Test Blu-ray / L’Homme sans mémoire, réalisé par Duccio Tessari

L’HOMME SANS MÉMOIRE (L’Uomo senza memoria) réalisé par Duccio Tessari, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 17 février 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Senta Berger, Luc Merenda, Umberto Orsini, Anita Strindberg, Bruno Corazzari, Rosario Borelli, Manfred Freyberger, Tom Felleghy…

Scénario : Ernesto Gastaldi

Photographie : Giulio Albonico

Musique : Gianni Ferrio

Durée : 1h25

Date de sortie initiale : 1974

LE FILM

À la suite d’un accident, Edward est devenu amnésique. Après un long séjour en clinique, il retourne en Italie retrouver son épouse, Sara. Mais celle-ci a refait sa vie, le croyant mort. Petit à petit, elle est victime d’incidents étranges sans réelle explication, tandis que le passé trouble de voyou remonte à la surface dans la vie d’Edward. C’est alors que George intervient auprès de Sara, la menaçant de mort si son mari ne restitue pas une somme d’argent qu’il aurait gardée pour lui seul…

Duccio Tessari (1926-1994). Un cinéaste sur lequel l’auteur de ces mots revient toujours avec un immense plaisir. Cela avait déjà été le cas pour Le Retour de Ringo, Zorro, Un papillon aux ailes ensanglantées, La Mort remonte à hier soir et Un pistolet pour Ringo, nous n’aurons de cesse de remettre en avant le travail de cet artisan du cinéma italien, metteur en scène éclectique, dont la patte est reconnaissable quand on se penche sur son illustre filmographie. L’ancien assistant de Mario Bonnard et Sergio Leone sur Les Derniers jours de Pompéi – Gli ultimi giorni di Pompei (1959), de Vittorio Cottafavi (1960) sur Messaline, de Vittorio Sala sur La Reine des Amazones – La Regina delle Amazzoni (1960), et scénariste sur Pour une poignée de dollars Per un pugno di dollari (1964) compte déjà une vingtaine de long-métrages quand il entreprend L’Homme sans mémoire – L’Uomo senza memoria. Connu aussi en France sous le titre La Trancheuse infernale, réalisé après l’imposant Big Guns : Les Grands FusilsTony Arzenta, avec Alain Delon, ce thriller surfe allègrement sur les gialli qui fleurissaient dans les salles de cinéma, non seulement de l’autre côté des Alpes, mais aussi dans celles du monde entier. Sur un scénario du prolifique Ernesto Gastaldi (La Queue du scorpion, Le Dernier jour de la colère, Mort suspecte d’une mineure), Duccio Tessari livre un véhicule de star à Luc Merenda, acteur français devenu une icône du poliziottesco et du giallo avec des titres emblématiques comme Torso et Rue de la violenceMilano trema: la polizia vuole giustizia de Sergio Martino. Avant de retrouver ce dernier pour Le Parfum du diable La Città gioca d’azzardo et L’AccuséLa polizia accusa : il servizio segreto uccide, juste avant de collaborer à deux reprises avec l’éminent Fernandi Di Leo (Colère noire et Gli amici di Nick Hezard), l’acteur, qui a alors le vent en poupe signe une étonnante prestation dans L’Homme sans mémoire. Si le récit peut paraître quelque peu classique, les années n’ont en rien altéré son efficacité et cela grâce à une mise en scène stylisée propre à son auteur.

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Test Blu-ray / Mort un dimanche de pluie, réalisé par Joël Santoni

MORT UN DIMANCHE DE PLUIE réalisé par Joël Santoni, disponible en 4K Ultra HD + Blu-ray – Édition limitée & Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Nicole Garcia, Jean-Pierre Bacri, Dominique Lavanant, Jean-Pierre Bisson, Étienne Chicot, Jean-Pierre Malo, Marshall Titus, Cerise Leclerc…

Scénario : Joël Santoni & Philippe Setbon, d’après le roman de Joan Aiken

Photographie : Jean Boffety

Musique : Vladimir Cosma

Durée : 1h51

Date de sortie initiale : 1986

LE FILM

David Briand, un architecte, vit dans une grande maison avec sa femme et leur fille. À la suite de l’éboulement d’un immeuble dessiné par David, un homme, Cappy Bronsky se retrouve handicapé. David se sent obligé de l’engager comme jardinier et son épouse comme babysitter. Mais la vie des Briand va vite devenir un enfer.

