Test Blu-ray / The Last Show – A Prairie Home Companion, réalisé par Robert Altman

THE LAST SHOW (A Prairie Home Companion), réalisé par Robert Altman, disponible en combo Blu-ray/DVD le 29 juillet 2026 chez Studiocanal.

Acteurs : Woody Harrelson, Tommy Lee Jones, Kevin Kline, Lindsay Lohan, Virginia Madsen, John C. Reilly, Maya Rudolph, Meryl Streep, Lily Tomlin, Garrison Keillor…

Scénario : Garrison Keillor, d’après son émission de radio A Prairie Home Companion

Photographie : Edward Lachman

Musique : Richard Dworsky

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 2006

LE FILM

Le samedi soir, la foule se presse à l’entrée du Fitzgerald Theater de Saint Paul, dans le Minnesota, pour assister au phénomène radiophonique hebdomadaire A Prairie Home Companion. Largement diffusée, l’émission, devenue « culte », propose un spectacle, fait de chansons soul et country, de publicités ringardes, de saynètes humoristiques et rétro, qui ont survécu à l’épreuve du temps, des modes et de la télévision. Dans les loges, les artistes s’apostrophent, se chamaillent, évoquent une fois encore leurs souvenirs, se préparent à entrer en scène, mais tous savent que la station de radio vient d’être rachetée par un groupe texan, et que ce show est donc peut-être le dernier.

The Show Must Go On…C’est ainsi que l’on pourrait résumer le dernier long-métrage du prolifique Robert Altman (1925-2006). A Prairie Home Companion ou plus souvent intitulé The Last Show (titre « français ») est l’ultime baroud d’honneur de celui qui nous a offert M*A*S*H (Palme d’or), Buffalo Bill et les Indiens (Ours d’or), The Player (Prix de la mise en scène à Cannes), Short Cuts (Lion d’or), Gosford Park (Golden Globe du meilleur réalisateur) et tant d’autres trésors du septième art. The Last Show est comme qui dirait une comédie musicale, en réalité une reconstitution fictive des coulisses d’une véritable et célèbre émission de radio publique, A Prairie Home Companion, diffusée depuis de longues années et suivie par plus de 35 millions d’auditeurs. On ne quitte pour ainsi dire jamais l’authentique Fitzgerald Theater à Saint Paul, ville du Minnesota, dans lequel se déroule l’intrigue principale et où l’on suit sa foule de personnages principaux. Et c’est peu dire qu’ils se sont tous bousculés au portillon pour apparaître dans The Last Show, de Woody Harrelson à Tommy Lee Jones, en passant par Kevin Kline, Lindsay Lohan, Virginia Madsen, John C. Reilly, Maya Rudolph, Meryl Streep et Lily Tomlin, sans oublier Garrison Keillor l’animateur de l’émission, ici dans son propre rôle et qui avait contacté lui-même Robert Altman pour savoir si cela l’intéresserait de faire un film autour de ce rendez-vous qui aura diverti les spectateurs chaque semaine le samedi soir de 17h à 19h, de 1974 à 2016 (« L’émission existait déjà quand Jésus était en maternelle ! »). Alors que l’ange de la mort, incarné par la sublime Virginia Madsen (avec son « sourire doux comme une tartine de miel »), déambule dans les couloirs labyrinthiques de ce théâtre paumé du Midwest Américain, la caméra scrute chaque artiste qui se prépare physiquement et psychologiquement pour son dernier tour de piste respectif, puisque la bâtisse a été vendue à une société texane, qui la rasera pour en faire un parking. Les larmes mouillent les regards, certaines ne peuvent être retenues, mais le rire est omniprésent, les souvenirs se partagent jusqu’à plus soif, la mélancolie submerge, la nostalgie s’empare des êtres…et le spectacle continue encore, les chansons s’enchaînent entre deux placements publicitaires incongrus. Il faut bien vivre, et surtout aller de l’avant. Robert Altman, gravement malade et par ailleurs soutenu – pour des questions d’assurance – par son confrère et ami Paul Thomas Anderson (qui aurait repris les prises de vues s’il était arrivé un drame), nous convie pour une dernière danse étourdissante avec ses comédiens extraordinaires et même si la Grande Faucheuse guette chaque recoin, l’amitié, l’amour, la tendresse et le rire subsistent. Merci monsieur Altman.

