Test Blu-ray / La Créature, réalisé par Eloy de la Iglesia

LA CRÉATURE (La Criatura) réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 16 juin 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Ana Belén, Juan Diego, Claudia Gravy, Ramón Repáraz, Manuel Pereiro, Bárbara Lys, Francisco Melgares, Luis Ciges…

Scénario : Enrique Barreiro

Photographie : Raúl Artigot

Musique : Victor Manuel

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1977

LE FILM

Alors que son couple est en crise, Cristina parvient à tomber enceinte après trois années de tentatives. Mais son agression par un berger allemand provoque une fausse couche. Ayant du mal à s’en remettre, elle adopte un chien, de la même race que son agresseur, lui donnant le prénom de l’enfant qu’elle a perdu. Pendant que Marcos, le mari, s’active pour sa carrière, Cristina entame une relation passionnée pour le moins étrange avec son chien.

Deux ans avec l’incroyable Caniche de Bigas Luna, Eloy de la Iglesia se penchait déjà sur l’étrange relation entre une femme bourgeoise et son chien fidèle, liens très (trop ?) étroits qui ont le don d’irriter l’époux, forcément jaloux, d’autant plus que le couple est sérieusement en crise et que le peu qu’il leur restait de proximité tend à s’épuiser. Qualifié de «bizarre» (euphémisme) et marqué par la controverse à sa sortie, La Créature La Criatura aborde ouvertement la zoophilie dans le cadre d’un mariage empreint de monotonie et de frustration, voué à l’échec. Eloy de la Iglesia et le scénariste Enrique Barreiro (qui signera également le remarquable Il Sacerdote Le Prêtre l’année suivante) se penchent en réalité sur la politique espagnole, en évoquant en parallèle les attentats terroristes post-franquistes commis par des activistes d’extrême droite (à l’instar du massacre d’Atocha) ainsi que les partis du même bord cherchant à perpétuer les idéaux politiques du dictateur après sa mort en 1975. On peut penser au premier abord que La Créature sera une œuvre froide et distante, mais au contraire. Eloy de la Iglesia a beau avoir toujours été frontal et sans concession sur ses sujets les plus difficiles, il n’en demeure pas moins qu’il se dégage systématiquement un humanisme et La Créature ne déroge pas à la règle. On se prend d’affection pour cette jeune femme, qui après l’accident qui a coûté la vie au bébé qu’elle a dans le ventre et qui était sur le point de naître, va trouver l’affection qui lui manque ailleurs, autrement dit auprès d’un chien. Avec sa mise en scène quasi-chirurgicale, Eloy de la Iglesia dissèque à la fois la mort d’un couple, le deuil impossible d’une femme, mais aussi et surtout son émancipation, son désir de vivre pour elle-même, tandis que son compagnon, engoncé dans la tradition (morale, religieuse et bien sûr politique), s’accroche encore et toujours aux miettes dispersées et subsistantes de la désormais ancienne Espagne. Édifiant.

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Test Blu-ray / Le Prêtre, réalisé par Eloy de la Iglesia

LE PRÊTRE (El Sacerdote) réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 16 juin 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Simón Andreu, Emilio Gutiérrez Caba, José Franco, Ramón Repáraz, Ramón Pons, Martín Garrido Ramis, Emilio Soriano, Fabián Conde…

Scénario : Enrique Barreiro

Photographie : Magí Torruella

Musique : Carmelo A. Bernaola

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Espagne, fin des années 60. Miguel, un séduisant jeune prêtre traditionnel, traverse une période de doutes. Ses désirs sexuels refont surface lorsqu’il se souvient de la contrainte par ses parents d’entrer au séminaire. Irène, une belle paroissienne, malheureuse en mariage, vient régulièrement chercher le soutien de son confesseur, faisant peu à peu fragiliser le vœu de chasteté de ce dernier.