Quelle audace ! Si le cinéma français d’aujourd’hui avait les mêmes cojones que celles qu’arborent Mort un dimanche de pluie, le septième art hexagonal se porterait bien mieux et attirerait sans doute plus de spectateurs dans les salles. Sept ans après le succès mitigé du il est vrai fort moyen Ils sont grands ces petits, Joël Santoni (1943-2018) revenait derrière la caméra avec ce qui sera alors son dernier long-métrage. Avant de consacrer tout le reste de sa carrière à la télévision, pour laquelle il signera notamment de nombreux épisodes de la série à succès Une famille formidable, qui s’étendra sur plus d’un quart de siècle, le réalisateur livre un incroyable film de genre, un thriller psychologique qui laisse pantois, magistralement mis en scène et interprété. Furieusement anxiogène et immersif, Un dimanche de pluie repose sur un scénario machiavélique coécrit par le cinéaste et Philippe Setbon (Cross, Mister Frost, scénariste des Fauves, de Parole de flic et même de Détective de Jean-Luc Godard), d’après le roman de Joan Aiken publié en 1972, qui joue avec les nerfs des spectateurs du début à la fin et prend un malin plaisir à plonger les personnages dans un cauchemar éveillé. Certaines scènes sont réservées à un public averti, une en particulier, celle de la scène dite des « toilettes », qui reste impensable à reproduire aujourd’hui, mais Mort un dimanche de pluie demeure un sacré tour de force.

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Test Blu-ray / Exit 8, réalisé par Genki Kawamura

EXIT 8 réalisé par Genki Kawamura, disponible en DVD & Blu-ray le 4 février 2026 chez ARP Sélection.

Avec : Kazunari Ninomiya, Yamato Kōchi, Naru Asanuma, Kotone Hanase, Nana Komatsu…

Scénario : Kotake Create, Genki Kawamura & Hirase Kentaro, d’après le jeu vidéo Exit 8

Photographie : Keisuke Imamura

Musique : Shōhei Amimori & Yasutaka Nakata

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Un homme piégé dans un couloir de métro cherche la sortie numéro 8. Pour la trouver, il faut traquer les anomalies. S’il en voit une, il fait demi-tour. S’il n’en voit aucune, il continue. S’il se trompe, il est renvoyé à son point de départ. Parviendra-t-il à sortir de ce couloir sans fin ?

Présenté en Séance de Minuit au Festival de Cannes 2025, Exit 8 est l’adaptation d’un jeu vidéo éponyme sorti en 2023 et qui reprend le même principe d’une personne piégée dans une station de métro, cherchant désespérément la sortie. Réalisé par Genki Kawamura (né en 1979), également producteur (Le Garçon et la bête, Your Name, Les Enfants du temps) et scénariste reconnu, remarqué avec son premier long-métrage (N’oublie pas les fleurs), Exit 8 s’empare de quelques codes issus du jeu vidéo, à l’instar de plans-séquences filmés en caméra subjective (toute l’introduction), peu d’interaction avec l’environnement, des changements du personnage principal. Ce qui a de quoi décontenancer lorsque le public est peu habitué à ce genre de narration. Toutefois, Exit 8 happe d’emblée le spectateur avec la présentation originale du personnage principal et l’exposition du décor, quasi-unique, dans lequel se déroulera l’intrigue. L’auteur de ces mots allait écrire « l’action », mais il n’y en a pas vraiment dans Exit 8, qui joue plutôt sur l’attente et l’angoisse qui en découle. Solide directeur d’acteurs comme il l’avait démontré dans son précédent film, Genki Kawamura aborde frontalement le genre fantastique teinté d’horreur, même si Exit 8 est aussi et avant tout un film dramatique, dans lequel un homme se retrouve à un carrefour de sa vie, au sens propre comme au figuré. L’allégorie et la métaphore sont reines dans cette seconde œuvre redoutablement anxiogène et immersive. Si quelques digressions s’avèrent peu utiles à la compréhension, et qui finissent d’ailleurs par alourdir le propos, Exit 8 est un sacré tour de force, une réelle expérience de cinéma, qui n’en finit jamais de retourner le ciboulot. Une grande réussite.