À Saint Paul, dans le Minnesota, l’émission de variétés radiophonique A Prairie Home Companion, diffusée en direct, se prépare pour ce que les auditeurs ignorent être sa dernière diffusion. La nouvelle société mère de la station a programmé la démolition du lieu emblématique de l’émission, le Fitzgerald Theater, et a envoyé « l’Exécuteur » (surnommé « the Axeman ») pour décider du sort du programme. Entre deux numéros musicaux, et sous l’œil attentif du détective privé Guy Noir, les habitués de l’émission échangent et évoquent leurs souvenirs. Parmi eux figurent : les chanteuses Johnson Girls — Yolanda, sa sœur Rhonda et sa fille Lola ; le duo de cowboys Dusty et Lefty ; Molly, l’assistante de production enceinte ; le régisseur, la maquilleuse et le bruiteur ; ainsi que le créateur et animateur de l’émission, Garrison Keillor (souvent appelé « GK »). L’émission reçoit la visite d’une femme mystérieuse vêtue d’un trench-coat blanc, qui apporte du réconfort à la troupe face à la fin du programme.

Sans dévoiler la toute dernière scène de The Last Show et donc de la carrière de Robert Altman, nous pourrons dire que le dénouement rappelle celui de Reviens Jimmy Dean, reviens, avec cette ellipse de temps qui revient sur l’un des lieux principaux où s’est déroulée l’action précédente. Plusieurs années ont visiblement passé, certains membres de la troupe se retrouvent au Mickey’s Diner (qui rappelle celui du Nighthawks d’Edward Hopper) qui envisagent une tournée d’adieu. Leur conversation animée s’interrompt lorsque s’ouvrent les portes de l’établissement…

Robert Altman demeure encore aujourd’hui un des plus grands funambules de l’histoire du cinéma américain, ses films montrant des personnages marchant perchés sur le fil tendu entre le rire (l’arme contre les vicissitudes de l’existence) et le drame (qui peut se manifester à chaque instant), pouvant compter sur les autres pour garder la tête haute et avancer, même à pas de loup. The Last Show dévoile des hommes et des femmes qui ont bourlingué, mais qui s’amusent toujours autant. La vie est un cirque à ciel ouvert, certains en ont fait leur boulot et à ce titre, les deux cowboys, merveilleusement incarnés par Woody Harrelson et John C. Reilly, semblent venir d’un autre temps, s’envoient des vannes à la tronche comme autrefois des tartes à la crème, et se marrent comme des gamins.

Mention spéciale à l’immense Kevin Kline, qui vole les scènes à chaque apparition dans le rôle du détective et agent de sécurité Guy Noir, qui porte admirablement bien son nom, puisqu’on le croirait échappé d’un film noir américain des années 1940, avec sa dégaine, son costume, faisant également office de narrateur, qui ouvre le film, en faisant perdre aux spectateurs leurs repères temporels. Le tout photographié avec virtuosité par le légendaire Esward Lachman.

Quand The Last Show sort sur les écrans français en décembre 2006, Robert Altman vient de tirer sa révérence. Les critiques sont majoritairement positives et le film a été un succès d’estime aux États-Unis avec 20 millions de dollars de recettes engrangées six mois plus tôt, pour un budget situé aux alentours de 10 millions. On est certes loin du triomphe de Gosford Park rencontré en 2002, qui avait remporté par loin de cent millions de dollars (oui oui), mais équivalent aux recettes de The Player et de Docteur T. & les femmes.

LE BLU-RAY

Petit à petit, la collection Make My Day ! de Jean-Baptiste Thoret approche du centième numéro (ce sera en novembre avec la sortie de Mishima de Paul Shrader). Pour l’heure, nous en sommes au n°97 et le critique de cinéma revient à Robert Altman, puisqu’il avait déjà proposé Buffalo Bill et les indiens en guise de hors-série de l’anthologie (n°5). The Last Show avait été précédemment édité en DVD par Bac Films. Il ressort sous son titre original A Prairie Home Companion chez Studiocanal. Le film de Robert Altman est présenté désormais dans un combo Blu-ray/DVD, les deux disques étant disposés dans un Digipack à deux volets, glissé dans un fourreau cartonné. Le menu principal est sobre, très légèrement animé et muet.

