Test Blu-ray / Peau de banane, réalisé par Marcel Ophüls

PEAU DE BANANE réalisé par Marcel Ophüls, disponible en DVD & Blu-ray le 21 juillet 2026 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Jean-Paul Belmondo, Jeanne Moreau, Claude Brasseur, Jean-Pierre Marielle, Gert Fröbe, Paulette Dubost, Alain Cuny, Charles Regnier…

Scénario : Marcel Ophüls, Claude Sautet & Daniel Boulanger, d’après le roman « Peaux de bananes » de Charles Williams

Photographie : Jean Rabier

Musique : Ward Swingle

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1963

LE FILM

Cathy n’est pas femme à passer l’éponge… Son père ruiné par un tandem d’hommes d’affaires véreux, elle se jure de leur rendre la monnaie de leur pièce en les jetant sur la paille. Pour ça, elle recrute deux filous professionnels et Michel, son ancien mari. Si le plan semble avoir merveilleusement fonctionné, Cathy et Michel découvrent vite qu’ils se sont trompés de proie, et, souhaitant garder le butin rien que pour eux, faussent compagnie à leurs complices. Une erreur qu’ils n’entendent pas reproduire lorsqu’ils repèrent l’autre escroc qu’ils recherchaient…

Avant de devenir le réalisateur acclamé à travers le monde pour son documentaire-fleuve de plus de quatre heures Le Chagrin et la Pitié : Chronique d’une ville française sous l’Occupation (sauf en France, puisque censuré par l’ORTF et qui ne sera diffusé à la télévision qu’après l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981), par ailleurs nommé aux Oscars dans la catégorie du meilleur film documentaire, Marcel Ophüls (1927-2025), de son vrai nom Hans Marcel Oppenheimer et fils de l’éminent Max Ophüls, avait fait ses armes dans le domaine de la fiction. À ce titre, son film le plus célèbre et son plus grand succès, demeure son premier long-métrage, Peau de banane, comédie élégante dite à « arnaque », qui donne l’occasion à Bebel de se détendre quelque peu après les tournages tendus (euphémisme) du Doulos et surtout de L’Aîné des Ferchaux de Jean-Pierre Melville, qui sortent eux aussi en 1963, à huit mois d’intervalle. Avant de passer la vitesse supérieure avec L’Homme de Rio, Jean-Paul Belmondo se détend dans les bras de Jeanne Moreau, sa partenaire de Moderato Cantabile (1960) de Peter Brook, qui n’avait guère ramené les foules dans les salles. Marcel Ophüls, qui avait mis en scène un segment du film à sketches L’amour à vingt ans, après avoir fait ses armes comme assistant auprès de Jean Dréville, John Huston, Julien Duvivier et de son paternel, s’en sort très bien avec Peau de banane, exercice de style qui s’inspire du polar américain sur la forme (tout en adaptant le roman de Charles Williams, Nothing in Her Way), mais où rien n’est sérieux, surtout pas son couple vedette, qui s’amuse, tout autant que leurs prestigieux partenaires, Claude Brasseur, Jean-Pierre Marielle et Gert Fröbe. À voir comme une savoureuse récréation, qui n’a rien perdu de son charme.

Cathy, dont le père a jadis été ruiné par ses deux associés, Lachard et Bontemps, veut se venger en les ruinant à leur tour. Pour réussir son plan, elle adjoint à ses deux complices, Charlie dit « Beau sourire » et Bordas, son ex-mari, Michel, qui se trouve engagé dans l’affaire sans connaître l’identité de l’instigatrice. Mais lorsqu’on la lui présente, il ne lui déplaît pas de collaborer avec son ex-femme et il prend une part très active à la première machination contre Bontemps. L’affaire ayant réussi, Cathy se débarrasse des deux complices avec un aplomb qui laisse Michel pantois, de nouveau très amoureux de sa femme. Ils vont alors à Monte-Carlo pour retrouver le second escroc à punir: Lachard. Le charme et le génie inventif de Cathy conduisent bientôt Lachard à la ruine. Mais Bordas et Charlie reparaissent réclamant sans ménagement leur part.

Assurément, Peau de banane n’est pas la comédie la plus connue avec Jean-Paul Belmondo. Mais elle fait partie de ce lot de films post-À bout de souffle et pré-L’Homme de Rio, dans lesquels Bebel (dans un rôle qui annonce étonnamment celui qu’il tiendra dans Le Guignolo de Georges Lautner) s’en donne à coeur joie, insuffle son incroyable énergie à ses camarades de jeu, qui ont souvent bien du mal à le suivre. Peau de banane est un film (très) bavard. Certes, les dialogues écrits par le cinéaste, Daniel Boulanger et Claude Sautet sont très plaisants à écouter, mais l’abondance des répliques peut parfois fatiguer, d’autant plus qu’une voix-off est ajoutée à certains moments. Mais les numéros d’acteurs l’emportent haut la main et à ce titre, voir la confrontation Jean-Paul Belmondo-Alain Cuny vaut son pesant, deux écoles et donc deux rythmes opposés, deux caractères aussi, le second ayant fait savoir qu’il ne supportait pas le premier, surtout quand il sortait avec ses potes pour aller faire la bringue.

