Test DVD / L’Enfant rêvé, réalisé par Raphaël Jacoulot

L’ENFANT RÊVÉ réalisé par Raphaël Jacoulot, disponible en DVD le 20 janvier 2021 chez Blaq Out.

Acteurs : Jalil Lespert, Louise Bourgoin, Mélanie Doutey, Jean-Marie Winling, Nathan Willcocks, Rio Vega, Garance Clavel, Jean-Michel Fête…

Scénario : Raphaël Jacoulot, Benjamin Adam, Iris Kaltenback & Fadette Drouard

Photographie : Céline Bozon

Musique : André Dziezuk

Durée : 1h47

Année de sortie : 2020

LE FILM

Depuis l’enfance, François a consacré sa vie au bois. Celui des arbres des forêts du Jura, qu’il connaît mieux que personne. Il dirige la scierie familiale avec sa femme Noémie, et tous deux rêvent d’avoir un enfant sans y parvenir. C’est alors que François rencontre Patricia, qui vient de s’installer dans la région. Commence une liaison passionnelle. Très vite, Patricia tombe enceinte. François vacille…

Mine de rien, Raphaël Jacoulot est non seulement en train de construire une œuvre cohérente depuis son premier long-métrage Barrage (2006), mais ce diplômé de la Femis (département réalisation) est devenu en l’espace de quinze ans l’un des cinéastes français les plus passionnants et intéressants. Dès son premier film, le scénariste et metteur en scène s’intéressait déjà aux dysfonctionnements de la cellule familiale, avec notamment une mère qui refusait de voir son fils devenir adulte et s’éloigner d’elle. Dans Avant l’aube, Raphaël Jacoulot explorait le rapport paternaliste entre le directeur d’un grand hôtel (le regretté Jean-Pierre Bacri) et son jeune employé en réinsertion (l’incroyable Vincent Rottiers). Puis, en 2015, le réalisateur faisait s’entrecroiser ou entrer en collision les personnages d’un petit village, avec pour point central « l’idiot du coin » (Karim Leklou, phénoménal) dont la présence exacerbait les tensions, jusqu’au point de non-retour. Trois immenses réussites qui témoignaient chaque fois de l’évolution du style de Raphaël Jacoulot, à la fois sur le fond et sur la forme. Son dernier opus en date, L’Enfant rêvé, est comme qui dirait une œuvre somme, qui compile, condense et transforme ses précédents essais, pour atteindre cette fois les sommets. Porté par trois comédiens en état de grâce, Louise Bourgoin, Mélanie Doutey et Jalil Lespert, L’Enfant rêvé est un drame psychologique et familial, ainsi qu’un foudroyant thriller qui prend aux tripes du début à la fin qui aborde le sujet finalement assez rare au cinéma du désir d’enfant d’un homme, à qui Jalil Lespert apporte une profonde mélancolie. Il serait inconcevable de ne pas reparler de L’Enfant rêvé à la prochaine cérémonie des Césars !

Continuer la lecture de « Test DVD / L’Enfant rêvé, réalisé par Raphaël Jacoulot »

Test DVD / L’Infirmière, réalisé par Koji Fukada

L’INFIRMIÈRE (Yokogao) réalisé par Koji Fukada, disponible en DVD le 6 janvier 2021 chez Blaq Out.

Acteurs : Mariko Tsutsui, Mikako Ichikawa, Sosuke Ikematsu, Hisako Okata, Mitsuru Fukikoshi, Miyu Ogawa, Ren Sudo…

Scénario : Koji Fukada & Kazumasa Yonemitsu

Photographie : Ken’ichi Negishi

Musique : Hiroyuki Onogawa

Durée : 1h41

Année de sortie : 2019

LE FILM

Ichiko est infirmière à domicile. Elle travaille au sein d’une famille qui la considère depuis toujours comme un membre à part entière. Ichiko aide également Motoko, la soeur aînée, qui veut être infirmière. Un jour, Saki, la soeur cadette, disparaît. Motoko, devenue avec le temps son amie et confidente, accuse Ichiko. Suit une frénésie médiatique qui met littéralement l’héroïne le dos au mur, l’obligeant à affronter les fantômes de son passé et à développer un désir de vengeance. En retraçant la chaîne des événements, un trouble grandit : est-elle coupable ? Qui est-elle vraiment ?

