Test Blu-ray / Cartouche, réalisé par Philippe de Broca

CARTOUCHE réalisé par Philippe de Broca, disponible en combo Blu-ray/DVD le 6 novembre 2019 chez Studiocanal

Acteurs : Jean-Paul Belmondo, Claudia Cardinale, Jess Hahn, Marcel Dalio, Jean Rochefort, Philippe Lemaire, Noël Roquevert, Odile Versois, Paul Préboist…

Scénario : Marcel Boulanger, Philippe de Broca, Charles Spaak

Photographie : Christian Matras

Musique : Georges Delerue

Durée : 1h54

Date de sortie initiale : 1962

LE FILM

Révolté par la tyrannie de Malichot, le chef de la truanderie, un jeune et habile voleur nommé Dominique brave son autorité. Il sauve sa vie en s’engageant, sous le nom de Cartouche, dans l’armée, où il se lie d’amitié avec La Taupe et La Douceur. Mais les aléas de la gloire militaire conviennent mal au trio qui déserte après s’être emparé de la solde du régiment. Revenu au repaire de Malichot en compagnie d’une charmante bohémienne appelée Vénus, Dominique distribue son butin aux truands qui aussitôt l’acceptent comme chef…

Amuse-toi, ça empêche de mourir !

A la sortie de Cartouche en mars 1962, Jean-Paul Belmondo n’a que 28 ans. Depuis son explosion dans À bout de souffle de Jean-Luc Godard deux ans auparavant, le jeune comédien aura enchaîné près d’une quinzaine de longs métrages et non des moindres, avec des réalisateurs aussi illustres que Henri Verneuil (La Française et l’Amour), Vittorio De Sica (La Ciociara), Alberto Lattuada (La Novice), Mauro Bolognini (Le Mauvais chemin La Viaccia) et Jean-Pierre Melville (Léon Morin, prêtre, Le Doulos). Belmondo n’est pas encore Bebel, mais va le devenir avec Cartouche, dans lequel il incarne pour la première fois à l’écran un personnage haut en couleur, charmeur, aussi à l’aise à cheval qu’à l’escrime, tout en cramponnant la taille de sa ravissante partenaire. Cette mutation, on la doit à Philippe de Broca (1933-2004). S’il doit annuler son projet d’adaptation des Trois Mousquetaires (avec Sophia Loren en Milady) en raison du projet similaire et déjà en production du réalisateur Bernard Borderie avec Gérard Barray, le cinéaste obtient l’accord du producteur Alexandre Mnouchkine pour transposer une histoire moins célèbre, celle de Louis Dominique Garthausen (1693-1721), dit Cartouche, brigand et chef de bande ayant sévi dans les rues de Paris, durant la Régence de Philippe d’Orléans. Philippe de Broca se sent alors plus libre et peut enfin montrer ce qu’il a sous le capot avec ce quatrième long métrage. Merveilleusement mis en scène, d’une suprême élégance, drôle, captivant et bouleversant, Cartouche est et demeure l’une des références absolues du film d’aventures hexagonal.

Le film s’inspire du personnage de Cartouche, brigand puis chef de bande, qui sévissait à Paris à la Cour des miracles au début du XVIIIe siècle, sous la Régence. Bagarreur mais charmeur et avec un grand cœur, Cartouche vole la paye du régiment où il avait été enrôlé avec La Douceur et La Taupe, et, accompagnés de la charmante Vénus, ils arrivent à Paris où ils vont prendre le contrôle de la bande de Malichot. Ils détroussent les riches et les puissants avec une certaine bonne humeur, jusqu’à ce que Cartouche tombe amoureux de la femme du Lieutenant général de police, ce qui va lui faire prendre des risques de plus en plus grands.

Regarde ça p’tit ! Demain ça s’ra notre tour !

A travers ses trois premiers longs métrages, Le Farceur (1960), Les Jeux de l’amour (1960) et L’Amant de cinq jours (1961), Philippe de Broca s’était trouvé un parfait alter ego en la présence de Jean-Pierre Cassel. L’ancien élève de l’École technique de photographie et de cinématographie (ETPC) de la rue de Vaugirard et assistant-réalisateur de François Truffaut (Les Quatre Cents Coups) et de Claude Chabrol (Le beau Serge, Les Cousins, À double tour) y imprimait déjà ce qui allait devenir sa marque de fabrique : des dialogues vifs et abondants, un rythme endiablé, des comédiens bondissants. Dans ces trois films, Jean-Pierre Cassel était dansant, agité, une véritable tornade, tel Philippe de Broca lui-même. Suite à sa rencontre avec Jean-Paul Belmondo, le cinéaste souhaite passer à l’étape supérieure. Ce sera une double révélation. D’une part, le réalisateur démontre qu’il peut tenir d’une main ferme un budget conséquent, en prenant un soin tout particulier à la reconstitution historique (les décors et les costumes sont entre autres somptueux), d’autre part Jean-Paul Belmondo s’éloigne de son image véhiculée par la Nouvelle vague en composant un personnage dans la droite lignée de ceux qu’interprétait alors Jean Marais, tout en lui insufflant une véritable modernité. Ce sera le début d’une longue et fructueuse collaboration entre Bebel et de Broca, puisque le tandem se réunira à nouveau sur cinq films, L’Homme de Rio (1964), Les Tribulations d’un Chinois en Chine (1965), Le Magnifique (1973), L’Incorrigible (1975) et le regrettable Amazone (2000).

