
LE DESTIN DU FUGITIF- 3000$ MORT OU VIF (Four Faces West) réalisé par Alfred E. Green, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 11 septembre 2026 chez Sidonis Calysta.
Acteurs : Joel McCrea, Frances Dee, Charles Bickford, Joseph Calleia, William Conrad, Martin Garralaga, Raymond Largay, John Parrish…
Scénario : C. Graham Baker, Teddi Sherman, William Brent & Milarde Brent, d’après la nouvelle d’Eugene Manlove Rhodes
Photographie : Russell Harlan
Musique : Paul Sawtell
Durée : 1h29
Date de sortie initiale : 1948
LE FILM
Ross McEwen arrive à Santa Maria, petite ville du Sud au Nouveau-Mexique. À ce moment l’on fête l’installation du nouveau quartier général du célèbre Marshall Pat Garrett. Ross se rend à la banque où il demande à se faire prêter la somme de 2 000 dollars. Le banquier refuse. Ross sort alors son arme et l’oblige à lui donner les billets en lui promettant de les lui rembourser. Il s’enfuit, poursuivi par Pat Garrett et la milice que ce dernier vient de lever.

La carrière du réalisateur Alfred E. Green (1889-1960) est inégale. Néanmoins, parmi la centaine de titres répertoriés sur IMDB, celle-ci contient quelques bons titres à réhabiliter, ce que les historiens du cinéma n’ont pas manqué de faire depuis plusieurs décennies. On pourra citer Badlands of Dakota (1941) avec Robert Stack, Baby Face (1933), drame percutant se déroulant durant la Prohibition et l’un des grands rôles de Barbara Stanwyck, mais aussi le film qui nous intéresse aujourd’hui, Le Destin du fugitif (1948), connu sous un autre titre 3000$ mort ou vif, ou bien encore sous son titre original sous lequel il est le plus souvent répertorié, Four Faces West. Un western étrange, original, unique peut-être, qui doit sa renommée en raison de l’absence totale de coups de feu. Loué par la critique des deux côtés de l’Atlantique, Bertrand Tavernier et Patrick Brion ayant été dithyrambiques sur cet opus après leur découverte tardive (le film n’ayant pas été distribué dans nos contrées), Le Destin du fugitif (nous utiliserons ce titre, lié à sa dernière sortie en Blu-ray) rappelle quelque part Le Bandit – The Naked Dawn (1955) d’Edgar G. Ulmer par sa simplicité (apparente), ses fulgurances, son humanisme. On est captivé par cette histoire de rédemption, magistralement écrite par C. Graham Baker (Femme de feu d’André de Toth, J’ai le droit de vivre de Fritz Lang) et Teddi Sherman (Tout près de Satan de Robert Aldrich, Tornade sur la ville de Jack Arnold), par ailleurs auteur du formidable Le Mariage est pour demain (ou Le Bagarreur du Tennessee) d’Allan Dwan, un des meilleurs westerns de ce dernier. Mais de cette adaptation du roman Pasó por aquí de Eugene Mallove Rhodes, on retiendra aussi et surtout la prestation du souvent oublié Joel McCrea (Le Juge Thorne fait sa loi, Coups de feu dans la Sierra, Le Shérif aux mains rouges, Pacific Express), qui apporte à son personnage une sensibilité inattendue. Difficile à voir dans les années 1950-70 en France, Le Destin du fugitif s’offre enfin aux spectateurs dans les meilleures conditions techniques à ce jour.



Ross McEwen braque discrètement une banque à Santa Maria, au Nouveau-Mexique, emmenant avec lui le banquier Frenger ; il le relâche quelques kilomètres plus loin, déchaussé mais muni d’une reconnaissance de dette pour les 2 000 dollars dérobés. De retour en ville, Frenger offre une prime de 3 000 dollars pour sa capture, mort ou vif. Pat Garrett, le nouveau marshal, met en garde les chasseurs de primes contre tout usage inutile des armes à feu, en particulier les tirs dans le dos. Avant de pouvoir monter dans un train, McEwen est mordu par un serpent à sonnettes ; à bord, il reçoit l’aide d’une passagère, l’infirmière Fay Hollister. Le groupe de poursuivants intercepte et fouille le train, mais la présence d’esprit de McEwen — qui se fait passer pour le mari de Fay, alors endormie, en utilisant un faux bébé — ainsi que le signalement imprécis du braqueur permettent au fugitif d’échapper à l’arrestation. Toutefois, Monte Marquez, un passager joueur, observe et entend suffisamment d’éléments pour deviner ce que McEwen a fait. La voie ferrée étant emportée par les eaux près d’Albuquerque, le petit groupe poursuit sa route seul par un itinéraire utilisé pour le transport du courrier. Fay apprend qu’un groupe de poursuivants venus de Santa Maria traque un fugitif et se souvient que c’est là que McEwen est monté à bord.