L’Infirmière est un des films à avoir pu bénéficier d’une sortie dans les salles françaises en cette fâcheuse année 2020. Le titre original du septième long-métrage du réalisateur Kōji Fukada,Yokogao, signifie littéralement “Visage vu de profil”, qui renvoie directement à la dualité du personnage principal. Et ce visage, c’est celui d’Ichiko, merveilleusement interprété par la fascinante comédienne Mariko Tsutsui, vue en 2003 dans La Mort en ligne de Takashi Miike, Achille et la Tortue (2008) de Takeshi Kitano et qui tenait déjà l’un des rôles principaux dans Harmonium du même Kōji Fukada en 2016, présenté en section Un certain regard au Festival de Cannes 2016 et récompensé par le Prix du jury. A la fois drame et thriller social, Yokogao cueille le spectateur là où il s’y attendait le moins, puisque si le film démarre comme une chronique réaliste narrant le quotidien d’une infirmière, l’intrigue et l’atmosphère bifurquent vers la noirceur pour au final dresser le portrait psychologique d’une femme arrivée au carrefour de sa vie, qui va voir son existence basculer du jour au lendemain. Et c’est aussi superbe que viscéral.

Continuer la lecture de « Test DVD / L’Infirmière, réalisé par Koji Fukada »

Test DVD / Ondine, réalisé par Christian Petzold

ONDINE (Undine) réalisé par Christian Petzold, disponible en DVD le 6 janvier 2021 chez Blaq Out.

Acteurs : Paula Beer, Franz Rogowski, Maryam Zaree, Jacob Matschenz, Anne Ratte-Polle, Rafael Stachowiak, José Barros, Julia Franz Richter…

Scénario : Christian Petzold, d’après la nouvelle Ondine s’en va de Ingeborg Bachmann

Photographie : Hans Fromm

Durée : 1h26

Année de sortie : 2020

LE FILM

Ondine est une diplômée en histoire qui travaille comme guide à Berlin. Son amant la quitte pour une autre femme. Immédiatement après la rupture, elle rencontre Christoph dont elle tombe amoureuse. Tous les deux passent des moments merveilleux ensemble jusqu’à ce que Christoph se rende compte que Ondine fuit quelque chose. Il commence alors à se sentir trahi…

Avec Ondine, le réalisateur et chef de file du nouveau cinéma d’auteur allemand Christian Petzold (né en 1960) propose un portrait de femme porté par la magnifique Paula Beer, qui signe après Transit, sa seconde collaboration avec le metteur en scène de Yella, Jerichow, Barbara et Phoenix. Oeuvre romanesque, épurée, mêlant à la fois le feu des sentiments et l’apparence glacée des personnages, Ondine s’inspire du conte éponyme de Friedrich de La Motte-Fouqué, (1811), mais surtout de sa réappropriation par la poétesse, nouvelliste et romancière autrichienne Ingeborg Bachmann (1926-1973) dans Ondine s’en va, écrit du point de vue du personnage, en plaçant son histoire dans un Berlin contemporain. La photo du chef opérateur Hans Fromm, fidèle collaborateur de Christian Petzold, fait la part belle aux teintes solaires et bleutées, dans un désir de rendre la ville comme un paysage enfermé dans un aquarium, où Paula Beer, telle Ava Gardner dans le merveilleux Pandora (1950) d’Albert Lewin, est filmée comme une sirène à la beauté ensorcelante. Comme dans la plupart des oeuvres précédentes de Christian Petzold, une histoire d’amour contrariée sert une fois de plus de fil conducteur. Les sentiments chez le cinéaste ne s’expriment habituellement qu’à travers les regards, les intentions et les non-dits. Dans Ondine, l’amour explose à travers la passion du personnage principal et de Christoph, interprété par le magnétique Franz Rogowski (Happy End de Michael Haeneke), qui retrouve ici sa partenaire de Transit. Tout irait pour le mieux dans cette histoire sentimentale, si un battement de coeur qui s’est un peu emballé de façon inattendue, n’entraînait pas la suspicion et la méfiance, thèmes déjà abordés par le metteur en scène dans Yella, Jerichow et Barbara. Récompensée par l’Ours d’Argent au Festival de Berlin, Paula Beer, qui succède ainsi à la sublime Nina Hoss comme muse de Christian Petzold, livre une fantastique et éblouissante performance.

