
TENDRE POULET réalisé par Philippe de Broca, disponible en DVD & Blu-ray le 15 septembre 2026 chez Rimini Editions.
Acteurs : Annie Girardot, Philippe Noiret, Catherine Alric, Hubert Deschamps, Paulette Dubost, Roger Dumas, Raymond Gérôme, Guy Marchand…
Scénario : Philippe de Broca & Michel Audiard, d’après le roman Le Commissaire Tanquerelle et le Frelon de Jean-Paul Rouland et Claude Olivier
Photographie : Jean-Paul Schwartz
Musique : Georges Delerue
Durée : 1h46
Année de sortie : 1978
LE FILM
Tanquerelle, commissaire de police, a la surprise de constater que le cyclomotoriste qu’elle vient de heurter avec sa voiture n’est autre qu’Antoine Lemercier, un ancien camarade de classe qu’elle n’a pas vu depuis 20 ans. Ces retrouvailles donnent lieu à un coup de foudre, mais Lise cache sa profession à Antoine, devenu professeur de grec et farouchement anti-police. Parallèlement à cette romance naissante, Lise doit enquêter sur une série de meurtres bizarres : trois députés assassinés successivement, un poinçon planté dans le dos.

Philippe de Broca (1933-2004) vient d’enchaîner deux gros succès avec Le Magnifique (1973, 2,8 millions d’entrées) et L’Incorrigible (1975, 2,6 millions d’entrées), mais Julie pot de colle est une déception au box-office en 1977 et n’attire que 645.000 spectateurs dans les salles. L’année suivante, le cinéaste retrouve Michel Audiard, scénariste et dialoguiste de L’Incorrigible, pour Tendre poulet, une comédie policière pour laquelle il confie les rôles principaux à Philippe Noiret, rencontré en 1970 sur le tournage des Caprices de Marie, et Annie Girardot (qui pour l’anecdote incarne ici la première commissaire de police du cinéma français), avec qui la première collaboration remonte à 1964 pour Un monsieur de compagnie. Petit bijou de scénario, interprétation divine, rythme effréné, comédie-policière (les meurtres peuvent faire leur effet sur le jeune public) à l’humour noir, tendre et dévastateur, Tendre poulet est un joyau du cinéma français des années 70, du pur Philippe de Broca.


Commissaire à la P.J., Lise Tanquerelle manque d’écraser un motocycliste distrait en qui elle reconnaît avec émotion Antoine Lemercier, un ancien camarade de « Louis Le Grand », qu’elle a aimé et qui est devenu un helléniste distingué (et choriste amateur). À peine se sont-ils retrouvés qu’ils ne songent qu’à se voir plus souvent possible. Mais le métier de Lise, qu’elle dissimule à Antoine, est contraignant, et leurs rencontres sont constamment perturbées par la sonnerie d’un « bipper ». Lise enquête en effet sur les assassinats de plusieurs députés qui se sont produits dans des circonstances similaires. Sa nervosité, ses départs en trombe, son affairement bousculent et désarçonnent le paisible professeur, qui ne tarde pas à découvrir les occupations de sa bien-aimée quand il est arrêté au cours d’une manifestation étudiante. Vexé, il refuse d’être libéré par les soins de Lise puis, le lendemain, de descendre du train qu’il prenait pour aller bouder à Honfleur, et qu’elle a fait stopper pour se réconcilier avec lui. Mais après le meurtre d’un troisième député, on lui retire l’affaire. Lise peut donc rejoindre Antoine et penser enfin à elle. Mais l’enquête reste ouverte et le naturel revient vite au galop…


Comme toujours chez de Broca, de merveilleux seconds couteaux épaulent idéalement les deux stars principales. Hubert Deschamps apparaît dans un rôle inattendu, à la fois inquiétant et pathétique, Paulette Dubost (formidable dans la peau de la mère de Tanquerelle), Roger Dumas, Raymond Gérôme et Jacques Frantz en collègues à la fois sous le charme de Tanquerelle et devant composer avec son fort caractère, Guy Marchand (suintant, donc génial), Georges Wilson (toubib et député rattrapé par sa vie dissolue) et la délicieuse Catherine Alric, déjà aperçue dans L’Incorrigible et Julie pot de colle, qui trouve ici un rôle plus important et dont la ressemblance avec Catherine Deneuve demeure toujours aussi impressionnante.