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Test Blu-ray / Effraction, réalisé par Daniel Duval

EFFRACTION réalisé par Daniel Duval, disponible en Blu-ray depuis le 18 novembre 2025 chez Arcadès éditions.

Acteurs : Marlène Jobert, Jacques Villeret, Bruno Cremer, Jean-Pierre Dravel, Robert Darame, Denise Filiatrault, Robert Kramer, Florent Pagny…

Scénario : Daniel Duval & Francis Ryck, d’après le roman de Francis Ryck

Photographie : Michel Cénet

Musique : Maurice Vander

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

Lors d’un hold-up qui tourne mal, Valentin tue plusieurs personnes. Il s’enfuit avec un butin confortable et, pourchassé par la police, rencontre un couple dont la femme l’attire irrémédiablement.

Dans le genre polar français passé plus ou moins inaperçu à sa sortie, peu diffusé à la télévision et donc indéniablement oublié aujourd’hui, Effraction est un spécimen. Pourtant, tout était réuni pour que le film connaisse un beau succès dans les salles ou fasse parler de lui plus tard si cela n’avait pas été le cas. Avec une affiche aussi prestigieuse réunissant Bruno Cremer, Marlène Jobert et Jacques Villeret, dirigés par Daniel Duval, Effraction faisait plus qu’envie…Échec cuisant avec à peine 250.000 entrées, Effraction ne méritait assurément pas ce désintérêt du public et même ce rejet dont il a fait l’objet ultérieurement. Nous sommes en avril 1983 et en cette belle année où Arnold Schwarzenegger devient officiellement citoyen américain, Les Dieux sont tombés sur la tête de James Ulys a attiré près de six millions de spectateurs (il restera d’ailleurs sur la première marche du podium), Tootsie fait le plein, Banzaï est un triomphe pour Coluche (même chose pour Tchao Pantin, qui sortira quelques mois après), Le Ruffian sera le dernier pour Lino Ventura, tandis que Sylvester Stallone vient de signer un doublé avec Rambo et Rocky III, L’Oeil du Tigre, qui ont dépassé tous les deux les trois millions d’entrées. Autant dire que le cinéma se porte bien, alors que d’autres mastodontes pointent déjà le bout de leur nez (Les Compères, L’Été meurtrier, Le Marginal, Flashdance, Papy fait de la résistance, Le Retour du Jedi, Octopussy…). Effraction n’apparaît qu’à la 112è place du box-office en 1983, coincé entre La Petite Bande de Michel Deville et Vive la sociale ! de Gérard Mordillat. Il est temps désormais de réhabiliter ce cinquième long-métrage mis en scène par Daniel Duval, qui quatre ans auparavant avait connu un succès international avec La Dérobade, 2,8 millions d’entrées et valu à Miou-Miou le César de la meilleure actrice. Pour Effraction, il adapte le roman éponyme de Francis Ryck, sorti dans la collection Série Noire en 1975, en collaboration avec celui-ci. Ce polar sombre et violent offre à Jacques Villeret l’un de ses rôles les plus inattendus, celui d’un type frappadingue, qui pour donner quelques exemples tue tout le monde à la mitraillette, tète le sein de Marlène Jobert et donne une raclée à Bruno Cremer, tout en faisant un hold-up, grimé avec postiche et fausse moustache et même en escaladant la corniche d’un hôtel comme Bebel. Oui, vous avez bien lu, et en plus le comédien apparaît très crédible dans toutes ces situations, ce qu’on était loin d’imaginer au premier abord. Également thriller psychologique, Effraction joue sur la tension et le malaise qui s’installent une fois que les trois personnages principaux sont réunis au mitan du film. De plus, on y retrouve un romantisme emphatique, exacerbé, propre à l’artiste hyper-sensible qu’était Daniel Duval. C’est tout cela Effraction, une œuvre hybride, qui semble ne pas savoir sur quel pied danser ni où se diriger, mais qui reflète justement ce sentiment de perte de repères des protagonistes. Une belle et grande réussite.