Continuer la lecture de « Test DVD / Ondine, réalisé par Christian Petzold »

Test Blu-ray / Greenland – Le Dernier refuge, réalisé par Ric Roman Waugh

GREENLAND – LE DERNIER REFUGE (Greenland) réalisé par Ric Roman Waugh, disponible en DVD et Blu-ray le 5 décembre 2020 chez Metropolitan Films.

Acteurs : Gerard Butler, Morena Baccarin, Roger Dale Floyd, Scott Glenn, Randal Gonzalez, Rick Pasqualone, Nicola Lambo, Alan Pietruszewski…

Scénario : Chris Sparling

Photographie : Dana Gonzales

Musique : David Buckley

Durée : 2h

Date de sortie initiale : 2020

LE FILM

Une comète est sur le point de s’écraser sur la Terre et de provoquer un cataclysme sans précédent. John Garrity décide de se lancer dans un périlleux voyage avec son ex-épouse Allison et leur fils Nathan pour rejoindre le dernier refuge sur Terre à l’abri du désastre. Alors que l’urgence devient absolue et que les catastrophes s’enchaînent de façon effrénée, les Garrity vont être témoin du meilleur comme du pire de la part d’une humanité paniquée au milieu de ce chaos.

Au départ, Greenland – Le dernier refuge devait se faire avec Chris Evans, sous la direction de Neill Blomkamp. Puis, changement de dernière minute, ce sera finalement Gerard Butler qui tiendra l’affiche de ce blockbuster – qui sera d’ailleurs le seul de l’été 2020 – avec Ric Roman Waugh aux manettes. Ancien cascadeur très convoité à Hollywood (Tango & Cash, Jours de tonnerre, Hook, Last Action Hero, Le Dernier des Mohicans), ce dernier passe derrière la caméra au début des années 2000 et se fait remarquer en 2013 avec son film InfiltréSnitch avec Dwayne – The Rock – Johnson. Alors qu’ils venaient de collaborer sur La Chute du PrésidentAngel Has Fallen, Gerard Butler et Ric Roman Waugh remettent le couvert avec Greenland – Le Dernier refuge. Comme pour le troisième volet de la franchise « La Chute de… » (le meilleur d’ailleurs), le metteur en scène livre un film qui invite un peu plus à la réflexion que la plupart des grosses machines du même acabit. La bande-annonce qui misait tout ou presque sur les scènes de destructions massives est bien trompeuse, car même si Greenland possède évidemment quelques séquences impressionnantes où les chutes de météorites provenant d’une comète s’abattent sur la Terre, le film mise avant tout sur l’émotion et un réalisme prenant du début à la fin. N’y allons pas par quatre chemins, Greenland – Le Dernier refuge est LE blockbuster de l’année 2020, dans lequel Gerard Butler livre une très belle performance et trouve incontestablement ici l’un de ses plus beaux rôles, aux côtés de la superbe Morena Baccarin.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Greenland – Le Dernier refuge, réalisé par Ric Roman Waugh »

Test DVD / Les Apparences, réalisé par Marc Fitoussi

LES APPARENCES réalisé par Marc Fitoussi, disponible en DVD le 27 janvier 2021 chez M6 Vidéo.