L’alchimie entre le couple star, qui s’était déjà donné la réplique dans Le Rendez-vous (1961) de Jean Delannoy, La Vieille fille (1971) de Jean-Pierre Blanc et dans La Mandarine d’Édouard Molinaro (1972) est irrésistible, l’histoire – tout comme la partition de l’immense Georges Delerue – fonctionne parfaitement sur les deux registres avec cette commissaire de police survoltée (sensationnelle Annie Girardot) qui tente de concilier sa vie de femme suite aux retrouvailles avec un ancien camarade d’université (Philippe Noiret, la classe), avec une enquête sur l’assassinat de trois députés-parlementaires.


Tendre poulet, très libre adaptation du roman Le Commissaire Tanquerelle et le Frelon (1976) de Jean-Paul Rouland et Claude Olivier, a très bien vieilli – sauf au niveau des papiers peints et de l’esthétique seventies certes – et reste un savoureux divertissement populaire et raffiné. Le film a conquis les spectateurs dès sa sortie en janvier 1978 (1,8 million d’entrées), permettant à Philippe de Broca de renouer avec le succès. Un an plus tard sort Le Cavaleur avec Jean Rochefort, qui connaît un accueil plus mitigé (un million d’entrées), puis le réalisateur et Michel Audiard décident de donner une suite aux aventures de Tanquerelle et Lemercier. Ce sera On a volé la cuisse de Jupiter.


LE BLU-RAY
Plus de dix ans après sa première apparition en HD dans les bacs (c’était chez TF1 Studio), Tendre poulet refait surface, toujours en Blu-ray, sauf que le film de Philippe de Broca change de crèmerie, en l’occurrence Rimini Éditions. Le disque repose dans un boîtier classique de couleur bleue. Le menu principal est animé sur la musique de Georges Delerue. On aurait aimé retrouver le visuel de l’affiche originale d’exploitation, mais la jaquette est raccord avec la nouvelle Collection Philippe de Broca proposée par Rimini Éditions, qui présente à nouveau Le Bossu, Tendre poulet, On a volé la cuisse de Jupiter, Le Cavaleur et L’Amant de 5 jours.

L’éditeur reprend les mêmes bonus que l’édition TF1. Outre la bande-annonce composée essentiellement de prises alternatives, nous bénéficions d’une petite interview fort sympathique de Catherine Alric (7′). La comédienne qui interprète Christine dans Tendre poulet, partage ses souvenirs liés au tournage du film de Philippe de Broca et évoque notamment sa marraine de cinéma Annie Girardot. Réalisé par Jérôme Wybon, ce petit module est sans doute trop court, mais sait aller à l’essentiel, tandis que de superbes photos du tournage illustrent l’ensemble. Ah oui, il nous a fallu quelques minutes pour nous rendre compte que Catherine Alric n’était pas seule à l’image…








L’Image et le son
Comme il s’agit de la même copie précédemment éditée par TF1 Studio, voici ce que l’auteur de ces mots en disait en 2015 : Ce master HD permet enfin de revoir Tendre poulet dans de bonnes conditions techniques. L’image est très propre, mais point de miracle concernant la photo de Jean-Paul Schwartz (Le Cavaleur, On a volé la cuisse de Jupiter) qui demeure parfois peu avenante en Blu-ray, même en 1080p. Il n’y a pas à dire, certains papiers peints des années 1970 restent affreux en Haute Définition et les couleurs hétérogènes passent mal le cap du petit écran. La stabilité est de mise grâce à un codec AVC de bon aloi, la clarté est très agréable, les contrastes ont été revus à la hausse. Il en est de même pour le piqué, inédit et ciselé aux moments opportuns, le grain est relativement bien géré et la texture plutôt agréable. Les flous occasionnels nous semblent d’origine. Notons tout de même que les séquences tournées en extérieur sont celles qui profitent le plus de cette élévation HD.

Le mixage DTS-HD Master Audio Mono instaure un réel confort acoustique. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. La composition de Georges Delerue perce légèrement les tympans, mais rien de bien méchant, son nouvel écrin phonique est finalement agréable. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.



Crédits images : © Rimini Éditions / TF1 Studios / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