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Test DVD / Les Tourmentés, réalisé par Lucas Belvaux

LES TOURMENTÉS réalisé par Lucas Belvaux, disponible en DVD le 17 janvier 2026 chez UGC.

Acteurs : Niels Schneider, Ramzy Bédia, Linh-Dan Pham, Déborah François, Mahé Boujard, Baptiste Germain, Jérôme Robart, Estelle Luo…

Scénario : Lucas Belvaux, d’après son roman

Photographie : Guillaume Deffontaines

Musique : Frédéric Vercheval

Durée : 1h49

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Ça vaut quoi la vie d’un homme ? D’un homme comme lui. Un homme sans rien. Skender, ancien légionnaire, le découvrira bien assez tôt. « Madame », veuve fortunée et passionnée de chasse, s’ennuie. Elle charge alors son majordome de lui trouver un candidat pour une chasse à l’homme, moyennant un très juteux salaire. Skender est le gibier idéal. Mais rien ne se passera comme prévu…

Après l’excellent Des hommes, sorti en 2021, le cinéaste belge Lucas Belvaux revient au cinéma avec Les Tourmentés, adaptation de son propre roman publié en 2022 et récompensé par le prix Régine-Deforges. Et c’est une nouvelle et grande réussite à inscrire à son palmarès. Rétrospectivement, une seule fausse note apparaît dans une filmographie quasi-parfaite, en l’occurrence 38 témoins (2012), tandis que ses autres longs-métrages font indubitablement partie de ce qui se fait de mieux dans le cinéma francophone. Suite à sa trilogie Un couple épatant, Cavale, Après la vie, sortie en 2003, le réalisateur ne cessera d’explorer les thèmes du mensonge, de la lâcheté, du couple, de la peur, des souvenirs, de la culpabilité, et Les Tourmentés ne déroge pas à la règle. Ce qu’il y a de fascinant chez Lucas Belvaux, c’est sa virtuosité à passer d’un genre à l’autre, tout en suivant une même ligne directrice, en explorant encore et toujours les sujets inépuisables qui le fascinent, l’obsèdent, l’inspirent. En lisant l’histoire, on pense indéniablement aux Chasses du comte Zaroff, nouvelle de Richard Connell (The Most Dangerous Game -1924), adaptée en 1932 Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel. Lucas Belvaux s’inspire plutôt de l’atmosphère de cette histoire et s’intéresse à ce qu’il y a derrière, ou plutôt à l’âme, à la psyché perturbée de ses personnages. Certes, le récit joue sur la tension, entretenue jusqu’à la fameuse chasse attendue, mais que l’on ne verra pas, soyez prévenus d’entrée de jeu. Car l’essentiel est ailleurs. Triple parcours initiatique, Les Tourmentés se focalise sur trois protagonistes principaux, qui ont plus ou moins vendu leur âme au diable et qui tentent malgré tout de survivre dans ce bas monde, tant qu’ils l’arpentent encore malgré eux. Grosse claque, Les Tourmentés n’a pourtant connu aucun engouement dans les salles, au point que Lucas Belvaux a connu le pire score de sa carrière (52.000 entrées, ouch). Si vous deviez donner une deuxième chance à un seul film de 2025, accordez-la aux Tourmentés s’il vous plaît !

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Test Blu-ray / Furyo, réalisé par Nagisa Ōshima

FURYO (Merry Christmas, Mr. Lawrence) réalisé par Nagisa Ōshima, disponible en DVD & Collector Blu-ray le 16 janvier 2026 chez Metropolitan Film & Video.