Nous allons avoir des nuits froides…

Dans Cartouche, Jean-Paul Belmondo, foudroyant de charisme, virevoltant, se glisse avec autant d’aisance que de grâce dans les cuissardes de son personnage, tel un Robin des Bois catapulté au XVIIIe siècle. Magistralement épaulé par la sublime Claudia Cardinale (sa partenaire de La Viaccia), éternelle Vénus, l’armoire à glace et truculent – vous avez dit Portos ? – Jess Hann (La Douceur), l’immense Jean Rochefort (La Taupe) et toute une ribambelle de seconds couteaux toujours très affûtés tels Noël Roquevert et Marcel Dalio, Bebel, à cheval, l’arme – blanche ou à feu – au poing, peut enfin laisser libre cours à sa fantaisie et réaliser lui-même ses propres cascades à l’écran.

Et que ça aille vite !

Philippe de Broca et son complice Daniel Boulanger dépoussièrent le film de cape et d’épée en usant de répliques plus contemporaines que celles habituellement utilisées dans les films d’André Hunebelle (Le Bossu, Le Capitan), tandis que la fougue et la jeunesse des acteurs emportent tout comme un cyclone. Non seulement ça, Philippe de Broca n’a pas peur du romanesque et n’oublie pas l’émotion. Si la mort rôde dès le début du film avec l’exécution d’un voleur en place de Grève, plus le récit avance, plus la mélancolie et une tristesse apparaissent en filigrane, pour exploser lors d’un final extraordinaire, redoutablement sombre, lyrique et pessimiste (la musique de Georges Delerue foudroie le coeur), encore aujourd’hui plutôt culotté pour un tel divertissement. Pas étonnant que Cartouche ait su résister à l’épreuve du temps et toucher à sa sortie plus de 3,6 millions de français. Un chef d’oeuvre inusable.

LE COMBO BLU-RAY/DVD

Tout d’abord disponible en DVD chez Studiocanal dans la collection « Belmondo » en 2001, puis dans un nouveau visuel en 2009, Cartouche débarque enfin en Haute-Définition en 2019 ! Un Digipack qui comprend le DVD et le Blu-ray du film restauré. Si le visuel laisse à désirer, l’éditeur propose celui de l’affiche originale à l’intérieur. Le menu principal est animé et musical.

Pour cette sortie en Blu-ray, Jérôme Wybon est allé à la rencontre d’Alexandra de Broca (épouse de Philippe de Broca) et de Thomas Morales (journaliste). Durant 25 minutes, ces propos croisés replacent Cartouche dans l’oeuvre de Philippe de Broca. Les deux intervenants abordent la genèse du film, les partis pris et les intentions du réalisateur, les thèmes (avec la mort omniprésente tout au long du récit), la fructueuse collaboration Belmondo/de Broca (avec quelques extraits de Chouans !, L’Incorrigible) et bien d’autres éléments passionnants. Un module toujours très bien réalisé et rythmé qui fait le bonheur des cinéphiles.

Déjà présent sur l’édition DVD de Cartouche, nous retrouvons ici le commentaire audio, réalisé sur certaines séquences du film par le grand Claude Carliez, maître d’armes et cascadeur français (1925-2015). Durant près d’une demi-heure, celui qui aura été également le président du Syndicat des cascadeurs français de 1972 à 1984 aborde son travail sur le film de Philippe de Broca, et plus particulièrement sur sa première collaboration avec Jean-Paul Belmondo.

L’Image et le son

L’élévation HD pour Cartouche est aussi frappante que pour les très beaux Blu-ray Studiocanal de L’Alpagueur, Peur sur la ville et Le Corps de mon ennemi. La restauration numérique 4K réalisée par le laboratoire L’Immagine Ritrovata à partir du négatif original est de haut niveau avec des contrastes appréciables, une copie propre, un grain argentique préservé, un piqué élégant et des détails qui étonnent souvent par leur précision (la profondeur de champ est plutôt dingue), en particulier les gros plans, d’une précision inédite. En revanche, nous n’avions pas souvenir d’une image si jaune (l’une des marques de fabrique du laboratoire), même si l’étalonnage a été supervisé par Jean-François Robin, chef opérateur nommé aux César de la meilleure photographie en 1998 pour Le Bossu de Philippe de Broca. Ce Blu-ray fait penser à un écrin de velours pour la belle photographie chatoyante de Christian Matras (Fanfan la Tulipe, Lola Montès, Le Miroir à deux faces), où la couleur rouge est particulièrement mise en valeur aux côtés des dorures. La copie est d’une stabilité à toutes épreuves, l’apport HD éloquent. Alors, si les puristes risquent de tiquer face à ces partis pris jaunâtres, force est de constater que Cartouche n’avait jamais connu pareil traitement et que le lifting est bel et bien présent.

Le mixage français DTS-HD Master Audio Mono 2.0 instaure un bon confort acoustique. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. La composition de Georges Delerue dispose d’un très bel écrin. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription pour les spectateurs mal voyants et non voyants.

Crédits images : © Studiocanal / TF1 DA / Vides S.A.S. (Italie) / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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