
CROCODILE DUNDEE réalisé par Peter Faiman, disponible en Combo Blu-ray+4K UHD chez Le Chat qui fume.
Acteurs : Paul Hogan, Linda Kozlowski, John Meillon, David Gulpilil, Ritchie Singer, Maggie Blinco, Steve Rackman, Gerry Skilton…
Scénario : Paul Hogan, Ken Shadie & John Cornell
Photographie : Russell Boyd
Musique : Peter Best
Durée : 1h35
Date de sortie initiale : 1986
LE FILM
Sue Charlton, une journaliste américaine du quotidien new-yorkais Newsday, se rend pour un reportage en Australie dans le bush du Territoire du Nord. Elle y rencontre Michael J. « Crocodile » Dundee, un chasseur de crocodiles. Sue ramène ensuite ce personnage atypique dans une jungle occidentale, New York, où il rencontrera quelques difficultés pour s’adapter à la vie urbaine moderne.

On peut aisément parler de film culte quand on évoque Crocodile Dundee, tourné avec un budget dérisoire de huit millions de dollars, qui deviendra le deuxième plus grand succès de l’année 1986, entre Top Gun de Tony Scott et Aliens, le retour de James Cameron. Mais au jeu des entrées en France (où il sortira en février 1987), c’est le film de Peter Faiman qui se taille largement la part du lion avec près de six millions d’entrées, où il arrive sur la première marche du podium. Diffusé pour ainsi dire chaque année à la télévision dans les années 1990, où il battait systématiquement des records d’audience, Crocodile Dundee demeure l’un des divertissements les plus prisés, les plus sympas, les plus attachants des eighties. On doit évidemment cette immense réussite à Paul Hogan, australien pur et dur, parti de pas grand-chose et qui a su (et pu) devenir l’une des plus grandes stars en son pays, pour ne pas dire la plus connue dans le monde entier, une icône indéboulonnable. Quand on aborde Crocodile Dundee, on pense immédiatement au tandem (qui allait devenir un couple dans la vraie vie et ce jusqu’en 2014) formé par Paul Hogan (Golden Globe du meilleur acteur) et la sublime Linda Kozlowski, aux potes tarés du personnage principal, mais aussi à la beauté de la photographie de Russell Boyd (Pique-nique à Hanging Rock, Gallipoli, Tendre bonheur), qui rend hommage aux somptueux décors naturels australiens, tout en mettant en valeur les rues et les avenues à angle droit de Manhattan, où se perd notre héros au chapeau noir. Succession ininterrompue de gags (coécrits par Paul Hogan et ses complices du Paul Hogan Show, Ken Shadie et John Cornell), de répliques drôles et vachardes (mais jamais vulgaires), de scènes anthologiques (le final dans le métro, sur la magnifique musique de Peter Best fait encore dresser les poils), sans oublier chez nous un extraordinaire doublage porté par le monumental Yves Rénier (« Ça flotte, pote ! »), Crocodile Dundee, sorte de relecture des Aventures de Tarzan à New York – Tarzan’s New York Adventure de Richard Thorpe, n’a absolument rien perdu de son charme dévastateur et reste un grand spectacle familial et ce depuis quarante ans.


Crocodile Dundee alias Michael J. est un aventurier qui hante les vastes étendues du Bush australien : repas de lézards, larves et fourmis, rencontres inopinées avec des serpents et crocodiles… Élevé par une tribu d’aborigènes, il « zone » dans ces terrifiantes contrées comme un poisson dans l’eau. Sue Charlton, ambitieuse et jeune journaliste américaine, fille d’un magnat de la presse, découvre l’homme sauvage et entreprend de faire un reportage sur ce chasseur insolite et pourquoi pas décrocher un scoop. Elle finit par le rencontrer, l’emmène à New York, puis petit à petit succombe à ses charmes.


Et il n’y a pas que Sue qui tombe dingue de Mike, puisque les mecs voudraient tous un copain comme lui, pour aller refaire le monde, boire de la bière tiède comme dans Réveil dans la terreur – Wake in fright (1971) de Ted Kotcheff. Après Crocodile Dundee, on relève tous la tête et on bombe le torde, inspirés que nous sommes par le courage et la décontraction face au danger de Mike. Et l’on a beau le connaître par coeur, on y revient toujours. Crocodile Dundee a tout à fait sa place dans toute DVD-Blu-raythèque qui se respecte. On retourne dans le bush pour assister au premier échange entre Sue et Mike, pour les voir tomber amoureux.