Eloy de la Iglesia, c’est reparti ! Si vous êtes un lecteur fidèle, vous savez que l’auteur de ces mots est tombé dingue du cinéma de ce réalisateur espagnol ! Nous ne vous ferons pas l’affront de dire et redire ce qui a déjà été dit sur ce dernier, sur son illustre carrière, sur sa vie, au fil des chroniques consacrées à ses films La Buraliste de Vallecas, Personne n’a entendu crier, Le Député, Navajeros, El Pico (et sa suite) et Colegas. Grâce au travail de l’éditeur Artus Films, nous explorons encore et toujours une filmographie exceptionnelle, riche, variée, engagée, politique, sexuelle. L’opus qui nous intéresse aujourd’hui est considéré comme l’un de ses meilleurs, Le Prêtre El Sacerdote, sorti sur les écrans ibériques en 1978, soit trois ans après la mort de Franco. Habituellement scénariste, le réalisateur s’empare ici d’une histoire signée Enrique Barreiro, qui avait écrit précédemment La Créature La Criatura, sur lequel nous reviendrons prochainement. Le Prêtre offre au comédien Simón Andreu (vu dans Photos interdites d’une bourgeoise, La Mort marche en talons hauts et La mort caresse à minuit de Luciano Ercoli, Chassés-croisés sur une lame de rasoir de Maurizio Pradeaux) l’un de ses plus grands rôles, dans lequel il s’investit totalement. On imagine l’électrochoc que le film a dû entraîner à sa sortie, puisque le cinéaste va loin, très loin dans la représentation des fantasmes, du désir sexuel, de la folie qui s’empare de cet homme d’église rattrapé par l’abstinence, le refoulement et donc la frustration. Un demi-siècle plus tard, Le Prêtre n’a absolument rien perdu de sa force et son sujet demeure brûlant d’actualité. Un chef d’oeuvre de plus sur lequel les cinéphiles devraient se ruer au plus vite.

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Test Blu-ray / Othello, Double vie (A Double Life), réalisé par George Cukor

OTHELLO, DOUBLE VIE (A Double Life) réalisé par George Cukor, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 5 mai 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Ronald Colman, Signe Hasso, Edmond O’Brien, Shelley Winters, Ray Collins, Philip Loeb, Millard Mitchell, Joe Sawyer…

Scénario : Ruth Gordon & Garson Kanin

Photographie : Milton R. Krasner

Musique : Miklós Rózsa

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 1947

LE FILM

Anthony John est l’un des comédiens les plus réputés de Broadway, à l’aise aussi bien dans la comédie que dans le drame. Mais lorsque son agent lui propose de monter Othello, Tony se montre réticent. Il sait que ses rôles ont tendance à influencer sa vie privée ; c’est d’ailleurs ce qui a causé l’échec de son mariage avec Brita, sa partenaire attitrée. Cependant, poussé par le désir de briller dans un rôle difficile, Tony finit par se laisser convaincre. Avec Brita en Desdémone, le spectacle triomphe mais bientôt le comédien se sent dominé par la jalousie meurtrière de son personnage.

Quelle leçon ! C’est étonnant mais, on a souvent tendance à oublier l’immense George Cukor (1899-1983). Non pas ses films les plus célèbres – Une heure près de toi One Hour with You (1932), What Price Hollywood? (1932), Sylvia Scarlett (1935), Femmes The Women (1939), Indiscrétions The Philadelphia Story (1940), Une étoile est née A Star Is Born (1954), My Fair Lady (1964), pour ne citer qu’une infime partie de son illustre carrière – mais qui était aux manettes de ces monuments. Bien que plusieurs fois nommé à l’Oscar du meilleur réalisateur et ce dès 1934, il faudra attendre 1965 et le triomphe mondial de My Fair Lady pour que George Cukor soit enfin récompensé par cette statuette convoitée. Au mitan des années 1940, le cinéaste enchaîne deux films à la suite, Hantise Gaslight, thriller dramatique et psychologique qui vaut à Ingrid Bergman l’Oscar de la meilleure actrice, et le film de guerre La Victoire des ailes Winged Victory qui sort pour Noël 1944. Ensuite, George Cukor démarre le tournage de La Femme de l’autre Desire Me, mais quitte la production en cours de route en raison de réécritures et de conditions de travail déplorables. C’est là qu’intervient Othello, Double vie A Double Life, l’un des trésors cachés de la filmographie du metteur en scène, coécrit par Ruth Gordon (scénariste de Madame porte la culotte et Mademoiselle Gagne-Tout, actrice vue dans le diptyque Doux, Dur et Dingue/Ça va cogner avec Clint Eastwood) et Garson Kanin (aussi réalisateur de Mademoiselle et son bébé et Mon épouse favorite), époux à la ville. Ce drame sombre et thriller psychologique se penche sur la psyché d’un artiste, un comédien qui va comme qui dirait « ramener le rôle » à la maison et se laisser envahir, bouffer par son personnage, en l’occurrence Othello, qui va finir par prendre le dessus. Furieusement moderne, A Double Life demeure percutant et s’avère désormais considéré comme l’une des inspirations de Black Swan de Darren Aronofsky.

