Test du Blu-ray / Troubles, réalisé par Wolfgang Petersen

TROUBLES (Shattered) réalisé par Wolfgang Petersen, disponible en DVD & Blu-ray le 16 juin 2026 chez L’Atelier d’Images.

Acteurs : Tom Berenger, Bob Hoskins, Greta Scacchi, Joanne Whalley, Corbin Bernsen, Debi A. Monahan, Bert Rosario, Jedda Jones…

Scénario : Wolfgang Petersen, d’après le roman de Richard Neely, The Plastic Nightmare

Photographie : László Kovács

Musique : Alan Silvestri

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1991

LE FILM

Dan Merrick est victime d’un grave accident de voiture lors d’une sortie de route dans une région montagneuse près de San Francisco. Rescapé, l’impact provoque des lésions cérébrales, ce qui entraîne l’amnésie totale de Dan. Après avoir subi une intervention chirurgicale pour réparer son visage défiguré par l’accident, Merrick tente progressivement de se réinsérer dans sa vie sociale, en reprenant le poste qu’il occupait et en étant aidé par son épouse Judith qui est très avenante pour lui faire retrouver un maximum de souvenirs. De sombres flashbacks lui surviennent spontanément et le dirigent vers un secret que presque tous ses proches tentent de lui cacher. De nombreux faits troublants l’incitent à mener l’enquête sur sa vie précédant l’accident.

Quand on évoque le réalisateur allemand Wolfgang Petersen (1941-2002), beaucoup de cinéphiles pensent immédiatement à sa carrière américaine, marquée par de nombreux hits au box-office, Dans la ligne de mire In the Line of Fire (1993), Alerte ! Outbreak (1995), Air Force One (1997), En pleine tempête The Perfect Storm (2000) et Troie Troy (2004, son plus grand succès dans le monde avec près d’un demi-milliard de dollars de recettes). Mais bien avant ces cartons successifs, Wolfgang Petersen s’était déjà fait un nom. La première consécration viendra dès son quatrième long-métrage, Le Bateau Das Boot (1981), qui amasse près de cent millions de dollars (convertissez en deutsche marks). Il obtient de ce fait les commandes du mythique L’Histoire sans fin Die unendliche Geschichte (1984), ou The NeverEnding Story, titre de la chanson composée par Giorgio Moroder et chantée par Limahl, grosse production de près de 30 millions de dollars, soit le film le plus cher jamais encore produit en Allemagne. Là encore, carton mondial, y compris outre-Atlantique, où Hollywood commence à se dire que le réalisateur, à l’instar d’un Paul Verhoeven, en a sérieusement sous le capot. 1985, en raison de mécontentements de la production, Wolfgang Petersen remplace au pied levé son confrère Richard Loncraine pour le tournage d’Enemy Enemy Mine, film de science-fiction porté par Dennis Quaid, alors que Terry Gilliam et David Lynch avaient été envisagés. Cela permet au cinéaste d’avoir un vrai premier pied dans la Mecque du cinéma. C’est là qu’apparaît Troubles Shattered, d’après le roman Cauchemar sous plastique de Richard Neely, projet personnel qu’il écrit seul qu’il parvient à mener du début à la fin et à faire distribuer par la MGM. Brillant exercice de style, dans lequel Wolfgang Petersen déclare tout son amour au cinéma d’Alfred Hitchcock, Troubles s’inscrit dans la veine des polars du style Sang chaud pour meurtre de sang-froid, À double tranchant, Malice, Présumé Innocent…Ou quand le thriller psychologique commençait à flirter avec l’érotisme, mais n’y plongeait pas encore tout à fait. Cela viendra pourtant peu de temps après avec Basic Instinct, Harcèlement, The Last Seduction…En dépit de son twist final qui se devine à mi-parcours, Troubles, qui rappelle aussi étrangement l’excellent Diaboliquement vôtre (1967) de Julien Duvivier, demeure un parfait représentant du genre, rempli de fausses pistes et de manipulations, magistralement mis en scène et interprété par le trio vedette Tom Berenger, Greta Scacchi et Bob Hopskins.