Acteurs : David Bowie, Tom Conti, Ryūichi Sakamoto, Takeshi Kitano, Jack Thompson, Johnny Okura, Alistair Browning, Yūya Uchida…

Scénario : Nagisa Ōshima & Paul Mayersberg, d’après deux romans de Laurens Van der Post

Photographie : Tôichirô Narushima

Musique : Ryūichi Sakamoto

Durée : 2h03

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

Java 1942 : un camp de prisonniers américains est dirigé par le capitaine Yonoi, un chef japonais à la poigne de fer. A la crainte et au mépris qu’éprouvent les prisonniers et les subalternes du capitaine à l’endroit de ce dernier, s’oppose la résistance étonnante d’un soldat anglais, Jake Celliers. Face à son attitude provocante, Yonoi devient de plus en plus sévère dans le but de faire plier le rebelle.

En (re)voyant Furyo, on se demande ce qui est le plus inoubliable. La présence de David Bowie, alors rare au cinéma ? La partition de Ryūichi Sakamoto (BAFTA Award en 1984), également présent au générique ? La violence crue de certaines scènes ? L’une des premières apparitions au cinéma de Takeshi Kitano ? L’originalité du scénario coécrit par Nagisa Ōshima (1932-2013) et Paul Mayersberg ? Tout cela en fait, quand bien même le film a vieilli sur pas mal d’aspects. Furyo est l’antépénultième long-métrage du cinéaste japonais, dont l’oeuvre magistrale, étendue sur presque quarante ans, contient des titres aussi emblématiques que Max mon amour, L’Empire des sens, Contes cruels de la jeunesse, Nuit et brouillard au Japon, pour ne citer que ceux-là, Furyo étant l’un de ses plus grands succès, avec notamment plus d’1,5 million d’entrées en France. David Bowie commence à toucher un peu plus au septième art. Depuis sa première apparition dans L’Homme qui venait d’ailleursThe Man Who Fell On Earth de Nicolas Roeg (au passage, la première critique sur Homepopcorn le 15 septembre 2016), le chanteur est apparu dans C’est mon gigoloSchöner Gigolo, armer Gigolo de David Hemmings et dans son propre rôle dans Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée…Christiane F. – Wir Kinder vom Bahnhof Zoo de Uli Edel. Coup double en 1983, il se retrouve à l’affiche des PrédateursThe Hunger de Tony Scott et dans Furyo de Nagisa Ōshima. Dans ce dernier, il est placé au même rang que l’excellent Tom Conti (qui sortait des DuellistesThe Duellists de Ridley Scott) et que Ryūichi Sakamoto, autre légende de la musique, musicien, compositeur, co-fondateur du trio Yellow Magic Orchestra, qui le fait connaître dans le monde entier. Ce dernier s’occupe de la bande originale et livre aussi une prestation particulièrement ambiguë face à son illustre partenaire. Le film s’inspire de l’histoire de Sir Laurens van der Post, prisonnier de guerre à Java (Indes orientales néerlandaises alors occupées par le Japon) pendant la Seconde Guerre mondiale, telle que relatée dans ses romans La Semence et le Semeur The Seed and the Sower (1963) et La Nuit de la nouvelle luneThe Night of the New Moon (1970). Furyo demeure une œuvre singulière, sèche, brutale, frontale, non dépourvue de longueurs certes, mais qui agit souvent comme une séance d’hypnose, tandis que le thème de l’homosexualité latente détonne évidemment dans un film de guerre. Un grand classique.

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Test Blu-ray / Les Sables du Kalahari, réalisé par Cy Endfield

LES SABLES DU KALAHARI (Sands of the Kalahari) réalisé par Cy Endfield, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 21 janvier 2026 chez Rimini Editions.

