Test Blu-ray / Baxter, réalisé par Jérôme Boivin

BAXTER réalisé par Jérôme Boivin, disponible en Blu-ray le 10 septembre 2019 chez Studiocanal

Acteurs : Lise Delamare, Jean Mercure, Jacques Spiesser, Catherine Ferran, Jean-Paul Roussillon, Sabrina Leurquin, Daniel Rialet, Evelyne Didi…

Scénario : Jacques Audiard, Jerôme Boivin d’après le roman de Ken Greenhall

Photographie : Yves Angelo

Musique : Mark Hillman, Patrick Roffé

Durée : 1h23

Date de sortie initiale : 1989

LE FILM

Baxter est un bull-terrier. Baxter est un chien qui pense et qui juge ses maîtres et les êtres humains en général, et quand il ne les comprend plus, il se débarrasse de cette compagnie encombrante jusqu’à ce qu’il trouve un humain digne de lui.

« Méfiez-vous du chien qui pense… »

C’est un OFNI, un Objet Filmique Non Identifié, sélectionné en compétition officielle au Festival fantastique d’ Avoriaz, qui ne ressemble à aucun autre film connu, une œuvre unique et singulière. Baxter est le premier long métrage réalisé par Jérôme Boivin, qui comptait alors à son actif deux courts intitulés Haute pression fraîcheur garantie (1981) et Café plongeoir (1982). Quand Baxter déboule sur les écrans en janvier 1989, le public, du moins les curieux qui auront été soit attirés par l’affiche insolite soit par la bande-annonce encore plus étrange, reste perplexe devant ce qu’on leur propose à l’écran. Malgré son échec dans les salles, Baxter est devenu un film culte, très prisé par les amateurs de cinéma déviant. Expérimental, inclassable, violent et engagé, sombre et pessimiste sur la nature humaine, Baxter est et demeure une véritable expérience cinématographique.

Marguerite Deville reçoit en cadeau d’anniversaire Baxter, un bull-terrier élevé par son gendre et sa fille Florence dans leur chenil. De sombres images de violence l’obsèdent, qu’il s’efforce de réprimer. Mais Marguerite passe de l’antipathie à la peur, puis à l’amour étouffant; elle s’enferme avec lui, malgré les remontrances de son vieil ami André. Baxter, lui, rêve devant la fenêtre au jeune couple qui vient d’emménager, dont il guette les odeurs et les bruits amoureux. Il donne un premier avertissement à Marguerite…

« J’me demande si un jour j’trouverai un humain qui me ressemble ! Qui ne connaisse ni l’amour, ni la peur… »

Vous-êtes vous déjà demandé ce qui pouvait se passer dans la tête du meilleur ami de l’homme ? D’entrée de jeu, avec cette voix-off traînante qui est en réalité celle du chien, dont on adopte alors le point de vue, instaure un malaise qui ne nous lâchera plus durant 1h20. Jérôme Boivin et son co-scénariste, un certain Jacques Audiard, qui avait participé au scénario du Professionnel (1981) de Georges Lautner, Mortelle randonnée (1983) de Claude Miller et Réveillon chez Bob (1984) de Denys Granier-Deferre, plongent les spectateurs dans une atmosphère troublante où le quotidien devient inquiétant. En suivant la trame du roman original de Ken Greenhall (Des tueurs pas comme les autres), les deux auteurs dressent le portrait vénéneux d’un petit facho en devenir, tout cela vu à travers les yeux d’un animal.

On comprend très vite que Baxter, bull-terrier blanc, mystérieux et cinégénique, n’aime personne. Dès sa première apparition, il juge les humains avec lucidité, dénonce avec acuité et cynisme la médiocrité de leur misérable existence. Son mépris grandissant le pousse à adopter un comportement hostile envers les familles qui le recueillent, jusqu’à ce qu’il trouve enfin satisfaction chez un petit garçon fasciné par le IIIème Reich. Baxter a la particularité de penser – avec la voix pesante et monotone du comédien Maxime Leroux – et donc de se faire une opinion sur l’espèce humaine. Finalement, l’individu en qui Baxter se reconnaîtra sera celui auquel on s’attend le moins, puisqu’il s’agit d’un jeune garçon, Charles, interprété par l’étonnant François Driancourt, dans son unique incursion au cinéma. Le chien va comprendre que son nouveau maître violent, cruel et morbide est celui qu’il attendait.