Alors qu’ils roulent de nuit le long de la côte nord de la Californie, l’architecte Dan Merrick et son épouse Judith sont victimes d’un accident de voiture. Dan subit de graves blessures ainsi qu’un traumatisme crânien, ce qui entraîne une amnésie. Après une importante chirurgie reconstructrice, il rentre chez lui sous les soins de Judith. Dan compte sur ses proches pour l’aider à reconstituer son passé, notamment sur son associé Jeb Scott et l’épouse de ce dernier, Jenny. Il est en proie à de fréquents flash-back qu’il interprète comme des souvenirs des événements ayant précédé l’accident. Dan relève des incohérences dans les récits concernant sa vie passée. Il découvre des photos de Judith au lit avec un autre homme. Il trouve également une facture élevée provenant d’une animalerie et interroge le propriétaire, Gus Klein. Ce dernier lui explique que le paiement correspondait à des services de détective privé visant à surveiller Judith ; l’enquête avait révélé qu’elle entretenait une liaison avec un certain Jack Stanton. Dan prend Judith en filature.

Il y a ce côté Hollywood Night, compilation de téléfilms érotiques qui faisait les belles nuits de TF1 dans les années 1990. Si vous avez été adolescent ces années-là, vous vous en souvenez forcément. Mais la réalisation de Troubles n’a rien à voir et on sent que Wolfgang Petersen a voulu profiter de cette occasion pour dévoiler son savoir-faire. Soutenu par un montage assez virtuose signé Glenn Farr (L’Étoffe des héros, Runaway : L’Évadé du futur, Commando), le cinéaste choisit San Francisco comme lieu principal de tournage, ce qui convoque d’emblée l’âme de Sueurs froidesVertigo (1958), qui comme pour beaucoup de réalisateurs, a été une œuvre matricielle et déterminante.

Outre Tom Berenger, dans un rôle prévu pour William Hurt et Bruce Willis, et qui sortait de Né un 4 juillet Born on the Fourth of July d’Oliver Stone, le rôle de la femme fatale est confié à la somptueuse Greta Schacchi, la même année que Présumé Innocent Presumed Innocent d’Alan J. Pakula, qui crève l’écran, que dis-je, le brûle, l’explose. Wolfgang Petersen et son chef opérateur, le légendaire László Kovács (Easy Rider, Cinq Pièces Faciles, New York, New York, SOS Fantômes) ont bien compris qu’ils tenaient là un diamant rare et la filment sous tous les angles. Bob Hoskins tire facilement son épingle du jeu également et apporte l’humour nécessaire pour laisser au spectateur le temps de respirer un peu. Notons la présence, toujours marquante, de la non moins belle et talentueuse Joanne Whalley (-Kilmer à cette époque), inoubliable Sorsha de Willow de Ron Howard et elle aussi femme venimeuse dans le remarquable Kill Me Again de John Dahl.

Wolfgang Petersen profite de ses merveilleux décors naturels pour y perdre ses personnages, perdus dans l’immensité d’une forêt d’arbres géants, dans le brouillard (qui reflète celui que Dan a dans la tête), ou cette étrange épave de bateau qui apporte au film un petit côté fantastique, impression renforcée par la composition du maestro Alan Silvestri. C’est d’ailleurs dans ce vieux bâtiment que Dan obtiendra les réponses à toutes ses questions.

Produit pour 22 millions de dollars, Troubles peine à attirer les spectateurs aux États-Unis. Néanmoins, le film tape dans l’oeil de la Columbia Pictures, qui décide de confier à Wolfgang Petersen rien de moins que le thriller Dans la ligne de mire In the Line of Fire, qui sera interprété par Clint Eastwood et qui restera l’un des plus grands succès de l’illustre carrière du comédien sur le sol américain.

