
LA SYMPHONIE PASTORALE, réalisé par Jean Delannoy, disponible en 4K Ultra HD + Blu-ray le 2 septembre 2026 chez Studiocanal.
Acteurs : Michèle Morgan, Pierre Blanchar, Line Noro, Jacques Louvigny, Jean Desailly, Andrée Clément…
Scénario : Jean Aurenche, Pierre Bost & Jean Delannoy, d’après le roman d’André Gide
Photographie : Armand Thirard
Musique : Georges Auric
Durée : 1h48
Date de sortie initiale : 1946
LE FILM
À Rossinière, village isolé de Suisse, le pasteur Jean Martens a recueilli une fillette aveugle et à demi-sauvage, Gertrude. Il prend en charge son instruction et l’élève chez lui avec ses enfants. L’affection qu’il peut ressentir pour elle se rapproche de plus en plus de l’amour.

La Symphonie pastorale est et demeure le plus grand succès de Jean Delannoy avec près de 6,5 millions d’entrées. Un chiffre impressionnant qui prend en compte les 4,2 millions de spectateurs cumulés à sa sortie en 1946, auquel on additionnera les deux millions qui viendront (re)découvrir le film au cours de la décennie suivante. Des triomphes, le réalisateur Jean Delannoy en aura cumulé durant sa longue et illustre carrière, Notre-Dame de Paris (5,7 millions d’entrées), Aux yeux du souvenir (4,6 millions), Chiens perdus sans collier (3,9 millions), Le Baron de l’écluse (3,2 millions), La Minute de vérité (3,1 millions), Maigret tend un piège (plus de 3 millions)…Pour ne citer que ceux-ci, car d’autres opus tout aussi populaires garnissent sa filmographie, L’Éternel retour (1943), Maigret et l’Affaire Saint-Fiacre (1959), Le Soleil des voyous (1967), souvent liés à ses collaborations avec Jean Gabin. Mais pour l’heure, La Symphonie pastorale est passé à la postérité à plus d’un titre. D’une part en raison de son immense succès populaire, d’autre part parce que le film remporte la première Palme d’or de l’histoire du Festival de Cannes en 1946 (on disait alors Grand Prix), tandis que Michèle Morgan obtient le premier Prix d’interprétation féminine pour le rôle de Gertrude. Diffusé maintes fois à la télévision, La Symphonie pastorale est peu à peu, non pas tombé dans l’oubli, mais mis de côté par les cinéphiles contemporains, comme s’il n’était pas nécessaire d’en parler ou de l’évoquer. S’il n’est assurément pas le meilleur long-métrage du cinéaste, on est en droit de lui préférer ses associations avec le « Vieux », La Symphonie pastorale rend compte de la discrète virtuosité de Jean Delannoy, qui n’avait pas son pareil pour transposer certaines œuvres littéraires de renom, afin de les rendre accessibles au grand public. Ainsi, après Paul Féval (Le Bossu), mais avant Henri Queffélec (Dieu a besoin des hommes), William Irish (Obsession), Gilbert Cesbron (Chiens perdus sans collier), Victor Hugo (Notre-Dame de Paris), c’est évidemment le livre d’André Gide, publié en 1919, que le metteur en scène adapte, huit ans après une première transposition japonaise par Satsuo Yamamoto (La Lanterne pivoine). Ce douzième long-métrage de Jean Delannoy témoigne de son savoir-faire technique, qui contraste avec toutes les critiques que les trublions de la Nouvelle vague adresseront à son égard, notamment François Truffaut quand il écrit en 1955 son célèbre article intitulé Une certaine tendance du cinéma français. La beauté des images happe instantanément dans La Symphonie pastorale, dont le décor immaculé fait penser à un petit village enfermé dans une boule à neige, qui reflète d’entrée l’enfermement des personnages, pris dans un vase clos. Certes, on pourra pointer du doigt le jeu parfois excessif de Michèle Morgan et dont le phrasé s’avère de temps en temps monocorde, mais en revanche, il est important de redécouvrir la prestation, souvent passée au second plan derrière celle de sa partenaire, de Pierre Blanchar. Deux ans après avoir incarné le chevalier Henri de Lagardère dans Le Bossu, le comédien retrouve pour la troisième et dernière fois Jean Delannoy pour La Symphonie pastorale, une des apothéoses de leurs carrières respectives. Non, le film n’est pas poussiéreux ou plombé par un académisme ronflant. Son propos demeure troublant et complexe, l’ambiguïté est constante et surtout, La Symphonie pastorale reste indéniablement un des films français les plus esthétiquement aboutis, grâce à la sublime photographie N&B signée Armand Thirard, légendaire chef opérateur à qui l’on doit les images inoubliables de Remorques de Jean Grémillon, L’Aventurier de Marcel L’Herbier, et bien sûr de nombreux chefs d’oeuvres de Henri-Georges Clouzot (Les Diaboliques, Le Salaire de la peur, Manon, La Vérité…).










