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Test Blu-ray / Le Voleur de crimes, réalisé par Nadine Trintignant

LE VOLEUR DE CRIMES réalisé par Nadine Trintignant, disponible en Blu-ray le 3 juin 2026 chez Inser and Cut Production Collection L’Oeil du témoin N° 4.

Acteurs : Jean-Louis Trintignant, Florinda Bolkan, Robert Hossein, Giorgia Moll, Bernadette Lafont, Serge Marquand, Lucienne Hamon, Antoine Ouvrier…

Scénario : Nadine Trintignant

Photographie : Pierre Willemin

Musique : Jack Arel

Durée : 1h30

Date de diffusion initiale : 1969

LE FILM

Jean Girod est un homme ordinaire, marié et sans histoires, qui s’ennuie dans cette France de l’après 68. Au hasard d’une déambulation, il est témoin du suicide d’une jeune femme. Fasciné par cette mort violente, il décide d’envoyer des lettres anonymes pour revendiquer le « meurtre » et, sous cette nouvelle identité, menace d’en commettre d’autres. Les médias relaient ses affabulations. À la faveur de ce jeu de dupes, le « voleur de crimes » délaisse peu à peu sa vie terne et sombre dans une forme de folie.

Ancienne monteuse et assistante chez Jules Dassin (Du rififi chez les hommes), Sacha Guitry (Si Paris nous était conté), Jean-Pierre Melville (Léon Morin, prêtre), Michel Boisrond (Une parisienne), Jacques Doniol-Valcroze (Le Coeur battant) et Jean-Luc Godard (Le Petit Soldat), Nadine Trintignant (née en 1934), passe derrière la caméra en 1965 avec le court-métrage Fragilité, ton nom est femme. Elle y dirige déjà son époux, Jean-Louis Trintignant, comme elle le fera deux ans plus tard en passant le cap du long-métrage Mon amour, mon amour, qui se retrouve en compétition officielle du Festival de Cannes 1967. 1969, Nadine Trintignant coproduit, écrit et met en scène Le Voleur de crimes, thriller psychologique, mais aussi drame existentiel. Le film peut également se voir comme un essai sur le jeu de Jean-Louis Trintignant lui-même, une radiographie d’un comédien dans l’exercice de ses fonctions, où l’on sent une réalisatrice fascinée par la matière brute qu’elle a entre les mains et devant son objectif. Partageant sa carrière entre l’Italie (Le Fanfaron, En cinquième vitesse, La Mort a pondu un œuf, Le Grand silence, L’Amour à cheval) et la France (Pleins feux sur l’assassin, Le Combat dans l’île, Compartiment tueurs, Un homme et une femme), l’acteur protéiforme, à l’aube de ses quarante ans, crée un nouveau personnage. Celui-ci se caractérise par un visage fermé, qui contraste avec un regard brillant reflétant un bouillonnement mental et intérieur, un chamboulement, un trauma, une dépression, un ennui. Dans Le Voleur de crimes, le protagoniste Jean Girod est arrivé au point de rupture, à tel point que pour se sentir encore « en vie » il se fait passer pour un criminel, dans l’espoir de devenir un homme traqué, de redevenir un être vivant. Quasiment de toutes les scènes, pour ne pas dire de tous les plans, Jean-Louis Trintignant pulvérise l’écran de sa présence, de son charisme, de son talent. Sa prestation magnétique subjugue, le sujet foudroie, son ambiance glace les sangs. Voilà une des plus grandes découvertes de l’année 2026 !