Pendant 90 minutes, impossible de savoir ce qui va arriver au personnage principal. Le récit va ainsi de surprise en surprise, démarre comme un western dit classique avec une superbe installation du décor principal (on croit immédiatement à cette petite ville), puis survient le braquage. Mais très vite quelque chose « cloche », puisque le bandit, non masqué, signe une reconnaissance de dette et ne prend que la somme désirée, alors qu’il aurait pu embarquer beaucoup plus. McEwen devient donc l’homme recherché et d’emblée, Joel McCrea le rend séduisant, car il est évident que nous ne sommes pas en présence d’un mauvais bougre. S’il a agi ainsi, c’est parce qu’il avait ses raisons. Nous comprendrons pourquoi plus tard, mais pour l’heure, il doit échapper à ceux qui sont lancés à ses trousses.


Sa fuite en avant le placera sur la route de Fay Hollister, incarnée par la belle et lumineuse Frances Dee (Vaudou de Jacques Tourneur, Bel Ami d’Albert Lewin). Les deux comédiens, mariés à la ville depuis quinze ans et qui le resteront d’ailleurs jusqu’à la mort de Joel McCrea en 1990, sont superbes et l’alchimie, la passion qui émane de leur couple à l’écran ne sont pas pour rien dans l’immense réussite du Destin du fugitif. Mention spéciale aussi à l’excellent Joseph Calleia (Gilda de Charles Vidor, La Soif du mal d’Orson Welles) et à Charles Bickford (Les Grands espaces de William Wyler, Le Vent de la plaine de John Huston, impeccable dans la peau burinée de Pat Garrett, dont l’approche du personnage diffère par rapport aux autres interprétations de la légende de l’Ouest (James Coburn, Thomas Mitchell…).


Le dernier acte est pour le coup imprévisible, posé, feutré, intimiste, prenant le spectateur à revers puisque la poudre n’est pas là pour tuer, mais bel et bien pour sauver. Attention, même s’il n’y a pas de gunfights, les poursuites à cheval sont multiples, par ailleurs très bien filmées et photographiées dans les décors naturels du Nouveau-Mexique par Russell Harlan (L’Odyssée du sous-marin Nerka de Robert Wise, Le Sport favori de l’homme de Howard Hawks, Témoin à charge de Billy Wilder).


Western certes, mais avant tout drame social doublé d’une histoire d’amour, Le Destin du fugitif possède le charme et la dynamique d’un serial, les rebondissements sont multiples, l’émotion omniprésente, tout comme (contre toute attente) la tendresse et tous les protagonistes sont tous, sans exception, attachants. Tourné pour un million de dollars, Four Faces West n’aura pas de succès à sa sortie, les spectateurs attendant probablement autre chose d’un western. Heureusement, les cinéphiles ne l’ont pas oublié et le film n’a jamais eu de cesse d’être réhabilité et d’être mis en avant. À votre tour de le découvrir et de le faire passer.