Bebel et Jeanne Moreau sont parfaits, en véritable osmose, la comédie allant extrêmement bien à l’actrice (habillée par Pierre Cardin), qui visiblement avait bien besoin de se dérider après La Nuit de Michelangelo Antonioni, Eva de Joseph Losey, Le Procès d’Orson Welles et Le Feu follet de Louis Malle. Comme dans Jules et Jim de François Truffaut, celle-ci nous gratifie même d’une petite chanson, Embrasse-moi, signée des auteurs du légendaire Tourbillon de la vie. Rien à redire sur la technique. Marcel Ophüls sait filmer ses acteurs et les met en valeur via un cadre large merveilleusement éclairé par Jean Rabier (L’Oeil du malin, Madame Bovary, De la part des copains, En toute innocence) et les plus observateurs noteront dans le générique le nom de deux assistants, Costa-Gavras (1er assistant réalisateur) et Claude Zidi (1er assistant opérateur), tandis qu’un certain Claude Pinoteau était en charge de la coopération technique.

Le spectateur sait qu’il n’est pas devant un grand film, mais il ne reste pas moins complice de cette fantaisie pleine de rebondissements et joliment emballée (les scènes dans les dunes de sable sont superbes), témoignage du cinéma d’antan (quand on pouvait fumer dans l’avion, quand on se préparait un « drink », quand on faisait la « bombe », quand on giflait une fille et que tout le monde trouvait ça normal) et puis il serait dommage de bouder un film – qui avait attiré près de deux millions de spectateurs à sa sortie – qui dans un même plan réunit Jean-Paul Belmondo, Jeanne Moreau, Jean-Pierre Marielle et Claude Brasseur !

LE BLU-RAY

Vous avez demandé la nouvelle vague Coin de Mire Cinéma ? La voici et autant vous dire que les fans et collectionneurs vont être ravis ! Vous retrouverez cette fois Un aller simple (1971, restauré HD) et Où est passé Tom ? (1971, restauré 4K) de José Giovanni, Peau de banane (1963, restauré 4K) de Marcel Ophüls et Échappement libre (1964, restauré 4K) de Jean Becker, ainsi que Tout l’or du monde (1961, restauré 4K) de René Clair, soit cinq nouveaux titres qui rejoignent la collection dite de La Séance Sélection, qui a démarré en octobre 2018 et que nous accompagnons depuis les débuts. Aujourd’hui, nous nous penchons sur Peau de banane. Dix ans après une première édition en DVD chez Sidonis Calysta, le film de Marcel Ophüls apparaît chez Coin de Mire Cinéma, à la fois en DVD, mais aussi pour la première fois en Blu-ray, dans un nouveau master restauré 4K. Le disque HD repose dans un boîtier classique de couleur noire. Jaquette comme toujours très élégante, qui arbore les couleurs habituelles de l’anthologie. Le tout est glissé dans un surétui cartonné, liseré bleu. Le menu principal est fixe et musical. Si vous désirez en savoir plus sur cette collection, n’hésitez pas à relire notre critique d’Archimède le clochard, la première que nous avons réalisée pour le compte de l’éditeur !

Si vous sélectionnez de visionner le film en mode « Séance », l’éditeur vous propose de regarder Peau de banane en 16/9 ou en 21/9, format d’image ultra-large au ratio d’environ 2,33:1, offrant une largeur 30 % plus importante qu’un écran standard 16:9. En plus de la succession du programme habituel, nous trouvons aussi la bande-annonce du Meurtrier de Claude Autant-Lara.

Les actualités de la 42e semaine de cette année 1963 sont chargées (11’). On démarre par les premières images de l’inauguration du stade olympique national de Tokyo, où doivent se dérouler les J.O. en 1964, le tout devant le prince Akihito et près de 100.000 spectateurs. Pendant ce temps, le boxeur Sugar Ray Robinson, 43 ans, reprend les gants, puis on se recueille (comme Jean-Claude Brialy) devant le cercueil d’Édith Piaf, tandis qu’en Italie, des images impressionnantes dévoilent l’ampleur des dégâts suite à la catastrophe de Vajont, la plus meurtrière de l’histoire en Europe, où l’effondrement d’un barrage a fait plus de 1700 morts. Vient alors un reportage filmé en Algérie, qui se penche sur le bouclage de la Kabylie par les troupes de l’armée nationale populaire, ainsi que sur les « bienfaits » de la France dans le pays. Les commentaires parlent d’eux-mêmes « La coopération franco-algérienne enregistre un bilan positif, comme celui de l’enseignement. La France reste présente en Algérie ! Peu importe les divergences, cet apport de la France, ce ciment, demeure essentiel pour l’avenir de l’Afrique et l’Algérie le sait bien et continue à apprendre à ses enfants, les bons vieux airs de notre pays » (les enfants chantent Frère Jacques). On termine ce bulletin d’informations par l’annonce de la mort de Jean Cocteau, ainsi que par un appel au don par Louis Jacquinot (Ministre d’État, chargé des Départements et Territoires d’Outre mer du second gouvernement Pompidou) pour en venir en aide aux Antilles, victimes du cyclone Edith.