À ce titre, les regards enamourés de Linda Koslowski sur son partenaire Paul Hogan sont criants de vérité et il est fort possible que cela soit effectivement le cas, puisque les deux acteurs allaient effectivement s’unir après le tournage, une histoire qui allait durer près de trente ans. S’ils sont aussi beaux que formidables, leurs partenaires ne déméritent pas, en particulier John Meillon, comédien australien vu chez Stanley Kramer (Le Dernier rivage), Fred Zinnemann (Horizons sans frontières), Walter Grauman (Mission 633), Nicolas Roeg (Walkabout)…Mais le public se souviendra essentiellement de lui dans le rôle de Walter – Wally – Reilly. Celui-ci s’éteindra un an après la sortie de Crocodile Dundee 2 à l’âge de 55 ans.


Car oui, le triomphe international de Crocodile Dundee, qui contribuera largement à l’explosion du tourisme en Australie, connaîtra non pas une, mais deux suites. La première en 1988, qui ne connaîtra pas le même engouement, mais s’en sortira tout de même avec 240 millions de dollars de recettes (soit près de 90 millions de moins que l’opus précédent). La seconde, plus méconnue et pour cause puisqu’elle sera un échec cinglant (au point que certains ignorent même encore son existence), en 2001, Crocodile Dundee in Los Angeles, pourtant mise en scène par l’excellent Simon Wincer (D.A.R.Y.L., Harley Davidson et l’Homme aux santiags, Le Fantôme du Bengale).


Attention, lors de la récente restauration du film en 2025, il a été décidé – sans l’accord de Paul Hogan – de supprimer deux scènes, celle où Mike tâte l’entrejambe d’une femme transgenre dans un bar pour vérifier s’il s’agit d’un « mec » comme le lui dit son pote de beuverie, puis celle où Mike, récidive un peu plus tard dans le film, histoire de se rendre compte encore une fois par lui-même s’il s’agit d’une femme ou non en face de lui. Conservez donc votre ancienne édition DVD si vous désirez revoir ces deux scènes, pourtant tordantes, qui sont malheureusement aujourd’hui jugées offensantes. Quel drôle de monde aurait dit Mike…


LE COMBO BLU-RAY + 4K UHD
Croyez-le ou non, Crocodile Dundee n’avait connu aucune sortie en Blu-ray en France. Il faut remonter à 2002 pour retrouver la première et à ce jour unique édition du film de Peter Faiman en DVD dans nos contrées, chez Paramount, dans le montage que nous connaissons tous. Ce film culte se voit enfin dérouler le tapis rouge que nous attendions tous (si si), chez Le Chat qui fume. L’éditeur propose donc un magnifique Combo Blu-ray + 4K UHD. Les deux disques reposent dans un boîtier Scanavo du plus bel effet, surmonté d’une jaquette constituée d’un photogramme (différent) de Paul Hogan au recto, comme au verso. L’ensemble est glissé dans un fourreau cartonné épais, qui reprend (heureusement) le célèbre visuel de l’affiche originale d’exploitation française. N’oublions pas un très beau livret (40 pages), comprenant des photos de tournage et d’exploitation, ainsi que des affiches du film. Le menu principal est animé et musical.


On démarre sur une petite compilation de scènes coupées (4’40) issues du montage australien, qui comme l’indique un panneau en introduction, était légèrement plus long que celui que nous connaissions (puisque celui-ci a été amputé de deux scènes, comme nous l’indiquons plus haut). On y découvre entre autres l’arrivée de Sue – sensiblement allongée – en Australie et son accueil par Wally (« Vous verrez qu’on est des gens sympas ! »), tout comme la présentation des chasseurs de kangourous, ainsi qu’un peu plus de périple dans le bush.






