux »

Test DVD / Le Cri des gardes, réalisé par Claire Denis

LE CRI DES GARDES réalisé par Claire Denis, disponible en DVD le 19 août 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Isaach de Bankolé, Matt Dillon, Mia McKenna-Bruce, Tom Blyth…

Scénario : Claire Denis, Suzanne Lindon & Andrew Litvack, d’après la pièce de théâtre de Bernard-Marie Koltès

Photographie : Éric Gautier

Musique : Tindersticks

Durée : 1h45

Année de sortie : 2026

LE FILM

Un vaste chantier de travaux publics en Afrique de l’Ouest. Horn, le patron, et Cal, un jeune ingénieur, partagent une habitation provisoire derrière les doubles grilles de l’enceinte réservée aux Blancs. Leone, future épouse de Horn, arrive d’Europe le soir même où un homme qui s’est introduit par effraction surgit derrière les grilles. Il s’appelle Alboury. Il ne quittera pas les lieux tant qu’on ne lui aura pas rendu le corps de son frère, mort sur le chantier.

Après le Nicaragua dans Stars at Noon, Claire Denis revient en Afrique, continent où elle a passé les douze premières années de sa vie et où elle a déjà tourné, au Cameroun pour son premier long-métrage Chocolat (1988) et White Material (2009). Cette fois, direction le Sénégal où elle adapte – avec Suzanne Lindon et Andrew Litvack – la pièce de théâtre Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès (1948-1989), écrite en 1979, que la réalisatrice avait découvert en 1983 à l’occasion de sa transposition au théâtre des Amandiers de Nanterre par Patrice Chéreau. Subjuguée par cette pièce interprétée à l’époque par Michel Piccoli, Myriam Boyer et Philippe Léotard, Claire Denis avait toujours pensé l’adapter elle-même au cinéma, suite à une promesse faite au dramaturge avant d’être emporté par le sida. Il aura donc fallu attendre plus de quarante ans pour que ce projet se concrétise et pour cela elle retrouve Isaach de Bankolé pour la quatrième fois, acteur qu’elle avait d’ailleurs découvert en 1987 dans la pièce de théâtre Dans la solitude des champs de coton du même Bernard-Marie Koltès. La boucle est ainsi bouclée quelque part. Le Cri des gardes est un véritable western, avec comme lieu principal un chantier entouré de grillage qui ferait office de poste fortifié, où les deux personnages principaux, que l’on peut voir comme le cowboy et l’Indien, se font face à l’entrée du camp, où le dialogue s’installe (ou essaye de le faire), où les tensions s’exacerbent. Chez Claire Denis, la nuit est reine, révèle tout, les peurs, l’innommable, l’obscurité ne saurait dissimuler le mensonge. Séparé par une grille qui tranche dans le ciel d’encre, Alboury (Isaach de Bankolé) et Horn (Matt Dillon), prennent place comme s’ils se trouvaient dans un confessionnal à ciel ouvert, ou alors est-ce au purgatoire ? Dans une unité de lieu, de temps et d’action, Claire Denis installe un malaise qui va crescendo, jusqu’à la révélation, pour aller vers l’espoir de rédemption, l’absolution peut-être. Claire Denis brouille les pistes, ici imprégnées de terre rouge, navigue entre différents genres, mais plonge encore ses protagonistes, déracinés pour la plupart, plantés dans une culture qu’ils ne comprennent pas et qui reprend ses droits. À près de 80 ans, Claire Denis affiche une envie folle de cinéma et Le Cri des gardes s’impose comme une nouvelle réussite à son palmarès.

Continuer la lecture de « Test DVD / Le Cri des gardes, réalisé par Claire Denis »

Test DVD / Sukkwan Island, réalisé par Vladimir de Fontenay

SUKKWAN ISLAND réalisé par Vladimir de Fontenay, disponible en DVD le 20 août 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Swann Arlaud, Woody Norman, Alma Pöysti, Ruaridh Mollica, Tuppence Middleton, Maria Arlén Larsen…

Scénario : Vladimir de Fontenay, d’après le roman de David Vann

Photographie : Amine Berrada

Musique : Jeremy Villecourt & Florent Chronie-De Maria

Durée : 1h50

Année de sortie : 2026

LE FILM

Tom emmène son fils de treize ans vivre une année sur une île isolée dans le Grand Nord. Ce retour à la vie sauvage au cœur d’une nature majestueuse leur permet de se retrouver. Mais les conditions extrêmes et l’isolement mettent leur relation à l’épreuve.