Acteurs : Stanley Baker, Stuart Whitman, Susannah York, Harry Andrews, Theodore Bikel, Nigel Davenport, Nigel Kingsley, Barry Lowe…

Scénario : Cy Endfield, d’après le roman de William Mulvihill

Photographie : Erwin Hillier

Musique : John Dankworth

Durée : 1h59

Année de sortie : 1965

LE FILM

En Afrique du Sud, un bimoteur contenant sept personnes s’écrase dans le désert du Kalahari. L’entraide devient alors la principale motivation de survie pour les survivants. Mais les vivres vont bientôt se raréfier et le moment de faire un choix de conscience va devoir s’imposer…

C’est ce qui s’appelle un choc, un uppercut, qui nous laisse chaos et dans cet état second bien longtemps après la projection, pour ne pas dire définitivement. Les Sables du KalahariSands of the Kalahari est l’un des films les plus percutants et les plus inoubliables du réalisateur Cyril Raker Endfield aka Cy Endfield (1914-1995), scénariste, metteur en scène de théâtre et de cinéma, écrivain, magicien, et inventeur américain. Une longue carte de visite pour cet artiste méconnu dont les films les plus célèbres restent Train d’enferHell Drivers (1957), Jet Storm (1959), L’Île mystérieuseMysterious Island (1961), avec les merveilleux effets spéciaux de Ray Harryhausen, et ZoulouZulu (1964), tous ayant presque pour point commun le comédien britannique Stanley Baker (1928-1976), également vu chez Lucio Fulci (Le Venin de la peur), Peter Hall (L’Arnaqueuse), Joseph Losey (Accident, Eva, Les Criminels) et Peter Yates (Robbery). Suite au triomphe international de Zoulou, le cinéaste et son acteur fétiche prennent le contre-pied de cette superproduction avec Les Sables du Kalahari, survival concentré uniquement sur une demi-douzaine de personnages et ce durant quasiment l’intégralité du long-métrage. Cette nouvelle production Joseph E. Levine (Les Travaux d’Hercule, Les Mille et une nuits, Nevada Smith) est indéniablement l’un des films les plus ambitieux des années 1960 et livre une vision complètement pessimiste sur la nature humaine. À l’origine de cette adaptation du roman de William Mulvihill, Stanley Baker, co-producteur, souhaitait donner la réplique à son ami d’enfance Richard Burton, et à l’épouse de ce dernier, Elizabeth Taylor. Cela aurait pu se faire, si celle-ci, alors réticente à l’idée de tourner en Afrique, n’avait pas demandé un cachet bien trop supérieur à ce que le producteur était prêt à débourser. Exit donc le couple star, puis George Peppard, qui a le vent en poupe depuis Diamants sur canapéBreakfast at Tiffany’s de Blake Edwards est engagé, auprès de Susannah York. Cependant, après une journée de tournage, l’acteur est remercié (il part tourner Le Crépuscule des aiglesThe Blue Max de John Guillermin), puis se voit remplacer par Stuart Whitman. Tourné dans le véritable désert du Kalahari, situé entre le Botswana, la Namibie et l’Afrique du Sud, et dans les studios (plus confortables) Shepperton à Londres et dans ceux d’Almeria en Espagne, Les Sables du Kalahari est une expérience immersive et inoubliable, où l’homme réduit à sa condition d’animal, est prêt à tout pour survivre et donc à tuer son semblable. Celles et ceux qui ont vu cette dernière collaboration Endfield-Baker ne l’ont jamais oublié et pour cause, Sands of the Kalahari s’inscrit de manière indélébile dans la mémoire des cinéphiles.

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Test DVD / The Return, le retour d’Ulysse, réalisé par Uberto Pasolini

THE RETURN, LE RETOUR D’ULYSSE (The Return) réalisé par Uberto Pasolini, disponible en DVD le 3 décembre 2025 chez Blaq Out.

