Test DVD / L’Enfant rêvé, réalisé par Raphaël Jacoulot

L’ENFANT RÊVÉ réalisé par Raphaël Jacoulot, disponible en DVD le 20 janvier 2021 chez Blaq Out.

Acteurs : Jalil Lespert, Louise Bourgoin, Mélanie Doutey, Jean-Marie Winling, Nathan Willcocks, Rio Vega, Garance Clavel, Jean-Michel Fête…

Scénario : Raphaël Jacoulot, Benjamin Adam, Iris Kaltenback & Fadette Drouard

Photographie : Céline Bozon

Musique : André Dziezuk

Durée : 1h47

Année de sortie : 2020

LE FILM

Depuis l’enfance, François a consacré sa vie au bois. Celui des arbres des forêts du Jura, qu’il connaît mieux que personne. Il dirige la scierie familiale avec sa femme Noémie, et tous deux rêvent d’avoir un enfant sans y parvenir. C’est alors que François rencontre Patricia, qui vient de s’installer dans la région. Commence une liaison passionnelle. Très vite, Patricia tombe enceinte. François vacille…

Mine de rien, Raphaël Jacoulot est non seulement en train de construire une œuvre cohérente depuis son premier long-métrage Barrage (2006), mais ce diplômé de la Femis (département réalisation) est devenu en l’espace de quinze ans l’un des cinéastes français les plus passionnants et intéressants. Dès son premier film, le scénariste et metteur en scène s’intéressait déjà aux dysfonctionnements de la cellule familiale, avec notamment une mère qui refusait de voir son fils devenir adulte et s’éloigner d’elle. Dans Avant l’aube, Raphaël Jacoulot explorait le rapport paternaliste entre le directeur d’un grand hôtel (le regretté Jean-Pierre Bacri) et son jeune employé en réinsertion (l’incroyable Vincent Rottiers). Puis, en 2015, le réalisateur faisait s’entrecroiser ou entrer en collision les personnages d’un petit village, avec pour point central « l’idiot du coin » (Karim Leklou, phénoménal) dont la présence exacerbait les tensions, jusqu’au point de non-retour. Trois immenses réussites qui témoignaient chaque fois de l’évolution du style de Raphaël Jacoulot, à la fois sur le fond et sur la forme. Son dernier opus en date, L’Enfant rêvé, est comme qui dirait une œuvre somme, qui compile, condense et transforme ses précédents essais, pour atteindre cette fois les sommets. Porté par trois comédiens en état de grâce, Louise Bourgoin, Mélanie Doutey et Jalil Lespert, L’Enfant rêvé est un drame psychologique et familial, ainsi qu’un foudroyant thriller qui prend aux tripes du début à la fin qui aborde le sujet finalement assez rare au cinéma du désir d’enfant d’un homme, à qui Jalil Lespert apporte une profonde mélancolie. Il serait inconcevable de ne pas reparler de L’Enfant rêvé à la prochaine cérémonie des Césars !

Les paysages et la nature ont toujours joué un rôle primordial dans le cinéma de Raphaël Jacoulot, à l’instar des Pyrénées enneigées dans Avant l’aube ou la campagne écrasée par la chaleur de Coup de chaud. Pour L’Enfant rêvé, le cinéaste revient sur les terres de son enfance, dans le massif du Jura, non loin de la Suisse, dans la région Bourgogne-Franche-Comté. Et cette fois encore, la psychologie de ses personnages semble connectée à la nature qui les environne ou les engloutit. Ainsi, François, merveilleusement incarné par Jalil Lespert, indiscutablement dans un de ses plus grands rôles, fait corps avec les arbres au milieu desquels il a grandi, qui l’ont vu devenir un homme, qu’il a lui aussi vu pousser, des arbres omniprésents et sur lesquels il travaille dans la scierie (un décor très cinégénique et filmé avec une dimension quasi-documentaire) dont il est le propriétaire avec son épouse Patricia. Le couple se connaît depuis l’adolescence. François et Patricia ont repris l’affaire de la famille et n’ont jamais quitté ces terres qu’ils arpentent quotidiennement. En dehors de leur boulot, ils essayent désespérément d’avoir un enfant depuis quelques années, mais sans succès. Toutes les tentatives se sont soldées par un échec et la dernière en date est celle de trop pour Patricia, qui décide une fois pour toutes d’avoir recours à l’adoption. Mais François est réticent. Un jour, une cliente, Noémie, vient avec son époux pour une commande. François est immédiatement attiré par cette femme, nouvellement installée dans les environs avec son mari et leurs deux petites filles. Quelques jours plus tard, ces deux solitaires rêvant d’une meilleure vie et d’un nouvel ailleurs commencent à entretenir une liaison. Patricia tombe enceinte et en parle à François, qui lui dit de garder l’enfant puisqu’il veut vivre et partir avec elle. Les semaines et les mois passent, alors que la procédure d’adoption avance, François n’arrive pas à parler à Noémie, plongée également dans les problèmes financiers de la société. Pris dans un engrenage, François se tait, au grand désespoir de Patricia, qui se résigne et fait croire à son mari que l’enfant est de lui. François commence à perdre pied.