En fait, le film de Vladimir de Fontenay est la seconde adaptation du roman de David Yann, Sukkwan Island, publié en France en 2010, transposé en roman graphique cinq ans plus tard par Ugo Bienvenu. Il aura fallu attendre 2026 pour que la version cinématographique du Prix Médicis étranger 2010 débarque sur les écrans. Le réalisateur, déjà remarqué en 2018 avec son premier long-métrage Mobile Homes (3 ans après avoir co-mis en scène Memoria avec Nina Ljeti), dans lequel il dirigeait Imogen Poots et Callum Turner, s’empare du livre et se l’approprie en évoquant à nouveau la question de la parentalité. Là où son personnage principal féminin hésitait entre être libre et être responsable en acceptant sa condition de mère, Sukkwan Island, dont le roman original était dédié au père de l’auteur, qui avait mis fin à ses jours à l’âge de 40 ans, se penche sur la paternité. Après plus de trois ans de recherches, Vladimir de Fontenay et son équipe se sont envolés au nord de la Norvège, au-delà du cercle polaire, pour y isoler ses deux comédiens principaux, merveilleusement incarnés par Swann Arlaud et Woody Norman, où les personnages apprennent à se connaître dans des conditions extrêmes, au milieu de nulle part. À la fois récit autobiographique et projection fantasmée de « ce qui aurait pu se passer si… », l’histoire originale de Sukkwan Island permet au cinéaste d’approfondir certains thèmes personnels, tout en démontrant sa virtuosité technique, son film étant d’une beauté de tous les instants. Largement plébiscité dans de nombreux festivals internationaux, y compris aux États-Unis (Sundance, San Francisco), Sukkwan Island, intégralement tourné en anglais (à quelques exceptions près), confirme le grand talent de Vladimir de Fontenay, qui détient désormais les clés pour se retrouver à la barre d’une production hollywoodienne. On mise sur lui.

Continuer la lecture de « Test DVD / Sukkwan Island, réalisé par Vladimir de Fontenay »

Test Blu-ray / La Cité des dangers, réalisé par Robert Aldrich

LA CITÉ DES DANGERS (Hustle) réalisé par Robert Aldrich, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livret le 11 septembre 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Burt Reynolds, Catherine Deneuve, Ben Johnson, Paul Winfield, Eileen Brennan, Eddie Albert, Ernest Borgnine, Catherine Bach…

Scénario : Steve Shagan, d’après son roman City of Angels

Photographie : Joseph F. Biroc

Musique : Frank De Vol

Durée : 2h

Date de sortie initiale : 1975

LE FILM

Gloria Hollinger est retrouvée morte sur une plage de Los Angeles. La police conclut rapidement à un suicide et le père de cette dernière ne l’accepte pas. Poussé par ce dernier, le lieutenant Phil Gaines, flic cynique et désabusé, décide de creuser l’affaire. Ses investigations le font remonter aux intouchables de la ville, dont le puissant avocat qui emploie la call-girl de luxe avec qui Gaines entretient une liaison passionnée. Pris au piège entre un père assoiffé de vengeance et une élite corrompue et ses propres contradictions morales, Gaines s’enfonce dans les ténèbres du rêve californien.

Au début des années 1970, Robert Aldrich cumule les échecs cuisants au box-office (Trop tard pour les héros, Pas d’orchidées pour miss Blandish, Fureur apache, L’Empereur du Nord), ce qui contrarie son désir d’indépendance. Il doit donc se refaire au niveau des studios et accepte de réaliser Plein la gueule – The Longest Yard (1974) avec la star Burt Reynolds, qui lui vient d’enchaîner les triomphes de Délivrance de John Boorman et Les Bootleggers – White Lightning de Joseph Sargent. C’est un immense succès pour le réalisateur, son plus gros depuis Les 12 Salopards – The Dirty Dozen, puisque produit pour 3 millions de dollars, le film en rapporte près de 45 millions uniquement sur le sol américain. Cette affaire très lucrative va donner envie au cinéaste et au comédien de renouveler immédiatement leur collaboration et pour cela ils créent leur société de production, la RoBurt Productions. Si celle-ci sera éphémère, leur deuxième long-métrage, La Cité des dangers – Hustle est une nouvelle réussite commerciale, certes moins conséquente que Plein la gueule avec « seulement » dix millions de dollars de recette aux États-Unis, mais cela conforte encore la position de Robert Aldrich dans l’industrie. Le tandem délaisse la comédie sportive et plonge cette fois dans le polar néo-noir, sombre, désabusé, cynique, dont le tournage a été marqué par de vives frictions, mais aussi par des désaccords artistiques entre le metteur en scène et Burt Reynolds. À l’écran, La Cité des dangers est un quasi-chant du cygne, puisque Robert Aldrich ne tournera plus que quatre longs-métrages, qui ne rencontreront pas le public. Hustle est un très grand film pessimiste où les personnages semblent englués dans la fange, celle de Los Angeles, un monde à part entière, pourri jusqu’à l’os. Un mirage d’espoir apparaît à travers un calendrier décoré des monuments de Rome, mais la réalité rattrape toujours les personnages déjà condamnés. Le personnage de Catherine Deneuve, que Burt Reynolds était allé convaincre lui-même d’aller tourner de l’autre côté de l’Atlantique, rappelle celui qu’elle campait chez Jean-Pierre Melville dans Un flic. Une beauté solaire qui contraste avec le monde dans lequel elle évolue et qui représente également une possibilité de rédemption. Et Burt Reynolds est somptueux. On pense à un chaînon manquant entre Les Flics ne dorment pas la nuit – The New Centurions de Richard Fleischer et The Offence de Sidney Lumet. C’est dire si La Cité des dangers est une œuvre importante dans la carrière de Robert Aldrich, le dernier sommet d’une impressionnante chaîne de hautes montagnes.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / La Cité des dangers, réalisé par Robert Aldrich »