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Test Blu-ray / L’Esprit de la ruche, réalisé par Víctor Erice

L’ESPRIT DE LA RUCHE (El Espíritu de la colmena) réalisé par Víctor Erice, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 12 mai 2026 chez Tamasa Distribution.

Acteurs : Fernando Fernán Gómez, Teresa Gimpera, Ana Torrent, Isabel Tellería, Ketty de la Cámara, Estanis González, José Villasante, Laly Soldevila…

Scénario : Víctor Erice & Ángel Fernández Santos

Photographie : Luis Cuadrado

Musique : Luis de Pablo

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

En 1940, à la fin de la guerre civile, après avoir vu et avoir été traumatisée par le film Frankenstein, une fillette sensible vivant dans un petit village espagnol dérive dans son propre monde imaginaire… Sur fond de dictature franquiste, le voyage initiatique d’une enfant qui va ouvrir les yeux sur le monde. L’un des plus grands films sur l’enfance.

L’Esprit de la ruche (1973) est en quelque sorte le grand frère siamois de Cría Cuervos (1976) de Carlos Saura, dont le dénominateur commun (en plus de son producteur Elias Querejeta) est d’être interprété par l’intense et impressionnante Ana Torrent (née en 1966). Immense chef d’oeuvre qui n’a eu de cesse de faire de nombreux émules, à l’instar du somptueux Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro, El Espíritu de la colmena est une expérience cinématographique à part entière. À travers une épure extrême et l’incarnation quasi-surréaliste de sa petite comédienne, Victor Erice filme le malaise et les frustrations de l’Espagne meurtrie par la dictature franquiste. Le spectateur ne doit pas être rebuté par les longueurs, les ellipses qui composent le film et l’apparente froideur de l’ensemble. Il ne tient qu’à lui de se laisser porter par l’immense poésie du film, de voir au-delà des silences et du regard d’Ana pour y décrypter une critique virulente du régime en place. L’Esprit de la ruche est le film catalyseur d’un cinéma contestataire et engagé où allait s’engouffrer alors de nombreux cinéastes.

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Test DVD / Une enfance allemande – Île d’Amrum, 1945, réalisé par Fatih Akin

UNE ENFANCE ALLEMANDE – ÎLE D’AMRUM (Amrum) réalisé par Fatih Akin, disponible en DVD le 5 mai 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Jasper Billerbeck, Laura Tonke, Diane Kruger, Matthias Schweighöfer, Hark Bohm, Kian Köppke, Detlev Buck, Lisa Hagmeister…

Scénario : Fatih Akin & Hark Bohm

Photographie : Karl Walter Lindenlaub

Durée : 1h30

Année de sortie : 2025

LE FILM

Alors que la Seconde Guerre mondiale s’apprête à prendre fin, les habitants d’un petit village de l’île d’Amrum au Nord de l’Allemagne, survivent au rythme des marées. D’une famille de baleiniers, le jeune Nanning travaille au champ et participe à la pêche aux phoques pour aider sa famille. Un jour sa mère tombe en dépression et Nanning se met en recherche des aliments pour offrir à celle-ci une tartine de pain blanc garnie de beurre et de miel…