Acteurs : Karin Viard, Benjamin Biolay, Lucas Englander, Laetitia Dosch, Pascale Arbillot, Evelyne Buyle, Martine Schambacher, Catherine Davenier…

Scénario : Marc Fitoussi & Sylvie Dauvillier, d’après une histoire originale de Karin Alvtegen

Photographie : Antoine Roch

Musique : Bertrand Burgalat

Durée : 1h46

Date de sortie initiale : 2020

LE FILM

Vienne, ses palais impériaux, son Danube bleu…Et sa très privilégiée communauté d’expatriés français. Couple emblématique, Ève et Henri ont tout pour être heureux. Lui est un prestigieux chef d’orchestre, elle travaille à l’Institut Français. Une vie apparemment sans fausse note jusqu’au jour où Ève voit son univers protégé se fissurer et ses certitudes s’effondrer. Prête à tout pour ne pas perdre la face et maintenir les apparences, elle va se révéler totalement diabolique.

Les Apparences est le sixième long métrage de Marc Fitoussi (né en 1974) après La Vie d’artiste, Copacabana, Pauline détective, La Ritournelle et Maman a tort. Après ce dernier, le réalisateur avait participé au film collectif Selfie, ainsi qu’aux saisons 3 et 4 de la série à succès Dix pour cent. Depuis 2007, le réalisateur a su prouver la singularité et la sensibilité de son univers. Depuis La Vie d’artiste, Marc Fitoussi a toujours marqué ses films, pourtant souvent ancrés dans une réalité sociale, d’une douce folie. Ses œuvres possèdent également un décalage qui fait l’âme de son cinéma, toujours marquées par des dialogues subtils et d’une remarquable intelligence. Maman a tort, ne dérogeait pas à la règle et apparaissait même comme un film-somme. Pour Les Apparences, Marc Fitoussi change une fois de plus de registre et aborde le thriller paranoïaque. Si beaucoup ont loué sa ressemblance aux films du genre de Claude Chabrol, le cinéaste s’en éloigne et s’en approprie les codes à travers un humour cinglant et décapant, qu’il distille au compte-gouttes, dans la tradition d’Alfred Hitchcock auquel on pense dans une séquence qui évoque celle du concert de L’Homme qui en savait trop. Les Apparences est une très grande réussite, à la fois vénéneuse, grinçante et caustique, inquiétante et cynique, drôle et amorale, où trône l’impériale Karin Viard qui après Jalouse de David et Stéphane Foenkinos, Les Chatouilles d’Andréa Bescond et Éric Métayer et Chanson douce de Lucie Borleteau, prouve une fois de plus qu’elle n’a de cesse de se réinventer, de se mettre en danger et qu’elle demeure l’une de nos plus illustres comédiennes.

Continuer la lecture de « Test DVD / Les Apparences, réalisé par Marc Fitoussi »

Test Blu-ray / Long Weekend, réalisé par Colin Eggleston

LONG WEEKEND réalisé par Colin Eggleston, disponible en Blu-ray depuis le 20 novembre 2020 chez Le Chat qui fume.

Acteurs : John Hargreaves, Briony Behets, Mike McEwen…

Scénario : Everett De Roche

Photographie : Vincent Monton

Musique : Michael Carlos

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Un jeune couple de citadins décide de profiter d’un week-end pour s’adonner à du camping sauvage au bord de la mer. Par d’imperceptibles étapes, le décor paradisiaque de plage isolée où ils s’installent se charge de mystères avant de se transformer en un véritable enfer : la Nature paraît soudain prendre une sourde revanche sur la civilisation …

