
LA CITÉ DES DANGERS (Hustle) réalisé par Robert Aldrich, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livret le 11 septembre 2026 chez Sidonis Calysta.
Acteurs : Burt Reynolds, Catherine Deneuve, Ben Johnson, Paul Winfield, Eileen Brennan, Eddie Albert, Ernest Borgnine, Catherine Bach…
Scénario : Steve Shagan, d’après son roman City of Angels
Photographie : Joseph F. Biroc
Musique : Frank De Vol
Durée : 2h
Date de sortie initiale : 1975
LE FILM
Gloria Hollinger est retrouvée morte sur une plage de Los Angeles. La police conclut rapidement à un suicide et le père de cette dernière ne l’accepte pas. Poussé par ce dernier, le lieutenant Phil Gaines, flic cynique et désabusé, décide de creuser l’affaire. Ses investigations le font remonter aux intouchables de la ville, dont le puissant avocat qui emploie la call-girl de luxe avec qui Gaines entretient une liaison passionnée. Pris au piège entre un père assoiffé de vengeance et une élite corrompue et ses propres contradictions morales, Gaines s’enfonce dans les ténèbres du rêve californien.

Au début des années 1970, Robert Aldrich cumule les échecs cuisants au box-office (Trop tard pour les héros, Pas d’orchidées pour miss Blandish, Fureur apache, L’Empereur du Nord), ce qui contrarie son désir d’indépendance. Il doit donc se refaire au niveau des studios et accepte de réaliser Plein la gueule – The Longest Yard (1974) avec la star Burt Reynolds, qui lui vient d’enchaîner les triomphes de Délivrance de John Boorman et Les Bootleggers – White Lightning de Joseph Sargent. C’est un immense succès pour le réalisateur, son plus gros depuis Les 12 Salopards – The Dirty Dozen, puisque produit pour 3 millions de dollars, le film en rapporte près de 45 millions uniquement sur le sol américain. Cette affaire très lucrative va donner envie au cinéaste et au comédien de renouveler immédiatement leur collaboration et pour cela ils créent leur société de production, la RoBurt Productions. Si celle-ci sera éphémère, leur deuxième long-métrage, La Cité des dangers – Hustle est une nouvelle réussite commerciale, certes moins conséquente que Plein la gueule avec « seulement » dix millions de dollars de recette aux États-Unis, mais cela conforte encore la position de Robert Aldrich dans l’industrie. Le tandem délaisse la comédie sportive et plonge cette fois dans le polar néo-noir, sombre, désabusé, cynique, dont le tournage a été marqué par de vives frictions, mais aussi par des désaccords artistiques entre le metteur en scène et Burt Reynolds. À l’écran, La Cité des dangers est un quasi-chant du cygne, puisque Robert Aldrich ne tournera plus que quatre longs-métrages, qui ne rencontreront pas le public. Hustle est un très grand film pessimiste où les personnages semblent englués dans la fange, celle de Los Angeles, un monde à part entière, pourri jusqu’à l’os. Un mirage d’espoir apparaît à travers un calendrier décoré des monuments de Rome, mais la réalité rattrape toujours les personnages déjà condamnés. Le personnage de Catherine Deneuve, que Burt Reynolds était allé convaincre lui-même d’aller tourner de l’autre côté de l’Atlantique, rappelle celui qu’elle campait chez Jean-Pierre Melville dans Un flic. Une beauté solaire qui contraste avec le monde dans lequel elle évolue et qui représente également une possibilité de rédemption. Et Burt Reynolds est somptueux. On pense à un chaînon manquant entre Les Flics ne dorment pas la nuit – The New Centurions de Richard Fleischer et The Offence de Sidney Lumet. C’est dire si La Cité des dangers est une œuvre importante dans la carrière de Robert Aldrich, le dernier sommet d’une impressionnante chaîne de hautes montagnes.