On en vient aux Réclames publicitaires d’avant-séance ! 7 minutes durant lesquelles on se régale, non pas de quelques produits, mais de la mise en scène très recherchée de certains spots. On reconnaîtra Patrice Laffont, 24 ans, dans une pub pour les bonbons Pschitt (on y voit la devanture du Gaumont Ambassade qui jouait Les 55 jours de Pékin de Nicholas Ray), avant d’admirer la résistance des montres Kelton (« garanties tous risques pendant un an et à partir de 29,95 francs ! »). Puis, gros plans sur les nouvelles sauces Maggi (« Ma joie ! »), la Meuse (« La bière la plus vendue en France ! »), les stylos Bic, la lessive Persil (« qui lave encore plus blanc ! ») et le rasoir Remington Roll-a-matic (« le premier rasoir électrique réglable ! »).

L’indispensable Julien Comelli nous présente Peau de banane (24’). Le journaliste spécialiste de la culture pop, commence son excellente intervention, en évoquant le parcours atypique de Marcel Ophüls, qui avait démarré au cinéma à travers la fiction, avant de devenir très célèbre pour son film documentaire Le Chagrin et la Pitié (1971). Il passe très rapidement au film qui nous intéresse aujourd’hui, en parlant de l’adaptation du roman de Charles Williams, publié en 1956 dans la collection Série Noire, sous le titre Peaux de bananes (au pluriel) et lauréat du grand prix de littérature policière. Il énumère les noms de ceux qui ont participé à cette transposition (dont Sébastien Japrisot, même s’il n’est pas inscrit au générique). Les conditions de tournage, le casting, la sortie et tout un tas d’anecdotes liées à la production sont aussi les sujets de ce bonus.

Nous terminons par une petite interview de Jean-Paul Belmondo (2’45), de passage à Lille pour présenter Peau de banane. Le comédien évoque son personnage et l’histoire du film, puis déclare qu’il se prépare à tourner Échappement libre de Jean Becker, avant de conclure en disant « J’ai trois enfants qui me comblent de joie, ma carrière marche très bien, alors j’aurais tort de pas être heureux ! ».

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces issues du catalogue de l’éditeur, dont celle des Tribulations d’un chinois en Chine, qui sera probablement présenté en 4K UHD.

Pour info, Coin de Mire Cinéma n’a pas repris le documentaire présent sur l’ancien DVD Sidonis. Il s’agissait d’un reportage sur la carrière de Jean-Paul Belmondo, tiré de la série Les Grands séducteurs du cinéma (2002 – 27’), constitué d’archives et de plusieurs entretiens avec Bébel réalisés en 1964 et 1999, alors que le comédien se préparait dans sa loge, avant d’entrer en scène pour Frédérick ou le boulevard du crime d’Éric-Emmanuel Schmitt. Ce documentaire s’attardait notamment sur les débuts au cinéma de Jean-Paul Belmondo, abordait ses premiers rôles, sa rencontre avec Jean-Luc Godard, sa (fausse) rivalité avec Alain Delon et ses succès dans les années 1960, 1970 et 1980. Jean Becker, Jean-Claude Brialy et Philippe de Broca évoquaient quant à eux leurs collaborations avec l’acteur.

L’Image et le son

Coin de Mire Cinéma présente une nouvelle restauration 4K de Peau de banane, réalisée par Les Films du Jeudi, avec le soutien de OCS et la participation de l’éditeur. Exit l’ancien master mi-figue mi-raisin, qui présentait une image avec peu de poussières et d’autres scories, et surtout un grain original bien trop lissé ! Retour à la case départ pour Peau de banane et ce lifting permet enfin de redécouvrir la comédie de Marcel Ophüls dans les meilleures conditions, vraisemblablement définitives. On retrouve enfin la texture argentique qui manquait sur l’édition Sidonis, ainsi que des contrastes rééquilibrés, sans noirs bouchés, une luminosité digne de ce nom et des visages, anciennement à l’apparence cireuse, qui récupèrent leur véritable aspect. Le cadre large offre une profondeur de champ inédite et bienvenue, l’image est stable, sans aucun moirage sur les vestes à carreaux des comédiens (ce qui était le cas chez Sidonis), sans fourmillement, ni décrochages sur les fondus enchaînés. Blu-ray au format 1080p.

Seule une piste Mono 2.0 est disponible, accompagnée cette fois des sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, absents de l’ancienne édition. L’écoute est propre, dépourvue du moindre souffle parasite, tandis que certains dialogues, repris en postsynchronisation, autrefois légèrement grinçants et manquant sensiblement d’intelligibilité, retrouvent ici une belle clarté.

Crédits images : © Coin de Mire Cinéma / Sud Pacifique Films / Capitole – 1988 Les Films du Jeudi / Raymond Cauchetier / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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