Bien avant l’inénarrable PhénomènesThe Happening (2008) de M. Night Shyamalan, le scénariste Everett De Roche (1946-2014) s’interrogeait trente ans avant sur ce qui se passerait si la nature se retournait contre l’humanité, à travers son premier récit pour le cinéma, Long Weekend. Avant de devenir l’un des scénaristes les plus en vue du cinéma australien, celui qui allait signer d’autres œuvres légendaires du cru comme Harlequin de Simon Wincer, Patrick de Richard Franklin et Razorback de Russell Mulcahy, abordait le genre horrifique avec un thriller tendu et angoissant, qui s’amuse à prendre le spectateur petit à petit par la gorge, jusqu’à un dernier acte complètement inattendu et un final abrupt qui laisse pantois. Derrière la caméra, Colin Eggleston (1941-2002) peut enfin exprimer à l’écran tout son amour pour le cinéma d’Alfred Hitchcock (d’ailleurs, Les Oiseaux ne sont jamais bien loin dans Long Weekend) et de Roman Polanski (Le Couteau dans l’eau entre autres), en dilatant le temps, en créant un stress qui va crescendo en dressant le portrait d’un couple en crise, un homme et une femme qui ne respectent rien autour d’eux et qui n’ont d’ailleurs aucun respect pour l’autre. S’il n’a obtenu aucun succès dans son pays, comme c’était d’ailleurs souvent le cas pour les films de genre tournés en Australie, cela n’a pas été le cas dans le reste du monde et surtout en Europe, au point d’être récompensé par l’Antenne d’or au Festival international du film fantastique d’Avoriaz en 1979 (ex aequo avec L’Invasion des profanateurs de Philip Kaufman), le Prix Spécial du Jury au Festival du film de Paris, puis par le Prix du Meilleur Film, le Prix du jury de la critique internationale pour Colin Eggleston et la Médaille d’argent du meilleur acteur au Festival international du film de Catalogne de Sitges. Tombé peu à peu dans l’oubli, Long Weekend connaît un regain de popularité depuis la fin des années 2000 en raison d’un remake réalisé en 2008 par Jamie Blanks (Urban Legend, Mortelle Saint-Valentin) avec Jim Cazievel et du documentaire Not Quite Hollywood: The Wild, Untold Story of Ozploitation ! (2008) de Mark Hartley qui a redonné au cinéma australien ses lettres de noblesse. Long Weekend en demeure assurément l’un des plus dignes représentants.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Long Weekend, réalisé par Colin Eggleston »

Test Blu-ray / Enragé, réalisé par Derrick Borte

ENRAGÉ (Unhinged) réalisé par Derrick Borte, disponible en DVD et Blu-ray le 19 décembre 2020 chez M6 Vidéo.

Acteurs : Russell Crowe, Jimmi Simpson, Gabriel Bateman, Caren Pistorius, Anne Leighton, Austin P. McKenzie, Michael Papajohn, Lucy Faust…

Scénario : Carl Ellsworth

Photographie : Brendan Galvin

Musique : David Buckley

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 2020

LE FILM

La Nouvelle-Orléans. Mauvaise journée pour Rachel : en retard pour conduire son fils à l’école, elle se retrouve coincée au feu derrière un pick-up qui ne redémarre pas. Perdant patience, elle klaxonne et passe devant. Quelques mètres plus loin, le même véhicule s’arrête à son niveau. Son conducteur, Tom Cooper, la somme de s’excuser, mais elle refuse. Furieux, il commence à la suivre…Enragé, cet homme est prêt et ne craint pas de mourir et parle même de suicide par police interposée. Si la journée de Rachel s’annonçait compliquer, celle-ci se transforme en véritable cauchemar.

