
LES TITANS (Arrivano i titani) réalisé par Duccio Tessari, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 16 juin 2026 chez Rimini Editions.
Acteurs : Antonella Lualdi, Pedro Armendáriz, Jacqueline Sassard, Giuliano Gemma, Serge Nubret, Gérard Séty, Tanya Lopert, Ingrid Schoeller…
Scénario : Ennio De Concini & Duccio Tessari
Photographie : Alfio Contini
Musique : Carlo Rustichelli
Durée : 1h51
Année de sortie : 1962
LE FILM
Dans la Grèce antique, Cadmus, roi de Crête, se fait proclamer dieu et bannit toute autre forme de religion. Il provoque la colère de Zeus, qui décide de le punir en armant Kryos, le chef des titans : Zeus lui promet que ses frères, enfermés aux Enfers, seront libérés s’il mène à bien sa tâche.

Le scénariste Duccio (de son vrai prénom Amadeo) Tessari (1926-1994) a toujours eu cette volonté d’apporter un vent de fraîcheur, une originalité, un autre ton aux genres qu’il abordait. Après avoir oeuvré pour quelques illustres réalisateurs, Sergio Leone, Vittorio Cottafavi, Sergio Corbucci, Riccardo Freda et Mario Bava, il passe lui-même derrière la caméra en 1962 pour Les Titans –Arrivano i titani, péplum riche en action, en aventure et même en humour. L’auteur des Derniers Jours de Pompéi, de Messaline, de Carthage en flamme, mais aussi de La Vengeance d’Hercule, de La Reine des Amazone, de La Révolte des esclaves, sans oublier Maciste contro il vampiro, Romulus et Rémus, Le Colosse de Rhodes et Hercule contre les vampires, connaît cet univers sur le bout des doigts et peut donc laisser libre cours à sa fantaisie, tout en respectant le grand spectacle sur l’Antiquité. Merveilleux divertissement, mené à cent à l’heure, magnifiquement photographié par Alfio Contini (Il Giovedi, Le Terroriste, Le Fanfaron), proposant mille idées excellemment exploitées et porté par un sensationnel Giuliano Gemma (pléonasme), Les Titans demeure un immense divertissement, qui reste chéri par les cinéphiles/ages et qui a su se transmettre de génération en génération, y compris en France où le film parvient à attirer à sa sortie près d’1,9 millions de spectateurs, damnant ainsi le pion à Barrabas de Richard Fleischer et Sodome et Gomorrhe de Robert Aldrich.



Dans la Grèce antique, Cadmus, roi de Crète, s’autoproclame dieu. Krios, le plus agile et intelligent des Titans, est délégué pour faire justice et, en contrepartie, doit obtenir la libération de ses frères emprisonnés dans les Enfers. Capturé par l’armée de Cadmus, Krios gagne sa clémence après avoir vaincu l’imposant Rator lors de leur combat que le roi et son épouse Hermione avaient organisé pour leur bon plaisir. Mais Krios refuse de mettre à mort Rator comme le roi le lui ordonne. De nouveau emprisonné, Krios tombe amoureux d’Antiope, fille de Cadmus, qu’il aperçoit depuis son cachot au moment où celle-ci est bannie par son père.


Cela ne s’arrête pas une seconde dans Les Titans. Après un générique sobre, mais contrasté par la partition enjouée du maestro Carlo Rustichelli (Un vrai crime d’amour, L’Appel de la forêt, Détenu en attente de jugement), les somptueux décors naturels trouvés en Espagne, dont celui de la grotte labyrinthique, ouvrent le film et démontrent instantanément le sérieux avec lequel Duccio Tessari embrasse le péplum mythologique. Ce qui ne l’empêche pas d’intégrer des éléments comiques et ce dès le retour de Krios sur Terre. Car l’éternel jeune homme compte bien profiter de cette deuxième chance et s’amuse avec la garde armée, qu’il ridiculise ouvertement en rebondissant littéralement d’un toit à l’autre. À ce titre, les ressemblances avec la scène « Je vole » du long-métrage d’animation Aladin (1992) des studios Disney sont assez troublantes et on ne peut pas s’empêcher que John Musker et Ron Clements se sont inspirés de cette séquence, d’autant plus que le film était sorti sur le sol américain sous le titre My Son, the Hero. Vous y penserez la prochaine fois.