À la base, Fatih Akin ne devait pas réaliser Une enfance allemande : Île d’Amrum, 1945, ou tout simplement Amrum en version originale. S’il avait eu l’idée originale et s’il devait uniquement produire le film, le cinéaste germano-turc devait confier le projet à Hark Bohm. Un sujet évidemment personnel quand on apprend que Amrum raconte en réalité les véritables souvenirs de ce dernier, professeur de cinéma, ami et mentor de Fatih Akin. Très âgé et par ailleurs déjà malade, Hark Bohm (décédé en novembre 2025 à l’âge de 86 ans), préfère finalement laisser son ancien élève mettre en scène le scénario qu’ils ont coécrit. Alors évidemment, nous sommes loin des œuvres précédentes du cinéaste de Julie en juillet, Solino, Head-On, Soul Kitchen, In the Fade, Golden Glove (on ne s’en est jamais remis de celui-là), mais l’auteur met toute sa sensibilité et son regard au service de cette belle et émouvante histoire. Magistralement photographié par Karl Walter Lindenlaub, chef opérateur sur Moon 44, Universal Soldier, Stargate, la porte des étoiles et Independence Day de Roland Emmerich, Rob Roy de Michael Caton-Jones, Hantise de Jan de Bont et Black Book de Paul Verhoeven, Une enfance allemande : Île d’Amrum, 1945 peut se voir comme un conte, un récit initiatique filmé à hauteur des yeux de son jeune héros. Aux portes de l’adolescence, il observe un monde en train de s’écrouler (celui de ses parents) et voit un autre en train d’émerger de ces décombres (celui qu’il arpentera désormais) qui s’ouvre devant lui à travers l’immensité du ciel et de la mer du Nord. Et c’est très beau.

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Test Blu-ray / Les Échos du passé, réalisé par Mascha Schilinski

LES ÉCHOS DU PASSÉ (In die Sonne schauen) réalisé par Mascha Schilinski, disponible en DVD et Blu-ray le 19 mai 2026 chez Diaphana.

Acteurs : Hanna Heckt, Lena Urzendowsky, Laeni Geiseler, Susanne Wuest, Luise Heyer, Lea Drinda, Florian Geißelmann, Gode Benedix…

Scénario : Mascha Schilinski & Louise Peter

Photographie : Fabian Gamper

Musique : Michael Fiedler, Eike Hosenfeld, Jakob Hüffell

Durée : 2h35

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Quatre jeunes filles à quatre époques différentes. Alma, Erika, Angelika et Lenka passent leur adolescence dans la même ferme, au nord de l’Allemagne. Alors que la maison se transforme au fil du siècle, les échos du passé résonnent entre ses murs. Malgré les années qui les séparent, leurs vies semblent se répondre.

Mais…mais…D’où sort ce film ? De quel cerveau est sorti ce long-métrage sobrement intitulé en français Les Échos du passé ou In die Sonne schauen en version originale, qui signifie en allemand En regardant le soleil ? À la barre, une femme, une réalisatrice, Mascha Schilinski, qui a remporté le Prix du jury ex aequo avec Sirāt d’Óliver Laxe au festival de Cannes en 2025, avant de représenter l’Allemagne aux Oscars dans la catégorie Meilleur film international. Drame dit historique, Les Échos du passé nous fait perdre tous nos repères. Pour son deuxième film, huit ans après Die Tochter (encore inédit dans nos contrées), la cinéaste se penche sur la mémoire des murs, ceux d’une ferme isolée dans l’Altmark, qui voit se succéder plusieurs générations, où certains, certaines plutôt, paraissent ressentir ce qui s’est déroulé dans le passé. Les drames silencieux, les non-dits familiaux, les cicatrices jamais refermées, s’inscrivent dans la pierre, dans les meubles, dans les photographies. Alors qu’elles parcourent leur propre présent, les traces du passé se révèlent à ces quatre protagonistes. Dans cette merveille visuelle, chaque scène, pour ne pas dire chaque plan fait penser à un tableau, magnifiquement photographié par Fabian Gamper, collaborateur fidèle de Mascha Schilinski, dont le travail renvoie à celui de certains peintres (on pense à James Abbott McNeill Whistler), même si ce sont surtout les clichés de la photographe américaine Francesca Woodman qui auraient servi de référence. Notamment en ce qui concerne la position des corps (flous) dans des lieux insolites et souvent inhabités, qui rappellent une présence spectrale. Les Échos du passé est une véritable expérience de cinéma, mais pas que. C’est une expérience sensorielle totale, qui demande beaucoup d’attention de la part du spectateur, qui lui demande beaucoup de patience, un investissement, mais aussi de se détendre, de se laisser aller aux images, mais aussi au son (immense travail acoustique). Cet engagement sera alors récompensé, peut-être pas pour tout le monde ceci dit, car Les Échos du passé s’adresse tout de même en priorité aux cinéphiles pointus, mais le résultat est sans appel, le film devant lequel vous allez peut-être poser les yeux ne ressemble à aucun autre. C’est déjà en soi un miracle, un événement. Et donc cela est rare et largement conseillé.