LE BLU-RAY
2014, Sidonis Calysta édite 3000 $ mort ou vif, ou Four Faces West en version originale, en DVD, mais aussi sous son titre anglais. De quoi perdre le consommateur…Mais attendez, ce n’est pas terminé. 2026, Sidonis présente le western d’Alfred E. Green pour la première fois en Blu-ray, sous le titre…Le Destin du fugitif. Le titre intègre logiquement la Collection Silver et apparaît dans un Combo Blu-ray + DVD. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur reprend tout d’abord les trois interventions de l’édition 2014.
On commence par l’ami Tatav, Beber, Bertrand Tavernier (25’25). Avec une passion contagieuse, ce dernier explique que « pendant des années, avec des amis nous avons cherché à voir Four Faces West, qui était alors inédit en France, dont la légende disait que ce western était à part dans le genre […] d’autant plus que Joel McCrea disait qu’il s’agissait d’un des meilleurs westerns qu’il avait faits et qu’il en était très fier ». Puis, le regretté réalisateur et historien du cinéma détaille pourquoi selon lui, Four Faces West est effectivement « un western étonnant, pour ne pas dire exceptionnel, dans lequel il n’y a pas un seul coup de feu, dont l’histoire va de surprise en surprise, où une chasse à l’homme ne débouche sur aucune violence, où il n’y a aucune prétention, où tout est tourné sans aucune ostentation ». Le travail du chef opérateur Russell Harlan, l’alchimie du vrai couple Joel McCrea et Frances Dee, la nouvelle de l’écrivain Eugene Manlove Rhodes (ainsi que la carrière de ce dernier), sans oublier un petit tour d’horizon de la filmographie (finalement peu connue, car mal ou peu distribuée en France) d’Eugene A. Green, sont les sujets abordés ici.

La seconde intervention est celle d’Yves Boisset (11’), qui lui aussi donne son avis sur Le Destin du fugitif. Enfin, c’est vite dit, puisque le cinéaste n’a visiblement pas grand-chose à dire, si ce n’est qu’il s’agit d’un « western exceptionnel, très correctement réalisé […] que l’on peut redécouvrir et qui vaut d’ailleurs le détour ». Le reste du temps, le cinéaste (disparu en 2025), déclare que Joel McCrea « devait être un sacré pochtron », même s’il était « un acteur remarquable, qui avait tout du brave type », avant d’évoquer brièvement la carrière de « l’auteur régionaliste du Nouveau-Mexique » Eugene Manlove Rhodes et la représentation du personnage de Pat Garrett. Quelques redondances avec ce qui a été entendu chez Bertrand Tavernier, comme ce sera d’ailleurs le cas pour les deux présentations suivantes.

L’autre bonus repris de l’édition 2014 est la présentation du Destin du fugitif par Patrick Brion (11’30). Arrivant en troisième position, ce supplément ne peut malheureusement pas éviter de tomber dans la redondance. On retiendra tout de même le beau portrait dressé de Joel McCrea (« un acteur magnifique, sous-estimé ») et la mise en avant de certains titres d’Alfred E. Green (alors sous contrat avec la Warner), Patrick Brion n’hésitant pas à dire avec un léger sourire complice « Il faudrait essayer de récupérer ses films introuvables en DVD, par un moyen ou par un autre ».

Comme si cela ne suffisait pas, Sidonis a demandé à Noël Simsolo de nous présenter le film à l’occasion de cette sortie en Blu-ray du Destin du fugitif (12’). Le critique et historien du cinéma, confortablement installé devant sa DVD-Blu-raythèque (où l’on peut voir que le sieur est adepte du site Moviecovers), fait tout ce qu’il peut et avec son style pour trouver quelques arguments originaux. Mais force est d’admettre que cette intervention n’apportera rien de neuf si vous avez déjà écouté les bonus précédents.

L’Image et le son
Le master restauré 4K du Destin du fugitif aura mis près de dix ans à traverser l’Atlantique, mais il est enfin là et rejoint le catalogue de Sidonis Calysta. Cette édition reprend ainsi la copie entièrement revue par Paramount Pictures et le rendu est tout bonnement impressionnant. L’ensemble est frais, éclatant, lumineux, la densité des contrastes est on ne peut plus convaincante. Si tout n’est pas parfait, quelques très légères fluctuations demeurent, ainsi que des poussières et des rayures verticales, au moins la texture argentique a été préservée, sans retouche numérique. La stabilité de l’image est également très bonne. Blu-ray au format 1080p.

Pas de version française sur ce titre. La piste anglaise installe un confort acoustique suffisant, même si, comme pour l’image, certains soucis liés à l’âge du film, comme ici un très léger souffle, des craquements, des sautes ou certains échanges moins clairs que d’autres, restent inévitables.



Crédits images : © Sidonis Calysta / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
