Test Blu-ray / Le Cavaleur, réalisé par Philippe de Broca

LE CAVALEUR réalisé par Philippe de Broca, disponible en DVD & Blu-ray le 20 août 2026 chez Rimini Editions.

Acteurs : Jean Rochefort, Annie Girardot, Nicole Garcia, Danielle Darrieux, Catherine Alric, Lucienne Legrand, Carole Lixon, Jean Desailly, Lila Kedrova…

Scénario : Philippe de Broca & Michel Audiard

Photographie : Jean-Paul Schwartz

Musique : Georges Delerue

Durée : 1h42

Année de sortie : 1979

LE FILM

Pianiste réputé, Edouard Choiseul ne cesse de courir entre contingences professionnelles et sentimentales. Quand son épouse menace de le quitter, il décide de consacrer un peu de temps à sa famille.

Entre Tendre poulet (1978, 1,8 million d’entrées) et On a volé la cuisse de Jupiter (1980, 1,6 million d’entrées), Philippe de Broca prend le temps d’emballer Le Cavaleur, délicieuse, virtuose escapade parisienne et provinciale, trop souvent oubliée dans la filmographie du cinéaste de L’Homme de Rio. Pourtant, Le Cavaleur est un véritable trésor, un vrai chef d’oeuvre à réhabiliter de toute urgence, comme Le Roi de coeur (1966), qui lui aussi ne faisait pas partie des opus les plus diffusés du réalisateur et qui a su conquérir un nouveau public, bien après sa sortie. Jean Rochefort, pour sa quatrième et dernière collaboration avec Philippe de Broca (après Cartouche, Les Tribulations d’un chinois en Chine et Le Diable par la queue), virevoltant, accède ici au rôle principal et s’avère sensationnel, magistral, irrésistible dans le rôle-titre. Il livre probablement une de ses plus grandes prestations. Son personnage est fort bien entouré par les femmes de sa vie, interprétées par une distribution de premier ordre, de Nicole Garcia (divine et qui allait ravir réellement le coeur de Jean Rochefort, on le comprend) à Annie Girardot (entre deux volets de la saga Lise Tanquerelle), en passant par Danielle Darrieux (alors âgée de 70 ans), Catherine Alric (espiègle) et Catherine Leprince (vue dans Bilitis de David Hamilton), respectivement épouse, ex-femme, ancienne maîtresse, maîtresse du moment, sans oublier sa grande fille Pompon et ses deux enfants en bas âge.

Mais au fait, qui est Edouard Choiseul ? Un homme dans la cinquantaine, pianiste virtuose, qui ressent un besoin constant de plaire aux femmes. Celui-ci court à divers rendez-vous avec son épouse, Marie-France, sa maîtresse, l’adorable et naïve Murielle, son imprésario, l’exigeante Olga, sa première épouse, Lucienne, dont il a eu une fille, et de nombreuses amitiés féminines, cultivées tout au long des années. Pour l’heure, Murielle l’attend à la gare de Lyon pour une escapade à Chamonix, tandis qu’il répète à la salle Pleyel, en compagnie de quelques musiciens russes, sous les yeux d’Olga.

Philippe de Broca signe une nouvelle fois une comédie où son humour, à la fois tendre et subtilement désenchanté, fait mouche. Il ne fait aucun doute que Le Cavaleur demeure un des films les plus personnels de Philippe de Broca, comme l’étaient ses premiers longs-métrages avec Jean-Pierre Cassel, qui tous reflétaient une part autobiographique de leur auteur. Inspiré par sa propre relation avec les femmes, le cinéaste a voulu rendre hommage à celles qui représentent et qui ont représenté une partie de sa vie. Comme dans ses films d’aventures, Philippe de Broca mène son récit à vitesse grand V, la musique (méconnue, à écouter séance tenante donc) composée par Georges Delerue est superbe et la photo de Jean-Paul Schwartz (Une robe noire pour un tueur, Une affaire d’hommes, Un nuage entre les dents) met tout le monde en valeur, surtout les comédiennes.