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Test Blu-ray / 7 jours en juin, réalisé par David Aboucaya

7 JOURS EN JUIN réalisé par David Aboucaya, disponible en DVD & Blu-ray le 10 avril 2026 chez Rimini Editions.

Acteurs : Manuel Goncalves, Laurent Guiot, Franck Rasamison, Anthony Wauters, Noé Aboucaya, Alain Marseglia, David Aboucaya, Laurent Aboucaya…

Scénario : David Aboucaya

Musique : David Aboucaya

Durée : 2h18

Année de sortie : 2025

LE FILM

Le 6 Juin 1944, un groupe de parachutistes américains atterrit en Normandie avec une mission spécifique à accomplir contre l’envahisseur nazi. Problème, leur largage les a déposés à une certaine distance de leur destination. Les soldats sont contraints de se réfugier dans un petit village du nom de Graignes. Ils ne le savent pas encore, mais avec le soutien de la population locale, Graignes va se transformer rapidement en dernier rempart contre l’armée allemande…

Vous ne le connaissez sans doute pas, mais David Aboucaya est un réalisateur (entre autres) indépendant, qui a plusieurs films à son actif aux titres aussi obscurs que Enfer 44 : Les soldats de la liberté, Winter War, 1945 Great War, Piège de guerre…Autant dire qu’il y a un dénominateur commun à tous ces opus. Et ce n’est pas son dernier en date, 7 jours en juin qui va changer la donne. David Aboucaya est un passionné de la Seconde Guerre mondiale et pour son nouveau film, tourné en quinze jours avec les moyens du bord (autofinancé donc), il se penche sur un épisode méconnu, tout du moins en France, survenu le 6 juin 1944.

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Test DVD / Les Braises, réalisé par Thomas Kruithof

LES BRAISES réalisé par Thomas Kruithof, disponible en DVD le 15 mai 2026 chez Wild Side Video.

Acteurs : Virginie Efira, Arieh Worthalter, Mama Prassinos, Loup Pinard, Justine Lacroix, Katia Crivellari, Amandine Partensky…

Scénario : Thomas Kruithof & Jean-Baptiste Delafon

Photographie : Christophe Beaucarne

Musique : Grégoire Auger

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Karine et Jimmy forment un couple uni, toujours très amoureux après vingt ans de vie commune et deux enfants. Elle travaille dans une usine ; lui, chauffeur routier, s’acharne à faire grandir sa petite entreprise. Quand surgit le mouvement des Gilets Jaunes, Karine est emportée par la force du collectif, la colère, l’espoir d’un changement. Mais à mesure que son engagement grandit, l’équilibre du couple vacille.

Il y a toujours de très bonnes, voire d’excellentes intentions chez le réalisateur Thomas Kruithof et ce depuis son premier long-métrage, La Mécanique de l’ombre sorti en 2017 et même depuis son court-métrage Rétention (2012), œuvre tendue, quasi-documentaire et coup de poing, qui montrait le combat d’une femme qui tentait d’empêcher l’expulsion d’un ukrainien sans papiers d’un centre de rétention. Mais le résultat n’est pas forcément, voire rarement à la hauteur de ses ambitions. Toutefois, Les Braises, son troisième film, est sans conteste son meilleur à ce jour. Ce drame social, qui n’a pas peur du romanesque, offre une fois de plus à Virginie Efira un rôle à la hauteur de son talent. L’histoire du cinéma français retiendra cette incroyable chrysalide survenue il y a dix ans avec Caprice d’Emmanuel Mouret. Depuis, l’ancienne animatrice, qui semblait se chercher en tant qu’actrice, est devenue l’une des plus convoitées, voire la plus demandée et ce sont surtout les réalisatrices qui lui ont offert ses plus beaux personnages, Justine Triet (Victoria, Sibyl), Emmanuelle Cuau (Pris de court), Catherine Corsini (Un amour impossible), Anne Fontaine (Police), Alice Winocour (Revoir Paris, César de la meilleure actrice), Rebecca Zlotowski (Les Enfants des autres), Delphine Deloget (Rien à perdre), Valérie Donzelli (L’Amour et les forêts)…Dans Les Braises, elle s’inscrit définitivement parmi les plus grandes et l’on en vient à la comparer à ses illustres aînées comme Romy Schneider, Annie Girardot, Simone Signoret, en raison de sa capacité à se transformer pour chaque film. Elle est ici une femme du peuple, une ouvrière d’usine, qui à l’occasion d’une nouvelle hausse du prix des carburants routiers en France, se découvre une conscience sociale et décide de s’engager dans le mouvement des Gilets jaunes, tout en découvrant la vie en collectif et la conscience de classe. Une situation qui va prendre trop de place au sein de sa vie personnelle, au point qu’elle va se retrouver en opposition avec son compagnon de vie, petit entrepreneur dans le transport routier, qui tente de son côté de maintenir à flot ce qu’il a créé. Si l’ensemble pâtit d’un manque de rythme et croule sous une musique aussi pesante qu’envahissante, Les Braises demeure un joli film qui reste bien en tête après la projection.