Tendu, L’Enfant rêvé est comme qui dirait un roller coaster d’émotions fortes. Si Jalil Lespert ne cesse d’impressionner, les deux comédiennes principales ne sont évidemment pas en reste et ont rarement été aussi bien dirigées, photographiées et mises en valeur par un réalisateur. Louise Bourgoin (véritablement enceinte au moment du tournage), qui s’était déjà imposée dans La Religieuse (2013) de Guillaume Nicloux, Les Chevaliers blancs (2015) de Joachim Lafosse, Je suis un soldat (2015) de Laurent Larivière et dans la sublime série Hippocrate (2018) de Thomas Lilti, subjugue et bouleverse dans un rôle pourtant difficile et à fleur de peau. Même chose pour Mélanie Doutey, dont la carrière reste surtout marquée par la comédie et dont les prestations dramatiques chez Pierre Jolivet (Le Frère du guerrier, 2000), Claude Chabrol (La Fleur du mal, 2002) et Cédric Jimenez (La French, 2014) avaient été remarquées, ce qui laisse espérer que d’autres metteurs en scène lui confieront à nouveau des rôles semblables. Dans le reste de l’excellent casting composé aussi de Christian Waldner, Jean-Marie Winling et Michelle Goddet, on est heureux de revoir la géniale Garance Clavel, légendaire Chloé de Chacun cherche son chat (1996) de Cédric Klapisch, qui nous avait bien manqué sur le grand écran.

A travers son drame passionnel et romanesque, par ailleurs magistralement photographié par Céline Bozon, Raphaël Jacoulot signe une œuvre poignante, viscérale et foncièrement originale sur la quête de paternité, parcourue d’éléments autobiographiques en ce qui concerne les sujets liés à la transmission et à la succession. L’Enfant rêvé est un film remarquable et envoûtant, du grand cinéma, tandis que Raphaël Jacoulot s’impose définitivement comme l’un des dignes héritiers de Claude Chabrol ou de Robert Enrico.

LE DVD

Après TF1 Studio pour Avant l’aube et Diaphana pour Coup de chaud, le dernier film de Raphaël Jacoulot débarque en DVD et uniquement en édition Standard chez Blaq Out. Le visuel reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est très légèrement animé et musical.

Au programme de cette édition, nous trouvons un entretien fort sympathique avec Raphaël Jacoulot (15’), réalisé par l’Office de tourisme du Pays Horloger. De retour sur les terres de son enfance, dans les montagnes du Jura, aux portes de la Suisse, le cinéaste revient tout d’abord sur ce qui lui a donné envie de faire ce métier, sur son parcours professionnel (il a étudié la peinture et la vidéo aux Beaux-Arts de Besançon, avant de monter à Paris et d’intégrer la Femis), puis partage ses souvenirs liés au tournage de L’Enfant rêvé. Il en vient ensuite à l’importance des décors dans ses films, à la part autobiographique disséminée à travers son œuvre (il est lui-même fils d’agriculteurs et n’a pas repris l’affaire familiale, contrairement à ses frères), à l’intrigue du film, puis répond à un petit jeu de questions-réponses.

Mélanie Doutey, Louise Bourgoin et Jalil Lespert sont réunis à l’occasion de la sortie du film et en réalisent la promotion avec des propos spontanés (6′).

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

L’Enfant rêvé ne dispose malheureusement pas d’une édition HD. Heureusement le DVD est de fort bonne qualité et permet d’admirer le travail de la directrice de la photographie, Céline Bozon (Transylvania de Tony Gatlif, Le Bel âge de Laurent Perreau, Pauline détective de Marc Fitoussi), avec sa belle luminosité, des couleurs superbes et ses contrastes toujours plaisants. Si les quelques séquences sombres dénotent par rapport au reste avec un léger fléchissement de la définition et un piqué plus émoussé, les scènes diurnes sont agréables avec des détails plus ciselés sur le cadre large, une profondeur de champ appréciable et des visages plus précis.

Le mixage unique Dolby Digital 5.1 est très souvent bluffant. Le spectateur est happé dans l’histoire grâce au soutien constant des enceintes latérales qui environnent l’audience avec de multiples ambiances naturelles. Les voix sont solidement ancrées sur la centrale, la balance frontale est dynamique. D’une précision sans faille, dense, dynamique, le confort acoustique est largement assuré. Les sous-titres français pour les spectateurs sourds et malentendants sont également disponibles, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Blaq Out / Michaël Crotto / TS Productions / ESC Distribution / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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