Acteurs : Ralph Fiennes, Juliette Binoche, Charlie Plummer, Marwan Kenzari, Claudio Santamaria, Roberto Serpi, Chris Corrigan…

Scénario : John Collee & Edward Bond, d’après le poème L’Odyssée de Homère

Photographie : Marius Panduru

Musique : Rachel Portman

Durée : 1h56

Année de sortie : 2025

LE FILM

De retour de la guerre de Troie après vingt ans d’absence, Ulysse échoue sur les côtes d’Ithaque, son ancien royaume. Sa femme Pénélope, restée fidèle, y vit prisonnière dans sa propre demeure, repoussant tous les prétendants à la couronne. Télémaque, leur fils, qui n’a jamais connu son père, devient, lui, un obstacle pour ceux qui veulent s’emparer du pouvoir.

A travers les cieux
L’espace et le temps
Un vaisseau s’en vient
Ulysse
Contrôlés des Dieux
Les pièges géants
C’est l’Odysseus
Ulysse

Ulysse revient
Et c’est un bien long chemin
Ulysse revient
Il lutte pour son destin
(air connu)

L’Odyssée d’Homère a inspiré la littérature, la poésie, le théâtre, la danse, la musique, la peinture, le dessin animé, la bande dessinée et bien sûr le cinéma et la télévision. En 1954, sort le péplum sobrement intitulé Ulysse, réalisé par Mario Camerini, avec Kirk Douglas dans le rôle titre. Triomphe en Italie, le film reste encore aujourd’hui le quinzième plus grand succès au box office transalpin avec plus de 13 millions d’entrées, entre Le Petit monde de Don Camillo de Julien Duvivier et Le Guépard de Luchino Visconti. Depuis, le mythe a été abordé librement, entre autres par les frères Coen dans O’Brother (2000). Si 2026 sera marqué par L’Odyssée de Christopher – Zzz Zzzz – Nolan, un cinéaste italien vient lui aussi de s’emparer d’Homère. Il s’agit d’Uberto Pasolini, neveu, non pas de Pier Paolo Pasolini comme on pouvait peut-être le penser, mais de Luchino Visconti, producteur du légendaire The Full Monty, remarqué aussi lui-même derrière la caméra avec Une belle fin Still Life en 2013, qui relate ici le retour d’Ulysse à Ithaque, ainsi que son affrontement contre les prétendants de Pénélope. Contrairement à ce que la bande-annonce essayait de nous faire croire, point ou peu d’action dans The Return, le retour d’Ulysse, qui s’avère plutôt une proposition dite réaliste, contemplative, psychologique, doublée du portrait d’un homme blessé, meurtri, traumatisé, exténué, loin du héros mythologique. Uberto Pasolini dall’Onda, de son véritable nom, signe une œuvre crépusculaire, pourtant tournée sous un soleil de plomb, entre la Grèce et l’Italie, et propose sa version « resserrée » en condensant les chants I à XXIV en deux heures de temps, soit les prétendants qui attendent que Pénélope choisisse l’un deux, leur complot contre Télémaque, pendant qu’Ulysse, recueilli après son naufrage, raconte ses aventures, rentré à Ithaque, se fait reconnaître de ses proches, avant de massacrer ses rivaux et de ramener la paix dans l’île. Et cela fonctionne, séduit les yeux, le coeur et l’âme. Une très belle réussite.

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Test DVD / Miroirs No. 3, réalisé par Christian Petzold

MIROIRS NO. 3 réalisé par Christian Petzold, disponible en DVD le 2 décembre 2025 chez Blaq Out.

Acteurs : Paula Beer, Barbara Auer, Matthias Brandt, Philip Froissant, Enno Trebs, Victoire Laly, Christian Koerner, Marcel Heuperman…

Scénario : Christian Petzold

Photographie : Hans Fromm

Durée : 1h23

Année de sortie : 2025

LE FILM

Lors d’un week-end à la campagne, Laura, étudiante à Berlin, survit miraculeusement à un accident de voiture. Physiquement épargnée mais profondément secouée, elle est recueillie chez Betty, qui a été témoin de l’accident et s’occupe d’elle avec affection. Peu à peu, le mari et le fils de Betty surmontent leur réticence, et une quiétude quasi familiale s’installe. Mais bientôt, ils ne peuvent plus ignorer leur passé, et Laura doit affronter sa propre vie.