Giuliano Gemma, jusqu’à présent cascadeur et gymnaste, avait fait quelques apparitions chez Mauro Bolognini, Dino Risi et Antonio Margheriti. À 23 ans, il accède ici en haut de l’affiche et s’acquitte formidablement de sa tâche. Avec ses cheveux peroxydés, son sourire Ultra-Brite, cabriolant à droite à gauche et monté sur ressorts, le comédien-athlète explose, pulvérise l’écran de son charisme, de son talent et de son énergie dévastatrice. Duccio Tessari ne s’est pas trompé et le met en valeur à chaque instant. Les deux hommes s’entendront à merveille, au point qu’ils se retrouveront encore sept fois après Les Titans, d’Un pistolet pour Ringo (1965) à Tex et le Seigneur des abysses – Tex e il signore degli abissi (1985). Co-production franco-hispano-italienne, Les Titans mélange les acteurs venus de l’autre côté des Alpes (la magnifique Antonella Lualdi, vue dans Pour l’amour du ciel, Les Cent Cavaliers), de chez nous comme Jacqueline Sassard (Les Biches, Guendalina) le célèbre culturiste Serge Nubret (le superbe Rue des cascades de Maurice Delbez, Un condé d’Yves Boisset et rival d’Arnold Schwarzenegger pour le titre de Mr. Olympia en 1975), tandis que le grand Fernando Rey (French Connection, Navajo Joe, Antoine et Cléopâtre) fait une apparition dans le rôle du grand prêtre pour la caution ibérique. Mais celui qui tire aussi son épingle du jeu est le mexicain Pedro Armendariz, célèbre pour ses apparitions chez John Ford (Dieu est mort, Le Fils du désert, Le Massacre de Fort Apache) mais aussi des fans de James Bond, puisqu’il interprétait Kerim Bey dans la seconde aventure de l’agent 007, Bons Baisers de Russie de Terence Young.


Tout ce beau petit monde est réuni et se donne à fond dans Les Titans, qui multiplie les scènes anthologiques, à l’instar de celle où Krios se rend invisible grâce au casque de Pluton, ce qui lui permet de vaincre la Gorgone Méduse, afin de délivrer Antiope. Les effets spéciaux sont beaux, poétiques et surtout réussis. Duccio Tessari montre qu’il en a sérieusement sous le capot comme metteur en scène, notamment à travers la séquence où pour célébrer sa victoire à Thèbes, Cadmus inaugure des statues érigées à sa gloire, ignorant alors que les Titans sont y sont dissimulés, avant de livrer une dernière bataille homérique (et surtout très drôle) aux pauvres soldats dépassés par les événements. Totalement décomplexé, Les Titans reste une valeur sûre pour toute la famille, le genre de film-doudou à ranger soigneusement dans sa trousse à pharmacie cinéphile qui se respecte.




LE COMBO BLU-RAY + DVD
En fouinant un peu, on découvre que Les Titans avait été proposé en DVD sur le marché français chez René Chateau en 2007. Depuis, plus aucune trace du film de Duccio Tessari. Il aura donc fallu attendre près de vingt ans pour que Arrivano i titani revienne dans les bacs et ce grâce aux bons soins de Rimini Éditions. Ce Combo prend la forme d’un boîtier Scanavo transparent du plus bel effet, dans lequel est glissée la jaquette au visuel très soigné et sans doute issu d’une affiche originale d’exploitation. Le tout est glissé dans un fourreau cartonné également très élégant. Le menu principal est animé et musical.

Une fois de plus, l’éditeur a concocté plusieurs suppléments de qualité.
Le premier de ces bonus, le seul proposé à la fois sur le DVD et sur le Blu-ray, est une intervention de l’excellent Stéphane Lacombe (32’). Comme à son habitude, le responsable éditorial chez Frenezy (Lanky, l’homme à la carabine, Qui l’a vue mourir ?, Dans les replis de la chair, Le Duo de la mort –Femina Ridens, Texas Adios, La Victime désignée) nous a préparé une présentation érudite, passionnante et foisonnante du film qui nous intéresse aujourd’hui. Stéphane Lacombe revient sur tous les aspects des Titans (attention aux spoilers, vous êtes prévenus), en évoquant tout d’abord la carrière du scénario Duccio Tessari (ainsi que son grand travail dans le genre péplum), avant d’en venir précisément à son premier long-métrage comme metteur en scène, Les Titans donc. Les intentions du cinéaste (« un film ironique, malicieux, espiègle, qui plaît beaucoup aux enfants […] mais qui n’est pas une parodie pour autant […] plutôt un pied de nez au genre »). Vous saurez désormais tout sur Arrivano i titani, remis dans le contexte du péplum, mais aussi historique et économique de l’Italie du début des années 1960, marqué par l’envie de se divertir des spectateurs. La réalisation de Duccio Tessari, le montage de Maurizio Lucidi, les lieux de tournage, le casting, ainsi que le très grand succès du film sont aussi les points abordés.