Des enfants en colonie de vacances découvrent le cadavre d’une jeune femme, Gloria Hollinger, sur une plage de Malibu. Le policier Phil Gaines et son adjoint Louis Belgrave sont chargés de l’affaire, mais celle-ci tourne court, car le médecin légiste conclut au suicide par surdose de médicaments. Marty, le père de la victime, un vétéran de la guerre de Corée revenu traumatisé du front, refuse de croire au suicide. En raison de son insistance, Phil et Louis approfondissent l’enquête et découvrent que Gloria était une strip-teaseuse qui a tourné des films pornographiques ; elle a participé, juste avant sa mort, à une orgie avec Leo Sellers, un avocat mafieux qui a commandité par ailleurs un meurtre. Sellers est aussi un client d’une prostituée française, Nicole Britton, avec qui Phil vit en couple. Les policiers ne disent à Marty que ce qui ne risque pas de le mettre en danger, mais le vieil homme mène sa propre enquête…


Nous sommes comme qui dirait en pleine chronique sur le boulot « ordinaire » de simples flics, qui tiennent le coup en ayant un regard « léger » sur la violence qui les entoure et qui fait leur gagne-pain. Le lieutenant Phil Gaines (Burt Reynolds dans un de ses meilleurs rôles) et le sergent Louis Belgrave (Paul Winfield, vu dans Terminator de James Cameron et qui retrouvera Aldrich pour L’Ultimatum des trois mercenaires) essayent de se protéger comme ils le peuvent, allant même jusqu’à blaguer comme des gosses avec leur supérieur John Santuro (le grand Ernest Borgnine, dans sa sixième et dernière association avec le réalisateur). Mais ils sont constamment rappelés à la raison.


Non seulement Phil se trouve de plus en plus impliqué dans l’affaire Hollinger, mais il essaye aussi d’avancer avec sa petite amie Nicole (Catherine Deneuve, entre Le Sauvage de Jean-Paul Rappeneau et Si c’était à refaire de Claude Lelouch), call girl de luxe, dont le « travail » commence à lui peser sérieusement. Mais Phil a du mal à extérioriser ses sentiments et bien qu’il lui promette de prendre la poudre d’escampette avec elle, à Cannes ou à Rome pourquoi pas (comme sur son calendrier au bureau), il est sans cesse rappelé à la (morbide) réalité, y compris le dimanche.


L’enquête Hollinger aurait pu être une simple affaire comme les autres, s’il n’y avait pas le père de la victime (l’imposant Ben Johnson, un des acteurs fétiches de John Ford et de Sam Peckinpah), qui décide de faire cavalier seul pour en savoir plus sur la mort de sa fille. Cela pousse Phil également à aller « plus loin » que d’habitude et de se sortir de sa torpeur protectrice. Mais de ce fait, c’est aller affronter l’enfer sur lequel il avait mis des oeillères. Forcément, Phil va devoir mettre du sien, rallumer son instinct de flic qui était mis quelque peu en mode automatique, mais cela va influer sur sa vie personnelle. Il y a quelque chose du Maigret de Simenon et même du Martin Beck du tandem Maj Sjöwall et Per Wahlöö chez ce flic campé par Burt Reynolds, qui laisse souvent parler celles et ceux qui se retrouvent en face de lui, qui ont besoin de décharger, de libérer leur conscience. Comme il le dit d’ailleurs lui-même, Phil n’est pas là pour juger, ce n’est pas son boulot.


La Cité des dangers, adapté du roman City of Angels de Steve Shagan, est autant un polar sec et nerveux qu’un drame psychologique furieusement mélancolique, l’ensemble doublé par une histoire d’amour. Robert Aldrich peint la violence et la brutalité omniprésente, où Los Angeles s’apparente à un pandémonium, peuplé par des habitants qui ont appris à faire avec, comme si cela faisait partie du décor, des mœurs, du quotidien. La mort peut frapper à chaque coin de rue, ou dans une simple épicerie alors que vous alliez acheter une bouteille de Bushmills…Hustle fait incontestablement partie des chefs d’oeuvres de Robert Aldrich, de ses films que l’on aime toujours davantage à chaque visionnage.