On sait que dès qu’il s’agit d’un film de Robert Altman, Jean-Baptiste Thoret a beaucoup de choses à dire. C’est pourquoi sa présentation est plus longue que d’habitude (10’). Rongeant visiblement son frein – on sent que le bonhomme a envie d’en dire plus, mais il se retient jusqu’au bonus suivant au risque de tomber dans la redondance – le directeur de la collection indique d’emblée qu’il s’agit du tout dernier film de Robert Altman « qui sentait sans doute que sa fin était proche ». Thoret qualifie The Last Show de « film solaire, joyeux, même si hanté par la mort, très beau et très tendre ». Les grandes phases de la carrière du réalisateur sont passées en revue, ainsi que le casting, les thèmes disséqués (« la description d’un milieu, l’écosystème d’une émission de radio »), la genèse du film abordée…Il fallait bien dix minutes pour s’échauffer, mais ce n’est rien comparé à ce que Jean-Baptiste Thoret nous a réservé dans le bonus suivant…

Durant un peu plus de 35 minutes, le critique nous propose une formidable analyse de The Last Show à travers quelques scènes sélectionnées du film. Non-stop, Jean-Baptiste Thoret a des choses dire dès le générique (« qui représente l’Americana, qui introduit un portrait affectueux du Midwest »). Impossible de résumer tout ce qui est dit dans ce supplément forcément indispensable qui évoque pêle-mêle les références à Edward Hopper, les partis-pris esthétiques, les lieux de tournage, le mélange de documentaire (le vrai présentateur de l’émission, l’authentique théâtre où était enregistré le show) et de fiction (des situations imaginaires ont été greffées à la réalité), les conditions de tournage, l’omniprésence de la mort (« qui a toujours été une obsession chez Altman et qui ne saurait interrompre le spectacle »)…et bien d’autres thèmes et analyses impossibles à retranscrire, car le temps nous manquerait.

L’Image et le son

S’il est évident que le master HD de The Last Show surpasse l’édition DVD de Bac Films, la copie affiche tout de même quelques heures de vol, quand bien même ce 36è long-métrage de Robert Altman n’a en réalité que vingt ans. N’attendez pas un niveau d’excellence équivalent à celui des Blu-ray de films plus « contemporains », mais néanmoins ce Blu-ray au format 1080p offre de belles conditions de visionnage pour (re)découvrir A Prairie Home Companion. Les détails sont éloquents, fins, les noirs sont profonds, les couleurs superbes et chaudes, l’encodage solide. Quelques légères saccades sur les prises plus vives (la caméra bouge d’ailleurs en permanence), mais rien de rédhibitoire.

Seule la version originale est proposée en DTS-HD Master Audio 5.1. alors que la piste française doit se contenter d’une simple Stéréo. Au jeu des comparaisons, la première l’emporte aisément. Tous les numéros musicaux sont fidèlement restitués, les séquences en coulisses sont tout aussi riches, avec des échanges qui se chevauchent parfois (une spécialité de Robert Altman) et une ambiance sonore variée qui vient constamment enrichir l’ensemble. Assurément pas une piste de démonstration, mais qui apporte une véritable plongée aussi intimiste que réaliste dans les loges et les coulisses. En ce qui concerne la version française, c’est une succession de cadors dans leur domaine, puisque se relaient à la barre Frédérique Tirmont (Meryl Streep), Michèle Bardollet (Lily Tomlin), Georges Caudron (Woody Harrelson), Daniel Beretta (L.Q. Jones) et sa fille Barbara Beretta (Lindsay Lohan), Jean-Philippe Puymartin (Kevin Kline)…Autant dire que l’écoute est très agréable et le talent au rendez-vous. N’hésitez pas à visionner The Last Show dans les deux langues.

Crédits images : © Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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