Si vous le suivez un peu sur les réseaux sociaux, vous auriez tort de ne pas le faire, vous saurez alors que la présentation de Crocodile Dundee revenait de droit au dénommé Melvin Z, auteur, réalisateur (Archeologist of the Wasteland) et illustrateur, particulièrement reconnu pour son travail tournant autour de Max Max de George Miller (Mad Max Ultraviolence dans le cinéma partie 1, Mad Max 2 Les Guerriers de la Route), et plus largement du courant appelé Ozploitation. Deux entretiens pour le prix d’un. Le premier est un portrait de Paul Hogan (34’), sa vie, ses premiers boulots (ouvrier sur un pont de Sydney), sa première apparition dans une sorte de radio-crochet du style La Nouvelle Star, où il perdra en finale, mais où sa tchatche sera remarquée par quelques producteurs, qui finiront par lui confier un show télévisé au fil des années, The Paul Hogan Show, tout en faisant la promotion des cigarettes Winfield et du tourisme à travers un spot réalisé pour attirer l’oeil des américains sur l’Australie. Melvin Z en vient à la genèse de Crocodile Dundee (qui s’intitulait un temps Buffalo Jones), évoque l’écriture du scénario, les conditions de production et de tournage, le casting, les lieux de prises de vues, puis analyse le triomphe australien, puis américain, et enfin international du film.

Le deuxième module avec le sieur Melvin Z (37’30) est une analyse du personnage de Mike Dundee, ses valeurs et sa personnalité. Après avoir rappelé brièvement les raisons du triomphe mondial de Crocodile Dundee (« Un film formellement bien tricoté, à la photo flamboyante, extrêmement bien mis en scène et rythmé »), l’invité du Chat qui fume replace pour ainsi dire Crocodile Dundee, le long-métrage et son héros, dans l’histoire du cinéma australien, comme si Mike Dundee était à la fois une synthèse de ce qui avait été fait précédemment dans ce septième art, tout en proposant une évolution bien ancrée dans les années 1980. Un héros « bien de chez lui », mais qui s’adresse à tous, véhicule une décontraction, une force, une cool-attitude, loin de la violence, la sécheresse, la brutalité souvent liées à un pan du cinéma australien. Melvin Z en profite pour parler des deux scènes coupées lors de la restauration de 2025.





L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.
L’Image et le son
On passe sans transition d’un ancien DVD au master tacheté et marqué par le temps à une copie clinquante entièrement restaurée en 4K à partir du négatif original. Tourné en 35 mm, Crocodile Dundee voit son grain argentique entièrement respecté et l’on retrouve, pour ne pas dire on redécouvre, les magnifiques partis pris aux couleurs flamboyantes de la première partie, concoctés par le directeur de la photographie Russell Boyd. Après avoir eu un superbe aperçu en Blu-ray, nous sommes passés à la galette Ultra Haute-Définition et nous avons été encore plus subjugués par le rendu, aussi bien sur les paysages australiens qu’au niveau de la jungle new-yorkaise. Les détails explosent littéralement, de façon inédite par rapport à la précédente édition DVD. Les gros plans, notamment sur le visage buriné de Paul Hogan sont riches et nuancés, rendant visible la moindre ride. La texture de son gilet en croco et celle de son chapeau orné de dents de crocodile, tout comme la végétation luxuriante de l’Outback, gagnent nettement en précision. Les scènes new-yorkaises possèdent un relief inattendu, tandis que les nombreux néons profitent du HDR Dolby Vision. Les ocres chaleureux des paysages du Territoire du Nord gagnent en profondeur, tandis que les verts associés à la nature paraissent plus naturels. Les scènes nocturnes à Manhattan bénéficient entre autres de noirs plus denses et d’un contraste mieux maîtrisé. Un petit trésor que cette édition 4K !

La version originale, forcément moins connue chez nous, mais qui vaut tout de même son pesant pour entendre l’accent de Paul Hogan, est la seule du lot à bénéficier d’un mixage DTS-HD Master Audio 5.1. Une option acoustique qui ne fait pas d’esbroufe inutile, mais qui apporte tout de même un petit plus au film, notamment au niveau du superbe score de Peter Best, qui profite d’une solide spatialisation. Les dialogues sont constamment clairs sur la centrale, mais il faut bien avouer que les latérales restent peu sollicitées en dehors de la musique. Une sensible immersion se fait ressentir dans toutes les scènes en extérieur, dans l’Outback comme à New York, mais il est vrai que la Stéréo suffira largement. Ce sera d’ailleurs l’unique format pour la version française, anthologique, un festival Yves Rénier, qui a largement contribué au triomphe du film dans nos contrées. L’écoute est propre, dynamique, percutante même.



Crédits images : © Le Chat qui fume / Paramount Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