Si Le Cavaleur démarre sur les chapeaux de roue avec des répliques à se damner signées par le maître Michel Audiard (comme L’Incorrigible, Tendre poulet et sa suite) et une dynamique contagieuse, le film prend ensuite une tournure insolite, au fur et à mesure que le personnage principal, en pleine crise existentielle, qui cherchait alors à fuir son quotidien, se rend compte de l’inutilité de courir après sa jeunesse et du vide qu’il est en train de faire autour de lui. Il est soudain rattrapé par les années qui ont passé et la futilité d’avoir vécu trop d’histoires, trop vite, dans le seul but de la jouissance ponctuelle et de la fuite du quotidien.

Le Cavaleur, que l’on pourrait rapprocher du célèbre Alfie, le dragueur (1966) de Lewis Gilbert, dans lequel Michael Caine multipliait les conquêtes, se teinte alors de mélancolie, d’humour et d’humeur noires. Jean Rochefort n’en est que plus beau et atteint le sublime. Un bijou bourré de charme, suprêmement élégant, pourtant mal accueilli par la critique et qui franchira avec peine le million d’entrées à sa sortie.

LE BLU-RAY

Plus de dix ans après sa première apparition en HD dans les bacs (c’était chez TF1 Studio), Le Cavaleur refait surface, toujours en Blu-ray, sauf que le film de Philippe de Broca change de crèmerie, en l’occurrence Rimini Éditions. Le disque repose dans un boîtier classique de couleur bleue. Le menu principal est animé sur la musique de Georges Delerue. On aurait aimé retrouver le visuel de l’affiche originale d’exploitation, mais la jaquette est raccord avec la nouvelle Collection Philippe de Broca proposée par Rimini Éditions, qui présente à nouveau Le Bossu, Tendre poulet, On a volé la cuisse de Jupiter, Le Cavaleur et L’Amant de 5 jours.

Outre la bande-annonce restaurée, Rimini Éditions reprend le passionnant documentaire rétrospectif sur Le Cavaleur, intitulé L’Art de la fugue (29′), réalisé par Jérôme Wybon, composé d’interviews indispensables de Henri Lanoë (monteur), Yves Agostini (caméraman), Jean Rochefort, Catherine Alric, Jean-Paul Rappeneau et même Philippe de Broca et Michel Audiard via quelques précieuses archives audio-visuelles. Excellemment rythmé et documenté (photos de plateau, images de de Broca en plein travail), ce module, véritable modèle du genre, compile les anecdotes (Vittorio Gassman a été envisagé, puis Yves Montand qui a décliné l’offre) et les impressions de tournage, tout en dessinant le portrait du cinéaste Philippe de Broca.

L’Image et le son

Fort d’un master – identique à celui proposé par TF1 Studio en 2015 – au format respecté et d’une compression AVC qui consolide l’ensemble, ce Blu-ray restauré 2K en met souvent plein les yeux, surtout sur les séquences en extérieur. La restauration est étincelante, les contrastes impressionnants, la copie est propre et lumineuse. Les détails étonnent par leur précision, les gros plans sont superbes, les couleurs retrouvent un éclat inespéré, le relief des séquences diurnes est inédit et le piqué demeure acéré. À chaque apparition de la divine Nicole Garcia, la photo paraît ouatée et s’avère plus claire. La définition flanche légèrement durant le générique et sur quelques petites séquences, mais cela reste anecdotique. Un formidable lifting !

Le mixage DTS-HD Master Audio Mono instaure un bon confort acoustique, même si les dialogues auraient pu parfois être plus mordants. Toutefois, ils ne manquent pas de clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. La composition de Georges Delerue, mais aussi celles de Beethoven, Schumann, Bach et Offenbach, jouissent également d’un écrin phonique somptueux. Les sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants sont également disponibles.

Crédits images : © Rimini Éditions / TF1 Studios / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.