Et de quatre ! Le réalisateur Christian Petzold et la comédienne Paula Beer s’associent pour la quatrième fois après Transit (2018), Ondine Undine (2020), Ours d’argent de la meilleure actrice à la Berlinale, Le Ciel rouge Roter Himmel (2023) et Miroirs n°3 (2025). Petit à petit, le cinéaste a quelque peu délaissé sa première muse Nina Hoss, pour un temps sûrement (on l’espère), après six œuvres en commun tournées sur près de quinze ans, pour collaborer avec sa deuxième égérie née en 1995. Il en résulte une trilogie fondée sur les mythes dont Miroirs No. 3 serait le dernier volet. Rétrospectivement, ce dix-neuvième opus est comme qui dirait un film-somme du chef de file de la « nouvelle nouvelle-vague allemande ». On y retrouve ainsi des éléments de Yella, de Jerichow, de Barbara et bien d’autres (le deuil, une relation sur le déclin, l’espoir d’une nouvelle vie, les échos du passé, un drame teinté de fantastique, des personnages solitaires, taciturnes et méfiants, les sentiments qui s’expriment essentiellement qu’à travers le regard, les intentions, les non-dits) et évidemment un nouveau portrait de femme, ici un double portrait. Avec Miroirs No. 3, drame intimiste, Christian Petzold retrouve l’univers dépouillé, clinique et fantomatique de ses premiers films, et offre une fois de plus un rôle hyper-sensible à Paula Beer, qu’on ne quitte jamais, dont le regard hypnotique foudroie du début à la fin et transporte le spectateur. Cependant, ce dernier un tant soit peu habitué à l’univers du metteur en scène, devinera bien à l’avance où celui-ci désire l’emmener et, une fois n’est pas coutume, il n’est pas rare de trouver le temps long, pour ne pas dire de s’ennuyer quelque peu…

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Test DVD / Aux jours qui viennent, réalisé par Nathalie Najem

AUX JOURS QUI VIENNENT réalisé par Nathalie Najem, disponible en DVD le 14 novembre 2025 chez Blaq Out.

Acteurs : Zita Hanrot, Bastien Bouillon, Alexia Chardard, Marianne Basler, Aurélien Gabrielli, Henri-Noël Tabary, Salim Talbi, Anaël Guez…

Scénario : Nathalie Najem, Olivier Gorce & Mariette Désert

Durée : 1h36

Année de sortie : 2025

LE FILM

Laura, la trentaine, essaie de se reconstruire après une relation tumultueuse avec Joachim. Elle mène une vie en apparence tranquille, en élevant seule sa petite fille. Mais l’accident de Shirine, la nouvelle compagne de Joachim, va faire ressurgir son passé.

Encore un long-métrage fort prometteur et qui impose d’emblée une nouvelle réalisatrice à suivre de près. Il s’agit d’Aux jours qui viennent, mis en scène par Nathalie Najem, qui réunit Zita Hanrot et Bastien Bouillon, déjà à l’affiche de l’excellent Carnivores de Jérémie et Yannick Renier, sorti en 2018. Après deux courts-métrages, dont le déjà fort prometteur Baby Love (2016), et plusieurs scénarios de films remarqués, Ordo (2004), de Laurence Ferreira Barbosa, adapté de Donald Westlake, Le Dernier des fous (2006) de Laurent Achard, Vie sauvage (2014) de Cédric Kahn, Gaspard va au mariage (2017) de Antony Cordier et La Ligne (2022) de Ursula Meier, Nathalie Najem passe le cap du format large et signe une œuvre bouleversante, qui traite des violences conjugales, montrées comme un poison qui contamine la vie de deux femmes, distillé par un même homme, qui après avoir rendu la vie impossible de son ancienne compagne, entreprend de faire de même avec celle qui partage désormais son existence. Aux jours qui viennent est un drame viscéral, forcément et malheureusement toujours d’actualité (et ce sera éternellement le cas), qui prend aux tripes comme un thriller et qui s’avère l’une des plus belles découvertes de 2025.

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