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Test Blu-ray / Dreams, réalisé par Michel Franco

DREAMS réalisé par Michel Franco, disponible en DVD & Blu-ray le 5 juin 2026 chez Metropolitan Film & Video.

Acteurs : Jessica Chastain, Isaac Hernández, Rupert Friend, Marshall Bell, Mercedes Hernández, Eligio Meléndez, Lee Braithwaite, Eduardo Gonzalez…

Scénario : Michel Franco

Photographie : Yves Cape

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Fernando, un jeune danseur de ballet originaire du Mexique, rêve de reconnaissance internationale et d’une vie meilleure aux États-Unis. Convaincu que sa maîtresse, Jennifer, une Américaine mondaine et philanthrope influente, l’aidera à réaliser ses ambitions, il quitte clandestinement son pays, échappant de justesse à la mort. Cependant, son arrivée vient bouleverser le monde soigneusement construit de Jennifer. Elle est prête à tout pour protéger leur avenir à tous deux, mais ne veut rien concéder de la vie qu’elle s’est construite.

À peine Memory venait de sortir sur les écrans, que l’on apprenait que Jessica Chastain et Michel Franco avaient d’ores et déjà tourné un autre film, Dreams, dont on ne savait quasiment rien, si ce n’est que les prises de vue remontaient déjà à l’été 2023 et s’étaient déroulées secrètement. Et ce neuvième long-métrage du réalisateur mexicain de débarquer dans les salles françaises en janvier 2026. Une nouvelle grande réussite à inscrire au palmarès d’un des plus grands cinéastes contemporains, dont chaque film fait l’effet d’un uppercut et s’inscrit dans la mémoire des cinéphiles, qui auront la bonne idée de se pencher sur une œuvre dure mais indubitablement humaine. Dreams est donc la seconde collaboration entre le metteur en scène et Jessica Chastain, qui agit également ici comme productrice exécutive, et s’avère diamétralement opposé à Memory, qui était l’une des œuvres les plus accessibles pour le grand public de Franco et qui touchait par la beauté et l’hyper-sensibilité de ses deux têtes d’affiche. Dans Dreams, il est difficile de s’attacher aux protagonistes, dont les rôles sont bien définis et qui jouent plus ou moins à la comédie de l’amour, avant que les masques finissent définitivement par tomber et que chacun reprenne sa place. Porté par des interprétations intenses, qui contrastent avec le caractère clinique de l’ensemble, Dreams est comme qui dirait un huis clos, où les êtres semblent se mélanger, même s’ils n’ont rien à faire ensemble, mais qui demeurent malgré tout renfermés sur eux-mêmes, impitoyables, prêts à écraser l’autre s’il lui barre la route. Le résultat est à nouveau captivant, cohérent avec le reste de la filmographie de Michel Franco. On en ressort exténué, avec un goût de fer dans la bouche asséchée, tandis que résonne encore ce cri de douleur final, qui signifie autant la souffrance physique que psychologique d’un jeune homme dont le rêve vient de se briser en même temps que le tibia. Hypnotique et envoûtant.

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