Mine de rien, Russell Crowe n’a pas l’air de tourner tant que ça, mais signe quelques coups d’éclat tous les deux ou trois ans, histoire de rappeler que l’on peut, ou plutôt que l’on doit encore compter sur lui. L.A. Confidential de Curtis Hanson, Révélations The Insider de Michael Mann et Gladiator de Ridley Scott ont beau avoir plus de vingt ans, le comédien néo-zélandais n’a jamais cessé de tourner et même si les années 2010 n’ont pas été pour lui aussi inspirées, on sauvera évidemment ses prestations dans NoéNoah de Darren Aronofsky, The Nice Guys de Shane Black et même sa participation à Man of Steel de Zack Snyder, dans lequel il supplantait tout le reste du casting dans la peau de Jor-El. 2020 est déjà un très bon cru pour Russell Crowe qui vient d’être récompensé par le Golden Globe du meilleur acteur pour la mini-série The Loudest Voice, et livre aussi une prestation impressionnante dans EnragéUnhinged, sixième long-métrage du méconnu Derrick Borte, remarqué en 2009 avec son premier film indépendant, La Famille Jones The Joneses, interprété par Demi Moore, David Duchovny et Amber Heard. Si ses autres opus sont passés sous le radar en France, y compris son film sur les Clash intitulé London Town (2016) avec un Jonathan Rhys Meyers sous substances (pléonasme) dans la peau de Joe Strummer, Enragé s’impose comme un modèle de série B, bien bourrin dans son genre, mené tambours battants et surtout porté par les larges épaules de Russell Crowe. Ce dernier est absolument monstrueux, tout en bedaine saillante et le front constellé de sueur, et en fait voir de toutes les couleurs à sa partenaire, Caren Pistorius, l’une des plus belles révélations de l’année 2020.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Enragé, réalisé par Derrick Borte »

Test DVD / Le Démon de la chair, réalisé par Edgar G. Ulmer

LE DÉMON DE LA CHAIR (The Strange Woman) réalisé par Edgar G. Ulmer, disponible en DVD le 1er décembre 2020 chez Artus Films.

Acteurs : Hedy Lamarr, George Sanders, Louis Hayward, Gene Lockhart, Hillary Brooke, Rhys Williams, June Storey…

Scénario : Herb Meadow, Hunt Stromberg & Edgar G. Ulmer d’après le roman de Ben Ames Williams

Photographie : Lucien Andriot

Musique : Carmen Dragon

Durée : 1h36

Année de sortie : 1946

LE FILM

Dans le Maine du XIXème siècle, à Bangor, une femme fatale sème la mort autour d’elle, n’hésitant pas à demander à son soupirant de tuer son père s’il veut qu’elle cède à ses avances, et fait ainsi basculer le destin de trois hommes amoureux d’elle.

Edgar Georg Ulmer (1904-1972) est un cinéaste que les cinéphiles n’ont cessé de redécouvrir depuis sa mort. Metteur en scène, scénariste, producteur et directeur de la photographie américain d’origine austro-hongroise, ancien comédien et décorateur, celui que l’on connaît plus communément sous le nom d’Edgar G. Ulmer est l’auteur de moult films chéris par les spectateurs. Assistant de F.W. Murnau, Robert Siodmak, Billy Wilder, Fred Zinnemann, il passe à la mise en scène dans les années 1930 et signe notamment Le Chat noirThe Black Cat (1934) avec Boris Karloff et Bela Lugosi. Suivront plus tard, pêle-mêle, L’Ile des péchés oubliés (1943), Barbe Bleue (1944) avec John Carradine, Detour (1945), Les Pirates de Capri (1951), L’Homme de la planète X (1951) qui reflètent l’éclectisme et le caractère prolifique du réalisateur. Edgar G. Ulmer a alors près de quarante films et documentaires à son actif quand il entreprend Le Démon de la chairThe Strange Woman (1946), film noir et drame psychologique adapté d’un roman de Ben Ames Williams, produit et interprété par la sublimissime Hedy Lamarr, femme fatale, vénéneuse et à se damner dans un rôle taillé sur mesure, dans lequel elle enflamme l’écran et les sens.

Continuer la lecture de « Test DVD / Le Démon de la chair, réalisé par Edgar G. Ulmer »

Test Blu-ray / Le Couteau sous la gorge, réalisé par Claude Mulot

LE COUTEAU SOUS LA GORGE réalisé par Claude Mulot, disponible en Blu-ray depuis le 20 novembre 2020 chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Brigitte Lahaie, Florence Guérin, Alexandre Sterling, Natasha Delange, Jean-Pierre Maurin, Pierre Londiche…

Scénario : Claude Mulot

Photographie : Bruno Affret

Musique : Alain Guélis

Durée : 1h16

Date de sortie initiale : 1986

LE FILM

Mannequins, Catherine et Florence posent pour des photos coquines.Tout va bien jusqu’au jour où des assassinats éliminent un par un l’entourage de Catherine qui va devoir se méfier car le tueur n’est pas loin.