LE BLU-RAY

Troubles avait bénéficié d’une première sortie en DVD en 2009, chez Pathé. Depuis, plus rien ! Il aura donc fallu attendre plus de quinze ans pour que le film de Wolfgang Petersen débarque en Blu-ray en France. C’est désormais chose faite, grâce aux bons soins de L’Atelier d’Images. Le visuel de la jaquette, glissée dans un boîtier classique de couleur bleue, met les visages des trois acteurs principaux en avant, autour d’un bris de glace, élément qui revient à plusieurs reprises dans l’histoire. Le menu principal est fixe et musical.

L’éditeur s’est tourné vers Marc Godin pour nous présenter Troubles (17’). Le journaliste et critique chez Technikart revient sur la carrière du « cinéaste des tourments intérieurs et des tempêtes majestueuses », sur ses premières œuvres européennes, ses grands succès qui lui ont offert un passeport pour Hollywood, où il allait signer une bonne demi-douzaine de blockbusters. Troubles, projet personnel qu’il caressait depuis de nombreuses années et dont il avait personnellement acheté les droits d’adaptation au cinéma du roman Cauchemar sous plastique de Richard Neely, sera sa première porte d’entrée puisqu’il s’agit de son premier long-métrage entièrement tourné aux États-Unis. Le casting et l’équipe technique sont passés au peigne fin, tout comme les lieux et les conditions de tournage. L’influence d’Alfred Hitchcock, mais aussi du Film noir des années 1940-50, ainsi que l’accueil mitigé sont également les sujets abordés au cours de cette intervention.

On est un plus mitigé quant à l’analyse de séquence, également proposée par Marc Godin (5’). Devant un lecteur portable, le journaliste-critique se penche sur la scène où Dan se rend à l’animalerie de Gus Klein, histoire d’en savoir plus sur la note élevée de plusieurs milliers de dollars qu’il a à lui payer. Soyons honnêtes, ce supplément n’apporte rien ou pas grand-chose, Marc Godin se contentant la plupart du temps de paraphraser ce qui se déroule à l’écran.

En plus de la bande-annonce, l’éditeur fournit aussi le making-of promotionnel d’époque (4’). Court, ce module montre entre autres le réalisateur à l’oeuvre sur le plateau, tandis qu’il qualifie la performance de Tom Berenger comme étant « sa meilleure depuis Platoon ». Les acteurs évoquent brièvement les personnages, l’histoire et leur travail avec Wolfgang Petersen.

L’Image et le son

C’est avec autant de surprise que de satisfaction, que nous voyons Troubles revenir dans les bacs, pour la première fois en Haute-Définition, sous les couleurs de L’Atelier d’Images. En revanche, l’éditeur semble reprendre le master édité par Kino Lorber en 2015. Autant dire que la qualité technique ne peut rivaliser avec une restauration 4K ou même 2K plus récente. L’âge de la copie, se ressent, quand bien même la qualité est on ne peut plus convenable. On constate tout de même quelques poussières diverses, surtout en début de programme, durant le générique d’ouverture. L’ensemble se stabilise par la suite, les détails sont plutôt convaincants, tout comme les contrastes et l’intensité de la palette chromatique. Au jeu des comparaisons, les scènes nocturnes ou tamisées sont les plus faibles du lot, surtout quand le brouillard s’en mêle, avec des noirs qui perdent leur densité. Le grain argentique est qui plus est trop lissé à notre goût.

La version originale est la seule du lot à bénéficier d’un mixage DTS-HD Master Audio 5.1. Une option acoustique qui ne fait pas d’esbroufe inutile, mais qui apporte tout de même un petit plus au film, notamment au niveau du superbe score d’Alan Silvestri, qui profite d’une solide spatialisation. Les dialogues sont constamment clairs sur la centrale, mais il faut bien avouer que les latérales restent peu sollicitées en dehors de la musique et des flashbacks de l’accident. Une sensible immersion se fait ressentir dans toutes les scènes en extérieur. La version française doit se contenter d’une Stéréo, de fort bon acabit et au doublage soigné, avec notamment le grand Patrick Floersheim qui prête sa voix à Tom Berenger. L’écoute est propre et dynamique.

Crédits images : © L’Atelier d’Images / MGM / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.