« N’obéissez jamais ! »

Jérôme Boivin et Jacques Audiard embrassent ce sujet avec sérieux, même si quelques touches d’humour noir parsèment les différents chapitres de l’histoire. Alors certes l’interprétation des « humains » laisse parfois à désirer et frôle même souvent l’amateurisme, mais ce qui compte et fonctionne surtout dans Baxter est l’ambiance poisseuse et foncièrement dérangeante, qui agit comme un poison distillé au compte-gouttes et à l’instar de moult opus de Michael Haneke. Le film touche au fantastique, mais se révèle pourtant bel et bien ancré dans un réalisme tordu et effrayant, impression renforcée par la lumineuse photographie du chef opérateur Yves Angelo (Nocturne indien, Germinal, Tous les matins du monde) dont les images agissent comme un vrai cauchemar éveillé.

Les années n’égratignent pas trop Baxter, dont le propos reste bien évidemment et malheureusement d’actualité. Jérôme Boivin a depuis signé une adaptation de Philip K. Dick, Confessions d’un barjo (1992), toujours coécrit avec Jacques Audiard, une adaptation très fidèle au roman original qui a confirmé l’originalité, l’ambition et le talent d’un réalisateur bien trop rare et méconnu.

LE BLU-RAY

Sorti en catimini dans une édition exclusivité FNAC, Baxter de Jérôme Boivin était inespéré en Haute-Définition ! Les nombreux aficionados du film ne l’ont donc pas raté et nous sommes heureux de pouvoir enfin en parler. La jaquette, glissée dans un boîtier classique de couleur bleue, reprend le visuel de l’affiche originale. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur reprend l’entretien avec le réalisateur, disponible sur l’édition DVD de 2002 sortie dans la collection « Série noire » chez Studiocanal. Durant près d’un quart d’heure, Jérôme Boivin évoque ses débuts au cinéma, milieu qui s’est révélé à lui par le plus grand des hasards à une époque où il cherchait encore ce qu’il allait faire dans la vie. Il en vient ensuite à sa rencontre avec le producteur Patrick Godeau et le scénariste (pas encore réalisateur) Jacques Audiard, puis au scénario avorté d’un film policier. C’est en cherchant un nouveau projet qu’ils découvrent le roman de Ken Greenhall, Des tueurs pas comme les autres, et décident de l’adapter. Le réalisateur se confie sur les difficiles conditions de tournage de son premier long métrage (« j’étais déphasé, j’ai appris sur le tas »), sur la difficulté de trouver les financements sans avoir une vedette au générique, sur le casting (on apprend que la voix d’un enfant a été testée sur le chien) et sur les thèmes du film. Quelques images dévoilent l’essai du jeune François Driancourt.

L’interactivité se clôt sur le teaser.

L’Image et le son

Que voilà un beau lifting ! Comme nous le disions dans la critique du film, la photographie d’Yves Angelo participe au malaise voulu par Jérôme Boivin, dans le sens où Baxter fait penser à un cauchemar éveillé. La luminosité est très plaisante, le piqué acéré, les couleurs ravivées, les détails très appréciables et le master a été largement dépoussiéré. La patine argentique est heureusement préservée, plus appuyée sur les scènes en intérieur et surtout sur les séquences sombres où la définition flanche légèrement. Mais le reste du temps la Haute-Définition impressionne, surtout pour une production aussi modeste. Bref, les fans du film vont être ravis !

La piste française DTS-HD Master Audio Mono 2.0 de Baxter est percutante. Aucun souffle n’est à déplorer, ni aucune saturation. Les dialogues, surtout la voix-off du chien, sont vifs, toujours bien détachés, la musique est délivrée avec une belle ampleur. L’ensemble est aéré, fluide et dynamique. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Studiocanal / ALICELEO – ISSA (Suisse) / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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