Juste avant sa disparition dans un accident survenu le 13 octobre 1986, le réalisateur Claude Mulot réalisait cette même année son dernier film avec Le Couteau sous la gorge, thriller inspiré du giallo. Si certains y voient un vrai nanar, ceux qui s’intéressent à l’oeuvre de Claude Mulot y verront une fois de plus une vraie déclaration d’amour au cinéma d’exploitation cher à son coeur, comme pouvait l’être La Saignée, polar franco-italien tourné entre New York et la Somme. Certes, Le Couteau sous la gorge n’atteint pas l’immense réussite de ce dernier, et encore moins celle de La Rose écorchée, mais cet ultime opus reste une curiosité fort sympathique, où la violence et le sexe sont – comme bien souvent chez le cinéaste – omniprésents.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Le Couteau sous la gorge, réalisé par Claude Mulot »

Test Blu-ray / Le Chat, réalisé par Pierre Granier-Deferre

LE CHAT réalisé par Pierre Granier-Deferre, disponible en édition Digibook – Blu-ray + DVD + Livret le 4 décembre 2020 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Jean Gabin, Simone Signoret, Annie Cordy, Jacques Rispal, Yves Barsacq, Nicole Desailly, Harry-Max, André Rouyer…

Scénario : Pascal Jardin & Pierre Granier-Deferre, d’après le roman de Georges Simenon

Photographie : Walter Wottitz

Musique : Philippe Sarde

Durée : 1h24

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

Dans leur petit pavillon de banlieue épargné par la démolition, un vieux couple sans enfants se déchire. Lui, Julien Bouin, ouvrier à la retraite, ne l’aime plus, elle, Clémence Bouin, ancienne trapéziste qui a dû abandonner sa carrière suite à une chute. Lorsque Julien recueille un chat à qui il donne toute son affection, la jalousie commence à s’emparer de Clémence.

C’est un chef d’oeuvre d’une noirceur inégalée dans le cinéma français. Le Chat, réalisé par Pierre Granier-Deferre demeure une des plus grandes références du drame psychologique et sans doute le meilleur film du réalisateur. Immédiatement après La Horse (2,1 millions d’entrées), le cinéaste est quelque peu poussé par son scénariste Pascal Jardin pour enchaîner immédiatement après avec l’adaptation du roman éponyme de Georges Simenon, Le Chat (publié en 1967). Ils parviennent à convaincre Jean Gabin de participer à ce projet. S’il était tout d’abord réticent, le comédien considérera ce long-métrage comme son meilleur film de l’après-guerre, qui lui vaudra d’ailleurs l’Ours d’argent du meilleur acteur au Festival de Berlin, récompense qu’il avait déjà obtenu en 1959 pour le mythique Archimède le clochard, et qu’il partagera d’ailleurs avec sa partenaire à l’écran, l’immense Simone Signoret. Le Chat est un film extrêmement difficile, redoutable, vachard, percutant et surtout bouleversant, dans lequel deux êtres qui se sont aimés, n’arrivent même plus ou à peine à se regarder. Comme du sel versé sur une plaie, Le Chat fait mal, physiquement avec certaines séquences et répliques qui agissent comme un direct à l’estomac, mais aussi à l’âme avec ces deux monstres que l’on a aimés séparément au cinéma et que l’on aurait voulu sans doute se voir s’aimer à l’écran, qui s’affrontent durement pendant un peu plus d’une heure vingt est une expérience que l’on pourrait qualifier de traumatisante. Si ce huis clos affiche un demi-siècle au compteur, il n’a absolument rien perdu de son fiel et prend encore le spectateur à la gorge.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Le Chat, réalisé par Pierre Granier-Deferre »