À la co-production des Titans, on retrouve la société Les Films Ariane d’Alexandre Mnouchkine. Sa fille Ariane, fondatrice du Théâtre du Soleil, est aussi créditée comme assistante réalisation. L’occasion était trop belle pour Jean-Pierre Vasseur de Rimini d’aller à sa rencontre, histoire de récolter quelques souvenirs liés au tournage des Titans (15’). Celle-ci se prête volontiers au jeu, même si elle avoue trouver insolite cette demande d’entretien, et évoque les lieux, tout comme les conditions de tournage en Espagne, ainsi que l’invitation de Duccio Tessari de le rejoindre en salle de montage à Rome, où il lui a beaucoup appris sur le fait de couper au bon moment, pour ainsi éviter « l’image de trop ».

C’est un des visages qu’on aime retrouver chez Homepopcorn, celui du génial Laurent Aknin, historien du cinéma (36’). Ce dernier, questionné par Athéna (fille de Zeus), propose un beau tour d’horizon du péplum. Prenez de quoi écrire, car les titres alléchants vont vous donner envie de mettre la main sur les films évoqués au fil de cette formidable présentation : Ulysse (1954) de Mario Camerini avec Kirk Douglas (plus de 13 millions d’entrées en Italie), Les Travaux d’Hercule (1958) de Pietro Francisci (au succès international prodigieux) et sa suite Hercule et la Reine de Lydie (1959) (ou quand le cinéma mythologie italien prend son envol), Les Bacchantes (1961) de Giorgio Ferroni, Maciste contre le Cyclope (1961) d’Antonio Leonviola, Hercule à la conquête de l’Atlantide (1961) de Vittorio Cottafavi et Hercule contre les vampires (1961) du tandem Mario Bava/Franco Prosperi, Maciste en enfer (1961) de Riccardo Freda, La Colère d’Achille (1962) de Marino Gerolami (« le film le plus fidèle à L’Iliade et le plus beau rôle de Gordon Mitchell »), Persée l’invincible (1963) et Le Triomphe d’Hercule (1964) d’Alberto de Martino, Hercule, Samson et Ulysse (1963) de Pietro Francisci et même les deux Hercule (1983 et 1985) de Luigi Cozzi, voilà déjà quelques films pour se sustenter ! Les Titans n’est évidemment pas oublié et évoqué au fil de ce supplément très exhaustif.

L’interactivité se clôt sur une galerie de photos et d’affiche d’exploitation (animé et musicale, 5’), sans oublier la bande-annonce des Titans en français (« Les Titans, est un film qui mérite d’être vu ! »), dans la langue de Goethe, puis dans celle de Shakespeare (« My Son, the Hero ») (9’).
L’Image et le son
Vous pouvez d’ores et déjà mettre au feu votre DVD René Chateau, ou bien vous en faire un dessous de verre…ou bien encore l’accrocher à vos plantes pour faire fuir les oiseaux…Puis, précipitez-vous sur cette nouvelle édition Rimini des Titans, assurément l’une des meilleures de ce mois de juin 2026. Rien à redire, la propreté est immaculée, les couleurs ravivées, chaudes, les contrastes au top, le piqué aiguisé, la texture argentique préservée (en dépit de quelques plans étrangement poncés), équilibrée. Les détails sont confondants sur les costumes, les décors et même au niveau du maquillage des comédiens. Les gros plans peuvent ainsi être analysés sous tous les angles, la copie est propre, stable. Contrôle technique passé haut la main.

Les pistes italienne et française (au doublage réussi grâce aux cadors Jean-Claude Michel, Richard Francoeur, André Valmy) Dual Mono sont de même acabit. Les deux versions délivrent leurs dialogues avec suffisamment d’ardeur et les ambiances annexes sont dynamiques. S’il fallait vraiment les différencier, la piste italienne (qui manquait sur le DVD René Chateau) s’avère plus dynamique, les voix des comédiens apparaissent plus fluides et les ambiances plus naturelles et homogènes. Dans les deux cas, aucun souffle intempestif n’est à déplorer, la propreté est de mise et la partition du compositeur Carlo Rustichelli est très bien restituée. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale. Comme il s’agit de la version intégrale non censurée, une séquence jamais doublée passe automatiquement en italien sous-titré en français.




Crédits images : © Rimini Éditions / Studio TF1 Cinéma / Cristaldi Film / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