LE BLU-RAY
Le premier DVD français de La Cité des dangers remonte à 2005, chez Paramount. Une galette sans aucun supplément, rééditée en 2010, toujours chez le même éditeur. 2026, victoire, Hustle revient sur le devant de la scène grâce à Sidonis Calysta, qui exhume le film de Robert Aldrich et le propose désormais en Combo Blu-ray + DVD + Livret (écrit par Olivier Père, 24 pages). Le menu principal est animé et musical. Notons que Sidonis a d’ores et déjà annoncé la sortie de Plein la gueule en Haute-Définition.

En voyant les notes prises durant l’intervention de Jean-François Rauger (34’), on se dit que le directeur de la programmation à la Cinémathèque française était la personne qualifiée pour nous parler de La Cité des dangers. On suit donc avec passion cette analyse poussée de la seconde collaboration Robert Aldrich-Burt Reynolds, où le fond et la forme se croisent habilement, pour au final livrer une des plus remarquables dissections de Hustle qu’il nous ait été possible d’entendre. Impossible de restituer tout ce qui est dit ici, mais pêle-mêle vous entendrez parler de la place de La Cité des dangers dans l’oeuvre du réalisateur (qui fait suite au triomphe rencontré par Plein la gueule), de ce qui fait l’originalité du polar néo-noir dans la carrière du cinéaste (mais aussi dans le cinéma hollywoodien au mitan des années 1970), de la psychologie et du cheminement du personnage principal incarné par Burt Reynolds (« qui n’est pas à l’aise dans le monde dans lequel il vit, qui se perd dans un ailleurs, mais aussi dans un autre temps, révolu, passé, daté »). L’importance de l’histoire d’amour pour Robert Aldrich (sujet qui l’a motivé avant tout) et la relation de Phil avec Nicole (« ce qui va conduire à une masculinité et une virilité troublées ») sont aussi passées au crible. Jean-François Rauger évoque ensuite la fin du film (attention aux spoilers), « Une des fins les plus tristes du cinéma américain » dit-il, la sortie au cinéma et son succès honnête (« même si moins percutant que celui de Plein la gueule »), tout en disant que « La Cité des dangers a été sous-estimé à sa sortie, la critique n’a pas saisi son importance, alors qu’il s’agit d’un des plus beaux films de Robert Aldrich, des années 1970 même, un chef d’oeuvre ». Enfin, Jean-François Rauger mentionne ce plan étrange qui apparaît au cours d’un fondu enchaîné de pensées du personnage principal, celui d’un homme debout dans un cimetière (voir la capture suivante). Ayant fait des recherches sur ce plan subliminal énigmatique, Rauger indique qu’il n’a trouvé aucune information sur sa signification. À vous de chercher et n’hésitez pas à revenir vers nous si vous découvrez quelques news à ce sujet.

L’Image et le son
Sidonis reprend le master HD édité outre-Atlantique par Kino Lorber depuis 2023. Un Blu-ray (au format 1080p) comprenant la restauration 4K réalisée par Paramount Pictures. Au départ, on tique un peu avec les poussières apparentes sur le logo du studio, des points noirs ici et là, puis rapidement l’image trouve son équilibre. Le rendu est très solide, les contrastes denses (exit l’ancien DVD à ce niveau-là), la définition est inédite avec des détails aiguisés sur les décors, les gros plans et les textures, même chose concernant la clarté des scènes en extérieur jour. La palette chromatique est également très convaincante, faisant la part belle aux couleurs primaires. Le grain argentique est heureusement préservé, équilibré, organique, sans retouche numérique.

Sans surprise, la piste anglaise jouit d’un traitement de faveur avec une fluidité et une homogénéité exemplaires. Le report des voix est pur et sans accroc, la musique est délivrée avec une dynamique constante. La piste française est un peu plus altérée avec un manque d’ardeur certain et des voix qui tendent à prendre le dessus sur l’ensemble. Excellent doublage avec Serge Sauvion, Catherine Deneuve, André Valmy et Med Hondo à la barre.



Crédits images : © Sidonis Calysta / Paramount Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
